{"id":362472,"date":"2026-10-02T15:21:47","date_gmt":"2026-10-02T13:21:47","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=362472"},"modified":"2026-10-02T15:37:31","modified_gmt":"2026-10-02T13:37:31","slug":"affaire-bardella-et-la-longue-duree-antisemitisme-extreme-droite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/10\/02\/affaire-bardella-et-la-longue-duree-antisemitisme-extreme-droite\/","title":{"rendered":"L\u2019affaire Bardella et la longue dur\u00e9e de l\u2019antisemitisme \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite"},"content":{"rendered":"\n
Pierre Savy<\/span>Soral est en effet \u00e0 la fois nouveau et ancien, comme le livre d’ailleurs. Il est nouveau par l’agencement des th\u00e8mes, qui est forc\u00e9ment singulier : l’antis\u00e9mitisme rassemble un ensemble de th\u00e8mes, de croyances et de pr\u00e9jug\u00e9s que l’on peut disposer de mille fa\u00e7ons, une sorte de combinatoire. Il est nouveau aussi par sa fa\u00e7on de communiquer. Il n’est pas le seul, mais il utilise les r\u00e9seaux sociaux, il dispose d’une tribune illimit\u00e9e et d’une audience consid\u00e9rable, malgr\u00e9 toutes les condamnations dont il a fait l’objet.<\/p>\n\n\n\n En revanche, il est ancien parce qu’il n’a pas invent\u00e9 de th\u00e9matique particuli\u00e8rement forte. Il a repris beaucoup de th\u00e8mes, pas tous, de l’antis\u00e9mitisme forg\u00e9 depuis le XIXe si\u00e8cle. La dimension antijuda\u00efque, chr\u00e9tienne, n’est pas massivement pr\u00e9sente chez lui. Mais la d\u00e9nonciation de la misanthropie juive, le sionisme comme complot mondial, l’amour de l’argent, le pouvoir excessif : tout cela n’est pas nouveau, et tout cela se trouve chez Soral. C’est du neuf avec du vieux.<\/p>\n\n\n\n Je suis d’accord, cette notion de s\u00e9dimentation est une bonne image. Quand on \u00e9crit un livre qui fait la longue histoire des croyances et des pr\u00e9jug\u00e9s, on a un biais qui invite \u00e0 parler de toutes les couches s\u00e9diment\u00e9es. Dans la longue dur\u00e9e, il y a bien s\u00e9dimentation, c’est cela l’histoire. Et aujourd’hui, beaucoup de th\u00e8mes, sinon tous, peuvent encore \u00eatre trouv\u00e9s quand on fait des recherches sur Internet ou quand on lit la presse antis\u00e9mite : il y a \u00e0 peu pr\u00e8s tout. Mais quand on observe ce qui se dit et s’\u00e9crit aujourd’hui, certains th\u00e8mes ont recul\u00e9, voire disparu, d’autres ont \u00e9t\u00e9 reformul\u00e9s, d’autres ont le vent en poupe.<\/p>\n\n\n\n Je suis d’accord \u00e9galement avec l’id\u00e9e qu’il faut distinguer, c’est un peu scolastique, le racisme et le racialisme. Le racisme est h\u00e9las prosp\u00e8re, y compris \u00e0 l’encontre des juifs. La dimension proprement raciale, appuy\u00e9e sur une pseudo-th\u00e9orie \u00e9labor\u00e9e entre la fin du XVIIIe si\u00e8cle et surtout le XIXe et le milieu du XXe, et qui atteint son point culminant avec le nazisme, est en recul : on sait bien qu’il est un peu ridicule d’y croire. Cela ne veut pas dire que personne n’y croit. Mais le racisme est aujourd’hui volontiers de caract\u00e8re culturel, ce qui n’emp\u00eache pas d’\u00eatre un vrai racisme, sans s’appuyer sur une fausse th\u00e9orie des g\u00e8nes. Cela a recul\u00e9, et d’autres th\u00e8mes ont recul\u00e9 aussi.<\/p>\n\n\n\n Pour deux raisons assez massives, l’antis\u00e9mitisme de matrice chr\u00e9tienne a beaucoup perdu de sa vigueur. D’une part, la moindre place de la religion chr\u00e9tienne dans notre soci\u00e9t\u00e9 et dans le discours public, ce que les contemporan\u00e9istes appellent la d\u00e9christianisation. D’autre part, et c’est tr\u00e8s louable, le virage profond pris par l’\u00c9glise apr\u00e8s la Shoah : le concile Vatican II, dans les ann\u00e9es 1960, et la promulgation de Nostra Aetate<\/em>. On peut encore trouver ces id\u00e9es chez des penseurs r\u00e9actionnaires, au sens le plus fort du terme. Mais que les juifs soient trop ritualistes, qu’ils ne comprennent pas leurs \u00c9critures et surtout qu’ils aient tu\u00e9 le Christ, c’est moins pr\u00e9sent dans l’argumentaire.<\/p>\n\n\n\n Sinon sous une forme m\u00e9taphoris\u00e9e. Le d\u00e9icide, c’est-\u00e0-dire l’id\u00e9e que tous les juifs sont coupables d’avoir tu\u00e9 J\u00e9sus, et non seulement les juifs de l’\u00e9poque, ce qui est d\u00e9j\u00e0 faux, est un th\u00e8me si fort et si pr\u00e9gnant dans l’art et la culture occidentale qu’on le retrouve encore. Une m\u00e8re palestinienne portant son fils mort dans ses bras devient une Piet\u00e0 ; les Isra\u00e9liens tueraient le peuple palestinien, pr\u00e9sent\u00e9 comme le Christ. Mais c’est tout de m\u00eame moins pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n L’autre ensemble de th\u00e8mes qui a beaucoup recul\u00e9, ce sont les croyances autour du corps, li\u00e9es au racisme dont nous parlions : les cornes, l’odeur m\u00e9phitique, la queue au bas du dos. Ce sont des croyances chim\u00e9riques, difficiles \u00e0 tenir aujourd’hui, parce que le niveau d’information et les capacit\u00e9s cognitives collectives rendent cela impossible, sauf dans quelques esprits particuli\u00e8rement recul\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n On y trouve visiblement tous les th\u00e8mes de l’antis\u00e9mitisme classique, celui de son \u00e2ge d’or, si je puis dire, le XIXe si\u00e8cle. Un antis\u00e9mitisme fran\u00e7ais qui, comme nous venons de le dire, n’est pas violemment racialiste : m\u00eame s’il a pu dire ces choses, il n’est pas en mesure de souscrire aux positions des nazis. Il y a tout de m\u00eame un \u00e9cart, m\u00eame si ces propos sont \u00e9pouvantables.<\/p>\n\n\n\n Il n’a peut-\u00eatre pas mentionn\u00e9 Rothschild, mais il y a cette id\u00e9e de la banque juive, de la domination du monde par les juifs, ou du moins du projet de domination. On y retrouve trois des th\u00e8mes principaux qui font l’objet de chapitres sp\u00e9cifiques dans notre livre. D’abord le complot de domination, avec les Protocoles des Sages de Sion<\/em> en arri\u00e8re-fond : l’id\u00e9e que, depuis le XIXe si\u00e8cle, les juifs travaillent \u00e0 la domination du monde. Ensuite un th\u00e8me qui remonte \u00e0 l’Antiquit\u00e9, celui de la misanthropie, de la haine du goy<\/em>. On se gargarise de ce mot, qui veut simplement dire \u00ab non juif \u00bb, pour pr\u00eater aux juifs une haine de l’humanit\u00e9 et des autres peuples ; c’est tr\u00e8s explicite dans ses messages, avec cette volont\u00e9 de dominer les autres peuples. Enfin, \u00e9videmment, l’argent, le th\u00e8me le plus pr\u00e9sent : le go\u00fbt de l’argent, le talent pour en gagner, la volont\u00e9 d’avoir tout l’argent \u00e0 travers les banques. Le deuxi\u00e8me est tr\u00e8s ancien ; les deux autres \u00e9taient en pleine vigueur au XIXe si\u00e8cle et au d\u00e9but du XXe.<\/p>\n\n\n\n C’est une question compliqu\u00e9e. En deux mots : un mauvais pli est pris tr\u00e8s t\u00f4t, dans les \u00c9vangiles, avec un certain Judas, qui vend le Christ. Les \u00c9vangiles ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits par des juifs, et il est important de le dire, parce qu’on a vite fait de les qualifier d’antis\u00e9mites, ce qui est un peu caricatural. Mais Judas a le mauvais go\u00fbt de s’appeler Judas. Dans les premiers si\u00e8cles du premier mill\u00e9naire, certains P\u00e8res de l’\u00c9glise, certains th\u00e9ologiens, transforment Judas en Juif. Il n’est pas besoin d’\u00eatre linguiste pour entendre dans Judas Yehouda<\/em>, un nom qui permet de faire de lui, par antonomase, l’incarnation des juifs. On travaille donc sur Judas pour critiquer le go\u00fbt de l’argent des juifs.<\/p>\n\n\n\n Cela se poursuit et se verrouille de fa\u00e7on ind\u00e9fectible au Moyen \u00c2ge central, entre le XIe et le XIVe si\u00e8cle. Les juifs sont tenus \u00e0 l’\u00e9cart de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re et dirig\u00e9s vers les m\u00e9tiers d’argent, qu’ils pratiquent : le pr\u00eat, le commerce. Ils ne sont pas les seuls, la plupart des pr\u00eateurs ne sont pas juifs. Mais pendant quelques si\u00e8cles, cette activit\u00e9 dans les m\u00e9tiers d’argent ach\u00e8ve de verrouiller le clich\u00e9, le st\u00e9r\u00e9otype. C’est un sparadrap qui n’a plus quitt\u00e9 le peuple juif. Ensuite, avec ce savoir-faire dans les chiffres et dans l’\u00e9criture, avec un patrimoine mobilier faute de propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re, cela donne \u00e0 l’\u00e9poque moderne et au XIXe si\u00e8cle de grandes banques juives, ou protestantes d’ailleurs. C’est une pr\u00e9sence r\u00e9elle dans la banque et le commerce, mais qui n’est pas inexplicable et certainement pas exclusive.<\/p>\n\n\n\n On aurait pu imaginer que cela se passe bien. Le probl\u00e8me, c’est que depuis 1948, et tout particuli\u00e8rement depuis quelques d\u00e9cennies, il y a un conflit effroyablement violent, qui mobilise beaucoup au-del\u00e0 d’Isra\u00ebl et de la Palestine. L’extr\u00eame droite se trouve d\u00e8s lors devant un choix corn\u00e9lien : d\u00e9teste-t-elle davantage les juifs ou les Arabes ?<\/p>\n\n\n\n Certains pensent qu’Isra\u00ebl est le rempart de la civilisation \u00ab jud\u00e9o-chr\u00e9tienne \u00bb, avec \u00e9videmment des guillemets, contre le p\u00e9ril arabe et islamiste, et qu’il faut donc soutenir ce pays. C’est d’autant plus facile qu’il est actuellement dirig\u00e9 par l’extr\u00eame droite : converger avec un pays occidental, plut\u00f4t d\u00e9mocratique pour l’instant, tr\u00e8s militaris\u00e9, n’a rien de compliqu\u00e9. Ou bien, \u00e0 l’inverse, la haine du juif pr\u00e9vaut, et il faut soutenir les Arabes, auxquels on peut alors pr\u00eater toutes sortes de vertus. Le p\u00e8re Le Pen et une bonne partie de l’extr\u00eame droite, encore aujourd’hui, sont plut\u00f4t de ce bord-l\u00e0. Entre deux haines, leur c\u0153ur balance.<\/p>\n\n\n\n Soral, lui, a fait son choix. Ce sont aussi des gens qui parviennent \u00e0 f\u00e9d\u00e9rer par l’antis\u00e9mitisme des personnes qui auraient tout pour se d\u00e9tester. Chez Soral, il y a d\u00e9sormais une porte grande ouverte aux patriotes d’origine arabo-musulmane, dispos\u00e9s \u00e0 lutter contre le seul ennemi, le sionisme. Il dit beaucoup de mal des femmes ou des homosexuels, mais en v\u00e9rit\u00e9, ce qui l’obs\u00e8de, c’est le juif.<\/p>\n\n\n\n Non. L\u00e0 encore, je ne le connais pas personnellement et je ne me prononce pas sur sa personnalit\u00e9. Mais l’image qu’il d\u00e9gage est celle d’un homme grand, beau, tr\u00e8s athl\u00e9tique, qui soul\u00e8ve de la fonte, dit-on. Et plus g\u00e9n\u00e9ralement, ces jeunes gens qui ont aujourd’hui une trentaine d’ann\u00e9es et qui, semble-t-il, ont \u00e9t\u00e9 un peu biberonn\u00e9s \u00e0 Soral quand ils se politisaient \u00e0 l’adolescence sont sensibles \u00e0 ce discours. Ils postent parfois des choses extr\u00eamement probl\u00e9matiques concernant les femmes, et il n’y a pas de femmes parmi eux. Ceux qui travaillent sur l’extr\u00eame droite ont l’impression que le courant passe mieux entre Soral et ces jeunes hommes qu’avec Marine Le Pen, par exemple.<\/p>\n\n\n\n Il y a donc quelque chose d’assez probable dans ce dispositif. Le virilisme, le masculinisme sont tr\u00e8s pr\u00e9sents chez Soral, qui peut traiter les femmes de tous les noms tr\u00e8s facilement. Il insulte aussi les hommes, mais pour les femmes, c’est sp\u00e9cifique, toujours d’un caract\u00e8re sexuel : \u00ab pute \u00bb, \u00ab salope \u00bb, \u00ab suceuse \u00bb, et j’en passe. C’est une dimension tr\u00e8s pr\u00e9sente, qui a pu s\u00e9duire un jeune homme. Mais, encore une fois, je ne le connais pas personnellement.<\/p>\n\n\n\n Baptiste Roger-Lacan<\/span>C’est une histoire qui se lit \u00e0 deux niveaux. D’abord, il y a tr\u00e8s peu de raisons de douter de ce que dit Mediapart<\/em>, qui se trompe rarement sur ce genre d’enqu\u00eate. Et le contexte donne beaucoup de raisons d’y croire, au regard des discours, des th\u00e9matiques et de l’imaginaire antis\u00e9mites qui pouvaient avoir cours dans les permanences et les f\u00e9d\u00e9rations du FN au d\u00e9but des ann\u00e9es 2010. C’est un moment o\u00f9 Soral a une audience tr\u00e8s importante au sein de l’extr\u00eame droite. Il a \u00e9t\u00e9 l’un des premiers \u00e0 savoir capter et canaliser les possibilit\u00e9s offertes par la vid\u00e9o et le num\u00e9rique pour d\u00e9sinterm\u00e9dier compl\u00e8tement sa parole : passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des journaux et atteindre directement un public sensible \u00e0 ce discours antis\u00e9mite. Les dates donn\u00e9es par Mediapart<\/em> correspondent pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ce point haut de la parole soralienne dans les milieux d’extr\u00eame droite, notamment num\u00e9riques.<\/p>\n\n\n\n La deuxi\u00e8me chose int\u00e9ressante, c’est que, d\u00e8s ce moment, Jordan Bardella semble avoir int\u00e9gr\u00e9 la logique du double discours propre \u00e0 la quasi-totalit\u00e9 des organisations d’extr\u00eame droite en Europe depuis 1945. Il existe une distinction strat\u00e9gique, tactique et int\u00e9rioris\u00e9e entre ce que l’on dit entre soi, quand la section est r\u00e9unie ou par message, et ce que l’on dit vers l’ext\u00e9rieur. Entre soi, on se socialise, on marque son appartenance par ce discours, et l’on exprime tr\u00e8s tranquillement les propos les plus racistes, les plus antis\u00e9mites, les plus homophobes. Vers l’ext\u00e9rieur, on est polic\u00e9. En ce sens, Fabrice Arfi a raison de parler de dissimulation plut\u00f4t que de d\u00e9diabolisation \u00e0 propos du RN depuis 15 ans.<\/p>\n\n\n\n Mais, contrairement \u00e0 ce que l’on pourrait croire, cette logique n’\u00e9merge pas avec Marine Le Pen : elle existe quasiment depuis la naissance du parti. La seule diff\u00e9rence, c’est que sous Jean-Marie Le Pen, des dirigeants du parti enfreignaient r\u00e9guli\u00e8rement cette r\u00e8gle en faisant publiquement des d\u00e9clarations antis\u00e9mites, homophobes, etc. Avec l’arriv\u00e9e de Marine Le Pen, ces d\u00e9clarations, lorsqu’elles \u00e9taient publiques, ont souvent \u00e9t\u00e9 sanctionn\u00e9es par l’exclusion, sauf quand la proximit\u00e9 avec les t\u00eates du parti prot\u00e9geait leur auteur.<\/p>\n\n\n\n Le premier cas, tr\u00e8s peu de temps apr\u00e8s l’arriv\u00e9e de Marine Le Pen \u00e0 la t\u00eate du parti, est celui d’Alexandre Gabriac, une jeune \u00e9toile du parti, \u00e9galement membre de l’\u0152uvre fran\u00e7aise, \u00e0 un moment o\u00f9 celle-ci tente un entrisme au sein du Front national. Il se fait prendre en photo en train de faire un salut nazi et il est imm\u00e9diatement exclu. Cela donne lieu \u00e0 des d\u00e9bats au sein du Conseil national du FN, parce que Jean-Marie Le Pen s’oppose \u00e0 cette exclusion. On voit alors deux lignes, et ce qui est int\u00e9ressant, c’est qu’elles ne divergent pas sur le fond, mais sur ce que l’on fait des gens qui ne respectent pas la r\u00e8gle. Or les messages dont il est question \u00e9taient a priori diffus\u00e9s dans le cadre de la section ou de la f\u00e9d\u00e9ration \u00e0 laquelle Jordan Bardella appartenait. Ils avaient vocation, je pense, \u00e0 participer de cette sociabilit\u00e9 militante qui, au sein du Front national, passe notamment par des d\u00e9cha\u00eenements racistes et antis\u00e9mites. Enfin, cette histoire s’inscrit dans l’histoire longue de l’antis\u00e9mitisme \u00e0 l’extr\u00eame droite.<\/p>\n\n\n\n Ce sont des hypoth\u00e8ses. Je pense qu’au cours de son ascension \u00e0 la t\u00eate du RN, Bardella a voulu incarner ce nouveau visage soi-disant d\u00e9diabolis\u00e9, avec cette id\u00e9e tr\u00e8s situ\u00e9e que le parti aurait \u00e9t\u00e9 diabolis\u00e9 par d’autres que lui-m\u00eame. Il a voulu incarner un parti pr\u00e9tendument d\u00e9barrass\u00e9 de la culture et de l’id\u00e9ologie antis\u00e9mites qui le caract\u00e9risaient depuis sa fondation, dans les ann\u00e9es 1970. Bri\u00e8vement candidat putatif \u00e0 l’\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, num\u00e9ro deux dont le r\u00f4le para\u00eet pour l’instant devoir durer, il incarnait m\u00eame la possibilit\u00e9 d’une normalisation du parti.<\/p>\n\n\n\n Pour toutes ces raisons, admettre avoir tenu ces propos, m\u00eame comme une erreur de jeunesse, serait une strat\u00e9gie risqu\u00e9e. En l’occurrence, cela torpillerait compl\u00e8tement sa strat\u00e9gie et celle de Marine Le Pen, \u00e0 un moment o\u00f9 le Rassemblement national s’est empar\u00e9 de la question de la place des juifs fran\u00e7ais dans la soci\u00e9t\u00e9, et plus g\u00e9n\u00e9ralement du conflit isra\u00e9lo-palestinien, pour redoubler son image de seul bouclier face au \u00ab p\u00e9ril musulman \u00bb en France.<\/p>\n\n\n\n Pour l’instant, je pense donc que la ligne va \u00eatre assez trumpienne : nier, nier, nier, monter probablement en complotisme dans les d\u00e9clarations, monter sans doute en violence vis-\u00e0-vis de ceux qui vont traiter l’affaire. Les journalistes d’abord, qui vont devoir mettre des gilets en Kevlar ; les juges si l’affaire va en justice ; sans doute les chercheurs. Le RN va revenir \u00e0 une ligne classiquement populiste, opposant le peuple, dont le choix l\u00e9gitime et majoritaire de porter le RN au pouvoir serait menac\u00e9, \u00e0 une petite \u00e9lite dipl\u00f4m\u00e9e attach\u00e9e \u00e0 ses privil\u00e8ges. Il faudra voir ce que Mediapart<\/em> mettra encore sur la table, mais je pense qu’ils n’admettront rien aussi longtemps que possible. Cela ne veut pas dire que Bardella ne sera pas progressivement, insensiblement \u00e9cart\u00e9 de la direction du RN. Mais je ne pense pas que le parti admettra qu’il ait pu prononcer ces propos.<\/p>\n\n\n\n Dans l’histoire de l’extr\u00eame droite, et surtout dans celle de l’antis\u00e9mitisme, il a donn\u00e9 une surface m\u00e9diatique, et surtout une surface digitale, \u00e0 un discours qui vient hybrider l’antis\u00e9mitisme classique. Celui-ci pr\u00e9sente les juifs comme une minorit\u00e9 cosmopolite et manipulatrice, agissant en faveur de ses int\u00e9r\u00eats en cherchant \u00e0 opprimer les majorit\u00e9s nationales : c’est la dynamique classique de l’antis\u00e9mitisme issu du nationalisme exclusif et d\u00e9fensif de la fin du XIXe si\u00e8cle, celui qui \u00e9merge au m\u00eame moment que l’extr\u00eame droite moderne et vient la structurer. Soral redynamise ce discours avec une lecture obsessionnelle du conflit isra\u00e9lo-palestinien et d’Isra\u00ebl comme incarnation visible et manifeste du dessein dominateur du peuple juif.<\/p>\n\n\n\n Ce qui est int\u00e9ressant, c’est que Soral, progressivement marginalis\u00e9 m\u00e9diatiquement des ann\u00e9es 1990 aux ann\u00e9es 2000, se voit de plus en plus refuser l’acc\u00e8s aux cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision, aux radios et \u00e0 la quasi-totalit\u00e9 de la presse fran\u00e7aise. Il va alors investir Internet, en cr\u00e9ant un site et en produisant des vid\u00e9os diffus\u00e9es notamment sur YouTube, pour transformer ce discours antis\u00e9mite en business. Il cr\u00e9e une maison d’\u00e9dition et adosse \u00e0 tout cela une offre de contenus \u00e0 vendre. C’est un classique : le business de l’antis\u00e9mitisme est vieux comme \u00c9douard Drumont, il y a un gain financier \u00e0 chercher dans l’antis\u00e9mitisme. Par ce biais, il touche de nouveaux publics, notamment \u00e0 l’extr\u00eame droite, ces jeunes qui font partie des premi\u00e8res g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 chercher des explications sur le monde sur Internet plut\u00f4t que dans les m\u00e9dias traditionnels.<\/p>\n\n\n\n Il joue donc un r\u00f4le tr\u00e8s important \u00e0 ce moment-l\u00e0. Il b\u00e9n\u00e9ficie d’une vraie traction \u00e0 la fin des ann\u00e9es 2000 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 2010 : ses vid\u00e9os sont tr\u00e8s diffus\u00e9es, tr\u00e8s regard\u00e9es. Par ailleurs, il est un temps compagnon de route du Front national, qui le per\u00e7oit comme un relais pour aller chercher de nouveaux \u00e9lecteurs, plus jeunes.<\/p>\n\n\n\n Aujourd’hui, le march\u00e9 de la haine est devenu de plus en plus concurrentiel, dans l’espace fran\u00e7ais mais aussi \u00e0 l’\u00e9chelle globale, et son influence a d\u00e9clin\u00e9. Il reste n\u00e9anmoins une r\u00e9f\u00e9rence pour toute une partie de l’extr\u00eame droite radicale. Je n’en ai pas de preuves, d’autres chercheurs le savent mieux que moi, mais je suis s\u00fbr qu’il y a encore aujourd’hui des militants qui l’\u00e9coutent derri\u00e8re des portes closes.<\/p>\n\n\n\n Je connais mal l’ultra-contemporain. Je m’\u00e9tais int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 lui justement au moment o\u00f9 il \u00e9tait dans les r\u00e9seaux du RN. Aujourd’hui, je ne saurais m\u00eame pas vous dire d’o\u00f9 il tire ses revenus. Touche-t-il un peu d’argent de la Russie, voire joue-t-il un r\u00f4le d’agent de d\u00e9stabilisation ? Je n’en sais rien.<\/p>\n\n\n\n En l’occurrence, les analogies entre les deux sont nombreuses. C’est un intellectuel, une figure de la vie intellectuelle parisienne, qui investit l’antis\u00e9mitisme de mani\u00e8re de plus en plus obsessionnelle, parce qu’il y trouve une raison d’\u00eatre sociale, m\u00e9diatique et financi\u00e8re, et qui redouble dans l’outrance antis\u00e9mite. Au point d’\u00eatre difficilement appropriable par les structures partisanes classiques de l’extr\u00eame droite. C’est une sorte d’entrepreneur antis\u00e9mite cr\u00e9atif de l’extr\u00eame droite contemporaine.<\/p>\n\n\n\n On voit l\u00e0 la capacit\u00e9 de l’extr\u00eame droite \u00e0 marquer contre son camp d\u00e8s qu’elle est en difficult\u00e9. Le masculinisme s’inscrit dans la multiplication des hi\u00e9rarchies que d\u00e9fend l’extr\u00eame droite : sa vision du monde est toujours extr\u00eamement hi\u00e9rarchique. Elle d\u00e9fend des hi\u00e9rarchies culturelles, sociales, raciales, et des hi\u00e9rarchies de genre. Il y a toujours cette id\u00e9e d’une diff\u00e9rence entre les hommes et les femmes, et de qualit\u00e9s, de vertus masculines menac\u00e9es. C’est un discours classique \u00e0 l’extr\u00eame droite.<\/p>\n\n\n\n Soral s’en est empar\u00e9 parce que, dans ce march\u00e9 num\u00e9rique de la radicalit\u00e9 qui \u00e9merge \u00e0 la fin des ann\u00e9es 2000 et se structure vraiment au d\u00e9but des ann\u00e9es 2010 sur l’Internet fran\u00e7ais, cela lui permet de se diff\u00e9rencier et d’attirer, litt\u00e9ralement, des spectateurs. Et ce n’est pas compl\u00e8tement d\u00e9lirant de la part d’un antis\u00e9mite aussi rabique, puisqu’il existe aussi une tradition, pr\u00e9sente chez les nazis, selon laquelle le juif est f\u00e9minin. Le juif n’est pas du c\u00f4t\u00e9 de la force, mais du c\u00f4t\u00e9 de la ruse ; il y aurait chez lui une sorte d’androgynie, voire de f\u00e9minit\u00e9, oppos\u00e9e \u00e0 une culture virile, hi\u00e9rarchique, arm\u00e9e, masculine, qui serait menac\u00e9e. Pour le dire simplement, les juifs chercheraient \u00e0 \u00e9masculer les soci\u00e9t\u00e9s occidentales pour mieux les asservir.<\/p>\n\n\n\n Ce parall\u00e9lisme existe depuis longtemps, comme le montrent notamment les travaux de Val\u00e9rie Igounet sur le n\u00e9gationnisme. Mais pendant tr\u00e8s longtemps, il a \u00e9t\u00e9 confin\u00e9 aux marges. \u00c0 l’extr\u00eame droite, il y avait des d\u00e9bats sur la question d’Isra\u00ebl. Le cas de Xavier Vallat est tr\u00e8s bien document\u00e9 : l’ancien commissaire g\u00e9n\u00e9ral aux questions juives devient sioniste apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale et d\u00e9fend l’existence de l’\u00c9tat d’Isra\u00ebl, au motif que si les juifs ont une terre, ils ne viendront plus menacer la race fran\u00e7aise. C’est une sorte d’ethno-nationalisme qui s’appliquerait de mani\u00e8re coh\u00e9rente jusqu’aux juifs. De la m\u00eame mani\u00e8re, une partie tr\u00e8s minoritaire de la gauche radicale posait l’id\u00e9e d’une \u00e9quivalence.<\/p>\n\n\n\n Il me semble que le 7 octobre et la campagne de bombardements men\u00e9e par Isra\u00ebl \u00e0 Gaza ont transform\u00e9 la nature du d\u00e9bat sur Isra\u00ebl en France. Ce d\u00e9bat a toujours exist\u00e9, mais il a acquis une centralit\u00e9 m\u00e9diatique et politique assez in\u00e9dite, avec des strat\u00e9gies nouvelles. \u00c0 l’\u00e9poque des d\u00e9clarations de Bardella dont nous parlons, ce degr\u00e9 de fusion entre antis\u00e9mitisme et antisionisme restait assez marginal, et n’\u00e9tait port\u00e9 de cette mani\u00e8re que par quelques figures, dont Soral.<\/p>\n\n\n\n Peut-\u00eatre deux choses. La premi\u00e8re : on a beaucoup parl\u00e9 de Soral depuis une semaine, mais il ne faut pas sous-estimer l’importance implicite de Jean-Marie Le Pen dans les d\u00e9clarations antis\u00e9mites pr\u00eat\u00e9es \u00e0 Bardella. <\/p>\n\n\n\n Bardella n’a jamais cach\u00e9 qu’il \u00e9tait entr\u00e9 au FN par admiration pour Jean-Marie Le Pen. Sa fascination initiale pour le parti vient plut\u00f4t de sa fascination pour Jean-Marie Le Pen, qui est sans doute l’antis\u00e9mite le plus c\u00e9l\u00e8bre de France dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle. Cette dimension joue forc\u00e9ment dans ses d\u00e9clarations. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, de la m\u00eame mani\u00e8re que regarder des vid\u00e9os de Soral, les commenter, discuter de ces th\u00e9matiques faisait partie de la culture partisane et militante du FN au d\u00e9but des ann\u00e9es 2010, la fascination pour Jean-Marie Le Pen et pour ses d\u00e9clarations les plus transgressives dans la France des ann\u00e9es 1980, 1990 et 2000, notamment ses d\u00e9clarations antis\u00e9mites et n\u00e9gationnistes, participait de cette culture militante presque clandestine, en tout cas th\u00e9oriquement tenue loin des oreilles ext\u00e9rieures. Elle renfor\u00e7ait les liens entre militants du RN. Il ne faut donc pas sous-estimer l’ombre de l’antis\u00e9mitisme de Jean-Marie Le Pen.<\/p>\n\n\n\n Le deuxi\u00e8me point, c’est que cette s\u00e9quence s’inscrit dans l’histoire de l’extr\u00eame droite en France. L’extr\u00eame droite fran\u00e7aise, dans sa version moderne, se construit non seulement en parall\u00e8le de l’\u00e9mergence de l’antis\u00e9mitisme moderne, mais de mani\u00e8re quasiment indissociable de lui. Il existait un antijuda\u00efsme contre-r\u00e9volutionnaire, qui produisait des textes m\u00ealant m\u00e9fiance envers le lib\u00e9ralisme \u00e9conomique et rejet des juifs, selon des modalit\u00e9s reprenant les th\u00e9matiques et les tropes du rejet des juifs par les chr\u00e9tiens, notamment les catholiques. Mais l’antis\u00e9mitisme \u00e9merge \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1870 en Allemagne. Quelques ann\u00e9es plus tard, \u00c9douard Drumont et La France juive<\/em> viennent reconfigurer l’antis\u00e9mitisme en fusionnant des \u00e9l\u00e9ments venus de l’antijuda\u00efsme catholique, de l’eschatologie antis\u00e9mite, mill\u00e9nariste et contre-r\u00e9volutionnaire, et de l’antijuda\u00efsme anticapitaliste d’une partie de la gauche, le terme d’antis\u00e9mitisme n’existant pas encore. Il en fait un discours parfaitement coh\u00e9rent, qui explique selon lui le d\u00e9clin de la France dans le contexte de crise \u00e9conomique europ\u00e9enne des ann\u00e9es 1880.<\/p>\n\n\n\n C’est \u00e0 ce moment, dans les ann\u00e9es 1880-1890, qu’\u00e9merge aussi une extr\u00eame droite reconfigur\u00e9e autour de la question nationale. Depuis, ces deux ph\u00e9nom\u00e8nes, cette extr\u00eame droite nationaliste et l’antis\u00e9mitisme, sont indissociables : il n’y a quasiment pas d’extr\u00eame droite sans antis\u00e9mitisme, et vice versa. Le Front national a h\u00e9rit\u00e9 de cela. M\u00eame s’ils disent \u00eatre de droite, ils ont relev\u00e9 le drapeau de l’extr\u00eame droite, et donc celui de l’antis\u00e9mitisme. Et ce qui est int\u00e9ressant, c’est qu’ils accompagnent les mutations de l’antis\u00e9mitisme au fil des d\u00e9cennies. Il est presque frappant que ce parti, cette mouvance politique, n’arrive pas \u00e0 s’en d\u00e9p\u00eatrer, comme si c’\u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 impossible.<\/p>\n\n\n\n C’est important, parce que cela permet de rappeler que toutes les sorties antis\u00e9mites, homophobes, x\u00e9nophobes identifi\u00e9es chez des candidats du parti ne sont pas des accidents. Le terme de \u00ab d\u00e9rapage \u00bb, comme celui de \u00ab provocation \u00bb, sont des mots tr\u00e8s situ\u00e9s, qui viennent d’une certaine mani\u00e8re absoudre le RN en tant que parti. Ce qui se passe aujourd’hui montre \u00e0 quel point tout cela est syst\u00e9matique et constitutif de l’identit\u00e9 du parti, m\u00eame si cette identit\u00e9 n’est pas m\u00e9diatiquement assum\u00e9e. Ce discours est profond\u00e9ment identitaire au sein de la culture militante du Rassemblement national.<\/p>\n\n\n\n Il y a eu plusieurs moments o\u00f9 la question s’est pos\u00e9e, et ils n’ont jamais voulu se d\u00e9tacher de Jean-Marie Le Pen, y compris \u00e0 sa mort. En r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 la mort de Jean-Marie Le Pen, on a plut\u00f4t vu un retour de la m\u00e9moire militante et une c\u00e9l\u00e9bration du grand combattant nationaliste qu’il aurait \u00e9t\u00e9. Il a fini par \u00eatre exclu en 2015, apr\u00e8s une s\u00e9rie de d\u00e9clarations entre 2010 et 2015 qui ont oblig\u00e9 Marine Le Pen \u00e0 l’\u00e9carter pour tenir sa ligne soi-disant de d\u00e9diabolisation. Mais en r\u00e9alit\u00e9, ce nationalisme antis\u00e9mite et raciste n’a jamais \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9 et fait toujours partie de la culture militante profonde du parti. Beaucoup, d’une mani\u00e8re ou d’une autre, en ont \u00e9t\u00e9 nourris.<\/p>\n\n\n\n On peut parler de Caroline Parmentier, de tout l’entourage de Marine Le Pen. Si l’on regarde les connexions entre l’extr\u00eame droite radicale, le RN et les petits mouvements, parfois violents, qui existent \u00e0 l’extr\u00eame droite et ne jouent pas le jeu \u00e9lectoral, elles sont profondes. Le parti baigne encore dans cette fusion, et non pas cette union, des droites et des extr\u00eames droites, qui le constitue depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1970.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Les r\u00e9v\u00e9lations de Mediapart ont remis au c\u0153ur du pr\u00e9sent une histoire ancienne. 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Quels sont ces autres th\u00e8mes ?<\/h3>\n\n\n\n
Que retrouvez-vous de ces th\u00e9matiques antis\u00e9mites dans les propos pr\u00eat\u00e9s \u00e0 Jordan Bardella ?<\/h3>\n\n\n\n
Pourquoi l’argent ? D’o\u00f9 cela vient-il ?<\/h3>\n\n\n\n
Qu’a chang\u00e9 l’\u00c9tat d’Isra\u00ebl, alors que l’extr\u00eame droite est tr\u00e8s duplice \u00e0 son \u00e9gard ?<\/h3>\n\n\n\n
La dimension masculiniste de Soral, je ne dis pas qu’elle est pr\u00e9sente chez Bardella, je n’en sais \u00e9videmment rien. Mais on peut imaginer que, pour un jeune militant du Rassemblement national de l’\u00e9poque, ce n’\u00e9tait pas quelque chose de monstrueux ?<\/h3>\n\n\n\n
Au plus large, que vous inspirent les accusations de Mediapart<\/em> sur un antis\u00e9mitisme de type soralien chez le jeune Jordan Bardella ?<\/h3>\n\n\n\n
Mais alors, dans l’hypoth\u00e8se \u00e9videmment o\u00f9 il aurait tenu ces propos, pourquoi ne pas le reconna\u00eetre ? Pourquoi ne pas dire : \u00ab J’ai fait \u00e7a \u00e0 dix-sept ans, vous avez tous \u00e9t\u00e9 jeunes \u00bb ?<\/h3>\n\n\n\n
Vous dites qu’il s’agissait du pic d’importance de Soral, il y a environ treize ans. Comment cerner son r\u00f4le dans l’histoire de l’extr\u00eame droite et de l’antis\u00e9mitisme ? Et pourquoi pensez-vous qu’il a d\u00e9clin\u00e9 ? Il est moins pr\u00e9sent en France, pour des raisons \u00e9videntes, mais est-on certain que son \u00e9toile ait p\u00e2li ?<\/h3>\n\n\n\n
Il a aujourd’hui une carri\u00e8re internationale. Il est en Russie, mais y m\u00e8ne-t-il une carri\u00e8re d’intellectuel ?<\/h3>\n\n\n\n
Comment le d\u00e9finiriez-vous ? J’en parle souvent comme d’un Drumont qui a rencontr\u00e9 Internet, mais je ne sais pas si c’est pertinent.<\/h3>\n\n\n\n
Ce qui le distingue de Drumont, pour des raisons \u00e9videntes, n\u2019est-ce pas sa dimension masculiniste qui a peut-\u00eatre s\u00e9duit Jordan Bardella ? Dans l’article de Mediapart<\/em>, un de ses anciens camarades explique d’ailleurs qu’il ne s’int\u00e9ressait pas \u00e0 Soral, mais au masculinisme.<\/h3>\n\n\n\n
Dans les propos pr\u00eat\u00e9s \u00e0 Bardella, il y a la question du sionisme. Le terme s’est tr\u00e8s largement diffus\u00e9, il est devenu encore plus polys\u00e9mique qu’auparavant, au point d’\u00eatre synonyme de \u00ab juif \u00bb pour un certain nombre de personnes qui cherchent \u00e0 crypter leur message, \u00e0 l’extr\u00eame droite comme \u00e0 l’extr\u00eame gauche. Qu’est-ce que cela vous inspire ?<\/h3>\n\n\n\n
Voyez-vous des \u00e9l\u00e9ments que les r\u00e9actions aux r\u00e9v\u00e9lations de Mediapart<\/em> ont \u00e9cart\u00e9s ? <\/h3>\n\n\n\n
Jordan Bardella aurait-il pu se d\u00e9tacher de Jean-Marie Le Pen ? <\/h3>\n\n\n\n