{"id":360764,"date":"2026-09-30T18:41:07","date_gmt":"2026-09-30T16:41:07","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=360764"},"modified":"2026-09-30T18:42:30","modified_gmt":"2026-09-30T16:42:30","slug":"la-dette-et-le-mur-du-reel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/09\/30\/la-dette-et-le-mur-du-reel\/","title":{"rendered":"La dette et le mur du r\u00e9el"},"content":{"rendered":"\n
Testez\u00a0<\/em>le Grand Continent. Les id\u00e9es et les analyses qu\u2019on ne trouve nulle part. Mais que vous verrez bient\u00f4t partout. Dans votre bo\u00eete mail\u00a0\u00e0 partir de 8 euros par mois<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n Les faits sont connus et document\u00e9s. R\u00e9cemment, l’OCDE <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>, la Cour des comptes <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>, puis la mission de Xavier Jaravel, Xavier Ragot, Jean-Luc Tavernier et Natacha Valla ont \u00e9tabli un constat implacable sur la situation alarmante des comptes publics de la France <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Ce texte n’ajoute rien \u00e0 ces travaux qui l\u2019inspirent. Il essaie en revanche de d\u00e9gager une compr\u00e9hension de notre situation qui puisse \u00eatre largement partag\u00e9e. \u00c0 quelques mois d\u2019une pr\u00e9sidentielle d\u00e9cisive, il s’agit de proposer un chemin collectif op\u00e9rationnel pour choisir le redressement maintenant et \u00e9viter de subir l’aust\u00e9rit\u00e9 bient\u00f4t. Les analyses qu’il contient sont \u00e9videmment perfectibles et peuvent \u00eatre contest\u00e9es, mais elles permettent d’engager un dialogue avec tous ceux qui veulent sinc\u00e8rement pr\u00e9server la capacit\u00e9 de d\u00e9lib\u00e9ration d\u00e9mocratique en France, pour pouvoir encore faire demain des choix collectifs.<\/p>\n\n\n\n Il nous faut d\u00e9sormais faire ensemble plus avec moins. C’est frustrant, mais c’est la r\u00e9alit\u00e9, et c’est cette frustration qui nourrit la col\u00e8re, et souvent une forme de radicalit\u00e9, chez une partie croissante de nos concitoyens.<\/p>\n\n\n\n Il nous faut faire beaucoup plus, car nous devons r\u00e9soudre les probl\u00e8mes d’hier et d’aujourd’hui, notamment r\u00e9tablir la promesse r\u00e9publicaine de l’\u00e9cole et l’excellence de notre recherche, adapter le fonctionnement de la sant\u00e9 au vieillissement, garantir le fonctionnement d’une justice de plus en plus sollicit\u00e9e, r\u00e9inventer la coh\u00e9sion des territoires et des centres-villes, moderniser des infrastructures de transport et d’\u00e9nergie qui vieillissent, ou encore accompagner les transitions agricoles.<\/p>\n\n\n\n Mais nous devons aussi r\u00e9soudre les probl\u00e8mes d’aujourd’hui et de demain, comme l’adaptation massive au changement climatique, la d\u00e9fense de nos libert\u00e9s sur le continent, qui requiert la construction de capacit\u00e9s de d\u00e9fense adapt\u00e9es \u00e0 de nouvelles menaces, le r\u00e9tablissement de notre comp\u00e9titivit\u00e9 technologique et de nos ambitions dans l’intelligence artificielle et l’informatique quantique, la r\u00e9industrialisation du pays dans un contexte de comp\u00e9tition sauvage avec la Chine et de tensions durables avec les \u00c9tats-Unis, la lutte contre la narco-criminalit\u00e9 qui p\u00e9n\u00e8tre notre soci\u00e9t\u00e9, et surtout l’adaptation \u00e0 un vieillissement d\u00e9mographique in\u00e9luctable. Il est ais\u00e9 d’oublier les r\u00e9alit\u00e9s d\u00e9mographiques, car ce sont des processus lents, mais elles n’en sont pas moins massives et certaines dans leurs effets.<\/p>\n\n\n\n Il nous faut d\u00e9sormais faire ensemble plus avec moins.\u00a0<\/p>St\u00e9phane Boujnah<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Or, il nous faut faire beaucoup plus avec beaucoup moins, car nos capacit\u00e9s de choix collectifs, et donc d’action publique, se r\u00e9duisent. Notre pays est pourtant celui qui pr\u00e9l\u00e8ve le plus d’imp\u00f4ts parmi les 38 pays les plus d\u00e9velopp\u00e9s de la plan\u00e8te, pr\u00e8s de 44 % du PIB, c’est-\u00e0-dire de la richesse que nous cr\u00e9ons chaque ann\u00e9e ; et, dans ce m\u00eame groupe, il est aussi celui qui consacre \u00e0 la d\u00e9pense publique la plus grande part du PIB, plus de 57 %. Pourquoi, alors que nous pr\u00e9levons plus d’imp\u00f4ts et d\u00e9pensons plus d’argent public que les autres, ne parvenons-nous pas \u00e0 r\u00e9soudre nos probl\u00e8mes d’hier, d’aujourd’hui et de demain ? Parce que nous avons fait des choix collectifs, implicites ou explicites, qui cr\u00e9ent une impasse.<\/p>\n\n\n\n Nous avons choisi ensemble le pr\u00e9sent plut\u00f4t que l’avenir, c’est-\u00e0-dire transf\u00e9rer des revenus \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9sente plut\u00f4t qu’investir pour pr\u00e9parer un avenir meilleur aux jeunes d’aujourd’hui et aux g\u00e9n\u00e9rations futures. Nous avons, par exemple, pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 garantir la progression des pensions de retraite plut\u00f4t que pr\u00e9server nos capacit\u00e9s de recherche spatiale. Nous avons privil\u00e9gi\u00e9 un g\u00e9n\u00e9reux syst\u00e8me d’arr\u00eats maladie au d\u00e9triment de nos capacit\u00e9s de recherche m\u00e9dicale. Nous nous sommes habitu\u00e9s \u00e0 ce qu’un enseignant \u00e0 la retraite per\u00e7oive une pension plus \u00e9lev\u00e9e que le traitement d’un enseignant en d\u00e9but de carri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n Nous avons pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 installer progressivement une soci\u00e9t\u00e9 de consommateurs plut\u00f4t que construire une nation de producteurs agiles. Nos choix de financement de la protection sociale, qui p\u00e8sent essentiellement sur les entreprises et les salari\u00e9s, l’acceptation r\u00e9sign\u00e9e d’\u00e9changes asym\u00e9triques avec la Chine, ou encore l’accoutumance \u00e0 un niveau, sans \u00e9quivalent sur la plan\u00e8te, de r\u00e9glementations qui frappent les activit\u00e9s industrielles, disent notre pr\u00e9f\u00e9rence collective pour consommer pas cher plut\u00f4t que produire de mani\u00e8re comp\u00e9titive.<\/p>\n\n\n\n Notre pr\u00e9f\u00e9rence pour le pr\u00e9sent a aussi nourri une croissance faible \u00e0 laquelle nous semblons nous habituer. Or notre mod\u00e8le ne fonctionne durablement que si la croissance de notre \u00e9conomie est plus forte que celle de nos d\u00e9penses publiques. Nous nous sommes progressivement habitu\u00e9s \u00e0 financer avec l’argent des autres des choix que nous ne pouvions plus nous payer, c’est-\u00e0-dire \u00e0 emprunter l’argent que nous redistribuons. On dit souvent que les Fran\u00e7ais ne veulent pas faire de sacrifices. C’est faux : il est un sacrifice que nous faisons collectivement, avec m\u00e9thode et constance, celui de nos enfants, \u00e0 qui nous laissons chaque ann\u00e9e une dette plus lourde et un espace de d\u00e9lib\u00e9ration d\u00e9mocratique plus r\u00e9duit pour faire leurs propres choix demain.<\/p>\n\n\n\n Notre pr\u00e9f\u00e9rence pour le pr\u00e9sent nous a conduits \u00e0 rechercher partout, et le plus souvent aupr\u00e8s de l’\u00c9tat, une protection contre les risques ext\u00e9rieurs. L’euro nous affranchit largement de l’angoisse de la d\u00e9valuation et de la baisse du pouvoir d’achat qu’elle entra\u00eenait. Les Fran\u00e7ais ont aussi la particularit\u00e9 d’\u00eatre peu sensibles \u00e0 la hausse des taux d’int\u00e9r\u00eat : lorsqu’ils ach\u00e8tent leur logement, ils empruntent \u00e0 taux fixe, contrairement \u00e0 la plupart des pays d’Europe o\u00f9 les cr\u00e9dits immobiliers sont \u00e0 taux variable, de sorte que, en France, la hausse des taux est d’abord le probl\u00e8me de la banque pr\u00eateuse. Nous sommes aussi beaucoup plus abrit\u00e9s que les autres pays de l’inflation mondiale, gr\u00e2ce \u00e0 de g\u00e9n\u00e9reuses interventions publiques, \u00e0 l’image du bouclier \u00e9nerg\u00e9tique. Nous avons ainsi cr\u00e9\u00e9 les conditions pour que beaucoup de Fran\u00e7ais pensent vivre sur une \u00eele isol\u00e9e des r\u00e9alit\u00e9s mondiales, car nous avons choisi de construire une v\u00e9ritable bulle pour les isoler des \u00e9volutions du monde et pr\u00e9server le confort pr\u00e9sent. Mais cette bulle est co\u00fbteuse, et elle est de plus en plus financ\u00e9e par nos cr\u00e9anciers.<\/p>\n\n\n\n Il est un sacrifice que nous faisons collectivement, avec m\u00e9thode et constance, celui de nos enfants.<\/p>St\u00e9phane Boujnah<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n L’emprunt et la dette ne sont pas, en eux-m\u00eames, toxiques, d’abord si leur produit est affect\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9paration de l’avenir, ensuite si la soci\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e8re assez de ressources pour en assurer le remboursement sans transf\u00e9rer des charges disproportionn\u00e9es aux g\u00e9n\u00e9rations futures. Ainsi, une famille emprunte \u00e0 juste titre pour entreprendre des travaux d’isolation de son logement, ou pour financer la location ou l’achat d’une chambre pour un enfant qui va pr\u00e9parer son avenir dans une ville universitaire. Mais nous faisons collectivement exactement le contraire : nous empruntons, majoritairement au reste du monde, pour p\u00e9renniser un niveau de protection sociale que nous ne pouvons plus nous payer.<\/p>\n\n\n\n Cette situation est le produit d’un empilement de petits renoncements devenus des habitudes, o\u00f9 chacun a sa part de responsabilit\u00e9. Les responsables politiques, qui ont souvent pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 regarder les urnes plut\u00f4t que les berceaux, et parler aux \u00e9lecteurs plut\u00f4t qu’aux citoyens. Mais aussi chacun d’entre nous, qui constate, sans en tirer les cons\u00e9quences, que ce syst\u00e8me de protection sociale, invent\u00e9 en 1945, il y a plus de trois g\u00e9n\u00e9rations, reposait sur des conditions \u00e9conomiques et d\u00e9mographiques qui n’existent plus. Dans dix-neuf ans, la S\u00e9curit\u00e9 sociale aura un si\u00e8cle, et en pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle la France et le monde ont chang\u00e9. La plupart des Fran\u00e7ais se souviennent de leur enfance comme d’un temps o\u00f9, le jour de No\u00ebl, les enfants qui ouvraient les cadeaux sous le sapin \u00e9taient plus nombreux que les adultes et les personnes \u00e2g\u00e9es rest\u00e9s autour de la table ; d\u00e9sormais, sous le m\u00eame sapin, quelques enfants devenus rares ouvrent les cadeaux sous le regard de beaucoup d’adultes et, surtout, de plus en plus de personnes \u00e2g\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n Pourquoi notre somnambulisme collectif ne peut-il plus durer, et pourquoi cette fois-ci est-ce diff\u00e9rent ? Parce que certains probl\u00e8mes, lorsqu’ils \u00e9voluent trop longtemps sans traitement, finissent par changer non de degr\u00e9, mais de nature. Le traitement tardif d’un cancer qui a beaucoup \u00e9volu\u00e9 est plus lourd et plus incertain que le traitement pr\u00e9coce de la tumeur initiale. Nous y sommes. Il est tard, mais il n’est pas trop tard.<\/p>\n\n\n\n Nous sommes entr\u00e9s ensemble dans un processus d’asphyxie qui s’acc\u00e9l\u00e8re et qui peut conduire \u00e0 une aust\u00e9rit\u00e9 subie.<\/p>\n\n\n\n Certains pensent que l’on peut procrastiner, que les solutions anciennes restent possibles, puisqu’il se trouve toujours des acheteurs pour la dette fran\u00e7aise et qu’il n’y a donc pas de probl\u00e8me \u00e0 s’endetter davantage. C’est une erreur quand ceux qui le croient ignorent la r\u00e9alit\u00e9 des faits ; c’est un mensonge quand ceux qui le disent connaissent les faits et les chiffres. Car si nous sommes probablement \u00e0 l’abri d’une coupure soudaine d’oxyg\u00e8ne, nous sommes ind\u00e9niablement entr\u00e9s dans un processus d’asphyxie progressive. Et le mensonge, en cette mati\u00e8re, est une trahison. Trahison \u00e0 l’\u00e9gard de nos enfants, sur qui nous faisons peser demain le poids de nos renoncements et de nos facilit\u00e9s d’aujourd’hui. Trahison \u00e0 l’\u00e9gard des salari\u00e9s, \u00e0 qui il est demand\u00e9 de financer aujourd’hui un niveau de vie plus \u00e9lev\u00e9 pour les retrait\u00e9s, alors qu’ils savent qu’eux-m\u00eames n’auront pas acc\u00e8s aux m\u00eames pensions. Trahison \u00e0 l’\u00e9gard des retrait\u00e9s, qui ne comprennent pas pourquoi les r\u00e8gles du jeu changent, quand on ne peut plus r\u00e9partir que ce que l’on produit, et que l’on ne produit plus assez.<\/p>\n\n\n\n Les faits sont cruels. Il y a deux ans, la France empruntait \u00e0 dix ans \u00e0 un taux certes plus \u00e9lev\u00e9 que l’Allemagne, mais inf\u00e9rieur \u00e0 ceux que payaient, sur la m\u00eame dur\u00e9e, le Portugal, l’Espagne, l’Italie et la Gr\u00e8ce. Aujourd’hui, la France, qui emprunte majoritairement au reste du monde, paie plus cher que tous ces pays. Pourquoi ?<\/p>\n\n\n\n D’abord, parce que le stock de notre dette augmente plus vite qu’ailleurs. La France est le troisi\u00e8me pays le plus endett\u00e9 de la zone euro, avec plus de 120 % du PIB attendus en 2027, derri\u00e8re la Gr\u00e8ce (130 %) et l’Italie (137 %). Mais la France est le seul pays de la zone euro \u00e0 ne pas avoir fait refluer sa dette depuis la fin de la crise sanitaire. Au contraire, nous augmentons chaque ann\u00e9e notre stock de dette d’environ 3 points de PIB, alors que les pays encore plus endett\u00e9s que nous, la Gr\u00e8ce en particulier, r\u00e9duisent le leur. Ainsi la Gr\u00e8ce a r\u00e9duit son ratio de dette sur PIB de 146 % en 2025 \u00e0 130 % attendus en 2027. En France, la dette publique aura augment\u00e9 en 2026 de plus de 160 milliards d’euros, et nous devrons \u00e0 nos cr\u00e9anciers, \u00e0 la fin de l’ann\u00e9e, 3 620 milliards d’euros. Dans ces conditions, plusieurs rapports publics envisagent un stock de dette qui pourrait atteindre 130 % du PIB au milieu du prochain quinquennat. Il est donc \u00e0 peu pr\u00e8s certain que la France aura avant 2029 un ratio de dette sur PIB plus \u00e9lev\u00e9 que celui de la Gr\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n \u00a0Si nous sommes probablement \u00e0 l’abri d’une coupure soudaine d’oxyg\u00e8ne, nous sommes ind\u00e9niablement entr\u00e9s dans un processus d’asphyxie progressive.<\/p>St\u00e9phane Boujnah<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Ensuite, parce que nos cr\u00e9anciers demandent des taux d’int\u00e9r\u00eat de plus en plus \u00e9lev\u00e9s pour continuer \u00e0 nous pr\u00eater. Le taux moyen \u00e0 l’\u00e9mission de la dette fran\u00e7aise s’\u00e9levait \u00e0 3,35 % en 2025, contre 1,70 % en 2022 et un taux nul, en moyenne, en 2021. La maturit\u00e9 moyenne de la dette fran\u00e7aise \u00e9tant de 8,5 ans, il nous faut aujourd’hui refinancer, \u00e0 des taux sup\u00e9rieurs \u00e0 4.7 %, des montants souscrits entre 0 % et 2 % qui arrivent \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance. Ces taux n’ont aucune raison de baisser, d\u2019abord parce que d\u00e9bat budg\u00e9taire de 2026 au Parlement risque d\u2019\u00eatre aussi confus et ind\u00e9cis qu’en 2025, ensuite parce que la perspective d’un d\u00e9ficit sup\u00e9rieur \u00e0 5 % en 2027 est d\u00e9sormais confirm\u00e9e, pour la cinqui\u00e8me ann\u00e9e cons\u00e9cutive, et enfin parce que se renforce la probabilit\u00e9 de voir deux candidats des partis de la col\u00e8re qualifi\u00e9s au second tour de l’\u00e9lection pr\u00e9sidentielle du printemps 2027. Par ailleurs, au-del\u00e0 de la d\u00e9t\u00e9rioration rapide de la perception que se font nos cr\u00e9anciers du risque fran\u00e7ais, les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat augmentent partout dans le monde, du fait du retour de l\u2019inflation et de la d\u00e9t\u00e9rioration rapide des taux de la dette publique des Etats-Unis qui fut longtemps consid\u00e9r\u00e9e comme le \u00ab sans risques mondial \u00bb.\u00a0<\/p>\n\n\n\n La combinaison de l’augmentation continue du stock de notre dette et de la hausse rapide des taux d’int\u00e9r\u00eat qu’exigent nos pr\u00eateurs conduit \u00e0 une situation o\u00f9 la charge de la dette aura doubl\u00e9 entre 2020 et 2026. Nous paierons cette ann\u00e9e au moins 78 milliards d’euros \u00e0 nos cr\u00e9anciers, soit environ 12 milliards d’euros de plus que l’an dernier. Ce seul surco\u00fbt est sup\u00e9rieur \u00e0 la totalit\u00e9 du budget de la Justice. En th\u00e9orie donc, avec le m\u00eame niveau de d\u00e9pense publique, nous aurions pu doubler le nombre de juges, de procureurs et de surveillants p\u00e9nitentiaires si nous avions maintenu la charge de la dette \u00e0 son niveau de l’ann\u00e9e pass\u00e9e. En 2027, premi\u00e8re ann\u00e9e du prochain quinquennat, nous devrons verser \u00e0 nos cr\u00e9anciers plus de 91 milliards d’euros, c’est-\u00e0-dire plus que toutes les sommes que nous consacrons \u00e0 l’\u00e9ducation des enfants et des jeunes de notre pays, de l’\u00e9cole maternelle \u00e0 la classe terminale du lyc\u00e9e. Le v\u00e9ritable co\u00fbt de notre endettement incontr\u00f4l\u00e9 r\u00e9side donc d\u2019abord dans le fait que nos cr\u00e9anciers, pay\u00e9s avant que nous ayons d\u00e9cid\u00e9 quoi faire des imp\u00f4ts que nous collectons, en pr\u00e9emptent une part croissante. Pour mesurer l’ordre de grandeur de nos difficult\u00e9s, il est utile de rappeler qu’une charge de la dette qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 91 milliards d’euros, c\u2019est une charge de la dette qui absorbe presque l’int\u00e9gralit\u00e9 de l’imp\u00f4t sur le revenu pay\u00e9 en 2026 par l’ensemble des personnes physiques en France. \u00c0 la question fr\u00e9quente de nos concitoyens, \u00ab \u00e0 quoi servent mes imp\u00f4ts ? \u00bb, nous pourrons r\u00e9pondre en 2027, sans contestation possible : \u00ab d’abord \u00e0 payer des int\u00e9r\u00eats aux cr\u00e9anciers qui nous pr\u00eatent l’argent que nous redistribuons \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Notre pays d\u00e9couvre le pi\u00e8ge du surendettement, c’est-\u00e0-dire une situation o\u00f9 le d\u00e9ficit budg\u00e9taire augmente m\u00eame sans d\u00e9cision sur des d\u00e9penses nouvelles, car la charge de la dette absorbe une part toujours croissante des pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires : ce sont d\u00e9sormais les charges d’int\u00e9r\u00eat qui tirent principalement la croissance des d\u00e9penses publiques. Les entreprises connaissent ces situations, quand tous les efforts op\u00e9rationnels pour am\u00e9liorer la performance sont engloutis dans des charges financi\u00e8res qui finissent par les asphyxier. Les m\u00e9nages surendett\u00e9s les vivent aussi, quand les cr\u00e9anciers captent presque tous les revenus pour le paiement des dettes, int\u00e9r\u00eats et capital. Certes, l\u2019\u00c9tat, lui, ne paie pour l\u2019essentiel que des int\u00e9r\u00eats et refinance la quasi-totalit\u00e9 du capital. Mais nous d\u00e9couvrons, comme le font les entreprises surendett\u00e9es et les m\u00e9nages surendett\u00e9s, que plus on s\u2019endette, plus on s\u2019appauvrit.<\/p>\n\n\n\n Mais si les taux d’int\u00e9r\u00eat exig\u00e9s par nos cr\u00e9anciers ne d\u00e9pendent pas seulement de nous, l’ampleur de nos d\u00e9ficits, elle, d\u00e9pend de nous seuls. Pourquoi, alors, nous r\u00e9signons-nous \u00e0 accumuler, ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e, des rivi\u00e8res de d\u00e9penses publiques suppl\u00e9mentaires, qui alimentent des fleuves de d\u00e9ficits, lesquels finissent dans un estuaire ensabl\u00e9 et boueux d’endettement ?<\/p>\n\n\n\n Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, les d\u00e9penses de l’\u00c9tat sont celles qui ont le moins progress\u00e9 et qui, dans certains secteurs, ont m\u00eame beaucoup baiss\u00e9. Les d\u00e9penses des collectivit\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 mieux ma\u00eetris\u00e9es qu’elles ne le furent dans le pass\u00e9, m\u00eame si la complexit\u00e9 extr\u00eame de notre administration territoriale g\u00e9n\u00e8re des co\u00fbts qui sont aussi de potentiels gisements d\u2019optimisation. En revanche, les d\u00e9penses sociales, au premier rang desquelles les retraites et la sant\u00e9, progressent dans des proportions tr\u00e8s sup\u00e9rieures \u00e0 la croissance du PIB. Car nous avons collectivement d\u00e9cid\u00e9 d’emprunter pour maintenir, et m\u00eame augmenter, d’abord le niveau des retraites, puis celui des prestations de sant\u00e9, parce que nous ne voulons pas renoncer \u00e0 un mod\u00e8le social que nous ne pouvons plus nous payer. D\u00e9sormais, la protection sociale repr\u00e9sente non seulement la tr\u00e8s large majorit\u00e9 de la d\u00e9pense publique, mais surtout celle qui progresse le plus vite. Pourtant, la persistance de d\u00e9ficits massifs de la S\u00e9curit\u00e9 sociale est peu justifiable d\u00e8s lors que notre \u00e9conomie n’est pas en bas de cycle : les d\u00e9penses sociales sont des prestations vers\u00e9es aux m\u00e9nages qui, lorsqu’elles ne sont pas couvertes par des imp\u00f4ts ou des cotisations sociales, p\u00e8sent sur les g\u00e9n\u00e9rations suivantes, qui devront rembourser cette dette sociale.<\/p>\n\n\n\n Enfin, le contexte international d\u00e9grad\u00e9 depuis le d\u00e9but de l’ann\u00e9e conduit \u00e0 envisager une aggravation des d\u00e9ficits publics, qui pour la cinqui\u00e8me ann\u00e9e cons\u00e9cutive seront en 2027 sup\u00e9rieurs \u00e0 5 % du PIB, alors que le niveau n\u00e9cessaire pour stabiliser l’emballement du stock de dette est inf\u00e9rieur \u00e0 3 %.<\/p>\n\n\n\n Nous pouvons sortir ensemble de cette impasse, parce que nous l’avons fait dans le pass\u00e9, et parce que d’autres pays europ\u00e9ens l’ont fait plus r\u00e9cemment.<\/p>\n\n\n\n Nous l’avons fait dans le pass\u00e9. En 1958, avec le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle et le plan Pinay-Rueff. En 1983, avec le tournant de la rigueur op\u00e9r\u00e9 par Pierre Mauroy et Jacques Delors. Pendant la p\u00e9riode 1997-1999 enfin, pour qualifier la France au passage \u00e0 l’euro, quand l’action du gouvernement de majorit\u00e9 plurielle de Lionel Jospin \u00e9tait guid\u00e9e par l’objectif de respecter les seuils de 60 % de dette et de 3 % de d\u00e9ficit pr\u00e9vus par le trait\u00e9 de Maastricht. Le plus souvent, nous pensions que c’\u00e9tait impossible, et pourtant nous l’avons fait. Face \u00e0 l’ampleur de la t\u00e2che, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle associa au projet de redressement, au moins de juin 1958 \u00e0 janvier 1959, la plupart des forces politiques du moment. En 1997, la dissolution de l’Assembl\u00e9e nationale fut largement d\u00e9cid\u00e9e pour rechercher un mandat politique fort afin d’engager le redressement n\u00e9cessaire \u00e0 la qualification de la France \u00e0 l’euro. Les Fran\u00e7ais, avec des majorit\u00e9s politiques tr\u00e8s diff\u00e9rentes, ont su trouver dans le pass\u00e9 les \u00e9nergies n\u00e9cessaires pour r\u00e9tablir nos comptes publics, alors m\u00eame que beaucoup pensaient que c’\u00e9tait impossible.<\/p>\n\n\n\n D’autres pays europ\u00e9ens l’ont fait plus r\u00e9cemment.<\/p>\n\n\n\n Le Danemark et la Su\u00e8de ont men\u00e9 dans les ann\u00e9es 1990 des ajustements budg\u00e9taires spectaculaires pour r\u00e9inventer totalement leur mod\u00e8le social tr\u00e8s avanc\u00e9, en l’adaptant \u00e0 des contraintes ext\u00e9rieures devenues insoutenables. Aujourd’hui, le Danemark emprunte \u00e0 dix ans \u00e0 3,42 %, c’est-\u00e0-dire \u00e0 un niveau plus faible que l’Allemagne (3,62 %).<\/p>\n\n\n\n L’Allemagne, tout au long de la d\u00e9cennie 2010, a d\u00e9gag\u00e9 des exc\u00e9dents primaires, c’est-\u00e0-dire des exc\u00e9dents budg\u00e9taires avant charges financi\u00e8res li\u00e9es \u00e0 la dette, qui lui ont permis de r\u00e9duire de 22,3 points de PIB son ratio de dette publique entre 2010 et 2019, et d’entrer dans la p\u00e9riode de crises sanitaire puis inflationniste du d\u00e9but des ann\u00e9es 2020 avec un espace budg\u00e9taire confortable. Aujourd’hui, l’Allemagne a un niveau de dette sur PIB d’environ 64 %, alors que celui de la France atteindra l\u2019an prochain 120 %. Les principales r\u00e9formes qui ont permis ce r\u00e9tablissement des comptes publics furent une r\u00e9duction de l’acc\u00e8s \u00e0 l’assurance ch\u00f4mage en 2003, l’allongement, d\u00e9cid\u00e9 en 2007, de l’\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite jusqu’\u00e0 67 ans \u00e0 l’horizon 2031, et l’augmentation de trois points du taux normal de TVA, dont un tiers du rendement fut affect\u00e9 \u00e0 des r\u00e9ductions de cotisations sociales et deux tiers au d\u00e9sendettement.<\/p>\n\n\n\n L’Italie, en d\u00e9pit d’une croissance faible, notamment li\u00e9e \u00e0 une d\u00e9mographie d\u00e9favorable, a men\u00e9 d’ambitieuses r\u00e9formes depuis les ann\u00e9es 2010 qui ont permis de stabiliser son niveau de dette \u00e9lev\u00e9 (137 % du PIB). En deux ans, l’Italie a ramen\u00e9 son d\u00e9ficit de 7,2 % \u00e0 3,4 %, puis \u00e0 3,1 % en 2025, avec des exc\u00e9dents primaires constants, ce qui a permis une hausse de sa note souveraine de BBB \u00e0 BBB+. D’importants programmes de soutien public \u00e0 l’investissement ont \u00e9t\u00e9 interrompus, le march\u00e9 du travail a \u00e9t\u00e9 assoupli et le report progressif de l’\u00e2ge de la retraite \u00e0 67 ans se poursuit.<\/p>\n\n\n\n La Gr\u00e8ce c\u00e9l\u00e8bre en 2026 sa troisi\u00e8me ann\u00e9e cons\u00e9cutive d’exc\u00e9dents budg\u00e9taires. Le pays affiche une croissance sup\u00e9rieure \u00e0 la moyenne europ\u00e9enne et un ch\u00f4mage en net recul. Cette situation est le fruit d’efforts immenses pour sortir de la crise de liquidit\u00e9 et de solvabilit\u00e9 du d\u00e9but des ann\u00e9es 2010. L’\u00e2ge de la retraite a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 \u00e0 67 ans et les d\u00e9penses de sant\u00e9 de confort ont \u00e9t\u00e9 plafonn\u00e9es. La masse salariale publique a \u00e9t\u00e9 massivement r\u00e9duite. Une ambitieuse r\u00e9forme territoriale, portant notamment sur la fusion des communes, a permis de g\u00e9n\u00e9rer des \u00e9conomies d’\u00e9chelle, avec d\u00e9sormais 332 municipalit\u00e9s dans un pays de 130 000 km\u00b2 et de 10,4 millions d’habitants. Mais surtout, le discours politique des \u00e9quipes aux responsabilit\u00e9s repose sur le slogan syst\u00e9matiquement r\u00e9p\u00e9t\u00e9 par le ministre des Finances, Kyriakos Pierrakakis : \u00ab Nous ne passerons pas la facture \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration suivante \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Le Portugal est pass\u00e9 en dix ans d’un d\u00e9ficit chronique \u00e0 un exc\u00e9dent budg\u00e9taire (0,7 % du PIB en 2025, pour la troisi\u00e8me ann\u00e9e cons\u00e9cutive). Deux tiers du programme d’ajustement engag\u00e9 depuis 2012 ont port\u00e9 sur une r\u00e9duction des d\u00e9penses publiques et un tiers sur une augmentation des recettes. Les d\u00e9penses publiques ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9duites par des coupes claires dans les services de sant\u00e9 de confort, le gel des pensions et un rel\u00e8vement de l’\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite \u00e0 66 ans. Dans une perspective de relance de l’activit\u00e9, le march\u00e9 du travail a \u00e9t\u00e9 flexibilis\u00e9 par l’allongement du temps de travail, la suppression de quatre jours f\u00e9ri\u00e9s et des programmes de r\u00e9insertion des ch\u00f4meurs de longue dur\u00e9e. Un consensus politique s’est \u00e9tabli entre la droite et la gauche, qui ont altern\u00e9 au pouvoir, autour du slogan \u00ab Plus jamais \u00e7a \u00bb. Cette convergence des forces politiques sur l’\u00e9quilibre des comptes publics a permis la constance des programmes de redressement.<\/p>\n\n\n\n Nous pouvons sortir ensemble de cette impasse, pr\u00e9cis\u00e9ment si nous le faisons ensemble.<\/p>\n\n\n\n Nous devons, et nous pouvons, expliquer qu’il faut renoncer \u00e0 certains aspects du monde d’hier que ni notre d\u00e9mographie, ni notre productivit\u00e9, ni notre croissance ne rendent soutenables, pour r\u00e9inventer notre mod\u00e8le social et en pr\u00e9server l’essentiel. Comment ?<\/p>\n\n\n\n Il y a d’abord des m\u00e9thodes qui ne fonctionnent plus, car elles ne sont plus adapt\u00e9es \u00e0 l’ampleur du redressement que nous devons conduire. C’est le cas notamment des choix des vainqueurs impos\u00e9s aux vaincus pendant l’\u00e9t\u00e9 qui suit l’\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, sans effort d’inclusion de ceux qui ne pensent pas comme les vainqueurs.<\/p>\n\n\n\nFaire plus avec moins<\/h2>\n\n\n\n
Choisir le futur<\/h2>\n\n\n\n
L\u2019asphyxie qui m\u00e8ne \u00e0 l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 subie<\/h2>\n\n\n\n
Une voie de sortie<\/h2>\n\n\n\n
Une nouvelle perspective\u00a0<\/h2>\n\n\n\n