{"id":360049,"date":"2026-09-26T19:19:15","date_gmt":"2026-09-26T17:19:15","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=360049"},"modified":"2026-09-26T19:59:10","modified_gmt":"2026-09-26T17:59:10","slug":"faut-il-avoir-peur-de-lidentite-chretienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/09\/26\/faut-il-avoir-peur-de-lidentite-chretienne\/","title":{"rendered":"Faut-il avoir peur de l\u2019identit\u00e9 chr\u00e9tienne ?"},"content":{"rendered":"\n
Testez <\/em>le Grand Continent. Les id\u00e9es et les analyses qu\u2019on ne trouve nulle part. Mais que vous verrez bient\u00f4t partout. Dans votre bo\u00eete mail \u00e0 partir de 8 euros par mois<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n On peut introduire la question de l’identit\u00e9 chr\u00e9tienne sur un mode parlementaire, en posant une question pr\u00e9alable voire une motion de rejet : n\u2019est-il pas inad\u00e9quat et m\u00eame malfaisant d\u2019affirmer qu\u2019il existe une identit\u00e9 chr\u00e9tienne ? Ce th\u00e8me et ce terme sont-ils trop ambivalents pour \u00eatre honn\u00eates ?<\/p>\n\n\n\n Cette question est pos\u00e9e, par exemple, par le dernier livre du P. Benoist de Sin\u00e9ty, intitul\u00e9 : La cause du Christ. L’Evangile contre \u00ab l’identit\u00e9 chr\u00e9tienne<\/em> \u00bb <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il s\u2019agit d\u2019une sorte de manifeste contre la qu\u00eate, d\u00e9crite comme obsessionnelle dans certains milieux, d’une reconnaissance ou d\u2019une d\u00e9fense identitaire de la communaut\u00e9 catholique. Dans le sous-titre de ce livre, \u00ab l\u2019identit\u00e9 chr\u00e9tienne \u00bb est entre guillemets : ce n\u2019est donc pas l\u2019identit\u00e9 chr\u00e9tienne comme telle qui est critiqu\u00e9e mais son durcissement th\u00e9matique invasif.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 propos de la mont\u00e9e en nombre des cat\u00e9chum\u00e8nes, des jeunes cat\u00e9chum\u00e8nes en particulier, certains observateurs parlent de qu\u00eate d\u2019abord identitaire. Ce jugement simplifie \u00e0 l\u2019exc\u00e8s un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe mais il y a en effet, chez certains, notamment dans les cit\u00e9s populaires, un besoin d\u2019affirmation et d\u2019appartenance, un besoin d\u2019identit\u00e9 culturelle et religieuse. La qu\u00eate identitaire peut \u00eatre l’expression d’une peur de l’alt\u00e9rit\u00e9, du pr\u00e9sent ou du futur. Elle ne doit pas susciter pour autant une peur sym\u00e9trique mais plut\u00f4t \u00e9coute et dialogue \u00e9vang\u00e9liques. Si le repli identitaire est malfaisant, si la qu\u00eate obsessionnelle d’identit\u00e9 n’est pas saine, la simple recherche d’une identit\u00e9 n\u2019est pas ill\u00e9gitime.<\/p>\n\n\n\n\n\n Face \u00e0 la peur que serait cens\u00e9e exprimer la qu\u00eate d’identit\u00e9, certains expriment leur propre peur de cette mont\u00e9e d’une qu\u00eate d’identit\u00e9. Cette peur de la peur, aussi contradictoire que le fameux \u00ab paradoxe du menteur \u00bb, instaure un cercle vicieux, se discr\u00e9dite elle-m\u00eame. La r\u00e9ponse authentiquement chr\u00e9tienne \u00e0 la peur, et aux duret\u00e9s qu\u2019elle engendre, ne peut pas \u00eatre seulement la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des jugements. Il est plus f\u00e9cond de conjuguer la rigueur d\u2019une analyse contrast\u00e9e, la bienveillance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des personnes, la mesure et la nuance dans les \u00e9valuations et surtout ce que les papes Fran\u00e7ois et L\u00e9on XIV appellent \u00ab l\u2019\u00e9cologie du dialogue \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Lors de la primaire de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2017, Bruno Le Maire, r\u00e9agissant au d\u00e9bat sur \u00ab l\u2019identit\u00e9 nationale \u00bb suscit\u00e9 pendant sa pr\u00e9sidence par Nicolas Sarkozy, a affirm\u00e9 qu\u2019il pr\u00e9f\u00e9rait le th\u00e8me de la \u00ab culture \u00bb \u00e0 celui de \u00ab l\u2019identit\u00e9 \u00bb. L\u2019identit\u00e9 enfermerait dans la recherche d\u2019une co\u00efncidence imm\u00e9diate et exclusive avec soi-m\u00eame tandis que la culture s\u2019inscrirait dans une logique d\u2019ouverture, de rencontre, de mouvement.<\/p>\n\n\n\n Le th\u00e8me de la culture, en r\u00e9alit\u00e9, n\u2019est pas moins ambivalent que celui de l\u2019identit\u00e9. Beaucoup font aujourd\u2019hui au christianisme seulement culturel les m\u00eames reproches qu\u2019\u00e0 l\u2019identit\u00e9 chr\u00e9tienne. Mais, si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re, dans la s\u00e9quence de la visite de L\u00e9on XIV \u00e0 l\u2019UNESCO, \u00e0 l\u2019extraordinaire discours que Jean-Paul II y a prononc\u00e9 en 1980, sur la culture comme mani\u00e8re pour l\u2019homme d\u2019habiter son humanit\u00e9, on peut affirmer que les th\u00e9matiques ajust\u00e9es de la culture et de l\u2019identit\u00e9 s\u2019enrichissent l\u2019une l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n La dialectique de la culture et de l\u2019identit\u00e9 met en lumi\u00e8re le caract\u00e8re fonci\u00e8rement vivant et \u00e9volutif de l\u2019identit\u00e9 authentiquement chr\u00e9tienne, qui ne peut se construire de mani\u00e8re principalement d\u00e9fensive comme qu\u00eate de co\u00efncidence imm\u00e9diate et d\u00e9finitive avec un certain nombre de valeurs ou de r\u00e9f\u00e9rences. C’est un des beaux paradoxes de l’identit\u00e9 proprement chr\u00e9tienne qu\u2019elle est d\u2019autant plus solide qu\u2019elle demeure en dialogue et en mouvement. Comme dans l\u2019\u00e9vangile, il faut suivre J\u00e9sus et marcher avec lui pour demeurer en lui.<\/p>\n\n\n\n Le philosophe Pierre Manent a souvent expliqu\u00e9 que chacun d\u2019entre nous n\u2019a pas une seule identit\u00e9 mais un \u00ab portefeuille d\u2019identit\u00e9s<\/a> \u00bb, culturelles, familiales, intellectuelles, spirituelles. On ne peut donc parler d\u2019identit\u00e9 au singulier que si l\u2019on fait droit \u00e0 la complexit\u00e9 fonci\u00e8re de toute identit\u00e9, redoubl\u00e9e par la catholicit\u00e9, l\u2019universalit\u00e9, de l\u2019identit\u00e9 chr\u00e9tienne. Ce th\u00e8me de la complexit\u00e9, si cher \u00e0 Edgar Morin<\/a>, n\u2019est pas une mani\u00e8re de botter en touche mais plut\u00f4t de scruter dans toute sa beaut\u00e9 la richesse de notre \u00ab magnifique humanit\u00e9 \u00bb, pour citer le titre de la premi\u00e8re encyclique de L\u00e9on XIV, et de la magnifique r\u00e9alit\u00e9 chr\u00e9tienne.<\/p>\n\n\n\n Sans doute peut-on aborder la question de l\u2019identit\u00e9 comme on prend au s\u00e9rieux celle du sacr\u00e9. Il est des auteurs chr\u00e9tiens pour discr\u00e9diter a priori le sacr\u00e9 et sa qu\u00eate au pr\u00e9texte qu\u2019en r\u00e9gime biblique et \u00e9vang\u00e9lique, la recherche de la saintet\u00e9 devrait prendre inexorablement le dessus. La saintet\u00e9 sans doute d\u00e9passe le sacr\u00e9 mais en l\u2019assumant, en faisant droit \u00e0 sa qu\u00eate. La vie chr\u00e9tienne, de m\u00eame, dans son \u00e9lan, dans sa libert\u00e9, dans sa joie, d\u00e9passe, et de tr\u00e8s loin, la qu\u00eate d\u2019identit\u00e9 mais elle l\u2019assume paisiblement comme un point de d\u00e9part authentiquement humain et l\u00e9gitime.<\/p>\n\n\n\n Le nom qui exprime l\u2019identit\u00e9, au sens le plus imm\u00e9diat du terme, des disciples de J\u00e9sus-Christ, n\u2019est pas un nom qu\u2019ils ont choisi mais un nom qu\u2019ils ont re\u00e7u. \u00ab C\u2019est \u00e0 Antioche, lit-on dans les Actes des Ap\u00f4tres<\/em>, que pour la premi\u00e8re fois, les disciples re\u00e7urent le nom de chr\u00e9tiens \u00bb (Ac<\/em> 11, 26). De qui les disciples re\u00e7urent-ils ce nom ? De ceux qui se m\u00e9fiaient d\u2019eux peut-\u00eatre mais aussi de ceux qui se sentaient rejoints par leur message et leur t\u00e9moignage. Dans les Ecritures<\/em>, le passif exprime souvent l\u2019\u0153uvre de Dieu lui-m\u00eame : ultimement donc, c\u2019est de Dieu que les disciples re\u00e7oivent le nom de chr\u00e9tien, comme un don et comme une responsabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Le nom de chr\u00e9tien unit \u00e9videmment au Christ mais aussi au Saint l’Esprit : le nom \u00ab Christos<\/em> \u00bb en effet, transposition grecque de l\u2019h\u00e9breu \u00ab Meshiah<\/em> \u00bb, le Messie, d\u00e9signe celui qui a re\u00e7u en pl\u00e9nitude l\u2019onction de l\u2019Esprit (cf. Is<\/em> 11, 1-3). C’est la communion avec le Christ dans l\u2019Esprit-Saint qui fait l’identit\u00e9 chr\u00e9tienne, la configuration spirituelle avec le Fils unique devenu \u00ab l\u2019a\u00een\u00e9 d\u2019une multitude de fr\u00e8res \u00bb (Rm<\/em> 8, 29). C\u2019est par l\u2019approfondissement biblique, th\u00e9ologique et spirituel qu\u2019il est possible de d\u00e9passer la crainte ou le raidissement en r\u00e9alit\u00e9 jumeaux de l\u2019identit\u00e9 chr\u00e9tienne.<\/p>\n\n\n\n\n La pratique m\u00e9di\u00e9vale de l\u2019interpr\u00e9tation biblique, par la scrutation des quatre sens de l’\u00c9criture, remise en lumi\u00e8re par le P. Henri de Lubac dans sa magistrale Ex\u00e9g\u00e8se M\u00e9di\u00e9vale<\/em> <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>,<\/em> peut nous aider \u00e0 mettre en \u0153uvre cet approfondissement. Au sens litt\u00e9ral, l’identit\u00e9 chr\u00e9tienne, c’est appartenir au Christ, par la foi et l\u2019initiation sacramentelle, c\u2019est reconna\u00eetre dans le Christ la r\u00e9f\u00e9rence ultime de sa vie. Le sens spirituel permet de comprendre que l’identit\u00e9 chr\u00e9tienne ne peut pas \u00eatre seulement ext\u00e9rieure, sociologique ou militante : c’est une appartenance int\u00e9rieure, c’est le choix de se laisser transformer int\u00e9rieurement par l’\u00c9vangile, de cultiver la libert\u00e9 \u00e9vang\u00e9lique propos\u00e9e par le Christ.<\/p>\n\n\n\n Au sens tropologique ou moral, qui d\u00e9ploie les deux pr\u00e9c\u00e9dents, l’identit\u00e9 chr\u00e9tienne n’est pas d’abord de l’ordre de la revendication ext\u00e9rieure mais de la mani\u00e8re de vivre, dans l’oubli de soi-m\u00eame, dans le don de soi, dans le service des plus pauvres, dans la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 re\u00e7ue \u00e0 approfondir toujours davantage. L’identit\u00e9 chr\u00e9tienne, ce n’est pas appartenir \u00e0 un parti, f\u00fbt-il \u00ab catholique \u00bb (cf. Ph 2,3), mais c’est prendre le parti de vivre selon l’\u00c9vangile.<\/p>\n\n\n\n Le sens anagogique enfin, le sens eschatologique, permet de comprendre que l’identit\u00e9 chr\u00e9tienne n’est pas une r\u00e9alit\u00e9 qui serait achev\u00e9e au fils de la vie terrestre. Pour les chr\u00e9tiens, ce qu\u2019on vit dans le temps pr\u00e9sent ne fait qu’esquisser ce qui est promis pour la vie \u00e9ternelle. Comme l\u2019a rappel\u00e9 \u00e0 l\u2019UNESCO, L\u00e9on XIV \u00ab Nous ne sommes pas en chemin vers le n\u00e9ant. \u00bb Il y a toujours un hiatus entre le Royaume annonc\u00e9 et inaugur\u00e9 et le Royaume pleinement accompli et r\u00e9v\u00e9l\u00e9. Beaucoup de contrefa\u00e7ons du christianisme (comme les totalitarismes se r\u00e9clamant d\u2019une eschatologie s\u00e9cularis\u00e9e) ou de malfa\u00e7ons (comme les id\u00e9ologies violentes pr\u00e9tendument confessionnelles) proviennent de la confusion entre le temps pr\u00e9sent et l’eschatologie. Le sens anagogique manifeste donc que l’identit\u00e9 chr\u00e9tienne est un chemin.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 partir de ces quatre sens de l\u2019identit\u00e9 chr\u00e9tienne, surgissent au moins trois paradoxes qui permettent de saisir de mani\u00e8re ajust\u00e9e ce mode d’\u00eatre singulier re\u00e7u du Christ, qui n\u2019est pas exclusif mais diffusif car on peut vivre quelque chose de l’identit\u00e9 chr\u00e9tienne sans \u00eatre encore explicitement chr\u00e9tien.<\/p>\n\n\n\n Le premier paradoxe \u00e0 maintenir, surgi du verset de psaume : \u00ab amour et v\u00e9rit\u00e9 se rencontrent \u00bb (Ps<\/em> 84, 11), r\u00e9side dans la conjonction entre l’enracinement et l’hospitalit\u00e9. On n’a jamais \u00e0 choisir, en tant que chr\u00e9tiens, entre la fid\u00e9lit\u00e9 profonde \u00e0 l’\u00e9vangile avec toutes ses exigences et la capacit\u00e9 d’\u00e9coute, de rencontre, de dialogue, de service. M\u00eame l’\u00e9vang\u00e9lisation, au sens le plus missionnaire du terme, ne se fait pas contre l’esprit de dialogue, comme l\u2019a exprim\u00e9 Jean-Paul II dans sa belle encyclique La Mission du R\u00e9dempteur<\/em>, mais en son sein. Il n\u2019y a pas de plus grande ouverture que celle du c\u0153ur du Christ : plus on appartient au Christ, plus on participe \u00e0 l\u2019ouverture infinie de son c\u0153ur. <\/p>\n\n\n\n\n\n Une autre conjonction paradoxale typique de l’appartenance authentiquement chr\u00e9tienne est l’unit\u00e9 de la tradition et de la modernit\u00e9. \u00catre chr\u00e9tien, c’est \u00eatre profond\u00e9ment enracin\u00e9 dans une transmission vivante qui nous vient du Christ lui-m\u00eame et en m\u00eame temps vivre pleinement dans le temps pr\u00e9sent re\u00e7u de Dieu. Les P\u00e8res de l’\u00c9glise ont soulign\u00e9 que la nouveaut\u00e9 par excellence dans l’histoire du monde, c’est le Christ lui-m\u00eame. Saint Ir\u00e9n\u00e9e l\u2019exprime dans une formule fameuse, qui est devenue comme le refrain de l\u2019\u0153uvre magistrale du P. de Lubac : \u00ab omnem novitatem attulit semetipsum afferens<\/em> \u00bb, \u00ab il a apport\u00e9 toute nouveaut\u00e9 en se donnant lui-m\u00eame \u00bb<\/p>\n\n\n\n Puisque le Christ est la v\u00e9ritable nouveaut\u00e9, r\u00e9side en lui-m\u00eame l’unit\u00e9 paradoxale de ce qui est donn\u00e9 dans l’histoire, \u00e0 travers le Premier Testament en particulier, et la nouveaut\u00e9 du temps pr\u00e9sent o\u00f9 chaque \u00e9poque est l’occasion de d\u00e9couvrir davantage comment le Christ vient renouveler toute chose. Quand on est enracin\u00e9 dans cette identit\u00e9 chr\u00e9tienne authentique, on n’a pas \u00e0 redouter la nouveaut\u00e9, puisque toute nouveaut\u00e9 est toujours d\u00e9j\u00e0 devanc\u00e9e et assum\u00e9e par la nouveaut\u00e9 du Christ lui-m\u00eame. On n’a pas non plus \u00e0 se laisser fasciner au point d’idol\u00e2trer les nouveaut\u00e9s partielles du temps pr\u00e9sent, parce que toute nouveaut\u00e9 partielle est \u00e0 remettre dans la perspective de la nouveaut\u00e9 par excellence, celle du Christ lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n Ce rapport entre tradition et modernit\u00e9, rapport parfois difficile \u00e0 articuler et \u00e0 mettre en \u0153uvre mais toujours possible \u00e0 d\u00e9ployer, appara\u00eet fortement dans la premi\u00e8re encyclique du Pape L\u00e9on XIV Magnifica Humanitas<\/em>. A la lumi\u00e8re de la Parole de Dieu et de Celui qui est cette Parole en personne, le Successeur de Pierre offre au monde des \u00e9l\u00e9ments de discernement pertinents face aux enjeux les plus contemporains et disruptifs de la r\u00e9volution num\u00e9rique et de l\u2019intelligence artificielle.<\/p>\n\n\n\n Une autre polarit\u00e9 paisible de l’identit\u00e9 chr\u00e9tienne provient du rapport entre l’humanisation et la divinisation. \u00catre chr\u00e9tien, c’est recevoir de la r\u00e9v\u00e9lation du Christ la r\u00e9v\u00e9lation de l’homme \u00e0 lui-m\u00eame. Le \u00ab voici l’homme \u00bb de Ponce Pilate durant la Passion de J\u00e9sus (Jn<\/em> 19, 5) constitue \u00e0 la fois une mise en lumi\u00e8re du Messie Sauveur et une r\u00e9v\u00e9lation du myst\u00e8re de notre humanit\u00e9, qui affleure davantage dans la fragilit\u00e9 que dans la force. Voil\u00e0 pourquoi le Concile Vatican II a pu affirmer : \u00ab le myst\u00e8re de l\u2019homme ne s\u2019\u00e9claire vraiment que dans le myst\u00e8re du Verbe incarn\u00e9 \u00bb (Gaudium et Spes<\/em>, 22).<\/p>\n\n\n\n Tout dans le myst\u00e8re du Christ aide \u00e0 d\u00e9chiffrer notre nature humaine, dans sa dimension \u00e0 la fois corporelle et spirituelle, unique et sexu\u00e9e, personnelle et relationnelle, \u00e9ternelle et temporelle. En m\u00eame temps, l’homme n’advient \u00ab vraiment \u00bb \u00e0 lui-m\u00eame (l\u2019adverbe de Vatican II est fort) que s’il se laisse rejoindre par plus et plus profond que lui-m\u00eame. Le pape L\u00e9on XIV qui suscite une red\u00e9couverte de saint Augustin depuis un an t\u00e9moigne fortement de cela.<\/p>\n\n\n\n Face \u00e0 la qu\u00eate contemporaine d\u2019identit\u00e9s, il nous faut donc ne pas succomber \u00e0 la peur. Celle-ci est toujours mauvaise conseill\u00e8re. \u00ab N\u2019ayez pas peur ! \u00bb : c’est le leitmotiv de la Bible et pas seulement du pontificat de Jean-Paul II ! L\u2019\u0153uvre m\u00eame du salut consiste en une lib\u00e9ration de la peur : la peur de Dieu, la peur de soi-m\u00eame, la peur des autres. Il est aujourd\u2019hui salutaire de r\u00e9sister \u00e0 ce fruit v\u00e9n\u00e9neux de la peur qu\u2019est le ressentiment. L’identit\u00e9 chr\u00e9tienne en d\u00e9finitive est moins une donn\u00e9e qu’une t\u00e2che, celle de passer du ressentiment \u00e0 l’action de gr\u00e2ce. <\/p>\n\n\n\n \u00ab Vivez dans l’action de gr\u00e2ce ! \u00bb (Col<\/em> 3, 15) : cette recommandation de saint Paul est particuli\u00e8rement pr\u00e9cieuse. Il y a certes dans la recherche contemporaine d\u2019identit\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments \u00e0 interroger, \u00e0 purifier, \u00e0 \u00e9vang\u00e9liser. Mais ne faut-il pas commencer par rendre gr\u00e2ce pour la qu\u00eate de sens qu\u2019elle exprime ? La peur et le ressentiment ne sont qu\u2019une caricature de lucidit\u00e9. Il est n\u00e9cessaire de cultiver un minimum de bienveillance sereine pour accueillir la beaut\u00e9 fonci\u00e8re du r\u00e9el et des personnes dans leur profondeur. Aujourd\u2019hui, plus que jamais est pr\u00e9cieuse, et typique de l\u2019identit\u00e9 chr\u00e9tienne, la recommandation de saint Augustin : \u00ab non intratur in veritatem nisi per caritatem <\/em> \u00bb, \u00ab on entre dans la v\u00e9rit\u00e9 que par la charit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n\n Une id\u00e9e proche est formul\u00e9e, sur un mode philosophique, par Cynthia Fleury dans son livre Ci-g\u00eet l\u2019amer. Gu\u00e9rir du ressentiment <\/em> : \u00ab Un des points fondamentaux concernant les caract\u00e8res du ressentiment est le fait de ne plus savoir voir, de perdre l’acc\u00e8s au juste regard sur les choses, de perdre cette capacit\u00e9 d’\u00e9merveillement, et plus simplement d’admiration, donc pas simplement un aveuglement, mais une difformation de tout, comme si le sujet se crevait les yeux, comme s’il perdait \u00e9galement l’acc\u00e8s \u00e0 sa propre capacit\u00e9 de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 \u00bb <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Au milieu des temp\u00eates de notre soci\u00e9t\u00e9 liquide, puissions-nous mener par le juste regard et la capacit\u00e9 d\u2019\u00e9merveillement le v\u00e9ritable et paisible combat de l’identit\u00e9 chr\u00e9tienne authentique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Une pi\u00e8ce de doctrine sign\u00e9e par l\u2019archev\u00eaque de Nanterre<\/p>\n","protected":false},"author":61106,"featured_media":360141,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-editorials.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":true,"_trash_the_other_posts":false,"_yoast_wpseo_estimated-reading-time-minutes":12,"_lgc_tts_voice":"","_lgc_tts_publish":false,"_lgc_tts_history_item_id":"","_lgc_tts_generated_at":"","_lgc_tts_status":"","_lgc_tts_error":"","footnotes":""},"categories":[2157],"tags":[],"staff":[2231],"editorial_format":[4941],"serie":[],"audience":[],"geo":[1917],"class_list":["post-360049","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-religion","staff-mgr-matthieu-rouge","editorial_format-doctrine","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":"default","_thumbnail_id":360141,"excerpt":" Une pi\u00e8ce de doctrine sign\u00e9e par l\u2019archev\u00eaque de Nanterre","display_date":"","new_abstract":true},"yoast_head":"\n
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\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\nDu ressentiment \u00e0 l\u2019action de gr\u00e2ce<\/h2>\n\n\n\n
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