{"id":359275,"date":"2026-09-22T18:20:58","date_gmt":"2026-09-22T16:20:58","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=359275"},"modified":"2026-09-22T18:21:10","modified_gmt":"2026-09-22T16:21:10","slug":"comment-la-france-est-devenue-la-fille-declassee-de-leglise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/09\/22\/comment-la-france-est-devenue-la-fille-declassee-de-leglise\/","title":{"rendered":"Comment la France est devenue la fille d\u00e9class\u00e9e de l\u2019\u00c9glise"},"content":{"rendered":"\n
Testez <\/em>le Grand Continent. Les id\u00e9es et les analyses qu\u2019on ne trouve nulle part. Mais que vous verrez bient\u00f4t partout. 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D\u2019abord entre le printemps des peuples, en 1848, et la rupture des relations diplomatiques avec la France, en 1904, la papaut\u00e9 et la France entretiennent des relations singuli\u00e8res, fondamentalement marqu\u00e9es par le rapport \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage de 1789. En second lieu, entre la S\u00e9paration de 1905 et la Seconde Guerre mondiale, les rapports entre les papes et la France sont marqu\u00e9es par une r\u00e9conciliation progressive et aussi par les cons\u00e9quences d\u2019une lente perte d\u2019influence de la France dans la catholicit\u00e9. Quelques remarques conclusives portent enfin sur la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle o\u00f9, dans le sillage du concile Vatican II, s\u2019acc\u00e9l\u00e8re le d\u00e9centrement de l\u2019\u00c9glise par rapport aux vieilles puissances europ\u00e9ennes.<\/p>\n\n\n\n Il faut pr\u00e9ciser que ces questions ont fait l\u2019objet d\u2019une ample production historiographique, notamment li\u00e9e \u00e0 l\u2019ouverture progressive des archives du Saint-Si\u00e8ge (\u00e0 partir de 1884, L\u00e9on XIII ouvre une partie des archives du Vatican, ant\u00e9rieure \u00e0 1814). \u00c0 partir du pontificat de Pie XI, l\u2019habitude se prend d\u2019ouvrir les archives pontificat par pontificat, jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re ouverture par le pape Fran\u00e7ois, en 2020, des archives du pontificat de Pie XII. Des travaux ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9s, en particulier, au sein de l\u2019\u00c9cole fran\u00e7aise de Rome dans les derni\u00e8res d\u00e9cennies : de nombreuses publications s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 l\u2019histoire de la papaut\u00e9 et \u00e0 ses enjeux mondiaux, sans se limiter aux relations avec la France.<\/p>\n\n\n\n Au milieu du XIXe si\u00e8cle, le rapport de la papaut\u00e9 \u00e0 la France h\u00e9rite de d\u00e9cennies chahut\u00e9es \u00e0 la suite de la R\u00e9volution fran\u00e7aise. Outre, bien entendu, la pers\u00e9cution des clercs qui caract\u00e9rise la p\u00e9riode la plus violente de la R\u00e9volution, ce qui pr\u00e9occupe les papes, ce n\u2019est pas d\u2019abord le changement de r\u00e9gime politique. Au XIXe si\u00e8cle, les papes s\u2019expriment peu sur ce sujet, et ne succombent que rarement \u00e0 la tentation d\u2019une explication en clef eschatologique de la chute de la royaut\u00e9, \u00e0 la Burke ou \u00e0 la de Maistre (ce dernier, en revanche, r\u00e9servant dans son syst\u00e8me contre-r\u00e9volutionnaire une place pr\u00e9\u00e9minente au pape).<\/p>\n\n\n\n Ce qui occupe d\u2019abord les papes durant la p\u00e9riode r\u00e9volutionnaire et les ann\u00e9es suivantes, c\u2019est la pr\u00e9servation de la primaut\u00e9 du pape et de son autorit\u00e9 sur les \u00e9v\u00eaques. C\u2019est tout l\u2019enjeu du conflit ouvert par la Constitution civile du clerg\u00e9, qui peut \u00eatre lue au moins autant comme une rupture issue de la R\u00e9volution que dans la continuit\u00e9 d\u2019une forme de gallicanisme aux racines plus anciennes. \u00c2prement n\u00e9goci\u00e9, le concordat de 1801, m\u00eame s\u2019il est assorti des \u00ab articles organiques \u00bb qui limitent les pr\u00e9rogatives pontificales, et malgr\u00e9 une tentative de r\u00e9forme avort\u00e9e sous la Restauration (1817), se r\u00e9v\u00e8le finalement un compromis qui traverse tout le si\u00e8cle et ses diff\u00e9rents r\u00e9gimes, jusqu\u2019en 1905.<\/p>\n\n\n\n\n Il ne faudrait pas penser, n\u00e9anmoins, que Rome a une appr\u00e9ciation juridique des cons\u00e9quences de la R\u00e9volution. Les premi\u00e8res d\u00e9cennies du XIXe si\u00e8cle sont l\u2019occasion pour la papaut\u00e9 de commencer l\u2019\u00e9laboration d\u2019un corpus de doctrine sur les rapports entre l\u2019\u00c9glise et la modernit\u00e9, entre l\u2019\u00c9glise et le lib\u00e9ralisme \u2013 qui, au moins en mati\u00e8re philosophique et politique, tend \u00e0 \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage des Lumi\u00e8res et de la R\u00e9volution fran\u00e7aise. C\u2019est ainsi qu\u2019on peut comprendre, notamment, la premi\u00e8re condamnation du \u00ab catholicisme lib\u00e9ral \u00bb par l\u2019encyclique Mirari vos<\/em> de Gr\u00e9goire XVI en 1832.<\/p>\n\n\n\n\n\n On fait souvent du XIXe si\u00e8cle fran\u00e7ais, dans le catholicisme, le th\u00e9\u00e2tre d\u2019une opposition entre catholicisme lib\u00e9ral et intransigeant. Mais c\u2019est une illusion d\u2019optique. Il s\u2019agit plut\u00f4t de deux p\u00e9riodes du catholicisme, qui correspondent certes \u00e0 deux tendances. La monarchie de Juillet et la courte Deuxi\u00e8me R\u00e9publique sont le grand moment du catholicisme lib\u00e9ral, \u00e0 forte connotation intellectuelle (Lamennais, Montalembert, Lacordaire, Ozanam autour du journal L\u2019Avenir<\/em>).<\/p>\n\n\n\n Le catholicisme lib\u00e9ral n\u2019a rien d\u2019un progressisme. Il est r\u00e9solument ultramontain \u2013 ce qui rend d\u2019autant plus douloureuse la condamnation \u2013 et s\u2019il plaide pour une stricte s\u00e9paration des sph\u00e8res politiques et religieuse, et m\u00eame pour l\u2019abandon du concordat, c\u2019est d\u2019abord pour assurer la libert\u00e9 de l\u2019\u00c9glise. Apr\u00e8s la condamnation par Gr\u00e9goire XVI du lib\u00e9ralisme sous toutes ses formes et de la s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat, les meneurs du catholicisme lib\u00e9ral n\u2019en continuent pas moins de dominer l\u2019intelligentsia catholique en France ; ils s\u2019orientent vers la d\u00e9fense de plusieurs causes dont la plus connue est la d\u00e9fense de l\u2019\u00e9cole catholique.<\/p>\n\n\n\n\n\n L\u2019av\u00e8nement en 1846 de Pie IX, per\u00e7u comme lib\u00e9ral parce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu contre le candidat soutenu par l\u2019Autriche, grande puissance catholique conservatrice dans l\u2019Europe du Congr\u00e8s de Vienne, puis la R\u00e9volution de 1848, exempte d\u2019anticl\u00e9ricalisme, suscitent un grand espoir chez les catholiques lib\u00e9raux. D\u00e9but 1848, alors que ce qu\u2019on appelle le \u00ab printemps des peuples \u00bb commence dans le royaume de Naples et s\u2019\u00e9tend \u00e0 la p\u00e9ninsule italienne, Pie IX annonce la r\u00e9daction d\u2019une constitution pour les \u00c9tats pontificaux. Mais le refus de cautionner le soul\u00e8vement contre la domination autrichienne dont le roi du Pi\u00e9mont prend la t\u00eate dans le Nord de l\u2019Italie, conduit le pape \u00e0 changer de position, et \u00e0 entra\u00eener le roi de Naples dans une logique r\u00e9pressive qui gagne bient\u00f4t la p\u00e9ninsule.<\/p>\n\n\n\n Durant plus de vingt ans, la France de Louis-Napol\u00e9on Bonaparte, \u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique en 1848, devenu Napol\u00e9on III en 1852, se fait la garante de la survie d\u2019un \u00c9tat pontifical de plus en plus menac\u00e9 par l\u2019unification de la p\u00e9ninsule. L\u2019intensit\u00e9 du soutien militaire du Second Empire \u00e0 la papaut\u00e9 varie en fonction des courants que Napol\u00e9on III cherche \u00e0 gagner \u00e0 sa cause en politique int\u00e9rieure, et des ambigu\u00eft\u00e9s de sa politique italienne : car en r\u00e9alit\u00e9, l\u2019Empereur est sensible \u00e0 la cause de l\u2019unit\u00e9 italienne, et il y voit surtout une fa\u00e7on de remettre en cause la pr\u00e9\u00e9minence autrichienne et l\u2019ordre europ\u00e9en issu du Congr\u00e8s de Vienne. En 1849, l\u2019envoi d\u2019un corps exp\u00e9ditionnaire pour r\u00e9installer \u00e0 Rome un Pie IX chass\u00e9 par la \u00ab R\u00e9publique romaine \u00bb de Giuseppe Mazzini scelle l\u2019alliance entre Louis-Napol\u00e9on Bonaparte et les conservateurs. En 1859, alors que Napol\u00e9on III tente de faire \u00e9voluer son pouvoir vers un \u00ab Empire lib\u00e9ral \u00bb, il s\u2019allie avec Cavour et fait en Italie du Nord une guerre contre l\u2019Autriche qu\u2019il arr\u00eate brusquement, mais qui permet \u00e0 Cavour d\u2019obtenir, gr\u00e2ce \u00e0 une vague de soul\u00e8vements dans la p\u00e9ninsule, de nombreux rattachements au royaume de Pi\u00e9mont par pl\u00e9biscite. Fin strat\u00e8ge, Cavour sait agiter aupr\u00e8s de Napol\u00e9on III la menace que fait peser sur le pape l\u2019exp\u00e9dition des Mille de Garibaldi en mai 1860, pour obtenir de l\u2019Empereur l\u2019accord pour une occupation pr\u00e9ventive des \u00c9tats pontificaux par le Pi\u00e9mont, et leur annexion \u00e0 l\u2019exception du Latium.<\/p>\n\n\n\n Le Second Empire continue pourtant de d\u00e9fendre cet \u00c9tat pontifical r\u00e9duit \u00e0 peau de chagrin contre la menace garibaldienne pendant dix ans, jusqu\u2019\u00e0 la chute du r\u00e9gime lors de la guerre de 1870 : le rapatriement de la garnison fran\u00e7aise \u00e0 Rome permet alors l\u2019entr\u00e9e des Pi\u00e9montais par la br\u00e8che de la Porta Pia (\u00e0 quelques pas de l\u2019actuelle ambassade de France pr\u00e8s le Saint-Si\u00e8ge), et l\u2019installation \u00e0 Rome de la capitale de l\u2019Italie enti\u00e8rement unifi\u00e9e. Pie IX ordonne de livrer Rome sans bataille et s\u2019enferme d\u00e9finitivement dans le palais du Vatican, refusant de faire d\u00e9pendre le pape de \u00ab loi des garanties \u00bb que le gouvernement italien prend \u00e0 son sujet en 1871. C\u2019est le d\u00e9but de la \u00ab question romaine \u00bb \u00e0 proprement parler, qui dure pr\u00e8s de soixante ans.<\/p>\n\n\n\n Les ann\u00e9es 1860, pendant lesquelles Pie IX appara\u00eet particuli\u00e8rement menac\u00e9, marquent le d\u00e9but d\u2019une relation de plus en plus \u00e9troite entre les catholiques fran\u00e7ais et le pape. Celle-ci s\u2019incarne dans l\u2019engagement des zouaves pontificaux au service du pape. Apr\u00e8s la bataille de Castelfidardo, la grande d\u00e9faite des Pontificaux face aux Pi\u00e9montais en 1860, l\u2019arm\u00e9e du pape, command\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral de Lamorici\u00e8re, issu d\u2019une famille nantaise monarchiste, b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une mobilisation confessionnelle internationale sans pr\u00e9c\u00e9dent, qui permet l\u2019organisation d\u2019un bataillon puis d\u2019un r\u00e9giment de zouaves pontificaux. Entre 1860 et le licenciement du r\u00e9giment en 1870, 10 000 volontaires ont fait partie des zouaves pontificaux, issus de vingt-cinq nationalit\u00e9s, majoritairement des Hollandais, des Fran\u00e7ais et des Belges. En France, tous les d\u00e9partements participent, mais c\u2019est la Bretagne, en particulier le dioc\u00e8se de Nantes, qui est la pourvoyeuse majoritaire des zouaves (devant le Nord de la France). La bataille de Mentana, en 1867, est la grande victoire des zouaves contre les garibaldiens (et du reste la seule, car les zouaves passent en r\u00e9alit\u00e9 beaucoup de temps \u00e0 attendre l\u2019occasion de combattre\u2026).<\/p>\n\n\n\n\n\n Derri\u00e8re l\u2019engagement militaire des zouaves, on assiste \u00e0 un engagement polymorphe des catholiques fran\u00e7ais derri\u00e8re le pape et son pouvoir temporel, un engagement spirituel, mais aussi financier (avec la r\u00e9activation en 1859 du Denier de Saint-Pierre). C\u2019est vraiment autour de la figure de Pie IX (y compris de mani\u00e8re tr\u00e8s concr\u00e8te, avec la diffusion de son image, de ses messages, permise par les techniques modernes) que s\u2019affirme la construction d\u2019une papaut\u00e9 r\u00e9v\u00e9r\u00e9e et omnipr\u00e9sente dans le monde catholique, ce que Philippe Boutry a appel\u00e9 le \u00ab mouvement vers Rome \u00bb.<\/p>\n\n\n\n En France, c\u2019est le moment o\u00f9 se forme cette synth\u00e8se entre h\u00e9ritage contre-r\u00e9volutionnaire, ultramontanisme, opposition au lib\u00e9ralisme et \u00e0 la s\u00e9cularisation qu\u2019on appelle \u00ab intransigeantisme \u00bb ou \u00ab catholicisme intransigeant \u00bb (l\u2019expression a \u00e9t\u00e9 d\u00e9finie par \u00c9mile Poulat), qui devient progressivement dominante dans le catholicisme fran\u00e7ais dans la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle. La perception du pape comme d\u2019un souverain au tr\u00f4ne menac\u00e9 est fondamentale. Des figures comme Louis Veuillot, directeur du journal L\u2019Univers<\/em>, qui n\u2019ont pas la carrure intellectuelle, il faut le dire, des grands meneurs du \u00ab catholicisme lib\u00e9ral \u00bb, sortent alors de l\u2019ombre de ceux-ci et deviennent les porte-voix de la d\u00e9fense du \u00ab pape-roi \u00bb. Pie IX, en retour, s\u2019exprime tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement au sujet de la France, et approuve de nombreuses fois explicitement les prises de position de Louis Veuillot.<\/p>\n\n\n\n\n\n Chez Pie IX, on trouve aussi cette conviction forte que la papaut\u00e9 est assi\u00e9g\u00e9e par une monarchie, le Pi\u00e9mont, lib\u00e9rale et anticl\u00e9ricale (c\u2019est bien la coloration qu\u2019a voulu lui donner Cavour dans les ann\u00e9es 1850, pour s\u2019assurer la collaboration de la bourgeoisie du Nord de l\u2019Italie \u00e0 l\u2019\u0153uvre d\u2019unification autour du Pi\u00e9mont) ; le Pi\u00e9mont incarne la modernit\u00e9 dans tout ce qu\u2019elle a de condamnable, et au fond l\u2019h\u00e9ritage de 1789. La confrontation du Saint-Si\u00e8ge avec l\u2019Italie lib\u00e9rale est une explication fondamentale de la dimension intransigeante qu\u2019assume la papaut\u00e9 \u00e0 partir de la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, et au moins jusqu\u2019au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. Et la tierce position occup\u00e9e par la France, aussi bien le pouvoir officiel de Napol\u00e9on III, qui souffle le chaud et le froid sur les \u00c9tats pontificaux, que le catholicisme fran\u00e7ais qui \u00e9volue vers un ultramontanisme de plus en plus marqu\u00e9, a tout autant une influence majeure sur l\u2019\u00e9laboration de la pens\u00e9e du pape en mati\u00e8re politique.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est ainsi que la publication du fameux Syllabus<\/em> en annexe de l\u2019encyclique Quanta cura <\/em>de d\u00e9cembre 1864 (qui reprend plusieurs dizaines de propositions condamnant la modernit\u00e9, le lib\u00e9ralisme et l\u2019h\u00e9ritage de la R\u00e9volution, d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9es dans des documents pontificaux ant\u00e9rieur) doit en partie \u00eatre comprise dans le contexte de la \u00ab question romaine \u00bb. Quoiqu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9 depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, la publication du Syllabus<\/em> est une r\u00e9action directe \u00e0 la conclusion, trois mois auparavant, d\u2019un accord franco-italien pr\u00e9voyant (sans consultation de Pie IX), un retrait progressif des troupes fran\u00e7aises qui prot\u00e8gent ce qu\u2019il reste de l\u2019\u00c9tat pontifical. Du reste, Napol\u00e9on III interdit la lecture publique du texte qui est bien per\u00e7u comme une attaque de son r\u00e9gime et de sa politique. Le Syllabus<\/em>, par ailleurs, appara\u00eet aux catholiques intransigeants comme une confirmation de leurs engagements et, par le clivage que suscite sa r\u00e9ception dans le catholicisme fran\u00e7ais, est souvent d\u00e9crit comme le v\u00e9ritable acte de naissance de l\u2019intransigeantisme catholique, face aux positions lib\u00e9rales une nouvelle fois condamn\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n Le Syllabus<\/em>, qui devient une v\u00e9ritable charte de l\u2019intransigeantisme catholique en France \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, ne fonctionne pas seulement comme un repoussoir qui figerait la position catholique dans un refus unilat\u00e9ral de la modernit\u00e9. Il suscite aussi, sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, une dynamique d\u2019innovations intellectuelles, politiques et sociales par lesquelles le catholicisme veut trouver sa propre r\u00e9ponse aux \u00ab erreurs modernes \u00bb. C\u2019est le cas en particulier du \u00ab catholicisme social \u00bb, qui est une r\u00e9ponse fond\u00e9e dans l\u2019intransigeantisme, souvent l\u00e9gitimiste, aux \u00e9volutions sociales issues de la r\u00e9volution industrielle mais aussi une r\u00e9ponse \u00e0 la peur de la r\u00e9volution tout court suscit\u00e9e par la Commune de Paris (1871). L\u2019exp\u00e9rience et les r\u00e9flexions des \u00ab catholiques sociaux \u00bb de Belgique, de Suisse, d\u2019Allemagne et surtout de France, est \u00e0 l\u2019origine de l\u2019encyclique Rerum novarum<\/em> (1891), pierre de fondation de ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui la \u00ab doctrine sociale de l\u2019\u00c9glise \u00bb.<\/p>\n\n\n\n La distinction qu\u2019on aime bien faire, pour la p\u00e9riode qui nous int\u00e9resse, entre des papes diplomates ou r\u00e9alistes et des papes intransigeants, doit \u00eatre nuanc\u00e9e. L\u2019intransigeantisme est alors, \u00e0 Rome \u00e9galement, devenu un fond de doctrine dans le rapport \u00e0 la modernit\u00e9 lib\u00e9rale. Ce qui change, c\u2019est la question de savoir s\u2019il faut l\u2019attaquer de mani\u00e8re directe (comme le fait Pie IX, ou encore Pie X, d\u2019une certaine mani\u00e8re, en 1906-1907) ou indirecte, par une sorte de reconqu\u00eate par le bas de la soci\u00e9t\u00e9, de rechristianisation par les \u0153uvres (c\u2019est la strat\u00e9gie privil\u00e9gi\u00e9e par L\u00e9on XIII ou Pie XI). Et l\u00e0 encore le rapport aux affaires de France est un r\u00e9v\u00e9lateur fondamental. L\u00e9on XIII n\u2019a rien d\u2019un pape lib\u00e9ral. Il reprend la posture \u00e9labor\u00e9e par Pie IX du pape \u00ab prisonnier au Vatican \u00bb. Le \u00ab mouvement vers Rome \u00bb se confirme sous son pontificat ; la multiplication des p\u00e8lerinages, facilit\u00e9s par le d\u00e9veloppement des chemins de fer, est aussi une fa\u00e7on, pour les p\u00e8lerins, de montrer leur attachement au pape, d\u2019occuper la ville de Rome spoli\u00e9e par le royaume d\u2019Italie et de rappeler son r\u00f4le de capitale du catholicisme.<\/p>\n\n\n\n Mais alors qu\u2019il se montre inflexible vis-\u00e0-vis du royaume d\u2019Italie, L\u00e9on XIII adopte vis-\u00e0-vis de la France une posture pragmatique. Tr\u00e8s inform\u00e9, il re\u00e7oit beaucoup de visiteurs venant de France, que ce soient des \u00ab catholiques sociaux \u00bb marqu\u00e9s par le l\u00e9gitimisme ou des intellectuels catholiques aux convictions lib\u00e9rales (\u00c9tienne Lamy, Ferdinand Bruneti\u00e8re). Depuis 1879, les r\u00e9publicains ont pris le pouvoir en France, apr\u00e8s pr\u00e8s d\u2019une d\u00e9cennie d\u2019exercice du pouvoir par les monarchistes qui \u00e9chouent \u00e0 r\u00e9tablir la royaut\u00e9. La mort du principal pr\u00e9tendant, le comte de Chambord, en 1883, puis les victoires \u00e9lectorales r\u00e9p\u00e9t\u00e9es du camp r\u00e9publicain, \u00e9cartent de mani\u00e8re durable la possibilit\u00e9 d\u2019une restauration. Pendant pr\u00e8s de quarante ans, la droite est \u00e9cart\u00e9e du pouvoir. Les r\u00e9publicains accomplissent dans les ann\u00e9es 1880 une \u0153uvre consid\u00e9rable qui comporte un programme de la\u00efcisation de la soci\u00e9t\u00e9 et d\u2019abord de l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n\n\n\n Durant toute la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, l\u2019anticl\u00e9ricalisme (qui d\u2019ailleurs prend surtout, dans les ann\u00e9es 1880, la forme d\u2019un anti-congr\u00e9ganisme) appara\u00eet comme le ciment d\u2019un ensemble r\u00e9publicain dont les options sont, pour le reste, de plus en plus diversifi\u00e9es. Dans les ann\u00e9es 1890, le d\u00e9veloppement de courants politiques aux ambitions plus avanc\u00e9es d\u2019un point de vue social \u2013 les radicaux et m\u00eame les socialistes \u2013 fissure le camp r\u00e9publicain, certains mod\u00e9r\u00e9s se trouvant repouss\u00e9s vers le centre.<\/p>\n\n\n\n De fa\u00e7on sym\u00e9trique, certains catholiques, encore tr\u00e8s minoritaires, consid\u00e8rent que l\u2019opposition inconditionnelle au r\u00e9gime est st\u00e9rile et qu\u2019une int\u00e9gration dans le jeu politique, par des alliances avec les mod\u00e9r\u00e9s, est n\u00e9cessaire face au p\u00e9ril social. C\u2019est cette \u00e9volution que L\u00e9on XIII veut favoriser en encourageant le \u00ab ralliement \u00bb des catholiques \u00e0 la R\u00e9publique, notamment par l\u2019encyclique Au milieu des sollicitudes<\/em> (1892), fid\u00e8le \u00e0 la pens\u00e9e de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs qui n\u2019ont jamais marqu\u00e9 de pr\u00e9f\u00e9rence pour le r\u00e9gime monarchique, mais soucieux de rendre aux catholiques une capacit\u00e9 d\u2019action politique. Mais l\u2019appel au \u00ab ralliement \u00bb est mal re\u00e7u par la majorit\u00e9 des catholiques engag\u00e9s en politique, qui pr\u00e9f\u00e8rent quitter l\u2019ar\u00e8ne parlementaire que d\u00e9sob\u00e9ir au pape, certains investissant l\u2019action sociale.<\/p>\n\n\n\n Que retenir de cette seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle ? D\u2019abord un lien fort, pour le meilleur ou pour le pire, entre la France et les papes, sans \u00e9quivalent dans le reste de l\u2019\u00e9poque contemporaine. Le pape joue un r\u00f4le important dans la politique men\u00e9e par la France. Il est de plus en plus pr\u00e9sent dans le catholicisme fran\u00e7ais \u00e0 mesure que triomphe un ultramontanisme nourri, entre autres, par l\u2019image d\u2019un souverain martyris\u00e9. En retour la France est pr\u00e9sente dans les audiences et dans la pens\u00e9e des papes, et c\u2019est un \u00e9l\u00e9ment majeur pour comprendre l\u2019\u00e9laboration de la position pontificale face \u00e0 la modernit\u00e9, qui d\u2019ailleurs, paradoxalement, d\u00e9bouche d\u2019une certaine mani\u00e8re sur la doctrine sociale de l\u2019\u00c9glise.<\/p>\n\n\n\n La premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, qui s\u2019ouvre avec la s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat, est marqu\u00e9e \u00e0 l\u2019inverse par une prise de distance d\u2019avec la France, en perte d\u2019influence dans le monde catholique. L\u2019affaire Dreyfus tourne d\u00e9finitivement la page de l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit favorable au \u00ab ralliement \u00bb dans les ann\u00e9es 1890. Elle entra\u00eene une nouvelle polarisation tr\u00e8s forte entre gauche r\u00e9publicaine et droite nationaliste. Cons\u00e9quence, entre autres, de l\u2019antidreyfusisme tapageur (et bien s\u00fbr volontiers antis\u00e9mite) de certaines voix et organes de presse catholiques (notamment ceux des Augustins de l\u2019Assomption), l\u2019anticl\u00e9ricalisme redevient un \u00e9l\u00e9ment fondamental des coalitions de gauche qui gouvernent la France \u00e0 partir de 1899.<\/p>\n\n\n\n On assiste \u00e0 la reprise d\u2019une politique plus virulente encore que celle des ann\u00e9es 1880, encore une fois tourn\u00e9e prioritairement contre les congr\u00e9gations. C\u2019est le cas avec la loi de 1901, qui pr\u00e9voit un r\u00e9gime de libert\u00e9 pour toutes les associations, sauf les congr\u00e9gations religieuses, qui doivent obtenir une autorisation par la loi \u2013 refus\u00e9e dans la grande majorit\u00e9 des cas. L\u2019arriv\u00e9e au pouvoir en 1902 d\u2019une majorit\u00e9 radicale (le Bloc des gauches), dirig\u00e9e par le pr\u00e9sident du Conseil \u00c9mile Combes, entra\u00eene une interpr\u00e9tation tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8re de la loi, la fermeture de nombreuses \u00e9coles et le d\u00e9part de nombreuses congr\u00e9gations pour le chemin de l\u2019exil.<\/p>\n\n\n\n \u00c9mile Combes reprend le th\u00e8me de la s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat, cher \u00e0 la majorit\u00e9 radicale, qui renvoie \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise et \u00e0 la Commune de Paris. Dans un premier temps, cependant, il s\u2019agit surtout d\u2019un th\u00e8me mobilisateur et d\u2019un moyen de faire pression sur le pape. Ce que cherche Combes en 1902-1903, au contraire de la s\u00e9paration, c\u2019est de pouvoir utiliser le concordat comme un moyen plus efficace de contr\u00f4le sur l\u2019\u00c9glise et en particulier sur les nominations \u00e9piscopales. Il compte pour cela abolir par la force les habitudes de conciliation entre le gouvernement et le Saint-Si\u00e8ge qui ont \u00e9t\u00e9 prises depuis le d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, ce qu\u2019on appelle \u00ab l\u2019entente pr\u00e9alable \u00bb pour la nomination des \u00e9v\u00eaques, et imposer une version plus radicale du droit de nomination reconnu au gouvernement par le concordat tel qu\u2019interpr\u00e9t\u00e9 par les \u00ab articles organiques \u00bb, le pape devant dans cette interpr\u00e9tation se contenter d\u2019accorder \u00ab l\u2019investiture canonique \u00bb.<\/p>\n\n\n\n\n\n Combes s\u2019engage dans un bras de fer avec Pie X d\u00e8s 1902, nommant ou d\u00e9pla\u00e7ant unilat\u00e9ralement des \u00e9v\u00eaques ; le pape refuse de c\u00e9der et de conf\u00e9rer les investitures. Les relations avec le Saint-Si\u00e8ge se d\u00e9gradent jusqu\u2019en 1904. Combes d\u00e9clenche volontairement un incident diplomatique en laissant organiser la visite \u00e0 Rome du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00c9mile Loubet (dans le cadre de la politique d\u2019alliances orchestr\u00e9e par le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res Th\u00e9ophile Delcass\u00e9 visant \u00e0 isoler l\u2019Allemagne) : or, c\u2019est la premi\u00e8re fois depuis 1870 qu\u2019un chef d\u2019\u00c9tat catholique vient rendre visite au roi d\u2019Italie \u00e0 Rome, sans visite au pape. La m\u00eame ann\u00e9e, Pie X convoque \u00e0 Rome deux \u00e9v\u00eaques fran\u00e7ais, dont l\u2019un est un r\u00e9publicain revendiqu\u00e9, pour qu\u2019ils puissent se d\u00e9fendre dans le cadre d\u2019affaires de m\u0153urs ou de gestion : \u00c9mile Combes exige le retrait des convocations qu\u2019il estime contraires au concordat, le Saint-Si\u00e8ge refuse, le gouvernement annonce donc la rupture des relations diplomatiques, l\u2019ambassade de France pr\u00e8s le Saint-Si\u00e8ge est ferm\u00e9e et le nonce apostolique quitte Paris. Combes agite toujours, esp\u00e9rant ainsi faire c\u00e9der Pie X, la menace de la s\u00e9paration, m\u00eame apr\u00e8s son d\u00e9part du pouvoir en janvier 1905. C\u2019est ainsi, d\u2019une certaine mani\u00e8re, qu\u2019emport\u00e9e par son propre \u00e9lan, la s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et l\u2019\u00c9tat devient une r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n La loi de 1905 est aujourd\u2019hui consid\u00e9r\u00e9e comme un monument du syst\u00e8me juridique fran\u00e7ais, qui reconna\u00eet de grands principes. D\u2019abord, en son article 1, elle garantit la libert\u00e9 de culte. Il est fondamental de rappeler qu\u2019elle commence ainsi : c\u2019est en vertu de ce principe que le gouvernement se trouve contraint de tout faire pour permettre l\u2019organisation du culte catholique alors m\u00eame que, dans un premier temps, l\u2019\u00c9glise refuse la loi. Et puis l\u2019article 2 de la loi affirme l\u2019absence de reconnaissance et de financement des cultes par les collectivit\u00e9s publiques. La loi de 1905 ne cr\u00e9e pas la la\u00efcit\u00e9 (d\u2019ailleurs le mot est absent du texte, et ne devient d\u2019usage habituel qu\u2019\u00e0 partir de l\u2019entre-deux-guerres), elle ach\u00e8ve plut\u00f4t une \u0153uvre de la\u00efcisation progressive commenc\u00e9e vingt-cinq ans auparavant.<\/p>\n\n\n\n Il est fondamental de ne pas oublier que la loi de 1905 a toujours fait l\u2019objet de divergences d\u2019interpr\u00e9tation, entre l\u2019interpr\u00e9tation maximaliste port\u00e9e lors des d\u00e9bats par certains \u00e0 gauche et \u00e0 l\u2019extr\u00eame-gauche, qui veulent faire de la loi un outil pour favoriser l\u2019affaiblissement voire l\u2019implosion de l\u2019\u00c9glise catholique, et une interpr\u00e9tation lib\u00e9rale qui met l\u2019accent sur la libert\u00e9 de culte et cherche, dans la mesure du possible, \u00e0 rendre la loi acceptable par l\u2019\u00c9glise. C\u2019est cette seconde interpr\u00e9tation, par l\u2019\u0153uvre d\u2019Aristide Briand, le rapporteur du texte, qui pr\u00e9vaut dans le texte de la loi. En ce qui concerne l\u2019esprit du texte, en revanche, les deux interpr\u00e9tations ont continu\u00e9 de s\u2019opposer, de diverses mani\u00e8res, navigant parfois de fa\u00e7on inattendue entre les sensibilit\u00e9s politiques, jusqu\u2019\u00e0 nos jours. C\u2019est pourquoi il est sage de se garder de pr\u00e9tendre poss\u00e9der une d\u00e9finition univoque de ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui la \u00ab la\u00efcit\u00e9 \u00bb : ce que peut apporter l\u2019historien, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment une historicisation de ce concept complexe, qui mette en valeur la diversit\u00e9 de ses interpr\u00e9tations et de ses \u00e9volutions dans l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n La raison pour laquelle Pie X refuse fermement le texte, ce n\u2019est pas d\u2019abord en raison de la rupture unilat\u00e9rale du concordat qu\u2019il repr\u00e9sente (ce que les opposants pr\u00e9sentent comme un \u00ab divorce \u00bb). C\u2019est bien le fond du texte et l\u2019institution des \u00ab associations cultuelles \u00bb, qui sont le c\u0153ur du texte, que le pape refuse. Outre la suppression du budget des cultes, l\u2019objet principal de la loi de 1905 est de faire passer l\u2019organisation juridique des cultes du droit public (selon le r\u00e9gime des \u00ab \u00e9tablissements publics du culte \u00bb, en vigueur depuis le concordat) au droit des associations, les \u00ab \u00e9tablissements publics du culte \u00bb \u00e9tant appel\u00e9s \u00e0 former des associations particuli\u00e8res, dites \u00ab cultuelles \u00bb, qui doivent leur succ\u00e9der. La question du maintien de l\u2019autorit\u00e9 \u00e9piscopale sur ces associations, qui doivent \u00eatre constitu\u00e9es de la\u00efcs, est au c\u0153ur des d\u00e9bats en 1905.<\/p>\n\n\n\n Dans l\u2019encyclique Vehementer nos<\/em>, publi\u00e9e en f\u00e9vrier 1906, Pie X condamne ces associations, estimant que les droits de l\u2019autorit\u00e9 hi\u00e9rarchique ne sont alors aucunement garantis. L\u2019ann\u00e9e 1906 se passe en d\u00e9bats passionn\u00e9s, la majorit\u00e9 des \u00e9v\u00eaques et de l\u2019intelligentsia catholique, prenant acte de la condamnation en principe de Pie X, \u00e9tant tout de m\u00eame favorable \u00e0 un accommodement en pratique, devant le risque d\u2019une perte de la plus grande partie des biens d\u2019\u00c9glise en cas d\u2019absence d\u2019associations cultuelles pour recevoir ceux-ci. En mai 1906 se tient \u00e0 la demande de Pie X la premi\u00e8re assembl\u00e9e pl\u00e9ni\u00e8re de l\u2019\u00e9piscopat fran\u00e7ais (de telles r\u00e9unions \u00e9taient exclues en r\u00e9gime concordataire) et elle se prononce en faveur de l\u2019essai d\u2019associations dites \u00ab canonico-l\u00e9gales \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019associations cultuelles qui, garantissant l\u2019autorit\u00e9 \u00e9piscopale, seraient conforme au droit canonique. Mais Pie X pr\u00e9f\u00e8re condamner toute conciliation de ce type dans une seconde encyclique, Gravissimo officii<\/em>, en ao\u00fbt 1906. L\u2019\u00c9glise catholique entre pour pr\u00e8s de vingt ans dans une sorte de vide juridique, et perd \u00e0 l\u2019occasion une grande partie de ses biens.<\/p>\n\n\n\n Pie X est particuli\u00e8rement marqu\u00e9 par l\u2019intransigeantisme fran\u00e7ais, qui a sur lui une forte influence. Le pape est un grand lecteur de Mgr Pie, le d\u00e9funt \u00e9v\u00eaque de Poitiers, grand d\u00e9fenseur de l\u2019infaillibilit\u00e9 pontificale et figure de l\u2019intransigeantisme ; il reprend parfois ses textes litt\u00e9ralement dans ses hom\u00e9lies. La p\u00e9riode 1904-1907 correspond aussi exactement au n\u0153ud de la crise moderniste : l\u2019encyclique Pascendi<\/em>, qui condamne l\u2019usage des m\u00e9thodes de critique historique pour l\u2019\u00e9tude de la Bible, date de 1907. Tout cela est li\u00e9 dans l\u2019esprit de Pie X et des interlocuteurs intransigeants \u00e0 qui il pr\u00eate l\u2019oreille : \u00e0 ses yeux, la France de 1900 sombre \u00e0 nouveau, et de mani\u00e8re encore plus radicale que sous Pie IX, dans le s\u00e9cularisme, le naturalisme, le scientisme, et il importe d\u2019en pr\u00e9server l\u2019\u00c9glise.<\/p>\n\n\n\n On entre dans une d\u00e9cennie au moins de raidissement intellectuel du magist\u00e8re, qui se caract\u00e9rise par la lutte antimoderniste. Le courant dit \u00ab int\u00e9griste \u00bb qui se forme alors (\u00e9tudi\u00e9 par \u00c9mile Poulat) plonge ses racines dans un intransigeantisme radical et n\u2019est pas sans lien, politiquement, avec l\u2019Action fran\u00e7aise. Il n\u2019est pas inutile de rappeler que l\u2019Action fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement mobilisatrice dans le cadre des manifestations contre les inventaires des biens eccl\u00e9siastiques, d\u00e9but 1906, \u00e0 Paris, qui ont convaincu le pape de publier Vehementer nos<\/em>. Ces r\u00e9seaux s\u2019entrecroisent, notamment dans l\u2019entourage fran\u00e7ais de Pie X. L\u2019intransigeance dont fait preuve le magist\u00e8re suscite durant cette d\u00e9cennie des divisions dans le clerg\u00e9 et parmi les intellectuels catholiques en France, entre ceux qui la soutiennent et ceux qui la d\u00e9plorent.<\/p>\n\n\n\n La Premi\u00e8re Guerre mondiale, m\u00eame si les appels \u00e0 la paix de Beno\u00eet XV, consid\u00e9r\u00e9s comme pro-allemands, sont particuli\u00e8rement mal re\u00e7us y compris chez les catholiques, est une p\u00e9riode de r\u00e9conciliation nationale dans l\u2019exp\u00e9rience du feu, qui scelle l\u2019int\u00e9gration des catholiques dans la R\u00e9publique. La querelle religieuse ne retrouve pas la place centrale qu\u2019elle a eue r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dente (la politique anticl\u00e9ricale du Cartel des gauches en 1924, marqu\u00e9e par des vell\u00e9it\u00e9s d\u2019appliquer la s\u00e9paration \u00e0 l\u2019Alsace-Moselle et de rompre \u00e0 nouveau les relations diplomatiques avec le Saint-Si\u00e8ge, fait figure d\u2019exception, mais elle rencontre une tr\u00e8s vive opposition des catholiques conservateurs, group\u00e9s dans la F\u00e9d\u00e9ration nationale catholique du g\u00e9n\u00e9ral de Castelnau).<\/p>\n\n\n\n C\u2019est que l\u2019\u00e9lection en 1919 d\u2019une majorit\u00e9 de centre-droit (pour la premi\u00e8re fois depuis quarante ans), le Bloc national, permet une politique de pacification religieuse marqu\u00e9e par la tol\u00e9rance au retour des congr\u00e9gations, et surtout par le r\u00e9tablissement des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Si\u00e8ge en 1920-1921. Cette reprise permet d\u2019aboutir, en 1924, \u00e0 un accord sur le statut juridique de l\u2019\u00c9glise en France, fond\u00e9 sur la constitution d\u2019\u00ab associations dioc\u00e9saines \u00bb (cela aurait \u00e9t\u00e9 possible, et avait \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9, dans le cadre des \u00ab canonico-l\u00e9gales \u00bb de 1906), et sur la concession par le pape d\u2019une proc\u00e9dure dite de \u00ab notification pr\u00e9alable \u00bb qui remplace l\u2019\u00ab entente pr\u00e9alable \u00bb dans le cadre de la nomination des \u00e9v\u00eaques.<\/p>\n\n\n\n Sous Pie XI, l\u2019atmosph\u00e8re semble \u00eatre \u00e0 une r\u00e9conciliation avec la R\u00e9publique, ce que des historiens ont appel\u00e9 le \u00ab second ralliement \u00bb, marqu\u00e9 notamment par la condamnation de l\u2019Action fran\u00e7aise en 1926 \u2013 un \u00e9v\u00e9nement v\u00e9cu tr\u00e8s douloureusement, mais souvent dans l\u2019ob\u00e9issance, par les catholiques concern\u00e9s. Le pontificat de Pie XI correspond \u00e0 une longue p\u00e9riode de concorde, en ce qui concerne les relations officielles avec la France, notamment autour du th\u00e8me de la paix, surtout lorsqu\u2019Aristide Briand est ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res (de mani\u00e8re quasi-inamovible dans les ann\u00e9es 1920). Briand m\u00e8ne \u00e0 la fois une politique r\u00e9solue d\u2019apaisement religieux et de r\u00e9conciliation franco-allemande qui en fait d\u00e9sormais un interlocuteur particuli\u00e8rement appr\u00e9ci\u00e9 des nonces apostoliques, Bonaventura Cerretti et Luigi Maglione.<\/p>\n\n\n\n Mais Pie XI n\u2019en est pas moins un pape marqu\u00e9 par l\u2019intransigeantisme. Son pontificat est structur\u00e9 par une vaste th\u00e9ologie politique plac\u00e9e sous la figure du Christ-Roi. L\u2019objectif est d\u2019assurer une reconqu\u00eate chr\u00e9tienne de la soci\u00e9t\u00e9, mais par le bas, par les \u0153uvres, en particulier \u00e0 travers le d\u00e9veloppement de l\u2019Action catholique, qui est un axe majeur du pontificat. Pie XI d\u00e9fend une stricte autonomie de la sph\u00e8re religieuse par rapport \u00e0 la sph\u00e8re politique, dans le contexte d\u2019une affirmation plus forte que jamais du pouvoir du pape et de son autonomie par rapport aux \u00c9tats. Sous Pie XI, le Saint-Si\u00e8ge sait tirer parti \u00e0 la fois de la perte du pouvoir temporel, et de la recomposition de l\u2019ordre international cons\u00e9cutif \u00e0 la fin de la Premi\u00e8re Guerre mondiale et \u00e0 l\u2019\u00e9mergence du multilat\u00e9ralisme, pour achever de s\u2019affirmer comme une puissance morale et diplomatique sans \u00e9quivalent, qui entend n\u00e9gocier d\u2019\u00e9gal \u00e0 \u00e9gal avec les \u00c9tats. Le cardinal Gasparri, secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat de Beno\u00eet XV puis Pie XI, use largement du nouveau Code de droit canonique (1917) comme d\u2019un droit commun opposable aux \u00c9tats et garantissant les pr\u00e9rogatives pontificales, et qui impr\u00e8gne d\u00e9sormais les nombreux concordats sign\u00e9s avec les \u00c9tats.<\/p>\n\n\n\n Cette \u00e9volution du Saint-Si\u00e8ge au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, qui a \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la diplomatie fran\u00e7aise, est \u00e0 l\u2019origine d\u2019une forme de malentendu au moment de la reprise des relations diplomatiques. Le Quai d\u2019Orsay reste dans les ann\u00e9es 1920 tributaire d\u2019une mentalit\u00e9 concordataire qui le pousse \u00e0 esp\u00e9rer retrouver, avec les relations diplomatiques, la possibilit\u00e9 de faire ratifier par le Saint-Si\u00e8ge un certain nombre de d\u00e9cisions, et ainsi une forme de contr\u00f4le sur la hi\u00e9rarchie catholique. Ces espoirs sont le plus souvent d\u00e9\u00e7us. Par ailleurs, pour ces relations diplomatiques de l\u2019entre-deux-guerres, beaucoup des enjeux les plus importants concernaient les espaces coloniaux et missionnaires en g\u00e9n\u00e9ral \u2013 et c\u2019est aussi en prenant en compte ces espaces qu\u2019on peut se rendre compte de l\u2019affaiblissement de la position fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n En effet, \u00e0 partir de la fin du XIXe si\u00e8cle, parler de la France, ce n\u2019est pas seulement \u00e9voquer Paris et la m\u00e9tropole, et pour le Saint-Si\u00e8ge c\u2019est fondamental : il y a l\u2019espace colonial \u00e0 proprement parler, dont la structuration sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique favorise l\u2019implantation des missionnaires ; au-del\u00e0 de l\u2019espace colonial fran\u00e7ais lui-m\u00eame, il y a les cohortes de missionnaires, hommes et femmes : un missionnaire catholique sur deux dans le monde est fran\u00e7ais en 1900. Enfin il y a ce qu\u2019on appelle le \u00ab protectorat catholique \u00bb de la France, aux origines obscures et de plus en plus contest\u00e9 par les autres puissances (notamment l\u2019Italie), en vertu duquel la France revendique d\u2019assurer la \u00ab protection consulaire \u00bb sur les catholiques de tous rites, dans l\u2019Empire ottoman et en Extr\u00eame-Orient. La Troisi\u00e8me R\u00e9publique, malgr\u00e9 la l\u00e9gislation la\u00efque, et m\u00eame apr\u00e8s la loi de 1905, continue de vouloir s\u2019appuyer sur ce formidable outil d\u2019influence que sont la pr\u00e9sence missionnaire outremer et le \u00ab protectorat catholique \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Mais cette attitude ambigu\u00eb se heurte \u00e0 deux obstacles dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle : d\u2019abord, la diminution rapide de la proportion de missionnaires fran\u00e7ais, dont la premi\u00e8re cause est la fermeture des maisons de formation suscit\u00e9e par la loi de 1901, et aussi le carnage de la Grande Guerre. Deuxi\u00e8me obstacle : l\u2019\u00e9volution de l\u2019attitude du Saint-Si\u00e8ge lui-m\u00eame, qui cherche \u00e0 centraliser l\u2019organisation missionnaire sous son autorit\u00e9 (comme du reste l\u2019ensemble de l\u2019\u00c9glise, sur le fondement du Code de droit canonique). Il se montre de plus en plus critique \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la convergence entre mission et colonisation qui s\u2019est dessin\u00e9e au tournant du si\u00e8cle (l\u2019historien Claude Prudhomme parle d\u2019une \u00ab nationalisation des missions \u00bb). C\u2019est d\u00e9j\u00e0 l\u2019objet de la lettre apostolique Maximum illud<\/em> (1919) de d\u00e9noncer le nationalisme des missionnaires fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n La centralisation \u00e0 Rome des \u0153uvres missionnaires fran\u00e7aises (dont l\u2019\u0152uvre de la Propagation de la foi, principal organisme de lev\u00e9e de fond pour les missions \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale) au sein d\u2019une nouvelle structure ad hoc, les \u0152uvres pontificales missionnaires, en 1922, tr\u00e8s mal re\u00e7ue du gouvernement fran\u00e7ais, est un t\u00e9moignage \u00e9vident de la perte d\u2019influence de la France dans le monde missionnaire, et de la libert\u00e9 nouvelle acquise par le Saint-Si\u00e8ge. Mais une telle d\u00e9cision est-elle alors contestable ? Depuis la guerre, les dons r\u00e9colt\u00e9s en France ne sont m\u00eame plus majoritaires au sein des fonds lev\u00e9s par l\u2019\u0152uvre, o\u00f9 les Am\u00e9ricains deviennent majoritaires. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, depuis l\u2019entre-deux-guerres jusqu\u2019\u00e0 nos jours, l\u2019influence du catholicisme am\u00e9ricain sur le Saint-Si\u00e8ge s\u2019affirme progressivement, notamment par la mobilisation financi\u00e8re par l\u2019interm\u00e9diaire de puissantes organisations comme les Knights of Colombus.<\/p>\n\n\n\n En derni\u00e8re analyse, la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle marque un tournant dans les relations entre la France et la papaut\u00e9. Tandis que pour les catholiques s\u2019ach\u00e8ve le \u00ab mouvement vers Rome \u00bb, dans le contexte d\u2019une centralisation sans pr\u00e9c\u00e9dent de l\u2019\u00c9glise autour du pape, d\u2019un point de vue institutionnel la position de la France s\u2019affaiblit, la l\u00e9gislation la\u00efque l\u2019emp\u00eachant durablement de garder dans le monde catholique une place que pourtant \u2013 supr\u00eame ironie \u2013 le Quai d\u2019Orsay se serait bien vu garder. <\/p>\n\n\n\n Quelques mots plus rapides, qui auront valeur de conclusion, sur la p\u00e9riode qui suit la Seconde Guerre mondiale, qui est sans doute mieux connue. Deux id\u00e9es : depuis la guerre, la France reste l\u2019objet de la pr\u00e9occupation des papes, mais cette pr\u00e9occupation est aussi un souci.<\/p>\n\n\n\n Le th\u00e8me d\u2019une \u00ab vocation chr\u00e9tienne \u00bb de la France, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent chez L\u00e9on XIII, se fait de plus en plus pr\u00e9sent dans le discours des papes, \u00e0 mesure que la s\u00e9cularisation de la France s\u2019accentue et semble rendre cette \u00ab vocation \u00bb moins \u00e9vidente. Pie XII en parle volontiers, et cela d\u00e8s avant son pontificat. S\u2019il ne visite pas la France en tant que pape, le cardinal Pacelli, alors secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat, y est envoy\u00e9 deux fois en visite officielle en tant que l\u00e9gat pontifical, en 1935 \u00e0 Lourdes, et en 1937 \u00e0 Lisieux et Paris, \u00e0 l\u2019occasion duquel le cardinal prononce un sermon m\u00e9morable \u00e0 Notre-Dame sur la vocation de la France.<\/p>\n\n\n\n\n\n Jean-Paul II, qui acc\u00e8de au tr\u00f4ne pontifical alors que la France se trouve plong\u00e9e dans la \u00ab crise catholique \u00bb (Denis Pelletier) qui se caract\u00e9rise par un effondrement durable de la pratique (comme l\u2019historien Guillaume Cuchet l\u2019a r\u00e9cemment montr\u00e9) et une acc\u00e9l\u00e9ration de la s\u00e9cularisation, reprend souvent ce th\u00e8me d\u2019une vocation de la France au cours de ses sept visites apostoliques sur le sol fran\u00e7ais, y compris le terme de \u00ab fille a\u00een\u00e9e de l\u2019\u00c9glise \u00bb. Il est d\u2019ailleurs int\u00e9ressant de noter que cette expression fameuse n\u2019est pas sans connotation politique : transposition contemporaine du titre de \u00ab fils a\u00een\u00e9 de l\u2019\u00c9glise \u00bb, qui s\u2019\u00e9tait r\u00e9pandu \u00e0 l\u2019\u00e9poque moderne pour d\u00e9signer le roi de France, l\u2019expression de \u00ab fille a\u00een\u00e9e \u00bb s\u2019est diffus\u00e9e dans le discours catholique, pour d\u00e9signer la France, au moment de la politique la\u00efque des d\u00e9buts de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n\n\n\n La relation entre le catholicisme fran\u00e7ais et les papes est aussi intellectuelle, en particulier avec Jean XXIII (qui a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s introduit dans les milieux intellectuels alors qu\u2019il \u00e9tait nonce \u00e0 Paris apr\u00e8s la guerre) et plus encore avec Paul VI, personnellement li\u00e9 \u00e0 de nombreuses personnalit\u00e9s de la \u00ab nouvelle th\u00e9ologie \u00bb ou du milieu des \u00ab Sources chr\u00e9tiennes \u00bb (Congar, Bouyer, mais aussi Guitton, Gilson et Maritain, qui a incarn\u00e9 comme ambassadeur pr\u00e8s le Saint-Si\u00e8ge en 1945, notamment avec la fondation du Centre Saint-Louis, cette dimension intellectuelle et culturelle des relations France-Saint-Si\u00e8ge). <\/p>\n\n\n\n\n\n En 1964, entre deux sessions du concile, Paul VI, en visite \u00e0 Saint-Louis-des-Fran\u00e7ais, d\u00e9clare que \u00ab La France est le four o\u00f9 se cuit le pain intellectuel de la chr\u00e9tient\u00e9 tout enti\u00e8re. \u00bb En r\u00e9alit\u00e9, tous les papes \u00e9voqu\u00e9s ici ont une forme de proximit\u00e9 culturelle, intellectuelle et m\u00eame linguistique avec la France, que Joseph Ratzinger (Beno\u00eet XVI), \u00e9lu membre associ\u00e9 de l\u2019Acad\u00e9mie des sciences morales et politiques en 1992, incarne encore de mani\u00e8re \u00e9minente. Mais force est de constater que la situation n\u2019est plus la m\u00eame aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n\n1848-1904 : une relation singuli\u00e8re, \u00e0 l\u2019ombre de 1789 <\/h2>\n\n\n\n
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\r\n <\/picture>\r\n \n 1905-1945 : de la s\u00e9paration \u00e0 la r\u00e9conciliation, une influence qui s\u2019\u00e9rode<\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Depuis 1945 : une pr\u00e9occupation devenue souci<\/h2>\n\n\n\n
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