{"id":358255,"date":"2026-09-17T14:10:06","date_gmt":"2026-09-17T12:10:06","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=358255"},"modified":"2026-09-17T14:10:11","modified_gmt":"2026-09-17T12:10:11","slug":"mark-carney-et-la-nouvelle-alliance-transatlantique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/09\/17\/mark-carney-et-la-nouvelle-alliance-transatlantique\/","title":{"rendered":"Mark Carney et la nouvelle alliance transatlantique"},"content":{"rendered":"\n
Aujourd\u2019hui, 17 septembre, le Premier ministre canadien Mark Carney a pris la parole devant le Parlement europ\u00e9en \u00e0 Strasbourg, un jour apr\u00e8s le discours annuel de von der Leyen sur l\u2019\u00e9tat de l\u2019Union<\/a>, au cours duquel elle a propos\u00e9 que le Canada devienne le premier \u00c9tat associ\u00e9 de l\u2019Union europ\u00e9enne, sugg\u00e9rant ainsi de transformer l’accord de libre-\u00e9change en \u00ab alliance pour l’avenir \u00bb. <\/p>\n\n\n\n Carney a toutefois ouvert son discours loin de la politique commerciale, sur une cr\u00eate bois\u00e9e au-dessus de Weimar. Il y raconte l’histoire du ch\u00eane de Goethe et cite un vers de Faust<\/em>, \u00ab Nur der verdient sich Freiheit wie das Leben, der t\u00e4glich sie erobern muss<\/em> \u00bb, (\u00ab Celui-l\u00e0 seul est digne de la libert\u00e9 qui chaque jour doit la conqu\u00e9rir \u00bb) qui lui servira de fil rouge tout au long de son intervention.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Ce d\u00e9tour par Goethe n’est peut-\u00eatre pas anodin et fait \u00e9cho \u00e0 une autre vision de la relation transatlantique, celle de Marco Rubio lors de la Conf\u00e9rence de Munich<\/a>. Pour le secr\u00e9taire d’\u00c9tat, l’Occident et le lien entre les deux rives de l’Atlantique reposent sur la foi chr\u00e9tienne. Il d\u00e9crivait alors une relation forg\u00e9e par des si\u00e8cles \u00ab d’histoire commune, de foi chr\u00e9tienne, de culture, d’h\u00e9ritage, de langue, d’ascendance \u00bb, et affirmait que l’Am\u00e9rique serait \u00ab toujours un enfant de l’Europe \u00bb. Carney ne s’appuie ni sur la foi ni sur la filiation. Il reprend un terme que Goethe avait emprunt\u00e9 aux chimistes : la Wahlverwandtschaft<\/em>, ou \u00ab affinit\u00e9 \u00e9lective \u00bb. Le Canada et l’Europe, dit-il, sont li\u00e9s par une affinit\u00e9 \u00ab \u00e9lective, choisie et renouvel\u00e9e \u00bb. L\u00e0 o\u00f9 Rubio parle d’un h\u00e9ritage re\u00e7u, Carney d\u00e9crit une appartenance voulue.<\/p>\n\n\n\n Le discours reprend l’analyse qu\u2019il avait d\u00e9j\u00e0 faite \u00e0 Davos<\/a> en janvier : l\u2019int\u00e9gration \u00e9conomique et les cha\u00eenes d\u2019approvisionnement sont d\u00e9sormais devenues des armes, les droits de douane un moyen de pression. Face \u00e0 cette nouvelle r\u00e9alit\u00e9, Carney note : \u00ab Un arbre isol\u00e9 succombera. Une for\u00eat, non. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Il r\u00e9pond ainsi \u00e0 la proposition de la pr\u00e9sidente de la Commission europ\u00e9enne en proposant un nouveau partenariat transatlantique o\u00f9 chacun compl\u00e8te les lacunes de l\u2019autre : \u00ab Nous avons tous d\u2019importantes lacunes dans ces capacit\u00e9s strat\u00e9giques, et nous devons chacun compter sur des nations ou des entreprises individuelles pour les combler. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Selon lui, l\u2019Europe apporte \u00ab Une puissance de march\u00e9. Une recherche de pointe. Une industrie manufacturi\u00e8re de pointe. Elle apporte \u00e9galement la capacit\u00e9 et la volont\u00e9 d\u2019\u00e9tablir des normes que le monde adopte fr\u00e9quemment. Une base industrielle de d\u00e9fense qui se reconstruit \u00e0 un rythme soutenu. \u00bb De son c\u00f4t\u00e9, le Canada dispose, entre autres, de l\u2019\u00e9nergie et l\u2019un des plus grands gisements de min\u00e9raux critiques au monde. <\/p>\n\n\n\n Il s\u2019agit, dans les mots de Carney, d\u2019une \u00ab alliance suffisamment forte pour que personne ne puisse dicter nos choix. \u00bb\u00a0Le premier ministre canadien tient \u00e9galement \u00e0 pr\u00e9ciser ce qu\u2019il ne propose pas : \u00ab La cr\u00e9ation d\u2019un troisi\u00e8me bloc dans le but de devenir une grande puissance rivale. \u00bb\u00a0<\/p>\n\n\n\n Les propos de Carney plaident en faveur d’une strat\u00e9gie de pooling<\/em>, que Anu Bradford d\u00e9crit dans une pi\u00e8ce de doctrine dans les pages de la revue<\/a> : \u00e9tablir des partenariats avec des pays partageant les m\u00eames valeurs afin d\u2019amplifier l\u2019influence collective de tous les participants. Comme le souligne Bradford, \u00ab Ces pays disposent en outre de technologies clefs pouvant \u00eatre partag\u00e9es afin de r\u00e9duire leurs vuln\u00e9rabilit\u00e9s individuelles, qu’il s’agisse de l’acc\u00e8s \u00e0 l’\u00e9nergie, aux puces \u00e9lectroniques, aux mod\u00e8les open source, ou encore \u00e0 la recherche ou aux march\u00e9s publics. Une telle collaboration leur permettrait de mettre en commun leurs ressources et de b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019\u00e9conomies d\u2019\u00e9chelle ainsi que de pr\u00e9cieuses capacit\u00e9s compl\u00e9mentaires, tout en offrant une meilleure r\u00e9sistance aux strat\u00e9gies coercitives de P\u00e9kin et de Washington. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Madame la Presidente Metsola,\u00a0<\/p>\n\n\n\n Madame la Presidente von der Leyen, <\/p>\n\n\n\n Membres honorables du Parlement europ\u00e9en, <\/p>\n\n\n\n Coll\u00e8gues distingu\u00e9s <\/p>\n\n\n\n Je vous remercie de m\u2019accorder l\u2019honneur de prendre la parole devant vous en ce d\u00e9but de session d\u00e9cisive. <\/p>\n\n\n\n Je vous parlerai aujourd\u2019hui de la mani\u00e8re dont notre r\u00e9ponse \u00e0 la rupture g\u00e9opolitique actuelle devrait int\u00e9grer une nouvelle dimension. <\/p>\n\n\n\n Mais tout d\u2019abord, j\u2019aimerais \u00e9voquer un \u00e9l\u00e9ment plus ancien. <\/p>\n\n\n\n Quelque chose qui remonte \u00e0 bien avant les relations entre l\u2019Union europ\u00e9enne et le Canada. <\/p>\n\n\n\n Car la profondeur de nos liens ne se mesure pas avec des \u00e9changes commerciaux ni n\u2019est inscrite dans nos trait\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n Nos liens sont profond\u00e9ment enracin\u00e9s dans nos terres. <\/p>\n\n\n\n Au c\u0153ur de l’Allemagne, au-dessus de Weimar, se dresse une cr\u00eate bois\u00e9e appel\u00e9e l’Ettersberg. <\/p>\n\n\n\n Pendant des d\u00e9cennies, Goethe y a march\u00e9, r\u00e9fl\u00e9chi et \u00e9crit. <\/p>\n\n\n\n Un ch\u00eane de cette cr\u00eate a fini par porter son nom, v\u00e9ritable monument vivant aux id\u00e9aux les plus \u00e9lev\u00e9s de la culture europ\u00e9enne. <\/p>\n\n\n\n Alors que le XXe si\u00e8cle sombrait dans les t\u00e9n\u00e8bres, ce m\u00eame ch\u00eane s’est retrouv\u00e9 emprisonn\u00e9 derri\u00e8re les barbel\u00e9s de Buchenwald, t\u00e9moin silencieux de la plus profonde d\u00e9faillance morale de l’humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Le camp de concentration de Buchenwald a \u00e9t\u00e9 construit en 1937 sur l\u2019Ettersberg, autour du \u00ab ch\u00eane de Goethe \u00bb, que les SS avaient laiss\u00e9 debout. D\u00e9truit lors d\u2019un raid a\u00e9rien en 1944, cet arbre est devenu le symbole de la coexistence, sur ce m\u00eame sol, de l’apog\u00e9e de la culture allemande et de sa barbarie.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Goethe avait compris qu\u2019il fallait se battre pour les id\u00e9aux, que les valeurs ne se d\u00e9fendaient pas toutes seules. En effet, \u00e0 la fin de Faust, la derni\u00e8re vision du vieil homme est celle d\u2019un peuple libre sur une terre libre.<\/p>\n\n\n\n Nur der verdient sich Freiheit wie das Leben, der t\u00e4glich sie erobern mu\u00df. <\/em><\/p>\n\n\n\n Celui-l\u00e0 seul est digne de la libert\u00e9 qui chaque jour doit la conqu\u00e9rir.<\/p>\n\n\n\n Chaque jour. Pas seulement en 1945, ni en 1956, ni en 1989. Chaque jour, y compris aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n Carney raconte l’histoire de la libert\u00e9 \u00e0 travers trois \u00e9v\u00e9nements marquants de la lutte de l\u2019Europe pour la libert\u00e9 : la fin du nazisme en 1945, le soul\u00e8vement de Budapest contre l\u2019URSS en 1956 et la chute du mur de Berlin en 1989. La menace de 2026 est d’une autre nature, puisqu’elle provient \u00e9galement de l’int\u00e9rieur m\u00eame du camp occidental et d\u00e9passe le cadre strictement militaire.<\/p>\n\n\n\n La libert\u00e9 a \u00e9t\u00e9 conquise gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efsme de la r\u00e9sistance Europ\u00e9enne pendant la guerre. <\/p>\n\n\n\n Elle a \u00e9t\u00e9 cultiv\u00e9e par les fondateurs de la Communaut\u00e9 europ\u00e9enne du charbon et de l\u2019acier au lendemain de la guerre. <\/p>\n\n\n\n Elle a \u00e9t\u00e9 favoris\u00e9e par la cr\u00e9ation de la Communaut\u00e9 europ\u00e9enne. <\/p>\n\n\n\n Elle a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9serv\u00e9e par la mise en place de l\u2019Union europ\u00e9enne. <\/p>\n\n\n\n Et elle s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 son \u00e9largissement apr\u00e8s la chute du mur de Berlin. <\/p>\n\n\n\n Les valeurs repr\u00e9sent\u00e9es par le ch\u00eane de Goethe ont \u00e9galement perdur\u00e9, en partie parce que les id\u00e9aux qui sont n\u00e9s \u00e0 l\u2019ombre de ses branches ont travers\u00e9 l\u2019Atlantique. <\/p>\n\n\n\n En 1917, au milieu des ravages de la bataille de la cr\u00eate de Vimy, un jeune lieutenant canadien nomm\u00e9 Leslie Miller ramassa une poign\u00e9e de glands sur ce paysage europ\u00e9en d\u00e9vast\u00e9. Il les rapporta chez lui et les planta dans le sol canadien, \u00e0 Milliken, en Ontario, o\u00f9 ils donn\u00e8rent naissance \u00e0 une for\u00eat majestueuse.<\/p>\n\n\n\n Un si\u00e8cle plus tard, un profond cycle de renouveau s\u2019est achev\u00e9. En effet, des greffons issus des ch\u00eanes canadiens de Leslie Miller ont \u00e9t\u00e9 rapatri\u00e9s en France et replant\u00e9s sur la m\u00eame cr\u00eate de Vimy o\u00f9 ils avaient vu le jour. <\/p>\n\n\n\n La bataille de Vimy d\u2019avril 1917 a pos\u00e9 les fondements de la m\u00e9moire nationale canadienne : pour la premi\u00e8re fois, les quatre divisions canadiennes ont combattu ensemble et ont conquis une position que les Fran\u00e7ais et les Britanniques n\u2019avaient pas r\u00e9ussi \u00e0 tenir. Le M\u00e9morial de Vimy est un territoire canadien en France.<\/p>\n\n\n\n Telle est l\u2019essence m\u00eame du partenariat entre le Canada et l\u2019Union europ\u00e9enne. Des graines, des valeurs, des id\u00e9es, des \u00e9changes commerciaux, des personnes et le progr\u00e8s ont travers\u00e9 l\u2019Atlantique dans les deux sens pendant des si\u00e8cles.<\/p>\n\n\n\n Nous ne sommes pas des alli\u00e9s de circonstance. Nous ne recherchons pas d\u2019accords \u00e0 somme nulle. Notre attachement \u00e0 l\u2019\u00c9tat de droit et notre d\u00e9fense in\u00e9branlable de la dignit\u00e9 humaine, de la libert\u00e9 individuelle et de la d\u00e9mocratie partagent les m\u00eames racines profondes, le m\u00eame d\u00e9vouement sans faille. <\/p>\n\n\n\n Nous partageons des valeurs communes, pour lesquelles nous nous sommes toujours battus et que nous devons toujours d\u00e9fendre avec vigilance.<\/p>\n\n\n\n Nous croyons qu\u2019une \u00e9conomie forte n\u2019est pas une fin en soi, mais le moyen de parvenir \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 juste. Nous sommes des gardiens engag\u00e9s de notre patrimoine naturel. Nous croyons que notre prosp\u00e9rit\u00e9 s\u2019accro\u00eet lorsqu\u2019elle est partag\u00e9e. Ces valeurs.<\/p>\n\n\n\n Il s\u2019agit d\u2019un partage par choix, et non d\u2019une co\u00efncidence.<\/p>\n\n\n\n Dans ses \u00e9crits, Goethe a emprunt\u00e9 un terme aux chimistes de son \u00e9poque : Wahlverwandtschaft<\/em>, ou l\u2019affinit\u00e9 \u00e9lective entre diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments qui s\u2019associent en raison de leur attraction inh\u00e9rente. <\/p>\n\n\n\n Le Canada et l\u2019Europe ne sont pas li\u00e9s par la g\u00e9ographie, m\u00eame si, comme le savent nos amis danois, nous partageons une fronti\u00e8re de 3 000 km dans l\u2019Arctique. Nous sommes li\u00e9s par une affinit\u00e9 \u2014 \u00e9lective, choisie et renouvel\u00e9e, et d\u2019autant plus forte qu\u2019elle l\u2019est.<\/p>\n\n\n\n Aujourd\u2019hui, nos soci\u00e9t\u00e9s sont secou\u00e9es par de nouvelles temp\u00eates : les bouleversements li\u00e9s aux changements climatiques, l\u2019\u00e9rosion des normes d\u00e9mocratiques, l\u2019utilisation du commerce comme arme. <\/p>\n\n\n\n Les institutions multilat\u00e9rales sur lesquelles nous comptions ont \u00e9t\u00e9 affaiblies. La souverainet\u00e9 et l\u2019ouverture sont aujourd\u2019hui difficiles \u00e0 concilier. L\u2019int\u00e9gration \u00e9conomique est d\u00e9sormais utilis\u00e9e comme une arme, et les droits de douane comme un moyen de pression. Les m\u00e9canismes financiers sont utilis\u00e9s \u00e0 des fins de coercition. Les cha\u00eenes d\u2019approvisionnement constituent des points faibles \u00e0 exploiter. <\/p>\n\n\n\n La technologie transforme la nature de la guerre, la structure des \u00e9conomies et la capacit\u00e9 des \u00c9tats \u00e0 gouverner. <\/p>\n\n\n\n Les plateformes technologiques aspirent \u00e0 la souverainet\u00e9. Elles veulent fixer les conditions d\u2019acc\u00e8s. Elles veulent dicter les r\u00e8gles en mati\u00e8re de r\u00e9glementation, et m\u00eame les contourner. Elles veulent contr\u00f4ler nos donn\u00e9es, r\u00e9pandre la d\u00e9sinformation, et voler l\u2019enfance de nos enfants. <\/p>\n\n\n\n \u00c0 noter : Carney consid\u00e8re les grandes plateformes num\u00e9riques comme une menace pour la souverainet\u00e9, au m\u00eame titre que les \u00c9tats. Le Canada a d’ailleurs fait marche arri\u00e8re en 2025 concernant sa taxe sur les services num\u00e9riques, c\u00e9dant \u00e0 la pression des \u00c9tats-Unis.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Cette combinaison est une temp\u00eate d\u00e9vastatrice. Un arbre isol\u00e9 succombera face \u00e0 elle. Une for\u00eat, non. <\/p>\n\n\n\n En effet, sous le sol de la for\u00eat, les racines d\u2019un ch\u00eane s\u2019entrelacent avec celles de ses voisins, \u00e9changeant des nutriments, unissant leurs forces pour cr\u00e9er un \u00e9cosyst\u00e8me r\u00e9silient et autosuffisant. <\/p>\n\n\n\n Ensemble, le Canada et l\u2019Union europ\u00e9enne peuvent ancrer nos fondations pour d\u00e9fendre nos valeurs tout en formant un \u00e9crin protecteur sous lequel nos citoyens peuvent s\u2019\u00e9panouir.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est une question de souverainet\u00e9. Notre capacit\u00e9 \u00e0 vivre comme nous l\u2019entendons. Il s\u2019agit des libert\u00e9s pour lesquelles nous devons nous battre, chaque jour. <\/p>\n\n\n\n Car la souverainet\u00e9 exige de la r\u00e9silience \u2014 la capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9sister aux chocs. <\/p>\n\n\n\n Aujourd\u2019hui, la souverainet\u00e9 va au-del\u00e0 de la simple capacit\u00e9 \u00e0 nous nourrir, \u00e0 nous approvisionner en carburant et \u00e0 nous d\u00e9fendre. Elle exige d\u00e9sormais un acc\u00e8s s\u00e9curis\u00e9 \u00e0 l\u2019IA, aux semi-conducteurs, aux min\u00e9raux critiques, aux syst\u00e8mes de paiement, aux technologies d\u2019\u00e9nergie propre, aux vaccins et aux communications spatiales. <\/p>\n\n\n\n Cette liste est au c\u0153ur de l\u2019argumentaire de Carney. La souverainet\u00e9 est red\u00e9finie comme le contr\u00f4le d\u2019une s\u00e9rie de \u00ab capacit\u00e9s strat\u00e9gique \u00bb. Elle reprend presque mot pour mot les priorit\u00e9s \u00e9nonc\u00e9es dans le rapport Draghi. Le premier ministre canadien s\u2019exprime donc dans le langage de Bruxelles.<\/p>\n\n\n\n Nous avons tous d\u2019importantes lacunes dans ces capacit\u00e9s strat\u00e9giques, et nous devons chacun compter sur des nations ou des entreprises individuelles pour les combler. Cela cr\u00e9e des vuln\u00e9rabilit\u00e9s, en particulier lorsque des entreprises soi-disant \u00ab mondiales \u00bb se r\u00e9v\u00e8lent nationales en cas de crise. <\/p>\n\n\n\n Combler ces lacunes n\u2019est pas possible seul, mais c\u2019est tout \u00e0 fait r\u00e9alisable collectivement. <\/p>\n\n\n\n Le Canada et l\u2019Europe sont chacun forts. L\u2019Europe et le Canada sont encore plus forts ensemble. <\/p>\n\n\n\n Les institutions dont nous avons h\u00e9rit\u00e9 sont organis\u00e9es par zone g\u00e9ographique.<\/p>\n\n\n\n Les capacit\u00e9s strat\u00e9giques dont nous avons besoin sont organis\u00e9es par fonction. Nous pouvons nous allier par fonction, si nous faisons preuve d\u2019audace et de d\u00e9termination. <\/p>\n\n\n\n Nous ne devons pas nous laisser intimider par l\u2019ampleur apparente de la t\u00e2che. <\/p>\n\n\n\n Tout comme la domination est l\u2019arrogance de l\u2019h\u00e9g\u00e9mon, la perfection est l\u2019ennemie du bien. Les enjeux \u00e9conomiques sont clairs : l\u2019influence des puissants dans une relation d\u2019exploitation s\u2019effondre bien avant que l\u2019ind\u00e9pendance totale ne soit atteinte. Car la diversit\u00e9 conf\u00e8re un avantage.<\/p>\n\n\n\n L\u2019objectif n\u2019est pas l\u2019autosuffisance. C\u2019est la r\u00e9silience collective. <\/p>\n\n\n\n Cet avantage mutuel est au c\u0153ur des arguments en faveur d\u2019un partenariat plus \u00e9troit entre le Canada et l\u2019Europe. <\/p>\n\n\n\n L\u2019Europe apporte tant de choses. Une puissance de march\u00e9. Une recherche de pointe. Une industrie manufacturi\u00e8re de pointe. La capacit\u00e9 et la volont\u00e9 d\u2019\u00e9tablir des normes que le monde adopte fr\u00e9quemment. Une base industrielle de d\u00e9fense qui se reconstruit \u00e0 un rythme soutenu. <\/p>\n\n\n\n Le Canada apporte de l\u2019\u00e9nergie \u00e0 tr\u00e8s grande \u00e9chelle et sous toutes les formes requises par la transition. Nous disposons de l\u2019un des plus grands gisements de min\u00e9raux critiques au monde. De solides comp\u00e9tences dans les domaines de l\u2019espace, de l\u2019IA et de l\u2019informatique quantique. D\u2019un syst\u00e8me bancaire parmi les plus solides et d\u2019un capital de retraite parmi les plus experts. Nous b\u00e9n\u00e9ficions d\u2019une g\u00e9ographie arctique unique et d\u2019un acc\u00e8s privil\u00e9gi\u00e9 aux r\u00e9seaux de l\u2019Atlantique et du Pacifique. <\/p>\n\n\n\n L\u00e0 o\u00f9 nos atouts diff\u00e8rent, ils se compl\u00e8tent. L\u00e0 o\u00f9 ils se recoupent, ils cr\u00e9ent une \u00e9conomie d\u2019\u00e9chelle. <\/p>\n\n\n\n Nous devons tirer parti de nos atouts respectifs \u2013 de mani\u00e8re d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, syst\u00e9matique et rapide.<\/p>\n\n\n\n Nous avons d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9, et je remercie ce Parlement pour l\u2019AECG, l\u2019un des accords commerciaux les plus r\u00e9ussis au monde. Je remercie \u00e9galement la pr\u00e9sidente von der Leyen et le pr\u00e9sident Costa pour notre accord de partenariat strat\u00e9gique conclu en juin dernier. Nous le d\u00e9veloppons et l\u2019approfondissons. Nous avons \u00e9galement commenc\u00e9 \u00e0 tirer parti du r\u00f4le du Canada en tant que premier membre non europ\u00e9en de SAFE.<\/p>\n\n\n\n Mais nous devons reconna\u00eetre que l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me que nous avons construit n\u2019est pas encore \u00e0 la hauteur de la violence des changements climatiques. Il n\u2019\u00e9volue pas non plus assez vite pour suivre le rythme de ces bouleversements. <\/p>\n\n\n\n Hier, la pr\u00e9sidente von der Leyen a \u00e9voqu\u00e9 le passage du CETA \u00e0 une \u00ab Alliance pour l\u2019avenir \u00bb, ouvrant ainsi la voie \u00e0 une adh\u00e9sion du Canada en tant que premier membre associ\u00e9 de l\u2019Union europ\u00e9enne. Le Canada salue cette ambition : les sondages montrent qu\u2019une majorit\u00e9 \u00e9crasante de Canadiens soutient le resserrement des liens avec l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n