{"id":357270,"date":"2026-09-11T07:03:42","date_gmt":"2026-09-11T05:03:42","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=357270"},"modified":"2026-09-11T07:03:51","modified_gmt":"2026-09-11T05:03:51","slug":"le-siecle-du-djihad","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/09\/11\/le-siecle-du-djihad\/","title":{"rendered":"Le si\u00e8cle du djihad"},"content":{"rendered":"\n
Pour pr\u00e9parer votre rentr\u00e9e, testez <\/em>le Grand Continent. Les id\u00e9es et les analyses qu\u2019on ne trouve nulle part. Mais que vous verrez bient\u00f4t partout. Dans votre bo\u00eete mail \u00e0 partir de 8 euros par mois<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n Vingt-cinq ans apr\u00e8s les attentats d\u2019Al-Qa\u00efda contre les tours jumelles, les \u00c9tats-Unis, leurs alli\u00e9s occidentaux et de nombreux pays musulmans ont remport\u00e9 d\u2019innombrables victoires tactiques contre l\u2019organisation terroriste et les autres groupes djihadistes. Ben Laden a \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9 en 2011, le pseudo-califat territorial de l\u2019\u00c9tat islamique a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit en 2019 et son \u00ab calife \u00bb, Abou Bakr al-Baghdadi, a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 la m\u00eame ann\u00e9e. La menace directe pesant sur l\u2019Europe a nettement recul\u00e9 par rapport aux ann\u00e9es 2015-2016. Militairement, ce sont des succ\u00e8s consid\u00e9rables. Strat\u00e9giquement, le bilan est plus que maigre.<\/p>\n\n\n\n Car le djihadisme est aujourd\u2019hui plus r\u00e9pandu que jamais. De l\u2019Indon\u00e9sie \u00e0 la Mauritanie, en passant par le Mozambique et l\u2019Afghanistan, des groupes djihadistes sont actifs dans des dizaines de pays. Rien qu\u2019en Afrique, quinze \u00c9tats ont connu des violences li\u00e9es \u00e0 des groupes islamistes militants au cours des douze derniers mois, faisant pr\u00e8s de 24 000 morts <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Des attentats inspir\u00e9s ou organis\u00e9s par cette mouvance ont frapp\u00e9 jusqu\u2019en Australie, en Russie, en France, en Allemagne ou aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est l\u2019une des erreurs majeures qui ont accompagn\u00e9 la \u00ab guerre contre le terrorisme \u00bb pendant vingt-cinq ans. On a confondu la destruction d\u2019une organisation, d\u2019un territoire ou d\u2019un chef avec la disparition d\u2019une mouvance id\u00e9ologique beaucoup plus vaste. Cela semble donner raison au proverbe attribu\u00e9 aux talibans lorsqu\u2019ils combattaient les Am\u00e9ricains : \u00ab Vous avez les montres, nous avons le temps. \u00bb Cette formule reste valable \u00e0 l\u2019\u00e8re du smartphone et de l\u2019intelligence artificielle. D\u2019abord, parce que les adeptes de cette id\u00e9ologie mortif\u00e8re se croient gagnants dans tous les cas, la mort leur promettant le martyre ; ensuite, parce que les d\u00e9mocraties occidentales, et en premier lieu les \u00c9tats-Unis, ont men\u00e9 une politique erratique et \u00e0 court terme, ponctu\u00e9e de graves erreurs, que l\u2019Europe, souvent incoh\u00e9rente, faible et impatiente, a largement suivie.<\/p>\n\n\n\n Le 11-Septembre a chang\u00e9 la face du monde et ses cons\u00e9quences continueront de marquer les ann\u00e9es \u00e0 venir, tandis que les conflits actuels du Proche-Orient risquent de prolonger cette dynamique. La guerre contre l\u2019Iran, la question palestinienne toujours en suspens, le conflit \u00e0 Gaza, l\u2019expansion de la colonisation en Cisjordanie, les interventions isra\u00e9liennes au Liban et en Syrie offrent \u00e0 nouveau aux djihadistes des images, des r\u00e9cits et des griefs \u00e0 exploiter.<\/p>\n\n\n\n Ce jour-l\u00e0, j\u2019\u00e9tais en Serbie, \u00e0 la terrasse d\u2019un caf\u00e9 sur les bords du Danube. Tout \u00e0 coup, tout le monde s\u2019est mis \u00e0 regarder la t\u00e9l\u00e9vision. On y voyait le premier avion percuter les tours jumelles, puis le second. Nous avons appris qu’au total, quatre avions de ligne avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9tourn\u00e9s. L’un d’entre eux s’\u00e9crasera sur le Pentagone et un autre dans un champ en Pennsylvanie, apr\u00e8s que les passagers et les membres d’\u00e9quipage auront tent\u00e9 de reprendre le contr\u00f4le. Les gens \u00e9taient sid\u00e9r\u00e9s et silencieux, m\u00eame si beaucoup de Serbes n\u2019\u00e9taient pas particuli\u00e8rement bien dispos\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Am\u00e9ricains. Deux ans plus t\u00f4t, l\u2019OTAN, sous impulsion am\u00e9ricaine, avait bombard\u00e9 Belgrade pour contraindre la Serbie \u00e0 se retirer du Kosovo. Le lendemain, le 12 septembre, pour la premi\u00e8re et unique fois de son histoire, l’Alliance atlantique a activ\u00e9 son Article 5.<\/p>\n\n\n\n Lorsque les services de renseignement am\u00e9ricains ont fait savoir qu\u2019ils soup\u00e7onnaient Al-Qa\u00efda, il est devenu \u00e9vident que ces attentats, les plus meurtri\u00e8res de l\u2019histoire du terrorisme, auraient des cons\u00e9quences mondiales. Le pr\u00e9sident am\u00e9ricain avait d\u00e9clar\u00e9 le soir m\u00eame que les \u00c9tats-Unis ne feraient \u00ab aucune distinction entre les terroristes ayant commis ces actes et ceux qui les abritent \u00bb <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Mais personne ne pouvait imaginer \u00e0 quel point elles allaient marquer le d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n D\u00e8s f\u00e9vrier 1998, lors de la cr\u00e9ation du \u00ab Front islamique mondial pour le djihad contre les Juifs et les Crois\u00e9s \u00bb, Ben Laden avait expos\u00e9 ses objectifs : tuer les Am\u00e9ricains et leurs alli\u00e9s, civils comme militaires, y \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 comme \u00ab un devoir individuel pour tout musulman qui peut le faire, dans tout pays o\u00f9 cela est possible. \u00bb <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n Le 20 septembre 2001, devant le Congr\u00e8s, Bush avait r\u00e9sum\u00e9 le nouvel ordre mondial en des termes presque aussi binaires : \u00ab Soit vous \u00eates avec nous, soit vous \u00eates avec les terroristes. \u00bb <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span> La r\u00e9ponse de Ben Laden est arriv\u00e9e le 7 octobre, le jour o\u00f9 les frappes en Afghanistan ont commenc\u00e9 : \u00ab Ces \u00e9v\u00e9nements ont divis\u00e9 le monde en deux camps, le camp des fid\u00e8les et le camp des infid\u00e8les. \u00bb <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n Cette polarisation totale n\u2019a pas pris la forme d\u2019un affrontement entre blocs civilisationnels, et la th\u00e8se alors populaire de Samuel Huntington sur le \u00ab choc des civilisations \u00bb ne s\u2019est pas v\u00e9rifi\u00e9e de mani\u00e8re aussi frontale <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Mais le monde s\u2019est polaris\u00e9. La m\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des musulmans a consid\u00e9rablement augment\u00e9 dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales, s\u2019aggravant \u00e0 chaque nouveau choc, des guerres d\u2019Afghanistan et d\u2019Irak aux attentats de Madrid et de Londres, puis \u00e0 ceux de Paris, Bruxelles, Nice et Berlin. Le Muslim Ban<\/em> de Donald Trump, qui a restreint l\u2019entr\u00e9e des ressortissants de plusieurs pays \u00e0 majorit\u00e9 musulmane <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>, aurait \u00e9t\u00e9 difficilement imaginable dans le contexte d\u2019avant 2001. Et si la mont\u00e9e des droites populistes et de l\u2019extr\u00eame droite aux \u00c9tats-Unis, au Royaume-Uni, en France, en Allemagne et ailleurs a de multiples causes, le terrorisme djihadiste, les guerres du Moyen-Orient et les d\u00e9bats sur l\u2019immigration et l\u2019Islam leur ont fourni des th\u00e8mes de mobilisation extr\u00eamement puissants.<\/p>\n\n\n\n\n\n L’id\u00e9e de Francis Fukuyama d’une \u00ab fin de l’Histoire \u00bb, selon laquelle la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale n’avait plus de concurrent id\u00e9ologique universel cr\u00e9dible <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span> apr\u00e8s l’effondrement du communisme sovi\u00e9tique, a elle aussi \u00e9t\u00e9 en partie d\u00e9mentie. Le djihadisme n\u2019est jamais devenu un syst\u00e8me politique et \u00e9conomique capable de rivaliser avec la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale, comme l\u2019avait fait le communisme. Il a n\u00e9anmoins d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019une id\u00e9ologie radicalement antilib\u00e9rale, religieuse et r\u00e9volutionnaire pouvait mobiliser durablement des dizaines, puis des centaines de milliers de personnes, provoquer des guerres, d\u00e9stabiliser des \u00c9tats et remodeler la politique internationale.<\/p>\n\n\n\n On m\u2019a tr\u00e8s souvent pos\u00e9, et on me pose encore, la question de l\u2019avenir d\u2019Al-Qa\u00efda. Elle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 la plus importante.<\/p>\n\n\n\n Al-Qa\u00efda est une organisation. Le djihadisme est une mouvance beaucoup plus vaste, un ph\u00e9nom\u00e8ne politique, religieux, id\u00e9ologique et militaire dont les organisations ne sont que des expressions successives. Elles naissent, se divisent, changent de nom, perdent leurs chefs, leurs territoires, et parfois presque tous leurs combattants. Le ph\u00e9nom\u00e8ne leur survit. Le 11-Septembre a donc marqu\u00e9 \u00e0 la fois l\u2019apog\u00e9e d\u2019Al-Qa\u00efda central et le moment fondateur d\u2019une mouvance plus vaste que l\u2019organisation de Ben Laden.<\/p>\n\n\n\n La sup\u00e9riorit\u00e9 militaire, technologique et en mati\u00e8re de renseignement des \u00c9tats-Unis et de leurs alli\u00e9s s’est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e extraordinairement efficace pour d\u00e9truire des organisations, des sanctuaires, des entit\u00e9s territoriales et des cha\u00eenes de commandement. Elle s\u2019est en revanche montr\u00e9e beaucoup moins capable de mettre \u00e0 bas une id\u00e9ologie ou de transformer les conditions politiques qui r\u00e9g\u00e9n\u00e8rent continuellement la mobilisation djihadiste. Pire, la dialectique entre le djihadisme et la guerre contre la terreur a amplifi\u00e9 le premier jusqu\u2019\u00e0 lui donner une ampleur in\u00e9dite. En 2001, le djihadisme \u00e9tait g\u00e9ographiquement concentr\u00e9 en Afghanistan, en Alg\u00e9rie, en Tch\u00e9tch\u00e9nie, au Pakistan, au Y\u00e9men et, auparavant, en Bosnie, et le nombre de militants appartenant directement aux organisations \u00e9tait limit\u00e9. Le ph\u00e9nom\u00e8ne recouvre aujourd\u2019hui un espace incomparablement plus vaste.<\/p>\n\n\n\n Comment en est-on arriv\u00e9 l\u00e0 ? Plut\u00f4t qu\u2019une histoire exhaustive, nous pouvons nous arr\u00eater sur quelques moments clefs, y compris ceux qui ont suscit\u00e9 de v\u00e9ritables espoirs.<\/p>\n\n\n\n Le basculement g\u00e9opolitique que Ben Laden esp\u00e9rait provoquer devait commencer par entra\u00eener les \u00c9tats-Unis dans une guerre d\u2019usure en Afghanistan pour leur infliger une d\u00e9faite comparable \u00e0 celle de l\u2019URSS. Il voulait ensuite chasser de la r\u00e9gion cet \u00ab ennemi lointain \u00bb qui, selon lui, soutenait les dictatures et monarchies corrompues du monde arabo-musulman. Son objectif \u00e9tait de renverser ces r\u00e9gimes, en \u00c9gypte et en Arabie Saoudite d\u2019abord.<\/p>\n\n\n\n Dans un premier temps, c\u2019est exactement le contraire qui s\u2019est produit. En d\u00e9cembre 2001, j\u2019\u00e9tais \u00e0 Kaboul. Les talibans avaient \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s du pouvoir par une campagne \u00e9clair et les sanctuaires d\u2019Al-Qa\u00efda, notamment \u00e0 Tora Bora, avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits. Des centaines de combattants avaient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s et les autres \u00e9taient en d\u00e9route. S\u00e9rieux b\u00e9mol : le commandement avait surv\u00e9cu, Ben Laden avait r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019\u00e9chapper, faute d\u2019un d\u00e9ploiement am\u00e9ricain suffisant pour verrouiller la longue fronti\u00e8re pakistanaise.<\/p>\n\n\n\n L\u2019Afghanistan semblait n\u00e9anmoins prendre un nouveau d\u00e9part, perspective que nombre d\u2019habitants de Kaboul accueillaient avec enthousiasme. Selon le HCR, environ 1,8 million de r\u00e9fugi\u00e9s afghans sont rentr\u00e9s dans leur pays au cours de la seule ann\u00e9e 2002, sans compter les centaines de milliers de d\u00e9plac\u00e9s internes <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Un gouvernement int\u00e9rimaire a \u00e9t\u00e9 form\u00e9 sous la direction de Hamid Karza\u00ef, issu d\u2019une famille pachtoune respect\u00e9e. Quelques mois plus tard, le roi Zaher Shah, exil\u00e9 \u00e0 Rome depuis vingt-neuf ans, est \u00e9galement revenu. On pouvait alors penser que l\u2019\u00e8re des talibans et d\u2019Al-Qa\u00efda \u00e9tait d\u00e9finitivement close.<\/p>\n\n\n\n Mais les catastrophes \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 en gestation. Karza\u00ef et le roi souhaitaient, comme ils me l’ont confi\u00e9 \u00e0 l’\u00e9poque, que les talibans soient associ\u00e9s \u00e0 un processus de r\u00e9conciliation nationale. Ils se sont toutefois heurt\u00e9s \u00e0 un refus cat\u00e9gorique de l\u2019administration de George W. Bush. C’\u00e9tait une grave erreur. Une plus grave encore se pr\u00e9parait.<\/p>\n\n\n\n Les n\u00e9oconservateurs autour du pr\u00e9sident r\u00eavaient d\u2019un nouveau Moyen-Orient et, dans le contexte de la guerre contre le terrorisme, de renverser Saddam Hussein sous le pr\u00e9texte fallacieux de la possession d’armes de destruction massive et d’une collaboration avec Al-Qa\u00efda.<\/p>\n\n\n\n J\u2019\u00e9tais en Irak avant, pendant et apr\u00e8s l\u2019invasion, dont la l\u00e9galit\u00e9 \u00e9tait profond\u00e9ment contest\u00e9e sur le plan international. La tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des Irakiens soutenait le renversement de Saddam par les Am\u00e9ricains : des membres chiites de la Garde r\u00e9publicaine cens\u00e9s lui \u00eatre loyaux, ce qui restait de la classe moyenne sunnite, des Kurdes, et m\u00eame des djihadistes d\u00e9j\u00e0 install\u00e9s dans les montagnes du nord. \u00ab Il faut combattre le noir par le noir \u00bb, m’a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 l’\u00e9poque un chef djihadiste.<\/p>\n\n\n\n Si l\u2019invasion elle-m\u00eame est critiquable, c\u2019est surtout l\u2019apr\u00e8s qui a \u00e9t\u00e9 catastrophique, faute de toute pr\u00e9paration. L\u2019administration Bush s\u2019en est remise \u00e0 des exil\u00e9s, pour l\u2019essentiel chiites, install\u00e9s \u00e0 Londres ou aux \u00c9tats-Unis, largement d\u00e9connect\u00e9s de la r\u00e9alit\u00e9 irakienne. Deux de ses premi\u00e8res d\u00e9cisions ont \u00e9t\u00e9 la \u00ab d\u00e9baasification \u00bb, qui exclut une grande partie des membres du parti Baas de la vie politique et de l\u2019administration, puis la dissolution de l\u2019arm\u00e9e, certes domin\u00e9e par un commandement sunnite, mais qui r\u00e9unissait des Irakiens de toutes confessions et constituait, depuis la guerre Iran-Irak, l\u2019une des seules grandes institutions nationales du pays.<\/p>\n\n\n\n\n Des centaines de milliers d\u2019Irakiens, en particulier des sunnites, se sont retrouv\u00e9s exclus, humili\u00e9s ou sans emploi. Une partie d’entre eux est entr\u00e9e en r\u00e9bellion et s’est rapidement alli\u00e9e \u00e0 Al-Qa\u00efda et \u00e0 d’autres groupes djihadistes. Ceux qui tenaient une enclave dans les montagnes kurdes, pr\u00e8s de la fronti\u00e8re iranienne, ont form\u00e9 des cellules dans tout le pays. Des attentats ont frapp\u00e9 le si\u00e8ge de l\u2019ONU \u00e0 Bagdad le 19 ao\u00fbt 2003, puis des mosqu\u00e9es chiites. Des Irakiens et de nombreux \u00e9trangers ont \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9s. Le pays a alors plong\u00e9 dans une guerre civile entre sunnites et chiites, rendant d\u00e9risoire l\u2019image de George W. Bush annon\u00e7ant, le 1er mai 2003, depuis le porte-avions USS Abraham Lincoln<\/em>, la fin des grandes op\u00e9rations de combat devant la banni\u00e8re \u00ab Mission accomplie \u00bb.<\/p>\n\n\n\n En 2006, les statistiques am\u00e9ricaines recensaient environ 6 600 attentats terroristes en Irak et quelque 13 300 morts <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Tous n\u2019\u00e9taient pas imputables aux djihadistes. Milices confessionnelles, insurg\u00e9s et autres groupes arm\u00e9s prenaient part \u00e0 ce d\u00e9cha\u00eenement de violence. <\/p>\n\n\n\n La situation \u00e9tait devenue si catastrophique que les \u00c9tats-Unis ont d\u00fb changer de strat\u00e9gie. En janvier 2007, Bush lan\u00e7ait le surge<\/em>, envoyant plus de 20 000 soldats suppl\u00e9mentaires et portant la pr\u00e9sence am\u00e9ricaine dans le pays \u00e0 environ 170 000 hommes. Les Am\u00e9ricains se sont appuy\u00e9s sur un mouvement n\u00e9 quelques mois plus t\u00f4t dans la province d\u2019Anbar : le Sahwa<\/em>, ou \u00ab R\u00e9veil \u00bb sunnite. Des tribus et d\u2019anciens insurg\u00e9s se sont retourn\u00e9s contre Al-Qa\u00efda, dont les assassinats et la volont\u00e9 de contr\u00f4ler les communaut\u00e9s locales ont suscit\u00e9 une opposition croissante. Le surge<\/em> a g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 cette alliance avec d’anciens adversaires.<\/p>\n\n\n\n La strat\u00e9gie paraissait couronn\u00e9e de succ\u00e8s. Al-Qa\u00efda en Irak et son successeur, l\u2019\u00c9tat islamique d\u2019Irak, semblaient avoir \u00e9t\u00e9 an\u00e9antis. Le \u00ab boucher de Bagdad \u00bb, Abou Moussab al-Zarqaoui, avait \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par une frappe am\u00e9ricaine en juin 2006. Les \u00c9tats-Unis ont alors r\u00e9duit leurs forces. D’environ 170 000 soldats en 2007, elles sont pass\u00e9es sous les 50 000 en 2010, avant le retrait quasi complet de d\u00e9cembre 2011.<\/p>\n\n\n\n Tout cela \u00e9tait pr\u00e9matur\u00e9. Les cellules sont entr\u00e9es dans la clandestinit\u00e9. Dans les prisons am\u00e9ricaines et irakiennes, d\u2019anciens cadres du r\u00e9gime de Saddam Hussein et des djihadistes se sont rencontr\u00e9s et ont nou\u00e9 des liens qui joueront plus tard un r\u00f4le central dans la reconstitution de l\u2019\u00c9tat islamique. La premi\u00e8re vague de djihadistes europ\u00e9ens partis pour l\u2019Irak s\u2019est dispers\u00e9e dans les pays arabes, notamment au Y\u00e9men. D\u2019autres sont revenus en Europe et ont radicalis\u00e9 une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration. En France, la fili\u00e8re des Buttes-Chaumont, active entre 2003 et 2005, comptait Ch\u00e9rif Kouachi, qui a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 alors qu\u2019il s\u2019appr\u00eatait \u00e0 partir. Dix ans plus tard, il a particip\u00e9 avec son fr\u00e8re \u00e0 l\u2019attentat contre Charlie Hebdo.<\/p>\n\n\n\n S\u2019accumulaient ainsi les nuages du d\u00e9sastre \u00e0 venir. Une invasion men\u00e9e sans pr\u00e9paration de l\u2019apr\u00e8s-Saddam. Une r\u00e9duction de l\u2019engagement avant la stabilisation. Un r\u00e9engagement massif lorsque la situation est devenue intenable. Puis un nouveau retrait alors qu\u2019aucune stabilisation politique durable n\u2019avait \u00e9t\u00e9 obtenue et que les cellules djihadistes n\u2019avaient pas disparu.<\/p>\n\n\n\n En 2011, un autre moment d\u2019espoir a surgit, cette fois pour l\u2019ensemble du monde arabe. Les manifestations d\u00e9clench\u00e9es par l\u2019immolation du jeune marchand ambulant Mohamed Bouazizi le 17 d\u00e9cembre 2010 \u00e0 Sidi Bouzid se sont propag\u00e9es et ont provoqu\u00e9 la chute de Zine el-Abidine Ben Ali le 14 janvier 2011, puis celle de Hosni Moubarak le 11 f\u00e9vrier. Pendant quelques mois, on a pu croire que la jeunesse arabe allait marginaliser le djihadisme. Celui-ci affirmait depuis des ann\u00e9es que seule la violence pouvait renverser les dictatures, mais des centaines de milliers de Tunisiens et d’\u00c9gyptiens venaient de d\u00e9montrer le contraire. Ben Laden lui-m\u00eame a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 le 2 mai 2011 \u00e0 Abbottabad, au Pakistan.<\/p>\n\n\n\n Rien de tout cela n\u2019a pu emp\u00eacher l\u2019expansion mondiale du djihad qu\u2019il avait appel\u00e9e de ses v\u0153ux. En Syrie, les manifestations se sont heurt\u00e9es \u00e0 la r\u00e9pression f\u00e9roce du r\u00e9gime Assad. Une opposition arm\u00e9e s’est form\u00e9e et la guerre civile a \u00e9clat\u00e9, ce qui a profit\u00e9 aux cellules djihadistes d’Irak, dont beaucoup de membres \u00e9taient syriens. L\u2019\u00c9tat islamique a pu s\u2019\u00e9tendre en Syrie par infiltration et gr\u00e2ce \u00e0 des combattants exp\u00e9riment\u00e9s, \u00e0 mesure que l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat s\u2019effondrait. Avec les armes, les hommes et les territoires ainsi acquis, il a aboli symboliquement la fronti\u00e8re h\u00e9rit\u00e9e des accords Sykes-Picot, puis il est retourn\u00e9 en Irak dans une campagne \u00e9clair et a conquis Mossoul, une m\u00e9tropole de plus d\u2019un million d\u2019habitants, le 10 juin 2014. Le pseudo-califat d\u2019Abou Bakr al-Baghdadi \u00e9tait n\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Des milliers de jeunes Europ\u00e9ens, dont beaucoup de Fran\u00e7ais, ont rejoint ce \u00ab djihad \u00bb, attir\u00e9s par une propagande redoutablement efficace sur les r\u00e9seaux sociaux et recrut\u00e9s par des r\u00e9seaux d\u00e9j\u00e0 existants en Europe, dont ceux cr\u00e9\u00e9s par les v\u00e9t\u00e9rans des fili\u00e8res irakiennes de 2003-2006. On conna\u00eet les r\u00e9sultats : Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, le Bataclan et le Stade de France le 13 novembre 2015, Bruxelles le 22 mars 2016, Nice le 14 juillet 2016, Berlin le 19 d\u00e9cembre 2016.<\/p>\n\n\n\n En 2017, le califat a perdu ses capitales : Mossoul en juillet, puis Raqqa en octobre. Il n’a \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement d\u00e9truit en tant qu’entit\u00e9 territoriale qu\u2019en mars 2019, avec la chute de Baghouz, dans l\u2019est de la Syrie. Baghdadi a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 le 27 octobre 2019 lors d\u2019une op\u00e9ration am\u00e9ricaine dans le nord-ouest du pays. C’\u00e9tait une victoire tactique de plus, mais pas la fin du djihadisme. L\u2019\u00c9tat islamique a surv\u00e9cu dans la clandestinit\u00e9 en Irak et en Syrie, et ses \u00ab provinces \u00bb ailleurs ont continu\u00e9 leurs activit\u00e9s ou ont gagn\u00e9 en importance.<\/p>\n\n\n\n En ao\u00fbt 2021, les talibans ont repris Kaboul. Ils avaient abrit\u00e9 Al-Qa\u00efda et refus\u00e9 de livrer Ben Laden, l’une des principales raisons de l’invasion d’octobre 2001. L\u2019administration Trump avait sign\u00e9 avec eux, le 29 f\u00e9vrier 2020 \u00e0 Doha, un accord pr\u00e9voyant le retrait des troupes am\u00e9ricaines, que Joe Biden a d\u00e9cid\u00e9 de mener \u00e0 terme. Ce retrait s’est d\u00e9roul\u00e9 dans le chaos, comme en t\u00e9moignent les images d’Afghans tentant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de s’accrocher aux avions \u00e0 l’a\u00e9roport de Kaboul. Le 26 ao\u00fbt 2021, l\u2019\u00c9tat islamique au Khorasan (EI-K) a attaqu\u00e9 l’Abbey Gate, tuant 13 militaires am\u00e9ricains et environ 170 civils afghans.<\/p>\n\n\n\n L\u2019ironie \u00e9tait terrible. Vingt ans apr\u00e8s avoir envahi l\u2019Afghanistan pour renverser les talibans et d\u00e9truire Al-Qa\u00efda, les \u00c9tats-Unis ont quitt\u00e9 le pays en abandonnant le pouvoir aux talibans, qui ont \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9s dans les derniers jours de l\u2019\u00e9vacuation par une nouvelle branche de l\u2019\u00c9tat islamique. Le paradoxe est double. En 2001-2002, alors qu’il aurait peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 possible d’int\u00e9grer une partie des talibans dans un processus politique, Washington s’y est refus\u00e9. Vingt ans plus tard, il a n\u00e9goci\u00e9 directement avec eux et leur a de facto abandonn\u00e9 le pays. De plus, les talibans n\u2019avaient jamais rompu avec Al-Qa\u00efda. Le successeur de Ben Laden, Ayman al-Zawahiri, a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par une frappe de drone am\u00e9ricaine \u00e0 Kaboul le 31 juillet 2022, moins d\u2019un an apr\u00e8s leur arriv\u00e9e au pouvoir.<\/p>\n\n\n\n Le retrait am\u00e9ricain complique \u00e9galement la lutte contre l\u2019EI-K, qui repr\u00e9sente aujourd\u2019hui l\u2019une des menaces transnationales les plus inqui\u00e9tantes. Les talibans le combattent et lui ont inflig\u00e9 des pertes importantes, sans parvenir \u00e0 l\u2019\u00e9liminer. L\u2019organisation conserve une capacit\u00e9 de recrutement, notamment en Asie centrale, une forte pr\u00e9sence num\u00e9rique, ainsi que l\u2019ambition de frapper loin de son sanctuaire afghan, comme l\u2019ont montr\u00e9 les attentats de Kerman, en Iran, le 3 janvier 2024 (95 morts), et ceux du Crocus City Hall, pr\u00e8s de Moscou, le 22 mars 2024 (145 morts) <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Les services europ\u00e9ens y restent particuli\u00e8rement attentifs, m\u00eame si l\u2019essentiel de la menace en Europe provient aujourd\u2019hui d’individus radicalis\u00e9s localement plut\u00f4t que de cellules exp\u00e9di\u00e9es depuis l\u2019Afghanistan <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est la guerre d\u2019Afghanistan contre les Sovi\u00e9tiques (1979-1989) qui a pos\u00e9 une partie des bases id\u00e9ologiques et organisationnelles du djihadisme contemporain et d\u2019Al-Qa\u00efda. Mais c\u2019est le 11-Septembre et la guerre contre la terreur qui a suivi, avec les erreurs commises en Afghanistan et l\u2019invasion si mal pr\u00e9par\u00e9e de l\u2019Irak, qui ont en partie exauc\u00e9 le v\u0153u de Ben Laden. Il voulait provoquer une intervention am\u00e9ricaine massive dans le monde musulman et inscrire le djihad dans un affrontement mondial. Al-Qa\u00efda, en tant qu’organisation, n\u2019a pas gagn\u00e9. Les r\u00e9gimes \u00e9gyptien et saoudien n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9s, et aucun califat universel n\u2019a \u00e9merg\u00e9. Mais le djihadisme est plus mondialis\u00e9 que jamais. C’est l\u2019\u00e9volution la plus inqui\u00e9tante de ces vingt-cinq derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n\n\n Les politiques \u00e0 court terme qui ont aliment\u00e9 cette dynamique n\u2019ont pas disparu, bien au contraire. Donald Trump, qui avait fait du d\u00e9sengagement des \u00ab guerres sans fin \u00bb l\u2019un de ses grands objectifs, s\u2019est lui aussi retrouv\u00e9, par sa faute, entra\u00een\u00e9 dans une guerre directe avec l\u2019Iran <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Ce conflit cache d\u2019ailleurs un paradoxe extraordinaire et dangereux. La R\u00e9publique islamique chiite est l\u2019un des ennemis id\u00e9ologiques des djihadistes sunnites, l\u2019\u00c9tat islamique consid\u00e9rant les chiites comme des apostats. Pourtant, Saif al-Adl, que les Nations unies consid\u00e8rent comme le dirigeant de facto d\u2019Al-Qa\u00efda, se trouverait toujours en Iran <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Que se passerait-il si lui et d\u2019autres cadres disposaient demain d\u2019une libert\u00e9 d\u2019action et d\u2019un soutien iranien pour commettre des attentats ?<\/p>\n\n\n\n La question palestinienne est l\u2019autre grand r\u00e9servoir de la propagande djihadiste. La souffrance de la population de Gaza, les images de destruction et de victimes civiles, la poursuite de la colonisation en Cisjordanie, ainsi que le sentiment largement r\u00e9pandu dans le monde arabe et musulman d’un deux poids, deux mesures occidental, fournissent aux propagandistes des arguments extr\u00eamement puissants pour recruter et pr\u00e9senter leur guerre comme une d\u00e9fense globale des musulmans.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est en Afrique que l\u2019\u00e9cart entre les victoires militaires remport\u00e9es depuis 2001 et l\u2019expansion g\u00e9ographique du ph\u00e9nom\u00e8ne est le plus frappant. Alors que l\u2019attention occidentale \u00e9tait concentr\u00e9e sur l\u2019Afghanistan, l\u2019Irak, la Syrie et les attentats en Europe, le centre de gravit\u00e9 de la violence djihadiste s\u2019est d\u00e9plac\u00e9 vers le continent africain. Le Sahel, abandonn\u00e9 \u00e0 des juntes et \u00e0 leurs alli\u00e9s russes, engage aussi la responsabilit\u00e9 europ\u00e9enne, et particuli\u00e8rement fran\u00e7aise. La r\u00e9gion est devenue le principal foyer de cette violence, avec pr\u00e8s de 10 000 morts au cours des douze derniers mois, principalement au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Le JNIM, affili\u00e9 \u00e0 Al-Qa\u00efda, est responsable de plus des trois quarts de ces pertes et exerce une pression croissante sur de vastes territoires. Les mouvements issus de la galaxie djihadiste sah\u00e9lienne ont \u00e9tendu leurs op\u00e9rations aux pays c\u00f4tiers d\u2019Afrique de l\u2019Ouest <\/span>15<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Le ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9passe largement le Sahel. Al-Shabaab reste extr\u00eamement puissant en Somalie. Boko Haram, ses factions et l\u2019\u00c9tat islamique en Afrique de l\u2019Ouest sont actifs dans le bassin du lac Tchad. Des mouvements li\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00c9tat islamique sont m\u00eame pr\u00e9sents jusqu\u2019au Mozambique. Vingt-cinq ans apr\u00e8s le 11-Septembre, il est impossible de soutenir que le djihadisme aurait \u00e9t\u00e9 strat\u00e9giquement vaincu.<\/p>\n\n\n\n La Syrie constitue aujourd\u2019hui une grande exception dans l\u2019histoire du djihadisme. Le r\u00e9gime de Bachar al-Assad est tomb\u00e9 le 8 d\u00e9cembre 2024. Ahmed al-Charaa, l\u2019homme qui dirige le pays, a \u00e9t\u00e9 le chef du Front al-Nosra, la branche syrienne d\u2019Al-Qa\u00efda. Il a rompu publiquement avec l\u2019organisation en 2016 avant de se muer, en janvier 2017, en Hayat Tahrir al-Cham (HTS) <\/span>16<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il abandonnait ainsi l\u2019essentiel du projet de djihad transnational au profit d\u2019une qu\u00eate de pouvoir en Syrie. Le nouveau r\u00e9gime affirme vouloir construire \u00ab un pays pour tous les Syriens \u00bb. Cette \u00e9volution devra \u00eatre jug\u00e9e sur ses actes, et non sur ses discours. Mais le paradoxe m\u00e9rite d\u2019\u00eatre soulign\u00e9. Un homme issu de la galaxie d\u2019Al-Qa\u00efda gouverne Damas non pas parce qu\u2019il a r\u00e9alis\u00e9 le projet de Ben Laden, mais parce qu\u2019il s\u2019en est \u00e9loign\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Dans le m\u00eame temps, les vestiges de l\u2019\u00c9tat islamique continuent de commettre des attentats en Syrie et s\u2019emploient \u00e0 pr\u00e9senter le nouveau pouvoir comme tra\u00eetre \u00e0 l\u2019islam <\/span>17<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Les frappes isra\u00e9liennes en Syrie leur offrent un argument suppl\u00e9mentaire pour d\u00e9montrer que les nouveaux dirigeants sont incapables de d\u00e9fendre le territoire. Les cons\u00e9quences d’un \u00e9ventuel assassinat d\u2019Ahmed al-Charaa par l\u2019\u00c9tat islamique seraient vertigineuses. Ce serait une nouvelle fragmentation du pouvoir, une reprise de la guerre civile et l\u2019ouverture de nouveaux espaces \u00e0 des djihadistes hors de tout contr\u00f4le, ce qui repr\u00e9senterait un grand danger pour l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n Les chercheurs ont longuement d\u00e9battu de \u00ab l\u2019islamisation de la radicalit\u00e9 \u00bb contre la \u00ab radicalisation de l\u2019islam \u00bb <\/span>18<\/sup><\/a><\/span><\/span>, ou encore d’une autre hypoth\u00e8se selon laquelle ce ph\u00e9nom\u00e8ne rel\u00e8verait, \u00e0 bien des \u00e9gards, de la secte <\/span>19<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Ces d\u00e9bats sont importants pour comprendre le ph\u00e9nom\u00e8ne. Toutefois, ils p\u00e8sent moins que la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9laborer enfin une strat\u00e9gie coh\u00e9rente qui s\u2019attaque simultan\u00e9ment \u00e0 ses causes et \u00e0 ses manifestations.<\/p>\n\n\n\n En effet, le proverbe des montres illustre la plus grande asym\u00e9trie entre les mouvements djihadistes et les d\u00e9mocraties. Les gouvernements pensent en mandats \u00e9lectoraux. Les administrations changent, les priorit\u00e9s se d\u00e9placent. Une intervention est d\u00e9cid\u00e9e, puis abandonn\u00e9e. Une guerre est jug\u00e9e essentielle, puis, quelques ann\u00e9es plus tard, consid\u00e9r\u00e9e comme une erreur dont il faut se d\u00e9sengager au plus vite. Les djihadistes, eux, peuvent attendre. Ils peuvent perdre un territoire, entrer dans la clandestinit\u00e9, changer de nom, perdre des chefs embl\u00e9matiques, se recomposer autour d\u2019une autre g\u00e9n\u00e9ration et attendre que les conditions leur redeviennent favorables. L\u2019Afghanistan en est l\u2019illustration la plus parlante. Vingt ans apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s du pouvoir, les talibans sont de retour \u00e0 Kaboul.<\/p>\n\n\n\n\n\nO\u00f9 \u00e9tiez-vous le 11 septembre 2001 ?<\/h2>\n\n\n\n
Deux visions binaires du monde<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Al-Qa\u00efda n\u2019est pas le djihadisme<\/h2>\n\n\n\n
Kaboul, d\u00e9cembre 2001, l\u2019espoir manqu\u00e9<\/h2>\n\n\n\n
L\u2019Irak, matrice de la tempte parfaite<\/h2>\n\n\n\n
\n <\/picture>\n
\n <\/picture>\n Le surge<\/em> et l\u2019illusion de la victoire<\/h2>\n\n\n\n
Printemps arabes, califat, attentats en Europe<\/h2>\n\n\n\n
Le retour des talibans<\/h2>\n\n\n\n
Un djihadisme plus mondialis\u00e9 que jamais<\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n L\u2019Afrique, nouveau centre de gravit\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
La Syrie, grande exception<\/h2>\n\n\n\n
Avoir le temps<\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n