{"id":356314,"date":"2026-09-05T19:17:00","date_gmt":"2026-09-05T17:17:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=356314"},"modified":"2026-09-05T19:26:34","modified_gmt":"2026-09-05T17:26:34","slug":"faut-il-avoir-peur-de-lallemagne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/09\/05\/faut-il-avoir-peur-de-lallemagne\/","title":{"rendered":"Faut-il avoir peur de l\u2019Allemagne ?"},"content":{"rendered":"\n
Pour pr\u00e9parer votre rentr\u00e9e, testez <\/em>le Grand Continent. Les id\u00e9es et les analyses qu\u2019on ne trouve nulle part. Mais que vous verrez bient\u00f4t partout. Dans votre bo\u00eete mail \u00e0 partir de 8 euros par mois<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n Historiquement, depuis 1945, l’Europe avait incontestablement un h\u00e9g\u00e9mon : les \u00c9tats-Unis. Leur influence \u00e9conomique et militaro-politique \u00e9tait tellement plus importante que celle de n’importe quel \u00c9tat europ\u00e9en qu’elle constituait une h\u00e9g\u00e9monie incontestable. Par cons\u00e9quent, Washington a fa\u00e7onn\u00e9 l’ordre europ\u00e9en d’apr\u00e8s-guerre, d’une part avec l’OTAN et d’autre part avec son soutien \u00e0 l’int\u00e9gration du continent. <\/p>\n\n\n\n Aujourd’hui, alors que les \u00c9tats-Unis se retirent d’Europe, une vieille question refait surface : qui dirige r\u00e9ellement l’Europe ? <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n Comme les \u00c9tats europ\u00e9ens, en particulier les plus influents, sont tous plus ou moins \u00e9gaux en puissance, aucun ne peut pr\u00e9tendre \u00e0 une h\u00e9g\u00e9monie aussi forte que celle des \u00c9tats-Unis. Le retrait am\u00e9ricain cr\u00e9e donc un vide de leadership. La question est de savoir si l’\u00e9mergence d’une nouvelle puissance h\u00e9g\u00e9monique est possible. Avec son r\u00e9armement \u2014 son budget de d\u00e9fense d\u00e9passera d’ici 2029 le budget cumul\u00e9 actuel de la France et du Royaume-Uni \u2014, l’Allemagne deviendra du jour au lendemain la premi\u00e8re puissance europ\u00e9enne, tant sur le plan \u00e9conomique que militaire.<\/p>\n\n\n\n Cela soul\u00e8ve surtout la question de la n\u00e9cessit\u00e9 d’un leadership collectif entre les trois principaux \u00c9tats europ\u00e9ens (France, Allemagne et Royaume-Uni), ou entre les cinq plus grands \u00c9tats, incluant la Pologne et l’Italie. Il faut r\u00e9pondre collectivement \u00e0 la question de l’\u00e9quilibre futur de l’Europe avec une Allemagne aussi forte au centre du continent. Berlin exercerait une h\u00e9g\u00e9monie d’un genre nouveau, difficilement comparable \u00e0 l’h\u00e9g\u00e9monie am\u00e9ricaine actuelle, c’est la raison pour laquelle je parle plut\u00f4t de domination. <\/p>\n\n\n\n Nous avons d\u00e9j\u00e0 vu cette domination \u00e0 l’\u0153uvre lors de la crise financi\u00e8re et \u00e9conomique, o\u00f9 le pouvoir de l’Allemagne de dire \u00ab non \u00bb ne se limitait pas \u00e0 dicter sa conduite aux autres, mais servait \u00e9galement \u00e0 bloquer certaines orientations politiques, ce qui fait obstacle \u00e0 toute solution collective. D\u00e9sormais, le renforcement de la puissance allemande posera probl\u00e8me sur le plan strat\u00e9gique plut\u00f4t que financier, car un refus cat\u00e9gorique de Berlin ne pourra plus \u00eatre contourn\u00e9 aussi facilement qu’auparavant.<\/p>\n\n\n\n Il convient tout d’abord de noter que tous les pays europ\u00e9ens se r\u00e9jouissent du r\u00e9armement de l’Allemagne. Il est ind\u00e9niable que l’Allemagne doit se r\u00e9armer et assumer ses responsabilit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n La question n’est cependant pas de savoir si ce r\u00e9armement aura lieu, mais comment il se fera et s’il s’inscrira dans le contexte europ\u00e9en. C’est l\u00e0 que la formule de la \u00ab force arm\u00e9e conventionnelle la plus puissante \u00bb prend tout son sens.<\/p>\n\n\n\n Il s’agit l\u00e0 d’une ambition tr\u00e8s importante. L’Allemagne a l\u00e0 un objectif qu\u2019elle peut assur\u00e9ment atteindre si l\u2019on ne prend pas en compte les effectifs des forces arm\u00e9es ukrainiennes actuelles. La Pologne nourrit bien s\u00fbr la m\u00eame ambition. Varsovie consacre d\u00e9j\u00e0 une part nettement plus importante de son PIB \u00e0 la d\u00e9fense que l’Allemagne et Varsovie s’interroge donc sur les raisons pour lesquelles l’Allemagne insiste autant sur son ambition de devenir la premi\u00e8re puissance conventionnelle du continent. <\/p>\n\n\n\n Il s’agit de permettre \u00e0 l’Allemagne de prot\u00e9ger les pays situ\u00e9s \u00e0 l’est de sa fronti\u00e8re, c’est-\u00e0-dire les pays baltes et la Pologne. Autrement dit, ce r\u00e9armement ne sert pas les int\u00e9r\u00eats nationaux imm\u00e9diats de l’Allemagne. Il vise \u00e0 dissuader la Russie d’attaquer gr\u00e2ce \u00e0 la puissance conventionnelle la plus forte.<\/p>\n\n\n\n En d’autres termes, il est \u00e9galement dans l’int\u00e9r\u00eat de la Pologne. La sensibilit\u00e9 polonaise face \u00e0 cette formulation, \u00ab premi\u00e8re puissance conventionnelle \u00bb, est n\u00e9anmoins compr\u00e9hensible. Pourquoi insister autant ? Que ce soit justifi\u00e9 ou non, les relations germano-polonaises sont difficiles \u00e0 bien des \u00e9gards, et tout ne s’est certainement pas toujours d\u00e9roul\u00e9 sans accroc, y compris avec une certaine instrumentalisation du c\u00f4t\u00e9 polonais. Le probl\u00e8me, c\u2019est que cette sensibilit\u00e9 des pays voisins est presque tomb\u00e9e dans l\u2019oubli en Allemagne.<\/p>\n\n\n\n En 1990, tout le monde savait encore que chaque renforcement de la puissance allemande impliquerait une perte de souverainet\u00e9. Helmut Kohl a obtenu la r\u00e9unification, mais il a \u00e9galement renonc\u00e9 au Deutsche Mark. Konrad Adenauer a obtenu la souverainet\u00e9 de l\u2019Allemagne de l\u2019Ouest, mais il a \u00e9galement int\u00e9gr\u00e9 la Bundeswehr aux structures de commandement de l\u2019OTAN. Il y a toujours eu un compromis.<\/p>\n\n\n\n Pendant 35 ans, dans le discours allemand, on n’entendait plus que des critiques concernant une Allemagne jug\u00e9e trop faible, et non trop forte. On en a presque oubli\u00e9 que des craintes face \u00e0 une Allemagne potentiellement surpuissante pouvaient encore exister chez ses voisins.<\/p>\n\n\n\n\n Berlin doit donc r\u00e9fl\u00e9chir aux moyens d’ancrer sa puissance dans le tissu europ\u00e9en et d’\u00e9viter de susciter, m\u00eame involontairement, du ressentiment. C’est d’autant plus important que l’Allemagne est le pays d’Europe intellectuellement le plus d\u00e9pendant des \u00c9tats-Unis et de l’ordre occidental plac\u00e9 sous leur influence. La France, par exemple, m\u00eame si les \u00c9tats-Unis et l’id\u00e9e d’un Occident uni disparaissaient, conserverait une vision propre de sa politique \u00e9trang\u00e8re et un h\u00e9ritage historique sur lequel s’appuyer. La Grande-Bretagne poss\u00e8de cette vision et la Pologne se per\u00e7oit \u00e9galement comme une terre de r\u00e9sistance.<\/p>\n\n\n\n L’Allemagne, en revanche, n’a plus aucun point de rep\u00e8re dans le pass\u00e9 depuis 1945. Elle ne peut certainement pas se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la Prusse, \u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale, ni \u00e0 la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dant la Seconde Guerre mondiale. C’est pourquoi le retrait des \u00c9tats-Unis d’Europe est si difficile \u00e0 vivre. En effet, pour elle, la longue route vers l’Ouest, selon la formule de l\u2019historien Heinrich August Winkler <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>, repr\u00e9sentait l’aboutissement de son d\u00e9veloppement. C’\u00e9tait l’objectif principal. L’Allemagne avait enfin rejoint l’Ouest, elle \u00e9tait d\u00e9mocratique et lib\u00e9rale. Si l’on retire aujourd’hui les \u00c9tats-Unis de cette \u00e9quation, l’un des deux piliers de l’identit\u00e9 de l\u2019Allemagne depuis 1945 s’effondre.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Je pr\u00e9f\u00e8re parler de chocs que de tournants historiques, car l\u2019expression de tournant me semble trop proactive. On dit souvent aujourd\u2019hui que l\u2019Allemagne \u00ab accomplit son tournant historique \u00bb. Or dans la d\u00e9claration de politique g\u00e9n\u00e9rale du 27 f\u00e9vrier 2022, le chancelier Olaf Scholz emploie lui-m\u00eame une formule plus passive \u00ab Nous vivons un tournant historique \u00bb. Le premier fut le choc Poutine, et le second, Trump, qui a \u00e9t\u00e9 le catalyseur ayant rendu possible le v\u00e9ritable tournant historique : le retour de l’Allemagne \u00e0 la puissance militaire. Sous Scholz, cela n’\u00e9tait possible qu’\u00e0 petite \u00e9chelle ; avec Friedrich Merz et l’adoption de la r\u00e9forme constitutionnelle sur l\u2019endettement, l’Allemagne peut redevenir pleinement une puissance militaire engag\u00e9e dans la d\u00e9fense du continent.<\/p>\n\n\n\n Non. Le v\u00e9ritable choc Trump s\u2019est produit lors de son second mandat. Le premier avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 un choc, et l’on se souvient encore du discours d’Angela Merkel prononc\u00e9 lors d’une f\u00eate populaire sous une tente \u00e0 bi\u00e8re. Son analyse \u00e9tait juste, mais elle n’a pratiquement d\u00e9bouch\u00e9 sur aucune action. Elle disait essentiellement : \u00ab Nous devons assumer davantage de responsabilit\u00e9s. \u00bb C\u2019est une mani\u00e8re typiquement allemande de parler de fa\u00e7on euph\u00e9mistique de ce qui doit \u00eatre fait. Le terme \u00ab responsabilit\u00e9 \u00bb \u00e9tait tr\u00e8s en vogue entre 2014 et 2016 pour minimiser le v\u00e9ritable probl\u00e8me. La responsabilit\u00e9 a toujours une connotation positive et normative. <\/p>\n\n\n\n Cela peut \u00e9galement para\u00eetre condescendant, comme si nous pr\u00e9tendions savoir ce qui est juste et que nous assumions nos responsabilit\u00e9s. En r\u00e9alit\u00e9, assumer ses responsabilit\u00e9s, comme nous l’avons constat\u00e9 en 2025, implique naturellement un r\u00e9armement important, mais cette formulation sonne moins bien, surtout dans le discours allemand.<\/p>\n\n\n\n Ce rapprochement est clairement visible dans le discours allemand, comme en t\u00e9moigne la c\u00e9l\u00e8bre phrase \u00ab La paix est la v\u00e9ritable \u00e9preuve \u00bb (Frieden ist der Ernstfall<\/em>), popularis\u00e9e en 1969 par le pr\u00e9sident f\u00e9d\u00e9ral Gustav Heinemann. Initialement con\u00e7ue comme une d\u00e9claration pacifiste appelant \u00e0 concevoir la paix comme un effort, elle a ensuite \u00e9t\u00e9 r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9e par la Bundeswehr comme un appel \u00e0 la pr\u00e9paration militaire. \u00ab Nous devons \u00eatre pr\u00eats \u00bb, \u00eatre si bien pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 une \u00e9ventuelle guerre que nous pouvons l’emp\u00eacher.<\/p>\n\n\n\n Cela a justifi\u00e9 le r\u00e9armement allemand apr\u00e8s guerre, alors que la menace sovi\u00e9tique \u00e9tait la principale pr\u00e9occupation. La cr\u00e9ation de la Bundeswehr en 1955 s’appuyait sur une interpr\u00e9tation de l’histoire qui se r\u00e9sumait ainsi : \u00ab Apr\u00e8s 1945, nous nous sommes r\u00e9arm\u00e9s non pas pour nous-m\u00eames, mais pour la d\u00e9fense de l’Europe. En fin de compte, nous voulons simplement la paix. Et pour maintenir cette paix, nous devons \u00eatre militairement forts. \u00bb Il est donc tout \u00e0 fait logique de s’appuyer sur ce principe aujourd’hui, malgr\u00e9 deux diff\u00e9rences importantes.<\/p>\n\n\n\n Premi\u00e8rement, \u00e0 l’\u00e9poque, le leadership am\u00e9ricain \u00e9tait tr\u00e8s clair, la Bundeswehr \u00e9tait quasiment int\u00e9gr\u00e9e aux structures de commandement de l’OTAN, ce qui rendait le r\u00e9armement allemand acceptable aux yeux des pays europ\u00e9ens. <\/p>\n\n\n\n Aujourd’hui, l’h\u00e9g\u00e9monie am\u00e9ricaine et sa pr\u00e9tention \u00e0 exercer un leadership strat\u00e9gique en Europe n’existent plus. Il est donc n\u00e9cessaire de mettre en place davantage de structures europ\u00e9ennes pour int\u00e9grer la puissance militaire allemande.<\/p>\n\n\n\n La seconde diff\u00e9rence tient \u00e0 ce que je qualifie de mythe du pacifisme. Durant la guerre froide l’Allemagne \u00e9tait tout sauf pacifiste. C’\u00e9tait un pays tr\u00e8s lourdement arm\u00e9. Mais, apr\u00e8s le processus de r\u00e9unification, la le\u00e7on tir\u00e9e de cette p\u00e9riode \u00e9tait que la protestation pacifique et le dialogue \u00e9taient plus efficaces que les armes. On se souvient de Willy Brandt et de Gorbatchev, deux figures h\u00e9ro\u00efques qui, du point de vue allemand, ont sans doute le plus contribu\u00e9 \u00e0 la r\u00e9unification, sans oublier Helmut Kohl. Ceux qui incarnaient la dissuasion, comme Helmut Schmidt, qui avait \u00e9t\u00e9 un ministre de la D\u00e9fense tr\u00e8s ferme, ont jou\u00e9 un r\u00f4le moins important r\u00e9trospectivement. Avec la r\u00e9unification allemande \u00e0 la fin de la guerre froide, le r\u00f4le de la dissuasion dans le maintien de la paix a \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9 au second plan dans le discours allemand sur la fin du conflit.<\/p>\n\n\n\n Pour qu’une nouvelle identit\u00e9 allemande unifi\u00e9e puisse \u00e9merger, le souvenir des manifestations pacifiques de Leipzig et de Berlin \u00e9tait plus pertinent que celui des troupes en uniforme. Ainsi, les le\u00e7ons que l’Allemagne a tir\u00e9es de la guerre froide ne sont pas seulement que la dissuasion a effectivement \u00e9t\u00e9 efficace et a pr\u00e9serv\u00e9 la paix, mais aussi que la puissance militaire \u00e9tait obsol\u00e8te et que nous entrions d\u00e9sormais dans l’\u00e8re du dialogue et du commerce. <\/p>\n\n\n\n Il ne faudrait commencer le calcul qu’en 2025, le moment \u00e0 partir duquel l’Allemagne dispose de ressources financi\u00e8res suffisantes, financ\u00e9es par l’emprunt.<\/p>\n\n\n\n Il s’agit de parvenir \u00e0 un \u00e9tat satisfaisant de pr\u00e9paration, mais plusieurs probl\u00e8mes se posent. Apr\u00e8s 2022, de nombreux contrats ont \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9s aux \u00c9tats-Unis, avec une d\u00e9fense a\u00e9rienne compl\u00e8tement d\u00e9pendante des Am\u00e9ricains. Or, la guerre contre l\u2019Iran a une fois de plus d\u00e9montr\u00e9 que les stocks des \u00c9tats-Unis \u00e9taient insuffisants. Le financement n’est donc pas le probl\u00e8me ; le d\u00e9fi consiste \u00e0 acqu\u00e9rir ces capacit\u00e9s, auparavant assur\u00e9es par les \u00c9tats-Unis, en Europe. Le calendrier est ici clef. Comment g\u00e9rer la situation si le retrait am\u00e9ricain est plus rapide que la capacit\u00e9 de l’Europe \u00e0 se r\u00e9armer ou \u00e0 produire elle-m\u00eame ce dont elle a besoin ? <\/p>\n\n\n\n L’Ukraine apporte une r\u00e9ponse. En 2022, le soutien \u00e0 l’Ukraine \u00e9tait en partie motiv\u00e9 par l’altruisme. Nous, Allemands et Europ\u00e9ens, l’aidions parce que c’\u00e9tait moralement juste. La situation a radicalement chang\u00e9. Plus les \u00c9tats-Unis se d\u00e9sengagent, plus l’Ukraine devient un garant de la s\u00e9curit\u00e9. Kiev survivra bien s\u00fbr gr\u00e2ce \u00e0 l’aide financi\u00e8re et au soutien de l’Europe, mais son r\u00f4le est d\u00e9sormais crucial : elle parvient en effet \u00e0 contenir les troupes russes pendant cette p\u00e9riode de vuln\u00e9rabilit\u00e9, alors que l’acquisition des capacit\u00e9s n\u00e9cessaires constitue notre principal d\u00e9fi. L’Ukraine en est consciente et revendique, \u00e0 juste titre, son adh\u00e9sion \u00e0 l’Union europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n La question qui se posera n’est plus de savoir s’il faut envoyer des troupes en Ukraine, mais si l’Ukraine acceptera d’envoyer des troupes en renfort aux Europ\u00e9ens si ces derniers se retrouvent seuls face \u00e0 la Russie. L’Ukraine sera aussi un site de production de choses dont nous pourrions avoir plus que jamais besoin, comme les drones et les syst\u00e8mes de d\u00e9fense anti-drones. Ce dernier point est crucial, car tant que la Russie est militairement et conventionnellement immobilis\u00e9e en Ukraine, elle dispose de deux options pour une escalade contre l’Europe. La premi\u00e8re est la menace nucl\u00e9aire, qu’elle pourrait d\u00e9ployer \u00e0 Kaliningrad et au B\u00e9larus. La seconde est la frappe de drones, pour laquelle elle n’a pas besoin d’envahir les pays baltes. Ces attaques peuvent \u00eatre men\u00e9es facilement sur le territoire de l’OTAN. <\/p>\n\n\n\n Le d\u00e9ploiement d’une brigade allemande enti\u00e8re en Lituanie n’a plus rien de symbolique, m\u00eame si je crois que c’est loin d’\u00eatre suffisant et qu’il faudrait doubler, tripler, voire quadrupler ce nombre.<\/p>\n\n\n\n Pour fermer le corridor entre Kaliningrad et le B\u00e9larus, cela me semble insuffisant. En effet, m\u00eame avec les \u00c9tats-Unis, lorsque leur r\u00f4le au sein de l’OTAN \u00e9tait encore incontest\u00e9, nous avions d\u00e9j\u00e0 des difficult\u00e9s \u00e0 prot\u00e9ger les pays baltes.<\/p>\n\n\n\n\n Ce pr\u00e9-positionnement sert deux objectifs.<\/p>\n\n\n\n Premi\u00e8rement, il complique la t\u00e2che de l’Allemagne si elle faisait preuve de l\u00e2chet\u00e9 et souhaitait \u00e9viter une confrontation impliquant ses troupes. En cas d’escalade, cinq cents soldats peuvent \u00eatre rappel\u00e9s assez facilement. Cinq mille soldats repr\u00e9sentent un contingent important, ce qui signifie que, tout comme les \u00c9tats-Unis \u00e9taient li\u00e9s au sort de l’Allemagne de l’Ouest pendant la guerre froide, l’Allemagne est d\u00e9sormais li\u00e9e au sort de la Lituanie. C’est extr\u00eamement important sur le plan int\u00e9rieur, compte tenu de la pr\u00e9valence de la \u00ab Deutsche Angst \u00bb. <\/p>\n\n\n\n Ces troupes ont \u00e9galement la capacit\u00e9 militaire de freiner l’avanc\u00e9e russe pendant quelques heures, voire quelques jours, si l’on est optimiste. <\/p>\n\n\n\n En fin de compte, l’Allemagne agit dans son propre int\u00e9r\u00eat. L’adh\u00e9sion de la Pologne et des \u00c9tats baltes \u00e0 l’Union et \u00e0 l’OTAN en 1999 et 2004 \u00e9tait, bien s\u00fbr, dans l’int\u00e9r\u00eat de l’Allemagne, car elle a cr\u00e9\u00e9 une zone tampon. Cela signifiait que l’OTAN n’aurait pas \u00e0 se battre pour Fulda, comme ce fut le cas pendant la guerre froide, mais plut\u00f4t pour Bia\u0142ystok. L’Allemagne n’est plus un \u00c9tat en premi\u00e8re ligne.<\/p>\n\n\n\n Ainsi, le maintien de cette zone tampon demeure dans l’int\u00e9r\u00eat de l’Allemagne. Mais concernant les pays baltes, Berlin peut toujours penser : \u00ab La Pologne reste entre nous et la Russie. \u00bb<\/p>\n\n\n\n On peut ais\u00e9ment imaginer \u00e0 quoi ressemblerait une telle discussion si la situation d\u00e9g\u00e9n\u00e9rait.<\/p>\n\n\n\n Les difficult\u00e9s fondamentales des relations franco-allemandes, notamment dans le secteur de la d\u00e9fense, ont toujours exist\u00e9 et ne se r\u00e9solvent pas facilement. La France a naturellement une vision tr\u00e8s pr\u00e9cise de qui devrait piloter ces projets. \u00c0 mesure que les capacit\u00e9s militaires de l’Allemagne se d\u00e9veloppent, celle-ci souhaite naturellement avoir son mot \u00e0 dire. <\/p>\n\n\n\n Ce qui pourrait contribuer \u00e0 maintenir le caract\u00e8re progressif de cette relation, c’est-\u00e0-dire \u00e0 garantir son \u00e9volution, est du point de vue allemand la reconnaissance de l’absolue n\u00e9cessit\u00e9 de participer \u00e0 la dissuasion avanc\u00e9e fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n Pour Berlin, il est \u00e9videmment primordial d’en faire partie, car l’Allemagne ne dispose, comme moyen de dissuasion, que du missile Taurus, une arme conventionnelle non strat\u00e9gique, et de rien d’autre au-del\u00e0 du partage nucl\u00e9aire actuel avec les \u00c9tats-Unis au sein de l’OTAN. <\/p>\n\n\n\n Le fait que nous venions de publier une d\u00e9claration et que les travaux se poursuivent au sein de ce groupe de pilotage nucl\u00e9aire franco-allemand est extr\u00eamement important ; il y a dix ans, cela aurait \u00e9t\u00e9 inimaginable. <\/p>\n\n\n\n L’Allemagne, comme tous les autres pays, a naturellement tendance \u00e0 privil\u00e9gier ses int\u00e9r\u00eats nationaux dans sa politique de d\u00e9fense ; la France le fait aussi. Le probl\u00e8me, du point de vue allemand, r\u00e9side dans les conflits d’int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n\n\n\n D’une part, il y a une volont\u00e9 de coop\u00e9rer avec les pays europ\u00e9ens, notamment la France. D’autre part, une part importante du r\u00e9armement est destin\u00e9e \u00e0 l’industrie allemande, et plus particuli\u00e8rement \u00e0 l’industrie de d\u00e9fense. La raison en est simple : des emplois sont en jeu, car le \u00ab choc chinois \u00bb est d\u00e9sormais reconnu et fait partie du d\u00e9bat public allemand. <\/p>\n\n\n\n\n Il ne s’agit donc pas seulement d’une question strat\u00e9gique ou d’une volont\u00e9 de dominer l’industrie europ\u00e9enne de l’armement, mais d’une question pragmatique d’ordre \u00e9conomique national. Aujourd’hui, la vie id\u00e9ale pour un Allemand est celle d’un ing\u00e9nieur vivant \u00e0 Stuttgart ou Munich et travaillant pour BMW ou un autre constructeur automobile. Dans dix ans, la vie enviable sera celle d’un ing\u00e9nieur travaillant pour une entreprise d’armement allemande. Ce sera, en quelque sorte, le plan B : comme le \u00ab choc chinois \u00bb va d\u00e9truire de nombreux emplois, les emplois de qualit\u00e9 seront d\u00e9sormais bien plus concentr\u00e9s dans ce secteur. <\/p>\n\n\n\n L’une des options serait de renforcer la coop\u00e9ration entre les industries d’armement, ce qui n’est pas le cas actuellement. Une autre option serait d’int\u00e9grer davantage les forces arm\u00e9es. La troisi\u00e8me serait un financement europ\u00e9en de la d\u00e9fense par endettement commun.<\/p>\n\n\n\n C’est exactement la m\u00eame r\u00e9action que lors de crise financi\u00e8re : comme nous avons bien g\u00e9r\u00e9 notre budget et nos finances, nous pouvons augmenter nos d\u00e9penses militaires, car nous disposons de marges de man\u0153uvre budg\u00e9taires. Si vous n’en avez pas et que vous \u00eates endett\u00e9s comme la France, ce n’est pas notre faute : c’est votre probl\u00e8me et vous devez le g\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n Le probl\u00e8me, bien s\u00fbr, c’est que l’Allemagne a tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce que les autres pays puissent se r\u00e9armer eux aussi. <\/p>\n\n\n\n L’Allemagne doit comprendre que la dette europ\u00e9enne, limit\u00e9e \u00e0 la d\u00e9fense, est in\u00e9vitable pour assurer la dissuasion militaire de l’Europe.<\/p>\n\n\n\n Cela pourrait simplement signifier, par petites \u00e9tapes, d\u00e9cupler le budget d\u2019un fonds sp\u00e9cifique issu de la dette europ\u00e9enne commune pour soutenir l’Ukraine et financer la d\u00e9fense europ\u00e9enne, par exemple. <\/p>\n\n\n\n Si l’on interroge les Allemands sur le r\u00f4le de la d\u00e9fense de l’Europe dans les missions fondamentales de l’Union, la r\u00e9ponse est unanime. \u00c0 condition que ce r\u00f4le soit jou\u00e9 par l’Union, cela n’entra\u00eenerait pas la r\u00e9ouverture du d\u00e9bat majeur sur la dette europ\u00e9enne et le financement des d\u00e9penses sociales fran\u00e7aises, sujet de discorde entre la France et l’Allemagne en mati\u00e8re de dette commune.<\/p>\n\n\n\n Par cons\u00e9quent, on ne peut pas se contenter d’exiger davantage de la France. D’une part, ce serait condescendant et, d’autre part, il revient \u00e0 l’Allemagne d’\u00eatre, en fin de compte, le garant financier du r\u00e9armement europ\u00e9en par le biais de la dette commune. Il n’y a pas d’autre solution.<\/p>\n\n\n\n L’identit\u00e9 sociale est encore en pleine mutation. Le mythe du pacifisme persiste dans la soci\u00e9t\u00e9 allemande, mais le pacifisme n’est pas une r\u00e9alit\u00e9 au sein de la Bundeswehr. Si dans le d\u00e9bat allemand, on a reconnu que le pouvoir civil et la retenue militaire ne sont plus d’actualit\u00e9 et que ce sont des concepts d\u00e9pass\u00e9s, la prise de conscience n\u2019est pas encore compl\u00e8te pour l’individu, contrairement aux citoyens polonais et baltes. <\/p>\n\n\n\n L’escalade des actions russes contre l’Europe, que ce soit par la guerre hybride ou par de futures attaques de grande envergure, va acc\u00e9l\u00e9rer ce processus. Il deviendra en effet de plus en plus difficile d’affirmer : \u00ab Nous ne ressentons pas le conflit avec la Russie, cette confrontation ne me touche pas personnellement. \u00bb <\/p>\n\n\n\n Je me souviens, pendant mes \u00e9tudes et m\u00eame apr\u00e8s, d’incidents o\u00f9 des soldats allemands \u00e9taient victimes de crachats en public. L’opinion dominante \u00e9tait que l’on s’engageait dans la Bundeswehr quand on n\u2019avait vraiment plus d\u2019autre choix, et que quiconque le faisait \u00e9tait responsable de son propre sort s’il \u00e9tait d\u00e9ploy\u00e9 en Afghanistan, par exemple, et y perdait la vie.<\/p>\n\n\n\n On se souvient de la guerre en Afghanistan au cours de laquelle le ministre de la D\u00e9fense, Karl-Theodor zu Guttenberg, a os\u00e9 qualifier de \u00ab guerre \u00bb la premi\u00e8re mission de combat terrestre de la Bundeswehr, alors que les Allemands auraient sans doute pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le consid\u00e9rer comme une \u00ab mission de stabilisation et de consolidation de la paix \u00bb <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La Bundeswehr \u00e9tait alors tr\u00e8s peu appr\u00e9ci\u00e9e. Mais cela a chang\u00e9, et la guerre en Ukraine a clairement d\u00e9montr\u00e9 que ces soldats risquent leur vie pour une cause plus grande.<\/p>\n\n\n\n\n L’AfD est souvent amalgam\u00e9e aux autres partis populistes de droite europ\u00e9ens, voire aux partis populistes de gauche, plut\u00f4t sceptiques quant aux d\u00e9penses de d\u00e9fense et se concentrant principalement sur l’immigration et la politique sociale. <\/p>\n\n\n\n Ce qui est sp\u00e9cifique \u00e0 l’AfD, cependant \u2014 et il faut pr\u00e9ciser que le parti est tr\u00e8s divis\u00e9 en diff\u00e9rentes factions \u2014, c’est que son aile radicale, tr\u00e8s critique envers l’int\u00e9gration europ\u00e9enne, anti-am\u00e9ricaine et pro-russe, gagne en influence. Cette aile eurosceptique a en partie constitu\u00e9 l’\u00e9l\u00e9ment fondateur de l’AfD ; c’est d’elle que le parti est issu. L’AfD s’est largement transform\u00e9e en un parti anti-occidental, comme en t\u00e9moigne l’\u00e9limination progressive des repr\u00e9sentants aux opinions divergentes des postes clefs. Le porte-parole de la politique de d\u00e9fense a r\u00e9cemment \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9, car il \u00e9tait jug\u00e9 trop transatlantique pour le parti. <\/p>\n\n\n\n Bien que l’AfD ait vot\u00e9 contre le plan de Friedrich Merz visant \u00e0 financer la hausse des d\u00e9penses de d\u00e9fense par l’emprunt, elle soutient cette augmentation massive des cr\u00e9dits militaires. <\/p>\n\n\n\n L’AfD n’a vot\u00e9 contre cette mesure que pour s\u00e9duire les \u00e9lecteurs frustr\u00e9s et critiques envers son financement par la dette. <\/p>\n\n\n\n Si l’on examine son programme \u00e9lectoral pour 2025, on constate qu’elle est favorable au r\u00e9armement et \u00e0 une arm\u00e9e allemande forte. La diff\u00e9rence majeure entre l’AfD et les partis centristes sur cette question est que l’AfD ne souhaite plus voir l’Allemagne int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 l’Europe.<\/p>\n\n\n\n Elle aspire \u00e0 transformer l’Union en une Europe des nations, o\u00f9 seul le march\u00e9 unique subsisterait, tandis que tous les autres \u00e9l\u00e9ments supranationaux dispara\u00eetraient. Elle d\u00e9fend une nouvelle architecture de s\u00e9curit\u00e9 dans laquelle les \u00c9tats-Unis sont d\u00e9peints comme une puissance \u00e9trang\u00e8re et la Russie comme une force de compromis. Elle soutient que l’Allemagne pourrait rester temporairement au sein de l’OTAN. <\/p>\n\n\n\n Il ne s’agit donc pas simplement d’un r\u00e9armement, mais d’un r\u00e9armement nationaliste visant \u00e0 cr\u00e9er une force militaire allemande ind\u00e9pendante, qui ne serait plus, \u00e0 terme, int\u00e9gr\u00e9e aux structures europ\u00e9ennes ou de l’OTAN. <\/p>\n\n\n\n L\u2019AfD n\u2019a fait aucune d\u00e9claration ouvertement r\u00e9visionniste ou irr\u00e9dentiste dans ses documents officiels. Toutefois, chaque programme \u00e9lectoral du parti est source de vives controverses. Les congr\u00e8s du parti, o\u00f9 ces documents sont discut\u00e9s puis adopt\u00e9s, sont toujours extr\u00eamement houleux.<\/p>\n\n\n\n Cela signifie que rien n\u2019est formalis\u00e9 par \u00e9crit. Cependant, si l’on examine la vision fondamentale de l’Allemagne en Europe pr\u00f4n\u00e9e par l’AfD \u2014 une Allemagne ind\u00e9pendante, militaris\u00e9e et forte, se d\u00e9tournant de l’Occident et des \u00c9tats-Unis pour se tourner vers la Russie \u2014, il appara\u00eet clairement que ces questions historiques pourraient ressurgir. Tout comme on aurait pu imaginer Donald Trump revendiquant le Groenland, il n’y aurait qu’un pas jusqu\u2019\u00e0 une AfD qui ferait pression sur ses voisins, les insultant, les intimidant.<\/p>\n\n\n\n Plusieurs scrutins r\u00e9gionaux ont lieu dans les prochains mois en Allemagne et plusieurs programmes gouvernementaux ont \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9s, abordant notamment des questions de politique \u00e9ducative o\u00f9 le r\u00e9visionnisme historique joue un r\u00f4le majeur.<\/p>\n\n\n\n Ces programmes ont \u00e9galement un impact significatif \u00e0 l’est du pays, car ils utilisent des \u00e9l\u00e9ments li\u00e9s \u00e0 l’hommage rendu aux soldats tomb\u00e9s au combat, \u00e0 la \u00ab r\u00e9\u00e9valuation des exploits militaires \u00bb des deux guerres mondiales et \u00e0 un retour \u00e0 la tradition militaire. Or, il est vrai que les \u00e9l\u00e9ments les plus radicaux de l’AfD se r\u00e9clament de cette tradition militaire. C’est notamment le cas de la faction dirig\u00e9e par Bj\u00f6rn H\u00f6cke, dont la conception de l’honneur militaire renvoie \u00e0 la p\u00e9riode d’avant 1945.<\/p>\n\n\n\n L’une des d\u00e9clarations les plus controvers\u00e9es de l’AfD est que cette p\u00e9riode de l’histoire allemande ne serait \u00ab qu’une fiente d’oiseau dans l’histoire allemande \u00bb. L’AfD dans son ensemble n’oserait pas le formuler ainsi <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>, mais certaines factions au sein du parti y adh\u00e8rent. Ces propositions se font de plus en plus entendre et l\u2019AfD agit ouvertement de mani\u00e8re anticonstitutionnelle dans certains cas, allant m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 tol\u00e9rer des n\u00e9onazis dans ses rangs.<\/p>\n\n\n\n Il y a certainement eu des scandales d\u2019extr\u00eame droite au sein de la Bundeswehr ces vingt derni\u00e8res ann\u00e9es, et cela a fait l\u2019objet de d\u00e9bats, tout comme la question de savoir si les Allemands originaires de Russie votent pr\u00e9f\u00e9rentiellement pour l\u2019AfD. Mais il est tr\u00e8s difficile de v\u00e9rifier empiriquement si c\u2019est r\u00e9ellement le cas. <\/p>\n\n\n\n Je pense que les positions de l’AfD en mati\u00e8re de politique \u00e9trang\u00e8re ont un impact relativement mineur sur son \u00e9lectorat. Certes, le parti s\u2019est d\u00e9marqu\u00e9 sur ces questions, par exemple en s’opposant au soutien \u00e0 l’Ukraine. Mais le rapprochement avec les \u00c9tats-Unis, avec Trump et avec Elon Musk, que l’AfD avait initialement op\u00e9r\u00e9, s’est av\u00e9r\u00e9 un \u00e9chec. Les positions de l’AfD en mati\u00e8re de politique \u00e9trang\u00e8re sont en r\u00e9alit\u00e9 les moins connues du grand public. Cela signifie que l’AfD attire principalement ses \u00e9lecteurs gr\u00e2ce \u00e0 ses positions sur les questions de politique int\u00e9rieure. Beaucoup ignorent encore \u00e0 quel point les positions de l’AfD sont radicales : le parti rejette fondamentalement l’int\u00e9gration de l’Allemagne \u00e0 l’Ouest apr\u00e8s 1945 telle qu’elle s’est d\u00e9roul\u00e9e. C’est un m\u00e9lange dangereux, car l’AfD est d\u00e9j\u00e0 \u00e9lue sur des questions extr\u00eames, comme le soutien qu’elle re\u00e7oit pour son mot d’ordre de la \u00ab remigration \u00bb.<\/p>\n\n\n\n\nNous sommes \u00e0 la veille d\u2019une \u00e9lection qui semble historique. Depuis la Seconde Guerre mondiale, l\u2019extr\u00eame droite n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi forte en Allemagne, et elle est sur le point de prendre le pouvoir seule dans un Land<\/a>. Ce contexte politique explosif doit \u00eatre compris dans un moment g\u00e9opolitique singulier : alors que les \u00c9tats-Unis se retirent de l\u2019Europe, l’Allemagne se r\u00e9arme<\/a>. Une nouvelle question allemande hante le continent. Dans votre dernier livre, vous cherchez \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 cet entrelacs de probl\u00e8mes en partant du concept d’h\u00e9g\u00e9monie. Que signifie-t-il aujourd’hui, notamment en Allemagne ?<\/h3>\n\n\n\n
Quelqu’un peut-il la diriger ?\u00a0<\/h3>\n\n\n\n
Qu\u2019est-ce que cela signifie pour les \u00e9quilibres europ\u00e9ens ?\u00a0<\/h3>\n\n\n\n
Quels seraient les effets de cette domination ?<\/h3>\n\n\n\n
Dans les discours de Friedrich Merz, l’expression \u00ab l’arm\u00e9e conventionnelle la plus puissante d’Europe \u00bb a cristallis\u00e9 les tensions et suscit\u00e9 de vives controverses \u00e0 l’\u00e9tranger. Comment comprenez-vous cette formule ? Est-elle pertinente ? Correspond-elle \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 ?<\/h3>\n\n\n\n
Quel est son objectif ?\u00a0<\/h3>\n\n\n\n
Dans quel sens ?\u00a0<\/h3>\n\n\n\n
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\n <\/picture>\n Entrevoyez-vous deux tournants historiques ou \u00ab Zeitenwenden \u00bb, le premier avec Scholz le 27 f\u00e9vrier 2022, et un second \u00e0 pr\u00e9sent, ou bien s’agit-il toujours du m\u00eame mouvement ?<\/h3>\n\n\n\n
Pourquoi le premier mandat de Donald Trump n\u2019a-t-il pas produit le m\u00eame effet ?<\/h3>\n\n\n\n
Il n’est pas toujours n\u00e9cessaire de remonter \u00e0 1945. De 1955 \u00e0 1992, jusqu\u2019\u00e0 600 000 jeunes Allemands de l\u2019Ouest portaient l’uniforme, ce qui \u00e9tait tout \u00e0 fait normal et largement accept\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9. Les conditions de l’\u00e9poque sont-elles transposables \u00e0 la situation actuelle ?<\/h3>\n\n\n\n
Lesquelles ?<\/h3>\n\n\n\n
O\u00f9 en est v\u00e9ritablement le r\u00e9armement allemand ? Qu’est-ce qui a \u00e9t\u00e9 fait ?<\/h3>\n\n\n\n
Que voyez-vous comme pistes si ce sc\u00e9nario venait \u00e0 se concr\u00e9tiser ?<\/h3>\n\n\n\n
Quel r\u00f4le joue la brigade de la Bundeswehr d\u00e9ploy\u00e9e en Lituanie dans ce sch\u00e9ma, et quelle est la port\u00e9e de la politique de pr\u00e9-positionnement de troupes \u00e0 une \u00e9chelle sans pr\u00e9c\u00e9dent pour l’Allemagne ? S’agit-il d’une question de politique symbolique ?\u00a0<\/h3>\n\n\n\n
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\n <\/picture>\n Y a-t-il donc quelque chose de plus profond ?<\/h3>\n\n\n\n
Comme s’il nous restait encore des cartouches, pour ainsi dire.<\/h3>\n\n\n\n
Les projets franco-allemands ont longtemps constitu\u00e9 un pilier essentiel de la d\u00e9fense europ\u00e9enne, mais leur avenir est d\u00e9sormais incertain. Le FCAS, dans sa version actuelle d’avion de combat, a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9. Selon le Conseil franco-allemand de d\u00e9fense, le char de combat principal MGCS suit une trajectoire similaire. Cette nouvelle orientation allemande, si s\u00fbre d’elle, entend-elle encore coop\u00e9rer avec la France ?\u00a0<\/h3>\n\n\n\n
Un discours actuellement r\u00e9pandu dans les milieux souverainistes, de gauche comme de droite, en France, affirme que l’objectif principal de l’Allemagne dans ce projet h\u00e9g\u00e9monique serait de parvenir, pour la premi\u00e8re fois, \u00e0 une consolidation industrielle. Cette affirmation est-elle justifi\u00e9e ?\u00a0<\/h3>\n\n\n\n
C’est-\u00e0-dire ?<\/h3>\n\n\n\n
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\n <\/picture>\n Comment faire pour dissiper le malentendu ?\u00a0<\/h3>\n\n\n\n
En f\u00e9vrier dernier, le ministre allemand des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Johann Wadephul, \u00e9tait invit\u00e9 sur les ondes de Deutschlandfunk pour une interview matinale assez banale. Il y a critiqu\u00e9 le fait que les pays voisins, comme la France, consacrent trop peu de ressources \u00e0 leur d\u00e9fense. Ce n’est pas forc\u00e9ment \u00e9vident en Allemagne, mais de telles d\u00e9clarations sont entendues, lues et traduites \u00e0 l’\u00e9tranger. M\u00eame ceux qui sont g\u00e9n\u00e9ralement pro-allemands l’ont per\u00e7ue comme une offense.<\/h3>\n\n\n\n
Comment le tissu social allemand \u00e9volue-t-il face \u00e0 ce renforcement militaire ? On n’a pas l’impression que les jeunes, par exemple, r\u00e9pondent \u00e0 cet appel aux armes, lanc\u00e9 par le ministre de la D\u00e9fense Boris Pistorius.<\/h3>\n\n\n\n
En Allemagne, on voit davantage de soldats dans les gares le dimanche soir, probablement parce qu’ils sont plus enclins \u00e0 prendre le train depuis que la ministre Annegret Kramp-Karrenbauer a rendu le transport gratuit pour les militaires en uniforme. L’arm\u00e9e et l’uniforme sont-ils devenus plus acceptables au sein de la soci\u00e9t\u00e9 ?<\/h3>\n\n\n\n
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\n <\/picture>\n Une partie de votre livre aborde la perspective d’une Allemagne dirig\u00e9e par l\u2019AfD. Que repr\u00e9sente exactement ce parti en mati\u00e8re de politique de s\u00e9curit\u00e9, et pourquoi cela poserait-il probl\u00e8me ?<\/h3>\n\n\n\n
Qu’est-ce que cela signifie concr\u00e8tement pour la d\u00e9fense ?\u00a0<\/h3>\n\n\n\n
Comment imagine-t-elle alors ce r\u00e9armement ?\u00a0<\/h3>\n\n\n\n
De nombreux parlementaires et repr\u00e9sentants de l\u2019AfD se sont fait remarquer par des slogans r\u00e9visionnistes tels que \u00ab La Sil\u00e9sie nous a \u00e9t\u00e9 vol\u00e9e \u00bb ou \u00ab L\u2019Alsace-Lorraine est essentiellement allemande et devrait th\u00e9oriquement le redevenir \u00bb. Ces propos semblent \u00eatre devenus monnaie courante et ne sont en tout cas pas d\u00e9mentis. Quelle importance accorder \u00e0 ces revendications ?\u00a0<\/h3>\n\n\n\n
Dans quelle mesure certains \u00e9l\u00e9ments ou individus au sein de la Bundeswehr sont-ils susceptibles d\u2019\u00eatre influenc\u00e9s par l\u2019AfD ?<\/h3>\n\n\n\n
Depuis le retour de Donald Trump \u00e0 la Maison-Blanche, observez-vous des \u00e9volutions importantes au sein de l’AfD ?<\/h3>\n\n\n\n