{"id":355676,"date":"2026-09-02T17:09:35","date_gmt":"2026-09-02T15:09:35","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=355676"},"modified":"2026-09-02T17:09:40","modified_gmt":"2026-09-02T15:09:40","slug":"les-particules-elementaires-de-la-puissance-europeenne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/09\/02\/les-particules-elementaires-de-la-puissance-europeenne\/","title":{"rendered":"Les particules \u00e9l\u00e9mentaires de la puissance europ\u00e9enne"},"content":{"rendered":"\n

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L\u2019Europe pourrait perdre la capacit\u00e9 de fabriquer de l\u2019aspirine, des \u00e9oliennes, des engrais et des v\u00e9hicules \u00e9lectriques. En effet, si la demande est toujours l\u00e0, la capacit\u00e9 de production des mol\u00e9cules n\u00e9cessaires \u00e0 la fabrication de ces produits ne cesse de diminuer. <\/p>\n\n\n\n

En mars 2025, le vapocraqueur de Brindisi a \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 l’arr\u00eat. Il s’agit de la neuvi\u00e8me fermeture de ce type en Europe depuis 2020, repr\u00e9sentant au total pr\u00e8s de 6 millions de tonnes de capacit\u00e9 de production d’\u00e9thyl\u00e8ne. Cela s\u2019inscrit dans une tendance alarmante : selon la F\u00e9d\u00e9ration europ\u00e9enne de l\u2019industrie chimique et le cabinet de conseil Roland Berger, en Europe, 37 millions de tonnes de capacit\u00e9 de production chimique totale font l’objet de fermetures r\u00e9alis\u00e9es ou annonc\u00e9es depuis 2022, soit environ 9 % du total de l\u2019Union, pour un taux de fermeture six fois sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne historique. Ce chiffre concerne l\u2019ensemble du secteur, \u00e0 savoir la p\u00e9trochimie, les produits inorganiques, les polym\u00e8res, les produits de sp\u00e9cialit\u00e9 et les produits chimiques de commodit\u00e9, avec une concentration des pertes de production en amont.<\/p>\n\n\n\n

On pourrait avancer que les produits chimiques de base constituent une industrie en d\u00e9clin, \u00e0 l’instar du textile ou de l’acier, et que l’Europe devrait se d\u00e9sengager de ce secteur pour se sp\u00e9cialiser dans les produits \u00e0 forte valeur ajout\u00e9e. Les donn\u00e9es disponibles indiquent toutefois le contraire. Les nouvelles industries sur lesquelles l\u2019Europe mise sont, dans certains cas, plus d\u00e9pendantes des produits chimiques que les anciennes et, de plus, cette d\u00e9pendance est concentr\u00e9e de mani\u00e8re \u00e0 faire para\u00eetre le secteur des terres rares comme plus diversifi\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

Si ce d\u00e9clin se poursuit, il entra\u00eenera une vuln\u00e9rabilit\u00e9 strat\u00e9gique, similaire \u00e0 celle que l\u2019Europe conna\u00eet d\u00e9j\u00e0 dans le domaine des min\u00e9raux critiques. Est-il possible de perdre la capacit\u00e9 de fabriquer ses propres mol\u00e9cules et d’esp\u00e9rer continuer \u00e0 produire tout le reste ?<\/p>\n\n\n\n

La base de l\u2019\u00e9conomie mat\u00e9rielle<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

Les trois piliers de l\u2019industrie chimique, qui constituent la base de l\u2019\u00e9conomie mat\u00e9rielle, sont les vapocraqueurs, les usines d\u2019ammoniac et les cellules des unit\u00e9s de chlore-soude. Tout ce qui se trouve en aval, comme les voitures, les m\u00e9dicaments, les panneaux solaires, les puces \u00e9lectroniques, et les pales d\u2019\u00e9oliennes, les morceaux de textile synth\u00e9tique ou les bouteilles d\u2019eau en plastique \u2013 fonctionne gr\u00e2ce \u00e0, ou utilise, des mol\u00e9cules issues de l\u2019une de ces installations.<\/p>\n\n\n\n

Un vapocraqueur transforme une mati\u00e8re premi\u00e8re \u2013 en Europe, il s’agit presque toujours de naphta, un d\u00e9riv\u00e9 du p\u00e9trole brut \u2013 en la d\u00e9composant \u00e0 850 \u00b0C en mol\u00e9cules plus petites : \u00e9thyl\u00e8ne, propyl\u00e8ne, butadi\u00e8ne, benz\u00e8ne et tolu\u00e8ne. Ce sont les \u00e9l\u00e9ments fondamentaux de la chimie industrielle. L\u2019\u00e9thyl\u00e8ne devient du poly\u00e9thyl\u00e8ne qui sert \u00e0 fabriquer des emballages, des canalisations, des isolants et des pi\u00e8ces automobiles. Le propyl\u00e8ne devient du polypropyl\u00e8ne, des peintures, des solvants et des plastiques \u00e0 usage m\u00e9dical. Le butadi\u00e8ne devient du caoutchouc synth\u00e9tique. Le benz\u00e8ne permet de produire du nylon, du polycarbonate, des r\u00e9sines \u00e9poxy et des interm\u00e9diaires pharmaceutiques. Un vapocraqueur produit tous ces compos\u00e9s simultan\u00e9ment, dans des proportions fixes. Il est ainsi impossible de produire de l\u2019\u00e9thyl\u00e8ne sans produire \u00e9galement du propyl\u00e8ne. De m\u00eame, on ne peut pas produire de propyl\u00e8ne sans produire \u00e9galement du butadi\u00e8ne. Ces mol\u00e9cules sont achemin\u00e9es sur de courtes distances (par pipeline et, plus rarement, par camion) vers une vingtaine d\u2019unit\u00e9s de d\u00e9riv\u00e9s regroup\u00e9es autour du vapocraqueur, au sein de ce que l\u2019industrie appelle un \u00ab parc chimique \u00bb ou un \u00ab p\u00f4le chimique \u00bb : usines de poly\u00e9thyl\u00e8ne, unit\u00e9s de polypropyl\u00e8ne, installations de styr\u00e8ne, r\u00e9acteurs d\u2019oxyde d\u2019\u00e9thyl\u00e8ne, cha\u00eenes de production de PVC, etc. <\/p>\n\n\n\n

L\u2019interruption de l’une de ces installations provoquerait la disparition de tout un parc chimique, qui fonctionne en effet comme un organisme unique. Si l\u2019on arr\u00eate le vapocraqueur, c\u2019est tout l\u2019organisme qui meurt. La proximit\u00e9 est essentielle pour garantir la comp\u00e9titivit\u00e9 des activit\u00e9s en aval. Le rayon de distribution effectif d\u2019un vapocraqueur est de quelques centaines de kilom\u00e8tres. C\u2019est l\u00e0 que les produits chimiques prennent le d\u00e9part pour l\u2019acier, l\u2019aluminium et tout ce qui peut tenir dans un conteneur maritime. Une tonne d\u2019acier peut traverser un oc\u00e9an, ce qui est beaucoup plus difficile pour une tonne d\u2019\u00e9thyl\u00e8ne ou de chlore. C’est notamment pourquoi le commerce maritime mondial d\u2019\u00e9thyl\u00e8ne repr\u00e9sente autour de 8 millions de tonnes par an, alors que la production mondiale d\u00e9passe les 200 millions de tonnes.<\/p>\n\n\n\n

La m\u00eame logique s\u2019applique \u00e0 deux autres piliers de l\u2019industrie chimique : l\u2019ammoniac et le chlore. L\u2019ammoniac est produit \u00e0 partir de gaz naturel et d\u2019azote atmosph\u00e9rique selon le proc\u00e9d\u00e9 Haber-Bosch. Il constitue la base de tous les engrais azot\u00e9s et d\u2019une vaste gamme de produits chimiques industriels tels que les amines, les nitriles, les isocyanates pour les polyur\u00e9thanes et les interm\u00e9diaires pour la synth\u00e8se pharmaceutique. En 2024, l\u2019agriculture europ\u00e9enne a utilis\u00e9 8,9 millions de tonnes d\u2019engrais azot\u00e9s. Lorsque les capacit\u00e9s europ\u00e9ennes de production d\u2019ammoniac ont \u00e9t\u00e9 mises \u00e0 l\u2019arr\u00eat pendant la crise \u00e9nerg\u00e9tique de 2022, les prix des engrais ont augment\u00e9 de 150 %, et le d\u00e9ficit a \u00e9t\u00e9 combl\u00e9 par des importations en provenance d\u2019\u00c9gypte, des \u00c9tats-Unis, et de Russie.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019\u00e9lectrolyse du sel marque le d\u00e9but de la cha\u00eene de valeur du chlore et de la soude, avec la soude caustique utilis\u00e9e dans le raffinage de l\u2019aluminium, les textiles les ch\u00e2ssis de fen\u00eatres et les dispositifs m\u00e9dicaux, ainsi qu’une famille d\u2019interm\u00e9diaires chlor\u00e9s utilis\u00e9s dans les produits pharmaceutiques, phytosanitaires et le traitement de l\u2019eau. Ce proc\u00e9d\u00e9 est tr\u00e8s gourmand en \u00e9lectricit\u00e9, ce qui rend la production de chlore et de ses d\u00e9riv\u00e9s extr\u00eamement sensible aux hausses des prix de l’\u00e9nergie. <\/p>\n\n\n\n

Pourquoi en Europe ces installations de produits chimiques de base ferment-elles ? <\/h2>\n\n\n\n

L\u2019explication habituelle invoque les prix de l\u2019\u00e9nergie qui, en moyenne, sont bien plus \u00e9lev\u00e9s en Europe que ceux pay\u00e9s par les usines chimiques am\u00e9ricaines. <\/p>\n\n\n\n

Le facteur d\u00e9terminant est toutefois la mati\u00e8re premi\u00e8re et l\u2019Europe est structurellement cantonn\u00e9e \u00e0 une option co\u00fbteuse. En effet, les vapocraqueurs europ\u00e9ens fonctionnent au naphta, dont le cours se situe entre 500 et 600 euros par tonne. Les vapocraqueurs am\u00e9ricains utilisent l\u2019\u00e9thane d\u2019origine locale, un liquide issu du gaz naturel qui co\u00fbte l\u2019\u00e9quivalent de 150 \u00e0 200 euros par tonne. Les pays du Moyen-Orient b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un avantage de co\u00fbt similaire. Cet \u00e9cart, qui se situe entre 250 et 300 euros par tonne d\u2019\u00e9thyl\u00e8ne, ne peut \u00eatre compens\u00e9 ni par une plus grande efficacit\u00e9 op\u00e9rationnelle, ni par un prix de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 plus faible.<\/p>\n\n\n\n

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