{"id":355104,"date":"2026-08-28T17:14:32","date_gmt":"2026-08-28T15:14:32","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=355104"},"modified":"2026-08-28T17:14:37","modified_gmt":"2026-08-28T15:14:37","slug":"loligarque-qui-a-declare-la-guerre-aux-oligarques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/08\/28\/loligarque-qui-a-declare-la-guerre-aux-oligarques\/","title":{"rendered":"L\u2019oligarque qui a d\u00e9clar\u00e9 la guerre aux oligarques"},"content":{"rendered":"\n

Pour pr\u00e9parer votre rentr\u00e9e, testez\u00a0<\/em>le Grand Continent. Les id\u00e9es et les analyses qu\u2019on ne trouve nulle part. Mais que vous verrez bient\u00f4t partout. Dans votre bo\u00eete mail\u00a0\u00e0 partir de 8 euros par mois<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n

La recherche montre r\u00e9guli\u00e8rement comment la vie politique d\u00e9mocratique peut servir les int\u00e9r\u00eats des groupes les plus ais\u00e9s, permettant une accumulation consid\u00e9rable de richesses au sein d’un cercles restreints d’entreprises et d’individus <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Jeffrey Winters observe ainsi dans son ouvrage consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019oligarchie que la participation de tous les citoyens \u00e0 la vie d\u00e9mocratique, dont la plupart appartiennent aux classes populaires et moyennes, ne remet que rarement en cause la concentration verticale de la richesse et du pouvoir, qui demeure inchang\u00e9e. Ces in\u00e9galit\u00e9s profond\u00e9ment ancr\u00e9es alimentent, au moins en partie, la r\u00e9action populiste actuelle contre la classe politique en place dans les d\u00e9mocraties du monde entier.<\/p>\n\n\n\n

Pourtant, dans plusieurs pays, ce sont les oligarchies elles-m\u00eames qui ont su capter ce mouvement de rejet. Donald Trump en offre l\u2019illustration la plus frappante de la convergence possible entre la richesse oligarchique et la rh\u00e9torique anti-establishment<\/em>.Les parcours d’Andrej Babi\u0161 en R\u00e9publique tch\u00e8que, de Thaksin Shinawatra en Tha\u00eflande au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 et de Jair Bolsonaro au Br\u00e9sil rel\u00e8vent de la m\u00eame logique. Le pr\u00e9sident indon\u00e9sien Prabowo Subianto s’inscrit \u00e9galement dans cette lign\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019Indon\u00e9sie est r\u00e9guli\u00e8rement d\u00e9crite comme une d\u00e9mocratie oligarchique, un syst\u00e8me dans lequel un petit groupe d\u2019individus extr\u00eamement riches exerce une influence consid\u00e9rable sur la vie politique. La fronti\u00e8re entre secteur priv\u00e9 et fonction publique est perm\u00e9able : les hommes d\u2019affaires influents ne se contentent pas d’\u00eatre proches des dirigeants, ils se lancent souvent en politique en cr\u00e9ant des partis, en se pr\u00e9sentant aux \u00e9lections r\u00e9gionales, en occupant des postes minist\u00e9riels, et dans le cas de Prabowo, certains vont jusqu\u2019\u00e0 acc\u00e9der \u00e0 la pr\u00e9sidence. Prabowo Subianto est en effet le produit de la classe oligarchique indon\u00e9sienne au sens le plus litt\u00e9ral du terme : un g\u00e9n\u00e9ral fortun\u00e9 qui a b\u00e2ti son succ\u00e8s commercial et politique gr\u00e2ce aux privil\u00e8ges accumul\u00e9s pendant l\u2019\u00e8re autoritaire de l\u2019\u00ab Ordre nouveau \u00bb (Orde Baru<\/em>). Et pourtant, depuis son accession au pouvoir en 2024, il s\u2019en est pris aux plus grandes fortunes du pays, mettant leurs int\u00e9r\u00eats sous pression afin d\u2019obtenir des concessions financi\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n

Prabowo au sein de l’oligarchie indon\u00e9sienne<\/h2>\n\n\n\n

Dans un r\u00e9gime oligarchique, le pouvoir politique r\u00e9el d\u00e9pend moins des r\u00e9sultats \u00e9lectoraux et de la popularit\u00e9 des \u00e9lites que de la capacit\u00e9 d\u2019un petit groupe d\u2019individus extr\u00eamement fortun\u00e9s \u00e0 mobiliser des ressources mat\u00e9rielles et politiques pour d\u00e9fendre leurs int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Dans le contexte indon\u00e9sien, ce cadre analytique a \u00e9t\u00e9 abondamment mobilis\u00e9 par les chercheurs comme par les militants. Ainsi, Robison et Hadiz, dont les travaux restent une r\u00e9f\u00e9rence pour comprendre l\u2019\u00e9conomie politique indon\u00e9sienne, ont r\u00e9guli\u00e8rement soutenu que, dans l\u2019Indon\u00e9sie post-Suharto, le v\u00e9ritable pouvoir est rest\u00e9 entre les mains des riches h\u00e9ritiers de l\u2019ancien r\u00e9gime autoritaire <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>, malgr\u00e9 une r\u00e9organisation radicale du syst\u00e8me politique.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

Si cette th\u00e9orie ne permet pas de rendre compte des changements majeurs que la d\u00e9mocratie a apport\u00e9s aux Indon\u00e9siens, elle pr\u00e9sente toutefois l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019\u00e9clairer la persistance et la pr\u00e9dominance de certains types d\u2019acteurs dans l\u2019Indon\u00e9sie post-autoritaire. En effet, de nombreux magnats et militaires qui avaient prosp\u00e9r\u00e9 sous le r\u00e9gime de l\u2019\u00ab Ordre nouveau \u00bb de Suharto (1966-1998) ont trouv\u00e9 de nouveaux moyens d\u2019accumuler des richesses dans la d\u00e9mocratie \u00e9lectorale d\u00e9centralis\u00e9e qui a suivi. L\u2019envol\u00e9e des cours des mati\u00e8res premi\u00e8res, notamment du charbon, de l\u2019huile de palme et des minerais, \u00e0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, a permis de cr\u00e9er de nouvelles fortunes et remis \u00e0 flot les acteurs \u00e9conomiques que la crise financi\u00e8re asiatique de la fin des ann\u00e9es 1990 avait laiss\u00e9 au bord de la faillite.<\/p>\n\n\n\n

L’ascension politique de Prabowo offre un exemple illustratif de cette th\u00e8se oligarchique et t\u00e9moigne de l’influence politique durable dont jouissent les individus install\u00e9s au sommet du triangle institution militaire-monde des affaires-sc\u00e8ne politique. Il incarne le pouvoir et les privil\u00e8ges de l’ancienne \u00e8re autoritaire : gendre de l’ancien dictateur Suharto, il a dirig\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la transition d\u00e9mocratique l’unit\u00e9 d’\u00e9lite des forces sp\u00e9ciales de l’arm\u00e9e indon\u00e9sienne. Pourtant, Prabowo s\u2019est forg\u00e9 une identit\u00e9 politique post-autoritaire pr\u00e9cis\u00e9ment bas\u00e9e sur la d\u00e9nonciation des d\u00e9rives li\u00e9es \u00e0 la corruption des \u00e9lites. Apr\u00e8s avoir fond\u00e9 son propre parti politique, Gerindra, il s\u2019est construit une image nationaliste et populiste. L\u2019analyse influente d\u2019Edward Aspinall sur la campagne pr\u00e9sidentielle de 2014 met en lumi\u00e8re cette contradiction flagrante : Prabowo condamne l\u2019oligarchie tout en \u00e9tant, selon toute d\u00e9finition classique, l\u2019un de ses plus \u00e9minents b\u00e9n\u00e9ficiaires et acteurs. Sa fortune, issue du charbon, de l\u2019huile de palme, du bois et d\u2019autres activit\u00e9s extractives, trouve ses origines dans les privil\u00e8ges accumul\u00e9s par sa famille sous l\u2019\u00ab Ordre nouveau \u00bb <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Ses campagnes pr\u00e9sidentielles ont \u00e9t\u00e9 financ\u00e9es en grande partie par son fr\u00e8re Hashim Djojohadikusumo, l\u2019un des hommes les plus riches d\u2019Indon\u00e9sie, ainsi que par d\u2019autres magnats de premier plan.<\/p>\n\n\n\n

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