{"id":354903,"date":"2026-08-27T15:16:40","date_gmt":"2026-08-27T13:16:40","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=354903"},"modified":"2026-08-27T15:16:58","modified_gmt":"2026-08-27T13:16:58","slug":"les-huit-scenarios-de-la-guerre-en-ukraine-texte-integral-de-la-note-sberbank","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/08\/27\/les-huit-scenarios-de-la-guerre-en-ukraine-texte-integral-de-la-note-sberbank\/","title":{"rendered":"Les huit sc\u00e9narios de la guerre en Ukraine (texte int\u00e9gral de la note Sberbank)"},"content":{"rendered":"\n

Fin ao\u00fbt 2026, un groupe de hackers se pr\u00e9sentant sous le nom de Black Mirror a publi\u00e9 sur Telegram une s\u00e9rie de captures d\u2019\u00e9cran pr\u00e9sent\u00e9es comme des extraits de la correspondance \u00e9lectronique de l\u2019un des principaux personnages du paysage politique et \u00e9conomique russe : German Gref, le PDG de Sberbank, la premi\u00e8re banque du pays <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. <\/strong><\/p>\n\n\n\n

Ce document, publi\u00e9 sous l\u2019intitul\u00e9 \u00ab Sc\u00e9narios de sortie de guerre dans le conflit russo-ukrainien \u00bb, est pr\u00e9sent\u00e9 comme une note analytique interne de Sberbank dat\u00e9e du mois d\u2019avril. Il dresse huit sc\u00e9narios de sortie de guerre, en proposant dans chaque cas une estimation de leur probabilit\u00e9, ainsi que des observations sur le contexte \u00e9conomique et g\u00e9opolitique susceptible d\u2019aboutir \u00e0 cette issue. <\/p>\n\n\n\n

Les m\u00e9dias d\u2019opposition russes ont imm\u00e9diatement relay\u00e9 cette fuite, en soulignant qu\u2019ils n\u2019avaient \u2013 naturellement \u2013 pu obtenir aucune confirmation de l\u2019authenticit\u00e9 du document. Des journalistes ont toutefois observ\u00e9 que certaines donn\u00e9es \u00e9taient concordantes avec les d\u00e9clarations de German Gref en mati\u00e8re de pr\u00e9visions \u00e9conomiques <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. <\/strong><\/p>\n\n\n\n

Les sc\u00e9narios pass\u00e9s en revue vont du plus profitable au moins avantageux pour la Russie<\/a>, en \u00e9voquant successivement une victoire aux conditions russes, un \u00e9puisement de l\u2019Occident, un accord impos\u00e9 par Donald Trump, un gel du conflit, une guerre prolong\u00e9e, une paix de compromis, une paix aux conditions de l\u2019Ukraine ou de l\u2019Europe et, enfin, les sc\u00e9narios les plus impr\u00e9visibles, allant jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9volution technologique et l\u2019escalade nucl\u00e9aire avec l\u2019OTAN.<\/p>\n\n\n\n

Le point le plus relev\u00e9 par les analystes russes reste l\u2019estimation extr\u00eamement basse \u2013 7 % seulement \u2013 de la probabilit\u00e9 d\u2019une victoire russe due \u00e0 un avantage militaire d\u00e9cisif. Bien d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments m\u00e9riteraient cependant toute notre attention.<\/p>\n\n\n\n

Tout d\u2019abord, le texte \u00e9voque constamment des \u00ab pertes \u00bb, en osant d\u2019ailleurs avancer des chiffres que les autorit\u00e9s ne se permettraient jamais de rendre publics, mais sans \u00e9crire une seule fois l\u2019expression \u00ab pertes humaines \u00bb. Pour les analystes de Sberbank, amateurs de simulations abstraites et de \u00ab th\u00e9orie des jeux \u00bb, la guerre n\u2019est qu\u2019une affaire de chiffres et, \u00e0 ce compte, la perte de centaines de milliers de vies humaines se place sur le m\u00eame plan que celle d\u2019un dixi\u00e8me de point de PIB.<\/p>\n\n\n\n

Ce document confirme par ailleurs que, dans les sph\u00e8res les plus proches du pouvoir, les va-t-en-guerre extr\u00e9mistes tels que Sergue\u00ef Karaganov et Nikola\u00ef Patrouchev, qui n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 promouvoir une issue nucl\u00e9aire \u00e0 la guerre en Ukraine, sont bel et bien per\u00e7us comme des \u00ab faucons \u00bb au service de la communication strat\u00e9gique russe \u2013 en d\u2019autres termes, comme des sp\u00e9cialistes de l\u2019agitation-propagande<\/a>.<\/strong><\/p>\n\n\n\n

Enfin, la \u00ab fuite de Sberbank \u00bb pr\u00e9sente un point de vue assez inattendu sur l\u2019\u00e9tat mental du pr\u00e9sident russe et l\u2019ampleur de son soutien dans l\u2019opinion publique. D\u2019une part, les analystes n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 formuler noir sur blanc une r\u00e9alit\u00e9 sociologique que le Kremlin voudrait taire : le soutien populaire \u00e0 Vladimir Poutine s\u2019\u00e9rode de jour en jour, les sondages tendant pour leur part \u00e0 le sur\u00e9valuer, du fait de la peur de la r\u00e9pression qui anime les r\u00e9pondants. D\u2019autre part, les auteurs de ce rapport \u00e9voquent longuement le point de vue occidental quant aux cons\u00e9quences n\u00e9fastes des \u00ab biais cognitifs du dirigeant russe \u00bb, qui pourraient le pousser \u00e0 poursuivre des op\u00e9rations co\u00fbteuses dans l\u2019esp\u00e9rance de leur compensation au lieu de prendre acte de la situation r\u00e9elle de fa\u00e7on objective et rationnelle. La prose des hauts responsables russes ne nous avait pas habitu\u00e9s \u00e0 cette honn\u00eatet\u00e9, qui conforte l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un document \u00e0 usage interne, \u00e0 destination sans doute des seuls cercles \u00e9conomiques, sans vocation \u00e0 circuler au Kremlin.<\/p>\n\n\n\n

Signalons enfin que certaines hypoth\u00e8ses \u00e9voqu\u00e9es dans ce document d\u2019avril 2026 ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 rendues obsol\u00e8tes par le d\u00e9roulement effr\u00e9n\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements internationaux. La suspension du conflit iranien et la tr\u00eave entre l\u2019Ukraine et la Russie sont si loin derri\u00e8re nous qu\u2019elles se sont peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 effac\u00e9es des m\u00e9moires surcharg\u00e9es par l\u2019actualit\u00e9. En revanche, plusieurs facteurs mis en avant, \u00e0 commencer par les frappes ukrainiennes en profondeur<\/a>, le calendrier \u00e9lectoral \u00e9tats-unien, les tensions politiques internes en Ukraine<\/a>, pr\u00e9sentent aujourd\u2019hui une actualit\u00e9 d\u00e9cupl\u00e9e, qui pr\u00e9servent la port\u00e9e des principaux sc\u00e9narios \u00e9voqu\u00e9s par les analystes de Sberbank.<\/p>\n\n\n\n

Une derni\u00e8re observation m\u00e9rite d’\u00eatre soulign\u00e9e : le document place une tr\u00e8s faible probabilit\u00e9 \u00e0 un affrontement direct entre l\u2019OTAN et la Russie, entre 1 % et 2 %. Selon des sources cit\u00e9es par le Wall Street Journal,<\/em> la visite du directeur de la CIA<\/a>, John Ratcliffe, du 25 ao\u00fbt, \u00e9tait justement destin\u00e9e \u00e0 mettre en garde Poutine contre toute vell\u00e9it\u00e9 de \u00ab tester la d\u00e9termination de l\u2019OTAN \u00bb par des attaques contre l\u2019Alliance, alors que les renseignements am\u00e9ricains estiment que la Russie pourrait chercher \u00e0 escalader sa guerre hybride men\u00e9e contre l\u2019Europe en lan\u00e7ant des cyberattaques, voire en envoyant des combattants dans un pays du flanc Est.<\/p>\n\n\n\n

Ce document pr\u00e9sente huit sc\u00e9narios d\u2019\u00e9volution du conflit, de l\u2019issue la plus avantageuse pour la Russie au d\u00e9veloppement le moins favorable. Chacun de ces sc\u00e9narios fournit une estimation de sa probabilit\u00e9, un horizon de mise en \u0153uvre, une note sur les strat\u00e9gies des parties, des donn\u00e9es sociologiques, un cadre juridique, ainsi que des remarques sur les facteurs technologiques et les contraintes en termes de ressources. Les probabilit\u00e9s respectives sont calcul\u00e9es de mani\u00e8re \u00e0 atteindre un total de 100 %.<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 la date d\u2019avril 2026, et d\u2019apr\u00e8s les donn\u00e9es de la Banque centrale de la Russie, Rosstat et le minist\u00e8re des Finances, le contexte \u00e9conomique est le suivant : taux directeur \u00e0 15 % (abaiss\u00e9 de 15,5 % depuis le 23 mars 2026,), inflation annuelle de 5,9 % (Rosstat, mars 2026), mais per\u00e7ue par la population \u00e0 15,6 % ; taux de change d\u2019un dollar pour 76,97 roubles, un euro pour 90,01 roubles et un yuan pour 11,25 (Banque centrale de Russie, 11 avril) ; taux directeur pr\u00e9vu pour fin 2026 de 12-13 % (Sberbank, Tsifra Broker).<\/p>\n\n\n\n

D\u00e9ficit budg\u00e9taire du premier trimestre : 4 580 milliards de roubles (pour un plan annuel de 3 800 milliards) ; recettes p\u00e9trogazi\u00e8res de 1 440 milliards, soit une baisse de 45,4 % ; d\u00e9penses de 12 890 milliards, soit une augmentation de 17 %. Le minist\u00e8re des Finances explique ce ph\u00e9nom\u00e8ne par un pr\u00e9financement anticip\u00e9 des contrats. Si le premier trimestre ne peut \u00eatre extrapol\u00e9 sur l\u2019ensemble de l\u2019ann\u00e9e de mani\u00e8re lin\u00e9aire, la tendance reste pr\u00e9occupante. <\/p>\n\n\n\n

Au niveau du Fonds de la richesse nationale de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie, la partie liquide a diminu\u00e9 de 4 000 milliards de roubles (1,7 % du PIB), pour un volume total de 13 600 milliards. Au premier trimestre, 400 milliards ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9lev\u00e9s. Au rythme actuel, la partie liquide pourrait \u00eatre \u00e9puis\u00e9e avant la fin de l\u2019ann\u00e9e en cours. <\/p>\n\n\n\n

Une alternative consisterait \u00e0 accro\u00eetre l\u2019\u00e9mission d\u2019obligations d\u2019\u00c9tat, sachant que la dette publique s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 31 300 milliards en mars 2026. Le gouvernement envisage d\u2019augmenter le d\u00e9ficit et les d\u00e9penses militaires. Le multiplicateur militaire est estim\u00e9 \u00e0 1,5x (chaque rouble de d\u00e9pense militaire g\u00e9n\u00e8re donc 1,5 rouble de PIB, mais au d\u00e9triment du secteur civil).<\/p>\n\n\n\n

Le contexte g\u00e9opolitique pr\u00e9sente les caract\u00e9ristiques suivantes : tr\u00eave pascale du 11-12 avril, unilat\u00e9ralement annonc\u00e9e par Poutine le 9 avril et accept\u00e9e par l\u2019Ukraine ; tr\u00eave de deux semaines entre les \u00c9tats-Unis et l\u2019Iran au mois d\u2019avril, avec m\u00e9diation du Pakistan, ramenant le prix du Brent sous les 100 dollars ; rupture par l\u2019Ukraine de 116 accords avec la Russie, la Bi\u00e9lorussie et la Communaut\u00e9 des \u00c9tats ind\u00e9pendants. <\/p>\n\n\n\n

Un \u00e9l\u00e9ment vital est ici la protection de l\u2019arri\u00e8re. Avant d\u2019examiner les sc\u00e9narios strat\u00e9giques, nous devons dresser le constat suivant : aucun d\u2019entre eux n\u2019est r\u00e9alisable sans aborder de front le probl\u00e8me de la protection de l\u2019arri\u00e8re, tant sur le plan militaire que sur le plan \u00e9conomique. <\/p>\n\n\n\n

Au niveau militaire, l\u2019Ukraine m\u00e8ne depuis 2024 une campagne syst\u00e9matique de frappes visant les infrastructures strat\u00e9giques russes. Entre 10 et 15 % des capacit\u00e9s de raffinage ont \u00e9t\u00e9 endommag\u00e9es  : citons ici la raffinerie NORSI de Nijni Novgorod, les usines de Saratov, Volgograd, Kirichi, les plateformes de Lukoil en mer Caspienne, les terminaux de Novorossi\u00efsk, Primorsk et Oust-Louga. Ces frappes par drones ont touch\u00e9 le territoire russe jusqu\u2019\u00e0 1 000 km, et m\u00eame davantage, au-del\u00e0 de la ligne de front.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019arsenal ukrainien a vu l\u2019apparition d\u2019un nouveau missile de croisi\u00e8re, le Flamingo (FP-5 de l\u2019entreprise Fire Point, bas\u00e9 sur les avanc\u00e9es du britannique Milanion Group). Ce missile tir\u00e9 depuis une remorque au sol a une port\u00e9e allant jusqu\u2019\u00e0 3 000 km selon les sources ukrainiennes (les estimations russes penchent plut\u00f4t pour 1 000 km), une vitesse de 950 km\/h, une charge militaire de 1 000 \u00e0 1 150 kg. On estime la production \u00e0 plus de 50 unit\u00e9s par mois gr\u00e2ce \u00e0 une conception simplifi\u00e9e. Le premier emploi au combat a eu lieu en f\u00e9vrier 2025, avec des frappes contre une usine d\u2019explosifs et une installation nucl\u00e9aire \u00e0 1 500 km de profondeur. \u00c0 la date d\u2019avril 2026, la d\u00e9fense antia\u00e9rienne russe n\u2019a intercept\u00e9 que quatre de ces missiles, ce qui t\u00e9moigne de la difficult\u00e9 de d\u00e9tection (coque composite, vol \u00e0 basse altitude). Ajoutons enfin que sont actuellement en d\u00e9veloppement le FP-7 balistique (200-300 km, 1 500 m\/s) et le FP-9 (850 km, jusqu\u2019\u00e0 800 kg de charge).<\/p>\n\n\n\n

Pour sa part, la Russie recourt toujours davantage aux missiles hypersoniques \u00ab  Tsirkon  \u00bb, avec autant de tirs au mois de f\u00e9vrier 2026 qu\u2019au cours des deux ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. Le Kindjal continue quant \u00e0 lui d\u2019\u00eatre utilis\u00e9 contre des objectifs strat\u00e9giques.<\/p>\n\n\n\n

Par ailleurs, on estime que jusqu\u2019\u00e0 35 % des composants des syst\u00e8mes de d\u00e9fense anti-a\u00e9rienne de l\u2019arri\u00e8re auraient \u00e9t\u00e9 perdus. Le rythme de remplacement des S-300\/S-400 est plus lent que celui des pertes. Sans reconstitution du bouclier antia\u00e9rien prot\u00e9geant les installations et \u00e9quipements situ\u00e9s \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, les frappes continueront de s\u2019intensifier.<\/p>\n\n\n\n

En parall\u00e8le, l\u2019Ukraine multiplie de mani\u00e8re syst\u00e9matique ses frappes en profondeur contre les a\u00e9rodromes situ\u00e9s sur le territoire russe, aggravant d\u2019autant les pertes de l\u2019aviation, qui sont pourtant une ressource critique (pour rappel, la production de Su-34 est de 13 \u00e0 17 unit\u00e9s par an, avec des pertes importantes).<\/p>\n\n\n\n

Sur le plan \u00e9conomique, le taux directeur \u00e9lev\u00e9 (15 %) \u00e9touffe le secteur civil. Le cr\u00e9dit immobilier a chut\u00e9 de 45 %, la construction de 8,2 %, la croissance du cr\u00e9dit plafonne \u00e0 2,1 %, contre plus de 12 % avant-guerre. L\u2019activit\u00e9 d\u2019investissement se trouve r\u00e9duite \u00e0 son strict minimum : ces taux \u00e9lev\u00e9s dissuadent les entreprises de se lancer dans de nouveaux projets. La pr\u00e9vision d\u2019un abaissement du taux \u00e0 12-13 % d\u2019ici fin 2026 ouvre ainsi une perspective d\u2019all\u00e8gement, mais il est \u00e0 pr\u00e9voir que le secteur civil restera en stagnation au moins jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

On enregistre enfin une p\u00e9nurie de main-d\u2019\u0153uvre dans les entreprises de d\u00e9fense, de l\u2019ordre de 80 000 \u00e0 400 000 personnes. En septembre 2025, la production de munitions a connu son premier recul. Trois domaines sont particuli\u00e8rement critiques : la micro\u00e9lectronique (sans composants occidentaux, la production des armes de pr\u00e9cision augmente drastiquement), les munitions (le facteur limitant \u00e9tant ici la main-d\u2019\u0153uvre, non les finances) et les moteurs (la production est en surcharge dans les secteurs de l\u2019aviation, de la marine et de la balistique).<\/p>\n\n\n\n

Le facteur technologique jour ici un r\u00f4le primordial. Les drones sont devenus le facteur d\u00e9terminant de la guerre. Les deux camps accroissent leur production, chacun adoptant des strat\u00e9gies diff\u00e9rentes.<\/p>\n\n\n\n

C\u00f4t\u00e9 russe, on observe une capacit\u00e9 nominale de 7 \u00e0 9 millions de drones FPV par an. Le taux r\u00e9el de production de drones utilisables est de l\u2019ordre de 60 % \u00e0 70 %, pour une efficacit\u00e9 au combat (destruction des cibles) de 30 % \u00e0 40 %. Le drone Lancet a acquis une autonomie de base qui lui permet de rechercher et d\u00e9truire ses cibles sans intervention d\u2019un op\u00e9rateur. La mise en service des drones \u00e0 fibre optique, r\u00e9sistants au brouillage \u00e9lectronique, est d\u00e9sormais massive. La strat\u00e9gie choisie est donc la pr\u00e9dominance quantitative.<\/p>\n\n\n\n

C\u00f4t\u00e9 ukrainien, FirePoint produit 200 drones d\u2019attaque \u00e0 longue port\u00e9e par jour (soit 6 000 par mois), avec sept g\u00e9n\u00e9rations successives en l\u2019espace de quatre ans. Les drones lourds du r\u00e9giment Nemesis sont en mesure de d\u00e9truire les syst\u00e8mes de d\u00e9fense anti-a\u00e9rienne (Bouk, Tor, Pantsir). La port\u00e9e des FPV ukrainiens a tripl\u00e9, atteignant \u00e0 pr\u00e9sent les 150km. <\/p>\n\n\n\n

La strat\u00e9gie privil\u00e9gi\u00e9e est donc celle de la sup\u00e9riorit\u00e9 qualitative, avec une navigation ind\u00e9pendante du GPS, un guidage par apprentissage automatique et une r\u00e9sistance au brouillage.<\/p>\n\n\n\n

Toutefois, le foss\u00e9 entre les parties tend \u00e0 se r\u00e9duire. Si la Russie conserve l\u2019avantage quantitatif, tandis que l\u2019Ukraine a toujours l\u2019avantage qualitatif, la Russie introduit progressivement l\u2019intelligence artificielle (autonomie du drone Lancet) et l\u2019Ukraine accro\u00eet ses volumes de production.<\/p>\n\n\n\n

Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019introduction de l\u2019intelligence artificielle dans la cha\u00eene militaire, le cycle \u00ab  observation \u2013 orientation \u2013 d\u00e9cision \u2013 action  \u00bb se resserre, passant de plusieurs heures \u00e0 quelques minutes. Les op\u00e9rations d\u2019ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) sont \u00e9galement trait\u00e9es par l\u2019intelligence artificielle, qui identifie les cibles et transmet automatiquement leurs coordonn\u00e9es. Face aux essaims de drones, l\u2019humain se retrouve \u00ab \u00e0 la tra\u00eene \u00bb : c\u2019est l\u2019IA qui impose le tempo op\u00e9rationnel. Dans ces conditions, le premier camp qui parviendra \u00e0 cr\u00e9er et employer des essaims de drones enti\u00e8rement autonomes obtiendra un avantage tactique d\u00e9cisif.<\/p>\n\n\n\n

La Russie table sur une production \u00e0 \u00e9chelle industrielle, avec des mod\u00e8les d\u2019IA propres pour ses besoins militaires. L\u2019Ukraine, \u00e0 l\u2019inverse, emploie des logiciels d\u2019IA occidentaux, avec une int\u00e9gration plus souple offrant des avantage en mati\u00e8re d\u2019adaptabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

Au niveau de la mobilisation et des cadres, la Russie s\u2019est fix\u00e9 un objectif de 400 000 nouveaux contractuels en 2026. Le recrutement actuel est de 80 000 par trimestre. Les pertes (estimation d\u2019experts avec correction militaire) sont de 20 000 \u00e0 25 000 par mois. 90 % des nouveaux contractuels servent \u00e0 compenser les pertes, non \u00e0 former de nouvelles unit\u00e9s. Les primes d\u2019engagement s\u2019\u00e9l\u00e8vent d\u00e9sormais \u00e0 plus de 400 000 roubles. Une mobilisation g\u00e9n\u00e9rale n\u2019est pas envisag\u00e9e, son risque politique \u00e9tant jug\u00e9 inacceptable. Enfin, l\u2019OTAN met en garde contre un risque d\u2019attaques russes sur le territoire de l\u2019Alliance d\u2019ici \u00e0 2027-2030.<\/p>\n\n\n\n

En Ukraine, la r\u00e9serve de mobilisation atteint ses limites, \u00e0 tel point qu\u2019un abaissement de l\u2019\u00e2ge de mobilisation est \u00e0 l\u2019\u00e9tude. Un taux de d\u00e9sertion de 15 % est consid\u00e9r\u00e9 comme normal dans les conflits prolong\u00e9s (d\u2019apr\u00e8s les sociologues).<\/p>\n\n\n\n

Pour poser le cadre juridique, il faut d\u2019abord observer que l\u2019Ukraine a rompu 116 accords avec la Russie, la Bi\u00e9lorussie et la Communaut\u00e9 des \u00c9tats ind\u00e9pendants. De jure<\/em>, l\u2019ONU et la majorit\u00e9 des \u00c9tats reconnaissent les fronti\u00e8res de 1991. De facto<\/em>, la Russie contr\u00f4le environ 20 % du territoire ukrainien. Le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019ONU est bloqu\u00e9 par le veto russe. Les options de formalisation juridique sont les suivantes : <\/p>\n\n\n\n