{"id":354168,"date":"2026-08-23T06:00:00","date_gmt":"2026-08-23T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=354168"},"modified":"2026-08-22T21:57:03","modified_gmt":"2026-08-22T19:57:03","slug":"le-projet-detat-de-donald-trump","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/08\/23\/le-projet-detat-de-donald-trump\/","title":{"rendered":"Le projet d\u2019\u00c9tat de Donald Trump"},"content":{"rendered":"\n
Pour pr\u00e9parer la rentr\u00e9e, testez\u00a0<\/em>le Grand Continent. Les id\u00e9es et les analyses qu\u2019on ne trouve nulle part. Mais que vous verrez bient\u00f4t partout. Directement dans votre bo\u00eete mail\u00a0\u00e0 partir de 8 euros par mois<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n Les Am\u00e9ricains ont depuis longtemps du mal \u00e0 d\u00e9finir la notion d\u2019\u00c9tat. Ils ont \u00e0 la fois ni\u00e9 l\u2019existence m\u00eame d\u2019un v\u00e9ritable \u00c9tat au sens europ\u00e9en du terme et cru en un appareil bureaucratique conspirateur contr\u00f4lant les rouages du gouvernement. C’est ce que Steve Bannon, l’ancien conseiller du pr\u00e9sident Trump, a appel\u00e9 l’\u00ab \u00c9tat profond<\/a> \u00bb : une pr\u00e9tendue cabale de bureaucrates cherchant \u00e0 contrecarrer l’autorit\u00e9 du nouveau pr\u00e9sident depuis l’int\u00e9rieur afin d’\u00e9viter qu’il r\u00e9duise et r\u00e9forme un appareil administratif f\u00e9d\u00e9ral tentaculaire.<\/p>\n\n\n\n Selon Stephen Skowronek, sp\u00e9cialiste des institutions gouvernementales am\u00e9ricaines, \u00ab l\u2019administration Trump invoque l\u2019\u00c9tat profond chaque fois qu\u2019elle se heurte \u00e0 la r\u00e9sistance des institutions qu\u2019elle est charg\u00e9e de superviser \u00bb <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Mais la croyance en un \u00c9tat profond illustre \u00e9galement une tradition am\u00e9ricaine plus ancienne et plus obscure, reflet de ce que l\u2019historien Richard Hofstadter, en parlant de la politique am\u00e9ricaine, a qualifi\u00e9 en 1964 de \u00ab style parano\u00efaque \u00bb <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Hofstadter rattache ce dernier au Parti antima\u00e7onnique form\u00e9 entre 1820 et 1830, aux partisans antis\u00e9mites du p\u00e8re Coughlin dans les ann\u00e9es 1930, ainsi qu\u2019\u00e0 des Californiens de droite qui, dans les ann\u00e9es 1950, ont fond\u00e9 la John Birch Society, un organisme cens\u00e9 lutter contre les communistes qui se seraient install\u00e9s clandestinement aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n\n Pour les adeptes des th\u00e9ories du complot, les int\u00e9r\u00eats financiers et bancaires sont le parfait pr\u00e9texte pour l\u00e9gitimer tous leurs soup\u00e7ons. Alors que les agriculteurs et les industriels con\u00e7oivent et fabriquent des produits concrets, les financiers manipuleraient abstraitement le capitalisme \u00e0 leur profit afin d’en faire une source intarissable de privil\u00e8ges. <\/p>\n\n\n\n Ce n’est en rien une histoire li\u00e9e aux XXIe si\u00e8cle ou aux r\u00e9seaux sociaux. Le premier secr\u00e9taire du Tr\u00e9sor am\u00e9ricain, Alexander Hamilton, a appliqu\u00e9 une innovation n\u00e9erlandaise et britannique du XVIIIe si\u00e8cle \u00e0 la nouvelle Banque des \u00c9tats-Unis, dont la charte a \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9e par le Congr\u00e8s pour une dur\u00e9e de vingt ans en 1791. <\/p>\n\n\n\n Cette innovation consistait \u00e0 accorder \u00e0 un consortium de riches financiers le droit d’\u00e9mettre d’abord des lettres de cr\u00e9dit, puis du papier-monnaie, afin de financer les d\u00e9penses de l’\u00c9tat et les \u00e9changes commerciaux. En 1816, une deuxi\u00e8me banque obtint du Congr\u00e8s une charte similaire pour la m\u00eame dur\u00e9e. Mais, prise dans les divisions politiques de l\u2019\u00e8re jacksonienne, elle fut accus\u00e9e de repr\u00e9senter l’\u00ab \u00c9tat profond<\/a> \u00bb de son \u00e9poque, au point de perdre son statut officiel en 1836. Le Tr\u00e9sor am\u00e9ricain en retira m\u00eame ses d\u00e9p\u00f4ts et, en 1837, une r\u00e9cession s’ensuivit. Des banques priv\u00e9es agr\u00e9\u00e9es par les diff\u00e9rents \u00c9tats prirent le relais pour octroyer des cr\u00e9dits et \u00e9mettre des billets, souvent fond\u00e9s sur la valeur sp\u00e9culative des territoires nouvellement ouverts et sur l’app\u00e9tit de l’industrie britannique pour le coton du Sud. Autrement dit, le soup\u00e7on d’une fusion entre pouvoir financier et pouvoir public ne date pas du XXIe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s les vastes acquisitions territoriales de 1803, 1819 et 1848, l\u2019expansion consid\u00e9rable des territoires appartenant \u00e0 l\u2019\u00c9tat et la colonisation le long des r\u00e9seaux fluviaux du pays, les \u00c9tats-Unis \u00e9taient en mesure d’attirer les investisseurs, venus de la c\u00f4te Est comme de l\u2019\u00e9tranger. Le pays avait surmont\u00e9 les menaces que faisaient peser les grandes puissances, tout en parvenant \u00e0 cantonner ses populations autochtones sur des territoires de plus en plus r\u00e9duits. Il b\u00e9n\u00e9ficiait \u00e9galement de l\u2019essor fulgurant de la demande \u00e9trang\u00e8re en coton. Certes, les colonies europ\u00e9ennes d’outre-mer connaissaient des dynamiques similaires, fond\u00e9es sur la violence, l’expropriation et la r\u00e9appropriation. Toutefois, les Nord-Am\u00e9ricains blancs jouissaient d’un territoire bien plus vaste et d’une population autochtone moins dense.<\/p>\n\n\n\n Pour les adeptes des th\u00e9ories du complot, les int\u00e9r\u00eats financiers et bancaires sont le parfait pr\u00e9texte pour l\u00e9gitimer tous leurs soup\u00e7ons.<\/p>Charles S. Maier<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Tout au long du XIXe si\u00e8cle, les gouvernements des \u00c9tats ont continu\u00e9 \u00e0 octroyer des concessions \u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es pour la construction de routes, de canaux et de ponts, en leur accordant souvent des conditions de financement privil\u00e9gi\u00e9es et le droit de percevoir des redevances et des p\u00e9ages, sans pour autant revendiquer la propri\u00e9t\u00e9 pure et simple de ces infrastructures. Le recrutement, la conscription et les lourdes pertes humaines de la guerre de S\u00e9cession ont impos\u00e9 de nouvelles missions au niveau national, conduisant \u00e0 la cr\u00e9ation de la Commission sanitaire des \u00c9tats-Unis, une institution aux fonctions multiples. Au cours des d\u00e9cennies qui ont suivi le conflit, d\u2019importantes administrations ont \u00e9t\u00e9 mises en place pour g\u00e9rer les transports inter\u00e9tatiques, la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et pharmaceutique, les pensions des anciens combattants et la r\u00e9forme de la fonction publique. <\/p>\n\n\n\n Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, les \u00c9tats-Unis ont acquis un empire insulaire aux d\u00e9pens de l’Espagne et cr\u00e9\u00e9 des agences administratives charg\u00e9es de la s\u00fbret\u00e9 des produits alimentaires et pharmaceutiques, ainsi qu\u2019\u00e0 la gestion des parcs nationaux. <\/p>\n\n\n\n \u00c0 la suite de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral est intervenu pour r\u00e9glementer les nombreuses stations de radio \u00e9mergentes, sans toutefois les nationaliser, en attribuant et en mettant aux ench\u00e8res les \u00ab bandes de fr\u00e9quences \u00bb. Le Congr\u00e8s a officiellement cr\u00e9\u00e9 ces agences et approuv\u00e9 leurs budgets, mais a laiss\u00e9 leur gestion aux d\u00e9partements de l\u2019ex\u00e9cutif, ouvrant la voie \u00e0 de potentiels conflits dont l’ombre plane \u00e0 nouveau aujourd’hui. Dans les ann\u00e9es 1930, le New Deal de Franklin Roosevelt a permis de renforcer les syst\u00e8mes d\u2019aide sociale locaux, mis \u00e0 rude \u00e9preuve par le ch\u00f4mage de masse, mais aussi de lancer de nouveaux travaux publics et de prot\u00e9ger le statut juridique des syndicats. Il l\u00e9gif\u00e9ra \u00e9galement sur un syst\u00e8me national de retraites exigeant des cotisations de la part des employeurs et des salari\u00e9s, puis s\u2019attacha \u00e0 organiser l\u2019\u00e9conomie en pr\u00e9vision de la Seconde Guerre mondiale. Alors que les organismes publics se d\u00e9veloppaient, les \u00e9conomistes soulignaient, vers 1930, la croissance des bureaucraties d\u2019entreprise : ce sont les dirigeants et les gestionnaires professionnels, et non les fondateurs propri\u00e9taires traditionnels, qui devenaient les acteurs d\u00e9terminants des grandes entreprises. La bureaucratie en tant que telle acquiert alors un statut presque mystique aux yeux des universitaires et des m\u00e9dias.<\/p>\n\n\n\n Ces tendances ont transcend\u00e9 les clivages politiques. <\/strong>Les gouvernements r\u00e9publicains comme d\u00e9mocrates ont contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de cet \u00ab \u00c9tat administratif \u00bb, comme le qualifieront plus tard les chercheurs en sciences sociales. Les agences ont continu\u00e9 \u00e0 se multiplier. Roosevelt a cr\u00e9\u00e9 l\u2019Autorit\u00e9 de l\u2019aviation civile en 1938, devenue l\u2019Agence f\u00e9d\u00e9rale de l\u2019aviation vingt ans plus tard. En 1970, le pr\u00e9sident Nixon met en place l\u2019Agence de protection de l\u2019environnement (EPA) et l\u2019Administration de la s\u00e9curit\u00e9 et de la sant\u00e9 au travail (OSHA), rattach\u00e9e au minist\u00e8re du Travail. L’expansion de l’\u00c9tat administratif a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e \u00e0 des tendances socio-\u00e9conomiques sous-jacentes : des r\u00e9ponses moins politiques que fonctionnelles face \u00e0 l’industrialisation, \u00e0 l’innovation technologique, au d\u00e9veloppement urbain, \u00e0 l’immigration massive (malgr\u00e9 les efforts d\u00e9ploy\u00e9s pour la restreindre entre 1924 et 1965) et \u00e0 une population qui est pass\u00e9e de moins de 4 millions d’habitants au moment de l’ind\u00e9pendance \u00e0 130 millions en 1940, pour atteindre aujourd’hui 340 millions.<\/p>\n\n\n\n Cette prolif\u00e9ration administrative aura une traduction budg\u00e9taire. Ainsi, les d\u00e9penses publiques globales sont pass\u00e9es d’environ 10 \u00e0 15 % du PIB avant la Grande D\u00e9pression \u00e0 environ 35 % depuis les ann\u00e9es 1960. La part croissante des recettes publiques collect\u00e9es au niveau national est encore plus r\u00e9v\u00e9latrice. Environ 60 % des quelque 35 % du PIB am\u00e9ricain consacr\u00e9s aux d\u00e9penses publiques sont collect\u00e9s par le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral, c\u2019est-\u00e0-dire le gouvernement national, principalement par le biais de l\u2019imp\u00f4t sur le revenu des particuliers, de l\u2019imp\u00f4t sur les b\u00e9n\u00e9fices des entreprises et des cotisations de s\u00e9curit\u00e9 sociale, r\u00e9parties entre employeurs et salari\u00e9s. Ces imp\u00f4ts financent la d\u00e9fense, les retraites de la s\u00e9curit\u00e9 sociale, les infrastructures routi\u00e8res, l\u2019assurance maladie nationale (Medicare<\/em>) et le vaste r\u00e9seau d\u2019h\u00f4pitaux destin\u00e9 aux anciens combattants, ainsi que le paiement des int\u00e9r\u00eats sur la dette publique. Notons toutefois que 25 \u00e0 35 % des d\u00e9penses f\u00e9d\u00e9rales sont revers\u00e9es sous forme de subventions aux \u00c9tats et aux collectivit\u00e9s locales.<\/p>\n\n\n\n Les gouvernements r\u00e9publicains comme d\u00e9mocrates ont contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de cet \u00ab \u00c9tat administratif \u00bb, comme le qualifieront plus tard les chercheurs en sciences sociales.<\/p>Charles S. Maier<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Les responsables politiques du Parti r\u00e9publicain n\u2019ont cess\u00e9 de d\u00e9plorer l\u2019ampleur que prenait le secteur public. Mais alors que l\u2019administration Truman optait pour une augmentation permanente et significative des d\u00e9penses militaires en 1949 et 1950, les sp\u00e9cialistes des sciences sociales avertissaient qu\u2019une nouvelle configuration de la prise de d\u00e9cision en mati\u00e8re de politique publique \u00e9tait en train de voir le jour \u00e0 long terme, tissant des liens \u00e9troits entre le Pentagone et les industries de la d\u00e9fense. D\u00e8s 1956, le sociologue C. Wright Mills qualifiait les dirigeants des secteurs public et priv\u00e9 d’\u00ab \u00e9lite du pouvoir \u00bb. <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. <\/p>\n\n\n\n M\u00eame le pr\u00e9sident Eisenhower, pourtant peu enclin aux th\u00e9ories du complot, mettait en garde contre le \u00ab complexe militaro-industriel \u00bb lorsqu’il a quitt\u00e9 ses fonctions en janvier 1961. Ce terme pouvait para\u00eetre surprenant, mais il s’appuyait sur des \u00e9volutions bien visibles. Les d\u00e9penses militaires, qui avaient atteint environ 40 % du PIB \u00e0 la fin de la Seconde Guerre mondiale (un pourcentage l\u00e9g\u00e8rement inf\u00e9rieur \u00e0 celui des autres puissances bellig\u00e9rantes), ont bri\u00e8vement chut\u00e9 pour repr\u00e9senter environ 5 % du budget f\u00e9d\u00e9ral entre 1946 et 1949. Elles ont ensuite de nouveau augment\u00e9 avec le r\u00e9armement li\u00e9 \u00e0 la guerre froide pour atteindre environ 13 % du budget f\u00e9d\u00e9ral, soit l’\u00e9quivalent de 2 \u00e0 3 % du PIB. Il convient de souligner que l\u2019administration Truman avait d\u00e9cid\u00e9 d’augmenter les d\u00e9penses militaires pour 1949-1950, et ce, avant m\u00eame le d\u00e9but de la guerre de Cor\u00e9e. La prise de pouvoir communiste en Tch\u00e9coslovaquie et le blocus de Berlin avaient d\u00e9j\u00e0 exacerb\u00e9 le sentiment de confrontation. Certes, ce nouvel engagement ne repr\u00e9sentait qu\u2019un dixi\u00e8me du niveau des besoins de la Seconde Guerre mondiale et semblait donc g\u00e9rable. Mais Eisenhower avait raison : les liens entre le Pentagone et l\u2019industrie de la d\u00e9fense am\u00e9ricaine allaient devenir une constante, comme en t\u00e9moignent tous les lieux de rendez-vous politiques du pays, des salles de r\u00e9union aux terrains de golf.<\/p>\n\n\n\n Malgr\u00e9 ces tendances, ce ne sont pas tant les \u00e9volutions budg\u00e9taires qui r\u00e9v\u00e8lent, aux yeux de Bannon et d\u2019autres fid\u00e8les de Trump, les dangers suppos\u00e9s de la bureaucratie rattach\u00e9e \u00e0 cet \u00ab \u00c9tat profond \u00bb. <\/p>\n\n\n\n Les conservateurs am\u00e9ricains se battent en effet depuis longtemps pour limiter la croissance des d\u00e9penses publiques et all\u00e9ger les r\u00e9glementations administratives. Parfois, au moyen de r\u00e9f\u00e9rendums d’initiative populaire, ils sont parvenus \u00e0 imposer des plafonds d\u2019imposition et d\u2019endettement au niveau des \u00c9tats, notamment en Californie. Mais l\u2019entit\u00e9 que Bannon et d\u2019autres attaquent en la qualifiant d\u2019\u00ab \u00c9tat profond \u00bb, c\u2019est simplement ce que la plupart des observateurs, de gauche comme de droite, reconnaissent comme l\u2019\u00c9tat tout court<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire une fonction publique ou une bureaucratie qui applique les lois et les d\u00e9crets conform\u00e9ment aux dispositions constitutionnelles et \u00e0 la l\u00e9gislation approuv\u00e9e par les assembl\u00e9es \u00e9lues et les pouvoirs ex\u00e9cutifs.<\/p>\n\n\n\n Si Bannon y voit un obstacle hostile, ce n’est ni sa taille ni ses pr\u00e9rogatives, mais le fait que des fonctionnaires ont os\u00e9 r\u00e9sister aux tentatives de Trump visant \u00e0 modifier des r\u00e9sultats \u00e9lectoraux d\u00e9favorables, se sont oppos\u00e9s \u00e0 des d\u00e9cisions fiscales qui auraient accru la fortune de sa famille ou ont fait barrage \u00e0 ses vendettas personnelles. En bref, les pr\u00e9tendus agents de l\u2019\u00ab \u00c9tat profond<\/a> \u00bb sont ceux qui tentent de pr\u00e9server l\u2019id\u00e9e d\u00e9su\u00e8te d\u2019un \u00ab gouvernement de lois, et non d\u2019hommes \u00bb. C’est l’ordre juridique qui fait obstacle au pouvoir du pr\u00e9sident de gouverner directement.<\/p>\n\n\n\n Un \u00c9tat de droit d\u00e9pend toujours des hommes et des femmes qui interpr\u00e8tent les lois. Aux \u00c9tats-Unis, les questions constitutionnelles sont interpr\u00e9t\u00e9es en dernier ressort par la majorit\u00e9 des neuf juges de la Cour supr\u00eame. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, ceux-ci ont eu tendance \u00e0 confirmer les pr\u00e9tentions du pr\u00e9sident \u00e0 repr\u00e9senter la pl\u00e9nitude du pouvoir ex\u00e9cutif (la th\u00e9orie dite de l\u2019ex\u00e9cutif unitaire), puis \u00e0 affirmer l\u2019\u00e9tendue de ce pouvoir, que ce soit \u00e0 la majorit\u00e9 de 7 contre 2, de 6 contre 3 ou de 5 contre 4.<\/p>\n\n\n\n L\u2019entit\u00e9 que Bannon et d\u2019autres attaquent en la qualifiant d\u2019\u00ab \u00c9tat profond \u00bb, c\u2019est simplement ce que la plupart des observateurs, de gauche comme de droite, reconnaissent comme l\u2019\u00c9tat tout court.<\/em><\/p>Charles S. Maier<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Mais si la Cour peut confirmer le pouvoir du pr\u00e9sident, la Constitution institue la Cour supr\u00eame et confie au Congr\u00e8s le pouvoir d\u2019instituer les tribunaux f\u00e9d\u00e9raux subordonn\u00e9s. Confront\u00e9, dans les ann\u00e9es 1930, \u00e0 des d\u00e9cisions syst\u00e9matiquement d\u00e9favorables rendues par des juges nomm\u00e9s par les pr\u00e9sidents r\u00e9publicains pr\u00e9c\u00e9dents et toujours en fonction, le pr\u00e9sident Roosevelt a envisag\u00e9 d’augmenter le nombre de juges de la Cour supr\u00eame afin d’obtenir une majorit\u00e9 fid\u00e8le (ce que l’on appelle le \u00ab court packing<\/em> \u00bb). Il a renonc\u00e9 \u00e0 ce projet face aux r\u00e9actions hostiles, mais aussi parce que les juges ont prudemment mod\u00e9r\u00e9 leur opposition et rendu quelques arr\u00eats favorables. Cependant, la possibilit\u00e9 d’une r\u00e9forme de la Cour supr\u00eame, que ce soit par le biais d’une limitation de la dur\u00e9e des mandats ou d’un \u00e9largissement de son effectif, pourrait ne plus \u00eatre taboue. Si un d\u00e9mocrate remporte la pr\u00e9sidence en 2028, la r\u00e9forme de la Cour pourrait bien figurer \u00e0 l’ordre du jour.<\/p>\n\n\n\n Lorsque les historiens se pencheront sur les ph\u00e9nom\u00e8nes r\u00e9cents survenus lors des mandats de Trump, ils remarqueront peut-\u00eatre le fait suivant, pour le moins ironique : alors que Bannon et d’autres partisans du mouvement MAGA d\u00e9noncent la pr\u00e9tendue r\u00e9sistance de l’\u00ab \u00c9tat profond \u00bb au programme de Trump, le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral s’emploie \u00e0 rendre l’\u00c9tat am\u00e9ricain plus vuln\u00e9rable que jamais. Ainsi, la DOGE (Department of Government Efficiency<\/em>), pr\u00e9sent\u00e9e comme une initiative visant \u00e0 r\u00e9duire les d\u00e9penses inutiles des agences gouvernementales et confi\u00e9e \u00e0 Elon Musk, citoyen am\u00e9ricain, mais aussi sud-africain et canadien, a port\u00e9 un coup s\u00e9v\u00e8re aux investissements publics dans l’\u00e9ducation, la recherche et d’autres programmes sociaux, dont les r\u00e9percussions d\u00e9passent largement les fronti\u00e8res am\u00e9ricaines. L\u2019Agence pour le d\u00e9veloppement international (USAID), dont le budget a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duit, joue un r\u00f4le majeur en mati\u00e8re de sant\u00e9 publique dans les pays en d\u00e9veloppement.<\/p>\n\n\n\nLa longue dur\u00e9e de la parano\u00efa d’\u00c9tat<\/h2>\n\n\n\n
La construction de l’\u00c9tat administratif<\/h2>\n\n\n\n
Pour le mouvement MAGA, ce n\u2019est pas la taille de l\u2019\u00c9tat qui pose probl\u00e8me, mais l\u2019\u00c9tat de droit<\/h2>\n\n\n\n
Un \u00c9tat patrimonial ou un fascisme am\u00e9ricain ?<\/h2>\n\n\n\n