{"id":352327,"date":"2026-08-11T15:00:00","date_gmt":"2026-08-11T13:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=352327"},"modified":"2026-08-11T13:20:59","modified_gmt":"2026-08-11T11:20:59","slug":"lile-de-re-cote-marais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/08\/11\/lile-de-re-cote-marais\/","title":{"rendered":"L\u2019\u00eele de R\u00e9, c\u00f4t\u00e9 marais"},"content":{"rendered":"\n
Tout l\u2019\u00e9t\u00e9, <\/em>le Grand Continent restera en mouvement. Chaque jour, nous vous apporterons o\u00f9 que vous soyez des id\u00e9es que vous ne trouverez nulle part ailleurs (mais qui seront partout \u00e0 la rentr\u00e9e), des textes introuvables ou rafra\u00eechissants avec nos Dimanches<\/a>. Pour les recevoir directement dans votre bo\u00eete mail et soutenir cet \u00e9lan, pensez \u00e0 vous abonner \u00e0 la revue<\/a><\/em> Un ami m\u2019y a emmen\u00e9e en 1987. Le pont date de 1988, nous avions pris le bac pour rejoindre l\u2019\u00eele depuis La Rochelle. Plus tard, lorsque nos enfants \u00e9taient en bas \u00e2ge, mon mari et moi avons d\u00e9couvert qu\u2019il \u00e9tait tr\u00e8s agr\u00e9able de sillonner l’\u00eele \u00e0 v\u00e9lo avec une carriole dans laquelle ils pouvaient monter. Nos filles devaient avoir deux ou trois ans. Nous louions des maisons ou nous allions \u00e0 l\u2019h\u00f4tel, dans tous les endroits de l’\u00eele. Lorsqu\u2019il a \u00e9t\u00e9 question de chercher une maison, nous en avons trouv\u00e9 une dans l’avant-dernier village au nord, Saint-Cl\u00e9ment-des-Baleines.<\/p>\n\n\n\n Plus on se dirige vers le nord, plus on s\u2019\u00e9loigne du continent et plus l\u2019\u00eele devient sauvage. <\/p>\n\n\n\n Le village le plus exclusif est le dernier, il s’appelle Les Portes-en-R\u00e9. Je dirais que le nord commence au l\u00e9gendaire village d\u2019Ars-en-R\u00e9, celui o\u00f9 Lionel Jospin passait ses vacances. \u00c0 partir de l\u00e0, il y a moins d’h\u00f4tels et de restaurants, et l\u2019entre-soi est plus marqu\u00e9. Saint-Cl\u00e9ment-des-Baleines est moins chic que Les Portes. On y trouve une \u00e9picerie ouverte \u00e0 mi-temps en hiver, un bureau de tabac, deux restaurants, une boulangerie ouverte seulement le matin et un march\u00e9, ouvert le matin, pendant l\u2019\u00e9t\u00e9. Il n’y a pas de boutique o\u00f9 l\u2019on peut acheter un maillot de bain ou une robe. Alors que plus on est proches du continent, au sud de l’\u00eele, plus le territoire est am\u00e9nag\u00e9. Les villages sont plus construits, les infrastructures, les restaurants, les boutiques, les march\u00e9s couverts et les man\u00e8ges sont plus nombreux. <\/p>\n\n\n\n On y trouve tout ce qui fait le charme d\u2019une station baln\u00e9aire, la population est un peu moins bourgeoise qu\u2019au nord et l\u2019\u00eele est plus ouverte aux habitants de La Rochelle qui viennent y passer la journ\u00e9e en empruntant le pont.<\/p>\n\n\n\n\n C\u2019est vrai qu\u2019on peut le vivre ainsi. On disait qu\u2019Ars-en-R\u00e9 \u00e9tait le rep\u00e8re de la gauche caviar, et Les Portes-en-R\u00e9 celui de la droite versaillaise. <\/p>\n\n\n\n Aujourd\u2019hui, le partage s\u2019est un peu brouill\u00e9, les fronti\u00e8res sont moins nettes. Beaucoup de gens qui travaillent dans le cin\u00e9ma sont install\u00e9s aux Portes-en-R\u00e9 et ils ne sont pas tous de droite. On les croise sur la plage. Nicole Garcia habite \u00e0 Ars-en-R\u00e9, Nathalie Baye y venait aussi. Fran\u00e7ois Ozon, Sandrine Kiberlain, Vincent Lindon, Suzanne Lindon y passent \u00e9galement leurs vacances. Nous sommes en retrait par rapport \u00e0 tout cela. Peut-\u00eatre que nous ne sommes pas assez chics, sans doute trop intellos. Le mari d\u2019une amie nous surnomme \u00ab la bande des agr\u00e9g\u00e9s \u00bb.<\/p>\n\n\n\n En effet, il y a eu plusieurs \u00e9poques. Dans les ann\u00e9es 1970, une bande de Parisiens tr\u00e8s beatniks s\u2019y est install\u00e9e et a ouvert des restaurants. Le foncier ne co\u00fbtait pas ce qu\u2019il co\u00fbte aujourd\u2019hui. Il s’agit d’une famille qui s’appelle les Frigi\u00e8re. Ils sont tr\u00e8s connus \u00e0 l’\u00eele de R\u00e9, parce qu’ils ont essaim\u00e9, ils ont eu des enfants et d\u00e9sormais sont des locaux.<\/p>\n\n\n\n <\/p>\n\n\n\n\n\n <\/p>\n\n\n\n Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, il y a eu une p\u00e9riode o\u00f9 quelques intellectuels venaient \u00e0 l\u2019\u00eele de R\u00e9. Ga\u00ebtan Picon, notamment, y avait une maison et mon village Oui, elles se trouvent \u00e0 Saint-Martin-de-R\u00e9. C\u2019est assez loin de chez nous, \u00e0 une vingtaine de kilom\u00e8tres. C\u2019est le chef-lieu de l\u2019\u00eele, et une ville magnifique, avec des h\u00f4tels particuliers datant du XVIIe si\u00e8cle. \u00c0 ma connaissance, les fortifications ne se trouvent qu\u2019\u00e0 Saint-Martin. Il y a \u00e9galement une prison \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la ville. Alfred Dreyfus y a pass\u00e9 trente-six jours en 1895, avant d\u2019\u00eatre envoy\u00e9 en Guyane. Il y a encore des prisonniers, on entend parfois leurs cris. Il y a \u00e9norm\u00e9ment de monde \u00e0 Saint-Martin, des glaciers, des magasins de v\u00eatements et de d\u00e9coration.<\/p>\n\n\n\n Au d\u00e9but, je ne connaissais personne, alors que les autres propri\u00e9taires de maisons se connaissaient bien entre eux. Mais avec le temps, des gens sont venus vers moi et m\u2019ont pr\u00e9sent\u00e9 d\u2019autres personnes avec lesquelles je suis devenue amie. Ce lieu de vill\u00e9giature est ainsi devenu la continuit\u00e9 de ma vie parisienne. Nous y avons une v\u00e9ritable bande d’amis. Ils ont pour particularit\u00e9 de n\u2019avoir jamais eu de maison de famille, de r\u00e9sidence secondaire ou de point d\u2019ancrage quelque part en France. Pour nous tous, c\u2019\u00e9tait une premi\u00e8re. Il y a un caract\u00e8re pionnier dans le fait de venir dans cet endroit peupl\u00e9 de personnes qui fr\u00e9quentent l\u2019\u00eele de R\u00e9 depuis plusieurs g\u00e9n\u00e9rations et qui ont leurs habitudes. <\/p>\n\n\n\n Ce n\u2019est pas flagrant, m\u00eame si la messe du 15 ao\u00fbt est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e de fa\u00e7on assez solennelle. Il est vrai qu’aux Portes-en-R\u00e9, il y a un c\u00f4t\u00e9 versaillais. On n’entend que des pr\u00e9noms comme Apolline, Victoire ou Amaury. \u00c0 chaque d\u00e9but d’\u00e9t\u00e9, je ressentais de petits \u00e9lectrochocs et je me disais : \u00ab Mais je n’ai rien \u00e0 faire ici, en fait. \u00bb L\u2019une de mes amies, qui avait achet\u00e9 sa maison avant moi, me disait avoir le m\u00eame syndrome et lutter contre. Venir et revenir sur l\u2019\u00eele de R\u00e9 est donc devenu une sorte de revanche pour nous, gens sans maison de famille, qui avons achet\u00e9 la n\u00f4tre entre 45 et 50 ans.<\/p>\n\n\n\n Oui, elle est m\u00eame tr\u00e8s grande. Nous restons beaucoup entre nous, mais nous int\u00e9grons parfois de nouvelles personnes \u00e0 la bande.<\/p>\n\n\n\n C’est la m\u00eame chose qu’\u00e0 Paris : je travaille tous les jours, mais mes horaires varient en fonction de la saison. En hiver, je travaille le matin, puis je fais un tour de v\u00e9lo dans le marais. En \u00e9t\u00e9, je vais me baigner le matin ou l’apr\u00e8s-midi, selon l’envie, et cela me prend deux ou trois heures dans la journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n <\/p>\n\n\n\n\n\n <\/p>\n\n\n\n Le reste du temps, nous sommes tous pris par notre travail et nous nous retrouvons souvent le soir. Mes amis sont enseignants, soit \u00e0 l’universit\u00e9, soit en classes pr\u00e9paratoires. J\u2019ai aussi une amie qui, d\u00e8s le 1er juillet, nous r\u00e9p\u00e8te : \u00ab J\u2019ai mes cours \u00e0 pr\u00e9parer. \u00bb Nous pratiquons \u00e9galement beaucoup d’activit\u00e9s physiques : nous nageons, nous courons, nous faisons du v\u00e9lo. Nous sommes tr\u00e8s actives (une majorit\u00e9 de femmes). Habitu\u00e9e \u00e0 ce genre de vacances, j’ai du mal \u00e0 me retrouver dans un endroit paradisiaque comme la Corse, o\u00f9 je suis \u00e9cras\u00e9e par le soleil et la chaleur, et o\u00f9 je ne peux rien faire d’autre que me baigner et l\u00e9zarder. L\u2019\u00eele de R\u00e9 est une sorte d’alliage parfait qui me correspond.<\/p>\n\n\n\n Les maisons sont basses, car le climat est tr\u00e8s venteux. Il existe un plan d\u2019urbanisme tr\u00e8s strict et contraignant : on ne peut pas faire ce que l\u2019on veut. La couleur des volets est par exemple codifi\u00e9e. On ne peut pas les peindre en rose ; ils doivent \u00eatre de couleur bleue ou verte. Ces r\u00e8gles conf\u00e8rent aux villages une certaine homog\u00e9n\u00e9it\u00e9. Les fa\u00e7ades des maisons sont plut\u00f4t dissimul\u00e9es, comme si elles \u00e9taient jalouses de leur beaut\u00e9. On ne voit jamais de sublimes villas, alors qu’il y en a. Certaines disposent m\u00eame d’un acc\u00e8s priv\u00e9 \u00e0 la plage, mais ce n’est pas Saint-Tropez : ce n’est pas ostentatoire, ces maisons ne sont pas visibles depuis la rue.<\/p>\n\n\n\n La pin\u00e8de, qui se trouve sur le littoral, est tr\u00e8s belle. Elle d\u00e9gage une odeur agr\u00e9able et il est possible de la parcourir gr\u00e2ce \u00e0 des pistes cyclables. Mon village est proche des marais salants et d’une r\u00e9serve naturelle fleurie et peupl\u00e9e d’oiseaux dont on suit les migrations. Au printemps, c’est magnifique : tout est jaune. \u00c0 chaque fois que j’arrive sur l’\u00eele, quelle que soit la saison, je prends mon v\u00e9lo et je traverse les marais salants. Cette travers\u00e9e de 5 km est longue. \u00c0 ce moment-l\u00e0, sur une \u00e9chelle du bonheur qui irait de 1 \u00e0 10, je suis \u00e0 10, et c’est seulement l\u00e0 que j’atteins ce pic. \u00c7a me donne un coup de fouet, puis l’effet s’\u00e9mousse. C’est revigorant, dynamisant. L\u2019\u00eele est tr\u00e8s plate, m\u00eame les femmes enceintes peuvent y faire du v\u00e9lo.<\/p>\n\n\n\n Ils peuvent sentir un peu le lisier et d\u00e9gager des odeurs plus ou moins agr\u00e9ables, mais j\u2019aime toute cette diversit\u00e9. Ce n\u2019est pas une nature tr\u00e8s sauvage ; ce n\u2019est pas la Bretagne. C\u2019est moins brut, m\u00eame si l\u2019on sent l\u2019air marin et que l\u2019\u00eele est battue par les vents en hiver. Ceux qui aiment la Bretagne n\u2019appr\u00e9cient pas trop l\u2019\u00eele de R\u00e9, car elle est plate et la nature y est plut\u00f4t sage. C\u2019est une \u00eele qui pla\u00eet \u00e0 ceux qui n\u2019ont pas l\u2019habitude de vivre en pleine nature. Ce n\u2019est pas pour rien que j\u2019aime cet endroit : j\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 une relation \u00e0 la nature sur le tard. Dans mon enfance, j\u2019allais dans des endroits tr\u00e8s domestiqu\u00e9s. Mon mari s\u2019ennuie d\u2019ailleurs \u00e0 l\u2019\u00eele de R\u00e9, il pr\u00e9f\u00e8re la montagne.<\/p>\n\n\n\n <\/p>\n\n\n\n\n
<\/p>\n\n\n\nDans quelles circonstances a d\u00e9but\u00e9 votre fr\u00e9quentation de l\u2019\u00eele ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Ces diff\u00e9rents \u00ab endroits \u00bb de l\u2019\u00eele, en quoi se distinguent-ils les uns des autres ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
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\n <\/picture>\n Vous avez cit\u00e9 Lionel Jospin ; Philippe Sollers \u00e9tait li\u00e9 lui aussi \u00e0 l\u2019\u00eele de R\u00e9. Dans l\u2019imaginaire collectif, l\u2019\u00eele de R\u00e9 est un endroit tr\u00e8s mondain. Est-ce l\u2019exp\u00e9rience que vous en avez ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Il y a eu des intellectuels aussi, \u00e0 l\u2019\u00eele de R\u00e9.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n <\/s>\u00e9tait habit\u00e9 par des gens comme lui. Tout cela a disparu. Madeleine Chapsal (1925-2024), David Servan-Schreiber (1961-2011) (le fils de Jean-Jacques Servan-Schreiber (1924-2006) qui fut le mari de Madeleine Chapsal, ndlr) <\/em>et R\u00e9gine Deforges (1935-2014), qui \u00e9taient \u00e9galement tr\u00e8s en vue, venaient \u00e0 l\u2019\u00eele de R\u00e9.<\/p>\n\n\n\nL\u2019\u00eele est \u00e9galement connue pour les fortifications que Vauban y a construites.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Qui connaissiez-vous, en arrivant sur l\u2019\u00eele ?<\/strong> <\/h3>\n\n\n\n
Vous d\u00e9crivez une \u00eele fr\u00e9quent\u00e9e par des Fran\u00e7ais attach\u00e9s aux traditions. Sont-ils catholiques pratiquants ?<\/strong><\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Avez-vous r\u00e9ussi \u00e0 cr\u00e9er une familiarit\u00e9 dans ce lieu d\u2019adoption ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Que faites-vous, \u00e0 Saint-Cl\u00e9ment-des-Baleines ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n \u00c0 quoi ressemblent les villages de l\u2019\u00eele ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Quelle est la v\u00e9g\u00e9tation ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Les marais salants d\u00e9gagent-ils une odeur ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
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