{"id":347174,"date":"2026-07-18T12:03:36","date_gmt":"2026-07-18T10:03:36","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=347174"},"modified":"2026-07-18T12:03:42","modified_gmt":"2026-07-18T10:03:42","slug":"la-nationalisation-qui-vient","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/07\/18\/la-nationalisation-qui-vient\/","title":{"rendered":"La nationalisation qui vient"},"content":{"rendered":"\n
Tout l\u2019\u00e9t\u00e9, <\/em>le Grand Continent restera en mouvement. Chaque jour, nous vous apporterons o\u00f9 que vous soyez des id\u00e9es que vous ne trouverez nulle part ailleurs (mais qui seront partout \u00e0 la rentr\u00e9e), des textes introuvables ou rafra\u00eechissants avec nos Dimanches<\/a>. Pour les recevoir directement dans votre bo\u00eete mail et soutenir cet \u00e9lan, pensez \u00e0 vous abonner \u00e0 la revue<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n En avril 2026, le Premier ministre belge Bart De Wever, a annonc\u00e9 une mesure \u00e9conomique inattendue <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span> : son gouvernement allait entamer des n\u00e9gociations avec ENGIE en vue de reprendre possession des sept r\u00e9acteurs nucl\u00e9aires que la compagnie \u00e9nerg\u00e9tique fran\u00e7aise exploite sur ses deux sites belges, \u00e0 Doel et \u00e0 Tihange. Ces centrales ont fourni jusqu\u2019\u00e0 45 % de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 produite en Belgique au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie. <\/p>\n\n\n\n Dans un contexte marqu\u00e9 par les chocs sur les prix de l\u2019\u00e9nergie et les crises du co\u00fbt de la vie, la nationalisation de l\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire permet de fournir une \u00e9lectricit\u00e9 bon march\u00e9 et fiable aux consommateurs. Une nationalisation de la production d\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire serait \u00e9galement int\u00e9ressante sur le plan financier, car une fois construites et mises en service, les centrales nucl\u00e9aires sont rentables. Les sept r\u00e9acteurs ont g\u00e9n\u00e9r\u00e9 pour ENGIE un b\u00e9n\u00e9fice annuel stable compris entre 1,5 et 2 milliards d\u2019euros. Cela explique pourquoi un gouvernement de droite favorable au libre-march\u00e9, comme celui de De Wever, qui s’est par ailleurs montr\u00e9 critique \u00e0 l’\u00e9gard des budgets sociaux \u00e9lev\u00e9s de la Wallonie et a sugg\u00e9r\u00e9 de lever les sanctions contre la Russie, prendrait une mesure aussi interventionniste dans l’\u00e9conomie belge.<\/p>\n\n\n\n Depuis 2016, on constate que le caract\u00e8re sacr\u00e9 de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, et le consensus qui s’\u00e9tait cr\u00e9\u00e9 autour du libre-\u00e9change et du laissez-faire \u00e9conomique, se sont effondr\u00e9s.<\/p>Nicholas Mulder<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Ce qu\u2019entreprend la Belgique n\u2019a rien de nouveau : c\u2019est la derni\u00e8re d\u00e9mocratie occidentale en date \u00e0 s\u2019engager sur la voie de la nationalisation. Sous le gouvernement de Keir Starmer, la Grande-Bretagne a commenc\u00e9 \u00e0 renationaliser ses chemins de fer en 2024, puis a pris le contr\u00f4le effectif de la derni\u00e8re aci\u00e9rie en activit\u00e9 sur le sol anglais, \u00e0 Scunthorpe, en 2025 \u2013 une usine qui est actuellement en passe d’\u00eatre acquise de force \u00e0 son propri\u00e9taire chinois, le groupe Jingye <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le futur Premier ministre, Andy Burnham<\/a>, devrait prendre le contr\u00f4le de la soci\u00e9t\u00e9 Thames Water <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>, en difficult\u00e9 financi\u00e8re, et \u00e9tendre cette campagne de nationalisation \u00e0 d\u2019autres compagnies des eaux, ainsi qu\u2019\u00e0 des services publics essentiels tels que l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et le gaz.<\/p>\n\n\n\n En France, l\u2019Assembl\u00e9e nationale a vot\u00e9, tant en novembre 2025 qu\u2019en juin 2026, la nationalisation des activit\u00e9s du groupe ArcelorMittal <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span> sur le territoire fran\u00e7ais. Cette d\u00e9cision fait suite \u00e0 une s\u00e9rie de rachats strat\u00e9giques par l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais, notamment celui des Chantiers de l\u2019Atlantique en 2017 et de parts priv\u00e9es du g\u00e9ant de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 EDF en 2022. De m\u00eame, les autorit\u00e9s n\u00e9erlandaises envisagent une participation de l\u2019\u00c9tat dans leur principal constructeur naval, Damen <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>, et m\u00e8nent depuis des ann\u00e9es un programme de rachat visant \u00e0 reprendre en main les \u00e9levages bovins responsables d\u2019\u00e9missions excessives d\u2019azote.<\/p>\n\n\n\n L’int\u00e9r\u00eat de ces politiques d’expropriation ne r\u00e9side pas dans leur application r\u00e9elle, mais dans leur caract\u00e8re incitatif : l’\u00e9tatisation permet d’inciter les propri\u00e9taires priv\u00e9s \u00e0 consacrer davantage de ressources \u00e0 l’investissement sous peine de perdre leur bien.<\/p>Nicholas Mulder<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Au-del\u00e0 de l\u2019Europe, la nationalisation a \u00e9galement conquis diff\u00e9rents partis politiques, de tous bords. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Atlantique, la deuxi\u00e8me administration Trump tient \u00e0 affirmer le pouvoir de l\u2019\u00c9tat non seulement sur le secteur des terres rares, mais aussi sur les Big Tech sp\u00e9cialis\u00e9es dans les r\u00e9seaux sociaux, les fabricants de puces \u00e9lectroniques, les aci\u00e9ries et les entreprises d\u2019intelligence artificielle. En 2025, elle a acquis une participation majoritaire dans MP Materials, la seule mine de terres rares des \u00c9tats-Unis ; elle a impos\u00e9 la vente, \u00e0 un prix inf\u00e9rieur \u00e0 celui du march\u00e9, des activit\u00e9s am\u00e9ricaines de TikTok \u00e0 un consortium d\u2019investisseurs am\u00e9ricains, dans le cadre de l\u2019une des plus grandes expropriations technologiques de ce si\u00e8cle ; elle a conserv\u00e9 une \u00ab action d\u2019or \u00bb dans US Steel pour l\u2019emporter sur ses propri\u00e9taires japonais ; et elle a pris une participation de 10 % dans le fabricant de puces Intel. Trump a encore r\u00e9cemment \u00e9voqu\u00e9 la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9tendre la participation de l\u2019\u00c9tat dans les entreprises d\u2019IA.<\/p>\n\n\n\n Au d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9 2026, un v\u00e9ritable d\u00e9bat national a \u00e9merg\u00e9 sur la propri\u00e9t\u00e9 publique des entreprises d\u2019intelligence artificielle. OpenAI a d\u00e9j\u00e0 propos\u00e9 \u00e0 la Maison-Blanche une participation de 5 % dans son capital. La proposition la plus ambitieuse \u00e9mane toutefois des professeurs de droit Jeremy Bearer-Friend et Sarah Polcz publi\u00e9e dans le Columbia Journal of Tax Law<\/em> <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span> : imposer une taxe unique de 50 % sur le capital des entreprises d\u2019IA d\u2019importance syst\u00e9mique, payable en actions.<\/p>\n\n\n\n Cette id\u00e9e politique, qui consiste \u00e0 transf\u00e9rer 50 % du capital des grandes entreprises d\u2019IA au secteur public, a r\u00e9cemment \u00e9t\u00e9 soutenue par le s\u00e9nateur Bernie Sanders <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span> et d’autres responsables de l\u2019aile gauche du Parti d\u00e9mocrate. Elle repr\u00e9sente d\u00e9sormais l\u2019avant-garde de la politique progressiste en mati\u00e8re d\u2019IA.<\/p>\n\n\n\n Donald Trump et Bernie Sanders ont tr\u00e8s peu en commun sur le plan id\u00e9ologique, si ce n’est le sentiment que le lib\u00e9ralisme am\u00e9ricain de la fin du XXe si\u00e8cle a failli \u00e0 la population am\u00e9ricaine.<\/p>Nicholas Mulder<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n En dehors de l’Occident, on observe \u00e9galement de multiples processus de nationalisation sur tous les continents. Le Mexique et le Chili ont ainsi lanc\u00e9 des op\u00e9rations de prise de contr\u00f4le par l\u2019\u00c9tat de leurs cha\u00eenes d\u2019approvisionnement en lithium en 2018 et 2023. Des mines d\u2019or et des sites de production d\u2019uranium ont \u00e9t\u00e9 nationalis\u00e9s au Mali, au Burkina Faso et au Niger depuis que des juntes militaires ont pris le pouvoir au d\u00e9but des ann\u00e9es 2020. En Indon\u00e9sie, le gouvernement de Prabowo Subianto a lanc\u00e9 un vaste programme de confiscation d’actifs \u00e0 l’encontre d’entreprises \u00e9trang\u00e8res dans les secteurs de l’huile de palme et du nickel. Le produit de ces op\u00e9rations a servi \u00e0 renforcer les services publics et \u00e0 financer le nouveau fonds souverain de Jakarta, Danantara.<\/p>\n\n\n\n La hausse des in\u00e9galit\u00e9s, en partie due \u00e0 un co\u00fbt de la vie de plus en plus \u00e9lev\u00e9, provoque des tensions sociales qui constituent un facteur d’explication non n\u00e9gligeable de cette vague croissante de nationalisations et de ce contr\u00f4le accru de l’\u00c9tat sur la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. \u00c0 Berlin, un r\u00e9f\u00e9rendum populaire organis\u00e9 en 2021 a approuv\u00e9 l\u2019expropriation de Deutsche Wohnen & Co., la plus grande soci\u00e9t\u00e9 immobili\u00e8re priv\u00e9e de la ville. Cette mesure est autoris\u00e9e par l\u2019article 14 de la Grundgesetz allemande, qui permet aux autorit\u00e9s de s\u2019approprier des biens immobiliers afin de promouvoir le bien-\u00eatre de la population. La garantie d’avoir acc\u00e8s \u00e0 un logement abordable en fait notamment partie. Les appels \u00e0 la nationalisation des chemins de fer, de l\u2019eau et des services publics au Royaume-Uni trouvent leur source dans cette m\u00eame attention port\u00e9e au bien-\u00eatre social. <\/p>\n\n\n\n \u00c0 l\u2019\u00e9chelle municipale, Paris et Barcelone ont toutes deux men\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es des politiques visant \u00e0 acqu\u00e9rir des terrains priv\u00e9s pour augmenter la part des \u00e9quipements publics. \u00c0 New York, le nouveau maire, Zohran Mamdani, a pr\u00e9sent\u00e9 une strat\u00e9gie qu\u2019il a appel\u00e9e \u00ab Block by Block \u00bb <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>, permettant \u00e0 la ville d\u2019exproprier des immeubles r\u00e9sidentiels tomb\u00e9s en ruine ou dont seuls quelques appartements sont lou\u00e9s. Dans de nombreux cas, l\u2019int\u00e9r\u00eat de ces politiques d\u2019expropriation ne r\u00e9side pas dans leur application r\u00e9elle, mais dans leur caract\u00e8re incitatif : l\u2019\u00e9tatisation permet d’inciter les propri\u00e9taires priv\u00e9s \u00e0 consacrer davantage de ressources \u00e0 l\u2019investissement et \u00e0 la modernisation d\u2019infrastructures essentielles, sous peine de perdre leur bien.<\/p>\n\n\n\n Ce \u00e0 quoi nous assistons \u00e0 travers toutes ces initiatives visant \u00e0 renforcer le contr\u00f4le et la propri\u00e9t\u00e9 publics d\u2019industries de premier plan \u2014 un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 premi\u00e8re vue disparate, mais remarquablement coh\u00e9rent lorsqu\u2019on l\u2019examine dans son ensemble \u2014, c\u2019est l\u2019\u00e9mergence d\u2019une vague mondiale de nationalisation. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne n’est pas nouveau et nous l’avons d\u00e9j\u00e0 observ\u00e9 par le pass\u00e9. Historiquement, les nationalisations ont eu tendance \u00e0 se produire par vagues successives. En effet, elles ont souvent servi de signal politique dans des contextes vari\u00e9s, allant de la guerre aux changements id\u00e9ologiques manifestes, en passant par les d\u00e9pressions et les chocs de prix. <\/p>\n\n\n\n C’est pourquoi les nationalisations se concentrent souvent sur des p\u00e9riodes courtes et intenses. Mais il existe \u00e9galement des effets d\u2019imitation et de d\u00e9monstration de force : d\u00e8s lors que des \u00c9tats puissants commencent \u00e0 nationaliser des biens, cela pousse implicitement d\u2019autres pays \u00e0 faire de m\u00eame. Depuis 2016, on constate que le caract\u00e8re sacr\u00e9 de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, et le consensus qui s\u2019\u00e9tait cr\u00e9\u00e9 autour du libre-\u00e9change et du laissez-faire \u00e9conomique, se sont effondr\u00e9s. \u00c0 partir de 2021, le recours \u00e0 la politique industrielle, aux droits de douane et aux sanctions comme moyens de pression s\u2019est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 partout dans le monde. Les conflits arm\u00e9s de haute intensit\u00e9 en Europe de l\u2019Est et au Moyen-Orient ont d\u00e9clench\u00e9 de nouvelles tendances interventionnistes dans les sph\u00e8res \u00e9conomiques internationales et nationales : l\u2019objectif est de stabiliser les march\u00e9s, emp\u00eacher les d\u00e9localisations, garantir l\u2019approvisionnement de son pays en biens essentiels, mais aussi de sanctionner ses ennemis et de confisquer les ressources de ses rivaux.<\/p>\n\n\n\n Ce \u00e0 quoi nous assistons \u00e0 travers toutes ces initiatives visant \u00e0 renforcer le contr\u00f4le et la propri\u00e9t\u00e9 publics d\u2019industries de premier plan c\u2019est l\u2019\u00e9mergence d\u2019une vague mondiale de nationalisation. <\/p>Nicholas Mulder<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n En ce sens, la vague actuelle de nationalisations est, comme l’aurait dit Althusser, surd\u00e9termin\u00e9e par de multiples facteurs causaux. Mais toute surd\u00e9termination est travers\u00e9e de contradictions et peut \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9e comme une combinaison sp\u00e9cifique de tendances dominantes et subordonn\u00e9es. Parmi les diff\u00e9rents moteurs de la vague actuelle de nationalisations (la g\u00e9opolitique, la crise \u00e9cologico-infrastructurelle et le conflit social), la structure \u00e0 dominante est le premier facteur : la radicalisation des politiques g\u00e9o\u00e9conomiques men\u00e9e par les \u00c9tats-Unis, et de plus en plus suivie par des pays comme la Chine, l’Iran, la Russie, l’Indon\u00e9sie et les \u00c9tats membres de l’Union europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n Il existe diverses fa\u00e7ons de caract\u00e9riser ce processus : on peut dire, avec Adam Tooze, qu\u2019on assiste \u00e0 l\u2019av\u00e8nement d\u2019une \u00ab hyper-agence \u00bb am\u00e9ricaine post-h\u00e9g\u00e9monique ; Eric Helleiner, pour sa part, \u00e9voque un \u00ab monde n\u00e9o-mercantiliste \u00bb ; enfin, Arnaud Orain parle d\u2019un retour \u00e0 une nouvelle phase du \u00ab capitalisme de la finitude \u00bb. Quelles que soient les expressions employ\u00e9es, ce changement s\u2019affirme comme structurel et id\u00e9ologiquement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne : socialistes d\u00e9mocrates, partisans du \u00ab Make America Great Again \u00bb, apparatchiks du Parti travailliste, nationalistes flamands, populistes chiliens et mexicains, juntes sah\u00e9liennes et anciens g\u00e9n\u00e9raux indon\u00e9siens \u2013 tous poursuivent des programmes qui contribuent \u00e0 cette tendance mondiale, celle du recours \u00e0 la nationalisation.<\/p>\n\n\n\n Une fois cela pos\u00e9, comment \u00e9valuer cette vague de nationalisations d’un point de vue historique ? Dans un article r\u00e9cemment publi\u00e9 dans la revue Finance and Development du Fonds mon\u00e9taire international <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>, j\u2019ai eu l\u2019occasion de revenir sur trois vagues de nationalisation qui ont marqu\u00e9 le XXe si\u00e8cle. La premi\u00e8re a \u00e9t\u00e9 l\u2019essor de la nationalisation au nom d\u2019une politique de lutte contre la crise. Elle a \u00e9t\u00e9 de type \u00e9tatiste et a d\u00e9but\u00e9 pendant la Grande D\u00e9pression, lorsque l\u2019\u00e9conomie mondiale s\u2019est effondr\u00e9e et que les fleurons industriels nationaux ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre renationalis\u00e9s, apr\u00e8s plus d\u2019un demi-si\u00e8cle de mondialisation croissante. Cette vague a compt\u00e9 de nombreux protagonistes aux appartenances politiques tr\u00e8s diverses : des progressistes d\u00e9mocrates tels que Franklin Roosevelt, le Front populaire de Blum en France et les populistes au Mexique, aux r\u00e9gimes fascistes d\u2019Hitler et de Mussolini, en passant par les g\u00e9n\u00e9raux d\u2019Am\u00e9rique latine et l\u2019\u00c9tat-parti stalinien en Union sovi\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n En 1975, les pays en d\u00e9veloppement nationalisaient une entreprise \u00e9trang\u00e8res tous les quatre jours.\u00a0<\/p>Nicholas Mulder<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Une deuxi\u00e8me vague a eu lieu \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1940, lorsque les \u00c9tats europ\u00e9ens ont nationalis\u00e9 une grande partie de leurs infrastructures publiques, de leur parc de logements, de leurs syst\u00e8mes \u00e9nerg\u00e9tiques et d’une part importante de leur activit\u00e9 industrielle. Ces r\u00e9formes s’inscrivaient dans un consensus id\u00e9ologiquement plus structur\u00e9, fond\u00e9 sur la reconstruction d’apr\u00e8s-guerre et sur un nouveau contrat social pr\u00f4nant l’\u00e9quit\u00e9 et un r\u00f4le accru de l’\u00c9tat. <\/p>\n\n\n\nUne nouvelle vague mondiale de nationalisations<\/h2>\n\n\n\n