{"id":347011,"date":"2026-07-16T06:30:00","date_gmt":"2026-07-16T04:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=347011"},"modified":"2026-07-16T00:55:36","modified_gmt":"2026-07-15T22:55:36","slug":"le-pentagone-sen-prend-aux-puissances-moyennes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/07\/16\/le-pentagone-sen-prend-aux-puissances-moyennes\/","title":{"rendered":"Le Pentagone s\u2019en prend aux puissances moyennes"},"content":{"rendered":"\n
Elbridge Colby est un strat\u00e8ge r\u00e9publicain sp\u00e9cialiste de la d\u00e9fense, th\u00e9oricien du recentrage des ressources militaires am\u00e9ricaines sur la comp\u00e9tition avec la Chine. Ancien architecte de la Strat\u00e9gie de d\u00e9fense nationale de 2018, il est d\u00e9sormais sous-secr\u00e9taire \u00e0 la Guerre charg\u00e9 de la politique, soit le num\u00e9ro trois du Pentagone, rebaptis\u00e9 depuis septembre 2025 D\u00e9partement de la Guerre. Auteur de The Strategy of Denial<\/em> <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>, il se revendique d’un r\u00e9alisme assum\u00e9, pour lequel les alliances ne valent que par le \u00ab prisme des int\u00e9r\u00eats, de la g\u00e9ographie, de l’\u00e9conomie et de la puissance militaire \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Dans un fil publi\u00e9 sur son compte officiel X <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span> le 14 juillet, qui a \u00e9t\u00e9 largement relay\u00e9 et comment\u00e9, Colby s’adresse ostensiblement aux analystes, mais en r\u00e9alit\u00e9 aux capitales des pays historiquement alli\u00e9s des \u00c9tats-Unis, avec un double objectif : disqualifier par avance toute tentative de coordination entre puissances moyennes, et rappeler la d\u00e9pendance absolue de ces pays \u00e0 l’\u00e9gard de l’industrie de d\u00e9fense am\u00e9ricaine, avec une menace \u00e0 peine d\u00e9guis\u00e9e : \u00ab l’acc\u00e8s \u00e0 la base industrielle de d\u00e9fense am\u00e9ricaine est un privil\u00e8ge, pas un droit \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Cette intervention survient le jour du d\u00e9fil\u00e9 du 14 juillet, qui a vu assembl\u00e9es pour la premi\u00e8re fois \u00e0 Paris, les forces d\u2019une large coalition sans les \u00c9tats-Unis \u2013 des troupes de 35 pays ont d\u00e9fil\u00e9 sur les Champs-\u00c9lys\u00e9es, devant 25 chefs d\u2019\u00c9tat et de gouvernement invit\u00e9s, dont le pr\u00e9sident ukrainien Volodymyr Zelensky \u2013, dans une configuration parall\u00e8le par rapport \u00e0 l’OTAN. C’est pr\u00e9cis\u00e9ment ce basculement, encore fragile mais d\u00e9sormais visible<\/a>, que le texte de Colby cherche \u00e0 contrer en relativisant d\u2019une mani\u00e8re indirecte son influence, mais en l\u2019attaquant.<\/p>\n\n\n\n D’o\u00f9 l\u2019importance de lire le texte qui suit et comprendre ce qu’il r\u00e9v\u00e8le.<\/p>\n\n\n\n Il y a beaucoup d’agitation ces jours-ci autour d’une strat\u00e9gie collective des \u00ab puissances moyennes \u00bb. <\/p>\n\n\n\n La \u00ab strat\u00e9gie collective des puissances moyennes \u00bb d\u00e9signe l’id\u00e9e, popularis\u00e9e notamment par le Premier ministre canadien Mark Carney lors d\u2019un discours prononc\u00e9 \u00e0 Davos en janvier<\/a> et reprise dans les d\u00e9bats europ\u00e9ens sur l’autonomie strat\u00e9gique, selon laquelle des \u00c9tats de rang interm\u00e9diaire, comme le Canada, le Japon, la Cor\u00e9e du Sud, l’Australie, ainsi que des pays de l’Union, pourraient coordonner leurs politiques de d\u00e9fense, d’armement et de commerce afin de r\u00e9duire leur exposition \u00e0 l’impr\u00e9visibilit\u00e9 am\u00e9ricaine. Cette approche ne vise pas \u00e0 remplacer l’alliance avec les \u00c9tats-Unis, mais \u00e0 cr\u00e9er des options : diversification des fournisseurs d’armes, mont\u00e9e en puissance des industries de d\u00e9fense nationales et coop\u00e9rations entre alli\u00e9s, sans passer par Washington. Elle permettrait ainsi de r\u00e9duire le risque que le chercheur Olivier Schmitt appelle<\/a> \u00ab racket de protection \u00bb et la transformation des d\u00e9pendances en vuln\u00e9rabilit\u00e9s d\u00e9bouchant sur une vassalisation. <\/p>\n\n\n\n Au D\u00e9partement de la Guerre, nous ne craignons pas qu’il s’agisse d’une possibilit\u00e9 s\u00e9rieuse. Nous sommes plut\u00f4t pr\u00e9occup\u00e9s par le fait que quelques alli\u00e9s et partenaires le croient et gaspillent du temps, de l’ argent et du capital politique pr\u00e9cieux sur une distraction.<\/p>\n\n\n\n De notre point de vue, une strat\u00e9gie collective des puissances moyennes repose sur une compr\u00e9hension erron\u00e9e des relations internationales. Nous sommes des r\u00e9alistes flexibles. Nous voyons donc la sc\u00e8ne internationale \u00e0 travers le prisme des int\u00e9r\u00eats, de la g\u00e9ographie, de l’\u00e9conomie, de la puissance militaire, etc. Les \u00ab puissances moyennes \u00bb n’ont pas de base coh\u00e9rente d’alignement.<\/p>\n\n\n\n Une base coh\u00e9rente d’alignement existe pourtant, et elle est parfaitement r\u00e9aliste : la n\u00e9cessit\u00e9 partag\u00e9e de r\u00e9duire l’exposition aux menaces imp\u00e9riales des \u00c9tats-Unis. Le Canada ou les membres de l’Union n’ont ni g\u00e9ographie ni menaces communes, mais ils font face au m\u00eame fournisseur dominant et au m\u00eame protecteur impr\u00e9visible et c’est pr\u00e9cis\u00e9ment ainsi que le r\u00e9alisme explique la formation des coalitions : non par affinit\u00e9, mais par exposition commune \u00e0 une puissance capable de nuire \u00e0 chacun. L’historien et politiste Alexander Clarkson<\/a> met en garde contre une lecture qui r\u00e9duirait la strat\u00e9gie des puissances moyennes (le discours de Carney<\/a>, les efforts d’autonomie strat\u00e9gique de l’Union) \u00e0 une simple r\u00e9action \u00e0 l’impr\u00e9visibilit\u00e9 politique am\u00e9ricaine, comme si un changement d’administration \u00e0 Washington suffisait \u00e0 restaurer la confiance. Des tendances structurelles plus profondes (\u00e9conomiques, d\u00e9mographiques, institutionnelles et culturelles) sugg\u00e8rent que les \u00c9tats-Unis pourraient ne plus \u00eatre en mesure de soutenir le statut d\u2019hyperpuissance que leurs \u00e9lites tiennent pour acquis.<\/strong><\/p>\n\n\n\n Il n\u2019est pas clair quelles annonces ont suscit\u00e9 ces propos de Colby, qui est toutefois connu pour avoir remis en cause par le pass\u00e9 la relation des \u00c9tats-Unis avec Ta\u00efwan, en d\u00e9clarant que l\u2019\u00eele ne constituait \u00ab pas un enjeu vital \u00bb pour Washington. La d\u00e9finition m\u00eame de cette strat\u00e9gie des \u00ab puissances moyennes \u00bb fait d\u2019ailleurs l\u2019objet de d\u00e9bat : l\u2019Inde refuse d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme faisant partie de ce groupe, tandis que la France et le Royaume-Uni notamment, deux pays dot\u00e9s et membres permanents du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019ONU, ne se consid\u00e8rent pas comme tels.<\/p>\n\n\n\n Cela n’est pas non plus confirm\u00e9 par la r\u00e9alit\u00e9, selon notre exp\u00e9rience. Nous constatons une recrudescence du d\u00e9sir d’engagement avec les \u00c9tats-Unis, et non une diminution. Sous la direction du pr\u00e9sident Trump, les pays ne voient pas seulement la valeur de l’engagement am\u00e9ricain, ils ne peuvent plus le consid\u00e9rer comme acquis. Nous observons sans aucun doute un signal de demande incroyablement fort et continu pour la pr\u00e9sence et l’engagement militaires am\u00e9ricains \u00e0 travers le monde.<\/p>\n\n\n\n