{"id":346682,"date":"2026-07-14T06:00:00","date_gmt":"2026-07-14T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=346682"},"modified":"2026-07-14T04:14:01","modified_gmt":"2026-07-14T02:14:01","slug":"donald-trump-reve-t-il-detre-un-president-francais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/07\/14\/donald-trump-reve-t-il-detre-un-president-francais\/","title":{"rendered":"Donald Trump r\u00eave-t-il d\u2019\u00eatre un pr\u00e9sident fran\u00e7ais ?"},"content":{"rendered":"\n
Tout l\u2019\u00e9t\u00e9,\u00a0<\/em>le Grand Continent\u00a0restera en mouvement. Chaque jour, nous vous apporterons o\u00f9 que vous soyez des id\u00e9es que vous ne trouverez nulle part ailleurs (mais qui seront partout \u00e0 la rentr\u00e9e), des textes introuvables ou rafra\u00eechissants avec nos\u00a0Dimanches<\/a>. Pour les recevoir directement dans votre bo\u00eete mail et soutenir cet \u00e9lan,\u00a0pensez \u00e0 vous abonner \u00e0 la revue<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n Dix jours s\u00e9parent, chaque ann\u00e9e, la f\u00eate nationale des Am\u00e9ricains de celle des Fran\u00e7ais : Independence Day, le 4 juillet d’un c\u00f4t\u00e9, le 14 juillet (Bastille Day, comme on dit \u00e0 Washington) de l’autre. D’ordinaire, les deux comm\u00e9morations n’ont en commun que de se tenir en juillet. <\/p>\n\n\n\n En 2026, elles commencent \u00e0 se ressembler. <\/p>\n\n\n\n Cette proximit\u00e9 soudaine doit sans doute davantage \u00e0 la volont\u00e9 de Donald Trump d’importer des \u00e9l\u00e9ments fran\u00e7ais dans la f\u00eate nationale. Elle offre un pr\u00e9texte pour reprendre un examen entam\u00e9 depuis plusieurs ann\u00e9es : celui des emprunts, conscients ou non, que le pouvoir am\u00e9ricain fait au r\u00e9pertoire fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n On pourrait juger anecdotiques les observations qui suivent. On peut aussi consid\u00e9rer qu\u2019elles rel\u00e8vent de la science politique la plus classique : aucun r\u00e9gime ne change de nature sans changer d’abord de vocabulaire visuel. Un d\u00e9fil\u00e9, un palais, un vase dor\u00e9 ne sont jamais de simples ornements, ils annoncent, avant que le droit ne les consacre, les pratiques du pouvoir \u00e0 venir. C’est ce d\u00e9placement, des signes vers les institutions, que je me propose de suivre, pas \u00e0 pas.<\/p>\n\n\n\n Sans doute \u00e0 cause de la volont\u00e9 de Donald Trump d’introduire dans la f\u00eate nationale des \u00e9l\u00e9ments emprunt\u00e9s au 14 juillet fran\u00e7ais, cette ann\u00e9e 2026 a vu se d\u00e9ployer, dans le ciel de Washington, un d\u00e9fil\u00e9 a\u00e9rien pour le 4 juillet.<\/p>\n\n\n\n\n\n Cette manifestation de la puissance, fait suite \u00e0 la parade militaire du 14 juin 2025, qui rencontra un succ\u00e8s limit\u00e9, pr\u00e9cis\u00e9ment analys\u00e9 dans ces pages par Thierry Breton<\/a>.<\/p>\n\n\n\n Invit\u00e9 d’honneur avec Melania au d\u00e9fil\u00e9 du 14 juillet 2017 sur les Champs-\u00c9lys\u00e9es, Donald Trump parut \u00e9merveill\u00e9 par l’ordonnance millim\u00e9tr\u00e9e des troupes, l’\u00e9clat des uniformes, le passage des blind\u00e9s, le survol des avions de chasse.<\/p>\n\n\n\n\n\n Le pr\u00e9sident am\u00e9ricain confia, \u00e0 son retour : \u00ab C’est l’un des plus grands d\u00e9fil\u00e9s que je n’aie jamais vus. [\u2026] Nous allons devoir faire quelque chose de similaire \u00e0 Washington. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Il lui aura fallu presque dix ans. On aurait pu croire, comme souvent avec lui, qu’il s’agissait d’une phrase en l’air. Il s’obstina. Cette d\u00e9claration, aux dehors anodins, marquait les pr\u00e9mices d’une r\u00e9volution culturelle : la tentative, plus ou moins consciente, d’acclimater les symboles royaux du pouvoir fran\u00e7ais au c\u0153ur de pratiques con\u00e7ues, historiquement, pour r\u00e9sister \u00e0 toute tendance monarchique.<\/p>\n\n\n\n Tocqueville l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9<\/a>, le charme du 4 juillet am\u00e9ricain tient pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 son absence de faste : f\u00eate civique, familiale, locale, jalonn\u00e9e de barbecues et de kermesses de quartier, elle appartient davantage \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 qu’\u00e0 l’\u00c9tat. Le concept fran\u00e7ais de f\u00eate nationale diff\u00e8re du tout au tout. La prise de la Bastille reste une op\u00e9ration militaire, qu’on la c\u00e9l\u00e8bre ou non comme telle.<\/p>\n\n\n\n Trump avait d\u00e9j\u00e0 tent\u00e9 d’organiser un d\u00e9fil\u00e9 depuis le Pentagone pour le jour des anciens combattants (Veterans Day<\/em>) de 2018. L’op\u00e9ration avait alors tourn\u00e9 au fiasco bureaucratique : le budget avait explos\u00e9 et la municipalit\u00e9 de Washington s’\u00e9tait oppos\u00e9e au passage de chars de soixante tonnes sur la chauss\u00e9e. On imagine mal le maire de Paris refuser une telle demande au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Cet \u00e9pisode en dit long sur la puissance des pouvoirs locaux aux \u00c9tats-Unis : m\u00eame dans la capitale f\u00e9d\u00e9rale, le pr\u00e9sident n’est pas tout \u00e0 fait chez lui. L’\u00e9tat-major am\u00e9ricain se montrait alors r\u00e9tif \u00e0 ce qu’il percevait comme des d\u00e9monstrations propres aux r\u00e9gimes autocratiques<\/a>. Il fit preuve d’une prudente inertie.<\/p>\n\n\n\n Avec le second mandat, la diff\u00e9rence saute aux yeux : ce qui semblait impossible a eu lieu. Le 14 juin 2025, pour le 250\u1d49 anniversaire de l’US Army, qui co\u00efncidait avec le soixante-dix-neuvi\u00e8me anniversaire de Donald Trump, une parade d’inspiration fran\u00e7aise se d\u00e9ploya le long de Constitution Avenue. Reconstitutions historiques, blind\u00e9s lourds, 6 700 militaires mobilis\u00e9s pour un co\u00fbt estim\u00e9 entre 25 et 45 millions de dollars : en empruntant la grammaire spectaculaire du 14 juillet fran\u00e7ais, l’administration a transform\u00e9 la c\u00e9l\u00e9bration de l’ind\u00e9pendance en d\u00e9fil\u00e9, o\u00f9 les l\u00e9gions marchent pour le prestige du prince. Le fait n’est pas anodin dans un pays n\u00e9 de l’id\u00e9al du soldat-citoyen.<\/p>\n\n\n\n En 1970, Roland Barthes publia un r\u00e9cit de voyage au Japon intitul\u00e9 myst\u00e9rieusement L\u2019Empire des signes<\/em>. Il y d\u00e9crivait un monde de formes pures, d\u00e9tach\u00e9es de leur substance initiale. Chez Donald Trump, l’exercice est plus brutal, presque compulsif : il s’approprie la s\u00e9miologie fran\u00e7aise du pouvoir, de l’or de Louis XIV \u00e0 la verticalit\u00e9 de la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique, \u00e0 la mani\u00e8re d’un parvenu qui s’offrirait les antiquit\u00e9s d’une lign\u00e9e qui n’est pas la sienne. En s’appropriant un empire de signes, Trump fait na\u00eetre sous nos yeux le signe d’un empire.<\/p>\n\n\n\n La tentation devient plus trouble lorsqu’on quitte le domaine des formes pour aborder l’architecture institutionnelle. Trump semble regretter de ne pas pouvoir disposer des arm\u00e9es comme d’un attribut personnel, regret qui transpara\u00eet dans son vocabulaire habituel, lorsqu’il parle de \u00ab mes g\u00e9n\u00e9raux \u00bb ou de \u00ab ma marine \u00bb. L’appareil militaire am\u00e9ricain pr\u00eate pourtant serment \u00e0 la Constitution et non \u00e0 l’occupant de la Maison-Blanche, ce qui impose \u00e0 chaque soldat le devoir de r\u00e9cuser tout ordre qui lui serait contraire. Le choix du vocabulaire n’est jamais anodin : se servir du possessif \u00e0 la premi\u00e8re personne du singulier, c’est glisser du commandement constitutionnel, temporaire et fonctionnel, \u00e0 la position de chef des arm\u00e9es, comme si l’institution militaire devenait l’apanage d’un seul homme plut\u00f4t que le bras arm\u00e9 d’un texte.<\/p>\n\n\n\n En France, la situation est diff\u00e9rente, comme l’a per\u00e7u avec acuit\u00e9 Trump en juillet 2017 : le pr\u00e9sident Macron, alors \u00e2g\u00e9 de seulement 40 ans, passait en revue les forces arm\u00e9es, \u00e0 la mani\u00e8re de Louis XIV ou de Napol\u00e9on Bonaparte.<\/p>\n\n\n\n\n\n Ce n’est pas contraire \u00e0 l’esprit r\u00e9publicain, car la naissance de la R\u00e9publique fran\u00e7aise co\u00efncide \u00e9galement avec le moment o\u00f9 la patrie se l\u00e8ve pour les armes, au lendemain de Valmy. D\u2019ailleurs, l’article 15 de la Constitution conf\u00e8re au pr\u00e9sident le titre exclusif de chef des arm\u00e9es. Trump a compris qu’un tel arrangement \u00e9tait donc possible au sein m\u00eame d’une r\u00e9publique.<\/p>\n\n\n\n Les signes viennent parfois de Truth Social. En f\u00e9vrier 2025, alors que ses d\u00e9crets et ses projets de refonte de l’\u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral \u00e9taient censur\u00e9s par les cours de justice, il diffusa une sentence rest\u00e9e c\u00e9l\u00e8bre : \u00ab Celui qui sauve sa patrie ne viole aucune loi. \u00bb <\/p>\n\n\n\n\n\n Cette formule est souvent (\u00e0 tort) attribu\u00e9e \u00e0 Napol\u00e9on Bonaparte. Elle suscita une vive r\u00e9action aux \u00c9tats-Unis, o\u00f9 l’on y vit la profession de foi d’un c\u00e9sarisme assum\u00e9, l’id\u00e9e que la l\u00e9gitimit\u00e9 du chef prime sur les codes et les tribunaux. Cette vision pl\u00e9biscitaire du pouvoir, qui place l’ex\u00e9cutif au-dessus des institutions, heurte de front la tradition am\u00e9ricaine. Mais l’id\u00e9e du Sauveur<\/a> renvoie, une fois encore, \u00e0 quelque chose de fran\u00e7ais, la tradition providentielle royale.<\/p>\n\n\n\n Napol\u00e9on ressurgit dans le projet d’un arc de l’Ind\u00e9pendance destin\u00e9 \u00e0 Washington, dont la hauteur, 76 m\u00e8tres, est cens\u00e9e \u00e9clipser l’Arc de triomphe. Le monument devrait \u00eatre \u00e9rig\u00e9 sur le rond-point de Columbia Island, sur Memorial Drive, entre le pont Arlington Memorial et le cimeti\u00e8re national d’Arlington. Le 15 octobre 2025, Trump a montr\u00e9 aux journalistes, dans le Bureau ovale, une maquette pos\u00e9e sur son bureau. <\/p>\n\n\n\n\n Interrog\u00e9 sur le destinataire de ce monument, il a r\u00e9pondu : \u00ab Moi. Et \u00e7a va \u00eatre magnifique. \u00bb L’appellation \u00ab arc de l’Ind\u00e9pendance \u00bb \u00e9tait ainsi quelque peu d\u00e9tourn\u00e9e. En juillet 2026, L\u2019Arc de Trump n’est pas encore construit, mais le projet a franchi le stade de l’id\u00e9e pour atteindre celui de l’approbation pr\u00e9liminaire, avec des travaux pr\u00e9paratoires engag\u00e9s sur le site.<\/p>\n\n\n\n De l’arm\u00e9e aux pierres, la distance para\u00eet grande. Elle ne l’est pas tant que cela : le pouvoir qui r\u00eave de commander seul aux arm\u00e9es r\u00eave aussi, presque n\u00e9cessairement, de loger seul dans un palais. C’est \u00e0 ce second chantier, plus intime (et plus dor\u00e9), que Trump a consacr\u00e9 une part disproportionn\u00e9e de son second mandat.<\/p>\n\n\n\n C’est peut-\u00eatre le troisi\u00e8me exemple dont on a le plus parl\u00e9 : la salle de bal de la Maison-Blanche, rupture assum\u00e9e dans l’histoire de ce lieu embl\u00e9matique de la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine. Une diff\u00e9rence fondamentale s\u00e9parait, jusqu’ici, la Maison-Blanche de l’\u00c9lys\u00e9e. La premi\u00e8re fut pens\u00e9e comme la demeure d’un premier magistrat, comptable devant le peuple, et locataire temporaire des lieux. Le second est un h\u00f4tel particulier, devenu palais, habit\u00e9 par des pr\u00e9sidents et par un empereur. <\/p>\n\n\n\n L’\u00c9lys\u00e9e dispose d’un attribut rare pour un palais pr\u00e9sidentiel occidental : une salle des f\u00eates monumentale et \u00e9l\u00e9gante<\/a>, capable d’accueillir les v\u0153ux de la R\u00e9publique, comme les d\u00eeners d’\u00c9tat et les conf\u00e9rences de presse pr\u00e9sidentielles. La Maison-Blanche ne poss\u00e8de rien de tel, et chaque visiteur y ressent la modestie d’une maison, qui n’est pas un palais, parce que le pr\u00e9sident n\u2019est pas un roi et parce que les rois doivent se plier aux r\u00e8gles r\u00e9publicaines.<\/p>\n\n\n\nPour changer de nature, un r\u00e9gime change d\u2019abord de grammaire visuelle<\/h2>\n\n\n\n
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\n <\/picture>\n Mettre en sc\u00e8ne le triomphe<\/h2>\n\n\n\n
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\n <\/picture>\n L\u2019or et le bal<\/h2>\n\n\n\n