{"id":346467,"date":"2026-07-13T06:00:00","date_gmt":"2026-07-13T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=346467"},"modified":"2026-07-13T06:32:23","modified_gmt":"2026-07-13T04:32:23","slug":"le-14-juillet-qui-pourrait-changer-leurope","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/07\/13\/le-14-juillet-qui-pourrait-changer-leurope\/","title":{"rendered":"Le 14 Juillet qui pourrait changer l’Europe"},"content":{"rendered":"\n
Tout l\u2019\u00e9t\u00e9, <\/em>le Grand Continent restera en mouvement. Chaque jour, nous vous apporterons o\u00f9 que vous soyez des id\u00e9es que vous ne trouverez nulle part ailleurs (mais qui seront partout \u00e0 la rentr\u00e9e), des textes introuvables ou rafra\u00eechissants avec nos <\/em>Dimanches<\/em><\/a>. Pour les recevoir directement dans votre bo\u00eete mail et soutenir cet \u00e9lan, pensez \u00e0 vous abonner \u00e0 la revue<\/a><\/em>.<\/p>\n\n\n\n Les d\u00e9fil\u00e9s militaires passent encore pour les reliques d’un monde r\u00e9volu, o\u00f9 la diplomatie se jouait dans les sommets et les communiqu\u00e9s plut\u00f4t que sur les places d’armes et les tribunes. Il faut pourtant les observer de nouveau avec attention, car ils constituent la grammaire du pouvoir la plus lisible qui soit : chaque unit\u00e9 qui d\u00e9file, chaque dirigeant pr\u00e9sent en tribune, chaque absence, chaque hymne jou\u00e9 dit une v\u00e9rit\u00e9 que les discours dissimulent.<\/p>\n\n\n\n Ces images dessinent les contours d’un ordre international qui n’est plus celui du multilat\u00e9ralisme n\u00e9 en 1945, ni celui de la mondialisation heureuse des ann\u00e9es 2000. Les blocs imp\u00e9riaux se recomposent, la d\u00e9monstration de force pr\u00e9c\u00e8de d\u00e9sormais le communiqu\u00e9, et l’iconographie politique est redevenue une arme. Dans ce contexte, les parades ont retrouv\u00e9 un poids r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n Cette analyse propose donc une lecture rapproch\u00e9e des quatre d\u00e9fil\u00e9s qui, en treize mois, ont redessin\u00e9 la carte des narratifs imp\u00e9riaux, afin de comprendre pourquoi ce qui se pr\u00e9pare \u00e0 Paris les 13 et 14 juillet 2026 rel\u00e8ve d’un basculement doctrinal et non d’une routine r\u00e9publicaine.<\/p>\n\n\n\n Pour le 80e anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie, le 9 mai 2025, Vladimir Poutine, qui a \u00e9rig\u00e9 le d\u00e9fil\u00e9 du Jour de la Victoire en point d\u2019orgue de son syst\u00e8me de propagande, avait besoin d’un coup d’\u00e9clat.<\/p>\n\n\n\n\n Le d\u00e9fil\u00e9 du 9 mai 2025 devait \u00eatre la plus ample d\u00e9monstration de force depuis le d\u00e9but de l’invasion de l’Ukraine et une des plus grandes de l\u2019histoire russe : onze mille soldats, chars T-90, syst\u00e8mes S-400, missiles Iskander, missiles intercontinentaux Yars et, pour la premi\u00e8re fois, les drones Orlan, Lancet et Geran employ\u00e9s quotidiennement contre les villes ukrainiennes.<\/p>\n\n\n\n\n Xi Jinping, invit\u00e9 d’honneur pour quatre jours, a offert \u00e0 Poutine l’image de \u00ab l’amiti\u00e9 sans limites \u00bb proclam\u00e9e en 2022, que le ma\u00eetre du Kremlin s’est employ\u00e9 \u00e0 enraciner dans la \u00ab fraternit\u00e9 de combat \u00bb de la Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n\n\n\n\n Malgr\u00e9 la guerre en Ukraine, vingt-neuf d\u00e9l\u00e9gations \u00e9trang\u00e8res \u00e9taient annonc\u00e9es<\/a>. Les dirigeants venus d’Afrique \u2014 Burkina Faso, Zimbabwe, Congo, \u00c9thiopie, Guin\u00e9e \u00e9quatoriale \u2014 donnaient corps \u00e0 la \u00ab la majorit\u00e9 globale<\/a> \u00bb th\u00e9oris\u00e9e par Karaganov et reprise par le Kremlin, tandis que Lula, invit\u00e9 de marque, mat\u00e9rialisait le pont vers les BRICS et un discours particuli\u00e8rement offensif du pr\u00e9sident russe<\/a>. Le Slovaque Robert Fico et le Serbe Aleksandar Vu\u010di\u0107, seuls dirigeants europ\u00e9ens pr\u00e9sents, incarnaient une fissure<\/a> dans le front europ\u00e9en et \u00ab l\u2019Occident collectif<\/a> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n\n Treize contingents \u00e9trangers d\u00e9filaient, les Chinois en position d’honneur devant Xi.<\/p>\n\n\n\n Quatre-vingts ans apr\u00e8s 1945, le message \u00e9tait limpide : les \u00ab changements comme on n’en a pas vus depuis cent ans \u00bb que le pr\u00e9sident chinois annon\u00e7ait \u00e0 Poutine d\u00e8s 2023 \u00e9taient d\u00e9sormais mis en sc\u00e8ne sur la place Rouge.<\/p>\n\n\n\n\n\n Ces images sont saisissantes, mais elles cachent quelque chose d\u2019essentiel.<\/p>\n\n\n\n\n\n D’abord, le d\u00e9fil\u00e9 du 9 mai 2025 a moins tenu gr\u00e2ce \u00e0 la d\u00e9fense antia\u00e9rienne russe que gr\u00e2ce au bouclier de ses invit\u00e9s. Le pr\u00e9sident Zelensky avait publiquement retir\u00e9 ses garanties de s\u00e9curit\u00e9 et les drones ukrainiens avaient ferm\u00e9 une douzaine d’a\u00e9roports russes dans les jours pr\u00e9c\u00e9dents. Mais l’Ukraine ne pouvait frapper une place Rouge o\u00f9 si\u00e9geaient Xi Jinping, Lula et une vingtaine de chefs d’\u00c9tat sans s\u2019exposer \u00e0 un risque encore plus grave.<\/p>\n\n\n\n Un an plus tard, en mai 2026, ce qui avait \u00e9t\u00e9 occult\u00e9 par la mise en sc\u00e8ne \u00e9clate au grand jour. Le Kremlin annonce d\u00e8s la fin avril qu’aucun mat\u00e9riel militaire lourd ne d\u00e9filera sur la place Rouge \u2014 une premi\u00e8re en pr\u00e8s de vingt ans de r\u00e8gne poutinien. Ni chars, ni missiles, ni d\u00e9fense antia\u00e9rienne : une infanterie \u00e0 pied et un survol a\u00e9rien, en quarante-cinq minutes. <\/p>\n\n\n\n Plus humiliant encore, la parade ne tient que par la permission expresse de l’adversaire : un cessez-le-feu de trois jours n\u00e9goci\u00e9 par Washington, et un d\u00e9cret de Zelensky d\u00e9clarant, avec une ironie calcul\u00e9e, la place Rouge \u00ab temporairement ferm\u00e9e aux frappes ukrainiennes \u00bb. La d\u00e9monstration de force russe n’existe plus que sur autorisation d’un tiers.<\/p>\n\n\n\n\n Mis en \u00e9chec par l\u2019Ukraine, le pr\u00e9sident russe a d\u00fb choisir entre courir le risque de montrer ses forces et prot\u00e9ger son c\u0153ur politique. Il a choisi de se cacher.<\/p>\n\n\n\n L’empire n’ose plus d\u00e9filer. C’est la premi\u00e8re le\u00e7on de la s\u00e9quence 2025-2026 : les parades d\u00e9voilent aussi ce que les puissances ne peuvent plus faire.<\/p>\n\n\n\n\n Deuxi\u00e8me sc\u00e8ne : \u00e0 Washington, le 14 juin 2025, Donald Trump s’offre l’arm\u00e9e pour son anniversaire\u00a0<\/p> Trump voulait sa parade depuis 2017, pr\u00e9cis\u00e9ment depuis qu’il avait vu Macron descendre les Champs-\u00c9lys\u00e9es un autre 14 Juillet.\u00a0<\/span><\/p>\n Il l’a obtenue en la greffant sur le 250e anniversaire de l’US Army, fond\u00e9e un 14 juin 1775 : une co\u00efncidence de calendrier qui faisait du jour de ses 79 ans une f\u00eate nationale militaire.<\/span><\/p>\n Premier d\u00e9fil\u00e9 \u00e0 Washington depuis la guerre du Golfe, la parade a mobilis\u00e9 jusqu’\u00e0 45 millions de dollars, 6 700 soldats, 28 chars Abrams et une cinquantaine d’a\u00e9ronefs.<\/span><\/p>\n L’ambition imp\u00e9riale s’affiche dans la mise en sc\u00e8ne : faire de la d\u00e9monstration militaire un rite de pouvoir personnel, confondre l’anniversaire du chef avec celui de l’institution.<\/p>\n\n\n\n\n\nPremi\u00e8re sc\u00e8ne : \u00e0 Moscou, le 9 mai Poutine donne \u00e0 voir son impuissance<\/h2>\n\n\n\n
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