{"id":343133,"date":"2026-06-28T17:49:09","date_gmt":"2026-06-28T15:49:09","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=343133"},"modified":"2026-06-28T17:49:17","modified_gmt":"2026-06-28T15:49:17","slug":"etienne-davignon-1932-2026-un-grand-europeen-a-lombre-des-fantomes-du-congo-belge","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/06\/28\/etienne-davignon-1932-2026-un-grand-europeen-a-lombre-des-fantomes-du-congo-belge\/","title":{"rendered":"\u00c9tienne Davignon (1932-2026), un grand Europ\u00e9en \u00e0 l\u2019ombre des fant\u00f4mes du Congo belge"},"content":{"rendered":"\n
Le 18 mai 2026, le Vicomte Davignon s\u2019est \u00e9teint \u00e0 93 ans. Comme l\u2019\u00e9crivait B\u00e9atrice Delvaux, \u00e9ditorialiste en chef du Soir<\/em> : \u00ab Avec lui, c’est un pan entier de l\u2019histoire de la Belgique et de l\u2019Europe qui dispara\u00eet. \u00bb Pour ses innombrables proches, il \u00e9tait simplement \u00ab Stevie \u00bb, un homme dot\u00e9 d\u2019une truculente zwanze<\/em> bruxelloise, maniant l’ironie avec soin et le franc-parler avec art. \u00c0 moins que ce ne soit l\u2019inverse. Mais, pour l’Histoire, il s\u2019imposera probablement comme une figure de roman au destin extraordinaire, un homme de pouvoir ayant arpent\u00e9 sans rel\u00e2che les sommets de la diplomatie internationale et du capitalisme europ\u00e9en pendant pr\u00e8s de soixante ans.<\/p>\n\n\n\n Henry Kissinger avouait un jour, non sans malice, que Davignon \u00e9tait le seul diplomate qu’il connaisse \u00e0 faire preuve d’une arrogance sup\u00e9rieure \u00e0 la sienne. \u00c0 une heure o\u00f9 l’Europe peine \u00e0 sortir de sa vassalit\u00e9 face \u00e0 l\u2019Am\u00e9rique de Trump, l\u2019image d\u2019un repr\u00e9sentant du Vieux Continent toisant son homologue am\u00e9ricain avec une telle superbe prend des allures de mirage. Davignon fut, de fait, l\u2019incarnation d\u2019une \u00e8re o\u00f9 le projet europ\u00e9en se forgeait par l’ambition d\u00e9mesur\u00e9e d’une poign\u00e9e de visionnaires. Pour eux, le second conflit mondial n’\u00e9tait qu’une sanglante guerre civile, dont seules des institutions supranationales, int\u00e9gr\u00e9es et puissantes, sauraient conjurer le retour.<\/p>\n\n\n\n\n \u00c9tienne Davignon a travers\u00e9 la seconde moiti\u00e9 du XXe<\/sup> si\u00e8cle avec une long\u00e9vit\u00e9 institutionnelle et une diversit\u00e9 de fonctions qui forcent le respect. Diplomate surdou\u00e9, il fait ses premi\u00e8res armes sous l’\u00e9gide de son p\u00e8re spirituel, Paul-Henri Spaak \u2014 dont il partagera d’ailleurs la vie de la fille, Antoinette, figure importante de la politique belge, reconnue pour ses combats d\u2019avant-garde en faveur des droits des femmes et de la d\u00e9fense des francophones. Dans la Belgique polaris\u00e9e de l’\u00e9poque, o\u00f9 les clivages id\u00e9ologiques figeaient d’ordinaire les trajectoires, Davignon r\u00e9alise la prouesse de passer de l’ombre de Spaak, grande figure socialiste, \u00e0 la direction du cabinet du ministre des Affaires \u00c9trang\u00e8res, Pierre Harmel, issu du monde social-chr\u00e9tien. Cette transition presque impensable dans le paysage politique d’alors, d\u00e9montrait d\u00e9j\u00e0 une plasticit\u00e9 politique et un sens sup\u00e9rieur de l’\u00c9tat, caract\u00e9ristiques qui allaient jeter les bases de son influence future sur la sc\u00e8ne europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n D\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1960, Davignon s’impose tr\u00e8s vite comme l’un des grands architectes de la machinerie europ\u00e9enne. Nomm\u00e9 commissaire \u00e0 l’Industrie et \u00e0 l’\u00c9nergie, il d\u00e9ploie une redoutable puissance d’action. Face au premier choc p\u00e9trolier, il initie la cr\u00e9ation de l’Agence internationale de l’\u00e9nergie (AIE), dont il prend la t\u00eate, pour unifier la riposte des pays consommateurs. D\u00e9but des ann\u00e9es 1980, il orchestre le sauvetage de la sid\u00e9rurgie continentale : le fameux \u00ab Plan Davignon \u00bb impose quotas de production et restructurations avec une fermet\u00e9 martiale. Il incarne alors une Commission europ\u00e9enne d\u00e9complex\u00e9e, capable d’assumer une politique industrielle dirigiste et souveraine. Il n\u2019acc\u00e9dera pourtant jamais \u00e0 la pr\u00e9sidence de l’institution, mais Jacques Delors lui-m\u00eame dira qu\u2019il voyait en lui l’une des rares personnalit\u00e9s ayant su doter l’Europe des moyens \u00e9conomiques de son ambition politique.<\/p>\n\n\n\n\n\n R\u00e9duire Davignon \u00e0 la seule sph\u00e8re publique reviendrait pourtant \u00e0 amputer son parcours de sa dimension la plus singuli\u00e8re. De la diplomatie d’\u00c9tat, il glisse avec aisance, \u00e0 l’aube des ann\u00e9es 1990, vers les centres n\u00e9vralgiques du capitalisme national belge. Plac\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de la v\u00e9n\u00e9rable Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale de Belgique, il m\u00e8ne une bataille hom\u00e9rique pour sauver la \u00ab Vieille Dame \u00bb du capitalisme belge des griffes de l’Italien Carlo De Benedetti lors de la c\u00e9l\u00e8bre OPA hostile de 1988. En la poussant dans les bras du groupe fran\u00e7ais Suez \u2014 dont il deviendra vice-pr\u00e9sident \u2014, il remod\u00e8le l’ancrage des grands fleurons industriels de son pays. Si ses d\u00e9tracteurs lui reprochaient parfois d’avoir inf\u00e9od\u00e9 les fleurons nationaux aux int\u00e9r\u00eats fran\u00e7ais, il s’en justifiera toujours en pointant la division des \u00e9lites belges. Pour Davignon, cette restructuration s’op\u00e9rait \u00e0 un point de bascule historique en Belgique : l\u2019heure \u00e9tait \u00e0 l\u2019agonie d’un capitalisme francophone \u00ab de papa \u00bb, vou\u00e9 \u00e0 c\u00e9der la place au triomphe naissant d’un nouvel entrepreneuriat flamand d\u00e9complex\u00e9 et peu soucieux des joyaux belges h\u00e9rit\u00e9s du pass\u00e9. Son statut de figure providentielle s’illustrera encore en 2001 : au lendemain de la faillite fracassante de la Sabena, la compagnie a\u00e9rienne nationale belge, c’est lui que le gouvernement charge de lever les capitaux n\u00e9cessaires pour faire na\u00eetre, sur les cendres du transporteur historique, la nouvelle compagnie SN Brussels Airlines.<\/p>\n\n\n\n Jean-Pierre Hansen, l\u2019ancien pr\u00e9sident d’Electrabel qui le connaissait bien, a sans doute livr\u00e9 la d\u00e9finition la plus ac\u00e9r\u00e9e du grand homme. Pour lui, Davignon \u00e9tait un \u00ab anti-Gu\u00e9pard \u00bb : \u00e0 l’inverse du prince de Salina contemplant le cr\u00e9puscule de son monde avec une m\u00e9lancolie r\u00e9sign\u00e9e, Davignon ch\u00e9rissait l’action et exigeait d’en \u00eatre le moteur. Diplomate de lign\u00e9e, il avait acquis la certitude, au contact des trag\u00e9dies du si\u00e8cle, que \u00ab les \u00c9tats sont les plus froids des monstres froids \u00bb et que seule la realpolitik<\/em> pouvait \u00eatre source de changements. <\/p>\n\n\n\n\n Cependant, la trajectoire rectiligne d\u2019\u00c9tienne Davignon, diligemment suivie jusqu\u2019aux cimes du pouvoir, n\u2019est pas exempte de cicatrices. La premi\u00e8re blessure survient au tout d\u00e9but de son parcours diplomatique, en 1960, quand les derni\u00e8res marquent surtout la fin de sa vie. Sa disparition vient \u00e9teindre de facto<\/em> les proc\u00e9dures judiciaires intent\u00e9es \u00e0 son encontre par la famille de Patrice Lumumba, refermant sans \u00e9pilogue la page la plus sombre de sa tr\u00e8s longue carri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n En 1960, les caprices de l’histoire propulsent ce jeune diplomate stagiaire de 28 ans dans un Congo tout juste ind\u00e9pendant. Alors que la jeune R\u00e9publique vient de rompre officiellement ses canaux diplomatiques avec son ancienne puissance coloniale, elle cherche \u00e0 conserver un canal de communication officieux. C’est Davignon qui l’incarne. Dans le chaos ambiant, il op\u00e8re comme conseiller de l’ombre pour nouer des liens entre la Belgique et le r\u00e9gime du nouveau pr\u00e9sident Joseph Kasavubu, en pleine p\u00e9riode de d\u00e9colonisation, un processus r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 la h\u00e2te.<\/p>\n\n\n\n Grand artisan de l’ind\u00e9pendance, le Premier ministre Patrice Lumumba en cristallise la tension par son discours retentissant du 30 juin 1960, d\u00e9non\u00e7ant face au roi Baudouin, invit\u00e9 \u00e0 L\u00e9opoldville, les affres du syst\u00e8me colonial. Devenu du jour au lendemain une ic\u00f4ne du panafricanisme, Lumumba se heurte tr\u00e8s vite au mur implacable de la Guerre froide et des int\u00e9r\u00eats miniers belges. Apr\u00e8s avoir essuy\u00e9 le refus de Washington de l’aider \u00e0 stabiliser le pays face \u00e0 la s\u00e9cession du Katanga \u2014 une province riche en ressources dans laquelle l’Union mini\u00e8re belge a des int\u00e9r\u00eats importants \u2014, il commet le pire des affronts : se tourner vers l’Union sovi\u00e9tique. <\/p>\n\n\n\n\n\n Pour l’Occident, la coupe est pleine et la sentence irr\u00e9vocable. Honni par Bruxelles pour l\u2019humiliation qu\u2019il a inflig\u00e9e au roi et pour la menace qu\u2019il fait peser sur l\u2019Union mini\u00e8re belge, individu peu docile aux yeux de la CIA, Lumumba est l\u00e2ch\u00e9 de toutes parts. Arr\u00eat\u00e9, transf\u00e9r\u00e9 au Katanga, il y est sauvagement assassin\u00e9 le 17 janvier 1961, dans des circonstances opaques : des gendarmes belges, des agents am\u00e9ricains et des s\u00e9cessionnistes katangais seraient impliqu\u00e9s dans sa mort.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 l’horreur de ce crime politique s’ajoute sa conclusion sordide, qui hantera longtemps la conscience collective belge : en 1999, le gendarme belge G\u00e9rard Soete admettra avoir d\u00e9coup\u00e9 puis dissous le corps de Lumumba dans l’acide, avant de ramener en Belgique deux de ses dents en guise de troph\u00e9e. Cette trag\u00e9die r\u00e9sume, \u00e0 elle seule, la brutalit\u00e9 syst\u00e9mique du r\u00e9gime colonial, la kleptocratie des int\u00e9r\u00eats miniers et la parano\u00efa engendr\u00e9e par une Guerre froide broyeuse des souverainet\u00e9s \u00e9mergentes.<\/p>\n\n\n\n En 2001, une commission parlementaire belge \u00e9tablit que, en l\u2019absence de preuves confirmant un ordre d’ex\u00e9cution direct, l’\u00c9tat belge porte n\u00e9anmoins une ind\u00e9niable \u00ab responsabilit\u00e9 morale \u00bb dans la mort de Lumumba. Au c\u0153ur des archives exhum\u00e9es figure un t\u00e9lex particuli\u00e8rement compromettant, r\u00e9dig\u00e9 en septembre 1960 par \u00c9tienne Davignon. Il \u00e9crit qu\u2019il est \u00ab primordial \u00bb de r\u00e9ussir \u00e0 \u00ab \u00e9carter Lumumba \u00bb et de f\u00e9d\u00e9rer les chefs locaux congolais contre lui. Lors d’une interview accord\u00e9e en 2010, le Vicomte se d\u00e9fend vigoureusement de toute interpr\u00e9tation meurtri\u00e8re, affirmant qu\u2019\u00ab \u00e9carter \u00bb signifiait marginaliser politiquement, et non \u00e9liminer physiquement. Une subtilit\u00e9 s\u00e9mantique bien fragile au regard de l’engrenage fatal qui s’en est suivi, mettant en lumi\u00e8re l\u2019arrogance criminelle avec laquelle l’ancienne puissance coloniale estimait avoir encore droit de vie ou de mort sur les dirigeants africains.<\/p>\n\n\n\n Davignon aura tout fait pour \u00e9viter l’affront d’un proc\u00e8s public, mais ni son \u00e2ge, ni ses privil\u00e8ges d\u2019homme influent n\u2019emp\u00eacheront heureusement la justice de faire son travail : en mars 2026, la justice bruxelloise confirme d\u00e9finitivement l’obligation pour le nonag\u00e9naire de compara\u00eetre. Pour la famille de Patrice Lumumba, c\u2019est une victoire morale importante. <\/p>\n\n\n\n\n C\u2019est la mort qui aura finalement soustrait \u00c9tienne Davignon \u00e0 la justice des hommes. Nul verdict judiciaire ne pourra donc \u00eatre rendu. D\u00e8s lors, il nous appartient, sans chercher \u00e0 l\u2019absoudre face \u00e0 l\u2019Histoire, de comprendre l\u2019\u00e9volution \u00e0 la fois politique et intime de cet homme. <\/p>\n\n\n\n J’ai crois\u00e9 la route d’\u00c9tienne Davignon \u00e0 deux carrefours de mon engagement public. En 2016, \u00e0 l’\u00e2ge de 30 ans, alors que je fais mes premiers pas dans l’ar\u00e8ne publique pour dessiner la reconversion industrielle de Charleroi, je travaille avec Jean-Pierre Hansen, dont le bureau jouxte celui du Vicomte. Hansen loue volontiers ce \u00ab voisin parfait \u00bb, dot\u00e9 du sens de \u00ab la confidence rare mais pr\u00e9cieuse, de la pudeur constante et de l’\u00e9coute fr\u00e9quente \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Tous deux occupent alors ce que j\u2019appelais famili\u00e8rement \u00ab l’\u00e9tage des crocodiles \u00bb : un sanctuaire hors du temps, o\u00f9 reposent dans des pi\u00e8ces feutr\u00e9es les \u00e9tranges reliquats de l’ancienne Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale de Belgique : du mobilier en acajou, des tapis \u00e9pais\u2026 Le tout nich\u00e9 au sommet d\u2019une tour Engie aussi moderne qu\u2019aseptis\u00e9e, dans le quartier de la gare du Nord de Bruxelles. Ce style estampill\u00e9 Ancien R\u00e9gime tranche radicalement avec l’ambiance corporate<\/em> environnante. Quant aux odeurs de cigare et de pipe qui \u00e9manent solennellement de ce fameux \u00e9tage, on ne peut pas dire qu\u2019elles s\u2019accordent vraiment avec la no smoke policy<\/em> en vigueur. C\u2019est l\u00e0, au fil de quelques apr\u00e8s-midis m\u00e9morables, qu’une complicit\u00e9 se noue. J’y d\u00e9couvre en effet un esprit d’une intelligence hors norme, habit\u00e9 par les secrets d’un si\u00e8cle d’affaires.<\/p>\n\n\n\n\n\n Quatre ans plus tard, en 2020, devenu Secr\u00e9taire d’\u00c9tat, avec pour mission de refonder nos relations culturelles avec la R\u00e9publique D\u00e9mocratique du Congo, je vois \u00c9tienne Davignon \u2014 88 ans alors \u2014 revenir spontan\u00e9ment vers moi. Le travail des commissions m\u00e9morielles s’achevant, il semble parfaitement saisir l’urgence de ce nouveau regard. De m\u00eame, il comprend que ma g\u00e9n\u00e9ration, qui n\u2019a pas connu la colonisation, et celle aujourd’hui au pouvoir \u00e0 Kinshasa, exigent une relation d’\u00e9gal \u00e0 \u00e9gal, lav\u00e9e de tout paternalisme. \u00c0 rebours du conservatisme frileux qu\u2019on peut parfois lui pr\u00eater, il souhaite se joindre au projet. <\/p>\n\n\n\n Avec certains de ses conseils, nous avons \u00e9labor\u00e9 un cadre l\u00e9gislatif holistique, pionnier en Europe, permettant la restitution du patrimoine spoli\u00e9 conserv\u00e9 \u00e0 l’AfricaMuseum de Tervuren. En 2022, le roi Philippe devient le premier souverain belge \u00e0 fouler le sol congolais depuis le Roi Baudouin et remet au mus\u00e9e de Kinshasa le masque Kakuugu<\/em>. Dans l’ombre, Davignon savoure chaque \u00e9tape de ce ballet diplomatique et m\u2019abreuve de SMS encourageants.<\/p>\n\n\n\n Quelques mois plus tard, il m’incite fortement \u00e0 appuyer aupr\u00e8s du Premier ministre Alexander De Croo la demande de la famille Lumumba concernant la restitution de la dent conserv\u00e9e par la justice belge. Le 20 juin 2022, soixante-et-un ans apr\u00e8s le drame, le Palais d’Egmont \u2014 \u00e9rig\u00e9 par une grande figure de la cour de Charles Quint et \u00e9picentre des grandes heures de la diplomatie belge \u2014 accueille la famille Lumumba \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie poignante.<\/p>\n\n\n\n Face \u00e0 l\u2019immense cercueil de marbre renfermant cet infime fragment, Juliana Lumumba, fille de l\u2019ancien Premier Ministre, prononce ces mots : \u00ab P\u00e8re, nous pleurons ton d\u00e9part sans avoir pu t’offrir de s\u00e9pulture… Aujourd’hui, la terre de tes anc\u00eatres s’ouvre enfin pour recueillir ce fragment de toi, et la v\u00e9rit\u00e9 triomphe de l’oubli. \u00bb C\u2019est l\u00e0 un moment de v\u00e9rit\u00e9 historique, parachev\u00e9 par Alexander De Croo : gr\u00e2ce \u00e0 la reconnaissance des exactions du pass\u00e9 et les excuses officielles du gouvernement belge, les bases d\u2019une relation apais\u00e9e sont enfin jet\u00e9es. <\/p>\n\n\n\n Trente minutes \u00e0 peine apr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie, de retour \u00e0 mon cabinet, mon t\u00e9l\u00e9phone sonne. C’est la voix de Stevie Davignon. \u00ab C\u2019\u00e9tait vraiment bien aujourd\u2019hui, Thomas. \u00bb Une phrase simple, dans laquelle j\u2019ai cru d\u00e9celer une \u00e9motion sinc\u00e8re et profonde. En un instant, j’ai compris que le stagiaire de 28 ans, coupable probable par omission ou conformisme, venait, \u00e0 90 ans pass\u00e9s, de refermer le livre de sa propre conscience. Celui de l’Histoire reste ouvert.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Le bourgmestre de Charleroi retrace l’itin\u00e9raire extraordinaire d’un g\u00e9ant de la diplomatie europ\u00e9enne, disparu il y a un mois. <\/p>\n","protected":false},"author":61106,"featured_media":343210,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-studies.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"_yoast_wpseo_estimated-reading-time-minutes":11,"footnotes":""},"categories":[3565],"tags":[],"staff":[3709],"editorial_format":[4849],"serie":[],"audience":[],"geo":[1917],"class_list":["post-343133","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-in-memoriam","staff-thomas-dermine","editorial_format-etudes","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":"default","_thumbnail_id":343210,"excerpt":"Le bourgmestre de Charleroi retrace l'itin\u00e9raire extraordinaire d'un g\u00e9ant de la diplomatie europ\u00e9enne, disparu il y a un mois. 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\n <\/picture>\n Un Talleyrand moderne de la diplomatie belge et europ\u00e9enne<\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n L’architecte de la mutation du capitalisme belge<\/h2>\n\n\n\n
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\n <\/picture>\n Le spectre du Katanga et les fant\u00f4mes de Lumumba<\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n La responsabilit\u00e9 morale et le verdict impossible<\/h2>\n\n\n\n
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\n <\/picture>\n L’\u00e9tage des crocodiles : une rencontre saisissante<\/h2>\n\n\n\n
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