un essai<\/a> dont nous recommandons la lecture int\u00e9grale :<\/p>\n\n\n\n\u00ab Isoler la derni\u00e8re phrase comme on a pu le faire \u00ad\u2014 ‘je meurs, comme j\u2019ai v\u00e9cu, en bon fran\u00e7ais’ \u2014 revient \u00e0 trahir la pens\u00e9e de Bloch, qui, dans la France alors d\u00e9faite par les troupes nazies, revendiquait le droit d\u2019\u00eatre tout uniment fran\u00e7ais, juif, diasporique et ath\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n
Cette id\u00e9e plurielle d\u2019identit\u00e9 (un terme que Bloch se garde bien d\u2019utiliser) n\u2019\u00e9tait pas limit\u00e9e \u00e0 un contexte national sp\u00e9cifique. \u00ab Italien, juif \u00bb, et (ajouterais-je), ath\u00e9e : voici comment Primo Levi s\u2019\u00e9tait d\u00e9fini, lui qui avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9 \u00e0 Auschwitz en tant que juif. En r\u00e9fl\u00e9chissant sur ces cas, j\u2019ai pu proposer une id\u00e9e de l\u2019individu comme point d\u2019intersection de syst\u00e8mes de r\u00e9f\u00e9rence diff\u00e9renci\u00e9s. \u00bb<\/p>\n\n\n\n
O\u00f9 que je doive mourir, en France ou sur la terre \u00e9trang\u00e8re, et \u00e0 quelque moment que ce soit \u2014 je laisse \u00e0 ma ch\u00e8re femme, ou, \u00e0 son d\u00e9faut, \u00e0 mes enfants, le soin de r\u00e9gler mes obs\u00e8ques comme ils le jugeront bon. Ce seront des obs\u00e8ques purement civiles ; les miens savent bien que je n\u2019en aurais pas voulu d\u2019autres. Mais je souhaite que ce jour-l\u00e0, un ami accepte de donner lecture des quelques mots que voici :<\/p>\n\n\n\n
Je n\u2019ai point demand\u00e9 que sur ma tombe fussent r\u00e9cit\u00e9es les pri\u00e8res h\u00e9bra\u00efques, dont les cadences, pourtant, accompagn\u00e8rent vers leur dernier repos tant de mes anc\u00eatres et mon p\u00e8re lui-m\u00eame.<\/em><\/p>\n\n\n\nJe me suis, toute ma vie durant, efforc\u00e9 de mon mieux vers une sinc\u00e9rit\u00e9 totale de l\u2019expression et de l\u2019esprit. Je tiens la complaisance envers le mensonge, de quelques pr\u00e9textes qu\u2019elle puisse se parer, pour la pire l\u00e8pre de l\u2019\u00e2me. Comme un beaucoup plus grand que moi, je souhaiterais volontiers que, pour toute devise, on grav\u00e2t sur ma pierre tombale ces simples mots : <\/em>Dilexit veritatem.<\/em><\/p>\n\n\n\nC\u2019est pourquoi il m\u2019\u00e9tait impossible d\u2019admettre qu\u2019en cette heure des supr\u00eames adieux, o\u00f9 tout homme a pour devoir de se r\u00e9sumer soi-m\u00eame, aucun appel f\u00fbt fait en mon nom aux effusions d\u2019une orthodoxie dont je ne reconnais point le credo.<\/em><\/p>\n\n\n\nMais il me serait plus odieux encore que, dans cet acte de probit\u00e9, personne p\u00fbt rien voir qui ressembl\u00e2t \u00e0 un l\u00e2che reniement. J\u2019affirme donc, s\u2019il le faut, face \u00e0 la mort, que je suis n\u00e9 Juif ; que je n\u2019ai jamais song\u00e9 \u00e0 m\u2019en d\u00e9fendre, ni trouv\u00e9 aucun motif d\u2019\u00eatre tent\u00e9 de le faire. Dans un monde assailli par la plus atroce barbarie, la g\u00e9n\u00e9reuse tradition des proph\u00e8tes h\u00e9breux que le Christianisme, en ce qu\u2019il eut de plus pur, reprit pour l\u2019\u00e9largir, ne demeure-t-elle pas une de nos meilleures raisons de vivre, de croire et de lutter ?<\/em><\/p>\n\n\n\n\u00c9tranger \u00e0 tout formalisme confessionnel comme \u00e0 toute solidarit\u00e9 pr\u00e9tend\u00fbment raciale \u2014 je me suis senti, durant ma vie enti\u00e8re, avant tout et tr\u00e8s simplement Fran\u00e7ais. Attach\u00e9 \u00e0 ma patrie par une tradition familiale d\u00e9j\u00e0 longue, nourri de son h\u00e9ritage spirituel et de son histoire, incapable en v\u00e9rit\u00e9 d\u2019en concevoir une autre o\u00f9 je puisse respirer \u00e0 l\u2019aise \u2014 je l\u2019ai beaucoup aim\u00e9e et servie de toutes mes forces. Je n\u2019ai jamais \u00e9prouv\u00e9 que ma qualit\u00e9 de Juif m\u00eet \u00e0 mes sentiments le moindre obstacle. Au cours des deux guerres, il ne m\u2019a pas \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de mourir pour la France. Du moins, puis-je, en toute sinc\u00e9rit\u00e9, me rendre t\u00e9moignage : je meurs, comme j\u2019ai v\u00e9cu, en bon Fran\u00e7ais.\u00a0<\/em><\/p>\n\n\n\nIl sera ensuite, s\u2019il a \u00e9t\u00e9 possible de s\u2019en procurer le texte, donn\u00e9 lecture de mes cinq citations.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"
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Le Testament de Marc Bloch lu par Carlo Ginzburg | Le Grand Continent<\/title>\n \n \n \n \n \n \n \n \n \n \n \n\t \n\t \n\t \n \n \n \n \n\t \n\t \n\t \n