{"id":342524,"date":"2026-06-23T06:30:00","date_gmt":"2026-06-23T04:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=342524"},"modified":"2026-06-23T05:06:28","modified_gmt":"2026-06-23T03:06:28","slug":"geo-ingenierie-une-idee-dangereuse-que-nous-ne-pouvons-plus-eluder","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/06\/23\/geo-ingenierie-une-idee-dangereuse-que-nous-ne-pouvons-plus-eluder\/","title":{"rendered":"La g\u00e9o-ing\u00e9nierie est une id\u00e9e dangereuse que nous ne pouvons plus \u00e9luder"},"content":{"rendered":"\n

Certaines id\u00e9es entrent dans le d\u00e9bat public comme des promesses. D\u2019autres comme des menaces. La g\u00e9o-ing\u00e9nierie solaire appartient depuis longtemps \u00e0 la seconde cat\u00e9gorie.<\/p>\n\n\n\n

Le seul \u00e9nonc\u00e9 de son principe suffit \u00e0 provoquer le malaise : modifier d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment le rayonnement solaire re\u00e7u par la Terre afin de renvoyer vers l\u2019espace une fraction de la lumi\u00e8re du Soleil et ainsi abaisser artificiellement la temp\u00e9rature de la plan\u00e8te. L\u2019intuition physique est connue depuis trente ansi : certaines grandes \u00e9ruptions volcaniques ont refroidi la surface terrestre en projetant des particules dans la stratosph\u00e8re. La Modification du Rayonnement Solaire (SRM) chercherait \u00e0 reproduire une fraction de cet effet de mani\u00e8re d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, contr\u00f4l\u00e9e et continue.<\/p>\n\n\n\n

Pour beaucoup, ce projet t\u00e9moigne d\u2019une d\u00e9mesure scientifique arch\u00e9typale, digne d\u2019un Docteur Folamour jouant avec le thermostat du monde : r\u00e9pondre \u00e0 une intervention plan\u00e9taire par une autre intervention plan\u00e9taire ; confier au g\u00e9nie technique une crise n\u00e9e pour partie d\u2019un exc\u00e8s de puissance technique ; offrir une \u00e9chappatoire commode pour l\u2019\u00e9conomie fossile, toujours prompte \u00e0 r\u00e9clamer dix ann\u00e9es de sursis, puis dix autres.<\/p>\n\n\n\n

S\u2019y ajoutent des limites et des risques physiques. La SRM ne retire pas une seule tonne de CO\u2082 de l\u2019atmosph\u00e8re. Elle ne r\u00e9pare pas le climat. Elle ne r\u00e9sout pas l\u2019acidification des oc\u00e9ans. Elle devrait \u00eatre maintenue dans le temps : si elle \u00e9tait d\u00e9ploy\u00e9e puis brutalement interrompue, le r\u00e9chauffement temporairement masqu\u00e9 reviendrait rapidement, avec des cons\u00e9quences potentiellement graves pour les \u00e9cosyst\u00e8mes et les soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n

Ces objections sont s\u00e9rieuses. Elles doivent rester au c\u0153ur de la discussion. Elles ne surgissent d\u2019ailleurs pas dans le vide : depuis plus d\u2019une d\u00e9cennie, la modification du rayonnement solaire est \u00e9tudi\u00e9e par le GIEC, le Programme des Nations unies pour l\u2019environnement, les acad\u00e9mies scientifiques et plusieurs projets europ\u00e9ens qui ont examin\u00e9 ses effets physiques possibles, ses dimensions juridiques, \u00e9thiques et politiques. Les institutions europ\u00e9ennes avancent elles-m\u00eames avec prudence : le Scientific Advice Mechanism de la Commission europ\u00e9enne recommande de donner la priorit\u00e9 \u00e0 la r\u00e9duction des \u00e9missions et \u00e0 l\u2019adaptation, de ne pas d\u00e9ployer la SRM dans l\u2019\u00e9tat actuel des connaissances, et de n\u2019autoriser qu\u2019une recherche rigoureuse, transparente et \u00e9thique. Les critiques les plus s\u00e9rieuses \u2014 de la Convention sur la diversit\u00e9 biologique \u00e0 l\u2019appel pour un International Non-Use Agreement \u2014 font donc pleinement partie du d\u00e9bat.<\/p>\n\n\n\n

Mais elles ne suffisent pas \u00e0 l\u2019\u00e9puiser. La discussion se fige trop souvent dans une alternative trop pauvre \u2014 hubris technologique ou tabou moral \u2014 qui \u00e9claire mal la situation r\u00e9elle. Car le climat a d\u00e9j\u00e0 cess\u00e9 d\u2019\u00eatre un \u00ab dehors \u00bb intact sur lequel il suffirait d\u2019effacer notre empreinte pour revenir \u00e0 l\u2019\u00e9tat ant\u00e9rieur. En raison d\u2019\u00e9missions qui ont lieu depuis plus d\u2019un si\u00e8cle, l\u2019humanit\u00e9 a modifi\u00e9 sa composition chimique, sa temp\u00e9rature, ses risques. Pour toujours \u2014 le jour o\u00f9 nous arr\u00eaterons d\u2019\u00e9mettre (\u00ab net z\u00e9ro \u00bb), le climat ne reviendra pas \u00e0 son \u00e9tat d\u2019avant la r\u00e9volution industrielle : il se stabilisera \u00e0 son \u00e9tat effectif.<\/p>\n\n\n\n

\u00c9viter des dommages futurs n\u2019est donc qu\u2019une partie de la politique climatique. Celle-ci consiste, fondamentalement, \u00e0 prendre en compte les cons\u00e9quences d\u2019un monde d\u00e9j\u00e0 transform\u00e9. C\u2019est une politique de choix continus sur un syst\u00e8me d\u00e9j\u00e0 alt\u00e9r\u00e9. R\u00e9duire les \u00e9missions, financer l\u2019adaptation, retirer du carbone de l\u2019atmosph\u00e8re, transformer les infrastructures, prot\u00e9ger les populations sont autant de fa\u00e7ons d\u2019agir sur les risques climatiques. Ces options poursuivent des objectifs diff\u00e9rents, produisent leurs effets \u00e0 des rythmes vari\u00e9s et comportent chacune leurs co\u00fbts, leurs limites et leurs effets de r\u00e9partition.<\/p>\n\n\n\n

La g\u00e9o-ing\u00e9nierie solaire doit \u00eatre comprise dans ce cadre. Elle pourrait, en principe, abaisser rapidement la temp\u00e9rature moyenne et r\u00e9duire certaines chaleurs extr\u00eames, donc r\u00e9duire certains dommages, pendant que les autres politiques \u2014 r\u00e9duction des \u00e9missions, adaptation, retrait du carbone \u2014 produisent leurs effets plus lentement.<\/p>\n\n\n\n

En ce sens, elle ne constitue pas d\u2019abord une solution climatique, mais un outil dont l\u2019\u00e9ventuelle utilisation soul\u00e8ve imm\u00e9diatement des questions politiques.<\/p>\n\n\n\n

Son int\u00e9r\u00eat tient au fait qu\u2019elle pourrait faire diminuer certains effets li\u00e9s au r\u00e9chauffement. Alors que le seuil de 1,5 \u00b0C, longtemps trait\u00e9 comme une ligne rouge, est d\u00e9sormais proche d\u2019\u00eatre franchi, ses b\u00e9n\u00e9fices potentiels sont de plusieurs ordres : humains, en sauvant des vies ; \u00e9conomiques, en r\u00e9duisant les co\u00fbts li\u00e9s aux dommages climatiques et en amortissant des pertes de productivit\u00e9 ; \u00e9cologiques, en limitant les stress thermiques qui fragilisent les \u00e9cosyst\u00e8mes et en ralentissant des impacts li\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9vation des temp\u00e9ratures. Dans certains sc\u00e9narios, de premi\u00e8res \u00e9tudes montrent qu\u2019une combinaison d\u2019att\u00e9nuation, de capture du carbone et de SRM limit\u00e9e pourrait prot\u00e9ger mieux que l\u2019att\u00e9nuation seule.<\/p>\n\n\n\n

Ses risques tiennent au fait que la g\u00e9o-ing\u00e9nierie pourrait engendrer d\u2019une mani\u00e8re non-lin\u00e9aire de nouveaux probl\u00e8mes ou d\u00e9placer les probl\u00e8mes existants ailleurs. Cela conduit imm\u00e9diatement \u00e0 des questions de justice et de gouvernance : qui pourrait en b\u00e9n\u00e9ficier, qui en supporte les co\u00fbts ou les dommages, qui d\u00e9cide, qui compense, qui surveille et qui peut arr\u00eater. En ce sens, elle force \u00e0 rendre explicites des arbitrages que la politique climatique laisse souvent implicites.<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est pour cette raison qu\u2019elle m\u00e9rite mieux que ce que la caricature veut bien lui reconna\u00eetre. La t\u00e2che imm\u00e9diate ne consiste pas \u00e0 l\u2019approuver ou \u00e0 la rejeter, mais \u00e0 la penser avec assez de rigueur pour \u00e9viter plusieurs \u00e9cueils.<\/p>\n\n\n\n

Depuis le Sud, la question change de sens<\/h2>\n\n\n\n

Dans une soci\u00e9t\u00e9 riche, dot\u00e9e d\u2019infrastructures et de syst\u00e8mes de sant\u00e9 robustes, la g\u00e9o-ing\u00e9nierie solaire peut appara\u00eetre comme une tentation prom\u00e9th\u00e9enne ou un symbole de d\u00e9mesure. Mais, dans un pays expos\u00e9 \u00e0 la chaleur, \u00e0 un d\u00e9ficit chronique de financement et \u00e0 des r\u00e9coltes fragiles, la question prend une autre forme. On sait en effet que ces pays, les moins responsables du r\u00e9chauffement, sont pourtant ceux qui subissent les dommages marginaux les plus \u00e9lev\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n

Le Lancet Countdown estime que l\u2019exposition \u00e0 la chaleur entra\u00eene des pertes de revenus li\u00e9es \u00e0 la baisse de capacit\u00e9 de travail de plus de 1000 milliards de dollars, touchant de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e les pays \u00e0 revenu faible ou interm\u00e9diaire. Dans le m\u00eame temps, les besoins d\u2019adaptation des pays en d\u00e9veloppement atteignent des ordres de grandeur 12 \u00e0 14 fois sup\u00e9rieurs aux flux de financement public international r\u00e9ellement disponibles.<\/p>\n\n\n\n

Chaque dixi\u00e8me de degr\u00e9 suppl\u00e9mentaire signifie davantage de journ\u00e9es o\u00f9 travailler dehors devient dangereux, des rendements agricoles plus instables, des syst\u00e8mes de sant\u00e9 plus sollicit\u00e9s et des infrastructures plus vite obsol\u00e8tes. Des travaux de mod\u00e9lisation sugg\u00e8rent qu\u2019un refroidissement global d\u2019environ 1 \u00b0C par SRM pourrait r\u00e9duire la mortalit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 la temp\u00e9rature de plusieurs centaines de milliers de d\u00e9c\u00e8s par an <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. D\u2019autres travaux indiquent que certains sc\u00e9narios de g\u00e9o-ing\u00e9nierie solaire pourraient r\u00e9duire les in\u00e9galit\u00e9s de revenu entre pays, notamment parce que les \u00e9conomies tropicales et pauvres subissent plus fortement les effets de la chaleur <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Dans ce contexte, s\u2019interroger sur un instrument susceptible de r\u00e9duire rapidement le r\u00e9chauffement est une r\u00e9ponse rationnelle \u00e0 un ensemble d\u2019options n\u00e9fastes. L\u2019Inde l\u2019examine officiellement au sein d\u2019un organisme pr\u00e9sid\u00e9 par le Premier ministre. La Chine y travaille plus discr\u00e8tement, par ses r\u00e9seaux de recherche et d\u2019expertise. Plusieurs \u00c9tats africains s\u2019en saisissent, souvent sous l\u2019angle de la justice climatique et de la vuln\u00e9rabilit\u00e9. Cela ne pr\u00e9juge en rien de la position finale des pays vuln\u00e9rables sur un \u00e9ventuel d\u00e9ploiement de ces technologies. Beaucoup pourraient s\u2019y opposer. Mais leur int\u00e9r\u00eat pour la question ne m\u00e9rite ni le soup\u00e7on ni la condescendance. Le d\u00e9bat Nord-Sud s\u2019envenime lorsque les pays les moins expos\u00e9s pr\u00e9tendent d\u00e9terminer quelles questions les pays les plus expos\u00e9s ont le droit de poser.<\/p>\n\n\n\n

Le risque de l\u2019ignorance<\/h2>\n\n\n\n

Le probl\u00e8me politique soulev\u00e9 par la g\u00e9o-ing\u00e9nierie ne ressemble \u00e0 aucun autre dans la politique climatique. La plupart des actions climatiques sont lentes, co\u00fbteuses, nationales et cumulatives. La modification du rayonnement solaire aurait des effets rapides (la temp\u00e9rature diminuerait en quelques mois), des cons\u00e9quences transfronti\u00e8res (il est impossible de cantonner le refroidissement \u00e0 une r\u00e9gion ou un pays du fait de la circulation atmosph\u00e9rique), des co\u00fbts techniques directs faibles au regard des budgets publics mondiaux (de l\u2019ordre de quelques milliards de dollars par an), et la technologie de d\u00e9ploiement est largement accessible. Autrement dit, elle est \u00e0 la port\u00e9e de beaucoup. Un \u00c9tat, une coalition restreinte ou un acteur priv\u00e9 qui y verrait son int\u00e9r\u00eat pourrait se convaincre qu\u2019il poss\u00e8de la capacit\u00e9 technique et la justification morale pour agir seul.<\/p>\n\n\n\n

Cette crainte nourrit une objection \u00e0 la recherche elle-m\u00eame. Chercher, exp\u00e9rimenter, institutionnaliser un domaine reviendrait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 ouvrir une bo\u00eete de Pandore : une fois la capacit\u00e9 technique constitu\u00e9e, les soci\u00e9t\u00e9s ne sauraient plus s\u2019arr\u00eater. L\u2019objection doit \u00eatre prise au s\u00e9rieux, mais elle repose sur un d\u00e9terminisme trop simple. Toutes les puissances techniques ne deviennent pas des pratiques admises. Le clonage reproductif humain a \u00e9t\u00e9 largement contenu par des interdits \u00e9thiques et juridiques. Les armes chimiques, malgr\u00e9 leur ma\u00eetrise, ont fait l\u2019objet d\u2019une interdiction internationale forte. Ces pr\u00e9c\u00e9dents ne garantissent rien pour la SRM, mais rappellent que le passage du savoir \u00e0 l\u2019usage d\u00e9pend d\u2019institutions, de normes et de d\u00e9cisions politiques, et non d\u2019une fatalit\u00e9 technique.<\/p>\n\n\n\n

Beaucoup justifient leur r\u00e9ticence \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la recherche sur la SRM par un autre argument : l\u2019al\u00e9a moral. Plus nous en saurions sur cette technologie, plus nous risquerions d\u2019\u00eatre tent\u00e9s de l\u2019utiliser ; plus elle para\u00eetrait cr\u00e9dible, plus elle pourrait affaiblir les efforts consacr\u00e9s \u00e0 la r\u00e9duction des \u00e9missions. S\u2019inqui\u00e9ter que la g\u00e9o-ing\u00e9nierie devienne l\u2019argument de ceux qui souhaitent prolonger l\u2019\u00e9conomie fossile, ou que certains pr\u00e9sentent ce qui est fondamentalement une technologie de gestion des sympt\u00f4mes comme une alternative au traitement de la cause, est l\u00e9gitime.<\/p>\n\n\n\n

Mais l\u2019al\u00e9a moral a plusieurs visages. Un autre est le risque de fait accompli. En refusant d\u2019acqu\u00e9rir assez de connaissances pour \u00e9valuer les risques, comprendre les effets r\u00e9gionaux et construire des r\u00e8gles, la communaut\u00e9 internationale laisserait le champ libre \u00e0 des initiatives moins transparentes <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le vide attire les entrepreneurs. Des \u00e9pisodes r\u00e9cents l\u2019ont montr\u00e9, comme ces initiatives priv\u00e9es pr\u00e9tendant vendre des \u00ab cr\u00e9dits de refroidissement \u00bb au moyen de ballons charg\u00e9s de dioxyde de soufre. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle physique, ces exp\u00e9riences \u00e9taient minuscules. Mais elles mettent en lumi\u00e8re et exploitent un vide de gouvernance. L\u2019absence de savoir ne supprime pas la possibilit\u00e9 d\u2019agir ; elle ne fait que r\u00e9duire la capacit\u00e9 collective \u00e0 encadrer l\u2019action.<\/p>\n\n\n\n

Il existe enfin une troisi\u00e8me forme d\u2019al\u00e9a moral, plus rarement \u00e9voqu\u00e9e. Elle consiste \u00e0 consid\u00e9rer comme moralement neutre le fait de renoncer \u00e0 examiner une option qui pourrait, dans certaines circonstances, r\u00e9duire des dommages importants pour des populations particuli\u00e8rement vuln\u00e9rables. Refuser de savoir n\u2019est pas une position sans cons\u00e9quence. Lorsque les risques climatiques augmentent, l\u2019ignorance produit des co\u00fbts, des pertes de chance, et d\u00e9place les risques vers d\u2019autres acteurs. Elle prive des soci\u00e9t\u00e9s de la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9valuer les choix qui les concernent. Des soci\u00e9t\u00e9s relativement prot\u00e9g\u00e9es peuvent se permettre une distance morale \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un outil dont elles anticipent peu le besoin. Une \u00eele expos\u00e9e \u00e0 la mont\u00e9e des mers ou un agriculteur sah\u00e9lien confront\u00e9 \u00e0 des rendements incertains peuvent raisonnablement demander pourquoi d\u2019autres devraient d\u00e9cider \u00e0 leur place des risques qui m\u00e9ritent examen.<\/p>\n\n\n\n

Il existe des al\u00e9as moraux concurrents. Lequel para\u00eet le plus grave, lequel est le plus probable, et quelles institutions permettent de les contenir simultan\u00e9ment ? Voil\u00e0 des questions politiques.<\/p>\n\n\n\n

Une grammaire des futurs imparfaits<\/h2>\n\n\n\n

La g\u00e9o-ing\u00e9nierie solaire oblige la politique climatique \u00e0 entrer dans une r\u00e9flexion plus complexe, donc moins confortable. Un \u00e2ge o\u00f9 il ne suffit plus d\u2019opposer la r\u00e9duction des \u00e9missions aux autres instruments, comme si l\u2019un pouvait dispenser de penser les autres.<\/p>\n\n\n\n

La grande faiblesse du d\u00e9bat climatique contemporain est d\u2019avoir longtemps parl\u00e9 comme si les bons choix ne comportaient pas d\u2019arbitrages. Ce r\u00e9flexe avait une utilit\u00e9 politique : il fallait \u00e9viter que la complexit\u00e9 ne serve d\u2019excuse \u00e0 l\u2019inaction (souvenons-nous de la fa\u00e7on dont Al Gore r\u00e9futait le sujet de l\u2019adaptation, qualifi\u00e9 de \u00ab A-word \u00bb, au motif que cela d\u00e9tournerait des efforts indispensables d\u2019att\u00e9nuation). Mais il a aussi produit une discussion parfois trop \u00e9troite pour les d\u00e9cisions qui arrivent.<\/p>\n\n\n\n

La politique climatique r\u00e9elle s\u2019organise d\u00e9j\u00e0 autour d\u2019instruments imparfaits. Leur hi\u00e9rarchie compte.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019att\u00e9nuation reste premi\u00e8re, car le r\u00e9chauffement d\u00e9pend du stock cumul\u00e9 de gaz \u00e0 effet de serre. Des \u00e9missions nettes persistantes accroissent ce stock et prolongent le r\u00e9chauffement. La r\u00e9duction rapide des \u00e9missions constitue donc la condition de toute stabilisation. Son rythme soul\u00e8ve des questions de transformation industrielle et technologique, de justice sociale, de comp\u00e9titivit\u00e9 et de financement.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019adaptation vient ensuite, avec une urgence propre. Les villes, les ports, les routes, les syst\u00e8mes agricoles, les h\u00f4pitaux et les assurances ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7us pour un climat qui n\u2019existe d\u00e9j\u00e0 plus. Les adapter engage des choix de rythme, de financement, de protection sociale, de priorit\u00e9s territoriales et de justice. L\u2019adaptation sauve des vies, consomme des ressources rares, et rencontre des limites physiques.<\/p>\n\n\n\n

La capture du carbone r\u00e9pond \u00e0 une autre logique. Comme compensation d\u2019\u00e9missions r\u00e9siduelles, elle pose une question d\u2019int\u00e9grit\u00e9, de co\u00fbt d\u2019opportunit\u00e9 et de permanence. Comme retrait historique, elle soul\u00e8ve une question morale et \u00e9conomique plus radical : qui paiera pour r\u00e9parer un dommage ancien dont les responsables, les b\u00e9n\u00e9ficiaires et les victimes sont dispers\u00e9s dans le temps ?<\/p>\n\n\n\n

La SRM introduit une structure d\u2019arbitrage diff\u00e9rente. Elle oblige \u00e0 comparer des risques cr\u00e9\u00e9s \u00e0 des risques \u00e9vit\u00e9s. Ses risques physiques, politiques, g\u00e9opolitiques et institutionnels doivent \u00eatre \u00e9valu\u00e9s face aux risques d\u2019un monde plus chaud en son absence. Elle force \u00e0 comparer plusieurs futurs ab\u00eem\u00e9s. Cette grammaire modifie la nature du d\u00e9bat. La SRM ne dispense pas de choisir mais elle rend les choix bien plus explicites : faut-il privil\u00e9gier la r\u00e9duction des chaleurs extr\u00eames, la stabilit\u00e9 des moussons, la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire, la protection des \u00e9cosyst\u00e8mes, la limitation des in\u00e9galit\u00e9s entre pays ou le rapprochement progressif vers des conditions climatiques plus proches de l\u2019\u00e8re pr\u00e9industrielle ? Ces objectifs peuvent converger, puis diverger. Ils portent des visions diff\u00e9rentes du climat souhaitable.<\/p>\n\n\n\n

D\u2019une certaine mani\u00e8re, la SRM nous oblige \u00e0 penser pour de bon les politiques de l\u2019anthropoc\u00e8ne. Elle met au jour ce que la politique climatique fera de plus en plus souvent : arbitrer entre des risques, sous incertitude, dans un monde d\u00e9j\u00e0 transform\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

La science peut \u00e9clairer les cons\u00e9quences de ces choix. Elle peut dire ce que les mod\u00e8les sugg\u00e8rent, ce que les observations permettent d\u2019inf\u00e9rer, quelles incertitudes comptent assez pour changer la d\u00e9cision. Elle ne choisit pas les fins. Ce choix rel\u00e8ve de pr\u00e9f\u00e9rences collectives, de cultures politiques, de tol\u00e9rances au risque, de responsabilit\u00e9s et d\u2019institutions.<\/p>\n\n\n\n

Gouverner les risques<\/h2>\n\n\n\n

Le principe de pr\u00e9caution occupe, du moins en Europe (beaucoup moins ailleurs), une place centrale dans ce d\u00e9bat. Expliciter ces arbitrages ne signifie pas l\u2019abandonner mais, au contraire, revenir \u00e0 une discipline de d\u00e9cision. Cela requiert d\u2019identifier les dommages plausibles, de comparer les risques d\u2019action aux risques d\u2019inaction, de pr\u00e9ciser les irr\u00e9versibilit\u00e9s, d\u2019\u00e9tablir qui supporte les cons\u00e9quences, de pr\u00e9voir des m\u00e9canismes d\u2019arr\u00eat et d\u2019organiser la transparence.<\/p>\n\n\n\n

Dans un monde d\u00e9j\u00e0 dangereux, la prudence peut soutenir un moratoire sur le d\u00e9ploiement. Elle peut soutenir une recherche publique et encadr\u00e9e. Dans un futur possible \u2014 dommages climatiques plus \u00e9lev\u00e9s, connaissances plus robustes, institutions plus l\u00e9gitimes \u2014 elle pourrait aussi conduire certains d\u00e9cideurs \u00e0 consid\u00e9rer qu\u2019un d\u00e9ploiement strictement encadr\u00e9 r\u00e9duit le risque total. Le reconna\u00eetre n\u2019est pas un appel \u00e0 l\u2019usage, mais une clarification : la pr\u00e9caution est une m\u00e9thode de jugement face \u00e0 l\u2019incertitude, et non un principe pour \u00e9viter le jugement.<\/p>\n\n\n\n

La confiance dans les institutions face \u00e0 la technique : le \u00ab technosolutionnisme \u00bb<\/h3>\n\n\n\n

Le d\u00e9saccord sur la SRM d\u00e9passe ainsi largement la physique de l\u2019atmosph\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n

Un premier d\u00e9saccord porte sur la confiance que l\u2019on accorde aux institutions, \u00e0 la coop\u00e9ration internationale et \u00e0 la ma\u00eetrise des technologies. <\/p>\n\n\n\n

Dans ce d\u00e9bat, la position la plus entendue part d\u2019un diagnostic de d\u00e9fiance. Les risques sont trop vastes, les institutions trop fragiles, les incitations trop dangereuses. Une technique capable de modifier le climat mondial plac\u00e9e entre les mains de gouvernements soumis \u00e0 des cycles \u00e9lectoraux, dans un contexte de rivalit\u00e9s g\u00e9opolitiques, para\u00eet exc\u00e9der les capacit\u00e9s ordinaires de la politique. Dans cette perspective, la prudence commande de pr\u00e9venir l\u2019usage unilat\u00e9ral et de travailler \u00e0 une interdiction internationale aussi large que possible.<\/p>\n\n\n\n

Une autre position part d\u2019un diagnostic diff\u00e9rent : les risques de la technique sont r\u00e9els, mais les risques d\u2019un monde plus chaud et de l\u2019ignorance organis\u00e9e le sont \u00e9galement. La ma\u00eetrise technologique doit \u00eatre surveill\u00e9e, contest\u00e9e, soumise \u00e0 d\u00e9lib\u00e9ration, sans \u00eatre pr\u00e9sum\u00e9e impossible. Dans cette perspective, il s\u2019agit d\u2019\u00e9tablir des conditions : quelles sont les connaissances, institutions, garanties, m\u00e9canismes qui permettraient une d\u00e9cision solide \u2014 y compris, le cas \u00e9ch\u00e9ant, une d\u00e9cision de renoncement ? <\/p>\n\n\n\n

Ces deux positions sont plus s\u00e9rieuses que leurs caricatures. Expliciter cette divergence est pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 l\u2019accusation vague de technosolutionnisme. Le probl\u00e8me n\u2019est pas que la SRM serait \u00ab technologique \u00bb \u2014 toute politique climatique moderne l\u2019est d\u00e9j\u00e0, des r\u00e9seaux \u00e9lectriques aux pompes \u00e0 chaleur, du captage du carbone aux syst\u00e8mes d\u2019alerte pr\u00e9coce. Le probl\u00e8me est de savoir au service de quelle conception du monde cette technologie serait \u00e9tudi\u00e9e, encadr\u00e9e ou refus\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019\u00e9cologisme est-il un humanisme ?<\/h3>\n\n\n\n

Un second d\u00e9saccord, plus profond encore, traverse le d\u00e9bat : quelle place accorder aux int\u00e9r\u00eats humains par rapport aux milieux naturels eux-m\u00eames ?<\/p>\n\n\n\n

La SRM oblige \u00e0 dire quel climat on cherche \u00e0 obtenir, pour qui, et selon quels crit\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n

Une approche anthropocentrique jugera prioritaire de r\u00e9duire les dommages subis par les soci\u00e9t\u00e9s humaines : les morts li\u00e9es \u00e0 la chaleur, les pertes agricoles, la baisse de productivit\u00e9, la pauvret\u00e9, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire. Cette perspective reconna\u00eet la valeur des milieux naturels, mais ne les prot\u00e8ge que dans la mesure o\u00f9 leur d\u00e9gradation revient vers nous sous forme de pertes \u00e9conomiques, sociales et sanitaires. La science, l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 et la technologie deviennent des moyens l\u00e9gitimes pour acc\u00e9l\u00e9rer les transitions et limiter les souffrances. Dans ce cadre, la question principale est de savoir si une r\u00e9duction partielle du r\u00e9chauffement peut pr\u00e9server davantage de vies, de capacit\u00e9s productives et de bien-\u00eatre que les sc\u00e9narios sans SRM.<\/p>\n\n\n\n

Une autre approche, fond\u00e9e sur une \u00e9cologie de la limite, accorde aux milieux naturels une valeur propre, irr\u00e9ductible \u00e0 leurs services pour l\u2019humanit\u00e9. Elle reconna\u00eet des obligations envers les autres esp\u00e8ces, les \u00e9cosyst\u00e8mes, les paysages, les cycles biog\u00e9ochimiques et les formes de vie non humaines, en admettant que le d\u00e9veloppement humain puisse \u00eatre limit\u00e9 par ces obligations. Dans cette perspective, une intervention intentionnelle sur le rayonnement solaire peut appara\u00eetre comme un franchissement moral qui consolide une logique de gestion technologique permanente du vivant, m\u00eame si certains b\u00e9n\u00e9fices humains paraissent plausibles \u2014 \u00e0 moins que la SRM ne puisse prot\u00e9ger aussi les \u00e9cosyst\u00e8mes, ou favoriser les trajectoires de restauration de la nature, auquel cas un autre dilemme, purement technologique, se pose.<\/p>\n\n\n\n

Aucune mod\u00e9lisation ne fera dispara\u00eetre ce d\u00e9saccord. Les mod\u00e8les peuvent estimer des effets sur la temp\u00e9rature, les pr\u00e9cipitations, les rendements, la mortalit\u00e9 ou le revenu. Ils ne peuvent pas d\u00e9cider seuls de la hi\u00e9rarchie des risques et des priorit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n

La SRM force ces deux \u00e9cologies \u00e0 se parler. Elle oblige \u00e0 demander quel climat l\u2019on cherche \u00e0 obtenir, pour qui et selon quels crit\u00e8res. Elle force \u00e0 expliciter la place que l\u2019on souhaite donner \u00e0 la restauration de la nature et celle pour le d\u00e9veloppement humain. La science \u00e9claire les cons\u00e9quences ; elle ne choisit pas les fins.<\/p>\n\n\n\n

Une doctrine de retenue active<\/h3>\n\n\n\n

C\u2019est dans cette zone \u00e9troite que la Climate Overshoot Commission a cherch\u00e9 un terrain praticable. La Commission que nous avons pr\u00e9sid\u00e9e et conseill\u00e9e, cr\u00e9\u00e9e par le Forum de Paris pour la Paix, a r\u00e9uni pendant dix-huit mois des responsables et experts issus de toutes les grandes r\u00e9gions du monde (Union europ\u00e9enne, \u00c9tats-Unis, Chine, Afrique, Inde, Indon\u00e9sie, Am\u00e9rique latine, \u00eeles du Pacifique), des chercheurs de premier plan (Stanford, Oxford, Harvard, Tsinghua et vice-pr\u00e9sidence du GIEC) et de jeunes repr\u00e9sentants des mouvements climat. Nos travaux ont port\u00e9 plus largement sur les risques du d\u00e9passement climatique et \u00e9tudi\u00e9 les quatre approches pour y r\u00e9pondre : r\u00e9duction des \u00e9missions, adaptation, capture du carbone et modification du rayonnement solaire. Dans cet ordre : C avant A avant R avant E \u2014 que la Climate Overshoot Commission avait r\u00e9sum\u00e9e par la doctrine CARE : Cut emissions, Adapt, Remove carbon, Explore solar radiation modification<\/em> <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Le consensus atteint sur la SRM tient en quelques propositions simples.<\/p>\n\n\n\n

D\u2019abord, ignorer la SRM accro\u00eet les risques. Les inconnues physiques, politiques et institutionnelles doivent \u00eatre r\u00e9duites, car le manque de connaissances favorise les d\u00e9cisions pr\u00e9cipit\u00e9es et les actions solitaires. Ensuite, la SRM ne peut occuper qu\u2019une place compl\u00e9mentaire par rapport \u00e0 la r\u00e9duction des \u00e9missions. Elle agit sur une partie des effets du r\u00e9chauffement, tandis que les \u00e9missions en sont la cause principale. Si le stock de gaz \u00e0 effet de serre continue d\u2019augmenter, la pression sur toute intervention radiative augmente avec lui. Enfin, le manque de gouvernance rend plus probables les d\u00e9ploiements dangereux ou in\u00e9quitables, tandis qu\u2019un cadre commun peut r\u00e9duire l\u2019incitation \u00e0 agir seul.<\/p>\n\n\n\n

De l\u00e0 d\u00e9coule une doctrine de retenue active, autour de trois principes :<\/p>\n\n\n\n

Le premier est une recherche responsable, c\u2019est-\u00e0-dire publique, ouverte, transparente, hors logique commerciale, soumise aux r\u00e9glementations environnementales, visant \u00e0 \u00e9clairer \u00e0 la fois les effets physiques et les cons\u00e9quences \u00e9conomiques, sociales et g\u00e9opolitiques. Le Royaume-Uni a lanc\u00e9 un important programme public de recherche sur les techniques dites de \u00ab climate cooling \u00bb, qu\u2019il faut saluer. Cette recherche doit, plus g\u00e9n\u00e9ralement, inclure les pays en d\u00e9veloppement comme producteurs de savoir.<\/p>\n\n\n\n

Le second est l\u2019engagement, t\u00f4t, de dialogues informels sur la gouvernance d\u2019un \u00e9ventuel d\u00e9ploiement. Il faut le faire maintenant. Les accords internationaux prennent du temps ; les capacit\u00e9s techniques progressent ; les crises r\u00e9tr\u00e9cissent l\u2019espace de d\u00e9lib\u00e9ration. Entre ces temporalit\u00e9s, il faut d\u00e9finir des principes, des m\u00e9thodes communes d\u2019\u00e9valuation, des garanties de transparence, des m\u00e9canismes de d\u00e9cision et de surveillance.<\/p>\n\n\n\n

Le troisi\u00e8me est enfin un moratoire sur tout d\u00e9ploiement ou exp\u00e9rimentation \u00e0 grande \u00e9chelle comportant un risque transfrontalier significatif tant que les connaissances et les cadres de gouvernance ne seront pas jug\u00e9s suffisants. Ce moratoire donne sa coh\u00e9rence politique \u00e0 la recherche. Il permet de comprendre davantage tout en suspendant le passage \u00e0 l\u2019acte. Il affirme que savoir et autoriser rel\u00e8vent de deux d\u00e9cisions distinctes. Il prot\u00e8ge la recherche contre le soup\u00e7on de devenir une piste d\u2019envol vers le d\u00e9ploiement quels que soient les r\u00e9sultats de cette recherche.<\/p>\n\n\n\n

De la doctrine \u00e0 la norme<\/h2>\n\n\n\n

La gouvernance de la SRM commencera avant tout grand trait\u00e9 universel. La diplomatie fonctionne souvent ainsi : avant un trait\u00e9, il faut une norme ; avant une norme, il faut un groupe capable de dire ce qu\u2019un comportement responsable exige.<\/p>\n\n\n\n

Une coalition restreinte de gouvernements g\u00e9ographiquement divers pourrait remplir cette fonction. Elle devrait r\u00e9unir des pays du Nord et du Sud, des grands \u00e9metteurs et des \u00c9tats vuln\u00e9rables, des pays disposant d\u2019importantes capacit\u00e9s scientifiques et d\u2019autres demandant d\u2019abord un renforcement de leurs propres capacit\u00e9s. Sa fonction serait de r\u00e9duire la probabilit\u00e9 que le premier geste s\u00e9rieux en mati\u00e8re de SRM vienne d\u2019un acteur isol\u00e9 ou mal encadr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

Une telle coalition pourrait affirmer trois principes : moratoire sur le d\u00e9ploiement aujourd\u2019hui, refus d\u2019une course commerciale, recherche transparente et partag\u00e9e. Elle donnerait une voix aux gouvernements h\u00e9sitants et cr\u00e9erait un langage commun entre \u00c9tats qui, autrement, risqueraient de d\u00e9couvrir trop tard leurs d\u00e9saccords. Une grande diplomatie climatique aurait pu prendre ce sujet pour l\u2019encadrer avant qu\u2019il ne se d\u00e9place vers des ar\u00e8nes moins ma\u00eetris\u00e9es o\u00f9 il nourrit des r\u00e9cits simplificateurs et des soup\u00e7ons Nord-Sud.<\/p>\n\n\n\n

Le monde le plus souhaitable reste \u00e9vident : c\u2019est celui o\u00f9 les \u00e9missions sont r\u00e9duites rapidement, l\u2019adaptation est financ\u00e9e \u00e0 la hauteur des besoins, o\u00f9 une capture du carbone de haute qualit\u00e9 permet de corriger une partie du stock historique, et o\u00f9 une coop\u00e9ration internationale assez forte rend inutile toute intervention sur le rayonnement solaire. Mais souhaiter ce monde ne suffit pas \u00e0 le produire. Et refuser d\u2019\u00e9tudier la SRM ne garantit pas qu\u2019elle restera hors du r\u00e9el. Cela garantit seulement que, si la question revient avec plus de force, elle reviendra dans un paysage plus pauvre en science, plus fragile en gouvernance et plus injuste dans la r\u00e9partition des capacit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n

La g\u00e9o-ing\u00e9nierie solaire oblige la politique climatique \u00e0 entrer dans une \u00e8re de plus grande responsabilit\u00e9 face \u00e0 la complexit\u00e9. Elle contraint \u00e0 distinguer ce que nous voulons r\u00e9duire, ce que nous voulons restaurer, ce que nous acceptons de risquer, ce que nous devons aux pays vuln\u00e9rables, ce que nous devons aux milieux naturels, et les institutions auxquelles nous pouvons confier des d\u00e9cisions qui traversent les fronti\u00e8res et le temps. Il est temps.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

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