{"id":342409,"date":"2026-06-22T06:47:25","date_gmt":"2026-06-22T04:47:25","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=342409"},"modified":"2026-06-22T06:47:28","modified_gmt":"2026-06-22T04:47:28","slug":"le-regime-iranien-a-t-il-toujours-besoin-de-faire-la-guerre-a-lamerique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/06\/22\/le-regime-iranien-a-t-il-toujours-besoin-de-faire-la-guerre-a-lamerique\/","title":{"rendered":"Le r\u00e9gime iranien a-t-il toujours besoin de faire la guerre \u00e0 l\u2019Am\u00e9rique ?"},"content":{"rendered":"\n
L’\u00e9tat chaotique des n\u00e9gociations entre l’Iran et les \u00c9tats-Unis \u2014 le d\u00e9part soudain de la d\u00e9l\u00e9gation men\u00e9e par Araghchi et Ghalibaf hier<\/a>, 21 juin, quelques jours apr\u00e8s la signature du protocole d’accord<\/a> par le pr\u00e9sident am\u00e9ricain \u00e0 Versailles vendredi, puis l’annonce par les m\u00e9diateurs pakistanais et qatari de progr\u00e8s, y compris la mise en place d’une \u00ab ligne de communication \u00bb, d’une \u00ab cellule de gestion des conflits \u00bb et d’une \u00ab feuille de route visant \u00e0 mettre fin d\u00e9finitivement au conflit \u00bb \u2014 appelle une lecture qui d\u00e9passe la chronique diplomatique.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Ce qui se joue aujourd’hui n’est pas l’\u00e9ni\u00e8me variation d’un genre familier, ces innombrables accords de paix dont l’histoire du Moyen-Orient est satur\u00e9e : quelques paragraphes sur la r\u00e9ouverture du d\u00e9troit d’Ormuz, la suspension partielle du programme nucl\u00e9aire, le d\u00e9blocage d’une fraction des fonds iraniens gel\u00e9s par Washington. <\/p>\n\n\n\n Sous la surface du texte<\/a> affleure une question beaucoup plus structurante. Le tabou qui, depuis 1979, fondait l’identit\u00e9 m\u00eame de la R\u00e9publique islamique, le slogan \u00ab mort \u00e0 l’Am\u00e9rique \u00bb <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>, s’y trouve, pour la premi\u00e8re fois, frontalement remis en question.<\/p>\n\n\n\n Ce tabou peut \u00eatre dat\u00e9 avec pr\u00e9cision. Le 4 novembre 1979, un groupe d’\u00e9tudiants partisans de la ligne de l’Imam <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span> occupe l’ambassade des \u00c9tats-Unis \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran. Le geste, con\u00e7u comme une protestation passag\u00e8re, se mue en pierre angulaire d’un ordre politique.\u00a0<\/p>\n\n\n\n L’hostilit\u00e9 envers l’Am\u00e9rique cesse alors d’\u00eatre l’une des nombreuses dimensions identitaires pour devenir l’un des piliers par lesquels le r\u00e9gime se d\u00e9finit lui-m\u00eame. La guerre de huit ans contre l’Irak vient cimenter cette hostilit\u00e9, tandis que, quatre d\u00e9cennies durant, la propagande officielle ne cesse de la r\u00e9activer. Au point que la remettre en cause finit par appara\u00eetre non pas comme une simple erreur politique, mais comme une remise en cause de l’identit\u00e9 collective.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Ni le fondateur de la R\u00e9publique islamique l\u2019ayatollah Rouhollah Khomeini, ni son successeur Ali Khamenei<\/a>, qui a joui d’une autorit\u00e9 sans rival pendant pr\u00e8s de trente ans avant d\u2019\u00eatre tu\u00e9 par les frappes am\u00e9ricaines du 28 f\u00e9vrier<\/a>, n\u2019ont pu ouvrir ce dossier. Non pas par incapacit\u00e9 ou manque d’int\u00e9r\u00eat, mais parce qu’ils savaient que la l\u00e9gitimit\u00e9 m\u00eame du r\u00e9gime r\u00e9sidait dans cette hostilit\u00e9 fondatrice.<\/p>\n\n\n\n Ce qui distingue cette guerre de toutes les tensions ant\u00e9rieures entre l’Iran et les \u00c9tats-Unis, ce n’est ni son intensit\u00e9 ni sa dur\u00e9e, mais la cible vis\u00e9e par les premi\u00e8res minutes de l’attaque coordonn\u00e9e du 28 f\u00e9vrier 2026. Le Guide supr\u00eame a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9, ainsi que des dizaines de hauts responsables, dont Ali Shamkhani, secr\u00e9taire du Conseil supr\u00eame de s\u00e9curit\u00e9 nationale. <\/p>\n\n\n\n Les cons\u00e9quences de cette \u00ab d\u00e9capitation \u00bb ne doivent pas \u00eatre lues m\u00e9taphoriquement : la g\u00e9n\u00e9ration qui, durant quatre d\u00e9cennies, avait fix\u00e9 les r\u00e8gles du jeu et contraint chaque rouage du r\u00e9gime \u00e0 s’y plier, n’a pas simplement disparu, elle a, au sens propre, \u00e9t\u00e9 ray\u00e9e de la sc\u00e8ne.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Le vide ainsi soudainement cr\u00e9\u00e9 a permis \u00e0 Mohammad Bagher Ghalibaf<\/a>, pr\u00e9sident du Parlement, de prendre la t\u00eate de la d\u00e9l\u00e9gation charg\u00e9e de n\u00e9gocier avec Washington, \u00e9vin\u00e7ant ainsi la pr\u00e9sidence et le gouvernement en exercice. Sans \u00eatre l’h\u00e9ritier direct du discours anti-am\u00e9ricain de la g\u00e9n\u00e9ration fondatrice, il s’est assis face au vice-pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis \u00e0 Islamabad. Certaines sources lui pr\u00eatent m\u00eame, au cours de cette rencontre, un \u00e9change t\u00e9l\u00e9phonique direct avec le pr\u00e9sident am\u00e9ricain. Cette entrevue, qui s’est tenue les 11 et 12 avril 2026, est consid\u00e9r\u00e9e comme le plus haut niveau de contact direct entre les deux pays depuis la r\u00e9volution islamique.<\/p>\n\n\n\n De cette rencontre \u00e0 celle de Gen\u00e8ve, le chemin n’a pas \u00e9t\u00e9 sans heurts : un cessez-le-feu conditionnel le 8 avril 2026, plusieurs semaines de tractations tendues autour du d\u00e9troit d’Ormuz, puis, le 14 juin 2026, l’annonce et la signature, \u00e0 distance, d’un protocole d\u2019accord. L’essentiel de ce parcours ne doit pas \u00eatre lu \u00e0 partir de sa dimension diplomatique, mais \u00e0 partir d\u2019une question : pourquoi un tabou que des d\u00e9cennies de sanctions et jusqu’\u00e0 la menace militaire directe, n’avaient pu briser, s’est-il effondr\u00e9 aussi vite ?<\/p>\n\n\n\n La r\u00e9ponse r\u00e9side peut-\u00eatre dans un fait trop souvent n\u00e9glig\u00e9. Dans les derni\u00e8res ann\u00e9es, la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 ce tabou reposait sans doute moins sur l’id\u00e9ologie de la r\u00e9volution islamique que sur une forme d’all\u00e9geance de fa\u00e7ade, une soumission devenue n\u00e9cessaire pour rester proche du centre du pouvoir. Il s\u2019agissait en r\u00e9alit\u00e9 davantage d\u2019une ob\u00e9issance dont le prix d\u2019une rupture \u00e9tait \u00e9lev\u00e9 que d\u2019une croyance v\u00e9ritable. Or tant que le co\u00fbt de cette mise en sc\u00e8ne restait faible, personne ne la remettait en question. La guerre, et surtout\u00a0l’\u00e9limination d’Ali Khamenei, ont boulevers\u00e9 ce calcul du jour au lendemain. L’appareil militaire, les r\u00e9seaux r\u00e9gionaux et l’\u00e9conomie du pays se sont trouv\u00e9s paralys\u00e9s \u00e0 tel point que la poursuite de cette mise en sc\u00e8ne est devenue elle-m\u00eame une menace pour la survie du r\u00e9gime.\u00a0<\/p>\n\n\n\n C\u2019est pour cette raison que l\u2019effondrement du tabou s\u2019est produit si rapidement ; ce qui s\u2019est \u00e9croul\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas une croyance ferme en des id\u00e9aux immuables de la r\u00e9volution islamique, mais une fa\u00e7ade que plus personne n\u2019avait la force de maintenir.<\/p>\n\n\n\n L’effondrement de ce tabou structurant ne signe en rien l’\u00e9mergence d\u2019un nouveau consensus au sein du r\u00e9gime ; il ne fait qu’en d\u00e9placer le terrain, vers une dispute entre deux lignes de fractures de plus en plus nettes.<\/p>\n\n\n\n D’un c\u00f4t\u00e9, le camp de la revanche. Le lundi 15 juin 2026, Esmail Qaani, commandant de la force Al-Qods des Gardiens de la r\u00e9volution, est apparu pour la premi\u00e8re fois depuis le d\u00e9but de la guerre sur la cha\u00eene d\u2019information de la t\u00e9l\u00e9vision d\u2019\u00c9tat. Assurant que le Hamas serait bient\u00f4t reconstitu\u00e9, il a soutenu que les composantes de l’\u00ab axe de la r\u00e9sistance<\/a> \u00bb \u00e9taient rest\u00e9es en premi\u00e8re ligne et avaient tenu, \u00ab dans les conditions les plus difficiles, face \u00e0 l’ennemi am\u00e9ricano-isra\u00e9lien \u00bb. \u00ab Nous avons un long chemin \u00e0 parcourir avec les \u00c9tats-Unis et Isra\u00ebl \u00bb, a-t-il ajout\u00e9, avant de r\u00e9duire ce que l’on avait vu de la puissance du Hezbollah \u00e0 la simple \u00ab pointe de l’iceberg \u00bb et d’\u00e9voquer des points strat\u00e9giques tels que le d\u00e9troit de Bab-el-Mandeb <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. <\/p>\n\n\n\nLa fin d\u2019un tabou fondateur <\/strong><\/h2>\n\n\n\n
Revanche ou reconstruction, le nouveau clivage politique iranien<\/strong><\/h2>\n\n\n\n