{"id":341294,"date":"2026-06-18T11:08:13","date_gmt":"2026-06-18T09:08:13","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=341294"},"modified":"2026-06-18T12:06:44","modified_gmt":"2026-06-18T10:06:44","slug":"philippe-moment-gaullien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/06\/18\/philippe-moment-gaullien\/","title":{"rendered":"Le moment gaullien de l\u2019Europe"},"content":{"rendered":"\n

Il est des moments o\u00f9 la question de la libert\u00e9 cesse d’\u00eatre une abstraction pour redevenir une question pratique. Juin 1940 est l’un de ces moments. La France est vaincue. Son territoire est occup\u00e9. Son gouvernement a choisi l’armistice. Tout invite au r\u00e9alisme, c’est-\u00e0-dire \u00e0 l’acceptation du fait accompli. Tout, sauf un homme qui refuse de croire que la faiblesse oblige \u00e0 la soumission. Cette forme d\u2019insoumission au r\u00e9el, que beaucoup prennent alors pour une illusion voire une folie, constitue peut-\u00eatre le c\u0153ur du geste gaullien. Le r\u00e9cent film La Bataille de Gaulle<\/a><\/em> d\u2019Antonin Baudry, en saisit admirablement le ressort profond : la solitude de celui qui refuse de tenir la d\u00e9faite pour d\u00e9finitive quand les autres s\u2019y r\u00e9signent d\u00e9j\u00e0 <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Tout a \u00e9t\u00e9 dit sur ces 297 mots prononc\u00e9s le 18 juin 1940, que si peu de Fran\u00e7ais entendirent mais qui sauv\u00e8rent notre pays et son honneur. L\u2019Appel a toujours symbolis\u00e9 pour moi un pur acte de libert\u00e9. \u00c0 travers lui, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle affirme une id\u00e9e simple qui est aussi une grande le\u00e7on politique : les circonstances n’\u00e9puisent jamais le champ des possibles. M\u00eame diminu\u00e9e, m\u00eame isol\u00e9e, une nation conserve toujours une part de libert\u00e9 d\u00e8s lors qu’elle refuse de se laisser d\u00e9finir par le rapport de force du moment.<\/p>\n\n\n\n

Cette intuition ne vaut pas seulement pour la France de 1940. Elle \u00e9claire une question plus g\u00e9n\u00e9rale : comment demeurer libre lorsqu\u2019on n\u2019est pas le plus fort ?<\/p>\n\n\n\n

Nous ne sommes plus en 1940. Les analogies historiques sont presque toujours trompeuses lorsqu’elles deviennent m\u00e9caniques. L’Europe n’est ni occup\u00e9e ni vaincue. Elle demeure l’un des principaux p\u00f4les d\u00e9mocratiques, \u00e9conomiques, scientifiques et culturels du monde. Pourtant, quelque chose a chang\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

Pendant plusieurs d\u00e9cennies, les Europ\u00e9ens ont v\u00e9cu dans l’id\u00e9e que l’histoire leur \u00e9tait devenue favorable. La paix \u00e9tait durablement assur\u00e9e et la s\u00e9curit\u00e9 largement garantie par d’autres, une \u00e9nergie bon march\u00e9 circulait librement, le commerce rapprochait les nations et le progr\u00e8s technique semblait spontan\u00e9ment converger avec le progr\u00e8s politique. Cette parenth\u00e8se s\u2019est referm\u00e9e.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

Le retour d\u2019une guerre totale sur le continent europ\u00e9en, la rivalit\u00e9 des puissances, l\u2019affaiblissement des alliances, l\u2019arsenalisation des interd\u00e9pendances, la comp\u00e9tition technologique et les attaques de plus en plus vives contre les d\u00e9mocraties nous rappellent une v\u00e9rit\u00e9 plus ancienne : la libert\u00e9 n’est jamais un acquis. Elle d\u00e9pend toujours de conditions mat\u00e9rielles, d\u2019un contexte strat\u00e9gique et d\u2019une volont\u00e9 politique qu’il faut continuellement entretenir.<\/p>\n\n\n\n

Le danger qui nous guette n’est d’ailleurs pas celui d’une rupture visible. Il est plus insidieux et sournois. C\u2019est celui de la vassalisation silencieuse : une d\u00e9pendance qui s’installe par accumulation, une souverainet\u00e9 qui s’\u00e9rode sans qu\u2019on l\u2019ait jamais d\u00e9cid\u00e9, jusqu’au jour o\u00f9 l’on d\u00e9couvre qu\u2019on n\u2019est plus vraiment ma\u00eetre de nos choix. Ce jour-l\u00e0, il est trop tard. <\/p>\n\n\n\n

La question qui se pose aujourd’hui aux Europ\u00e9ens n’est donc pas fondamentalement \u00e9conomique. Elle n’est m\u00eame pas d’abord g\u00e9opolitique. Elle est politique au sens le plus profond du terme : voulons-nous continuer \u00e0 d\u00e9cider par nous-m\u00eames ou acceptons-nous que d’autres d\u00e9cident \u00e0 notre place ?<\/p>\n\n\n\n

La r\u00e9ponse apport\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle en juin 1940 ne saurait \u00eatre reproduite \u00e0 l’identique. Mais il n\u2019est peut-\u00eatre pas inutile de se demander ce qu\u2019elle a encore \u00e0 nous dire \u00e0 nous, Fran\u00e7ais et Europ\u00e9ens de 2026. Son geste conserve, je crois, une valeur de m\u00e9thode : lorsqu’une nation veut demeurer libre, elle ne peut d\u00e9l\u00e9guer \u00e0 d’autres le soin de penser ses int\u00e9r\u00eats, de prot\u00e9ger ses capacit\u00e9s essentielles ou de d\u00e9finir son destin. Elle doit s\u2019organiser.<\/p>\n\n\n\n

Cette le\u00e7on m\u00e9rite d’\u00eatre r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9e \u00e0 l’\u00e9chelle de notre temps. <\/p>\n\n\n\n

Car les conditions de la puissance ont chang\u00e9 : la technologie, les march\u00e9s financiers, les cha\u00eenes industrielles et les syst\u00e8mes \u00e9nerg\u00e9tiques ont progressivement d\u00e9pass\u00e9 le cadre de l’\u00c9tat-nation. Cette transformation conduit \u00e0 d\u00e9passer une opposition st\u00e9rile entre souverainet\u00e9 nationale et souverainet\u00e9 europ\u00e9enne. Le gaullisme n’a jamais \u00e9t\u00e9 un nationalisme de repli : il a toujours cherch\u00e9 le niveau o\u00f9 la puissance devient possible. C’est ce principe, que l\u2019on pourrait appeler subsidiarit\u00e9 strat\u00e9gique, qui doit guider les choix europ\u00e9ens d’aujourd’hui. <\/p>\n\n\n\n

La subsidiarit\u00e9, dans la tradition europ\u00e9enne, signifie que l’on n’agit \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur que si le niveau inf\u00e9rieur est insuffisant. La subsidiarit\u00e9 strat\u00e9gique adapte ce principe \u00e0 la brutalisation du monde : on choisit le niveau o\u00f9 l’on peut \u00eatre vraiment souverain, c’est-\u00e0-dire libre d’agir sans d\u00e9pendre du bon vouloir d’un tiers. <\/p>\n\n\n\n

Cela n\u2019a rien \u00e0 voir avec un choix binaire entre deux id\u00e9ologies r\u00e9ductrices et contraires, qu\u2019il s\u2019agisse du f\u00e9d\u00e9ralisme ou du souverainisme. C’est une question de physique politique. Toutes les fois o\u00f9 la France peut \u00eatre plus forte en \u00e9tant la France, elle doit choisir la France. Toutes les fois o\u00f9 elle peut \u00eatre plus forte avec l’Europe, elle doit choisir l’Europe.<\/p>\n\n\n\n

Dans ce monde nouveau, alors que se pose, une nouvelle fois dans notre histoire la question du devenir de notre puissance, l’h\u00e9ritage gaullien, la folle audace de la France libre<\/a> et l\u2019extraordinaire courage de l\u2019Appel apportent trois r\u00e9ponses d’une \u00e9tonnante actualit\u00e9 : la souverainet\u00e9 int\u00e9grale, le non-alignement d\u00e9mocratique et la capacit\u00e9 de dire non.<\/p>\n\n\n\n

La souverainet\u00e9 int\u00e9grale<\/h2>\n\n\n\n

La premi\u00e8re le\u00e7on de la France libre est souvent mal comprise.<\/p>\n\n\n\n

On la r\u00e9duit parfois \u00e0 l’ind\u00e9pendance nationale. Elle est plus exigeante. Pour de Gaulle, la souverainet\u00e9 n’est pas un principe abstrait. Elle est la capacit\u00e9 effective d’un peuple \u00e0 d\u00e9cider de son destin.<\/p>\n\n\n\n

La souverainet\u00e9 n’est pas, d’abord, une question institutionnelle, mais une question de ma\u00eetrise.<\/p>\n\n\n\n

Cette conviction \u00e9claire aussi bien le refus du G\u00e9n\u00e9ral d\u2019accepter la moindre parcelle d\u2019autorit\u00e9 am\u00e9ricaine sur le territoire national d\u00e8s la Lib\u00e9ration que la construction d\u00e9termin\u00e9e d’une industrie de d\u00e9fense et d\u2019une dissuasion nucl\u00e9aire autonomes. Derri\u00e8re ces d\u00e9cisions se trouve une m\u00eame id\u00e9e : une nation qui abandonne la ma\u00eetrise de ses fonctions essentielles finit toujours par voir sa libert\u00e9 se r\u00e9duire.<\/p>\n\n\n\n

Or, les fonctions essentielles du XXIe si\u00e8cle ne sont plus celles du XXe.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019\u00e9nergie, la technologie, la d\u00e9fense et la finance forment d\u00e9sormais un syst\u00e8me unique. Les centrales alimentent les centres de donn\u00e9es. Les centres de donn\u00e9es entra\u00eenent les mod\u00e8les d’intelligence artificielle. Ces mod\u00e8les pilotent les syst\u00e8mes militaires. Les march\u00e9s financiers financent l’ensemble. Renoncer sur l’un de ces maillons, c’est fragiliser tous les autres.<\/p>\n\n\n\n

J’appelle cette r\u00e9alit\u00e9 nouvelle la souverainet\u00e9 int\u00e9grale.<\/p>\n\n\n\n

Elle repose sur une id\u00e9e simple : la libert\u00e9 politique d\u00e9pend d\u00e9sormais de la ma\u00eetrise d’un ensemble de fonctions critiques \u00e9troitement imbriqu\u00e9es \u2014 technologie, \u00e9nergie, d\u00e9fense, finance. <\/p>\n\n\n\n

L\u2019exigence d\u2019une souverainet\u00e9 int\u00e9grale signifie qu\u2019un continent en armes n\u2019a plus le luxe de la dispersion. L\u2019Europe doit sans d\u00e9lai concentrer ses moyens sur ces quatre politiques vitales, sans quoi elle sera d\u00e9faite. Tous ses arbitrages budg\u00e9taires, r\u00e9glementaires et industriels doivent d\u00e9sormais \u00eatre \u00e9valu\u00e9s \u00e0 l\u2019aune de cette exigence.<\/p>\n\n\n\n

La technologie, d\u2019abord, est devenue le premier lieu de notre d\u00e9pendance. La d\u00e9cision<\/a> de l\u2019administration Trump de suspendre l\u2019acc\u00e8s aux mod\u00e8les les plus puissants d\u2019Anthropic aux non-Am\u00e9ricains le rappelle encore brutalement.<\/p>\n\n\n\n

Toutes les fois o\u00f9 la France peut \u00eatre plus forte en \u00e9tant la France, elle doit choisir la France. Toutes les fois o\u00f9 elle peut \u00eatre plus forte avec l’Europe, elle doit choisir l’Europe.<\/p>\u00c9douard Philippe<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Mais le ph\u00e9nom\u00e8ne est plus profond. \u00c0 peine cinq des cinquante premi\u00e8res entreprises technologiques mondiales sont europ\u00e9ennes. Les autres nous imposent leurs standards, leurs architectures, leurs rythmes d\u2019innovation, leurs moyens financiers, jusqu\u2019\u00e0 leur vision du monde. L\u2019Europe a longtemps cru pouvoir compenser ce d\u00e9ficit par la r\u00e9gulation. Elle a d\u2019ailleurs fait \u0153uvre utile : prot\u00e9ger les donn\u00e9es, organiser la responsabilit\u00e9 des plateformes, imposer des r\u00e8gles de concurrence, d\u00e9fendre les consommateurs, tout cela ne compte pas pour rien. Mais acheter am\u00e9ricain six jours sur sept et r\u00e9guler europ\u00e9en le dimanche n\u2019est pas une strat\u00e9gie de puissance. La premi\u00e8re r\u00e9gulation utile, pour un continent qui veut rester libre, consiste \u00e0 cr\u00e9er les conditions d\u2019achat de technologies europ\u00e9ennes.<\/p>\n\n\n\n

Il faut donc passer d\u2019une Europe qui r\u00e9gule ce qu\u2019elle n\u2019ach\u00e8te pas \u00e0 une Europe qui ach\u00e8te ce qu\u2019elle veut voir exister. La commande publique repr\u00e9sente un levier consid\u00e9rable. Pour les technologies critiques financ\u00e9es par l\u2019argent public europ\u00e9en ou national, la pr\u00e9f\u00e9rence doit aller aux solutions europ\u00e9ennes lorsque celles-ci existent ou peuvent \u00e9merger dans des d\u00e9lais raisonnables. Ce Buy European Tech Act<\/em> reviendra \u00e0 assurer un march\u00e9 de d\u00e9part \u00e0 nos champions, comme les \u00c9tats-Unis et la Chine le font depuis longtemps avec moins de scrupules et davantage de r\u00e9sultats. Il devra s\u2019accompagner de \u00ab march\u00e9s technologiques europ\u00e9ens \u00bb, permettant \u00e0 plusieurs collectivit\u00e9s et \u00c9tats europ\u00e9ens de se regrouper pour investir dans l\u2019IA, le cloud, les drones, la cybers\u00e9curit\u00e9 ou les v\u00e9hicules autonomes. Il ne suffit pas d\u2019appeler nos entreprises \u00e0 grandir si nous leur refusons les premiers clients qui leur permettent de changer d\u2019\u00e9chelle. Il ne suffit pas de dire que nous voulons une IA europ\u00e9enne si nos administrations, nos h\u00f4pitaux, nos collectivit\u00e9s, nos arm\u00e9es et nos \u00e9tablissements d\u2019enseignement ach\u00e8tent demain les solutions d\u2019acteurs extra-europ\u00e9ens faute d\u2019un cadre de commande coordonn\u00e9. L\u2019Europe doit organiser la demande pour faire na\u00eetre l\u2019offre.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019Europe s\u2019est construite sur la mise en commun des ressources. La Communaut\u00e9 europ\u00e9enne du charbon et de l\u2019acier (CECA) r\u00e9pondait \u00e0 une \u00e9vidence : la paix et la puissance industrielle d\u00e9pendaient alors de quelques mati\u00e8res premi\u00e8res et capacit\u00e9s de production d\u00e9cisives. Le charbon et l\u2019acier de notre temps s\u2019appellent GPU, lithium, cobalt, c\u00e2bles sous-marins, data centers, machines de lithographie, logiciels d\u2019optimisation, capacit\u00e9s de refroidissement, r\u00e9seaux \u00e9lectriques. Il nous faut cr\u00e9er une CECA du XXIe si\u00e8cle autour des semi-conducteurs et des capacit\u00e9s de calcul. Une Europe s\u00e9rieuse doit mutualiser l\u2019investissement, s\u00e9curiser les approvisionnements, constituer des stocks, acc\u00e9l\u00e9rer les proc\u00e9dures d\u2019autorisation, orienter les commandes, accepter le risque industriel et permettre l\u2019\u00e9mergence de champions europ\u00e9ens sans lesquels toutes nos ambitions num\u00e9riques resteront suspendues aux d\u00e9cisions des autres.<\/p>\n\n\n\n

La simplification du cadre r\u00e9glementaire num\u00e9rique europ\u00e9en est l\u2019autre condition de cette politique. L\u2019Europe doit renoncer \u00e0 s\u2019entraver elle-m\u00eame. Les obligations multiples, les interpr\u00e9tations divergentes, la fragmentation des autorit\u00e9s, l\u2019incertitude juridique et la lenteur d\u2019application finissent par favoriser ceux qui disposent d\u00e9j\u00e0 de bataillons d\u2019avocats et de positions dominantes. R\u00e9guler les g\u00e9ants ne doit pas revenir \u00e0 emp\u00eacher les petits de grandir. Pour les technologies critiques, il faut des proc\u00e9dures rapides, des guichets uniques, des exp\u00e9rimentations encadr\u00e9es, une doctrine claire sur les donn\u00e9es, des exemptions cibl\u00e9es lorsque l\u2019int\u00e9r\u00eat strat\u00e9gique europ\u00e9en l\u2019exige.<\/p>\n\n\n\n

Enfin, la technologie est une affaire de formation. La France, grande nation d\u2019ing\u00e9nieurs, doit avoir l\u2019ambition d\u2019en former 100 000 chaque ann\u00e9e, contre 40 000 aujourd\u2019hui. Elle doit enfin r\u00e9gler le sujet du co\u00fbt de son travail qualifi\u00e9 qui la p\u00e9nalise dans la comp\u00e9tition des talents. De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019Europe doit cr\u00e9er les conditions de leur circulation au sein d\u2019une Union des talents en technologies critiques. Cette ambition pourrait associer les meilleures \u00e9coles et universit\u00e9s europ\u00e9ennes, pr\u00e9voir des semestres industriels d\u2019\u00e9change entre les entreprises europ\u00e9ennes, des laboratoires communs ainsi qu\u2019un socle de formation commune \u00e0 la cybers\u00e9curit\u00e9, aux semi-conducteurs, \u00e0 l\u2019IA, \u00e0 l\u2019\u00e9nergie et \u00e0 l\u2019\u00e9thique des technologies. Il ne s\u2019agit pas de produire un symbole de plus, mais une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d\u2019ing\u00e9nieurs europ\u00e9ens conscients que leur comp\u00e9tence est un attribut de souverainet\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019\u00e9nergie est la deuxi\u00e8me condition de la souverainet\u00e9. L\u2019Europe importe encore plus de la moiti\u00e9 de l\u2019\u00e9nergie qu\u2019elle consomme. Cette situation est d\u2019autant plus paradoxale que l\u2019Europe pr\u00e9tend mener la transition \u00e9cologique la plus ambitieuse du monde. La r\u00e9ponse fran\u00e7aise doit \u00eatre claire : acc\u00e9l\u00e9rer le nucl\u00e9aire et toutes les capacit\u00e9s de production \u00e9lectrique d\u00e9carbon\u00e9e. La France dispose ici d\u2019un avantage strat\u00e9gique qu\u2019elle a trop longtemps h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 nommer. Notre parc nucl\u00e9aire, notre savoir-faire industriel, nos ing\u00e9nieurs, nos entreprises, notre exp\u00e9rience de s\u00fbret\u00e9 sont des biens nationaux et europ\u00e9ens. Les prolonger, les moderniser, construire de nouveaux r\u00e9acteurs, d\u00e9velopper les SMR, renforcer les r\u00e9seaux, produire davantage d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 bas carbone, sont autant de priorit\u00e9s qui devraient faire consensus dans un pays comme le n\u00f4tre, surtout quand il s\u2019agit d\u2019alimenter ce qui fera notre souverainet\u00e9 demain : l\u2019IA, les data centers<\/em>, les usines de batteries, l\u2019hydrog\u00e8ne et la relocalisation industrielle.<\/p>\n\n\n\n

Cette abondance suppose de r\u00e9duire drastiquement les d\u00e9lais d\u2019obtention des permis et de r\u00e9server en priorit\u00e9 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la ressource \u00e0 nos acteurs industriels. Nous ne pouvons plus pr\u00e9tendre mener la transition \u00e9cologique, la r\u00e9industrialisation et la souverainet\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique avec des proc\u00e9dures con\u00e7ues pour un monde craintif. Chaque mois perdu dans l\u2019instruction d\u2019un raccordement, d\u2019une ligne, d\u2019un r\u00e9acteur, d\u2019un parc renouvelable, d\u2019un data cente<\/em>r, d\u2019une usine, est un mois donn\u00e9 \u00e0 nos concurrents. Il faut pr\u00e9server l\u2019exigence environnementale, mais cesser de confondre exigence et emp\u00eachement. La France doit proposer \u00e0 l\u2019Europe un pacte de permis strat\u00e9giques : d\u00e9lais plafonn\u00e9s, instruction parall\u00e8le plut\u00f4t que s\u00e9quentielle, juge sp\u00e9cialis\u00e9, silence valant d\u00e9cision dans certains cas, doctrine commune sur les infrastructures d\u2019int\u00e9r\u00eat europ\u00e9en. L\u2019\u00c9tat de droit n\u2019est pas la lenteur organis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n

La d\u00e9fense est le troisi\u00e8me int\u00e9r\u00eat vital, celui que la guerre a rendu si visible. L\u2019Europe a d\u00e9couvert qu\u2019elle avait d\u00e9sarm\u00e9 trop vite. Les stocks sont insuffisants, les cha\u00eenes de production trop lentes, les standards trop fragment\u00e9s, les acquisitions trop dispers\u00e9es. Depuis 2022, l\u2019effort de r\u00e9armement a commenc\u00e9, mais il est trop lent. Contrairement \u00e0 ce que nous proclamons, nous ne sommes pas en \u00ab \u00e9conomie de guerre \u00bb. Les d\u00e9penses suppl\u00e9mentaires, faute de pouvoir \u00eatre prises en charge par les lignes de production en place, ont principalement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 \u00e0 des fournisseurs ext\u00e9rieurs \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne, \u00c9tats-Unis en t\u00eate. L\u2019Europe \u2014 pas la France \u2014 a accompli un paradoxe : prendre conscience de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019augmenter nos d\u00e9penses de d\u00e9fense tout en se rendant compte de notre vuln\u00e9rabilit\u00e9 europ\u00e9enne en finan\u00e7ant la capacit\u00e9 industrielle des autres. Cela ne peut pas durer.<\/p>\n\n\n\n

L’histoire europ\u00e9enne est celle d’une civilisation qui a progressivement appris \u00e0 opposer des limites \u00e0 la puissance.<\/p>\u00c9douard Philippe<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Une pr\u00e9f\u00e9rence europ\u00e9enne dans les achats de d\u00e9fense commence laborieusement \u00e0 \u00eatre mise en place : elle doit devenir syst\u00e9matique. Certains \u00e9quipements devront encore venir d\u2019alli\u00e9s, certains partenariats extra-europ\u00e9ens demeureront utiles, et l\u2019urgence ukrainienne impose parfois d\u2019acheter vite \u2014 tout cela est entendu. Mais l\u2019argent europ\u00e9en doit b\u00e2tir prioritairement la base industrielle et technologique de d\u00e9fense europ\u00e9enne. Les programmes communs ne doivent pas devenir des constructions administratives o\u00f9 chaque pays r\u00e9clame sa juste part. Le mode projet doit pr\u00e9valoir : un noyau d\u2019\u00c9tats volontaires, un besoin militaire clair, un industriel chef de file, des calendriers contraignants, des clauses de sortie, une gouvernance resserr\u00e9e, des financements pr\u00e9visibles. Sur cela, comme sur le reste, il faudra avancer fort et donc vite.<\/p>\n\n\n\n

La finance, enfin, est le quatri\u00e8me int\u00e9r\u00eat vital. L’Europe ne manque pas de capital, mais d’organisation. Nous disposons de 30 000 milliards d\u2019euros d\u2019\u00e9pargne priv\u00e9e. Ce chiffre devrait suffire \u00e0 nous interdire toute plainte sur notre manque de moyens. Mais cette \u00e9pargne, quand elle ne finance pas la dette, l\u2019immobilier, ou les march\u00e9s am\u00e9ricains, est plac\u00e9e sur des produits sans risque, pendant que nos entreprises les plus prometteuses traversent l\u2019Atlantique pour trouver les capitaux de leur croissance. Nous formons des talents, finan\u00e7ons la recherche, prenons les premiers risques publics, puis laissons d\u2019autres capter la valeur cr\u00e9\u00e9e. C\u2019est une politique industrielle \u00e0 l\u2019envers.<\/p>\n\n\n\n

La finalisation de l\u2019Union des march\u00e9s de capitaux doit donc devenir une priorit\u00e9 strat\u00e9gique et non un serpent de mer administratif. Harmoniser certains r\u00e9gimes d\u2019insolvabilit\u00e9, simplifier les introductions en bourse, faciliter les placements transfrontaliers, d\u00e9velopper la titrisation saine, cr\u00e9er un v\u00e9ritable march\u00e9 europ\u00e9en du capital-risque et du capital-d\u00e9veloppement, d\u00e9velopper les fonds de pension de long terme aussi, sont autant de conditions pour que les entreprises europ\u00e9ennes restent et grandissent en Europe. <\/p>\n\n\n\n

Le non-alignement d\u00e9mocratique<\/h2>\n\n\n\n

La deuxi\u00e8me le\u00e7on de la France libre est souvent plus controvers\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n

On a parfois pr\u00e9sent\u00e9 le gaullisme comme une politique de solitude. Il fut en r\u00e9alit\u00e9 une politique d’ind\u00e9pendance. De Gaulle n’a jamais \u00e9t\u00e9 neutre. Il n’a jamais pratiqu\u00e9 l’\u00e9quidistance entre les d\u00e9mocraties et leurs adversaires. La France libre appartenait pleinement au camp des d\u00e9mocraties. Dans son discours du 25 mai 1942 \u00e0 Londres, le G\u00e9n\u00e9ral \u00e9nonce m\u00eame que, pour la France, \u00ab la d\u00e9mocratie se confond exactement avec la souverainet\u00e9 nationale \u00bb. Mais il refusait aussi que son appartenance \u00e0 une alliance, m\u00eame d\u00e9mocratique, le prive de sa libert\u00e9 de jugement et d’action.<\/p>\n\n\n\n

Cette distinction conserve aujourd’hui toute son importance. Notre camp est celui des d\u00e9mocraties. Notre politique doit \u00eatre celle de nos int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n\n\n\n

Dans le monde qui s’ouvre, la tentation sera grande pour les Europ\u00e9ens de se d\u00e9finir \u00e0 travers les rivalit\u00e9s des autres. La comp\u00e9tition sino-am\u00e9ricaine structure d\u00e9j\u00e0 une part croissante des relations internationales. Les pressions exerc\u00e9es sur les alli\u00e9s pour choisir un camp, adopter certaines technologies, limiter certains \u00e9changes ou aligner leurs positions diplomatiques ne cesseront de cro\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n

L’Europe doit r\u00e9sister \u00e0 cette logique.<\/p>\n\n\n\n

Non parce qu’elle pourrait se tenir \u00e0 \u00e9gale distance de Washington et de P\u00e9kin. Une telle posture serait aussi artificielle qu’illusoire. Nos institutions, nos valeurs, notre histoire et nos int\u00e9r\u00eats fondamentaux nous rattachent au monde d\u00e9mocratique.<\/p>\n\n\n\n

Mais pr\u00e9cis\u00e9ment parce que nous appartenons \u00e0 ce camp, nous devons \u00eatre capables d’y faire entendre une voix propre.<\/p>\n\n\n\n

L’alliance n’implique pas la subordination. L’amiti\u00e9 n’exige pas l’alignement. Une d\u00e9mocratie s\u00fbre d’elle-m\u00eame ne d\u00e9l\u00e8gue pas \u00e0 d’autres le soin de d\u00e9finir ses priorit\u00e9s strat\u00e9giques.<\/p>\n\n\n\n

Cette exigence est d’autant plus importante que le monde entre dans une phase de fragmentation durable. La mondialisation pr\u00e9tendument heureuse a laiss\u00e9 place \u00e0 un univers conflictuel, o\u00f9 les rapports de force \u00e9conomiques, technologiques et militaires retrouvent une place centrale. Dans cet environnement, les puissances capables de d\u00e9fendre leurs int\u00e9r\u00eats seront celles qui disposeront \u00e0 la fois d’alli\u00e9s solides et d’une autonomie de d\u00e9cision.<\/p>\n\n\n\n

Le premier cercle de cette strat\u00e9gie est naturellement europ\u00e9en.<\/p>\n\n\n\n

Aucune puissance europ\u00e9enne n’est aujourd’hui en mesure d’affronter seule les d\u00e9fis du si\u00e8cle. L’Union europ\u00e9enne demeure notre principal multiplicateur de puissance. Elle est le cadre privil\u00e9gi\u00e9 de notre action diplomatique, \u00e9conomique et strat\u00e9gique.<\/p>\n\n\n\n

Mais l’Europe ne s’arr\u00eate pas aux fronti\u00e8res de l’Union.<\/p>\n\n\n\n

Le Royaume-Uni et la Norv\u00e8ge constituent des partenaires naturels avec lesquels nous partageons des int\u00e9r\u00eats et des valeurs essentiels. Le Brexit a s\u00e9par\u00e9 des institutions ; il n’a pas s\u00e9par\u00e9 des g\u00e9ographies ni des int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques. Le rapprochement entre l’Union europ\u00e9enne et le Royaume-Uni devra constituer l’une des priorit\u00e9s de la prochaine d\u00e9cennie. <\/p>\n\n\n\n

Au-del\u00e0 de la sph\u00e8re europ\u00e9enne, le Canada doit faire partie d\u2019un premier cercle de d\u00e9mocraties amies avec lesquelles nous rechercherons une forme renforc\u00e9e de coordination et de coop\u00e9ration strat\u00e9gique.<\/p>\n\n\n\n

Cette politique ne saurait cependant se limiter au monde occidental.<\/p>\n\n\n\n

L’une des transformations majeures du XXIe si\u00e8cle r\u00e9side dans l’affirmation de puissances r\u00e9gionales qui refusent elles-m\u00eames toute logique d’alignement. L’Inde, le Br\u00e9sil, l’Indon\u00e9sie, plusieurs \u00c9tats africains ou du Golfe entendent d\u00e9sormais d\u00e9fendre leurs propres int\u00e9r\u00eats sans se laisser enfermer dans les cat\u00e9gories h\u00e9rit\u00e9es de la guerre froide.<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 condition de r\u00e9pondre \u00e0 leur souhait l\u00e9gitime de participer plus largement \u00e0 la gouvernance mondiale et de ne pas donner prise aux accusations plus ou moins justifi\u00e9es de \u00ab deux poids deux mesures \u00bb, ces puissances peuvent \u00eatre des alli\u00e9s pour r\u00e9former un nouvel ordre mondial.<\/p>\n\n\n\n

Nous ne sommes pas seuls \u00e0 \u00eatre attach\u00e9s au multilat\u00e9ralisme, \u00e0 la r\u00e8gle de droit, \u00e0 la souverainet\u00e9 et \u00e0 une mondialisation juste et \u00e9quitable : la majorit\u00e9 des \u00c9tats de la plan\u00e8te le sont aussi. <\/p>\n\n\n\n

C\u2019est pourquoi l’Europe aurait tort de regarder ces acteurs comme de simples terrains d’influence disput\u00e9s entre Washington et P\u00e9kin.<\/p>\n\n\n\n

Elle doit au contraire construire avec eux des partenariats fond\u00e9s sur des int\u00e9r\u00eats concrets : \u00e9nergie, commerce, infrastructures, technologies, climat, s\u00e9curit\u00e9 maritime ou acc\u00e8s aux mati\u00e8res premi\u00e8res critiques.<\/p>\n\n\n\n

L’Europe ne s’arr\u00eate pas aux fronti\u00e8res de l’Union.<\/p>\u00c9douard Philippe<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

C\u2019est un r\u00f4le pour la France. Peu de pays europ\u00e9ens disposent \u00e0 la fois d’une pr\u00e9sence mondiale, d’un si\u00e8ge de membre permanent du Conseil de s\u00e9curit\u00e9, d’une capacit\u00e9 militaire autonome, de liens anciens avec l’Afrique, l’Indo-Pacifique, le Moyen-Orient et les Am\u00e9riques. Cette situation place notre pays dans une position singuli\u00e8re : celle d’un trait d’union entre la puissance europ\u00e9enne et le reste du monde.<\/p>\n\n\n\n

Cette approche implique \u00e9galement de repenser notre conception du multilat\u00e9ralisme.<\/p>\n\n\n\n

L’ordre international issu de 1945 demeure pr\u00e9cieux. Mais il ne suffit plus \u00e0 organiser le monde tel qu’il est devenu. Les grandes enceintes multilat\u00e9rales sont souvent paralys\u00e9es par les rivalit\u00e9s de puissance. Les institutions existantes peinent \u00e0 produire des r\u00e9sultats \u00e0 la hauteur des enjeux et \u00e0 appr\u00e9hender de nouveaux domaines comme l\u2019IA et l\u2019espace.<\/p>\n\n\n\n

Face \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9, l’Europe doit faire preuve de pragmatisme. Plut\u00f4t que d’attendre une lointaine refondation de la gouvernance mondiale, elle doit favoriser la multiplication de coalitions souples r\u00e9unissant les \u00c9tats pr\u00eats \u00e0 agir sur des objectifs pr\u00e9cis.<\/p>\n\n\n\n

Le XXIe si\u00e8cle sera moins celui des blocs que celui des coalitions.<\/p>\n\n\n\n

Dans ce monde plus fragment\u00e9, la libert\u00e9 ne se pr\u00e9servera ni dans l’isolement ni dans l’alignement. Elle reposera sur notre capacit\u00e9 \u00e0 choisir nos partenaires sans renoncer \u00e0 notre libert\u00e9 de d\u00e9cision.<\/p>\n\n\n\n

Telle est, aujourd’hui, la signification du non-alignement d\u00e9mocratique.<\/p>\n\n\n\n

La libert\u00e9 de dire non<\/h2>\n\n\n\n

La troisi\u00e8me le\u00e7on de la France libre tient en un mot : non.<\/p>\n\n\n\n

Le 18 juin est d’abord un refus. Refus de la d\u00e9faite. Refus de la r\u00e9signation. Refus de l’id\u00e9e selon laquelle le rapport de force du moment devrait d\u00e9terminer d\u00e9finitivement l’avenir.<\/p>\n\n\n\n

Cette capacit\u00e9 \u00e0 dire non est souvent per\u00e7ue comme le c\u0153ur du gaullisme, incarnation de l\u2019esprit de r\u00e9sistance. Elle est peut-\u00eatre aussi l’un des traits les plus profonds de la civilisation europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n

L’Europe ne s’est pas construite autour d’un empire, d’une langue unique ou d’une religion unique. Elle s’est construite \u00e0 travers une longue histoire de limitations du pouvoir. Dire non \u00e0 l’arbitraire. Dire non \u00e0 la loi du plus fort. Dire non aux totalitarismes. L’histoire europ\u00e9enne est celle d’une civilisation qui a progressivement appris \u00e0 opposer des limites \u00e0 la puissance.<\/p>\n\n\n\n

C’est pourquoi la libert\u00e9 europ\u00e9enne ne peut survivre sans cette capacit\u00e9 de refus.<\/p>\n\n\n\n

Dire non demeure aujourd’hui une n\u00e9cessit\u00e9 strat\u00e9gique.<\/p>\n\n\n\n

Ce non doit \u00eatre adress\u00e9 \u00e0 la Russie lorsqu\u2019elle agresse un pays souverain, bombarde des civils et d\u00e9porte des enfants. L\u2019Ukraine est le test europ\u00e9en de notre g\u00e9n\u00e9ration politique, comme la guerre d\u2019Espagne l\u2019\u00e9tait dans les ann\u00e9es 1930 : voulons-nous la victoire de l\u2019Ukraine ou nous r\u00e9signons-nous \u00e0 celle de la Russie ? Ceux qui r\u00e9pondent timidement \u00e0 cette question ne pensent pas \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 des Europ\u00e9ens. Les Fran\u00e7ais doivent le savoir. Ne pas soutenir Kiev, c\u2019est choisir une Europe faible. Y mettre des conditions, c\u2019est annoncer \u00e0 l\u2019avance nos renoncements futurs. Et faire passer cela pour du patriotisme est une supercherie, quand il s\u2019agit pr\u00e9cis\u00e9ment de s\u2019aligner sur le discours de puissances hostiles \u00e0 nos int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n\n\n\n

Ce non doit \u00eatre adress\u00e9 \u00e0 la Chine lorsqu\u2019elle fausse les r\u00e8gles du commerce mondial, organise des surcapacit\u00e9s, accapare des minerais critiques, verrouille son march\u00e9 tout en profitant du n\u00f4tre. L\u2019Europe n\u2019a rien \u00e0 gagner au protectionnisme, mais tout \u00e0 la r\u00e9ciprocit\u00e9 : traquer les aides d\u2019\u00c9tat dissimul\u00e9es, imposer des droits correcteurs lorsque le dumping est av\u00e9r\u00e9, prot\u00e9ger nos march\u00e9s publics, s\u00e9curiser nos cha\u00eenes de valeur, filtrer les investissements dans les secteurs strat\u00e9giques.<\/p>\n\n\n\n

Ce non doit \u00e9galement \u00eatre adress\u00e9 aux \u00c9tats-Unis lorsqu\u2019ils nous menacent, lorsqu\u2019ils utilisent l\u2019extraterritorialit\u00e9 de leur droit, lorsqu\u2019ils subventionnent massivement leurs industries en aspirant les n\u00f4tres, lorsqu\u2019ils revendiquent de s\u2019immiscer dans nos \u00e9lections pour soutenir leurs amis de la nouvelle internationale r\u00e9actionnaire. L\u2019amiti\u00e9 franco-am\u00e9ricaine est ancienne. Elle a travers\u00e9 les guerres, les crises, les d\u00e9saccords. Mais l\u2019amiti\u00e9 repose sur le respect. De Gaulle l\u2019avait compris mieux que personne : on ne rend pas service \u00e0 ses alli\u00e9s en devenant leur d\u00e9pendance. Une Europe plus autonome sera une meilleure alli\u00e9e, non une alli\u00e9e moins loyale.<\/p>\n\n\n\n

Ce non doit enfin \u00eatre adress\u00e9 aux g\u00e9ants de la Tech. Les empires du XXIe si\u00e8cle ne sont pas seulement territoriaux. Ils sont \u00e9galement technologiques. Une part croissante de notre attention, de nos \u00e9changes, de nos informations et de nos d\u00e9bats publics d\u00e9pend d\u00e9sormais d’un petit nombre d’acteurs priv\u00e9s disposant d’un pouvoir in\u00e9dit dans l’histoire. Ces plateformes ne gouvernent pas nos \u00c9tats mais elles ambitionnent de r\u00e9gner sur nos esprits. Elles fa\u00e7onnent pourtant une part croissante de notre environnement intellectuel. La souverainet\u00e9 du XXIe si\u00e8cle est aussi une souverainet\u00e9 cognitive.<\/p>\n\n\n\n

Pendant des si\u00e8cles, les d\u00e9mocraties ont veill\u00e9 sur leurs fronti\u00e8res, leurs institutions et leurs territoires. Elles doivent d\u00e9sormais prot\u00e9ger les conditions m\u00eames dans lesquelles se forment l’attention, le jugement et le consentement des citoyens.<\/p>\n\n\n\n

Une civilisation qui laisse son espace informationnel \u00e0 la merci de ceux qui veulent la d\u00e9truire ou l\u2019affaiblir fragilise les fondements m\u00eames de sa d\u00e9mocratie.<\/p>\n\n\n\n

Le risque n’est d’ailleurs pas seulement informationnel. Il est plus profond. Une d\u00e9mocratie repose sur l’existence de faits suffisamment partag\u00e9s pour permettre la d\u00e9lib\u00e9ration collective. Lorsque chacun \u00e9volue dans son propre univers informationnel, aliment\u00e9 par les pr\u00e9f\u00e9rences des algorithmes, l\u2019avalanche des contenus artificiels et le d\u00e9ferlement des manipulations cibl\u00e9es, appara\u00eet alors le risque d’un v\u00e9ritable effondrement \u00e9pist\u00e9mologique : la disparition progressive des conditions communes permettant de distinguer le vrai du faux, de s\u2019accorder sur des faits tout en d\u00e9battant sur des opinions.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019Europe doit se donner tous les moyens de prot\u00e9ger cet espace civique.<\/p>\n\n\n\n

Cela implique de mieux prot\u00e9ger nos enfants face aux m\u00e9canismes de captation de l’attention. D’appliquer sans faiblir les lois qui \u00e9tendent dans l’univers num\u00e9rique les interdictions d\u00e9j\u00e0 reconnues dans le monde physique. De faire respecter l\u2019encadrement strict des usages de l’intelligence artificielle susceptibles d’alt\u00e9rer la sinc\u00e9rit\u00e9 du d\u00e9bat d\u00e9mocratique. De renforcer nos efforts de lutte contre les ing\u00e9rences \u00e9trang\u00e8res et les manipulations informationnelles.<\/p>\n\n\n\n

Quelle Europe serions-nous, si nous ne veillions que sur notre march\u00e9 et nos consommateurs mais pas sur nos d\u00e9mocraties et nos enfants ? <\/p>\n\n\n\n

Pour autant, le non europ\u00e9en n’a jamais \u00e9t\u00e9 un refus du monde, ni un repli. Il est la condition de notre affirmation et de notre capacit\u00e9 \u00e0 tenir notre place dans le monde.<\/p>\n\n\n\n

Car si l’Europe a appris \u00e0 dire non, c’est aussi pour pouvoir dire oui. Oui \u00e0 la libert\u00e9. Oui \u00e0 l’\u00c9tat de droit. Oui \u00e0 la dignit\u00e9 de la personne humaine. Oui \u00e0 la justice sociale. Oui \u00e0 la parole donn\u00e9e. Ces principes, que nous prenons comme des \u00e9vidences, sont devenus des exceptions. Pour cette raison, certains, jusqu\u2019en France, voudraient que nous y renoncions, alors qu\u2019ils sont le fruit de plusieurs si\u00e8cles de luttes intellectuelles, politiques et sociales et qu\u2019ils repr\u00e9sentent ce qui nous distingue et ce que nous avons de mieux \u00e0 offrir.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019Europe \u00e9coute enfin les id\u00e9es fran\u00e7aises : il serait tragique de ne pas \u00eatre en mesure de les mettre en pratique nous-m\u00eames.<\/p>\u00c9douard Philippe<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Une civilisation ne dispara\u00eet pas lorsqu’elle est vaincue. Elle dispara\u00eet lorsqu’elle cesse de croire \u00e0 ce qui la fonde, de le d\u00e9fendre et de le transmettre.<\/p>\n\n\n\n

La France n\u2019est pas de ce point de vue n\u2019importe quel pays europ\u00e9en. Parce qu’elle a construit son destin depuis les Lumi\u00e8res sur une certaine id\u00e9e de la libert\u00e9, elle poss\u00e8de toujours une place particuli\u00e8re dans la d\u00e9fense de ce patrimoine politique europ\u00e9en.<\/p>\n\n\n\n

L’Europe elle-m\u00eame doit continuer \u00e0 assumer sa vocation, sans arrogance ni faiblesse. Nous sommes le seul continent qui valorise \u00e0 \u00e9galit\u00e9 la libert\u00e9 individuelle, l\u2019esprit d\u2019entreprise et la justice sociale. Ne nous en excusons pas, assumons-le et transmettons-le aux g\u00e9n\u00e9rations montantes, qu\u2019elles sachent de quels combats sont n\u00e9s ces principes et quelle en est la valeur. Cela suppose de renforcer l’enseignement de l’histoire europ\u00e9enne, de favoriser l’apprentissage des langues du continent, de d\u00e9velopper les mobilit\u00e9s \u00e9tudiantes et de faire \u00e9merger une v\u00e9ritable conscience civique europ\u00e9enne, ce que Romain Gary, un grand gaulliste, a d\u00e9sign\u00e9 sous le nom d\u2019\u00c9ducation europ\u00e9enne et qu\u2019on appelle aussi l\u2019humanisme.<\/p>\n\n\n\n

La puissance europ\u00e9enne ne se r\u00e9sumera jamais \u00e0 son PIB, \u00e0 ses arm\u00e9es ou \u00e0 ses technologies. Elle reposera sur ce \u00e0 quoi nous croyons ensemble, ce que nous voulons d\u00e9fendre, voir grandir et partager. Aux heures les plus sombres de l\u2019histoire de l\u2019Europe, le g\u00e9nie fran\u00e7ais s\u2019est retrouv\u00e9 dans l\u2019audace de la France libre. \u00c0 nous aujourd\u2019hui de faire cro\u00eetre une audace europ\u00e9enne, \u00e0 l\u2019heure de nouvelles menaces et de nouveaux p\u00e9rils.<\/p>\n\n\n\n

Pour un 18 juin europ\u00e9en<\/h2>\n\n\n\n

Dans un an exactement, juste apr\u00e8s l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle fran\u00e7aise, forte d\u2019une nouvelle majorit\u00e9 et d\u2019un nouvel \u00e9lan, la France peut avoir une nouvelle occasion d\u2019adresser un message \u00e0 tous les Europ\u00e9ens : refusons le d\u00e9clin et organisons-nous pour conserver notre libert\u00e9. Organisons notre technologie, notre \u00e9nergie, notre d\u00e9fense, notre finance. Organisons nos \u00e9coles, nos langues, notre m\u00e9moire, notre espace public. Organisons nos alliances, nos projets, nos investissements, nos pr\u00e9f\u00e9rences. <\/p>\n\n\n\n

Un pacte pour une Europe libre, voil\u00e0 ce que la France proposera en juin 2027.<\/p>\n\n\n\n

Elle le proposera en \u00e9tant pleinement consciente de ce qui est attendu d\u2019elle autant que de ce qu\u2019elle a \u00e0 offrir. <\/p>\n\n\n\n

Nous mettrons d\u2019abord de l\u2019ordre chez nous. Notre pays doit entendre la le\u00e7on de ces derni\u00e8res ann\u00e9es : nous ne pourrons \u00eatre \u00e9cout\u00e9s de nos partenaires que si nous nous remettons nous-m\u00eames en ordre. On ne peut pas demander une pr\u00e9f\u00e9rence europ\u00e9enne si l\u2019on n\u2019est pas capable de produire vite. On ne peut pas r\u00e9clamer la simplification \u00e0 Bruxelles et multiplier les lenteurs \u00e0 Paris. On ne peut pas invoquer l\u2019ind\u00e9pendance du continent en laissant nos finances publiques, nos comp\u00e9tences scientifiques ou nos capacit\u00e9s industrielles s\u2019affaiblir. Maintenant que l\u2019Europe se rapproche de ses intuitions strat\u00e9giques, la France doit enfin mener les r\u00e9formes que beaucoup d’\u00c9tats europ\u00e9ens ont conduites depuis plusieurs d\u00e9cennies. L\u2019Europe \u00e9coute enfin les id\u00e9es fran\u00e7aises : il serait tragique de ne pas \u00eatre en mesure de les mettre en pratique nous-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n

La France devra donc assurer ses partenaires qu\u2019elle est pr\u00eate \u00e0 se r\u00e9former en profondeur. Redressement des finances publiques et respect de la r\u00e8gle des 3 %, parce que la dette finit toujours par choisir \u00e0 la place des peuples. Modernisation de l\u2019action publique, pour rendre \u00e0 l\u2019\u00c9tat sa force l\u00e0 o\u00f9 il est indispensable. Simplification normative, pour cesser de d\u00e9courager ceux qui produisent, investissent, embauchent et innovent. R\u00e9orientation de la d\u00e9pense vers l\u2019\u00e9cole, la recherche, la d\u00e9fense, la justice et la s\u00e9curit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n

Sur cette base, nous pourrons pleinement participer au sursaut europ\u00e9en.<\/p>\n\n\n\n

Sur les technologies strat\u00e9giques, la France proposera un pacte europ\u00e9en de puissance num\u00e9rique. Il comprendra un Buy European Tech Act, des march\u00e9s publics communs pour l\u2019IA, le cloud, les drones, la cybers\u00e9curit\u00e9 et les v\u00e9hicules autonomes, une CECA du XXIe si\u00e8cle pour les semi-conducteurs, les capacit\u00e9s de calcul et les minerais critiques, un fonds deeptech<\/em> europ\u00e9en capable de d\u00e9cider vite, et la simplification des r\u00e8gles applicables aux infrastructures critiques. L\u2019objectif devra \u00eatre mesurable : une part majoritaire de solutions europ\u00e9ennes dans les commandes publiques critiques, des capacit\u00e9s de calcul souveraines accessibles aux entreprises et laboratoires europ\u00e9ens, un plan de formation massif, et l\u2019\u00e9mergence d\u2019au moins un champion europ\u00e9en de rang mondial dans les semi-conducteurs avanc\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n

Sur l\u2019\u00e9nergie, la France proposera un pacte europ\u00e9en d\u2019abondance d\u00e9carbon\u00e9e. L\u2019Europe ne r\u00e9ussira ni sa transition \u00e9cologique, ni sa souverainet\u00e9 industrielle, ni sa r\u00e9volution num\u00e9rique sans produire beaucoup plus d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 bas carbone. Cela suppose de financer la croissance du parc nucl\u00e9aire au niveau europ\u00e9en, de reconna\u00eetre pleinement sa contribution \u00e0 la d\u00e9carbonation et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019approvisionnement, d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer les interconnexions utiles, de moderniser les r\u00e9seaux, de r\u00e9duire les d\u00e9lais de raccordement, de soutenir les SMR, de s\u00e9curiser les cha\u00eenes d\u2019approvisionnement en uranium et combustibles, et de d\u00e9velopper les renouvelables l\u00e0 o\u00f9 ils sont efficaces. <\/p>\n\n\n\n

Sur la d\u00e9fense, la France proposera d\u2019\u00e9tendre la pr\u00e9f\u00e9rence europ\u00e9enne dans les achats d\u2019\u00e9quipements, de repenser des programmes industriels communs r\u00e9alistes, de mieux coordonner les programmations capacitaires. Alors que les membres europ\u00e9ens de l\u2019OTAN se sont engag\u00e9s \u00e0 porter leurs d\u00e9penses de d\u00e9fense \u00e0 au moins 3,5 % du PIB, ils devraient consacrer au moins 1 % de leur richesse nationale \u00e0 l’acquisition d’\u00e9quipements produits en Europe. Une Europe qui investit davantage dans sa d\u00e9fense sans renforcer son industrie de d\u00e9fense risquerait de financer sa d\u00e9pendance plut\u00f4t que sa s\u00e9curit\u00e9. Les n\u00e9gociations en cours sur le prochain cadre financier pluriannuel europ\u00e9en (2028-2034), constituent un moment d\u00e9cisif pour inciter l\u2019Union \u00e0 investir massivement dans la d\u00e9fense. La France plaidera pour un volet d\u00e9fense enfin ambitieux, de l\u2019ordre de 100 milliards d\u2019euros.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019Ukraine est le test europ\u00e9en de notre g\u00e9n\u00e9ration politique, comme la guerre d\u2019Espagne l\u2019\u00e9tait dans les ann\u00e9es 1930.<\/p>\u00c9douard Philippe<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Concernant la finance, la France proposera un pacte d\u2019investissement pour l\u2019innovation, la d\u00e9fense et l\u2019industrie. Les Europ\u00e9ens devront finaliser sans attendre l\u2019Union des march\u00e9s de capitaux, d\u00e9velopper des fonds de pension de long terme (nous le ferons en France), cr\u00e9er des produits d\u2019\u00e9pargne europ\u00e9ens orient\u00e9s vers les entreprises strat\u00e9giques, simplifier les introductions en bourse, harmoniser les r\u00e8gles n\u00e9cessaires \u00e0 la circulation du capital, et mobiliser la Banque europ\u00e9enne d\u2019investissement autour d\u2019une doctrine de risque plus adapt\u00e9e aux technologies critiques. L\u2019\u00e9pargne europ\u00e9enne doit financer l\u2019avenir europ\u00e9en avant de financer la croissance des autres.<\/p>\n\n\n\n

Tous les pays europ\u00e9ens ne voudront peut-\u00eatre pas avancer sur tous les sujets. Certains refuseront le nucl\u00e9aire. D\u2019autres pr\u00e9f\u00e9reront continuer \u00e0 acheter am\u00e9ricain pour leur d\u00e9fense. D\u2019autres craindront qu\u2019une pr\u00e9f\u00e9rence europ\u00e9enne ne ferme des march\u00e9s. L\u2019Europe ne peut plus attendre que tous soient pr\u00eats pour progresser. Car au rythme o\u00f9 va le monde, l\u2019immobilisme n\u2019est pas la pr\u00e9servation du statu quo mais la certitude d\u2019un recul. Comme elle l\u2019a fait \u00e0 chaque fois, de Schengen \u00e0 l\u2019euro, la France sera en t\u00eate de pont des nouvelles initiatives dont nous avons un r\u00e9el besoin et elle ira de l\u2019avant avec tous ceux qui le veulent. <\/p>\n\n\n\n

Le 18 juin 1940, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle appelait la France libre \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 la d\u00e9faite. Le d\u00e9fi des Europ\u00e9ens d\u2019aujourd’hui est de r\u00e9sister \u00e0 la r\u00e9signation. Le d\u00e9classement n’est pas une fatalit\u00e9. La vassalit\u00e9 ne saurait \u00eatre notre destin. Je le dis d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent aux Fran\u00e7ais : l\u2019Europe est une condition de la puissance de la France. Je le dirai demain aux Europ\u00e9ens : la France ne demande pas aux autres ce qu\u2019elle refuse de faire pour elle-m\u00eame. J\u2019assumerai face \u00e0 nos alli\u00e9s que nous serons plus utiles en \u00e9tant plus forts. J\u2019affirmerai face \u00e0 nos adversaires qu\u2019ils devront compter avec l\u2019Europe et apprendre \u00e0 la respecter. Parce que nous autres, Europ\u00e9ens, avons bien l\u2019intention de rester libres.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

L\u2019appel du candidat \u00e0 la pr\u00e9sidentielle pour un 18 juin europ\u00e9en.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":341542,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-editorials.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":true,"_trash_the_other_posts":false,"_yoast_wpseo_estimated-reading-time-minutes":29,"footnotes":""},"categories":[4811],"tags":[],"staff":[3509],"editorial_format":[4941],"serie":[],"audience":[],"geo":[1917],"class_list":["post-341294","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-doctrines-francaises","staff-edouard-philippe","editorial_format-doctrine","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":"default","_thumbnail_id":341542,"excerpt":"L\u2019appel du candidat \u00e0 la pr\u00e9sidentielle pour un 18 juin europ\u00e9en.\r\n","display_date":"","new_abstract":true},"yoast_head":"\nLe moment gaullien de l\u2019Europe | Le Grand 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