{"id":340272,"date":"2026-06-14T06:00:00","date_gmt":"2026-06-14T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=340272"},"modified":"2026-06-13T23:25:36","modified_gmt":"2026-06-13T21:25:36","slug":"comment-la-philosophie-francaise-a-decouvert-lennemi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/06\/14\/comment-la-philosophie-francaise-a-decouvert-lennemi\/","title":{"rendered":"Comment la philosophie fran\u00e7aise a d\u00e9couvert l\u2019ennemi"},"content":{"rendered":"\n
Si son nom demeure encore relativement m\u00e9connu du grand public, Julien Freund constitue un rouage essentiel et complexe de l\u2019histoire intellectuelle fran\u00e7aise contemporaine. \u00c9l\u00e8ve direct de Raymond Aron, traducteur de Max Weber, Vilfredo Pareto et Georg Simmel qu\u2019il contribua largement \u00e0 introduire en France, l\u2019auteur de L\u2019Essence du politique<\/em> a d\u00e9velopp\u00e9 une th\u00e9orie r\u00e9aliste nourrie par la pens\u00e9e du juriste nazi Carl Schmitt<\/a>, dont il fut un lecteur pr\u00e9coce et un correspondant r\u00e9gulier.\u00a0<\/p>\n\n\n\n R\u00e9sistant de la premi\u00e8re heure, adh\u00e9rant d\u00e8s janvier 1941 au mouvement \u00ab Lib\u00e9ration \u00bb dirig\u00e9 par son ma\u00eetre le philosophe Cavaill\u00e8s fusill\u00e9 en 1944, combattant entre le Puy-de-D\u00f4me, la Dr\u00f4me et la Moselle dont il devient membre du Comit\u00e9 d\u00e9partemental de Lib\u00e9ration en 1945, universitaire attach\u00e9 sa vie durant \u00e0 son Alsace natale <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>, Freund devint aussi \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970 un compagnon de route de la Nouvelle Droite d\u2019Alain de Benoist <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Pessimiste radical, il \u00e9tait hant\u00e9 par la \u00ab d\u00e9cadence \u00bb de l\u2019Europe <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>, une pr\u00e9occupation qui contribua \u00e0 en faire une r\u00e9f\u00e9rence de premier plan des extr\u00eames droites avec lesquelles il n\u2019eut pas peur de se compromettre. Il aurait ainsi accept\u00e9 de participer \u00e0 au moins un d\u00eener avec Jean-Marie Le Pen et d\u2019autres cadres du Front national au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span> et exprima, de retour d\u2019un voyage au Chili, son enthousiasme pour le r\u00e9gime de Pinochet <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Si \u00ab le cas Julien Freund \u00bb a pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e9t\u00e9 analys\u00e9 par Sylvain Laurens et Alain Bihr comme \u00ab inaugurant une tradition de sociologie ultra conservatrice affichant de fa\u00e7on constante une critique des \u2018utopies de 68\u2019 [et r\u00e9inventant] tout au long des ann\u00e9es 1980 un lexique r\u00e9actionnaire \u00bb <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>, c\u2019est un autre versant de sa pens\u00e9e qui nous retiendra ici : la mani\u00e8re dont il fit, entre les ann\u00e9es 1950 et 1960, entrer avec fracas l\u2019encombrante notion d\u2019ennemi<\/em> dans un monde des id\u00e9es qui, traumatis\u00e9 par les deux guerres mondiales, l\u2019avait largement refoul\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Comme Raymond Aron, qui d\u00e9clarait<\/a> \u00eatre sorti de \u00ab la formation intellectuelle fran\u00e7aise en bon id\u00e9aliste, en bon na\u00eff, inconscient de la politique, de ses rudes n\u00e9cessit\u00e9s [ne l\u2019ayant d\u00e9couverte qu\u2019]en voyant la mont\u00e9e de l\u2019hitl\u00e9risme, ce qui m\u2019a donn\u00e9 ce que d\u2019aucuns appellent mon scepticisme, d\u2019autres mon cynisme, d\u2019autres mon r\u00e9alisme\u2026 \u00bb, Julien Freund n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 un r\u00e9aliste. Cette conception du politique ne se serait impos\u00e9e \u00e0 lui qu\u2019apr\u00e8s une longue maturation : \u00ab c\u2019est une exp\u00e9rience d\u2019homme avec des sc\u00e8nes dramatiques qui est \u00e0 la base de ma recherche intellectuelle \u00bb <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>.\u00a0<\/p>\n\n\n\n N\u00e9 le 9 janvier 1921 \u00e0 Henridorff, en Moselle, Freund grandit dans une famille ouvri\u00e8re modeste qui l\u2019initie tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 la politique. Son p\u00e8re, mineur de fond, est un militant socialiste qui transmet \u00e0 son fils ses id\u00e9aux progressistes. D\u00e8s 1940, \u00e0 tout juste dix-neuf ans, Julien Freund s\u2019engage dans les rangs de la R\u00e9sistance. Il en ressortira profond\u00e9ment transform\u00e9, mais aussi et surtout \u00ab d\u00e9\u00e7u \u00bb et \u00ab \u00e9c\u0153ur\u00e9 \u00bb par les turpitudes de cette exp\u00e9rience formatrice.<\/p>\n\n\n\n D\u00e9couvrant le cynisme et la cruaut\u00e9 dont \u00e9taient capables de faire preuve certains de ses plus proches compagnons d\u2019armes, qui se r\u00e9clamaient pourtant comme lui de nobles id\u00e9aux, le jeune Freund aurait \u00e9t\u00e9 \u00e9branl\u00e9 au plus profond de ses convictions. Dans ses \u00e9crits, il revient souvent sur l\u2019un des \u00e9pisodes de la vie r\u00e9sistante qui l\u2019avait heurt\u00e9\u00a0de mani\u00e8re irr\u00e9m\u00e9diable : \u00ab le chef de notre groupe F.T.P. avait comme ma\u00eetresse l\u2019institutrice d\u2019un village proche de notre camp, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Lurs. Cette institutrice, une jolie fille de 23-24 ans, a rompu et notre responsable a voulu se venger en l\u2019accusant d\u2019\u00eatre pass\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 de la Gestapo. Il a fait croire \u00e0 la plupart des camarades du groupe que la jeune fille \u00e9tait all\u00e9e \u00e0 la Gestapo de Digne pour le d\u00e9noncer. On est all\u00e9 arr\u00eater cette jeune femme \u00e0 six heures du soir et, aussit\u00f4t, on a institu\u00e9 \u2018un tribunal du peuple\u2019 pour la juger (\u2026). Elle \u00e9tait innocente et le tribunal la condamna \u00e0 mort. Il y eut cette nuit d\u2019\u00e9pouvante o\u00f9 les partisans la viol\u00e8rent dans une grange \u00e0 foin. Et, \u00e0 l\u2019aube, elle fut ex\u00e9cut\u00e9e sur une petite montagne appel\u00e9e Stalingrad \u00bb <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n \u00ab Le travail que j\u2019ai l\u2019honneur de pr\u00e9senter \u00e0 votre approbation est n\u00e9 d\u2019une d\u00e9ception surmont\u00e9e. La d\u00e9ception, dont je ne rends nullement responsable les autres, mais seulement ma capacit\u00e9 d\u2019illusion, a trouv\u00e9 son aliment dans les exp\u00e9riences de la R\u00e9sistance. \u00bb<\/p>Julien Freund<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Cette exp\u00e9rience le conduit \u00e0 abandonner cette \u00ab conception ing\u00e9nue de la politique \u00bb qui \u00e9tait la sienne jusqu\u2019alors et qui ne lui \u00ab avait apport\u00e9 que d\u00e9boires et d\u00e9ceptions \u00bb. En lieu et place, il entame un travail r\u00e9flexif sur son exp\u00e9rience, qui le conduit \u00e0 d\u00e9velopper \u00ab une analyse qui peut irriter, mais qui m\u2019a permis de (\u2026) surmonter ma d\u00e9ception \u00bb <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Comme arri\u00e8re-plan philosophique dans lequel se d\u00e9veloppera une th\u00e9orie b\u00e2tie sur la figure de l\u2019ennemi, le r\u00e9alisme freundien est donc d\u2019abord le fruit d\u2019une d\u00e9sillusion, du choc entre des id\u00e9aux de jeunesse et une r\u00e9alit\u00e9 qui vient les contredire. Comme il le d\u00e9clare durant de sa d\u00e9sormais fameuse soutenance de th\u00e8se<\/a>, l\u2019\u00e9criture philosophique sera pour lui une sorte de rem\u00e8de cathartique qui, en permettant un retour r\u00e9flexif sur son exp\u00e9rience concr\u00e8te de la politique, lui offre l\u2019opportunit\u00e9 de mettre des mots sur ses incompr\u00e9hensions et son d\u00e9senchantement : \u00ab le travail que j\u2019ai l\u2019honneur de pr\u00e9senter \u00e0 votre approbation est n\u00e9 d\u2019une d\u00e9ception surmont\u00e9e. La d\u00e9ception, dont je ne rends nullement responsable les autres, mais seulement ma capacit\u00e9 d\u2019illusion, a trouv\u00e9 son aliment dans les exp\u00e9riences de la R\u00e9sistance \u00bb <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950, lorsqu\u2019il choisit de se lancer dans un travail de th\u00e8se consacr\u00e9 \u00e0 \u00ab l\u2019essence et la signification de la politique \u00bb, le jeune agr\u00e9g\u00e9 de philosophie Julien Freund se tourne naturellement vers son ancien professeur de l\u2019universit\u00e9 de Strasbourg, Jean Hyppolite, d\u00e9sormais en poste \u00e0 la Sorbonne. Mais la relation intellectuelle entre les deux hommes se grippe rapidement. <\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s avoir lu la premi\u00e8re centaine de pages r\u00e9dig\u00e9e par son doctorant, dans lesquelles \u00e9tait notamment affirm\u00e9 qu\u2019\u00ab <\/em>il n\u2019y a de politique que l\u00e0 o\u00f9 il y a un ennemi \u00bb, Hyppolite le convoque pour lui exprimer son effarement : \u00ab <\/em>il ne comprenait pas l\u2019importance que j\u2019attribuais \u00e0 la violence dans le jeu politique ni surtout le r\u00f4le que je donnais \u00e0 l\u2019ennemi \u00bb <\/em>et \u00ab essayait de me persuader de la possibilit\u00e9 d\u2019une politique plus g\u00e9n\u00e9reuse, qui serait de plus en plus d\u00e9mocratique et confiante, \u00e0 cause du recul progressif de la violence sous toutes ses formes, sous les effets d\u2019une raison toujours plus puissante \u00bb <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Jean Hyppolite ayant d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 qu\u2019en tant que \u00ab socialiste et pacifiste \u00bb, il ne pouvait \u00ab diriger en Sorbonne une th\u00e8se dans laquelle on d\u00e9clare qu\u2019il n\u2019y a de politique que l\u00e0 o\u00f9 il y a un ennemi \u00bb <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>, Freund doit donc se trouver un nouveau directeur de th\u00e8se. C\u2019est alors qu\u2019il entre en relation avec Raymond Aron, qui accepte de prendre le relais.<\/p>\n\n\n\n \u00ab Votre position est dramatique et typique de nombreux professeurs. Vous pr\u00e9f\u00e9rez vous an\u00e9antir plut\u00f4t que de reconna\u00eetre que la politique r\u00e9elle ob\u00e9it \u00e0 des r\u00e8gles qui ne correspondent pas \u00e0 vos normes id\u00e9ales \u00bb<\/p>Raymond Aron<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Ce n\u2019est que quinze ans plus tard, le 26 juin 1965, que la th\u00e8se de Freund est finalement soutenue en Sorbonne. Jean Hyppolite, d\u00e9sormais professeur au Coll\u00e8ge de France, accepte malgr\u00e9 la persistance de ses d\u00e9saccords avec l\u2019imp\u00e9trant de faire partie du jury, dans lequel si\u00e8gent \u00e9galement Raymond Aron, Paul Ricoeur, Raymond Polin et Pierre Grappin. Le jour de la soutenance, il ne se prive pas de r\u00e9it\u00e9rer publiquement ses objections contre la vision freundienne du politique. R\u00e9affirmant son d\u00e9saccord philosophique quant \u00e0 la place centrale accord\u00e9e par Freund \u00e0 l\u2019antagonisme dans la d\u00e9finition du politique, Hyppolite s\u2019emporte et l\u00e2che \u00e0 l\u2019intention de son ancien doctorant : \u00ab si vous avez vraiment raison, il ne me reste plus qu\u2019\u00e0 aller cultiver mon jardin \u00bb. <\/p>\n\n\n\n Sans se laisser impressionner, l\u2019\u00e9l\u00e8ve d\u2019Aron lui aurait alors r\u00e9pondu<\/a> : \u00ab Je crois que vous \u00eates en train de commettre une (\u2026) erreur, car vous pensez que c\u2019est vous qui d\u00e9signez l\u2019ennemi, comme tous les pacifistes. \u2018Du moment que nous ne voulons pas d\u2019ennemis, nous n\u2019en aurons pas\u2019, raisonnez-vous. Or c\u2019est l\u2019ennemi qui vous d\u00e9signe. Et s\u2019il veut que vous soyez son ennemi, vous pouvez lui faire les plus belles protestations d\u2019amiti\u00e9s. Du moment qu\u2019il veut que vous soyez son ennemi, vous l\u2019\u00eates. Et il vous emp\u00eachera m\u00eame de cultiver votre jardin. \u00bb <\/p>\n\n\n\n Pour Freund, il n\u2019y a aucune \u00e9chappatoire possible lorsque l\u2019on est d\u00e9sign\u00e9 comme ennemi. Il n’existe pas de forteresse ou d’espace prot\u00e9g\u00e9 dans lequel se replier, car une forteresse n’est imprenable et un espace n’est prot\u00e9g\u00e9 qu\u2019aussi longtemps que ses occupants se donnent les moyens de le d\u00e9fendre contre les assauts de l’ennemi. Ils n’ont donc d’autre alternative que de faire face ou de se soumettre.<\/p>\n\n\n\n Jean Hyppolite aurait conclu l\u2019\u00e9change en s\u2019exclamant : \u00ab dans ce cas, il ne me reste plus qu\u2019\u00e0 me suicider \u00bb <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span>. R\u00e9agissant au d\u00e9pit exprim\u00e9 par son coll\u00e8gue, Raymond Aron lui aurait alors fait part de son \u00e9tonnement : \u00ab votre position est dramatique et typique de nombreux professeurs. Vous pr\u00e9f\u00e9rez vous an\u00e9antir plut\u00f4t que de reconna\u00eetre que la politique r\u00e9elle ob\u00e9it \u00e0 des r\u00e8gles qui ne correspondent pas \u00e0 vos normes id\u00e9ales \u00bb<\/em> <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/em><\/p>\n\n\n\n Puisque le conflit est la r\u00e9alit\u00e9 sociale qu\u2019il tient pour la plus fondamentale, Julien Freund aime \u00e0 se pr\u00e9senter comme un pol\u00e9mologue : \u00ab j\u2019entend par pol\u00e9mologie, non point la science de la guerre et de la paix, mais la science g\u00e9n\u00e9rale du conflit, au sens du polemos<\/em> h\u00e9raclit\u00e9en \u00bb <\/span>15<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n La conflictualit\u00e9 n\u2019est pas pour lui une anomalie mais la caract\u00e9ristique inh\u00e9rente \u00e0 toute soci\u00e9t\u00e9 et m\u00eame son \u00e9tat normal. Cette conviction lui vient de la lecture de Max Weber, \u00e0 la traduction duquel \u00e9tait consacr\u00e9e sa th\u00e8se compl\u00e9mentaire. Comme il l\u2019\u00e9crit dans le petit opuscule qu\u2019il lui consacre en 1969, toute la pens\u00e9e de Weber \u00ab est centr\u00e9e sur l\u2019existence d\u2019antagonismes, de tensions ou, comme il dit encore, de collisions dans la vie et dans la soci\u00e9t\u00e9 \u00bb <\/span>16<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019irr\u00e9ductible \u00ab polyth\u00e9isme des valeurs \u00bb (Polytheismus der Werte<\/em>) diagnostiqu\u00e9 par Max Weber permet ainsi \u00e0 Freund de \u00ab comprendre que les remous de la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019\u00e9taient pas des contradictions qu\u2019on pouvait r\u00e9soudre dans une synth\u00e8se intellectuelle ou une soci\u00e9t\u00e9 sans classe, mais qu\u2019il s\u2019agissait souvent de contraires inconciliables et d\u2019antagonismes irr\u00e9ductibles \u00bb <\/span>17<\/sup><\/a><\/span><\/span>.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Comme il l\u2019explique dans sa Sociologie du conflit <\/em>(1983), il ne peut y avoir de conflit qu\u2019en soci\u00e9t\u00e9 et il ne peut y avoir de soci\u00e9t\u00e9 que conflictuelle. Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 partir du moment o\u00f9 l\u2019on entre en contact avec autrui que l\u2019on peut se trouver entra\u00een\u00e9 dans une situation conflictuelle : le conflit est une relation, qui suppose donc la mise en copr\u00e9sence de deux individus. Par sym\u00e9trie, c\u2019est parce que toute soci\u00e9t\u00e9 se d\u00e9finit pr\u00e9cis\u00e9ment comme une situation de mise en relation entre individus aux int\u00e9r\u00eats divergents qu\u2019elle est par nature conflictuelle :\u00a0\u00ab la conflictualit\u00e9 ne constitue donc pas un ph\u00e9nom\u00e8ne anormal ou pathologique, que l\u2019on pourrait \u00e9liminer d\u00e9finitivement des relations sociales \u00bb <\/span>18<\/sup><\/a><\/span><\/span> ou internationales, mais une caract\u00e9ristique fondamentale de ces derni\u00e8res. D\u00e8s lors, il serait vain pour Freund de pr\u00e9tendre \u00e9liminer les conflits et \u00ab tout l\u2019effort devrait porter sur les meilleures m\u00e9thodes de les pr\u00e9venir et, lorsqu\u2019ils \u00e9clatent, de les r\u00e9soudre \u00bb <\/span>19<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n La conflictualit\u00e9 n\u2019est pas pour Julien Freund une anomalie mais la caract\u00e9ristique inh\u00e9rente \u00e0 toute soci\u00e9t\u00e9 et m\u00eame son \u00e9tat normal.<\/p>Florian Louis<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Par cons\u00e9quent, Freund ne consid\u00e8re pas le conflit comme n\u00e9cessairement n\u00e9faste. Au contraire, la conflictualit\u00e9 sociale \u2014 dont l\u2019une des variantes possibles est la lutte des classes marxiste \u2014 est selon lui le moteur de l\u2019histoire et son principe dynamique. Sans conflit, comment imaginer une r\u00e9volution ou un progr\u00e8s ? Pour lui, c\u2019est parce qu\u2019il a toujours exist\u00e9 et qu\u2019il existera toujours de la conflictualit\u00e9 que les soci\u00e9t\u00e9s changent et donc, dans le meilleur des cas, progressent. Le conflit est donc une opportunit\u00e9.\u00a0<\/p>\n\n\n\n On d\u00e9c\u00e8le ici l\u2019influence de Georg Simmel, dont la lecture fait prendre conscience \u00e0 Freund que l\u2019in\u00e9luctabilit\u00e9 de la conflictualit\u00e9 n\u2019est pas n\u00e9cessairement d\u00e9l\u00e9t\u00e8re mais bien plut\u00f4t n\u00e9cessaire : \u00ab Simmel inverse (…) nos habitudes de pens\u00e9e : en g\u00e9n\u00e9ral, nous estimons que pour structurer solidement une soci\u00e9t\u00e9, il faut exclure les conflits ou du moins les amortir autant que possible ; au contraire, \u00e0 son avis, ils contribuent \u00e0 l\u2019unit\u00e9 de la vie sociale \u00bb <\/span>20<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Mais entre Weber et Simmel, c\u2019est la lecture et la fr\u00e9quentation de Carl Schmitt qui joueront un r\u00f4le central dans sa vision du monde. La dialectique ami\/ennemi est au coeur de l\u2019essai sur La notion de politique<\/em> qu\u2019il publie en 1927, mais dont la traduction fran\u00e7aise ne para\u00eet qu\u2019en 1972 dans la collection dirig\u00e9e par Raymond Aron aux \u00e9ditions Calmann-L\u00e9vy, avec une pr\u00e9face de Julien Freund <\/span>21<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Ce dernier a d\u2019ailleurs parfois jou\u00e9 le r\u00f4le d\u2019interm\u00e9diaire entre Schmitt, qu\u2019il rencontre en 1959, et Raymond Aron, qui tout en trouvant une valeur th\u00e9orique aux travaux du Kronjurist<\/em> du IIIe<\/sup> Reich, s\u2019en tiendra toujours \u00e0 distance. Comme nous a pu le d\u00e9couvrir en consultant ses archives \u00e0 la BNF, Aron d\u00e9cline en 1967 l\u2019invitation lanc\u00e9e par Freund \u00e0 contribuer \u00e0 un ouvrage collectif destin\u00e9 \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer les 80 ans de Schmitt : \u00ab Je ne juge personne et je laisse \u00e0 d\u2019autres le soin de prononcer des condamnations cat\u00e9goriques. Tout de m\u00eame, j\u2019ai v\u00e9cu la p\u00e9riode des ann\u00e9es 30 et je ne puis pas oublier le r\u00f4le que Carl Schmitt a jou\u00e9, volontairement ou involontairement, consciemment ou inconsciemment \u00bb <\/span>22<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Dans cette conception du politique inform\u00e9e par la figure de l\u2019ennemi, la paix n\u2019est pas impossible, mais elle n\u2019est jamais l\u2019absence de conflit : \u00ab pas plus que la paix int\u00e9rieure ne supprime les adversaires, la paix ext\u00e9rieure ne supprime pas les ennemis. L\u2019ennemi est la condition de possibilit\u00e9 de la paix ; aussi la disparition de toute inimiti\u00e9 impliquerait-elle l\u2019abolition de toute paix. Autrement dit, la paix est li\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9sence d\u2019ennemis, mais \u00e0 la diff\u00e9rence de la guerre elle consiste en l\u2019\u00e9tat politique qui a pour base leur reconnaissance. Supprimer l\u2019ennemi, c\u2019est donc supprimer la paix. \u00bb <\/span>23<\/sup><\/a><\/span><\/span>\u00a0<\/p>\n\n\n\n Pour Freund, la paix n\u2019est rien d\u2019autre que la ma\u00eetrise des conflits par l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un modus vivendi<\/em> avec ses ennemis. Elle est une sorte de conciliation dissuasive, un \u00e9tat d\u2019\u00e9quilibre qui ne dissout en rien les inimiti\u00e9s : \u00ab \u00e9tablir la paix, c\u2019est reconna\u00eetre aux opinions et aux int\u00e9r\u00eats qui ne sont pas les n\u00f4tres le droit d\u2019exister et de s\u2019exprimer. Si nous le leur refusons, c\u2019est la guerre. La paix n\u2019est donc pas l\u2019abolition de l\u2019ennemi, mais un accommodement avec lui (\u2026). La paix qui exclut l\u2019ennemi s\u2019appelle la guerre \u00bb <\/span>24<\/sup><\/a><\/span><\/span>.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Sauf \u00e0 ouvrir la voie \u00e0 la tyrannie, dans la conception freundienne, on ne fait pas la paix en \u00e9radiquant son ennemi encore moins en refusant de le voir, mais en le transformant en adversaire<\/em>. C\u2019est un autre avec lequel on apprend \u00e0 cohabiter, en le tenant en respect et \u00e0 bonne distance. Pour vivre tout \u00e0 la fois en paix et en libert\u00e9, il faut en cons\u00e9quence accepter la conflictualit\u00e9 et non chercher \u00e0 l\u2019\u00e9radiquer en niant l\u2019existence m\u00eame de l\u2019ennemi \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un Jean Hyppolite : \u00ab la recherche de l\u2019unanimit\u00e9 est suspecte si l\u2019on consid\u00e8re qu\u2019elle a conduit en g\u00e9n\u00e9ral, par la suite, \u00e0 un despotisme totalitaire \u00bb <\/span>25<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n \u00ab La paix n\u2019est donc pas l\u2019abolition de l\u2019ennemi, mais un accommodement avec lui\u2026 La paix qui exclut l\u2019ennemi s\u2019appelle la guerre \u00bb.<\/p>Julien Freund<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n On ne trouve donc pas d\u2019\u00e9loge du conflit chez Freund mais la conviction qu\u2019il est \u00e0 la fois le sympt\u00f4me et la condition du bon fonctionnement d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, un \u00e9l\u00e9ment m\u00eame de sa respiration\u00a0car \u00ab seule une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le conflit est possible est une soci\u00e9t\u00e9 libre \u00bb <\/span>26<\/sup><\/a><\/span><\/span>.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Dans ce contexte, le r\u00f4le du politique devient pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019encadrer ces conflits : c\u2019est \u00ab l\u2019activit\u00e9 sociale qui se propose d\u2019assurer par la force, g\u00e9n\u00e9ralement fond\u00e9e sur le droit, la s\u00e9curit\u00e9 ext\u00e9rieure et la concorde int\u00e9rieure\u00a0(\u2026) en garantissant l\u2019ordre au milieu de luttes qui naissent de la diversit\u00e9 et de la divergence des opinions et des int\u00e9r\u00eats \u00bb <\/span>27<\/sup><\/a><\/span><\/span>.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Cette version pacificatrice de la dialectique ami\/ennemi ne doit cependant pas faire oublier son ambivalence. La cat\u00e9gorie schmittienne de l’ennemi, dont Freund h\u00e9rite, naturalise l’antagonisme et fonde le refus de l’universalisme : c’est aussi ce qui la rend disponible pour des usages tout autres que la cohabitation pacifique, comme la d\u00e9signation d’un ennemi int\u00e9rieur au premier chef. Si Freund en retient le versant r\u00e9gulateur, le m\u00eame cadre conceptuel a nourri, chez Schmitt comme dans la Nouvelle Droite qu’il fr\u00e9quente, une politique de l’exclusion.<\/p>\n\n\n\n En \u00e9cho \u00e0 sa querelle avec Jean Hyppolite, Freund s\u2019en prendra r\u00e9guli\u00e8rement aux pacifistes en consid\u00e9rant d\u2019une mani\u00e8re paradoxale que la paix est le plus souvent menac\u00e9e par ceux-l\u00e0 m\u00eame qui pr\u00e9tendent la d\u00e9fendre.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Deux ans avant sa soutenance de th\u00e8se, il exprimait d\u00e9j\u00e0 son opposition au pacifisme de certains de ses contemporains, ces \u00ab grands enfants qui s\u2019imaginent que la paix est ind\u00e9pendante de la politique et qu\u2019il suffit de pr\u00eacher la fraternit\u00e9 universelle pour faire tomber les dissensions des fr\u00e8res ennemis (\u00c9tats, nations, classes ou races) \u00bb. Ce qu\u2019il reprochait aux pacifistes n\u2019\u00e9tait en effet pas leur volont\u00e9 d\u2019instaurer la paix, mais la na\u00efvet\u00e9 et l\u2019inefficacit\u00e9 des moyens qu\u2019ils mettaient en \u0153uvre pour y parvenir. <\/p>\n\n\n\n Pour Freund, vouloir la paix est toujours louable mais \u00e0 la condition de faire preuve de coh\u00e9rence et donc de d\u00e9sirer aussi les moyens de la faire advenir. Or \u00ab est-ce vraiment travailler pour la paix que de s\u2019inscrire au Mouvement de la Paix, participer \u00e0 ses congr\u00e8s nationaux et internationaux, signer des p\u00e9titions et motions ou encore participer \u00e0 une marche de protestation contre l\u2019armement nucl\u00e9aire ? \u00bb Il r\u00e9pondait par la n\u00e9gative pour la simple raison que \u00ab les hommes veulent en g\u00e9n\u00e9ral la paix de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019ils d\u00e9sirent \u00eatre riches, heureux ou c\u00e9l\u00e8bres \u00bb. Mais \u00ab qui donc penserait devenir riche, heureux ou c\u00e9l\u00e8bre en donnant son adh\u00e9sion \u00e0 un Mouvement pour la Richesse, le Bonheur ou la C\u00e9l\u00e9brit\u00e9 ? \u00bb <\/span>28<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n \u00ab Un but ne se r\u00e9alise pas de lui-m\u00eame simplement parce qu\u2019il est con\u00e7u et d\u00e9sir\u00e9, mais il exige un effort, une ex\u00e9cution, ce qui suppose toute une s\u00e9rie d\u2019interm\u00e9diaires : les moyens. \u00bb<\/p>Julien Freund<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Autrement dit, les pacifistes \u00e9choueraient g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 transformer leur d\u00e9sir de paix en une capacit\u00e9 \u00e0 la faire advenir faute d\u2019en avoir \u00e9labor\u00e9 un savoir ad\u00e9quat. Ils incarneraient ce que Freund appelait l\u2019\u00ab impolitique \u00bb, \u00e0 savoir l\u2019illusion de faire de la politique alors m\u00eame qu\u2019on n\u2019en fait pas r\u00e9ellement et donc efficacement, faute d\u2019avoir pr\u00e9alablement compris ce qu\u2019elle \u00e9tait <\/span>29<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cette critique de la propension \u00e0 vouloir atteindre une fin politique en mobilisant des moyens qui ne le sont pas explique, par exemple, l\u2019opposition de Freund au boycott occidental des Jeux olympiques de Moscou en 1980, au motif qu\u2019\u00ab en politique il faut d\u2019abord utiliser les moyens politiques \u00bb <\/span>30<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Pour avoir la paix et cultiver tranquillement son jardin, il faudrait donc d\u2019abord et avant tout se donner les moyens de tenir ses ennemis en respect : \u00ab un but ne se r\u00e9alise pas de lui-m\u00eame simplement parce qu\u2019il est con\u00e7u et d\u00e9sir\u00e9, mais il exige un effort, une ex\u00e9cution, ce qui suppose toute une s\u00e9rie d\u2019interm\u00e9diaires : les moyens \u00bb <\/span>31<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Or les pacifistes antimilitaristes, parce qu\u2019ils sont aveugles au r\u00f4le crucial de la force en politique internationale, se privent des moyens d\u2019atteindre la fin qu\u2019ils pr\u00e9tendent d\u00e9fendre :\u00a0\u00ab il n\u2019a servi \u00e0 rien au petit pays qu\u2019est le Luxembourg, livr\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame et sans forces arm\u00e9es, de manifester la volont\u00e9 la plus pacifique : Hitler ne s\u2019est pas laiss\u00e9 attendrir par sa faiblesse. De ce point de vue, l\u2019antimilitarisme est politiquement un non-sens \u00bb <\/span>32<\/sup><\/a><\/span><\/span>.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Selon Freund, l\u2019erreur des pacifistes antimilitaristes est double. Elle tient d\u2019abord \u00e0 ce qu\u2019ils croient que la paix adviendra du simple fait qu\u2019ils se refusent \u00e0 consid\u00e9rer quiconque comme leur ennemi, ignorant par l\u00e0 m\u00eame que d\u2019autres ne se privent pas de les consid\u00e9rer comme tels et n\u2019attendent pas leur permission pour les traiter en cons\u00e9quence. Surtout, ils m\u00e9connaissent le fait que la paix n\u2019est pas l\u2019absence d\u2019ennemi mais bien sa reconnaissance, pr\u00e9alable indispensable \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un modus vivendi<\/em> avec lui. <\/p>\n\n\n\n Il ne s\u2019agit pour Freund ni de souhaiter la guerre, ni de la consid\u00e9rer comme in\u00e9luctable, mais d\u2019\u00eatre conscient qu\u2019elle n\u2019est \u00e9vitable qu\u2019\u00e0 la condition de se donner les moyens de la faire. C\u2019est la raison pour laquelle il ironise sur ces \u00ab politologues am\u00e9ricains qui croient que la relation d\u2019ami et d\u2019ennemi est d\u00e9pass\u00e9e \u00bb et feint de s\u2019interroger : \u00ab pourquoi les Am\u00e9ricains continuent-ils, dans ces conditions, \u00e0 fabriquer des bombes thermonucl\u00e9aires ou m\u00eame pourquoi les conservent-ils ? \u00bb <\/span>33<\/sup><\/a><\/span><\/span>.\u00a0<\/p>\n\n\n\n En 1967, en pleine guerre des Six jours, il rench\u00e9rit en notant que si \u00ab on peut croire en p\u00e9riode de relative s\u00e9curit\u00e9 que la notion d\u2019ennemi est en train de mourir \u00bb, force est de constater que \u00ab chaque crise internationale s\u00e9rieuse lui redonne une nouvelle vigueur \u00bb <\/span>34<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 la suite des philosophies r\u00e9actionnaires de Joseph de Maistre et Carl Schmitt, Freund \u00e9labore une th\u00e9orie de la guerre qui condamne toute justification au nom d\u2019une cause juste et universelle : \u00ab <\/em>il arrive que les hommes se battent au nom de la paix, chaque camp voulant imposer par la guerre son id\u00e9e exclusive de la paix. <\/p>\n\n\n\n Le but recherch\u00e9 dans ce cas n\u2019est pas la paix, malgr\u00e9 les apparences, mais une paix purement id\u00e9ologique et guerri\u00e8re \u00bb <\/span>35<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cette position conduit Freund \u00e0 critiquer tout projet cosmopolitique et toute pr\u00e9tendue \u00ab guerre juste \u00bb, men\u00e9e au nom des \u00ab droits de l\u2019homme \u00bb, convaincu qu\u2019il est que \u00ab rien n\u2019est plus pol\u00e9mog\u00e8ne que les id\u00e9es divergentes sur la perfection \u00bb <\/span>36<\/sup><\/a><\/span><\/span>.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Ces positions anti-modernes, qui consistent \u00e0 critiquer le pacifisme lib\u00e9ral et \u00e0 se focaliser sur la figure de l\u2019ennemi, ne font pas non plus de Freund un belliciste. Plut\u00f4t que de promouvoir le conflit, Freund invite \u00e0 accepter son in\u00e9luctabilit\u00e9 et \u00e0 le d\u00e9dramatiser en apprenant \u00e0 le r\u00e9guler et \u00e0 en faire bon usage. <\/p>\n\n\n\nUne trajectoire intellectuelle <\/h2>\n\n\n\n
Surmonter la d\u00e9ception r\u00e9sistante<\/h3>\n\n\n\n
\u00ab Cultiver son jardin \u00bb : Freund, Hyppolite et Aron \u00e0 la Sorbonne<\/h3>\n\n\n\n
De l\u2019ennemi \u00e0 l\u2019adversaire<\/h2>\n\n\n\n
Tout commence avec la guerre<\/h3>\n\n\n\n
\u00ab L\u2019ennemi est la condition de possibilit\u00e9 de la paix \u00bb<\/h3>\n\n\n\n
L\u2019impasse impolitique<\/em> et le probl\u00e8me de la paix<\/h3>\n\n\n\n
Contre la guerre juste<\/h3>\n\n\n\n