{"id":339317,"date":"2026-06-11T15:00:00","date_gmt":"2026-06-11T13:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=339317"},"modified":"2026-06-11T18:28:35","modified_gmt":"2026-06-11T16:28:35","slug":"infantino-trump-fifa","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/06\/11\/infantino-trump-fifa\/","title":{"rendered":"Gianni Infantino : chambellan n\u00e9o-royaliste du foot mondial"},"content":{"rendered":"\n
Dirig\u00e9 par Giuliano da Empoli chez Gallimard, le nouveau volume papier du Grand Continent <\/em>L\u2019ennemi qui nous d\u00e9signe est d\u00e9sormais disponible. Cliquez <\/em>ici<\/em><\/a> pour le d\u00e9couvrir \u2014 si vous souhaitez le recevoir et nous soutenir, <\/em>pensez \u00e0 vous abonner \u00e0 la revue<\/em><\/a><\/p>\n\n\n\n Il y a un peu plus d\u2019un an, lors du grand forum d\u2019investissement Arabie saoudite-\u00c9tats-Unis organis\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion de la tourn\u00e9e du pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis dans le Golfe, Donald Trump a ordonn\u00e9 au public une acclamation. <\/p>\n\n\n\n Sous les applaudissements nourris, il avait demand\u00e9 au pr\u00e9sident de la FIFA de se lever. Et ce jour-l\u00e0, pour Gianni Infantino, le juriste helv\u00e9to-libano-italien de 56 ans \u00e0 la t\u00eate du football mondial depuis 2016, toute la salle s\u2019\u00e9tait mise debout, y compris la personne assise \u00e0 sa gauche dans l\u2019assembl\u00e9e : l\u2019homme le plus puissant de la r\u00e9gion, le prince saoudien Mohammed Ben Salmane. Cette standing ovation<\/em> \u00e9tait en quelque sorte un remerciement. Apr\u00e8s l\u2019\u00e9dition de cette ann\u00e9e qui commence demain aux \u00c9tats-Unis, au Mexique et au Canada, la Coupe du monde s\u2019ouvrira dans huit ans \u00e0 Riyad, pr\u00eate \u00e0 devenir, selon les mots de Trump, \u00ab une capitale culturelle, \u00e9conomique et technologique pour le monde \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Dans le vertige d\u2019une \u00e9poque satur\u00e9e par le spectacle<\/a> quotidien de la Maison-Blanche, on n\u2019a pas encore pris la mesure de ce que signifie voir le patron du football mis au m\u00eame rang que les chefs d\u2019\u00c9tat de la plan\u00e8te. Pour essayer de comprendre de quoi Infantino est le nom, on peut avoir recours au concept de n\u00e9o-royalisme<\/a>, d\u00e9velopp\u00e9 dans ces pages par Abraham Newman et Stacie Goddard. Il d\u00e9signe l\u2019\u00e9mergence d\u2019un mod\u00e8le de gouvernance clanique hyper personnalis\u00e9 qui tend \u00e0 effacer les structures juridiques du syst\u00e8me international. Dans l\u2019analyse de Newman et Goddard, cette transformation est patente dans les \u00c9tats-Unis de Donald Trump mais s\u2019observe \u00e9galement dans l\u2019Inde de Modi ou la Russie de Vladimir Poutine. En tant qu\u2019organisation internationale puissante, la FIFA a une longue histoire de fonctionnement clanique au service de dirigeants puissants, qui a conduit \u00e0 la chute de Sepp Blatter et de Michel Platini. Mais depuis dix ans, Infantino a apport\u00e9 une inflexion fondamentale \u00e0 la gouvernance du football mondial en se r\u00e9appropriant le style n\u00e9o-royaliste. Comment expliquer autrement que, bien qu’il n’occupe aucun poste officiel au sein de l’administration am\u00e9ricaine, il accompagnait Trump dans sa tourn\u00e9e officielle des monarchies du Golfe, notamment en Arabie saoudite, au Qatar et aux \u00c9mirats arabes unis ? Le repr\u00e9sentant du football mondial \u00e9tait d\u2019ailleurs tellement accapar\u00e9 par ces engagements ce jour-l\u00e0 qu’il est arriv\u00e9 en retard \u00e0 Asunci\u00f3n, au Paraguay, o\u00f9 devait se tenir le 75e congr\u00e8s de la FIFA. \u00c0 son arriv\u00e9e, certains d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s europ\u00e9ens ont d\u00e9cid\u00e9 de quitter la salle en signe de protestation, exasp\u00e9r\u00e9s par sa soumission au pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n\n\n Si le nom d\u2019Infantino est aujourd\u2019hui synonyme de servilit\u00e9 et de compromission avec le pouvoir, il y a dix ans, il a sinc\u00e8rement \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme un espoir de changement pour la FIFA.<\/p>\n\n\n\n Son \u00e9lection a eu lieu quelques mois \u00e0 peine apr\u00e8s le raid des autorit\u00e9s suisses au Baur au Lac, l’h\u00f4tel historique de Zurich o\u00f9 devait se tenir le 65e congr\u00e8s de la FIFA appel\u00e9 \u00e0 se prononcer sur la r\u00e9\u00e9lection de Sepp Blatter. Il \u00e9tait impossible alors d’imaginer l\u2019\u00e9volution du r\u00f4le du pr\u00e9sident de la F\u00e9d\u00e9ration pendant la d\u00e9cennie suivante. Les mandats d\u2019arr\u00eat internationaux, l\u2019arrestation de sept dirigeants de la FIFA par la police comme s\u2019il s\u2019agissait de parrains de la mafia, les r\u00e9v\u00e9lations du FBI annon\u00e7ant une tentaculaire affaire de corruption impliquant l\u2019ensemble de l\u2019organisation qui g\u00e9rait le football mondial ont marqu\u00e9 durement une organisation d\u00e9j\u00e0 largement impopulaire et souffrant d\u2019une image scandaleuse.<\/p>\n\n\n\n Dans l’imaginaire des supporters qui brandissaient des banderoles \u00ab FIFA Mafia \u00bb, la gestion du football mondial s’\u00e9tait transform\u00e9e en film de Martin Scorsese. Lanc\u00e9e par le FBI, l’affaire s\u2019appuyait sur les r\u00e9v\u00e9lations de Chuck Blazer, alors secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la Conf\u00e9d\u00e9ration nord-am\u00e9ricaine de football, pris en flagrant d\u00e9lit pour des d\u00e9clarations fiscales qui ne correspondaient pas \u00e0 son train de vie princier. En \u00e9change d’un traitement plus favorable par la justice, Blazer avait accept\u00e9 d\u2019\u00eatre l\u2019informateur du parquet en installant un micro dans son porte-clefs. C\u2019est sur la base de ces enregistrements qu\u2019avait \u00e9t\u00e9 mont\u00e9 tout le dossier d\u2019accusation de l\u2019affaire qui finirait par conduire \u00e0 l\u2019arrestation de 34 personnes, dont des dizaines de dirigeants de la FIFA. Apr\u00e8s avoir obtenu leur extradition, la justice am\u00e9ricaine leur appliquera d\u2019ailleurs le RICO Act<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire la loi utilis\u00e9e aux \u00c9tats-Unis pour poursuivre les organisations mafieuses.<\/p>\n\n\n\n\n \u00c0 cette occasion, une grande partie des dirigeants de la FIFA sont arr\u00eat\u00e9s ou contraints de d\u00e9missionner, notamment son ancien secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, J\u00e9r\u00f4me Valcke, son ancien vice-pr\u00e9sident, Jeffrey Webb, et son pr\u00e9sident historique Sepp Blatter, ce dernier \u00e9tant impliqu\u00e9 dans une affaire distincte, trait\u00e9e de mani\u00e8re ind\u00e9pendante par la justice suisse \u00e0 propos d\u2019une somme vers\u00e9e \u00e0 Michel Platini, pressenti pour \u00eatre son successeur.<\/p>\n\n\n\n Un scandale de cette ampleur aurait tout aussi bien pu \u00e9clabousser Gianni Infantino qui, au moment des arrestations, \u00e9tait secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l’UEFA et collaborateur intime de Michel Platini. Les deux hommes \u00e9taient d\u2019ailleurs si proches qu’un ancien dirigeant de la FIFA les avait compar\u00e9s aux personnages de Minus et Cortex<\/em>, les souris de laboratoire qui tentent \u00e0 chaque nouvel \u00e9pisode d\u2019\u00e9laborer un plan pour conqu\u00e9rir le monde dans le c\u00e9l\u00e8bre dessin anim\u00e9 produit par Steven Spielberg : \u00ab Infantino pour le cerveau, Platini pour le fun<\/em>. \u00bb <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n Pourtant, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, Infantino est d\u00e9j\u00e0 surtout connu pour le show<\/em>. En tant qu\u2019ancien secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019UEFA, le grand public l\u2019associe \u00e0 ses apparitions comme ma\u00eetre de c\u00e9r\u00e9monie des tirages au sort de la Ligue des champions. Pendant des ann\u00e9es, il est apparu sur nos \u00e9crans aux moments o\u00f9 nous faisions le plus appel au destin, se pr\u00e9sentant comme une figure rassurante et d\u00e9sinvolte tout en se montrant incroyablement \u00e0 l\u2019aise dans les nombreuses langues qu\u2019il parle : l\u2019anglais, l\u2019allemand, le fran\u00e7ais, l\u2019italien, l\u2019arabe, le portugais et l\u2019espagnol. Si tel \u00e9tait son plan pour conqu\u00e9rir le monde, <\/em>il faut reconna\u00eetre qu\u2019il \u00e9tait extr\u00eamement sophistiqu\u00e9. Pourtant, \u00e0 en croire l\u2019un de ses coll\u00e8gues de l\u2019UEFA interrog\u00e9 par Sam Knight pour le New Yorker<\/em>, tout cela n\u2019\u00e9tait pas qu\u2019une pure fa\u00e7ade : \u00ab il \u00e9tait extr\u00eamement comp\u00e9tent et travaillait d\u2019arrache-pied ; il connaissait toutes les normes, lisait tous les r\u00e8glements \u00bb <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Lorsqu’il se pr\u00e9sente pour la premi\u00e8re fois au congr\u00e8s extraordinaire de la FIFA charg\u00e9 d’\u00e9lire le nouveau pr\u00e9sident, Infantino est donc clairement un outsider<\/em>, mais qui a en t\u00eate de cr\u00e9er l’image d’une personne de confiance. Le slogan de sa campagne \u2014 \u00ab Taking Football Forward<\/em> \u00bb \u2014 sugg\u00e8re un r\u00e9formisme sans heurts, la mise sous perfusion d\u2019une institution donn\u00e9e pour mourante dans un moment critique.<\/p>\n\n\n
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\n <\/picture>\n Comment \u00ab Gianni \u00bb a impos\u00e9 le visage de la FIFA post-Blatter<\/h2>\n\n\n\n
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