{"id":339265,"date":"2026-06-10T16:35:22","date_gmt":"2026-06-10T14:35:22","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=339265"},"modified":"2026-06-10T20:41:37","modified_gmt":"2026-06-10T18:41:37","slug":"commerce-guerre-mer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/06\/10\/commerce-guerre-mer\/","title":{"rendered":"Faire du commerce, c\u2019est \u00e0 nouveau faire la guerre"},"content":{"rendered":"\n

Dirig\u00e9 par Giuliano da Empoli chez Gallimard, le nouveau volume papier du Grand Continent <\/em>L\u2019ennemi qui nous d\u00e9signe est d\u00e9sormais disponible. Cliquez<\/em> <\/em>ici<\/em><\/a> pour le d\u00e9couvrir \u2014 si vous souhaitez le recevoir et nous soutenir, <\/em>pensez \u00e0 vous abonner \u00e0 la revue<\/em><\/a><\/p>\n\n\n\n

En dehors de l\u2019\u00e9conomie du crime organis\u00e9 et des films de gangsters, le commerce et la violence vont rarement de pair. \u00c0 bien des \u00e9gards pourtant, la phase actuelle du commerce international est une anomalie historique. Faire du commerce \u00ab le fusil sur l\u2019\u00e9paule \u00bb a \u00e9t\u00e9 le quotidien de la plupart des marchands de derniers si\u00e8cles, qui quittaient les espaces prot\u00e9g\u00e9s par un pouvoir politique local en caravanes \u00e0 travers les terres ou en navire \u00e0 travers les mers. Ils ne portaient \u00e9videmment pas ces armes pour les diriger contre leurs partenaires commerciaux. Mais le plus souvent, ils devaient se pr\u00e9munir si n\u00e9cessaire par la force de tiers, concurrents, potentats, corsaires, brigands et autres ran\u00e7onneurs. Ce faisant, ils \u00ab assuraient \u00bb leur p\u00e9riple face \u00e0 des risques qui ne pouvaient plus \u00eatre assur\u00e9s autrement.<\/p>\n\n\n\n

La mer n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 calme<\/h2>\n\n\n\n

Lorsque Marco Polo fait le r\u00e9cit des routes de la soie, il \u00e9voque ses infortunes et les violences du voyage. Il parle d\u00e9j\u00e0 d\u2019Ormuz, des routes terrestres et maritimes, des jeux de pouvoir et des risques que prennent marchands et missionnaires pour parcourir l\u2019Ancien monde. C\u2019est pour contourner le probl\u00e8me des dangers du commerce par voie de terre et les blocages politiques en chemin que Portugais et Espagnols se lanc\u00e8rent dans l\u2019aventure maritime par la circumnavigation de l\u2019Afrique puis vers l\u2019ouest, dans l\u2019inconnu.<\/p>\n\n\n\n

La mer \u00e9tait alors libre \u00e0 ceux qui s\u2019y aventuraient mais elle n\u2019\u00e9tait pas sans dangers. Elle \u00e9tait le domaine de l\u2019anarchie<\/em> au sens premier du terme. Le principe qui pr\u00e9valait alors \u00e9tait r\u00e9sum\u00e9 par la formule no peace beyond the line<\/em>, qu\u2019on retrouve de mani\u00e8re plus polie dans le trait\u00e9 franco-espagnol de Cateau-Cambr\u00e9sis de 1559  : \u00ab \u00c0 l\u2019ouest du premier m\u00e9ridien et au sud du tropique du Cancer [\u2026] la violence exerc\u00e9e par une des parties sur l\u2019autre ne sera pas regard\u00e9e comme une infraction aux trait\u00e9s \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Pendant des si\u00e8cles, il a donc \u00e9t\u00e9 normal et m\u00eame indispensable qu\u2019un navire marchand soit arm\u00e9. C\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9poque des corsaires, ces capitaines qui, sur un mandat donn\u00e9 par leurs souverains dans une \u00ab lettre de marque \u00bb, menaient une forme de guerre indirecte sur les eaux du globe, consistant \u00e0 d\u00e9stabiliser la logistique d\u2019une puissance ennemie en haute mer en s\u2019en prenant \u00e0 sa marine marchande.  Au sens propre, elle constitue les pr\u00e9mices violentes de la guerre commerciale. D\u2019ailleurs, si l\u2019on utilise en fran\u00e7ais le terme de \u00ab guerre de course \u00bb pour d\u00e9signer l\u2019action des corsaires, l\u2019allemand parle plus litt\u00e9ralement de handelskrieg<\/em> et l\u2019anglais de commerce raiding<\/em>.  <\/p>\n\n\n\n

Le monde de Suez<\/h2>\n\n\n\n

Cette \u00e9poque dure jusqu\u2019en 1856. \u00c0 cette date, \u00e0 Paris, apr\u00e8s la guerre de Crim\u00e9e, les puissances europ\u00e9ennes adoptent une version formalis\u00e9e du modus vivendi<\/em> conclu deux ans plus t\u00f4t entre la France et le Royaume-Uni qui annon\u00e7ait la fin de la guerre de course, des lettres de marque et des corsaires.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019\u00e9volution positive de la relation franco-britannique fut pour beaucoup dans cette premi\u00e8re tentative d\u2019organisation \u00ab technique \u00bb du monde. La libert\u00e9 de navigation en s\u00e9curit\u00e9 devenait un principe cardinal de l\u2019arrangement plan\u00e9taire que les marines des deux pays occidentaux se faisaient fort de faire respecter. La guerre de course \u00e9tant abolie, armer un navire de commerce devenait inutile et m\u00eame suspect. En dehors des conflits arm\u00e9s qui entra\u00eenaient le pavillon de leurs navires, les armateurs entreprennent donc progressivement de renoncer \u00e0 cette pratique. Pour les prot\u00e9ger contre d\u2019\u00e9ventuelles violences non \u00e9tatiques, ils peuvent d\u00e9sormais compter sur des \u00ab tiers garants \u00bb : les marines de guerre europ\u00e9ennes, au premier rang desquelles la Royal Navy<\/em>.<\/p>\n\n\n

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\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\tApprendre \u00e0 r\u00e9sister aux pr\u00e9dateurs\t\t\t\t\t<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t
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Sous la direction de Giuliano da Empoli.<\/p>\n

Avec les contributions de Michael Albertus, Robert-Henri Berger, Emily Feng, Stacie Goddard, Beeban Kidron, Phil Klay, Oleksandra Matviitchouk, Abraham Newman, Minxin Pei, Paul Saffo, Afra Wang, Dan Wang et Meredith Whittaker.<\/p>\n

Le dossier chinois sous la direction scientifique de David Ownby comprend les contributions de Lu Feng, Wang Huning, Jiang Shigong et Zhao Xiaozhuo.<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t

\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\u2192<\/span> Commandez le num\u00e9ro<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\u2192<\/span> S’abonner<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t