{"id":338089,"date":"2026-06-04T18:30:15","date_gmt":"2026-06-04T16:30:15","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=338089"},"modified":"2026-06-04T18:37:09","modified_gmt":"2026-06-04T16:37:09","slug":"la-france-a-besoin-dun-nouveau-pacte-intergenerationnel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/06\/04\/la-france-a-besoin-dun-nouveau-pacte-intergenerationnel\/","title":{"rendered":"La France a besoin d\u2019un nouveau pacte interg\u00e9n\u00e9rationnel"},"content":{"rendered":"\n
De 1819 \u00e0 1823, Goya brosse ses Peintures noires <\/em>sur les murs de sa maison \u00e0 Madrid. Parmi elles, Saturne d\u00e9vorant un de ses fils <\/em>illustre le mythe de Cronos, ce Titan de la mythologie grecque, fils de Ga\u00efa et d\u2019Ouranos, qui d\u00e9vore chacun de ses fils \u00e0 la naissance pour \u00e9viter que l\u2019un d\u2019eux ne le d\u00e9tr\u00f4ne. Cette repr\u00e9sentation brutale, presque insoutenable d\u2019une condamnation \u00e0 mort de l\u2019avenir, pourrait servir de m\u00e9taphore \u00e0 ce que devient une soci\u00e9t\u00e9 quand elle broie sa jeunesse pour ne plus penser qu\u2019\u00e0 sa propre survie.<\/p>\n\n\n\n La France d\u2019aujourd\u2019hui semble elle aussi avoir renvers\u00e9 le pacte g\u00e9n\u00e9rationnel en demandant aux enfants de porter le poids de leurs a\u00een\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement. Alors que les plus jeunes h\u00e9ritent de charges qu\u2019ils n\u2019ont pas choisies \u2014 dette publique, d\u00e9r\u00e8glements du climat, d\u00e9litement des services publics \u2014 les jeunes actifs et les classes moyennes luttent pour se loger, faire des enfants ou payer leurs factures.<\/p>\n\n\n\n En trente ans s\u2019est op\u00e9r\u00e9 un basculement silencieux, pas vraiment choisi, ni m\u00eame d\u00e9battu : nous avons d\u00e9cid\u00e9 de payer les retraites d\u2019aujourd\u2019hui avec la carte de cr\u00e9dit de nos enfants et de nos petits-enfants. Pendant ce temps, nous sous-investissons dans l\u2019\u00e9ducation, dans la recherche et la transition \u00e9cologique. Entre 1995 et 2025, la part des pensions de retraite dans la richesse nationale a progress\u00e9 de 20 % quand celle des budgets d\u2019\u00e9ducation et de recherche a recul\u00e9 de 15 % selon les donn\u00e9es de l\u2019INSEE.<\/p>\n\n\n\n Ce basculement interroge la nature m\u00eame de notre contrat social : que vaut une soci\u00e9t\u00e9 qui hypoth\u00e8que ainsi l\u2019avenir pour financer le pr\u00e9sent ? Ne court-elle pas le risque d\u2019une fracture g\u00e9n\u00e9rationnelle, qui viendrait s\u2019ajouter \u00e0 toutes les autres fractures de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise ? Afin d\u2019\u00e9carter ce risque, la France a besoin d\u2019un nouveau pacte interg\u00e9n\u00e9rationnel pour changer un syst\u00e8me n\u00e9 en 1945 au sortir de la guerre mais qui peine \u00e0 relever les d\u00e9fis du monde d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 travers quatre champs de politiques publiques, nous nous proposons d\u2019explorer les contours que pourrait prendre un tel pacte \u00e0 l\u2019aube d\u2019une \u00e9lection pr\u00e9sidentielle qui d\u00e9terminera l\u2019avenir du pays.<\/p>\n\n\n\n Le constat est d\u00e9sormais partag\u00e9 : le niveau g\u00e9n\u00e9ral des \u00e9l\u00e8ves fran\u00e7ais a baiss\u00e9. En orthographe, en lecture, en calcul et plus largement dans la plupart des comp\u00e9tences et des disciplines, le niveau des \u00e9l\u00e8ves est aujourd\u2019hui plus faible qu\u2019en 1995.<\/p>\n\n\n\n En math\u00e9matiques, dans le premier classement PISA en 2000, la France \u00e9tait au septi\u00e8me rang des nations occidentales pour le niveau de ses \u00e9l\u00e8ves de seconde <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En 2022, elle se classe vingti\u00e8me <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En une g\u00e9n\u00e9ration, le score moyen des \u00e9l\u00e8ves fran\u00e7ais en math\u00e9matiques est ainsi pass\u00e9 de 517 \u00e0 474, soit une baisse de 43 points : c\u2019est l\u2019\u00e9quivalent d\u2019une ann\u00e9e d\u2019enseignement en moins.<\/p>\n\n\n\n Ce recul concerne tous les \u00e9l\u00e8ves : les plus avanc\u00e9s comme les plus en difficult\u00e9, les gar\u00e7ons comme les filles. Il concerne aussi tous les niveaux : au-del\u00e0 de PISA (qui \u00e9value le niveau en seconde), les \u00e9tudes internationales TIMSS (qui se concentrent sur le CM1 et la quatri\u00e8me) ou PIRLS (CM1) t\u00e9moignent des m\u00eames tendances. Tous les pays d\u00e9velopp\u00e9s semblent d\u2019ailleurs marqu\u00e9s par cette tendance \u00e0 la baisse du niveau.<\/p>\n\n\n\n Ce recul a des cons\u00e9quences sociales et \u00e9conomiques dont les effets se prolongent tout au long de la vie. L\u2019\u00e9cole \u00e9tant le premier lieu o\u00f9 se joue la justice entre g\u00e9n\u00e9rations, les jeunes actifs comme les classes moyennes seront les premi\u00e8res \u00e0 payer le prix de ces reculs dans le monde de l\u2019intelligence artificielle et du calcul quantique. D\u2019autant qu\u2019\u00e0 cette baisse du niveau s\u2019ajoutent les in\u00e9galit\u00e9s de destin : la France est le pays de l\u2019OCDE o\u00f9 la r\u00e9ussite scolaire des enfants est la plus corr\u00e9l\u00e9e au statut social des parents. Tout se passe comme si l\u2019ascenseur scolaire s\u2019\u00e9tait bloqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Il est encore temps d\u2019agir pour inverser la tendance en suivant la voie trac\u00e9e par d\u2019autres pays. Le Portugal a conduit durant les d\u00e9cennies 2000 et 2010 des r\u00e9formes pour rendre ses programmes plus explicites, am\u00e9liorer la formation de ses enseignants et la qualit\u00e9 des manuels, apaiser le climat scolaire, remettre les savoirs fondamentaux au c\u0153ur des enseignements. Le syst\u00e8me \u00e9ducatif portugais a progress\u00e9 de quasiment 30 points dans les classements PISA jusqu\u2019au Covid, notamment en math\u00e9matiques.<\/p>\n\n\n\n De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Atlantique, le Mississippi \u00e9tait l\u2019avant-dernier \u00c9tat am\u00e9ricain pour la lecture il y a quinze ans et caracole d\u00e9sormais en haut du classement apr\u00e8s une d\u00e9cennie de r\u00e9formes ambitieuses <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n \u00c9lever le niveau, briser les in\u00e9galit\u00e9s de destin et tenir la promesse de l\u2019\u00e9cole r\u00e9publicaine\u00a0 est donc possible. \u00c0 cet \u00e9gard, la baisse de la d\u00e9mographie scolaire sera une opportunit\u00e9. Dans dix ans, il y aura 1,7 million d\u2019\u00e9l\u00e8ves en moins dans les \u00e9coles, les coll\u00e8ges et les lyc\u00e9es <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Nous pourrions ainsi r\u00e9duire \u00e0 moins de 20 le nombre d\u2019\u00e9l\u00e8ves par classe au primaire tout en r\u00e9duisant les effectifs au secondaire pour y augmenter de 10 % les salaires des professeurs.<\/p>\n\n\n\n Au-del\u00e0 des programmes, des manuels et des conditions d\u2019enseignement, la qualit\u00e9 de la formation est le facteur d\u00e9cisif pour \u00e9lever le niveau de tous les \u00e9l\u00e8ves. C\u2019est l\u2019objet de la r\u00e9forme du recrutement et de la formation initiale des professeurs qui se met en place \u00e0 la rentr\u00e9e 2026. Elle devra se doubler d\u2019une refonte de la formation continue au moment o\u00f9 les professeurs fran\u00e7ais re\u00e7oivent cinq fois moins d\u2019heures de formation par an que la moyenne de l\u2019OCDE d\u2019apr\u00e8s l\u2019enqu\u00eate TALIS 2024 <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Enfin, l\u2019ascenseur scolaire est aussi gripp\u00e9 parce que les jeunes font de plus en plus d\u2019\u00e9tudes pour finir d\u00e9class\u00e9s. Alors que les notes augmentent et que les dipl\u00f4mes enflent, les salaires stagnent et les espoirs s\u2019effondrent. Une grande majorit\u00e9 de jeunes actifs vit aujourd\u2019hui l\u2019exp\u00e9rience du d\u00e9classement. D\u00e9massifier l\u2019enseignement sup\u00e9rieur serait donc aussi l\u2019une des conditions pour que les jeunes entrent plus vite et dans de meilleures conditions dans le monde du travail. Avec des fili\u00e8res de formation plus courtes, plus professionnalisantes, quitte \u00e0 permettre une reprise d\u2019\u00e9tudes \u00e0 un stade ult\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n Trente ans ont pass\u00e9 depuis la \u00ab fracture sociale \u00bb de Jacques Chirac. Pourtant, les services publics continuent de s\u2019affaiblir et le sentiment se diffuse que le travail ne payerait plus. On pr\u00e9sente souvent les Fran\u00e7ais comme moins travailleurs que d\u2019autres. On d\u00e9peint en particulier les jeunes g\u00e9n\u00e9rations comme r\u00e9tives \u00e0 l\u2019effort. C\u2019est tout le contraire : elles demandent \u00e0 mettre leur travail au service d\u2019une cause. Elles savent combien le travail donne une place, une dignit\u00e9 dans notre soci\u00e9t\u00e9, qu\u2019il peut \u00e9manciper de son milieu d\u2019origine, mais elles en savent aussi les in\u00e9galit\u00e9s et les injustices. Or brim\u00e9s par une hi\u00e9rarchie qui ne valorise pas la prise d\u2019initiative, frein\u00e9s par des r\u00e8gles parfois absurdes et contraints de sacrifier parfois la qualit\u00e9 au conformisme ou au pr\u00e9sent\u00e9isme, trop de Fran\u00e7ais ont aujourd\u2019hui l\u2019impression de ne pas pouvoir faire leur travail correctement.<\/p>\n\n\n\n Cette question du \u00ab sens \u00bb au travail est \u00e9minemment complexe et ne se laisse pas facilement appr\u00e9hender par les politiques publiques. Mais il se double d\u2019un autre d\u00e9classement bien plus net : le travail ne paye pas comme il devrait. Des millions de nos compatriotes issus des classes moyennes travaillent dur, respectent toutes les r\u00e8gles, payent leurs imp\u00f4ts mais ont le sentiment qu\u2019ils ne vont pas y arriver. Une \u00e9tude d\u2019Elabe le montrait en 2025 <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span> : une majorit\u00e9 de salari\u00e9s jugent leur m\u00e9tier stressant, mal pay\u00e9 et offrant peu de perspectives d\u2019\u00e9volution, singuli\u00e8rement chez les employ\u00e9s, les ouvriers et les professions interm\u00e9diaires.<\/p>\n\n\n\n Une part des blocages fran\u00e7ais vient de l\u00e0. C\u2019est le cas sur la question des retraites : comment accepter de travailler plus longtemps quand on n\u2019aime pas son travail ? Sur la question des imp\u00f4ts : comment accepter d\u2019en payer autant alors que le service public n\u2019est pas \u00e0 la hauteur ? Et m\u00eame sur la confiance en la politique : comment croire \u00e0 un changement possible quand tout dans sa vie, dans son travail, para\u00eet stagner voire se d\u00e9grader ?<\/p>\n\n\n\n De plus en plus de Fran\u00e7ais sont fatigu\u00e9s de la pression au travail, de la perte de sens, du sentiment de subir. En 2025, une enqu\u00eate de Cluster17 <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span> montrait qu\u2019il y avait autant de personnes souhaitant plus de temps libre quitte \u00e0 gagner moins que de Fran\u00e7ais souhaitant gagner plus en travaillant davantage. Beaucoup d\u2019entre eux attendent des moments de respiration pour ralentir et se ressourcer, reprendre en main leur vie, sortir de l\u2019isolement de leur poste de travail et de leur bulle algorithmique et renouer enfin avec la convivialit\u00e9 et l\u2019entraide.<\/p>\n\n\n\n Une \u00e9conomie dont l\u2019entreprise pousse au conformisme et au carri\u00e9risme plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 l\u2019innovation prend n\u00e9cessairement du retard par rapport \u00e0 ses concurrentes. Un syst\u00e8me qui favorise la rente et l\u2019h\u00e9ritage plut\u00f4t que le travail et l\u2019effort concentre toujours plus les richesses entre les mains de quelques-uns et ne parvient plus \u00e0 aspirer les classes moyennes et les jeunes actifs vers le haut. Or sur 100 euros de salaires aujourd\u2019hui pay\u00e9s par l\u2019employeur, les Fran\u00e7ais n\u2019en gardent en moyenne que 54 apr\u00e8s imp\u00f4ts et pr\u00e9l\u00e8vements sociaux. Il y a deux g\u00e9n\u00e9rations, c\u2019\u00e9taient 69 euros <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Un jeune qui entre aujourd\u2019hui dans le monde du travail est quatre fois plus pr\u00e9lev\u00e9 qu\u2019un retrait\u00e9 notamment du fait des cotisations sociales et de la contribution sociale g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e (CSG) ; dans le m\u00eame temps, sur 100 euros d\u2019h\u00e9ritage, ce sont 94 euros qui b\u00e9n\u00e9ficient aux h\u00e9ritiers. L\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise ne tient plus cette promesse pourtant essentielle envers ses travailleurs : \u00ab travailler dur permet de s\u2019\u00e9lever \u00bb.<\/p>\n\n\n\n L\u2019une des raisons de ce d\u00e9classement salarial est donc la surtaxation du travail. Dans notre syst\u00e8me, la protection sociale de 68 millions d\u2019individus repose sur 22 millions de Fran\u00e7ais qui travaillent. D\u00e9taxer massivement le travail, r\u00e9duire l\u2019\u00e9cart entre le salaire net et le salaire brut pour financer diff\u00e9remment la protection sociale seraient parmi les conditions pour que les Fran\u00e7ais retrouvent le go\u00fbt du travail. Transf\u00e9rer 60 milliards d\u2019euros de CSG vers la taxe sur la valeur ajout\u00e9e (TVA) permettrait ainsi un gain imm\u00e9diat de salaire net de quasiment +10 % sur la feuille de paie des jeunes actifs et des classes moyennes (+250 euros nets par mois au niveau du salaire m\u00e9dian), ainsi que la cr\u00e9ation de 300 000 emplois en cinq ans.<\/p>\n\n\n\n Enfin, la France s\u2019appauvrit parce qu\u2019elle prend du retard dans la course technologique. En une g\u00e9n\u00e9ration, l\u2019\u00e9cart de salaire moyen s\u2019est creus\u00e9 de 16 % entre les \u00c9tats-Unis et notre pays. Avec moins d\u2019innovation, moins d\u2019industrie et moins de gains de productivit\u00e9, les salaires augmentent moins vite.<\/p>\n\n\n\n Il est encore possible de rattraper ce retard dans l\u2019innovation. La France compte par exemple deux prix Nobel de physique r\u00e9compens\u00e9s en 2023 et 2025 pour leurs travaux sur les circuits quantiques et l\u2019\u00e9tude de la mati\u00e8re. Or si les technologies du calcul quantique sont encore au stade du prototype, elles pourraient permettre des gains de productivit\u00e9 repr\u00e9sentant jusqu\u2019\u00e0 8 % de notre richesse nationale selon une \u00e9tude r\u00e9cente de la Direction g\u00e9n\u00e9rale du Tr\u00e9sor <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Encore faut-il qu\u2019elles soient financ\u00e9es. \u00c0 cet \u00e9gard, achever l\u2019union des march\u00e9s de capitaux en Europe serait indispensable. Dans bien d\u2019autres secteurs, la France et l\u2019Europe ont encore toutes les cartes en main pour enrayer ce grand d\u00e9classement.<\/p>\n\n\n\n Une id\u00e9e lancinante parasite aujourd\u2019hui le d\u00e9bat sur la d\u00e9mographie : les jeunes ne voudraient plus d\u2019enfants. C\u2019est faux : en France, les jeunes g\u00e9n\u00e9rations d\u00e9sirent en moyenne 2,3 enfants par foyer.<\/p>\n\n\n\n L’an dernier, pour la premi\u00e8re fois depuis 1945, le pays a connu moins de naissances que de d\u00e9c\u00e8s du fait d\u2019un indice de f\u00e9condit\u00e9 de 1,56. C\u2019\u00e9tait 2,0 en 2014. <\/p>\n\n\n\n Pourtant, l\u2019\u00e9cart entre le d\u00e9sir d\u2019enfant et le nombre de naissances ne cesse de s\u2019accro\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n Les causes de cette d\u00e9natalit\u00e9 sont multiples et largement d\u00e9battues : le niveau et la stabilit\u00e9 des revenus, le co\u00fbt du logement bien s\u00fbr, la qualit\u00e9 de l’emploi et aussi plus globalement la confiance dans l’avenir. Elle s\u2019inscrit aussi un ph\u00e9nom\u00e8ne global. La moiti\u00e9 des pays dans le monde sont en-dessous du seuil de renouvellement des g\u00e9n\u00e9rations (indice de f\u00e9condit\u00e9 \u00e0 2,1) et la moyenne europ\u00e9enne est \u00e0 1,4.<\/p>\n\n\n\n Cette d\u00e9natalit\u00e9 est un probl\u00e8me, ne serait-ce que pour la p\u00e9rennit\u00e9 de notre mod\u00e8le social, qui ne peut pas \u00eatre financ\u00e9 par une population qui vieillit et qui fait de moins en moins d\u2019enfants.<\/p>\n\n\n\n Elle suppose donc de remettre \u00e0 plat une politique familiale fran\u00e7aise encore trop largement fond\u00e9e sur les transferts mon\u00e9taires. Ceux-ci repr\u00e9sentent en effet deux tiers du budget de la politique familiale, \u00e0 travers par exemple les allocations vers\u00e9es \u00e0 partir du deuxi\u00e8me enfant ou le quotient familial qui all\u00e8ge l\u2019imp\u00f4t sur le revenu. Or la litt\u00e9rature scientifique montre que ces transferts n\u2019ont qu\u2019un impact modeste sur la natalit\u00e9 <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span> : la Hongrie, qui d\u00e9pense deux fois plus que la France pour sa politique familiale, notamment via<\/em> des transferts mon\u00e9taires, a un indice de f\u00e9condit\u00e9 dans la moyenne europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n Une note r\u00e9cente du Haut-commissariat \u00e0 la strat\u00e9gie et au plan rappelle que les politiques familiales les plus efficaces sont celles qui combinent des cong\u00e9s parentaux courts, bien indemnis\u00e9s et partag\u00e9s entre les deux parents avec une offre de modes de garde abondante et adapt\u00e9e <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Nous en sommes loin. En France, pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des enfants de moins de 3 ans n’ont aujourd\u2019hui pas d’offre de garde formelle et doivent \u00eatre gard\u00e9s \u00e0 domicile par leurs parents. Cette r\u00e9alit\u00e9 est marqu\u00e9e par un fort gradient social (4 familles pauvres sur 5 gardent leur enfant \u00e0 domicile) et emporte des cons\u00e9quences n\u00e9gatives sur l’emploi, singuli\u00e8rement celui des femmes.<\/p>\n\n\n\n Malgr\u00e9 des r\u00e9formes r\u00e9centes qui vont dans le bon sens, notamment l’allongement du cong\u00e9 paternit\u00e9, les co\u00fbts d’opportunit\u00e9 d’avoir un enfant suppl\u00e9mentaire restent plus \u00e9lev\u00e9s pour les m\u00e8res, en particulier sur le plan professionnel. Ce blocage retarde et parfois emp\u00eache de nouvelles naissances. Moderniser les cong\u00e9s parentaux, investir dans les modes de garde et construire plus de logements devraient \u00eatre des priorit\u00e9s si la France entend soutenir les familles qui souhaitent avoir des enfants.<\/p>\n\n\n\n Enfin, les politiques de sant\u00e9 publique doivent \u00eatre plus ambitieuses en mati\u00e8re de fertilit\u00e9 et d’acc\u00e8s \u00e0 la PMA, qui rend d\u00e9sormais possibles 25 000 naissances par an dans le pays. Alors que les Fran\u00e7ais font des enfants de plus en plus tard \u2014 en moyenne cinq ans plus tard qu\u2019il y a un demi-si\u00e8cle \u2014, ils ont aussi, logiquement, de plus en plus de mal \u00e0 en avoir. Or force est de constater que malgr\u00e9 les probl\u00e8mes croissants d\u2019infertilit\u00e9, recourir \u00e0 la PMA en France rel\u00e8ve toujours d\u2019un parcours du combattant. De fortes discriminations subsistent pour les femmes seules ou les couples de femmes. Pourtant, garantir un acc\u00e8s effectif \u00e0 la PMA avec des centres en nombre suffisant et des techniques modernis\u00e9es aiderait aussi de jeunes actifs qui veulent fonder une famille.<\/p>\n\n\n\n La politique familiale ne pourra pas \u00e0 elle seule inverser totalement les tendances d\u00e9mographiques. Mais elle peut, a minima<\/em>, enrayer la chute de la natalit\u00e9 en aidant les familles \u00e0 transformer leur d\u00e9sir d\u2019enfant en r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Loin devant l\u2019\u00e9ducation, la d\u00e9fense ou l\u2019\u00e9cologie, les retraites des Fran\u00e7ais sont le premier poste budg\u00e9taire du pays. Alors qu\u2019un quart de l\u2019argent public leur est aujourd\u2019hui consacr\u00e9, cette proportion ne cesse d\u2019augmenter.<\/p>\n\n\n\n Cela s\u2019explique bien s\u00fbr par le vieillissement de la population alors qu\u2019il y a de moins en moins d\u2019actifs cotisants pour financer un retrait\u00e9. De 4 cotisants par retrait\u00e9 durant les Trente glorieuses, ce ratio est aujourd\u2019hui tomb\u00e9 \u00e0 1,4. Le taux d\u2019emploi est un autre facteur de l\u2019explosion des retraites : m\u00eame s\u2019il a largement progress\u00e9 depuis 10 ans, le taux d\u2019emploi fran\u00e7ais reste en retrait par rapport \u00e0 nos voisins, notamment celui des seniors (60,4 % pour les 55-64 ans selon l\u2019INSEE), inf\u00e9rieur de 5 points \u00e0 la moyenne europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n Dans le paradigme actuel, la sauvegarde d\u2019un syst\u00e8me par r\u00e9partition o\u00f9 chaque g\u00e9n\u00e9ration de retrait\u00e9s voit sa pension financ\u00e9e par les actifs suppose m\u00e9caniquement soit de pr\u00e9lever toujours plus sur les actifs qui travaillent, soit de repousser ind\u00e9finiment l\u2019\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite. Ces deux options sont \u00e9conomiquement, socialement et politiquement intenables. Elles reviennent du reste invariablement \u00e0 faire payer les actifs.<\/p>\n\n\n\n S\u2019y ajoutent la complexit\u00e9 des diff\u00e9rents r\u00e9gimes de retraite et les in\u00e9quit\u00e9s qui l\u2019accompagnent : c\u2019est le cocktail parfait pour faire exploser la solidarit\u00e9 entre g\u00e9n\u00e9rations. Jusqu\u2019ici, la col\u00e8re s\u2019exprimait \u00e0 l\u2019endroit des gouvernants. Mais si le syst\u00e8me c\u00e8de sous le poids de la dette, cette rage pourrait opposer les g\u00e9n\u00e9rations entre elles.<\/p>\n\n\n\n Pour sortir de ce pi\u00e8ge, notre syst\u00e8me de retraites doit changer afin d\u2019offrir plus de libert\u00e9 et plus de justice. D\u2019abord en supprimant l\u2019\u00e2ge l\u00e9gal, qui est devenu purement th\u00e9orique puisque 40 % des retrait\u00e9s partent avant celui-ci mais qui cristallise l\u2019opposition aux r\u00e9formes. Il est possible d\u2019imaginer un syst\u00e8me de retraite pilot\u00e9 par la dur\u00e9e de cotisation, avec une dur\u00e9e minimale pour partir \u00e0 la retraite, une dur\u00e9e optimale pour atteindre une retraite \u00e0 taux plein et des modulations pour tenir compte de la p\u00e9nibilit\u00e9 des m\u00e9tiers et des \u00e9v\u00e9nements de la vie (parentalit\u00e9, ch\u00f4mage, invalidit\u00e9, etc.). Pour les carri\u00e8res hach\u00e9es, l\u2019acc\u00e8s au taux plein resterait ouvert \u00e0 partir d\u2019un certain \u00e2ge, comme aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n Dans un tel syst\u00e8me, chaque Fran\u00e7ais reviendrait ma\u00eetre de ses choix et pourrait, en toute connaissance de son niveau de retraite potentiel, choisir de partir plus t\u00f4t avec moins ou plus tard avec davantage.<\/p>\n\n\n\n Le montant des retraites \u00e9voluerait ensuite en fonction de l\u2019inflation mais aussi d\u2019une r\u00e8gle d\u2019or de soutenabilit\u00e9 pour pr\u00e9munir durablement le syst\u00e8me contre les d\u00e9ficits. Car rien ne justifie que l\u2019on finance les retraites d\u2019aujourd\u2019hui par la dette.<\/p>\n\n\n\n Ces retraites seraient compl\u00e9t\u00e9es par un nouveau pilier universel de capitalisation, sans augmenter les cotisations. Il est possible d\u2019y parvenir en dotant chaque enfant qui na\u00eet d\u2019un capital de d\u00e9part \u2014 ou \u00ab baby bonds<\/em> \u00bb \u2014 financ\u00e9 par la puissance publique, qui fructifie jusqu\u2019\u00e0 la retraite. Avec une dotation initiale de 10 000 euros par enfant et une hypoth\u00e8se de rendement r\u00e9el de 4 % par an, ce pilier de capitalisation doterait chaque Fran\u00e7ais d\u2019un p\u00e9cule suppl\u00e9mentaire de 120 000 euros une fois \u00e0 la retraite. Dans l\u2019intervalle, ce capital financera l\u2019innovation dans l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise et europ\u00e9enne et aidera notre pays \u00e0 remporter les batailles technologiques. Pour financer ces baby bonds<\/em>, les pensions actuelles devraient \u00eatre gel\u00e9es une ann\u00e9e, avec une hypoth\u00e8se d\u2019inflation \u00e0 2 %.<\/p>\n\n\n\n Enfin, il appartiendra aussi de d\u00e9velopper la solidarit\u00e9 intrag\u00e9n\u00e9rationnelle, notamment pour financer la d\u00e9pendance. Les besoins sont immenses et vont croissant. Ils pourraient doubler en un demi-si\u00e8cle, l\u00e0 encore sous l\u2019effet du vieillissement d\u00e9mographique. Ils ne pourront pas \u00eatre financ\u00e9s par un nouvel alourdissement sur le dos des actifs.<\/p>\n\n\n\n Parmi les pistes \u00e0 explorer, il serait possible de d\u00e9velopper la contribution additionnelle de solidarit\u00e9 pour l’autonomie (CASA), qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve depuis sa cr\u00e9ation il y a plus de 10 ans \u00e0 0,3 % notamment sur les pensions de retraite. Parall\u00e8lement, les niches fiscales sur les successions pourraient \u00eatre revues pour financer la d\u00e9pendance alors que 9\u00a0000 milliards d\u2019euros seront transmis d\u2019ici 2040, soit trois fois le montant de notre dette publique <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Tenir et transmettre ces promesses r\u00e9publicaines est encore possible. Le nouveau pacte qu’elles impliquent devrait \u00eatre le principal chantier de demain et le th\u00e8me central de la campagne pr\u00e9sidentielle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Pourquoi la jeunesse et les classes moyennes devraient structurer la campagne pour la pr\u00e9sidentielle 2027.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":338133,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-angles.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":true,"_trash_the_other_posts":false,"_yoast_wpseo_estimated-reading-time-minutes":18,"footnotes":""},"categories":[1926],"tags":[],"staff":[4991],"editorial_format":[4944],"serie":[],"audience":[],"geo":[1917],"class_list":["post-338089","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-demographie","staff-rayan-nezzar","editorial_format-actu-longues","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":"default","_thumbnail_id":338133,"excerpt":"Pourquoi la jeunesse et les classes moyennes devraient structurer la campagne pour la pr\u00e9sidentielle 2027.","display_date":"","new_abstract":true},"yoast_head":"\nLa baisse du niveau scolaire est r\u00e9versible<\/h2>\n\n\n\n
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