{"id":338021,"date":"2026-06-04T15:00:00","date_gmt":"2026-06-04T13:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=338021"},"modified":"2026-06-04T13:14:26","modified_gmt":"2026-06-04T11:14:26","slug":"cuba-padura","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/06\/04\/cuba-padura\/","title":{"rendered":"Comment vivre \u00e0 Cuba aujourd’hui ?"},"content":{"rendered":"\n

Le gouvernement cubain est aujourd\u2019hui pris en \u00e9tau entre deux forces distinctes : sa propre population d\u2019une part, qui r\u00e9clame de plus en plus un changement de r\u00e9gime ; les \u00c9tats-Unis de l\u2019autre, qui font planer la menace d\u2019une intervention militaire. Il y a pourtant une nouveaut\u00e9 : une partie de la jeunesse serait favorable un coup de l\u2019ext\u00e9rieur, \u00e0 l\u2019image de ce qui s\u2019est produit au Venezuela. Quel regard portez-vous sur cette nouvelle r\u00e9alit\u00e9 ? <\/h3>\n\n\n\n

Je m\u2019informe de la situation en lisant chaque matin les actualit\u00e9s. J\u2019observe ce qui se passe, j\u2019attends de voir comment la situation va \u00e9voluer et j\u2019esp\u00e8re qu\u2019aucun \u00e9v\u00e9nement violent ne surviendra. Je redoute par-dessus tout l\u2019affrontement militaire, qui serait terrible. J\u2019esp\u00e8re que la raison l\u2019emportera sur tous les facteurs susceptibles d\u2019influencer la vie cubaine d\u2019aujourd\u2019hui et de demain, que j\u2019esp\u00e8re meilleure.<\/p>\n\n\n\n

Vous \u00e9crivez, dans Aller \u00e0 La Havane<\/em> (M\u00e9taili\u00e9, 2026), qu\u2019\u00ab une ville est \u00e0 la fois plusieurs villes dans le temps et dans l’espace, sans pour autant cesser d’\u00eatre une seule ville \u00bb. On pense imm\u00e9diatement aux vers de Baudelaire, dans \u00ab Le Cygne \u00bb : \u00ab la forme d’une ville \/ Change plus vite, h\u00e9las ! que le c\u0153ur d’un mortel \u00bb <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La Havane est-elle une seule ville ?\u00a0<\/h3>\n\n\n\n

La Havane est comme un oignon o\u00f9 se superposent de multiples couches : historiques, architecturales (tr\u00e8s d\u00e9pendantes de l\u2019histoire de Cuba et de son \u00e9conomie), sociales. <\/p>\n\n\n\n

Quatre espaces distincts s\u2019accumulent au sein de la ville : il y a la Havane coloniale qui, du XVIe au XVIIIe si\u00e8cle, se caract\u00e9risait par ses fonctions militaire et maritime ; puis la Havane coloniale du XIXe si\u00e8cle, \u00e9poque o\u00f9 l\u2019\u00eele s\u2019enrichit consid\u00e9rablement ; il y a \u00e9galement la Havane r\u00e9publicaine, de 1902 \u00e0 1958, dont l\u2019h\u00e9ritage est \u00e0 la fois le plus visible dans l\u2019espace et le plus moderne du point de vue architectural ; enfin, il y a la ville r\u00e9volutionnaire, de 1959 \u00e0 aujourd\u2019hui, qui a beaucoup transform\u00e9 l\u2019espace sans v\u00e9ritablement construire, et qui repr\u00e9sente la ruine et l\u2019abandon en raison du manque de ressources. <\/p>\n\n\n\n

Toutes ces villes m\u2019habitent. Mais compte aussi pour moi la Havane de la nostalgie, celle de mon enfance et de mon adolescence, resplendissante et pleine d\u2019attraits. Il y a la Havane du reportage journalistique, qui me rappelle les ann\u00e9es 1980 et que je continue d\u2019arpenter pour y trouver histoires et personnages. Il y a la Havane litt\u00e9raire, celle \u00e0 partir de laquelle j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire mes romans dans les ann\u00e9es 1990. <\/p>\n\n\n\n

Aujourd\u2019hui, je vis et j\u2019\u00e9cris dans une Havane d\u00e9cadente, o\u00f9 les traces de cette ville d\u2019antan ne transparaissent presque plus. <\/p>\n\n\n\n

C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le sujet de votre livre, qui explore ce sentiment \u00e9trange de d\u00e9tachement vis-\u00e0-vis d\u2019une ville rong\u00e9e par la crise \u00e9conomique. O\u00f9 prend-il sa source ? <\/h3>\n\n\n\n

Le d\u00e9clin de la ville a commenc\u00e9 il y a plusieurs d\u00e9cennies. Quand il a fallu faire de cette ville r\u00e9publicaine une ville socialiste, les symboles, les paradigmes, les rep\u00e8res incontournables ont disparu sous l\u2019effet d\u2019une transformation \u00e0 la fois physique et symbolique des lieux. Ces trente derni\u00e8res ann\u00e9es, cette d\u00e9t\u00e9rioration s\u2019est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e faute d\u2019investissements. Seule la vieille ville de la Havane, celle de l\u2019\u00e9poque coloniale, a re\u00e7u des fonds, notamment en provenance de l\u2019international, pour sa restauration. <\/p>\n\n\n\n

L\u00e0 o\u00f9 les effets de cette transformation sont plus complexes, c\u2019est sur le plan spirituel. <\/p>\n\n\n\n

Que voulez-vous dire ?<\/h3>\n\n\n\n

La fa\u00e7on de vivre et de se comporter des gens se d\u00e9grade elle aussi. Cela a des r\u00e9percussions sur l\u2019atmosph\u00e8re de la Havane, sur la vie elle-m\u00eame. Le concept d\u2019urbanisme, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019am\u00e9lioration des conditions de vie gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019am\u00e9nagement de sa ville, a progressivement perdu son sens. C\u2019est tr\u00e8s douloureux \u00e0 vivre. Ni mon quartier ni la ville ne sont plus ce qu\u2019ils \u00e9taient et cette vision ne s\u2019explique pas seulement parce que j\u2019avance en \u00e2ge et que je verrais les choses d\u2019une fa\u00e7on plus nostalgique ou plus conservatrice.  Le changement est patent : la ville est aux prises avec sa propre d\u00e9construction, et cela se per\u00e7oit dans les b\u00e2timents et les infrastructures comme dans le comportement de ses habitants. <\/p>\n\n\n\n

Pourtant, c\u2019est une ville que vous ne pourriez pas quitter. De cette appartenance (pertenencia<\/em>) d\u00e9coule m\u00eame, \u00e0 vous lire, une responsabilit\u00e9 citoyenne : celle d\u2019enregistrer la m\u00e9moire de ces lieux, afin d\u2019assurer leur permanence (permanencia<\/em>). Pourriez-vous nous \u00e9clairer sur ces deux concepts ?<\/h3>\n\n\n\n

Ces deux mots pr\u00e9sentent une \u00e9trange proximit\u00e9 phon\u00e9tique en espagnol. Pourtant, leur sens diff\u00e8re radicalement. L\u2019appartenance s\u2019\u00e9prouve de mani\u00e8re profonde, visc\u00e9rale, presque in\u00e9luctable : c\u2019est comme \u00eatre sur une \u00eele \u2014 de toutes parts entour\u00e9 d\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n

La permanence, en revanche, est d\u2019ordre physique. Un simple r\u00e9am\u00e9nagement du territoire peut l\u2019alt\u00e9rer. <\/p>\n\n\n\n

> J\u2019\u00e9cris dans une Havane d\u00e9cadente.<\/p>\n\n\n\n

Dans mon cas, ces deux conditions se confondent et se combinent car mon appartenance \u00e0 un certain univers culturel et spirituel d\u00e9pend \u00e9galement d\u2019un lieu, d\u2019un paysage situ\u00e9 g\u00e9ographiquement. C\u2019est l\u00e0 que j\u2019entends demeurer. Je suis un \u00e9crivain cubain qui \u00e9crit et vit \u00e0 Cuba. Mon appartenance, mon identit\u00e9 sont inexorablement cubaines, tandis que je reste obstin\u00e9ment dans le m\u00eame espace o\u00f9 je suis n\u00e9 et o\u00f9 j\u2019ai v\u00e9cu toute ma vie. J\u2019habite la m\u00eame maison depuis toujours, ce qui fait de moi quelqu’un d’assez singulier, m\u00eame si cette singularit\u00e9 ne signifie pas que je sois diff\u00e9rent, et encore moins que je sois meilleur.<\/p>\n\n\n\n

Vous d\u00e9finissez le romancier comme \u00ab un r\u00e9servoir de souvenirs \u00bb, quitte \u00e0 \u00ab cannibaliser \u00bb l\u2019existence des autres. Aller \u00e0 La Havane <\/em>est \u00e0 la fois le recueil de vos souvenirs personnels et l\u2019histoire d\u2019une ville. Comment avez-vous travaill\u00e9 sur cette double reconstruction, m\u00e9morielle et urbaine ?<\/h3>\n\n\n\n

Je me suis laiss\u00e9 prendre par un flux de souvenirs, dont j\u2019ai tr\u00e8s peu travaill\u00e9 la chronologie car cela aurait impliqu\u00e9 une maturation \u00e0 la fois intellectuelle et spirituelle. En puisant dans ce r\u00e9servoir de souvenirs, j\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 construire un discours qui soit certes logique, mais surtout nostalgique, m\u00e9lancolique, non sans un certain pessimisme. <\/p>\n\n\n\n

Mais en r\u00e9alit\u00e9, ce n\u2019\u00e9tait pas difficile : c\u2019\u00e9tait comme si toute cette m\u00e9moire affective \u00e9tait l\u00e0, d\u00e9j\u00e0 m\u00fbre, et que la seule chose qu\u2019il me restait \u00e0 faire \u00e9tait de la cueillir, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019\u00e9crire.<\/p>\n\n\n\n

Dans la deuxi\u00e8me partie du livre, vous dressez le portrait de diff\u00e9rentes personnalit\u00e9s de La Havane, comme le percussionniste Chano Pozo ou Alberto Yarini. Pourquoi ces personnages vous ont-ils tant marqu\u00e9 ?<\/h3>\n\n\n\n

Ces personnages et bien d\u2019autres encore, car Cuba et La Havane sont une mine de personnages. <\/p>\n\n\n\n

Dans mes romans, on trouve non seulement des personnages r\u00e9els tir\u00e9s de reportages que j\u2019ai pu \u00e9crire \u00e0 un moment donn\u00e9, comme Chano Pozo ou Yarini, mais aussi d\u2019autres tir\u00e9s de la r\u00e9alit\u00e9, comme Jos\u00e9 Mar\u00eda de Heredia ou Hemingway, qui a v\u00e9cu plus de vingt ans \u00e0 La Havane. Il y en a beaucoup d\u2019autres qui sont des condens\u00e9s ou des variations d\u2019un ou plusieurs personnages, ou plut\u00f4t de personnes r\u00e9elles que j\u2019ai connues. C\u2019est une mani\u00e8re d\u2019\u00e9prouver ma connaissance de la ville, de ses types et de ses coutumes. C\u2019est ce que m\u2019a apport\u00e9 le travail journalistique que j\u2019ai effectu\u00e9 pendant six ans en arpentant la ville et le pays. Ce fut une source de connaissances extr\u00eamement importante d\u2019une histoire non officielle mais essentielle \u00e0 la formation d\u2019une identit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

Vous <\/em>proposez \u00e9galement un panorama des repr\u00e9sentations litt\u00e9raires de La Havane, du po\u00e8te Cirilo Villaverde \u00e0 l\u2019\u00e9crivain Reinaldo Arenas. Comment concevez-vous aujourd\u2019hui ce dialogue entre \u00e9crivains de g\u00e9n\u00e9rations diff\u00e9rentes ?<\/h3>\n\n\n\n

Personne ne sort de nulle part, nous avons tous une origine. En tant qu\u2019\u00e9crivain, je m\u2019inscris dans une tradition litt\u00e9raire tr\u00e8s puissante, source de paradigmes et de cr\u00e9ations qui stimulent autant qu\u2019elles vous posent des d\u00e9fis. <\/p>\n\n\n\n

Comme le disait Hemingway, il faut se battre contre les morts et tenter de les vaincre. Je ne sais pas si j\u2019obtiendrai cette victoire, mais j\u2019essaie au moins de me battre tout en me nourrissant d\u2019\u0153uvres qui comptent. D\u2019o\u00f9 mon admiration et mon respect pour cette tradition cubaine, ma reconnaissance explicite et implicite envers des \u0153uvres et des auteurs comme Carpentier, Nov\u00e1s Calvo, Cabrera Infante et d\u2019autres.<\/p>\n\n\n\n

Un jeune Leonardo Padura pourrait-il \u00e9merger aujourd\u2019hui dans le Cuba d\u2019aujourd\u2019hui ?<\/h3>\n\n\n\n

Il existe encore une fine marge de libert\u00e9 sur l\u2019\u00eele, mais je ne sais pas s\u2019il y a la volont\u00e9 ou les possibilit\u00e9s de la rendre f\u00e9conde d\u2019un point de vue litt\u00e9raire. Je crois, en revanche, que chacun doit se battre pour son espace d\u2019expression personnelle, de cr\u00e9ation et de pens\u00e9e, et qu\u2019il ne peut le faire qu\u2019en analysant sa situation et en agissant en cons\u00e9quence.<\/p>\n\n\n\n

Un autre ph\u00e9nom\u00e8ne qui traverse le livre est la disparition progressive des salles de cin\u00e9ma de La Havane. Quel r\u00f4le le septi\u00e8me art a-t-il jou\u00e9 dans votre imaginaire et dans votre \u00e9criture ?<\/h3>\n\n\n\n

Le cin\u00e9ma occupe une place importante dans ma sensibilit\u00e9, ma connaissance du monde et ma perception des r\u00e9cits. Dans mon enfance, j\u2019allais tr\u00e8s souvent au cin\u00e9ma et je garde un souvenir pr\u00e9cieux des films de samoura\u00efs japonais, comme ceux de Kurosawa, et des com\u00e9dies franco-italiennes. <\/p>\n\n\n\n

En tant que spectateur, j\u2019ai m\u00fbri \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019on voyait \u00e0 Cuba le meilleur cin\u00e9ma du monde et c\u2019est ce qui m\u2019a rendu cin\u00e9phile. J\u2019ai m\u00eame nourri l\u2019ambition de travailler dans le cin\u00e9ma, ce que j\u2019ai concr\u00e9tis\u00e9, des ann\u00e9es plus tard, en \u00e9crivant des sc\u00e9narios. <\/p>\n\n\n\n

Gr\u00e2ce au cin\u00e9ma, j\u2019ai une m\u00e9moire tr\u00e8s visuelle et mon \u0153uvre litt\u00e9raire l\u2019est aussi, car je vois la r\u00e9alit\u00e9 que je veux refl\u00e9ter dans mes textes comme si elle \u00e9tait projet\u00e9e sur l\u2019\u00e9cran de mon esprit. Aujourd\u2019hui, je ne vais presque plus au cin\u00e9ma, que ce soit \u00e0 Cuba ou ailleurs, mais je continue \u00e0 voir beaucoup de films, m\u00eame si, en ce moment, j\u2019ai une pr\u00e9dilection pour les s\u00e9ries.<\/p>\n\n\n\n

Dans vos romans, la r\u00e9alit\u00e9 politique appara\u00eet presque comme un ph\u00e9nom\u00e8ne m\u00e9t\u00e9orologique qui s\u2019abattrait sur l\u2019\u00eele et contre lequel on ne pourrait ni lutter, ni pr\u00e9tendre impulser de changement, et dans lequel les personnages survivent tant bien que mal. La beaut\u00e9 est-elle dans ces actes de survie ?<\/h3>\n\n\n\n

Je ne sais pas s\u2019il y a de la beaut\u00e9, mais il y a assur\u00e9ment du pragmatisme. <\/p>\n\n\n\n

Les gens s\u2019adaptent aux conditions g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par leur environnement et ils le font soit parce qu\u2019ils en partagent les principes, soit parce qu\u2019ils sont victimes de leur propre apathie. <\/p>\n\n\n\n

Exprimer son opposition politique suppose un espace de d\u00e9bat dont nous ne disposons pas. Ceux qui le font pr\u00e9f\u00e8rent, pour la plupart, le faire de loin, et non au sein de notre pays, avec les risques que cela comporte.<\/p>\n\n\n\n

Quelles ont \u00e9t\u00e9 les cons\u00e9quences de votre d\u00e9cision de rester vivre dans votre pays ? <\/h3>\n\n\n\n

J\u2019ai d\u00fb traverser de nombreuses situations critiques, y compris des p\u00e9nuries, des coupures d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et tout ce qui en d\u00e9coule ou pourrait en d\u00e9couler, mais cela m\u2019a maintenu en contact direct, visc\u00e9ral, avec la r\u00e9alit\u00e9 cubaine, qui est la substance de ma litt\u00e9rature.<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 vous entendre, on a l\u2019impression que vous \u00eates toujours parvenu \u00e0 \u00e9viter les choix corn\u00e9liens qui se posent g\u00e9n\u00e9ralement sous une dictature : la libert\u00e9 ou la mort, l\u2019engagement jusqu\u2019au sacrifice ou la compromission, la clandestinit\u00e9 ou la propagande. Vous proposez plut\u00f4t une troisi\u00e8me voie. S’agit-il d’une position politique ou esth\u00e9tique ?<\/h3>\n\n\n\n

Tout acte artistique comporte des lectures politiques, car nous vivons dans des soci\u00e9t\u00e9s politis\u00e9es \u2014 et la soci\u00e9t\u00e9 cubaine l’est bien plus que d’autres.<\/p>\n\n\n\n

Je n\u2019ai jamais voulu cependant que mon \u0153uvre ait un caract\u00e8re politique assimilable \u00e0 de la propagande. La politique est l\u2019une des grilles de lecture possibles de mes livres, mais leur discours narratif n\u2019est pas d\u2019abord politique. Si c\u2019\u00e9tait le cas, ils seraient, non pas lus, mais utilis\u00e9s \u2014 ce qui ne m\u2019int\u00e9resse ni d\u2019un point de vue politique, ni sur le plan esth\u00e9tique. <\/p>\n\n\n\n

Apr\u00e8s l\u2019affaire Padilla <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>, de nombreux intellectuels ont rompu avec la R\u00e9volution. Ce fut le cas notamment de Vargas Llosa ou d\u2019Octavio Paz, tandis que d\u2019autres, comme Cort\u00e1zar, ont adopt\u00e9 des positions plus ambigu\u00ebs. L\u2019un de vos personnages dans votre dernier roman, Morir en la arena<\/em>, dit que \u00ab le communisme n\u2019est ni une id\u00e9ologie ni une philosophie, mais une religion qui exige la foi, des dogmes et des liturgies \u00bb. Comment vous situez-vous vous-m\u00eame par rapport \u00e0 cette foi ?\u00a0<\/h3>\n\n\n\n

Je suis ath\u00e9e de naissance, m\u00eame si ma m\u00e8re m\u2019a forc\u00e9 \u00e0 faire ma premi\u00e8re communion. Je n\u2019ai jamais profess\u00e9 non plus aucune forme de militantisme politique, d\u2019aucune sorte, car j\u2019ai fui toutes les disciplines, qu\u2019elles soient id\u00e9ologiques ou institutionnelles. <\/p>\n\n\n\n

Toute ma vie, j\u2019ai v\u00e9cu dans une soci\u00e9t\u00e9 socialiste sans que je ne puisse rien y changer. Je m\u2019y suis conform\u00e9, comme n\u2019importe quel autre citoyen.<\/p>\n\n\n\n

Pour ce qui est de ma pens\u00e9e, en revanche, c\u2019est tout \u00e0 fait diff\u00e9rent. <\/p>\n\n\n\n

Gr\u00e2ce \u00e0 elle, j\u2019ai non seulement exprim\u00e9 mes doutes mais aussi formul\u00e9 des contestations. J\u2019ai recherch\u00e9 \u00e0 tout prix la libert\u00e9 de pens\u00e9e et de cr\u00e9ation, \u00e0 rebours des dogmes et, pour cette raison, mes livres peuvent \u00eatre vus comme l\u2019expression de mes pr\u00e9occupations sociales et politiques.<\/p>\n\n\n\n

Apr\u00e8s tout ce qu\u2019a travers\u00e9 votre g\u00e9n\u00e9ration, quelle est aujourd\u2019hui votre pire crainte ?<\/h3>\n\n\n\n

La peur de perdre la m\u00e9moire. Sans m\u00e9moire, il n\u2019y a pas de litt\u00e9rature.<\/p>\n\n\n\n

Et je veux continuer \u00e0 faire de la litt\u00e9rature.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

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