{"id":337511,"date":"2026-06-01T20:14:27","date_gmt":"2026-06-01T18:14:27","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=337511"},"modified":"2026-06-01T20:17:09","modified_gmt":"2026-06-01T18:17:09","slug":"comment-sauver-le-journalisme-au-temps-de-lia","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/06\/01\/comment-sauver-le-journalisme-au-temps-de-lia\/","title":{"rendered":"Comment sauver le journalisme au temps de l\u2019IA ?"},"content":{"rendered":"\n
L’\u00e8re de l’intelligence artificielle s\u2019est ouverte il y a moins de quatre ans, avec la mise \u00e0 disposition de ChatGPT au public. En quelques mois, le chatbot d’OpenAI a rassembl\u00e9 100 millions d’utilisateurs, devenant ainsi le produit ayant connu la croissance la plus rapide de l’histoire. Aujourd’hui, il fait partie de la multitude d’outils d’IA de plus en plus puissants, aux c\u00f4t\u00e9s de ceux propos\u00e9s par Anthropic, Google, Meta, Microsoft et X.<\/p>\n\n\n\n
Il ne fait gu\u00e8re de doute que l\u2019intelligence artificielle g\u00e9n\u00e9rative est la prochaine grande r\u00e9volution technologique. Cette r\u00e9volution s\u2019accompagne d\u2019une multitude vertigineuse de questions importantes. L\u2019IA va-t-elle entra\u00eener une explosion de la productivit\u00e9 et \u00e9liminer des cat\u00e9gories enti\u00e8res d\u2019emplois ? Va-t-elle permettre des avanc\u00e9es m\u00e9dicales extraordinaires ? Faciliter une attaque biologique ? Les actes des mod\u00e8les de langage et des agents d\u2019IA peuvent-ils \u00eatre pleinement compris ? Peuvent-ils \u00eatre contr\u00f4l\u00e9s ?<\/p>\n\n\n\n
Je suis ici aujourd\u2019hui pour aborder des questions qui, je l\u2019admets, sont un peu plus restreintes. Mais elles rev\u00eatent une grande importance pour moi, pour vous et pour la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n
Comment l\u2019IA va-t-elle transformer l\u2019information ? <\/p>\n\n\n\n
Comment ces changements vont-ils affecter l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me de l\u2019information qui sert de forum public aux citoyens engag\u00e9s du monde entier ? <\/p>\n\n\n\n
Et que pouvons-nous faire pour garantir l\u2019avenir du journalisme de terrain, fond\u00e9 sur des faits, essentiel \u00e0 la sant\u00e9 de nos d\u00e9mocraties ?<\/p>\n\n\n\n
Les premiers signes nous donnent des raisons de nous inqui\u00e9ter.<\/p>\n\n\n\n
Les entreprises \u00e0 la pointe de l\u2019IA, qui comptent d\u00e9j\u00e0 parmi les plus riches et les plus puissantes de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9, renforcent leur contr\u00f4le d\u00e9mesur\u00e9 sur nos donn\u00e9es et notre attention. Dans le m\u00eame temps, elles manquent \u00e0 une responsabilit\u00e9 fondamentale qui d\u00e9coule de ce pouvoir : garantir au public l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des informations et \u00e0 des actualit\u00e9s fiables.<\/p>\n\n\n\n
Leur mainmise sur l’espace public est rendue possible par le p\u00e9ch\u00e9 originel qui anime leurs produits d’IA : un vol \u00e9hont\u00e9 de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle qui s’est produit \u00e0 une \u00e9chelle sans pr\u00e9c\u00e9dent. Les g\u00e9ants de la tech pillent les sites d\u2019information sans autorisation ni compensation. Ils rec\u00e8lent et reconditionnent ces biens vol\u00e9s comme s\u2019ils leur appartenaient, d\u00e9tournant ainsi l\u2019audience et les revenus qui, autrement, reviendraient aux organes de presse ayant cr\u00e9\u00e9 ce contenu. Et cela ne se produit pas une seule fois pendant le processus d\u2019entra\u00eenement mais d\u2019innombrables fois chaque jour.<\/p>\n\n\n\n
Je crains par cons\u00e9quent que nous ne soyons en train de nous pr\u00e9cipiter vers un futur o\u00f9 il y aura de moins en moins de journalistes pour accomplir le travail co\u00fbteux et difficile du reportage original \u2014 se rendre sur place, parler aux gens, d\u00e9nicher des informations, couvrir des sujets et des \u00e9v\u00e9nements importants, fournir du contexte et des analyses, enqu\u00eater sur les puissants. Un futur o\u00f9 l\u2019une des sources vitales pour une soci\u00e9t\u00e9 saine et une d\u00e9mocratie stable \u2014 la v\u00e9rit\u00e9, la compr\u00e9hension et la responsabilit\u00e9 assur\u00e9es par le journalisme \u2014 continue de se tarir.<\/p>\n\n\n\n
Ces dommages potentiels s\u2019\u00e9tendent bien au-del\u00e0 de l\u2019actualit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n
Les entreprises d\u2019IA ont pill\u00e9 l\u2019ensemble du corpus des \u0153uvres originales de la civilisation dans un acte qui repr\u00e9sente \u00e9galement un danger pour l\u2019avenir des livres, des films, de la musique, de la recherche et d\u2019une multitude d\u2019autres domaines. Aux \u00c9tats-Unis, ces industries ne constituent pas seulement le c\u0153ur de la vie culturelle et intellectuelle am\u00e9ricaine, mais un pilier de son \u00e9conomie et l\u2019un de ses principaux secteurs d\u2019exportation. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, les professions cr\u00e9atives emploient plus de 50 millions de personnes qui g\u00e9n\u00e8rent environ 12 000 milliards de dollars de valeur \u00e9conomique par an.<\/p>\n\n\n\n
Les personnes r\u00e9unies ici aujourd\u2019hui dirigent des organes de presse issus de plus de 60 pays. Cela signifie que vous avez d\u00e9j\u00e0 surmont\u00e9 les nombreuses pressions qui ont mis \u00e0 mal le journalisme partout dans le monde, de la chute des revenus \u00e0 l\u2019interm\u00e9diation technologique en passant par les attaques croissantes contre la libert\u00e9 de la presse. <\/p>\n\n\n\n
Mais face \u00e0 l\u2019IA, nous devons faire plus. Notre profession s\u2019est montr\u00e9e trop silencieuse, trop passive et trop fragment\u00e9e face aux abus commis par les entreprises qui m\u00e8nent aujourd\u2019hui la r\u00e9volution de l\u2019IA.<\/p>\n\n\n\n
Nous ne pouvons pas les laisser dominer le d\u00e9bat public sans intervenir pour d\u00e9fendre l\u2019importance d\u2019assurer un avenir durable au vrai journalisme. Nous ne pouvons pas rester les bras crois\u00e9s tandis que les entreprises d\u2019IA tentent de d\u00e9manteler d\u00e9finitivement les droits qui nous permettent de contr\u00f4ler le travail que nous cr\u00e9ons. Nous ne pouvons pas rester passifs alors que ce travail est utilis\u00e9 pour cr\u00e9er des produits de substitution qui sapent notre capacit\u00e9 \u00e0 gagner l\u2019audience et les revenus n\u00e9cessaires pour continuer \u00e0 couvrir l\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n
Certains leaders du secteur technologique diront que mes propos d\u2019aujourd\u2019hui sont \u00ab anti-IA \u00bb. Que je d\u00e9fends le statu quo<\/em> au nom d\u2019une \u00e9ni\u00e8me institution scl\u00e9ros\u00e9e s\u2019en prenant aux innovateurs qui font avancer le progr\u00e8s. Et pour \u00eatre tout \u00e0 fait juste envers nos coll\u00e8gues de la Silicon Valley, il est vrai qu\u2019il existe une tendance historique dans notre profession \u2014 je parle pour un journal vieux de 175 ans \u2014 de se plaindre des nouvelles technologies et des perturbateurs qui les sous-tendent.<\/p>\n\n\n\n Disons-le donc clairement : l\u2019organisme de presse que je dirige, le New York Times<\/em>, a depuis longtemps pour habitude d\u2019adopter la technologie afin de faire avancer la mission du journalisme ind\u00e9pendant. Nous avons toujours entretenu des partenariats respectueux avec des entreprises technologiques afin de proposer notre travail \u00e0 de nouveaux lecteurs par des moyens innovants. C\u2019est en abordant les bouleversements avec curiosit\u00e9, ouverture d\u2019esprit et adaptabilit\u00e9 que nous avons pu surmonter le d\u00e9clin de notre activit\u00e9 papier et en sortir plus forts. Aujourd\u2019hui, mes coll\u00e8gues utilisent l\u2019IA de mani\u00e8re responsable, \u00e9thique et en laissant les humains prendre les d\u00e9cisions pour am\u00e9liorer la fa\u00e7on dont nous couvrons l\u2019actualit\u00e9, \u00e9ditons, diffusons et mon\u00e9tisons notre journalisme.<\/p>\n\n\n\n Se tenir \u00e0 distance d\u2019une nouvelle technologie puissante est la recette de l\u2019\u00e9chec.<\/p>\n\n\n\n Je suis pleinement convaincu que l\u2019IA a le pouvoir de faire beaucoup de bien dans le monde. <\/p>\n\n\n\n Je ne qualifie ni l\u2019IA ni les g\u00e9ants technologiques qui contr\u00f4lent cette technologie d\u2019intrins\u00e8quement mauvais ou malfaisants. <\/p>\n\n\n\n Mais je mets en garde contre le fait que les entreprises d\u2019IA font des choix qui enfreignent le droit \u00e9tabli, menacent la viabilit\u00e9 du travail cr\u00e9atif et me semblent susceptibles de causer beaucoup de tort inutile.<\/p>\n\n\n\n Les organes de presse devraient vouloir profiter des bienfaits que l\u2019IA peut porter. Mais les entreprises technologiques devraient \u00e9galement vouloir soutenir le flux sain et durable d\u2019informations, d\u2019id\u00e9es et de cr\u00e9ativit\u00e9 qui alimente l\u2019IA afin de garantir que leurs actions ne nous m\u00e8nent pas \u00e0 une trag\u00e9die des biens communs civiques.<\/p>\n\n\n\n Les mod\u00e8les d\u2019IA sont constitu\u00e9s de quatre ingr\u00e9dients de base.<\/p>\n\n\n\n Le premier est le talent, c\u2019est-\u00e0-dire les personnes qui con\u00e7oivent les algorithmes. Le deuxi\u00e8me est ce que les entreprises technologiques appellent la \u00ab puissance de calcul \u00bb. Il s\u2019agit de l\u2019infrastructure qui sous-tend l\u2019IA, comme les puces et les centres de donn\u00e9es. Le troisi\u00e8me est l\u2019\u00e9nergie, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 n\u00e9cessaire pour alimenter ces produits gourmands en \u00e9nergie. Le quatri\u00e8me est ce que les entreprises technologiques appellent les \u00ab donn\u00e9es \u00bb. Le mot lui-m\u00eame semble presque con\u00e7u pour faire passer le travail cr\u00e9atif et expressif pour quelque chose de trivial, une marchandise omnipr\u00e9sente. Pourtant, derri\u00e8re le terme \u00ab donn\u00e9es \u00bb, on parle souvent dans les faits de livres, de films, de musique et d\u2019articles de journalisme. C\u2019est-\u00e0-dire de ce qu\u2019il serait plus juste d\u2019appeler : \u00ab contenu prot\u00e9g\u00e9 par le droit d\u2019auteur \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Le talent, la puissance de calcul, l\u2019\u00e9nergie et les donn\u00e9es sont des \u00e9l\u00e9ments essentiels au succ\u00e8s de l\u2019IA et, par cons\u00e9quent, au succ\u00e8s des g\u00e9ants de la tech.<\/p>\n\n\n\n Les trois premiers sont r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s, bien s\u00fbr. Aucun PDG du secteur technologique n\u2019oserait sugg\u00e9rer de forcer les ing\u00e9nieurs les plus talentueux \u00e0 travailler gratuitement. Au contraire, ils leur proposent r\u00e9guli\u00e8rement des r\u00e9mun\u00e9rations s\u2019\u00e9levant \u00e0 des dizaines, voire des centaines de millions de dollars. Ils n\u2019envisageraient pas non plus de voler des puces dans une usine Nvidia ou de se brancher ill\u00e9galement sur une ligne \u00e9lectrique. Les investisseurs consid\u00e8rent que les retomb\u00e9es financi\u00e8res potentielles de l\u2019IA sont si importantes qu\u2019ils acceptent des pertes vertigineuses, se chiffrant en centaines de milliards de dollars, pour construire des centres de donn\u00e9es et des centrales \u00e9lectriques.<\/p>\n\n\n\n En revanche, les entreprises d\u2019IA s\u2019approprient des \u00ab donn\u00e9es \u00bb sans consentement ni compensation. <\/p>\n\n\n\n Leurs justifications de ce vol changent sans cesse. Elles affirment que l\u2019innovation l\u2019exige. Elles insistent sur le fait qu\u2019elles ne font que s\u2019approprier des faits, dont personne ne peut \u00eatre propri\u00e9taire. Elles se plaignent que les n\u00e9gociations prennent trop de temps et co\u00fbtent trop cher. Elles pr\u00e9tendent que la doctrine de l\u2019\u00ab usage loyal \u00bb leur permet de toute fa\u00e7on d\u2019utiliser ce contenu gratuitement. Parfois, elles invoquent m\u00eame la s\u00e9curit\u00e9 nationale : elles pr\u00e9viennent que si les entreprises d\u2019IA sont contraintes de payer, les \u00c9tats-Unis perdront la course technologique face \u00e0 la Chine.<\/p>\n\n\n\n Aucun de ces arguments ne r\u00e9siste \u00e0 un examen minutieux.<\/p>\n\n\n\n Un chatbot ne peut cracher des \u00ab faits \u00bb que parce qu\u2019il a ill\u00e9galement copi\u00e9 des articles de presse entiers, ce qui lui permet \u00e9galement d\u2019emprunter aussi librement que possible \u00e0 un langage et \u00e0 un style prot\u00e9g\u00e9s. Construire des centres de donn\u00e9es et des centrales \u00e9lectriques co\u00fbte bien plus cher et prend bien plus de temps que d\u2019engager des avocats pour r\u00e9diger des accords de licence avec les organes de presse. L\u2019usage loyal n\u2019autorise pas ce type de copie, de conservation et de r\u00e9gurgitation nuisibles et substitutives d\u2019une seule \u0153uvre, sans m\u00eame parler de tout ce que l\u2019humanit\u00e9 a jamais produit. Dans sa concurrence avec la Chine, les \u00c9tats-Unis s\u2019affaiblissent en abandonnant les protections de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle qui alimentent l\u2019innovation et les entreprises cr\u00e9atives am\u00e9ricaines.<\/p>\n\n\n\n La valeur combin\u00e9e des six principales entreprises d\u2019IA s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 11 000 milliards de dollars. C\u2019est trois fois le PIB de la France.<\/p>\n\n\n\n Les investissements priv\u00e9s dans l\u2019IA aux \u00c9tats-Unis ont atteint pr\u00e8s de 350 milliards de dollars en 2025 et s\u2019acc\u00e9l\u00e8rent en 2026.<\/p>\n\n\n\n Dit autrement, le vol de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle n\u2019est pas d\u00fb \u00e0 un manque d\u2019argent pour la payer. Bien que les accords de licence conclus avec les \u00e9diteurs ne soient pas publics compte tenu de la faible valeur des transactions rapport\u00e9es, il semble que moins de 0,5 % de cet investissement serve \u00e0 r\u00e9mun\u00e9rer les personnes et les entreprises qui cr\u00e9ent les donn\u00e9es alimentant l\u2019IA.<\/p>\n\n\n\n Bien qu\u2019il existe de nombreuses sources de donn\u00e9es, les dirigeants du secteur de l\u2019IA ont eux-m\u00eames reconnu que les contenus originaux et de haute qualit\u00e9 sont particuli\u00e8rement pr\u00e9cieux pour l\u2019efficacit\u00e9 et la fiabilit\u00e9 de la technologie. Cinq des dix principaux sites utilis\u00e9s pour entra\u00eener certains des mod\u00e8les linguistiques de grande envergure les plus populaires appartiennent \u00e0 des \u00e9diteurs de presse. OpenAI a admis qu\u2019il serait \u00ab impossible d\u2019entra\u00eener les principaux mod\u00e8les d\u2019IA actuels sans utiliser de contenus prot\u00e9g\u00e9s par le droit d\u2019auteur \u00bb. L’un des ing\u00e9nieurs de l’entreprise a \u00e9crit que le succ\u00e8s des mod\u00e8les \u00ab ne d\u00e9pend pas de l’architecture, des hyperparam\u00e8tres ou des choix d’optimisation. Il d\u00e9pend de votre ensemble de donn\u00e9es, et de rien d’autre \u00bb. En d’autres termes, on est ce qu’on mange.<\/p>\n\n\n\n Prenons le cas concret du New York Times<\/em> pour regarder comment cela fonctionne.<\/p>\n\n\n\n Si vous souhaitez obtenir des r\u00e9ponses compl\u00e8tes et pr\u00e9cises de votre chatbot IA, il est difficile d\u2019imaginer une meilleure source de donn\u00e9es qu\u2019un organe de presse qui, depuis 175 ans, emploie des journalistes professionnels exp\u00e9riment\u00e9s et bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s pour trouver de nouvelles informations, relater les \u00e9v\u00e9nements au fur et \u00e0 mesure qu\u2019ils se d\u00e9roulent et analyser l\u2019actualit\u00e9 dans les domaines de la politique, des affaires, de la culture, du sport, de la science et des relations internationales. Ce travail est pr\u00e9cieux pour les entreprises technologiques en grande partie parce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 soigneusement r\u00e9dig\u00e9 et \u00e9dit\u00e9, v\u00e9rifi\u00e9 de mani\u00e8re ind\u00e9pendante, soumis aux normes les plus \u00e9lev\u00e9es en mati\u00e8re d\u2019impartialit\u00e9 et d\u2019exactitude, et pr\u00e9sent\u00e9 de mani\u00e8re singuli\u00e8re et captivante.<\/p>\n\n\n\n Rien que l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, le New York Times<\/em> a publi\u00e9 pr\u00e8s d\u2019un demi-million de ces contenus, allant d\u2019articles \u00e0 des photos, en passant par des vid\u00e9os et des podcasts, pour un co\u00fbt de plus de 2 milliards de dollars.<\/p>\n\n\n\n Nous avons d\u00e9ploy\u00e9 des journalistes sur le terrain dans les 50 \u00c9tats am\u00e9ricains et dans 155 pays, et ces journalistes sont r\u00e9guli\u00e8rement confront\u00e9s \u00e0 des dangers mettant leur vie en p\u00e9ril. En Ukraine, nous avions plus de 70 journalistes et personnels de soutien sur le terrain. Tout cela rien qu’en 2025. \u00c9tendez ces contributions sur 175 ans et 20 millions d’\u0153uvres originales, et vous obtiendrez une image plus compl\u00e8te de ce que notre r\u00e9daction a apport\u00e9 \u00e0 la compr\u00e9hension du monde par le public.<\/p>\n\n\n\n La valeur du journalisme du Times<\/em>, comme celle d’autres sources de journalisme de qualit\u00e9, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9affirm\u00e9e \u00e0 maintes reprises par l’engouement que lui portent les entreprises d’IA. <\/p>\n\n\n\n Bien que la plupart des entreprises d\u2019IA dissimulent leurs sources d\u2019entra\u00eenement, le journal a \u00e9t\u00e9 la plus grande source de donn\u00e9es propri\u00e9taires dans un ensemble de donn\u00e9es majeur utilis\u00e9 pour entra\u00eener de nombreux mod\u00e8les diff\u00e9rents, suivi par un certain nombre d\u2019autres organes de presse, comme The Guardian<\/em> et le Los Angeles Times<\/em>. Les entreprises d\u2019IA consid\u00e8rent que le fait de puiser des informations aupr\u00e8s d\u2019organes de presse de qualit\u00e9 est l\u2019un des signes les plus s\u00fbrs que leurs produits fonctionnent correctement. Comme l\u2019a d\u00e9clar\u00e9 un vice-pr\u00e9sident de Microsoft, \u00ab un contenu de qualit\u00e9 am\u00e9liore significativement la qualit\u00e9 des r\u00e9ponses \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Pourtant, les g\u00e9ants de la tech ont toujours soutenu qu\u2019on ne devait pas s\u2019attendre \u00e0 ce qu\u2019ils demandent la permission d\u2019utiliser et encore moins de payer pour ce type de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle. Leur argument, comme le montrent leurs actions, a toujours \u00e9t\u00e9 qu\u2019ils y ont droit. Meta a entra\u00een\u00e9 son mod\u00e8le sur une base de donn\u00e9es tristement c\u00e9l\u00e8bre de livres pirat\u00e9s ill\u00e9galement. Perplexity a ouvertement d\u00e9fi\u00e9 la norme \u00e9tablie de longue date selon laquelle les sites web ne peuvent pas \u00eatre scrut\u00e9s subrepticement au m\u00e9pris de leurs objections explicites. OpenAI a fait pression sur le gouvernement am\u00e9ricain pour obtenir une immunit\u00e9 juridique contre la saisie des travaux d\u2019autrui. M\u00eame Anthropic, souvent cit\u00e9e en exemple pour son engagement en faveur d\u2019un d\u00e9veloppement \u00e9thique de l\u2019IA, s\u2019est montr\u00e9e r\u00e9ticente \u00e0 payer pour le journalisme de haute qualit\u00e9 qu\u2019elle utilise dans ses produits.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est en raison d\u2019actions comme celles-ci que le New York Times<\/em> a poursuivi en justice OpenAI, son partenaire Microsoft, puis Perplexity, pour violations flagrantes de nos droits de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle prot\u00e9g\u00e9s par la loi am\u00e9ricaine sur le droit d\u2019auteur, tant dans l\u2019entra\u00eenement de leurs mod\u00e8les que dans l\u2019utilisation continue de notre travail dans leurs produits. \u00c0 l\u2019instar d\u2019autres organes de presse ayant intent\u00e9 des poursuites similaires, nous estimons que ces violations menacent la capacit\u00e9 \u00e0 long terme des organes de presse \u00e0 continuer de produire un journalisme original et fiable dont d\u00e9pend le public et, de fait, les mod\u00e8les d\u2019IA eux-m\u00eames. <\/p>\n\n\n\n Mais les proc\u00e9dures judiciaires sont longues et co\u00fbteuses : la n\u00f4tre dure d\u00e9j\u00e0 depuis deux ans et demi et a co\u00fbt\u00e9 plus de 20 millions de dollars. Comme les entreprises d\u2019IA le savent sans doute, la plupart des organes de presse n\u2019ont pas les ressources n\u00e9cessaires pour aller en justice afin de faire valoir leurs droits.<\/p>\n\n\n\n M\u00eame avant l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019IA, le secteur mondial de l\u2019information luttait pour survivre aux vagues de changement d\u00e9clench\u00e9es par Internet, les smartphones et les r\u00e9seaux sociaux.<\/p>\n\n\n\n Au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, les \u00c9tats-Unis ont, selon certaines estimations, perdu 75 % de leurs journalistes et plus de 3 000 journaux. Un journal ferme ses portes tous les trois jours. Les m\u00e9dias d\u2019information num\u00e9riques n\u2019ont pas combl\u00e9 ne serait-ce qu\u2019une fraction de ce vide. De vastes r\u00e9gions des \u00c9tats-Unis n\u2019ont d\u00e9sormais plus un seul journaliste pour poser des questions \u00e0 la mairie, couvrir les \u00e9coles locales et relier leur communaut\u00e9 \u00e0 une base factuelle commune. Et quand on examine les formes de journalisme les plus co\u00fbteuses et les plus exigeantes comme enqu\u00eater sur des malversations ou se rendre sur les lignes de front des guerres, on constate que le nombre de journalistes effectuant ce travail a chut\u00e9 de mani\u00e8re encore plus spectaculaire.<\/p>\n\n\n\n Mais la disruption li\u00e9e \u00e0 l\u2019IA s\u2019annonce plus d\u00e9vastatrice encore.<\/p>\n\n\n\n Avant l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019IA, il existait un v\u00e9ritable \u00e9change de valeur entre les plateformes technologiques et les cr\u00e9ateurs de contenu num\u00e9rique comme les organes de presse, m\u00eame s\u2019il \u00e9tait tr\u00e8s d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9. C\u2019\u00e9tait le pacte de ce qu\u2019on a appel\u00e9 le \u00ab web ouvert \u00bb. Les entreprises technologiques \u2014 des moteurs de recherche aux r\u00e9seaux sociaux \u2014 s\u2019appropriaient une part croissante des recettes publicitaires qui allaient auparavant aux organes de presse mais offraient en contrepartie une audience bien plus large.<\/p>\n\n\n\n Le probl\u00e8me, c\u2019est que dans la prochaine phase de cette disruption, en s\u2019appropriant le journalisme lui-m\u00eame, les entreprises technologiques s\u2019approprient \u00e9galement une part croissante de son audience.<\/p>\n\n\n\n Prenons l\u2019exemple de Google. <\/p>\n\n\n\n L\u2019objectif des moteurs de recherche a longtemps \u00e9t\u00e9 d\u2019identifier les sites les plus utiles, puis d\u2019y diriger les utilisateurs. Les gens se rendaient sur Google, effectuaient une recherche sur un sujet, puis cliquaient sur un lien vers des sites comme le Financial Times<\/em>, Le Monde<\/em> ou El Pa\u00eds<\/em> pour lire l\u2019article. Google captait la grande majorit\u00e9 des recettes publicitaires mais il redirigeait \u00e9galement un trafic important vers les organes de presse via<\/em> des liens, permettant ainsi aux \u00e9diteurs de g\u00e9n\u00e9rer des revenus en diffusant des publicit\u00e9s ou en vendant des abonnements.<\/p>\n\n\n\n Or \u00e0 l\u2019\u00e8re de l\u2019IA, Google utilise de plus en plus le contenu des organes de presse et d\u2019autres sites web pour r\u00e9pondre directement aux questions. En cons\u00e9quence, selon des \u00e9tudes du secteur, il est 10 fois plus difficile aujourd\u2019hui qu\u2019il y a dix ans d\u2019amener un utilisateur de Google \u00e0 cliquer sur un lien.<\/p>\n\n\n\n Pourtant, Google reste la r\u00e9f\u00e9rence en mati\u00e8re d\u2019envoi de lecteurs vers les \u00e9diteurs, et nous ne pouvons qu\u2019esp\u00e9rer que cet engagement se poursuivra. Selon une \u00e9tude, les mod\u00e8les d\u2019IA concurrents g\u00e9n\u00e8rent un trafic de r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un taux inf\u00e9rieur de 96 % \u00e0 celui de la recherche Google.<\/p>\n\n\n\n Les g\u00e9ants de la tech sont pleinement conscients des implications de cette \u00e9volution sur les mod\u00e8les \u00e9conomiques d\u00e9j\u00e0 fragiles des organes de presse. Comme l\u2019a \u00e9crit le responsable de la mon\u00e9tisation de l\u2019IA chez Microsoft : \u00ab Le web ouvert s\u2019est construit sur un \u00e9change de valeur implicite o\u00f9 les \u00e9diteurs rendaient le contenu accessible, et o\u00f9 les canaux de distribution aidaient les gens \u00e0 le trouver. Ce mod\u00e8le ne se transpose pas sans heurts dans un monde o\u00f9 l\u2019IA prime. \u00bb Il ajoutait : \u00ab Les \u00e9diteurs ont besoin de moyens durables et transparents pour r\u00e9gir l\u2019utilisation de leur contenu premium. \u00bb C\u2019est une r\u00e9flexion louable. Mais jetez un \u0153il \u00e0 la page d\u2019accueil r\u00e9cente du moteur de recherche aliment\u00e9 par l\u2019IA de Microsoft et vous aurez un tout autre son de cloche : \u00ab Bonjour, ici Bing, au lieu de cliquer sur des liens, nous pouvons discuter de tout ce qui vous int\u00e9resse. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Cette dynamique a, bien s\u00fbr, entra\u00een\u00e9 une chute vertigineuse du trafic vers les sites d\u2019information. Les plus grands journaux suivis par Comscore ont enregistr\u00e9 des baisses de plus de 45 % en moyenne, alors que la course \u00e0 l\u2019IA s\u2019intensifiait au cours des quatre derni\u00e8res ann\u00e9es. Les \u00e9diteurs d\u2019information mondiaux interrog\u00e9s par le Reuters Institute se pr\u00e9parent \u00e0 ce que les baisses significatives de trafic se poursuivent dans les ann\u00e9es \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n Une baisse du trafic vers les \u00e9diteurs signifie tr\u00e8s probablement une perte d\u2019opportunit\u00e9s publicitaires, qui restent une source de revenus importante pour la plupart des organes de presse. Au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, le montant total des recettes publicitaires des journaux a d\u00e9j\u00e0 chut\u00e9 de 80 %. <\/p>\n\n\n\n \u00c0 elle seule, l\u2019entreprise Meta g\u00e9n\u00e8re d\u00e9sormais huit fois plus de revenus publicitaires que tous les journaux de la plan\u00e8te r\u00e9unis.<\/p>\n\n\n\n Pour compenser la baisse des recettes publicitaires, de nombreux organes de presse se sont tourn\u00e9s vers des mod\u00e8les d\u2019abonnement. Mais dans la mesure o\u00f9 les gens se rendent compte qu\u2019ils peuvent acc\u00e9der gratuitement \u00e0 des contenus vol\u00e9s via<\/em> des produits d\u2019IA, il sera difficile pour les organes de presse de d\u00e9velopper et d\u2019approfondir leurs relations avec des abonn\u00e9s potentiels. <\/p>\n\n\n\n Mais cela va plus loin. Pour pr\u00e9senter les choses de mani\u00e8re un peu imag\u00e9e, ce n\u2019est pas parce que les \u00e9diteurs laissent leurs jouets tra\u00eener sur la pelouse qu\u2019ils se les font voler ; ce vol se produit alors m\u00eame qu\u2019ils sont enferm\u00e9s en s\u00e9curit\u00e9 dans la maison. Une \u00e9tude a ainsi r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu\u2019environ 30 % des scrapings<\/em> effectu\u00e9s par des bots d\u2019IA enfreignent les restrictions explicites concernant l\u2019acc\u00e8s et l\u2019utilisation du contenu des sites web, y compris le contenu prot\u00e9g\u00e9 par des paywalls<\/em>.<\/p>\n\n\n\n La source de revenus sur laquelle certains comptent pour compenser ces baisses provient des entreprises d\u2019IA elles-m\u00eames, par le biais de licences de contenu ou de micropaiements. Un certain nombre de grands organes de presse, dont le New York Times<\/em>, ont sign\u00e9 des accords de licence. D’autres ont adopt\u00e9 les micropaiements vers\u00e9s par les entreprises d’IA pour chaque extraction et utilisation individuelle de contenu journalistique. Mais il y a des raisons s\u00e9rieuses de se demander si l’une ou l’autre de ces solutions suffira \u00e0 compenser les pertes de revenus et de lecteurs caus\u00e9es par les produits d’IA concurrents. Parall\u00e8lement, de nombreux organes de presse plus modestes, dont le travail a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 et utilis\u00e9 par des mod\u00e8les d’IA, n’ont re\u00e7u aucune compensation de ce type, et la grande majorit\u00e9 des \u00e9diteurs de presse affirment ne pas s’attendre \u00e0 des revenus significatifs provenant des plateformes d’IA.<\/p>\n\n\n\n Il est inqui\u00e9tant de constater qu\u2019alors m\u00eame que ces entreprises technologiques ont tent\u00e9 de faire conna\u00eetre des accords et d\u2019autres actions indiquant qu\u2019elles accordent de l\u2019importance au journalisme, elles ont simultan\u00e9ment fait valoir devant les tribunaux, aupr\u00e8s des l\u00e9gislateurs et des agences f\u00e9d\u00e9rales qu\u2019elles n\u2019avaient aucune obligation envers les cr\u00e9ateurs de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle qu\u2019elles utilisent pour alimenter leurs produits.<\/p>\n\n\n\n Soyons clairs : je ne soul\u00e8ve pas ces pr\u00e9occupations parce que les organes de presse devraient craindre la concurrence. Si les entreprises technologiques consacraient de r\u00e9elles ressources \u00e0 l\u2019envoi de leurs propres reporters sur le terrain pour produire du journalisme original, je m\u2019en r\u00e9jouirais. Mais ce n\u2019est pas ce qui se passe. Les plateformes technologiques n\u2019ont jamais s\u00e9rieusement tent\u00e9 de cr\u00e9er le travail original et sous-jacent \u2014 comme le reportage local, le journalisme d\u2019investigation ou les tests rigoureux de produits \u2014 dont d\u00e9pendent leurs utilisateurs, leurs plateformes et leurs produits d\u2019IA. Or aujourd\u2019hui, elles vont encore plus loin, se contentant de reprendre les reportages et la couverture m\u00e9diatique d\u2019autrui, allant souvent jusqu\u2019\u00e0 les pr\u00e9senter comme les leurs. Une \u00e9tude a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu\u2019OpenAI ne cr\u00e9dite les organes de presse \u00e0 l\u2019origine des informations qu\u2019elle cite que dans 1 % des cas.<\/p>\n\n\n\n Les leaders des pr\u00e9c\u00e9dentes r\u00e9volutions technologiques avaient au moins tent\u00e9 de faire valoir que leurs plateformes seraient en symbiose avec les cr\u00e9ateurs. <\/p>\n\n\n\n Spotify, qui a pourtant ses d\u00e9tracteurs dans l\u2019industrie musicale, met en avant les paiements qu\u2019elle verse aux artistes musicaux. Les entreprises d\u2019IA, en revanche, ont adopt\u00e9 une posture plus ouvertement parasitaire, qui s\u2019apparente davantage \u00e0 celle de Napster, l\u2019ancienne plateforme de musique pirat\u00e9e. Selon un chercheur de haut niveau chez Microsoft, l\u2019une des \u00ab promesses fondamentales des LLM \u00bb est leur capacit\u00e9 \u00e0 utiliser \u00ab leurs donn\u00e9es d\u2019entra\u00eenement pour se substituer au travail r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 de ceux qui ont cr\u00e9\u00e9 ces donn\u00e9es \u00bb. De mani\u00e8re plus \u00e9vocatrice, l\u2019auteure de science-fiction Margaret Atwood a compar\u00e9 cette dynamique \u00e0 \u00eatre \u00ab assassin\u00e9e par son propre double \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Il y a fort \u00e0 parier que de telles actions de la part des g\u00e9ants de la tech alimenteront des tendances destructrices qui mettent d\u00e9j\u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 rude \u00e9preuve. <\/p>\n\n\n\n Un d\u00e9clin continu du journalisme d\u2019investigation. Une recrudescence continue de la d\u00e9sinformation, de la propagande, des th\u00e9ories du complot, des deepfakes et des contenus m\u00e9diocres g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par ordinateur. Un public qui continue d\u2019\u00eatre radicalis\u00e9 par des algorithmes amplifiant la peur, la col\u00e8re et la division.<\/p>\n\n\n\n Ce sont les journalistes qui enrichissent les archives publiques d\u2019informations jusque-l\u00e0 inconnues : ce fait surprenant, ce d\u00e9tail r\u00e9v\u00e9lateur, cette citation d\u2019un t\u00e9moin oculaire, ce document secret, cette analyse d\u2019expert, cette photo, cette vid\u00e9o, cet enregistrement audio. Pour le dire simplement, c\u2019est tr\u00e8s souvent gr\u00e2ce au journalisme d\u2019investigation que vous savez ce que vous savez. Les produits d\u2019IA ne peuvent \u00e9videmment pas mener ce type de journalisme d\u2019investigation. Ils exploitent les archives publiques, mais peinent \u00e0 y apporter quoi que ce soit de nouveau.<\/p>\n\n\n\n Du reste, m\u00eame l\u2019exploration des archives s\u2019est av\u00e9r\u00e9e probl\u00e9matique. <\/p>\n\n\n\n Une \u00e9tude de l\u2019Union europ\u00e9enne de radio-t\u00e9l\u00e9vision a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les principaux assistants IA d\u00e9formaient consid\u00e9rablement l\u2019actualit\u00e9 dans pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des r\u00e9ponses. Google et Apple, par exemple, ont tous deux commis des erreurs significatives en utilisant des outils d\u2019IA pour r\u00e9\u00e9crire les titres et les alertes des organes de presse qui apparaissent dans leurs produits. Comme l\u2019IA a tendance \u00e0 mal exprimer l\u2019incertitude, elle se trompe souvent non seulement sur le fond mais aussi avec une certitude trompeuse. Et contrairement aux organes de presse dont elles s’inspirent, les entreprises d’IA ne suivent pas ni ne corrigent ces erreurs, laissant leurs utilisateurs sans aucun moyen de savoir quand ils ont \u00e9t\u00e9 induits en erreur.<\/p>\n\n\n\n Cela importe en partie parce que les produits d’IA sont susceptibles non seulement de compl\u00e9ter, mais aussi de remplacer les relations directes avec les organes de presse pour de nombreuses personnes. Des enqu\u00eates sugg\u00e8rent que cette transition se produit bien plus rapidement que la plupart des gens ne l’imaginent. Amazon Web Services, qui travaille avec de nombreuses entreprises d\u2019IA, estime que la majorit\u00e9 du contenu en ligne est d\u00e9j\u00e0 g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par l\u2019IA \u2014 un chiffre que certains experts pr\u00e9voient de voir atteindre plus de 90 % dans les ann\u00e9es \u00e0 venir. D\u00e9j\u00e0, le nombre de sites d\u2019actualit\u00e9s locales qui sont faux serait sup\u00e9rieur \u00e0 celui des sites authentiques, car l\u2019IA rend la survie des sites authentiques plus difficile et facilite la cr\u00e9ation \u00e0 moindre co\u00fbt de sites factices.<\/p>\n\n\n\n Il est r\u00e9v\u00e9lateur que les entreprises d\u2019IA ne souhaitent pas affirmer que les r\u00e9sultats de leurs produits sont fiables. Si elles ne veulent pas dire qu\u2019ils sont justes, ni qu\u2019ils sont exacts, c’est en partie parce que ce n’est pas le cas. Lorsque l’activiste am\u00e9ricain Charlie Kirk a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 l’ann\u00e9e derni\u00e8re, par exemple, le bot de Perplexity a sugg\u00e9r\u00e9 que la d\u00e9claration de la Maison-Blanche sur la mort de Kirk \u00e9tait fabriqu\u00e9e de toutes pi\u00e8ces et Grok a insist\u00e9 sur le fait qu’il \u00e9tait bien vivant. Mais de mani\u00e8re tout aussi importante, les entreprises d’IA refusent de se porter garantes de ce que leurs chatbots<\/em> disent aux utilisateurs afin d’\u00e9chapper \u00e0 toute responsabilit\u00e9 juridique. Microsoft a averti lors du lancement de Copilot : \u00ab \u00c0 des fins de divertissement uniquement. Il peut commettre des erreurs et ne pas fonctionner comme pr\u00e9vu. Ne vous fiez pas \u00e0 Copilot pour des conseils importants. Utilisez Copilot \u00e0 vos risques et p\u00e9rils. \u00bb<\/p>\n\n\n\n D’une certaine mani\u00e8re, le public a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 comprendre que cela ne peut pas \u00eatre bon pour lui. <\/p>\n\n\n\n Selon le Pew Research Center, deux tiers des Am\u00e9ricains se disent tr\u00e8s pr\u00e9occup\u00e9s par la diffusion d’informations inexactes par l’IA. Mais un pourcentage croissant de personnes s\u2019appuie n\u00e9anmoins sur l\u2019IA pour s\u2019informer, obtenir des renseignements et des conseils, et certaines la consid\u00e8rent m\u00eame comme plus fiable que les organes de presse dont elle d\u00e9pend pour ses r\u00e9ponses.<\/p>\n\n\n\n