{"id":335139,"date":"2026-05-22T15:30:00","date_gmt":"2026-05-22T13:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=335139"},"modified":"2026-05-23T10:06:42","modified_gmt":"2026-05-23T08:06:42","slug":"mexique-connecteur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/05\/22\/mexique-connecteur\/","title":{"rendered":"Le pari du Mexique dans la guerre de la mondialisation"},"content":{"rendered":"\n

Le Mexique entretient une relation complexe au commerce. Longtemps ferm\u00e9 sous le r\u00e8gne du Parti r\u00e9volutionnaire institutionnel (PRI), le pays a v\u00e9cu son ouverture \u00e9conomique \u2014 d’abord avec la cr\u00e9ation de l’ALENA, puis avec l’adh\u00e9sion de la Chine \u00e0 l’OMC \u2014 comme une s\u00e9rie de chocs entra\u00eenant la suppression de nombreux emplois.<\/p>\n\n\n\n

Paradoxalement, c’est l’arriv\u00e9e au pouvoir de Donald Trump en 2017 qui a chang\u00e9 la donne. La guerre commerciale qu’il a d\u00e9clench\u00e9e contre la Chine, poursuivie par Joe Biden puis intensifi\u00e9e \u00e0 partir d’avril 2025, a, on le sait, largement d\u00e9courag\u00e9 les \u00e9changes directs entre Washington et P\u00e9kin. Dans ce contexte, la proximit\u00e9 g\u00e9ographique et \u00e9conomique du Mexique avec les \u00c9tats-Unis, longtemps per\u00e7ue comme une vuln\u00e9rabilit\u00e9, est devenue un avantage.<\/p>\n\n\n\n

Mais aligner sa politique commerciale sur les exigences de l’administration Trump \u2014 notamment en taxant les importations chinoises \u2014 expose Mexico \u00e0 des perturbations de ses flux d’\u00e9changes. Pour le pays de Sheinbaum, la concentration des relations commerciales sur un seul partenaire aux orientations politiques impr\u00e9visibles, constitue un risque structurel qui pose \u00e0 son pays une question de fond : comment jouer de son statut de pays \u00ab connecteur \u00bb sans devenir captif d’un seul march\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n

Ce qu\u2019il en a co\u00fbt\u00e9 au Mexique de devenir l’\u00e9conomie la plus ouverte au monde<\/h1>\n\n\n\n

Depuis le d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, le Mexique \u00e9tait, pour l\u2019essentiel, une \u00e9conomie ferm\u00e9e. C\u2019est l\u2019effondrement de son syst\u00e8me financier, en 1988, qui deviendra le principal catalyseur de changement. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, la lib\u00e9ralisation financi\u00e8re et commerciale appara\u00eet comme un rem\u00e8de id\u00e9al et fera de fait du Mexique l\u2019une des \u00e9conomies les plus ouvertes de la plan\u00e8te avec, \u00e0 ce jour, des accords de libre-\u00e9change conclus avec cinquante \u00c9tats, soit plus que pratiquement n\u2019importe quel autre pays au monde.<\/p>\n\n\n\n

Cette lib\u00e9ralisation s\u2019est aussi av\u00e9r\u00e9e extr\u00eamement co\u00fbteuse. L’industrie locale n\u2019a pas su rivaliser sur le march\u00e9 libre ; les travailleurs ruraux, appauvris, ont perdu leurs terres au profit des grands propri\u00e9taires institutionnels, incapables de faire face \u00e0 l’agro-industrie am\u00e9ricaine subventionn\u00e9e. Face \u00e0 ces difficult\u00e9s, les dirigeants du pays et la communaut\u00e9 internationale lib\u00e9rale ont opt\u00e9 pour la politique de l’autruche. Outre le fait qu\u2019elle constituait une opportunit\u00e9 lucrative pour la nouvelle classe industrielle mexicaine et les multinationales mondiales, la doctrine lib\u00e9rale de la fin du XXe et du d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle consistait \u00e0 affirmer qu\u2019elle \u00e9tait objectivement le meilleur et le seul moyen d\u2019atteindre la prosp\u00e9rit\u00e9 nationale.<\/p>\n\n\n\n

Les mouvements de r\u00e9sistance qui ont vu le jour en r\u00e9action \u00e0 cette politique ont \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9s d’anachronismes et musel\u00e9s dans la violence. Les Zapatistes, une alliance de communaut\u00e9s autochtones pauvres vivant dans le sud du Mexique, se sont soulev\u00e9s les armes \u00e0 la main le 1er janvier 1994, soit le jour m\u00eame o\u00f9 l’Accord de libre-\u00e9change nord-am\u00e9ricain (ALENA), sign\u00e9 avec les \u00c9tats-Unis et le Canada, entrait en vigueur. Afin de justifier la violence des r\u00e9pressions qui les frapp\u00e8rent, on avan\u00e7ait que le Mexique allait enfin acc\u00e9der \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 cette int\u00e9gration nouvelle et plus \u00e9troite \u00e0 l’Am\u00e9rique du Nord.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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\u00ab La Chine entretient des relations cordiales avec le Mexique. La pr\u00e9sidente Claudia Sheinbaum a affirm\u00e9 son intention de rendre visite \u00e0 Xi Jinping au cours de l\u2019ann\u00e9e 2026 pour ce qui sera l\u2019un de ses rares d\u00e9placements \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. \u00bb<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Des d\u00e9cennies plus tard, malgr\u00e9 une forte augmentation de la production industrielle et des exportations, la plupart des Mexicains sont rest\u00e9s pauvres. Les salaires r\u00e9els ont baiss\u00e9, s’\u00e9loignant plut\u00f4t que se rapprochant de ceux de leurs homologues am\u00e9ricains et canadiens. Apr\u00e8s les crises financi\u00e8res des ann\u00e9es 1980 et 1990, la politique du gouvernement mexicain a consist\u00e9 \u00e0 dissocier le salaire minimum du salaire minimum vital<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire celui qui permet \u00e0 quiconque de survivre. R\u00e9sultat : il a chut\u00e9 de plus de 70 % en termes r\u00e9els entre les ann\u00e9es 1990 et le milieu des ann\u00e9es 2010 <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Selon les dirigeants, c\u2019\u00e9tait l\u00e0 le seul moyen de permettre au Mexique de rester comp\u00e9titif, alors que, dans le m\u00eame temps, le reste de l’Am\u00e9rique latine b\u00e9n\u00e9ficiait d\u2019un essor \u00e9conomique. Ce m\u00eame raisonnement a \u00e9t\u00e9 invoqu\u00e9 pour bafouer les droits des travailleurs et \u00e9carter les syndicats de la table des n\u00e9gociations.<\/p>\n\n\n\n

La premi\u00e8re victime am\u00e9ricaine de la Chine<\/h1>\n\n\n\n

Si l’ALENA a constitu\u00e9 un choc pour l’\u00e9conomie mexicaine, ce n’est pas le seul changement important que le pays ait connu au cours de cette d\u00e9cennie d\u00e9cisive. En 2000, la Chine a adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 l’OMC, avec l\u2019approbation des \u00c9tats-Unis. Le Mexique s’est alors retrouv\u00e9 face \u00e0 un concurrent direct et cette nouvelle donne commerciale a fortement p\u00e9nalis\u00e9 son industrie. Il \u00e9tait en effet impossible de rivaliser avec les bas salaires et, par la suite, l\u2019augmentation des capacit\u00e9s industrielles de la Chine.<\/p>\n\n\n\n

Les secteurs de l’habillement et de la chaussure, en particulier, ont \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s. C’est \u00e9galement \u00e0 cette \u00e9poque que les usines d’assemblage de l’industrie lourde \u2014 les maquiladoras<\/em> \u2014 ont pris leur essor. Ces ann\u00e9es de l\u2019ouverture ont laiss\u00e9 une \u00e9conomie mexicaine en stagnation, elle-m\u00eame du reste trompeuse puisqu\u2019une grande partie de la valeur cr\u00e9\u00e9e au Mexique quittait en r\u00e9alit\u00e9 le pays sous forme de b\u00e9n\u00e9fices r\u00e9colt\u00e9s par les entreprises \u00e9trang\u00e8res. Ce qui restait au sein du pays n’\u00e9tait par ailleurs pas redistribu\u00e9 de mani\u00e8re \u00e9quitable, conduisant \u00e0 une explosion des in\u00e9galit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n

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