{"id":334943,"date":"2026-05-20T18:20:00","date_gmt":"2026-05-20T16:20:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=334943"},"modified":"2026-05-20T18:57:04","modified_gmt":"2026-05-20T16:57:04","slug":"plan-deregulation-merz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/05\/20\/plan-deregulation-merz\/","title":{"rendered":"Le plan des conservateurs allemands pour d\u00e9manteler la bureaucratie europ\u00e9enne"},"content":{"rendered":"\n
Pierre Mennerat<\/span>Le texte suivant a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 par le groupe parlementaire de la CDU\/CSU au Bundestag apr\u00e8s un congr\u00e8s \u00e0 huis clos tenu fin avril 2026, \u00e0 la conclusion duquel a assist\u00e9 la pr\u00e9sidente de la Commission europ\u00e9enne Ursula von der Leyen, qui s\u2019est vue pr\u00e9senter cette liste de vingt-sept demandes. Le document est donc le r\u00e9sultat d\u2019un processus collectif des d\u00e9put\u00e9s de l\u2019Union, sous l\u2019autorit\u00e9 du chef du groupe parlementaire Jens Spahn et du chef de file de la CDU\/CSU au sein de la commission des affaires europ\u00e9ennes Tilman Kuban. <\/p>\n\n\n\n La CDU\/CSU contr\u00f4le une part importante des postes importants dans les institutions europ\u00e9ennes : Ursula von der Leyen (CDU) dirige la Commission europ\u00e9enne depuis 2019, Manfred Weber pr\u00e9side depuis 2014 le groupe parlementaire du Parti populaire europ\u00e9en (PPE) au Parlement europ\u00e9en, poste qu\u2019il cumule depuis 2022 avec la pr\u00e9sidence du PPE lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n Le texte s\u2019inscrit explicitement dans une offensive de \u00ab d\u00e9bureaucratisation \u00bb de l\u2019Union europ\u00e9enne port\u00e9e par la droite gouvernementale allemande. S\u2019il salue le projet de la commission dit \u00ab omnibus \u00bb qui pr\u00e9voit d\u00e9j\u00e0 une baisse de la r\u00e9gulation, le groupe parlementaire chr\u00e9tien-d\u00e9mocrate au Bundestag va plus loin : il pr\u00e9voit l\u2019abrogation de directives dans des domaines vari\u00e9s, de l\u2019\u00e9cologie \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 salariale entre hommes et femmes, en passant par l\u2019\u00e9conomie circulaire.<\/p>\n\n\n\n Alberto Alemanno<\/span>Le document du groupe CDU\/CSU au Bundestag, intitul\u00e9 Agenda f\u00fcr einen nachhaltigen B\u00fcrokratier\u00fcckbau auf EU-Ebene<\/em>, s\u2019ouvre sur la promesse d\u2019une Europe plus forte et plus comp\u00e9titive. Pourtant, bon nombre de ses pas moins de vingt-sept propositions auraient des cons\u00e9quences lourdes pour la gouvernance de l\u2019Union. Derri\u00e8re le discours sur la simplification et la d\u00e9bureaucratisation se cache un programme visant non seulement \u00e0 r\u00e9duire les charges administratives, mais aussi \u00e0 affaiblir la capacit\u00e9 r\u00e9glementaire de l\u2019Union, \u00e0 restreindre l\u2019initiative l\u00e9gislative de la Commission europ\u00e9enne et \u00e0 redonner du pouvoir aux gouvernements nationaux.<\/p>\n\n\n\n Le commentaire qui suit lit le document de la CDU\/CSU comme un sympt\u00f4me autant que comme un programme : l’\u00e9nonc\u00e9 le plus explicite \u00e0 ce jour d’un consensus d\u00e9r\u00e9gulateur qui traverse d\u00e9sormais l’ensemble du spectre politique europ\u00e9en dominant. C’est \u00e0 ce titre qu’il m\u00e9rite d’\u00eatre replac\u00e9 dans le cadre plus large de l’agenda de simplification de l’Union.<\/p>\n\n\n\n Fait nouveau, il est aussi une tentative sans pr\u00e9c\u00e9dent de renationaliser les pr\u00e9rogatives constitutionnelles et l\u2019architecture institutionnelle de l\u2019Union au nom de la comp\u00e9titivit\u00e9 de l\u2019Europe. Le r\u00e9sultat ne serait pas une Europe plus souveraine, mais une Europe plus r\u00e9duite et plus align\u00e9e sur les int\u00e9r\u00eats de l\u2019Allemagne.<\/p>\n\n\n\n Ce n’est qu’avec une Union europ\u00e9enne forte et unie que nous pourrons surmonter les d\u00e9fis g\u00e9opolitiques et \u00e9conomiques actuels. L\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne est un fondement essentiel de notre libert\u00e9, de notre s\u00e9curit\u00e9 et de notre prosp\u00e9rit\u00e9. Depuis les trait\u00e9s de Rome, l’int\u00e9gration de l’Europe est la clef d’une Allemagne forte au sein d’une Union europ\u00e9enne forte. Plus que jamais, nous d\u00e9pendons d’un projet europ\u00e9en commun et couronn\u00e9 de succ\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n Toutefois, pour renforcer davantage l’Union europ\u00e9enne, nous, Europ\u00e9ens, devons d’abord travailler sur nous-m\u00eames. Cela implique un programme de simplification radicale du droit europ\u00e9en, tant l\u2019existant que le nouveau, afin de r\u00e9duire drastiquement le fardeau bureaucratique pesant sur les citoyens, les entreprises et l’administration publique en Europe. <\/p>\n\n\n\n Alberto Alemanno<\/span>Pour comprendre les implications de ce que propose la CDU\/CSU, il faut distinguer la simplification de la d\u00e9r\u00e9gulation. La simplification<\/em> (r\u00e9duire les charges administratives, \u00e9liminer les obligations de d\u00e9claration redondantes, rationaliser les proc\u00e9dures) est un exercice l\u00e9gitime et souvent n\u00e9cessaire. Elle am\u00e9liore la qualit\u00e9 de la r\u00e9glementation sans en diminuer l\u2019ambition ni la port\u00e9e. Par contraste, la d\u00e9r\u00e9gulation <\/em>(ou d\u00e9r\u00e9glementation<\/em>) affaiblit ou supprime des r\u00e8gles de fond : elle abaisse les normes, r\u00e9duit les obligations et restreint la capacit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00e0 r\u00e9guler le comportement du march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Les deux sont couramment confondues dans le discours politique, y compris dans le pr\u00e9sent texte. Cette confusion permet de pr\u00e9senter un programme de d\u00e9mant\u00e8lement substantiel comme une simple \u00ab r\u00e9duction de la bureaucratie \u00bb tout en proposant la plus grande r\u00e9forme r\u00e9glementaire jamais connue en Europe.<\/p>\n\n\n\n Les paquets de mesures dits \u00ab omnibus \u00bb actuellement n\u00e9goci\u00e9s entre les institutions europ\u00e9ennes constituent un pas important dans la bonne direction. Cependant, des efforts encore plus importants pour r\u00e9duire la bureaucratie sont n\u00e9cessaires. L\u2019objectif doit \u00eatre d’am\u00e9liorer \u00e0 la fois la qualit\u00e9 et la quantit\u00e9 de la r\u00e9glementation dans son ensemble et d’all\u00e9ger consid\u00e9rablement le fardeau bureaucratique qui p\u00e8se sur les citoyens, les entreprises et l’administration publique. Une l\u00e9gislation moderne et rationalis\u00e9e est une condition essentielle \u00e0 la comp\u00e9titivit\u00e9 des \u00e9conomies nationales des \u00c9tats membres, \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 et \u00e0 une coop\u00e9ration europ\u00e9enne fructueuse. Ce n’est que lorsque la r\u00e9glementation est favorable \u00e0 l’innovation, proportionn\u00e9e et fiable que les entreprises peuvent investir, se d\u00e9velopper et \u00eatre comp\u00e9titives \u00e0 l’international. C’est seulement sur cette base que l’on peut garantir des emplois d’avenir et les ressources n\u00e9cessaires \u00e0 un \u00c9tat-providence solide. \u00c0 l\u2019inverse, une r\u00e9glementation excessive, des proc\u00e9dures d’approbation interminables et un fardeau bureaucratique excessif freinent l’investissement et le dynamisme de l’innovation, compromettant la comp\u00e9titivit\u00e9 internationale et, par cons\u00e9quent, les fondements de notre prosp\u00e9rit\u00e9. Les efforts de r\u00e9duction de la bureaucratie ne doivent plus se limiter \u00e0 une simple simplification, mais exigent un d\u00e9mant\u00e8lement concret, y compris la suppression de r\u00e9glementations (\u00ab deregulation<\/em> \u00bb).<\/p>\n\n\n\n Alors m\u00eame qu\u2019il est question de d\u00e9r\u00e9gulation et de simplification au nom de la comp\u00e9titivit\u00e9, le rapport Draghi n\u2019est pas mentionn\u00e9 par le groupe CDU\/CSU. \u00c0 l\u2019occasion d\u2019une laudatio<\/em><\/a> prononc\u00e9e pour la remise du Prix Charlemagne \u00e0 l\u2019ancien pr\u00e9sident de la BCE la semaine derni\u00e8re, le chancelier allemand Friedrich Merz avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s clair sur le fait que s\u2019il partageait les diagnostics du rapport, il entendait bien que sa mise en \u0153uvre soit align\u00e9e sur les int\u00e9r\u00eats allemands, notamment en s\u2019opposant \u00e0 tout nouvel emprunt commun au niveau de l\u2019Union pour r\u00e9pondre aux investissements structurels pr\u00e9conis\u00e9s par Mario Draghi.<\/p>\n\n\n\n Les obstacles r\u00e9glementaires inutiles doivent \u00eatre supprim\u00e9s et pr\u00e9venus d\u00e8s l\u2019origine. Outre la r\u00e9duction, il est crucial de veiller \u00e0 ce que la Commission europ\u00e9enne ne propose pas de nouvelles r\u00e9glementations excessivement complexes et bureaucratiques. Concernant le programme de travail \u00e0 l’horizon 2026, la Commission europ\u00e9enne doit respecter le principe : \u00ab moins, c’est mieux \u00bb.<\/p>\n\n\n\nAgenda pour une r\u00e9duction durable de la bureaucratie au niveau de l’Union<\/h2>\n\n\n\n
Pour une meilleure l\u00e9gislation au sein de l’Union europ\u00e9enne et une r\u00e9glementation all\u00e9g\u00e9e<\/h3>\n\n\n\n