{"id":334182,"date":"2026-05-16T18:04:00","date_gmt":"2026-05-16T16:04:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=334182"},"modified":"2026-05-16T18:08:29","modified_gmt":"2026-05-16T16:08:29","slug":"eurovision-geopolitique-idee-bruyante-europe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/05\/16\/eurovision-geopolitique-idee-bruyante-europe\/","title":{"rendered":"L\u2019Eurovision donne \u00e0 voir l\u2019id\u00e9e la plus bruyante d\u2019Europe"},"content":{"rendered":"\n

Avec ses 166 millions de t\u00e9l\u00e9spectateurs en 2025 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle globale, l\u2019Eurovision revendique le titre de \u00ab plus grand \u00e9v\u00e9nement musical live \u00bb au monde, uni par la musique. Ce slogan marketing a-t-il un sens g\u00e9opolitique ? Par-del\u00e0 le futile du kitsch, le d\u00e9risoire des pol\u00e9miques et la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de la chansonnette commerciale, qu\u2019est-ce qui constitue l\u2019Eurovision en \u00ab \u00e9v\u00e9nement monstre \u00bb, selon l\u2019expression de Pierre Nora ?<\/p>\n\n\n\n

Eurovision : une \u00e9nigme chatoyante<\/h2>\n\n\n\n

La 70e<\/sup> \u00e9dition du Concours Eurovision de la chanson, dont la finale a lieu ce 16 mai, \u00e0 la Wiener Stadthalle, n\u2019a pas choisi par hasard sa ville h\u00f4te : le privil\u00e8ge d\u2019organiser le concours revient au groupe audiovisuel ayant remport\u00e9 la comp\u00e9tition l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. Mais quel plus bel \u00e9crin pour cet anniversaire que Vienne, capitale imp\u00e9riale, berceau de la modernit\u00e9 musicale europ\u00e9enne, de Haydn \u00e0 Schoenberg, du Burgtheater<\/em> \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra d\u2019\u00c9tat  ? C\u2019est en outre une ville des congr\u00e8s par excellence, celle qui, en 1815, avait d\u00e9j\u00e0 tent\u00e9 de mettre en musique l\u2019unit\u00e9 du continent par le spectacle et la n\u00e9gociation. On pr\u00eate d\u2019ailleurs cette formule au Prince de Ligne, Mar\u00e9chal de l\u2019arm\u00e9e du Saint-Empire  : \u00ab Le Congr\u00e8s n\u2019avance pas, il danse \u00bb. La Wiener Stadthalle n\u2019a pas d\u00e9sempli, en d\u00e9pit d\u2019un nombre record de boycotts de pays cette ann\u00e9e <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Le paradoxe est tonitruant  : jamais le concours n\u2019a suscit\u00e9 autant de controverses politiques, morales et financi\u00e8res, et pourtant, jamais il n\u2019a autant attir\u00e9 de spectateurs et d\u2019abonn\u00e9s sur les r\u00e9seaux sociaux. Ce hiatus entre la contestation du symbole et l\u2019int\u00e9r\u00eat populaire, encore r\u00e9el, n\u2019est pas anecdotique  : il m\u00e9rite analyse en lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n

Malgr\u00e9 sa c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 et sa futilit\u00e9, l\u2019Eurovision, \u00e0 bien des \u00e9gards, demeure une \u00e9nigme. Comment comprendre qu\u2019un concours se r\u00e9clamant depuis l\u2019origine d\u2019un apolitisme de principe soit devenu l\u2019un des objets les plus politis\u00e9s de la sc\u00e8ne internationale ? Comment expliquer que cette comp\u00e9tition multilingue, sans assise g\u00e9ographique \u00e9vidente, \u00ab  provinciale  \u00bb au sens que Dipesh Chakrabarty donnerait \u00e0 ce terme (une Europe d\u00e9centr\u00e9e, partielle, impossible \u00e0 r\u00e9duire \u00e0 un r\u00e9cit unique), r\u00e9siste aux assauts des formats priv\u00e9s comme The Voice<\/em> ou American Idol<\/em>, mais aussi aux ambitions concurrentes d\u2019une Intervision russe (ressuscit\u00e9e en 2025) ou d\u2019un Water Cube Cup<\/em> chinois  ? Contre toute attente, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 l\u2019Europe craint pour son existence m\u00eame, l\u2019Eurovision demeure la r\u00e9f\u00e9rence mondiale du radio-crochet, non pas malgr\u00e9 ses contradictions, mais au contraire en raison de cette combinaison des antith\u00e8ses.<\/p>\n\n\n\n

Cette r\u00e9silience appelle une mise en perspective.<\/p>\n\n\n\n

Dans un monde o\u00f9 les relations internationales sont d\u00e9sormais rythm\u00e9es par une prolif\u00e9ration de \u00ab giga-\u00e9v\u00e9nements \u00bb, comme les sommets institutionnels (G7, G20, BRICS), les comp\u00e9titions sportives (Jeux olympiques, Coupes du monde), les forums \u00e9conomiques (Davos, Valda\u00ef) ou encore les exercices militaires (OTAN, OCS), qu’est-ce qui fait qu\u2019un \u00e9v\u00e9nement devient un \u00e9v\u00e9nement <\/em> ?<\/p>\n\n\n\n

Jamais le concours n\u2019a suscit\u00e9 autant de controverses politiques, morales et financi\u00e8res, et pourtant, jamais il n\u2019a autant attir\u00e9 de spectateurs. <\/p>Cyrille Bret, Florent Parmentier<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

La question mobilise des traditions intellectuelles distinctes, qui \u00e9clairent chacune \u00e0 leur mani\u00e8re l\u2019\u00e9v\u00e9nement : la ph\u00e9nom\u00e9nologie de l\u2019\u00e9v\u00e9nement chez Paul Ric\u0153ur, qui le d\u00e9finit comme rupture dans la continuit\u00e9 du temps, un surgissement qui reconfigure le r\u00e9cit et oblige \u00e0 r\u00e9interpr\u00e9ter le pass\u00e9 ; la sociologie des mobilisations collectives, qui analyse l\u2019\u00e9v\u00e9nement comme un moment de cristallisation des ressources, des opportunit\u00e9s politiques et des cadres d\u2019interpr\u00e9tation permettant \u00e0 l\u2019action collective d\u2019\u00e9merger ; ou encore, dans une perspective m\u00e9morielle, les \u00ab lieux de m\u00e9moire \u00bb de Pierre Nora, ces espaces symboliques o\u00f9 une communaut\u00e9 se reconna\u00eet, se projette et se raconte \u00e0 elle\u2011m\u00eame, parce qu\u2019ils condensent des affects, des r\u00e9cits et des repr\u00e9sentations partag\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n

Certains \u00ab  giga-\u00e9v\u00e9nements  \u00bb s\u2019\u00e9vanouissent sit\u00f4t achev\u00e9s, sans laisser de trace dans la m\u00e9moire collective, quand d\u2019autres au contraire s\u2019imposent comme des jalons structurants de l\u2019histoire partag\u00e9e. \u00c0 quelle condition un \u00e9v\u00e9nement produit-il ce second effet, celui de la s\u00e9dimentation m\u00e9morielle et de la reconnaissance collective ? Et l\u2019Eurovision, en soi, rel\u00e8ve-t-il davantage du rituel f\u00e9d\u00e9rateur ou du simple divertissement p\u00e9riodique ?<\/p>\n\n\n\n

Ces questions ne sont ni seulement intellectuelles, ni exclusivement commerciales. C\u2019est \u00e0 l\u2019articulation entre logiques d\u2019attention, construction de l\u2019identit\u00e9 collective et comp\u00e9tition pour l\u2019influence que le pr\u00e9sent article entend r\u00e9pondre, en faisant de l\u2019Eurovision non pas un objet de curiosit\u00e9 culturelle, mais un r\u00e9v\u00e9lateur des dynamiques \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le syst\u00e8me international contemporain. C\u2019est \u00e0 ce titre qu\u2019elle peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une \u00ab  bande son  \u00bb de la construction, europ\u00e9enne, \u00e0 savoir comme ce qui accompagne, r\u00e9v\u00e8le et met en sc\u00e8ne les transformations g\u00e9opolitiques, sociales et identitaires de l\u2019Europe depuis 1956 <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. <\/p>\n\n\n\n

Que nous dit le concours, depuis Vienne, sur la capacit\u00e9 de l’Europe \u00e0 faire advenir un \u00e9v\u00e9nement, c’est-\u00e0-dire une exp\u00e9rience commune, disput\u00e9e mais partag\u00e9e  ? Clivante mais rassembleuse  ? Voil\u00e0 l\u2019\u00e9nigme de l\u2019Eurovision.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Le chanteur italien Sal Da Vinci (M) interpr\u00e8te la chanson \u00ab  Per sempre si  \u00bb lors de la r\u00e9p\u00e9tition de la finale du 70e Concours Eurovision de la chanson (CEC). 25 finalistes s’affrontent pour remporter la victoire ce soir. Photo  : Jens B\u00fcttner.<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Une prime \u00e0 l\u2019anciennet\u00e9 : l\u2019Eurovision comme rituel paneurop\u00e9en<\/h2>\n\n\n\n

\u00c0 l\u2019image du Te Deum<\/em> de Marc-Antoine Charpentier, dont les premi\u00e8res mesures accompagnent depuis 1956 le lancement de l\u2019Eurovision, le concours s\u2019est construit une identit\u00e9 sonore imm\u00e9diatement reconnaissable, celle d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie, d\u2019un rite, d\u2019un recommencement invariable, printemps apr\u00e8s printemps. La premi\u00e8re explication du succ\u00e8s de l\u2019Eurovision est aussi la plus simple : la dur\u00e9e. Soixante-dix \u00e9ditions, une continuit\u00e9 quasi ininterrompue depuis 1956 <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>, une diffusion qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la construction europ\u00e9enne institutionnelle elle-m\u00eame, puisque le concours est plus ancien que le Trait\u00e9 de Rome (1957). Cette long\u00e9vit\u00e9 est profond\u00e9ment signifiante. L\u2019Eurovision ne fait pas \u00e9v\u00e9nement par son unicit\u00e9 ou son exceptionnalit\u00e9, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une rupture dans le cours ordinaire des choses, mais pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l\u2019inverse, par sa r\u00e9p\u00e9tition r\u00e9guli\u00e8re et rituelle. C\u2019est un \u00e9v\u00e9nement, au sens durkheimien du terme : une c\u00e9r\u00e9monie collective qui, en se reproduisant, fabrique de la coh\u00e9sion et de la m\u00e9moire. Chaque \u00e9dition convoque les pr\u00e9c\u00e9dentes, et c\u2019est l\u2019accumulation qui cr\u00e9e la signification.<\/p>\n\n\n\n

Cette continuit\u00e9 doit \u00e9videmment beaucoup \u00e0 une remarquable capacit\u00e9 d’adaptation au Zeitgeist<\/em> europ\u00e9en. D\u00e8s l\u2019origine, \u00ab Comme l\u2019Union europ\u00e9enne et les Nations Unies, il faisait partie d\u2019une tentative plus large de cr\u00e9er des liens entre les pays \u00e0 travers la culture et les exp\u00e9riences partag\u00e9es \u00bb <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Mais l\u2019Eurovision ne se contente pas toujours de suivre l\u2019esprit du temps : il lui arrive de le pr\u00e9c\u00e9der. Le concours a su traverser la Guerre froide, la d\u00e9colonisation, l\u2019\u00e9largissement \u00e0 l\u2019Europe centrale et orientale, les d\u00e9bats sur l\u2019identit\u00e9 de genre et les droits des minorit\u00e9s, non pas en les ignorant, mais en les absorbant. Cela a parfois \u00e9t\u00e9 fait maladroitement, par ailleurs souvent avec un temps de retard, mais toujours en restant lisible pour un public continental <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Parfois, a contrario, la musique se fait proph\u00e9tique <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>  : la victoire de Dana International en 1998, repr\u00e9sentante d\u2019Isra\u00ebl et premi\u00e8re artiste transgenre \u00e0 remporter le concours, a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 et peut-\u00eatre accompagn\u00e9 une \u00e9volution des sensibilit\u00e9s europ\u00e9ennes sur les questions de genre qui ne trouverait sa pleine expression politique qu\u2019une d\u00e9cennie plus tard. En ce sens, l\u2019Eurovision fonctionne tant\u00f4t comme un miroir relativement fid\u00e8le de l\u2019Europe tant\u00f4t comme son indicateur avanc\u00e9 : il enregistre les tensions, les aspirations et les controverses du moment, et les restitue sous une forme musicale et spectaculaire accessible au plus grand nombre. Quand il ne les passe pas tout simplement sous silence.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019Eurovision ne fait pas \u00e9v\u00e9nement par son unicit\u00e9 ou son exceptionnalit\u00e9, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une rupture dans le cours ordinaire des choses, mais pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l\u2019inverse, par sa r\u00e9p\u00e9tition r\u00e9guli\u00e8re et rituelle.<\/p>Cyrille Bret, Florent Parmentier<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

L\u2019anciennet\u00e9 et l\u2019adaptabilit\u00e9 ne r\u00e9solvent pas compl\u00e8tement l\u2019\u00e9nigme Eurovision car le concours a aussi toutes les caract\u00e9ristiques d\u2019un objet culturel p\u00e9rim\u00e9, kitsch, voire ringard. Il est l\u2019h\u00e9ritier direct des Trente Glorieuses, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 rares \u00e9taient les m\u00e9nages disposant d\u2019une t\u00e9l\u00e9vision \u00e0 domicile, et d\u2019un mode de divertissement que l\u2019\u00e8re num\u00e9rique semblait avoir d\u00e9finitivement condamn\u00e9 : la t\u00e9l\u00e9vision en direct, regard\u00e9e en famille, \u00e0 heure fixe, sur un poste commun. Quel anachronisme  ! Il est \u00ab  provincial  \u00bb, au sens le plus litt\u00e9ral, car peupl\u00e9 de \u00ab petits \u00bb \u00c9tats, de folklores multiples, de langues minoritaires, d\u2019esth\u00e9tiques qui semblent parfois surgies d\u2019une Europe que l\u2019on croyait r\u00e9volue. Sa g\u00e9ographie m\u00eame r\u00e9siste \u00e0 toute rationalisation : au fond, qu’est-ce qu\u2019une Europe sans rivages qui inclut Isra\u00ebl, l\u2019Australie, l\u2019Arm\u00e9nie et l\u2019Azerba\u00efdjan ?<\/p>\n\n\n\n

Il faut donc se garder d\u2019une explication trop commode par la seule prime \u00e0 l\u2019anciennet\u00e9. Il est entendu que l\u2019histoire et la continuit\u00e9 sont des conditions n\u00e9cessaires, mais non suffisantes. D\u2019autres manifestations, malgr\u00e9 leur anciennet\u00e9, ont disparu, ou n\u2019ont jamais r\u00e9ussi \u00e0 franchir le seuil de la reconnaissance collective. <\/p>\n\n\n\n

\u00c0 ce titre, l\u2019Intervision, qui a connu une renaissance en septembre 2025, en offre peut-\u00eatre l\u2019illustration la plus directe. Con\u00e7ue en 1965 dans le cadre du bloc sovi\u00e9tique comme une antith\u00e8se concurrente du concours europ\u00e9en, elle reposait sur une logique institutionnelle forte, une aire g\u00e9ographique coh\u00e9rente et une r\u00e9p\u00e9tition comparable  ; et pourtant, elle n\u2019a laiss\u00e9 aucune empreinte durable dans la m\u00e9moire des publics concern\u00e9s. L\u2019Intervision ne parvint jamais \u00e0 transcender sa fonction propagandiste, d\u2019opposition \u00e0 une musique occidentale jug\u00e9e \u00ab  d\u00e9cadente  \u00bb, pour devenir une exp\u00e9rience culturelle partag\u00e9e : instrument du soft power<\/em> sovi\u00e9tique, elle resta prisonni\u00e8re de la logique \u00e9tatique qui l\u2019avait engendr\u00e9e, incapable de susciter l\u2019identification collective que g\u00e9n\u00e8re l\u2019Eurovision. Et il n\u2019est pas certain que sa nouvelle version, dont une seconde \u00e9dition devrait avoir lieu \u00e0 l\u2019automne, laisse une trace ind\u00e9l\u00e9bile dans le paysage culturel du \u00ab  Sud global  \u00bb<\/a>. La long\u00e9vit\u00e9 cr\u00e9e les conditions de l\u2019\u00e9v\u00e9nement ; mais en tout \u00e9tat de cause, elle ne le garantit pas. D\u00e8s lors, il faut chercher ailleurs ce qui transforme une manifestation en exp\u00e9rience partag\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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L’Australienne Delta Goodrem, avec sa chanson \u00ab  Eclipse  \u00bb, sur sc\u00e8ne lors de la r\u00e9p\u00e9tition de la finale du 70e Concours Eurovision de la chanson (CEC). Photo  : Jens B\u00fcttner.<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

L\u2019Eurovision, chambre d\u2019\u00e9cho du vacarme du monde<\/h2>\n\n\n\n

Si la long\u00e9vit\u00e9 explique l\u2019enracinement de l’Eurovision, elle ne rend pas compte de sa vitalit\u00e9 contemporaine. Et ses nouvelles pouss\u00e9es de s\u00e8ve. C\u2019est une seconde propri\u00e9t\u00e9 qu\u2019il faut convoquer ici : la plasticit\u00e9. L\u2019Eurovision dure parce qu\u2019il plie sans se rompre, parce qu\u2019il est, structurellement, une forme vide, suffisamment accueillante pour absorber des contenus radicalement diff\u00e9rents selon les \u00e9poques, les conjonctures et les rapports de force. <\/p>\n\n\n\n

Cette plasticit\u00e9 s\u2019inscrit dans un contexte g\u00e9opolitique favorable. <\/p>\n\n\n\n

La sc\u00e8ne internationale contemporaine est travers\u00e9e par deux dynamiques convergentes. D\u2019une part, une concurrence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e pour la visibilit\u00e9 et l\u2019attention, o\u00f9 chaque puissance, chaque coalition, chaque cause cherche \u00e0 capter un regard satur\u00e9 d\u2019informations  ; et, d\u2019autre part, des rivalit\u00e9s de r\u00e9cits, o\u00f9 il ne s\u2019agit plus seulement d\u2019agir, mais de signifier et de rallier les publics \u00e0 ces significations. Dans ce double jeu, l\u2019Eurovision constitue une cible de choix. Sa port\u00e9e d\u2019audience, son prestige symbolique et sa capacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer de l’\u00e9motion collective en font un vecteur d\u2019influence que les puissances, \u00e9tatiques ou non, ont appris \u00e0 ne pas n\u00e9gliger. Qu\u2019il s’agisse de la diplomatie culturelle isra\u00e9lienne <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>, des ambitions de visibilit\u00e9 azerba\u00efdjanaises lors de l\u2019\u00e9dition de Bakou en 2012, ou encore des tentatives de r\u00e9cup\u00e9ration nationaliste de tel ou tel r\u00e9sultat de vote, le concours est constamment travaill\u00e9 de l\u2019ext\u00e9rieur par des logiques qui le d\u00e9passent.<\/p>\n\n\n\n

Car l\u2019Eurovision est suffisamment plastique pour devenir le r\u00e9ceptacle de r\u00e9cits concurrents. Il v\u00e9hicule des \u00e9motions collectives changeantes  : la solidarit\u00e9 continentale, le kitsch assum\u00e9, la fiert\u00e9 nationale, la revendication identitaire, sans jamais se laisser r\u00e9duire \u00e0 l\u2019une d\u2019entre elles. Sa popularit\u00e9 se nourrit des pol\u00e9miques, qu\u2019elles soient futiles ou fondamentales : querelles sur le t\u00e9l\u00e9-vote et ses biais g\u00e9opolitiques suppos\u00e9s, controverses sur la participation d\u2019un pays en guerre (Russie, Isra\u00ebl), d\u00e9bats sur la repr\u00e9sentation des minorit\u00e9s <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Au fond, ces pol\u00e9miques ne l\u2019affaiblissent pas de mani\u00e8re d\u00e9finitive ; au contraire, elles l\u2019alimentent. Chaque scandale est une nouvelle occasion de mobiliser l\u2019attention, de rejouer l\u2019appartenance, de rouvrir le d\u00e9bat sur ce qu\u2019est, ou devrait \u00eatre, l\u2019Europe. Les \u00e9motions de la t\u00e9l\u00e9vision alimentent son succ\u00e8s, de la curiosit\u00e9 condescendante \u00e0 l\u2019indignation bien-pensante et de l\u2019euphorie surjou\u00e9e \u00e0 l\u2019ennui inavouable.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019Eurovision dure parce qu\u2019il plie sans se rompre, parce qu\u2019il est, structurellement, une forme vide, suffisamment accueillante pour absorber des contenus radicalement diff\u00e9rents.<\/p>Cyrille Bret, Florent Parmentier<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

\u00c0 cette plasticit\u00e9 s\u2019ajoute une capacit\u00e9 de modernisation continue qui t\u00e9moigne d\u2019une intelligence institutionnelle r\u00e9elle. L\u2019Union europ\u00e9enne de radio-t\u00e9l\u00e9vision a su faire \u00e9voluer les formats, int\u00e9grer le vote du public, investir les plateformes num\u00e9riques, adapter la mise en sc\u00e8ne aux codes du divertissement mondial, tout en pr\u00e9servant les marqueurs identitaires du concours, ces rituels de continuit\u00e9 qui assurent la reconnaissance d\u2019une \u00e9dition \u00e0 l\u2019autre. L\u2019Eurovision a ainsi r\u00e9ussi ce que peu d\u2019institutions parviennent \u00e0 accomplir : perdurer dans son identit\u00e9 tout en se renouvelant dans ses formes.<\/p>\n\n\n\n

Il faut cependant se garder, ici encore, d\u2019une explication trop m\u00e9canique. La passivit\u00e9 r\u00e9ceptive et la plasticit\u00e9 formelle ne constituent pas, en elles-m\u00eames, une garantie de survie. De nombreux \u00e9v\u00e9nements ont pr\u00e9sent\u00e9 les m\u00eames propri\u00e9t\u00e9s, sans pour autant s\u2019installer durablement dans la m\u00e9moire collective : ils ont absorb\u00e9 les controverses de leur temps, g\u00e9n\u00e9r\u00e9 de l\u2019\u00e9motion, mobilis\u00e9 des r\u00e9cits concurrents, et n\u2019ont pourtant pas eu de lendemain. La plasticit\u00e9 est une condition de la r\u00e9silience, sans en \u00eatre une cause suffisante. Ce qui distingue l\u2019Eurovision de ces \u00e9v\u00e9nements sans suite, c\u2019est peut-\u00eatre moins sa capacit\u00e9 \u00e0 refl\u00e9ter le monde, que celle, plus rare, de lui donner une sc\u00e8ne, c\u2019est-\u00e0-dire un espace o\u00f9 les contradictions europ\u00e9ennes peuvent se jouer, litt\u00e9ralement, devant un public. L\u2019Eurovision est une chambre d\u2019\u00e9cho privil\u00e9gi\u00e9e des \u00e9motions du continent, partag\u00e9es sur une m\u00eame sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n
La Su\u00e9doise Felicia interpr\u00e8te la chanson \u00ab  My System  \u00bb lors de la r\u00e9p\u00e9tition de la finale du 70e Concours Eurovision de la chanson (CEC). Photo  : Jens B\u00fcttner<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

La fontaine de jouvence de l\u2019Eurovision<\/h2>\n\n\n\n

L\u2019analyse serait incompl\u00e8te si elle s\u2019en tenait \u00e0 faire de l\u2019Eurovision un simple r\u00e9ceptacle passif des forces qui le traversent. Car le concours n\u2019est pas seulement influenc\u00e9 par le Zeitgeist<\/em> : il influence lui-m\u00eame le cours des \u00e9v\u00e9nements, certes pour une modeste part. C\u2019est cette dimension active, cette capacit\u00e9 \u00e0 produire des effets sur les soci\u00e9t\u00e9s qui le regardent, qui fonde en derni\u00e8re instance son statut d\u2019\u00e9v\u00e9nement au sens plein du terme, non plus seulement comme spectacle subi, mais comme exp\u00e9rience constituante.<\/p>\n\n\n\n

La premi\u00e8re de ces capacit\u00e9s est la plus ancienne et, sans doute, la plus remarquable  : celle de r\u00e9unir m\u00eame de fa\u00e7on fugace et sur la base de multiples malentendus. L\u2019Eurovision a rassembl\u00e9 des Europ\u00e9ens que l\u2019histoire avait oppos\u00e9s, d\u2019abord les nations sorties meurtries de la Seconde Guerre mondiale, pour lesquelles le concours constituait d\u00e8s 1956 un espace symbolique de r\u00e9conciliation par la culture ; puis les pays des deux blocs, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le rideau de fer semblait imperm\u00e9able \u00e0 toute circulation ; enfin les Europes du Nord et du Sud, de l\u2019Est et de l\u2019Ouest, que les crises \u00e9conomiques et les fractures politiques des derni\u00e8res d\u00e9cennies ont r\u00e9guli\u00e8rement menac\u00e9 de fracturer. Cette fonction de couture continentale ne rel\u00e8ve pas de la rh\u00e9torique institutionnelle : elle s\u2019observe dans les structures m\u00eames du vote, dans les affinit\u00e9s diasporiques qui relient des communaut\u00e9s dispers\u00e9es \u00e0 leurs pays d\u2019origine, dans les blocs r\u00e9gionaux qui dessinent, semaine apr\u00e8s semaine, une cartographie affective de l\u2019Europe, que les trait\u00e9s ne sauraient produire.<\/p>\n\n\n\n

Le deuxi\u00e8me atout du concours porte sur le dialogue interg\u00e9n\u00e9rationnel. <\/p>\n\n\n\n

Contrairement \u00e0 une id\u00e9e re\u00e7ue qui en ferait un h\u00e9ritage nostalgique des g\u00e9n\u00e9rations du baby-boom, l\u2019Eurovision a largement su renouveler ses publics. L\u2019innovation commerciale et la pr\u00e9sence sur les r\u00e9seaux sociaux ont stimul\u00e9 la cr\u00e9ativit\u00e9 soci\u00e9tale. Chaque g\u00e9n\u00e9ration y projette ses propres codes, ses propres revendications, ses propres ironies et sinc\u00e9rit\u00e9s m\u00eal\u00e9es. Cette transmission n\u2019est pas passive, elle est, au contraire, active, disput\u00e9e, constamment r\u00e9invent\u00e9e. Le concours fonctionne ici comme un objet transitionnel entre les g\u00e9n\u00e9rations, un terrain de n\u00e9gociation identitaire autant que de partage affectif.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019Eurovision a rassembl\u00e9 des Europ\u00e9ens que l\u2019histoire avait oppos\u00e9s.<\/p>Cyrille Bret, Florent Parmentier<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

La derni\u00e8re raison du succ\u00e8s de l\u2019Eurovision dans le temps tient \u00e0 l\u2019\u00e9volution du registre \u00e9motionnel lui-m\u00eame. N\u00e9 dans les ann\u00e9es 1950 sous le signe de la chansonnette sentimentale et du divertissement l\u00e9ger, l\u2019Eurovision a progressivement \u00e9largi son spectre th\u00e9matique jusqu\u2019\u00e0 accueillir des \u0153uvres traitant de l\u2019exil, de la libert\u00e9, de l\u2019absurde, de l\u2019identit\u00e9 de genre, du deuil collectif et du monde du travail. Cette migration vers des registres plus graves ou plus complexes ne s\u2019est contre toute attente pas faite au d\u00e9triment de l\u2019accessibilit\u00e9. En effet, on peut avancer qu\u2019elle a au contraire enrichi la palette \u00e9motionnelle du concours, lui permettant de toucher des publics et des exp\u00e9riences que la chansonnette initiale ne pouvait atteindre. En ce sens, l\u2019Eurovision a accompli ce que peu de formats culturels r\u00e9ussissent  : vieillir sans s\u2019appesantir, se complexifier sans s\u2019\u00e9litiser.<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est cette triple capacit\u00e9, \u00e0 r\u00e9unir par-del\u00e0 les clivages historiques, \u00e0 traverser les g\u00e9n\u00e9rations, \u00e0 faire \u00e9voluer ses registres \u00e9motionnels, qui fonde la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019Eurovision \u00e0 pr\u00e9tendre au statut d\u2019\u00e9v\u00e9nement durable. Non pas un \u00e9v\u00e9nement au sens de l\u2019irruption et de la rupture, mais au sens, plus exigeant peut-\u00eatre, de l\u2019institution vivante : une forme collective qui se reproduit en se transformant, et qui, ce faisant, dit quelque chose d\u2019essentiel sur la capacit\u00e9 des Europ\u00e9ens \u00e0 se reconna\u00eetre dans une exp\u00e9rience commune. <\/p>\n\n\n\n

Puisant constamment de nouvelles forces \u00e0 une fontaine de jouvence impure (commerciale, politique, \u00e9motionnelle\u2026), le concours Eurovision de la chanson perdure car il se renouvelle constamment pour accomplir sa vocation f\u00e9d\u00e9ratrice.<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n
L’artiste grec Akylas (M) interpr\u00e8te la chanson \u00ab  Ferto  \u00bb sur sc\u00e8ne lors de la r\u00e9p\u00e9tition de la finale du 70e Concours Eurovision de la chanson (CEC). Photo  : Jens B\u00fcttner<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

De la chansonnette \u00e0 la g\u00e9opolitique contemporaine<\/h2>\n\n\n\n

Apr\u00e8s 70 ans d\u2019existence, le Concours Eurovision de la chanson appara\u00eet moins comme une curiosit\u00e9 culturelle et comme un succ\u00e8s commercial, que comme un cas d\u2019\u00e9cole pour la th\u00e9orie des relations internationales.<\/p>\n\n\n\n

Il r\u00e9unit en effet les caract\u00e9ristiques fondamentales de ce qu\u2019on pourrait appeler l\u2019\u00e9v\u00e9nement international accompli : la r\u00e9p\u00e9tition sans laquelle il n\u2019y a pas de m\u00e9moire, mais une r\u00e9p\u00e9tition qui n\u2019exclut pas l\u2019\u00e9volution ; la ritualisation sans laquelle il n\u2019y a pas de reconnaissance collective, mais une ritualisation qui n\u2019interdit pas l\u2019innovation ; enfin, la multiplicit\u00e9 des identit\u00e9s nationales, r\u00e9gionales et diasporiques qui s\u2019y expriment, sans pour autant que cette pluralit\u00e9 ne dissolve l\u2019unit\u00e9 du projet. C\u2019est cette tension productive entre permanence et transformation, entre diversit\u00e9 et coh\u00e9rence, qui distingue l\u2019\u00e9v\u00e9nement qui dure de la manifestation qui, elle, s\u2019\u00e9puise. Le M\u00eame et l\u2019Autre, se combinant dans le temps long d\u2019une institution d\u00e9sormais ancienne.<\/p>\n\n\n\n

Cet \u00e9v\u00e9nement annuel porte \u00e9galement une marque distinctive, que la mondialisation n\u2019a pas effac\u00e9e : son europ\u00e9anit\u00e9. Celle-ci ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une g\u00e9ographie, f\u00fbt-elle aussi extensible et d\u00e9formante que celle du concours. Elle tient \u00e0 des propri\u00e9t\u00e9s culturelles sp\u00e9cifiques que ni le globish<\/em> triomphant ni l\u2019uniformisation des formats du divertissement mondial n\u2019ont r\u00e9ussi \u00e0 dissoudre. Le multilinguisme fluide du concours, o\u00f9 le fran\u00e7ais, le portugais, l\u2019ukrainien ou l\u2019islandais coexistent sans hi\u00e9rarchie impos\u00e9e, constitue \u00e0 lui seul une anomalie remarquable dans un paysage m\u00e9diatique domin\u00e9 par l\u2019anglais <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Plus profond\u00e9ment encore, l\u2019humour, la d\u00e9rision et l\u2019autocritique qui traversent le concours depuis ses origines lui conf\u00e8rent une tonalit\u00e9 irr\u00e9ductiblement europ\u00e9enne : face au grand s\u00e9rieux des \u00e9v\u00e9nements imp\u00e9riaux (c\u00e9r\u00e9monies d\u2019investiture, d\u00e9fil\u00e9s militaires, sommets), l\u2019Eurovision maintient une distance ironique vis-\u00e0-vis de lui-m\u00eame qui est une forme de maturit\u00e9 politique. Se moquer de sa propre solennit\u00e9, c\u2019est peut-\u00eatre la mani\u00e8re europ\u00e9enne d\u2019affirmer que l\u2019on n\u2019a pas besoin de l\u2019imposer.<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est en ce sens que l\u2019Eurovision d\u00e9passe son propre cas pour devenir une matrice de r\u00e9flexion sur les \u00e9v\u00e9nements internationaux qui refusent de rester sans lendemain. <\/p>\n\n\n\n

Il enseigne que la durabilit\u00e9 d\u2019un \u00e9v\u00e9nement ne se d\u00e9cr\u00e8te pas : elle se construit, par s\u00e9dimentation patiente, dans l\u2019articulation entre une forme institutionnelle solide et une capacit\u00e9 \u00e0 laisser les soci\u00e9t\u00e9s s\u2019en emparer, \u00e0 le contester, \u00e0 le r\u00e9inventer. Les \u00e9v\u00e9nements qui perdurent ne sont pas ceux qui cherchent \u00e0 contr\u00f4ler leur signification, mais plut\u00f4t ceux qui acceptent d\u2019en perdre partiellement la ma\u00eetrise au profit des publics qui les font vivre. En ce sens, l\u2019Eurovision n\u2019est pas seulement un objet d\u2019analyse  : il est, pour quiconque s\u2019interroge sur la fabrique des \u00e9v\u00e9nements internationaux, un miroir et un avertissement. <\/p>\n\n\n\n

\u00c0 l\u2019heure o\u00f9 les puissances rivalisent pour produire des \u00ab  giga-\u00e9v\u00e9nements  \u00bb capables de capter l’attention mondiale, la le\u00e7on de Vienne est simple, et difficile \u00e0 imiter : soixante-dix ans de pr\u00e9sence ne s’ach\u00e8tent pas plus qu\u2019ils ne se d\u00e9cr\u00e8tent.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

Pour comprendre \u00ab  l\u2019\u00e9v\u00e9nement monstre  \u00bb, selon l\u2019expression de Pierre Nora, dont la finale s\u2019ach\u00e8ve ce soir, il faut regarder dans les ombres de ce spectacle mondial.<\/p>\n","protected":false},"author":40,"featured_media":334202,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-studies.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":true,"_trash_the_other_posts":false,"_yoast_wpseo_estimated-reading-time-minutes":18,"footnotes":""},"categories":[1728],"tags":[],"staff":[4654,3105],"editorial_format":[4849],"serie":[],"audience":[],"geo":[1917],"class_list":["post-334182","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-arts","staff-cyrille-bret","staff-florent-parmentier","editorial_format-etudes","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":"default","_thumbnail_id":334202,"excerpt":"Pour comprendre \u00abl\u2019\u00e9v\u00e9nement monstre\u00bb, selon 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