{"id":333577,"date":"2026-05-15T06:00:00","date_gmt":"2026-05-15T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=333577"},"modified":"2026-05-15T03:07:22","modified_gmt":"2026-05-15T01:07:22","slug":"electricite-huillard-entretien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/05\/15\/electricite-huillard-entretien\/","title":{"rendered":"Le si\u00e8cle de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et la r\u00e9volution europ\u00e9enne"},"content":{"rendered":"\n
Cette crise est \u00e0 la fois un moment de r\u00e9veil brutal et un formidable coup d’acc\u00e9l\u00e9rateur sur l\u2019urgence de la r\u00e9volution \u00e9lectrique, particuli\u00e8rement en Europe. <\/p>\n\n\n\n
La sortie des \u00e9nergies fossiles est en route, cela prendra \u00e9videmment beaucoup de temps mais c\u2019est inarr\u00eatable, m\u00eame aux \u00c9tats-Unis, en d\u00e9pit d\u2019un rythme qui sera probablement plus lent. <\/p>\n\n\n\n
En Europe, la question de la souverainet\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente apr\u00e8s l\u2019invasion de l\u2019Ukraine d\u00e9but 2022, mais elle bascule d\u00e9sormais dans le registre de l’urgence op\u00e9rationnelle.<\/p>\n\n\n\n
Nier cette dynamique reviendrait \u00e0 privil\u00e9gier le court terme contre le long terme, ce qui est toujours une erreur strat\u00e9gique, en politique comme en affaires : un gain imm\u00e9diat se paie d’une perte d\u00e9multipli\u00e9e \u00e0 l’horizon.<\/p>\n\n\n\n
Ce clivage est op\u00e9ratoire \u00e0 court et moyen terme, mais il me semble qu’il en masque un plus fondamental : celui qui s\u00e9pare les short-term states<\/em> des long-term states<\/em>. <\/p>\n\n\n\n C’est une question de constante de temps. Ce qui distingue r\u00e9ellement les acteurs, ce n’est pas leur dotation en hydrocarbures, mais leur capacit\u00e9 \u00e0 arbitrer entre satisfaction imm\u00e9diate et positionnement de long terme.<\/p>\n\n\n\n La France et l’Europe n’ont pas de p\u00e9trole, et cette absence est paradoxalement un avantage : elle nous contraint \u00e0 raisonner \u00e0 long terme, \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer notre ind\u00e9pendance et \u00e0 entrer de plain-pied dans la r\u00e9volution \u00e9lectrique. \u00c0 l’inverse, les puissances qui ont fait de la rente fossile une clef de leur h\u00e9g\u00e9monie sont structurellement captives du court terme. Il faut n\u00e9anmoins \u00eatre lucide : nombre de pays resteront, dans les quarante ann\u00e9es qui viennent, gourmands en \u00e9nergie fossile russe ou am\u00e9ricaine. La transition est in\u00e9luctable, mais elle ne sera pas instantan\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Nous avons collectivement trop tard\u00e9. Si nous avions pris la mesure de la r\u00e9volution \u00e9lectrique il y a cinq ou dix ans \u2014 au moment o\u00f9 elle devenait lisible \u2014, nous aurions avanc\u00e9 bien plus r\u00e9solument sur la mobilit\u00e9 \u00e9lectrique, sur l’\u00e9lectrification du chauffage dans le b\u00e2ti et sur l\u2019\u00e9lectrification des process industriels. Notre situation actuelle ne serait pas fondamentalement diff\u00e9rente, mais notre d\u00e9pendance serait nettement moins pr\u00e9gnante, et donc notre vuln\u00e9rabilit\u00e9 au choc d’Ormuz nettement moindre. <\/p>\n\n\n\n La France et l’Europe n’ont pas de p\u00e9trole, et cette absence est paradoxalement un avantage : elle nous contraint \u00e0 raisonner \u00e0 long terme.<\/p>Xavier Huillard<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Aujourd’hui, il faut renverser la table : faire feu de tout bois, refondre nos processus de d\u00e9cision et d’ex\u00e9cution des grands \u00e9quipements \u00e9nerg\u00e9tiques, et faire un acte de foi dans la r\u00e9volution \u00e9lectrique en produisant massivement de l’\u00e9lectricit\u00e9 d\u00e9carbon\u00e9e. Nous serons d’ailleurs bien contents d’en avoir en quantit\u00e9, ne serait-ce que pour alimenter les voisins europ\u00e9ens qui n’auront pas pris le virage \u00e0 temps.<\/p>\n\n\n\n Nous sommes en train de vivre le d\u00e9but de la r\u00e9volution \u00e9lectrique. Il nous faut beaucoup plus de production d’\u00e9nergie \u00e9lectrique d\u00e9carbon\u00e9e que ce que nous avions jusqu’\u00e0 pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n Mais nos responsables politiques semblent enferm\u00e9s dans une logique de fausse proph\u00e9tie autor\u00e9alisatrice. En France, par exemple, partant du constat que certains r\u00e9acteurs nucl\u00e9aires n\u2019ont fonctionn\u00e9 en 2024 que pour alimenter l\u2019Allemagne, ils en d\u00e9duisent que nous produisons trop d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, que ceux qui alertent sur l’insuffisance de la production se trompent et qu’il n’y a donc aucune urgence.<\/p>\n\n\n\n\n La consommation d’\u00e9nergie \u00e9lectrique baissera alors en France et en Europe, mais ce sera pour de mauvaises raisons : les investissements notamment industriels qui induisent de la consommation d’\u00e9nergie \u00e9lectrique auront simplement \u00e9t\u00e9 faits dans d\u2019autres r\u00e9gions du monde. Dans cinq ou sept ans, on aura effectivement toujours trop d’\u00e9lectricit\u00e9, ce qui confortera l\u2019id\u00e9e erron\u00e9e que la situation est ma\u00eetris\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Il faut renverser cette logique et comprendre que nous sommes au d\u00e9but de la r\u00e9volution \u00e9lectrique et il faut poser des gestes proactifs et significatifs, tant en ce qui concerne la production que le prix, afin d’enclencher une spirale positive. <\/p>\n\n\n\n Nous la vivons pour des raisons climatiques. Ne nous laissons pas impressionner par les coups de boutoir du Pr\u00e9sident Trump. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, le Texas a probablement d\u00e9ploy\u00e9 autant d’\u00e9nergie renouvelable, voire plus, que la Californie. Les centres de donn\u00e9es consomment \u00e9norm\u00e9ment d’\u00e9nergie \u00e9lectrique. Les jeunes g\u00e9n\u00e9rations n\u2019accepteraient pas qu\u2019une requ\u00eate en IA soit syst\u00e9matiquement synonyme d\u2019une \u00e9mission colossale de CO\u2082.<\/p>\n\n\n\n Ce n\u2019est pas le seul facteur, la raison principale est que tout ou presque va progressivement s\u2019\u00e9lectrifier : la mobilit\u00e9, les b\u00e2timents et l\u2019industrie. Mais les infrastructures sont une raison suppl\u00e9mentaire de produire beaucoup plus d\u2019\u00e9nergie en visant un mix avec toujours plus d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 d\u00e9carbon\u00e9e. C\u2019est ce que fait la Chine.<\/p>\n\n\n\n En France, on a tendance \u00e0 penser que la Chine est l\u2019un des plus grands pollueurs mondiaux. C\u2019est vrai en instantan\u00e9 mais pas en dynamique : en 2024, ils ont install\u00e9 plus de 50 % de l\u2019ensemble des nouvelles productions d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 d\u00e9carbon\u00e9e de la plan\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n Ils font la course en t\u00eate, non seulement en mati\u00e8re de production de panneaux et d\u2019\u00e9oliennes, mais \u00e9galement de mise en \u0153uvre de champs ENR et de nouvelles centrales nucl\u00e9aires.<\/p>\n\n\n\n Il y a en Chine une combinaison subtile entre une tr\u00e8s forte capacit\u00e9 strat\u00e9gique, de vision et de programmation, avec une grande \u00e9nergie entrepreneuriale tr\u00e8s agile. Par exemple, apr\u00e8s avoir \u00e9norm\u00e9ment subventionn\u00e9 les projets de production d\u2019\u00e9nergie renouvelable, les autorit\u00e9s ont r\u00e9cemment d\u00e9cid\u00e9 d\u2019y mettre un terme.<\/p>\n\n\n\n Les puissances qui ont fait de la rente fossile une clef de leur h\u00e9g\u00e9monie sont structurellement captives du court terme.<\/p>Xavier Huillard<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Ils ont consid\u00e9r\u00e9 que le nouveau d\u00e9fi \u00e9tait maintenant l’interconnexion, qui permet d’optimiser l’utilisation de cette \u00e9nergie d\u00e9carbon\u00e9e. Les subventions qu\u2019ils consacraient \u00e0 la production d\u2019ENR sont ainsi en train d\u2019\u00eatre massivement r\u00e9orient\u00e9es vers la construction de lignes d\u2019interconnexion.<\/p>\n\n\n\n Je crois que nous avons un probl\u00e8me de gouvernance europ\u00e9enne. <\/p>\n\n\n\n L\u2019une des raisons pour lesquelles notre \u00e9lectricit\u00e9 d\u00e9carbon\u00e9e est ch\u00e8re, c\u2019est parce que nous pr\u00e9tendons faire du \u00ab en m\u00eame temps \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e9velopper deux syst\u00e8mes de production d\u2019\u00e9nergie \u00e9lectrique. <\/p>\n\n\n\n Lorsque la production issue des champs actuels d’\u00e9nergie renouvelable est abondante, les r\u00e9acteurs nucl\u00e9aires doivent \u00eatre ralentis, c\u2019est \u00e9vident, et si on extrapole on conna\u00eetra des p\u00e9riodes enti\u00e8res o\u00f9 le nucl\u00e9aire ne serait plus n\u00e9cessaire. Nous payons ainsi pour deux syst\u00e8mes et c\u2019est d\u2019autant plus probl\u00e9matique que nous subventionnons les ENR \u00e0 hauteur de plus de 10 milliards par an alors que nous avons de grandes difficult\u00e9s \u00e0 financer les EPR2 annonc\u00e9s il y a plus de 3 ans et qui ont d\u00e9j\u00e0 pris 3 ans de retard puisqu\u2019il est aujourd\u2019hui pr\u00e9vu de raccorder le premier EPR2 en 2038 alors que l\u2019objectif \u00e9tait initialement 2035 qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 beaucoup trop tardif.<\/p>\n\n\n\n Les Allemands aiment l’\u00e9olien offshore en mer du Nord et le photovolta\u00efque. Nous, nous aimons le nucl\u00e9aire, les Espagnols ont de gros potentiels en ENR… Chacun peut se concentrer sur sa sp\u00e9cialit\u00e9. Ainsi, nous aurons un mix \u00e9nerg\u00e9tique vertueux au niveau europ\u00e9en, \u00e0 condition d’investir dans des interconnexions entre les diff\u00e9rents pays. <\/p>\n\n\n\n Cette vision de la souverainet\u00e9 \u00e0 l’\u00e9chelle europ\u00e9enne me semble \u00e9vidente, et pourtant elle ne progresse pas alors que c\u2019\u00e9tait l\u2019un des fondements de la construction europ\u00e9enne il y a 75 ans !<\/p>\n\n\n\n Dans toute activit\u00e9 humaine, qu’il s’agisse de nos entreprises ou d’institutions, la clef, c’est d\u2019abord la gouvernance. Tout d\u00e9coule de sa qualit\u00e9. Dans une entreprise, elle se traduit par des organes de gouvernance, mais aussi par des mod\u00e8les permettant de maintenir la coh\u00e9sion.<\/p>\n\n\n\n Au niveau europ\u00e9en, la gouvernance, c\u2019est autre chose. Qui est le patron ?<\/p>\n\n\n\n Malgr\u00e9 les critiques quasi-unanimes sur la Corporate sustainability reporting directive<\/em> (CSRD), qui ne nous sert \u00e0 rien car nous \u00e9tions d\u00e9j\u00e0 en route sur l\u2019objectif de l\u2019accord de Paris bien avant la CSRD, la Commission persiste. Nous avons cr\u00e9\u00e9 un monstre bureaucratique qu\u2019il est illusoire de v\u00e9ritablement simplifier \u2014 comment voulez-vous que le corps social \u00e0 l\u2019origine de la complexit\u00e9 soit capable de vraiment simplifier ? Le processus omnibus est incompr\u00e9hensible et risque fort de produire une plus grande complexit\u00e9. Et dans le m\u00eame temps ou presque, la Commission annon\u00e7ait une nouvelle \u00e9tape de r\u00e9duction des \u00e9missions de CO\u2082 de 90 % d’ici 2040 avant m\u00eame d\u2019\u00eatre assur\u00e9e que nous allons bien r\u00e9ussir le Fit for 55<\/em> (r\u00e9duction de 55 % \u00e0 l\u2019horizon 2030).<\/p>\n\n\n\n C\u2019est comme si toute cette m\u00e9canique bruxelloise vivait dans un monde virtuel.<\/p>\n\n\n\n Je vous donne un exemple : chez Vinci en 2024, nous avons acquis et lanc\u00e9 de nouveaux projets pour un montant de 7 milliards d’euros. Presque rien en France. Les investissements les plus importants ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s dans le secteur des concessions (autoroutes, a\u00e9roports, ouvrages de production et de transport d\u2019\u00e9nergie d\u00e9carbon\u00e9e). En France, il n\u2019y avait quasiment plus aucun projet sur la table.<\/p>\n\n\n\n Nous sommes au d\u00e9but de la deuxi\u00e8me r\u00e9volution de l\u2019\u00e9nergie \u00e9lectrique. L\u2019\u00e9lectricit\u00e9 devrait couvrir la quasi-totalit\u00e9 des besoins \u00e9nerg\u00e9tiques de l\u2019activit\u00e9 humaine. Cela entra\u00eenera, au cours des trente prochaines ann\u00e9es, des investissements colossaux, pour lesquels l\u2019argent public sera totalement insuffisant.<\/p>\n\n\n\n\n\n Ce sera donc une formidable occasion de r\u00e9habiliter un mod\u00e8le avec lequel nous sommes n\u00e9s : le partenariat public-priv\u00e9, qui associe financement public et financement priv\u00e9. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, ce mod\u00e8le s\u2019appliquait surtout aux infrastructures de mobilit\u00e9, comme les autoroutes, les a\u00e9roports, ou parfois les chemins de fer. <\/p>\n\n\n\n En Europe, il faut consentir des investissements absolument colossaux dans la production d\u2019\u00e9nergie. Il faut au moins doubler la production d’\u00e9lectricit\u00e9 d\u00e9carbon\u00e9e, investir dans les interconnexions et dans le renforcement des lignes \u00e0 haute tension. RTE le fait bien en France, mais au niveau europ\u00e9en, nous sommes tr\u00e8s en retard. <\/p>\n\n\n\n Pour l’instant, cela reste assez modeste. En France, le stockage est principalement d\u00e9velopp\u00e9 pour permettre de r\u00e9aliser de petits ajustements de la tension et la fr\u00e9quence sur le r\u00e9seau de transport \u00e0 haute tension (THT). Certains ont mis en place de petits r\u00e9seaux de batteries pour stabiliser le r\u00e9seau.<\/p>\n\n\n\n Cependant, la France ne dispose quasiment pas de capacit\u00e9s de stockage permettant d’absorber les exc\u00e9dents lorsque le prix devient n\u00e9gatif.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est comme si toute cette m\u00e9canique bruxelloise vivait dans un monde virtuel.<\/p>Xavier Huillard<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n La programmation pluriannuelle de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 pr\u00e9voit un certain nombre de gigawatts en \u00e9olien offshore<\/em>. La production est privatis\u00e9e par le biais de concessions, puis RTE est charg\u00e9 de r\u00e9cup\u00e9rer le courant au pied des \u00e9oliennes pour l\u2019amener sur le r\u00e9seau. C’est absurde, pourquoi ne pas demander \u00e0 celui qui d\u00e9veloppe le projet d’amener l’\u00e9lectricit\u00e9 jusqu’au r\u00e9seau ?<\/p>\n\n\n\n Pourquoi est-ce absurde ? Parce que, pour un gigawatt cr\u00eate produit en \u00e9olien offshore<\/em> lorsque le champ est situ\u00e9 \u00e0 plus de 60 kilom\u00e8tres des c\u00f4tes, le co\u00fbt du transport jusqu\u2019au r\u00e9seau terrestre d\u00e9passe le milliard d\u2019euros. C’est \u00e9norme. Si l\u2019on veut produire 25 gigawatts, il faut donc pr\u00e9voir un investissement public de 25 \u00e0 30 milliards d\u2019euros rien que pour amener cette \u00e9lectricit\u00e9 sur le r\u00e9seau alors que cet argent public est actuellement sous forte pression.<\/p>\n\n\n\n Bien s\u00fbr, les grands d\u00e9fis du monde \u2014 les pand\u00e9mies, la cybers\u00e9curit\u00e9, l\u2019IA, l\u2019environnement, la ville et la mobilit\u00e9 durables\u2026 \u2014 n\u00e9cessitent quasiment tous de faire appel \u00e0 la physique, \u00e0 la chimie, \u00e0 la biologie, aux math\u00e9matiques et \u00e0 la raison.<\/p>\n\n\n\n La Chine raisonne sur le long terme et aborde les probl\u00e8mes de fa\u00e7on assez rationnelle. Comme je le disais tout \u00e0 l\u2019heure, ils ont par exemple d\u2019abord mis l\u2019accent sur la production pour d\u00e9velopper les \u00e9nergies renouvelables, puis ils ont supprim\u00e9 le tarif garanti pour se concentrer sur le nouveau d\u00e9fi que repr\u00e9sentent les interconnexions. <\/p>\n\n\n\n Voil\u00e0 une programmation rationnelle. <\/p>\n\n\n\n Le mod\u00e8le chinois fonctionne manifestement, mais nous n’avons aucune envie de le copier. Le mod\u00e8le am\u00e9ricain, quant \u00e0 lui, nous \u00e9chappe de plus en plus et nous n’avons jamais souhait\u00e9 l’adopter. Une vision exclusivement financi\u00e8re de l’entreprise, qui pr\u00e9tend couper le lien avec les dimensions sociale, soci\u00e9tale et environnementale, nous semble vou\u00e9e \u00e0 l’\u00e9chec.<\/p>\n\n\n\n En Europe, et en particulier en France, nous avons depuis des d\u00e9cennies une tradition qui consiste, de fa\u00e7on sch\u00e9matique, \u00e0 injecter en permanence une dose massive d’humanisme dans notre capitalisme. Le constat est que cela fonctionne : la France compte un nombre tr\u00e8s important de leaders ou de co-leaders mondiaux.<\/p>\n\n\n\n Pourquoi avons-nous 4300 business units<\/em> chez Vinci ? Parce que nous croyons fondamentalement \u00e0 la capacit\u00e9 de l\u2019individu \u00e0 s\u2019engager, \u00e0 faire preuve d\u2019autonomie et de responsabilit\u00e9. Nous sommes convaincus qu\u2019une petite business unit<\/em> de quelques centaines de personnes est infiniment plus attractive pour les jeunes d’aujourd’hui. Ils y trouvent une organisation \u00e0 taille humaine et un patron soucieux de les accompagner dans leur autonomie et leur responsabilit\u00e9. Si nous progressons chaque jour sur ces sujets, c\u2019est parce que nous croyons que l\u2019\u00e9nergie principale du groupe, ce sont les hommes et les femmes qui le composent.<\/p>\n\n\n\n C’est de l\u00e0 que d\u00e9coule la notion de \u00ab performance globale \u00bb, que nous avons contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper et qui s’est depuis diffus\u00e9e partout. Quand on raisonne sur le temps long, il n\u2019y a pas, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, la performance \u00e9conomique et, de l\u2019autre, la performance sociale et environnementale. Il n\u2019existe qu\u2019une performance globale dans laquelle ces trois dimensions progressent ensemble et se nourrissent l\u2019une l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n Le mod\u00e8le chinois fonctionne manifestement, mais nous n’avons aucune envie de le copier.<\/p>Xavier Huillard<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Notre capitalisme est donc impr\u00e9gn\u00e9 d’humanisme. Ce n’est pas qu’une posture philosophique, les preuves de son efficacit\u00e9 existent. Il y a 25 ans, lorsque nous avons commenc\u00e9 \u00e0 nous d\u00e9velopper \u00e0 l\u2019international, nous pensions que notre mod\u00e8le fran\u00e7ais ne fonctionnerait qu\u2019en France et qu\u2019il faudrait l\u2019adapter \u00e0 chaque pays. Nous nous sommes tromp\u00e9s : les fondamentaux de notre culture et de notre mani\u00e8re de faire reposent sur des r\u00e9alit\u00e9s universelles. Les leviers \u00e0 actionner pour obtenir un engagement sont les m\u00eames partout. Nous n\u2019avons donc pas eu besoin d\u2019adapter notre mod\u00e8le. Nous l\u2019avons appliqu\u00e9 tel quel et il fonctionne partout.<\/p>\n\n\n\n C’est un mod\u00e8le profond\u00e9ment humaniste. <\/p>\n\n\n\n Cependant, dans nos vieux pays, sa limite tient \u00e0 un exc\u00e8s de d\u00e9mocratie qui devient aujourd\u2019hui un handicap. Le minimum attendu d’un \u00c9tat, c’est qu’il r\u00e9fl\u00e9chisse longuement et prenne toutes les pr\u00e9cautions n\u00e9cessaires pour \u00eatre conforme aux r\u00e9glementations qu’il a lui-m\u00eame cr\u00e9\u00e9es. Une fois cela fait, il faut passer \u00e0 l’action sans faiblir. Or il tremble en permanence.<\/p>\n\n\n\n Prenons l’exemple de l’a\u00e9roport de Notre-Dame-des-Landes. Nous remportons la concession, les \u00e9tudes sont r\u00e9alis\u00e9es, la construction est sur le point de d\u00e9buter. Puis les opposants arrivent. L\u2019\u00c9tat, un peu emp\u00eatr\u00e9, d\u00e9cide d’organiser un r\u00e9f\u00e9rendum. R\u00e9sultat : OUI, il faut le faire. Et pourtant, l\u2019\u00c9tat d\u00e9cide de ne pas le faire. Et plus de huit ann\u00e9es apr\u00e8s cette d\u00e9cision, il n\u2019y a toujours pas de nouveau projet sur l\u2019a\u00e9roport de Nantes dont le trafic a \u00e9videmment continu\u00e9 \u00e0 progresser !<\/p>\n\n\n\n\n Aujourd’hui, aucun projet un peu ambitieux en France ne se r\u00e9alise en moins de quelques ann\u00e9es, voire d\u00e9cennies, car l’\u00c9tat manque souvent de d\u00e9termination.<\/p>\n\n\n\n La bonne m\u00e9thode consiste \u00e0 se concentrer sur l\u2019amont : j\u2019\u00e9tudie, je consulte, je fais des enqu\u00eates lorsque le projet n\u2019est pas encore compl\u00e8tement abouti, je d\u00e9cide et ensuite, je ne fl\u00e9chis pas.<\/p>\n\n\n\n C’est m\u00eame pire : ils vont sophistiquer le processus, mais oublier la finalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Prenons l’exemple du \u00ab z\u00e9ro artificialisation nette \u00bb (ZAN). Chez Vinci, nous nous sommes engag\u00e9s \u00e0 l’atteindre dans le cadre de notre activit\u00e9 immobili\u00e8re en 2030, soit vingt ans avant l’\u00e9ch\u00e9ance de la loi Climat et r\u00e9silience. Que fait l\u2019\u00c9tat ? Il l’impose comme si le pays \u00e9tait homog\u00e8ne et qu’une r\u00e8gle d\u00e9cid\u00e9e d’en haut pouvait s’appliquer sur tout le territoire. <\/p>\n\n\n\n \u00c0 peine cette loi \u00e9tait-elle entr\u00e9e en vigueur que la question du logement des personnels a aussit\u00f4t \u00e9t\u00e9 soulev\u00e9e \u00e0 Dunkerque, o\u00f9 de nombreuses usines doivent s\u2019implanter, ce qui a conduit \u00e0 assouplir la loi. Conclusion : elle a \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diatement contourn\u00e9e, preuve qu\u2019elle \u00e9tait inadapt\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est cela, la principale tension entre le monde public et le monde priv\u00e9 : le premier vit encore comme si tous les leviers lui appartenaient.<\/p>Xavier Huillard<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n L\u2019\u00c9tat continue de croire en la pens\u00e9e magique et de vouloir tout faire : la vision, le financement et l\u2019ex\u00e9cution. Or la vie, c\u2019est 2 % de r\u00e9flexion et 98 % d\u2019effort et l\u2019\u00c9tat n\u2019a plus les moyens de financer et pas non plus la capacit\u00e9 de tout mettre en \u0153uvre. Ses visions se heurtent souvent \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de l’ex\u00e9cution. <\/p>\n\n\n\n C’est une impasse. Il pourrait donc l\u00e9gitimement se consacrer \u00e0 la vision et d\u00e9l\u00e9guer la mise en \u0153uvre au travers d\u2019un contrat de d\u00e9l\u00e9gation qui fixe les missions et responsabilit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n Et des cages !<\/p>\n\n\n\n En France, nous avons une fonction publique, au sens large, qui vit dans la nostalgie d\u2019une \u00e9poque r\u00e9volue : celle o\u00f9 elle avait la capacit\u00e9 d\u2019\u00e9laborer des visions, de les mettre en \u0153uvre gr\u00e2ce \u00e0 ses propres bureaux d\u2019\u00e9tudes et structures de ma\u00eetrise d\u2019ouvrage, et de les financer, puisqu\u2019elle avait aussi l\u2019argent. Elle avait donc tout le clavier.<\/p>\n\n\n\n Aujourd\u2019hui, ce clavier s\u2019est appauvri. Mais les acteurs du syst\u00e8me restent dans la nostalgie de ce temps. Depuis vingt ans, je comptais sur un changement de g\u00e9n\u00e9ration, en me disant que les nouveaux hauts fonctionnaires et responsables politiques comprendraient qu\u2019il est passionnant d\u2019\u00e9laborer des visions, de d\u00e9finir des cadres et des r\u00e9gulations, et qu\u2019il n\u2019est pas tr\u00e8s grave si la mise en \u0153uvre est confi\u00e9e \u00e0 d\u2019autres.<\/p>\n\n\n\n Or je constate que ce n\u2019est pas le cas. On est toujours dans cette nostalgie. C\u2019est cela, la principale tension entre le monde public et le monde priv\u00e9 : le premier vit encore comme si tous les leviers lui appartenaient.<\/p>\n\n\n\n Quand vous mettez autour d\u2019une table des leaders d\u2019opinion \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019une agglom\u00e9ration ou d\u2019un d\u00e9partement, m\u00eame sur un sujet potentiellement tr\u00e8s conflictuel, ils trouvent un terrain d\u2019entente. Chacun peut arriver avec des id\u00e9es diam\u00e9tralement oppos\u00e9es sur la mani\u00e8re d\u2019agir, mais ils vont avoir quelque chose en commun : l\u2019amour de leur territoire. <\/p>\n\n\n\n Oui. Je constate qu\u2019au niveau de l\u2019Europe, cet amour du territoire n\u2019existe quasiment pas, et qu\u2019au niveau national, en France, il n\u2019existe plus beaucoup. Quand vous r\u00e9unissez les m\u00eames acteurs, ils continuent \u00e0 s\u2019affronter parce qu\u2019ils n\u2019ont rien en commun. <\/p>\n\n\n\n En r\u00e9alit\u00e9, lorsqu\u2019ils entrent en r\u00e9union, ils n\u2019ont rien de partag\u00e9. En revanche, au niveau local, on peut d\u00e9placer le sujet et r\u00e9ussir \u00e0 faire bouger les montagnes, parce qu\u2019ils ont ensemble quelque chose de tr\u00e8s fort.<\/p>\n\n\n\n En conclusion, la m\u00e8re de toutes les batailles en termes de gouvernance et de capacit\u00e9 d\u2019action, c\u2019est la d\u00e9centralisation.<\/p>\n\n\n\n En France, tout le monde est dans l\u2019illusion que le pays s\u2019est d\u00e9centralis\u00e9 en 1982. En v\u00e9rit\u00e9, on a d\u00e9centralis\u00e9 les d\u00e9penses, mais pas les recettes. On a donc cr\u00e9\u00e9 des \u00e9lus locaux d\u00e9pendants. Les collectivit\u00e9s locales, quel que soit leur niveau, ont \u00e9t\u00e9 maintenues dans un \u00e9tat de d\u00e9pendance quasi totale. Cela s\u2019est encore renforc\u00e9 au moment des crises r\u00e9centes, notamment lors de la pand\u00e9mie, quand l\u2019\u00c9tat a repris avec empressement des dizaines de leviers de pouvoir. <\/p>\n\n\n\n C\u2019est la subsidiarit\u00e9. Il faut un cadre europ\u00e9en qui fixe des orientations claires : par exemple, ne pas demander \u00e0 chaque pays de construire individuellement un mix \u00e9nerg\u00e9tique \u00e9quilibr\u00e9 entre nucl\u00e9aire, \u00e9olien et autres sources, mais raisonner \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du continent. <\/p>\n\n\n\n Ce cadre doit rester global, sans \u00eatre trop pr\u00e9cis et il n\u2019en sera que mieux respect\u00e9.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est le principe de la pyramide invers\u00e9e. L\u2019id\u00e9e est que les v\u00e9ritables h\u00e9ros ne sont pas les dirigeants, mais les gens de terrain. Notre r\u00f4le n\u2019est pas de nous mettre en avant, mais de cr\u00e9er les conditions pour que ceux qui sont \u00e0 la base puissent s\u2019exprimer pleinement et progresser vers davantage d\u2019autonomie et de responsabilit\u00e9. Nous sommes davantage des coachs, des facilitateurs et des responsables du cadre strat\u00e9gique global.<\/p>\n\n\n\n La m\u00e8re de toutes les batailles en termes de gouvernance et de capacit\u00e9 d\u2019action, c\u2019est la d\u00e9centralisation.<\/p>Xavier Huillard<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Pour illustrer cela, je n\u2019ai jamais sign\u00e9 beaucoup plus que quelques notes de service chaque ann\u00e9e. Les h\u00e9ros, ce ne sont pas les dirigeants, mais bien ceux qui sont sur le terrain, au contact des clients et des territoires.<\/p>\n\n\n\n Beaucoup s\u2019opposent fortement \u00e0 ces id\u00e9es, influenc\u00e9s par un discours ambiant qui d\u00e9cr\u00e9dibilise les collectivit\u00e9s locales, en les accusant de gaspiller leurs moyens ou de refuser d\u2019assumer des responsabilit\u00e9s, comme lors de la crise du Covid. Or cette crise aurait \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion id\u00e9ale de renforcer leur r\u00f4le. Les \u00e9lus locaux connaissent leur territoire et auraient pu \u00e9laborer leurs propres r\u00e8gles g\u00e9n\u00e9rales pour y faire face. L\u2019\u00c9tat, au contraire, a impos\u00e9 des directives excessivement d\u00e9taill\u00e9es : souvenez-vous des dizaines de pages pour expliquer comment les clubs de tir \u00e0 l\u2019arc devaient s\u2019organiser face \u00e0 la pand\u00e9mie.<\/p>\n\n\n\n Pour moi, la m\u00e8re de toutes les batailles \u00e9conomiques reste l\u2019\u00e9nergie. <\/p>\n\n\n\n Mais, sur le plan de la gouvernance, la clef, c\u2019est la d\u00e9centralisation. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Une conversation fleuve avec le pr\u00e9sident de Vinci sur la r\u00e9volution g\u00e9opolitique et \u00e9nerg\u00e9tique qui vient.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":333666,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-interviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"_yoast_wpseo_estimated-reading-time-minutes":21,"footnotes":""},"categories":[1730],"tags":[],"staff":[1553,3533,1697],"editorial_format":[4854],"serie":[],"audience":[],"geo":[1917],"class_list":["post-333577","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-energie-et-environnement","staff-gilles-gressani","staff-pierre-etienne-franc","staff-ramona-bloj","editorial_format-entretiens","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":"default","_thumbnail_id":333666,"excerpt":" Une conversation fleuve avec le pr\u00e9sident de Vinci sur la r\u00e9volution g\u00e9opolitique et \u00e9nerg\u00e9tique qui vient.","display_date":"","new_abstract":true},"yoast_head":"\nEn quel sens ?<\/h3>\n\n\n\n
Et qu’est-ce que cela dit de nous ? Comment aurait-on pu s’y pr\u00e9parer en France et en Europe ?<\/h3>\n\n\n\n
Pourtant, depuis le retour de Donald Trump au pouvoir et au cours de ce second mandat de la Commission von der Leyen, on observe en Europe un certain recul sur les objectifs climatiques qui avaient d\u00e9fini son premier mandat. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?<\/h3>\n\n\n\n
\n <\/picture>\n
\n <\/picture>\n Pourquoi vit-on aujourd’hui cette r\u00e9volution \u00e9lectrique ? Quels sont les acteurs qui la portent et quelles sont les ruptures technologiques ?<\/h3>\n\n\n\n
En 2024, la Chine a en effet b\u00e2ti toute la capacit\u00e9 install\u00e9e europ\u00e9enne, et m\u00eame plus que celle install\u00e9e aux \u00c9tats-Unis, en une seule ann\u00e9e.<\/h3>\n\n\n\n
Pourquoi y arrivent-ils ? <\/h3>\n\n\n\n
Il y a un point commun entre la Chine et l’Europe : toutes deux sont relativement pauvres en \u00e9nergie. Est-ce un \u00e9l\u00e9ment que la Chine prend mieux en compte dans sa strat\u00e9gie de s\u00e9curit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, alors que l’Europe, malgr\u00e9 les le\u00e7ons tir\u00e9es de sa d\u00e9pendance \u00e0 l’\u00e9gard de la Russie, n’arrive toujours pas \u00e0 int\u00e9grer pour acc\u00e9l\u00e9rer sa transition ?<\/h3>\n\n\n\n
Ce qui nous manque, c’est une vision d’ensemble ?<\/h3>\n\n\n\n
Pourquoi ?<\/h3>\n\n\n\n
Et en m\u00eame temps, elle accepte des achats de 600 milliards de dollars de gaz de schiste am\u00e9ricain.<\/h3>\n\n\n\n
Comment sort-on de cette boucle-l\u00e0 ?<\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Depuis l’ann\u00e9e derni\u00e8re, le nombre de jours o\u00f9 le prix de l’\u00e9lectricit\u00e9 est n\u00e9gatif ne cesse d’augmenter. Voyez-vous \u00e9merger des projets europ\u00e9ens pour r\u00e9soudre ce probl\u00e8me gr\u00e2ce \u00e0 l’interconnexion ou au stockage ?<\/h3>\n\n\n\n
La sociologie du Parti communiste chinois mise en avant par Xi Jinping est une sociologie d’ing\u00e9nieurs<\/a>. Est-ce ce type d\u2019approche qui nous manque aujourd\u2019hui ?<\/h3>\n\n\n\n
Chez vous, la notion de gouvernance est toujours \u00e9troitement associ\u00e9e \u00e0 celle de la mise en \u0153uvre. En Europe, on observe une instabilit\u00e9 dans la capacit\u00e9 de la gouvernance \u00e0 se traduire concr\u00e8tement. \u00c0 l’inverse, on constate en Chine une plus grande capacit\u00e9 de l’\u00c9tat \u00e0 mettre en \u0153uvre des projets. Comment r\u00e9agissez-vous face \u00e0 ce paradoxe ?<\/h3>\n\n\n\n
La prosp\u00e9rit\u00e9 de l\u2019Occident repose sur l\u2019articulation entre deux dynamiques : une capacit\u00e9 technique en constante progression et un progr\u00e8s social associ\u00e9. C’est sans doute le \u00ab miracle \u00bb des trois derniers si\u00e8cles : le progr\u00e8s technique a \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9 d’un progr\u00e8s social, ce qui n’\u00e9tait pas le cas au Moyen \u00c2ge o\u00f9 les avanc\u00e9es techniques ne s’accompagnaient pas de redistribution. Aujourd’hui, on constate une rupture. Aux \u00c9tats-Unis, notamment dans le discours de la Silicon Valley, certains cherchent \u00e0 dissocier innovation et prosp\u00e9rit\u00e9 sociale, affirmant que la d\u00e9mocratie ou la redistribution limitent le potentiel d’innovation, allant m\u00eame jusqu’\u00e0 \u00e9voquer la g\u00e9n\u00e9tique raciale. En Chine, le lien entre progr\u00e8s technique et prosp\u00e9rit\u00e9 sociale est maintenu, mais uniquement au prix d’un renoncement \u00e0 la libert\u00e9 individuelle. N’y a-t-il pas un danger \u00e0 ce que cette nouvelle r\u00e9volution industrielle et \u00e9lectrique repose sur une matrice qui rompt avec les principes m\u00eames des Lumi\u00e8res ?<\/h3>\n\n\n\n
Par o\u00f9 cette autorit\u00e9 doit-elle passer \u2014 et au d\u00e9triment de qui ?<\/h3>\n\n\n\n
\n <\/picture>\n
\n <\/picture>\n N’est-ce pas plut\u00f4t que les d\u00e9mocraties occidentales se concentrent d\u00e9sormais davantage sur le processus que sur le r\u00e9sultat ? On a multipli\u00e9 les r\u00e8gles pour encadrer le processus, mais on oublie parfois l’objectif final.<\/h3>\n\n\n\n
Ce blocage, fond\u00e9 sur une vision du pr\u00e9sent et du processus, traduit en r\u00e9alit\u00e9 l\u2019absence d\u2019une vision pr\u00e9cise du futur. Ce qui frappe lorsqu\u2019on observe la Chine ou les \u00c9tats-Unis aujourd\u2019hui, c\u2019est qu\u2019ils disposent tous deux de syst\u00e8mes porteurs de visions du futur, qui ne nous s\u00e9duisent pas forc\u00e9ment, mais qui apparaissent relativement coh\u00e9rentes. La Silicon Valley, par exemple, projette un avenir dans lequel quelques milliardaires tr\u00e8s intelligents vivraient mille ans, tandis que la grande majorit\u00e9 de la population \u00e9voluerait dans des mondes virtuels gr\u00e2ce \u00e0 des Oculus Rift, dans des garages\u2026<\/h3>\n\n\n\n
Le Parti communiste chinois pr\u00f4ne une vision qui s\u00e9duit le monde des ing\u00e9nieurs et de la tech : un pays g\u00e9r\u00e9 de fa\u00e7on rationnelle. On a simplement oubli\u00e9 un \u00e9l\u00e9ment : la libert\u00e9 humaine. Il y a une ligne qui relie les Laogai de Mao aux algorithmes de Xi<\/a>. Et nous, face \u00e0 cela, nous voyons bien que nous n’avons pas de vision du futur. Mais n’est-ce pas justement ce point de blocage paradoxal qui explique pourquoi nous ne savons plus s’il faut construire une autoroute ou un a\u00e9roport ?<\/h3>\n\n\n\n
Que faire ?<\/h3>\n\n\n\n
C’est donc une question d’\u00e9chelle ?<\/h3>\n\n\n\n
Comment concilier cela avec la n\u00e9cessit\u00e9 d’un raisonnement \u00e0 l’\u00e9chelle europ\u00e9enne ? <\/h3>\n\n\n\n
On entend tr\u00e8s rarement des voix d\u00e9fendre explicitement la subsidiarit\u00e9 comme principe d\u2019action. Est-ce que vous diriez que c’est votre culture d’ing\u00e9nieur technique qui vous a fait venir sur ce sujet-l\u00e0 ?<\/h3>\n\n\n\n