{"id":333378,"date":"2026-05-13T18:00:00","date_gmt":"2026-05-13T16:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=333378"},"modified":"2026-05-13T18:03:04","modified_gmt":"2026-05-13T16:03:04","slug":"le-modele-meloni-nexiste-pas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/05\/13\/le-modele-meloni-nexiste-pas\/","title":{"rendered":"Le mod\u00e8le Meloni n\u2019existe pas"},"content":{"rendered":"\n
La contre-r\u00e9volution nationaliste qui a marqu\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es est n\u00e9e en r\u00e9action \u00e0 une r\u00e9volution amorc\u00e9e dans les ann\u00e9es 1960, parvenue \u00e0 son apog\u00e9e dans les ann\u00e9es 1990 et entr\u00e9e en crise au tournant des ann\u00e9es 2010.<\/p>\n\n\n\n
Sa dynamique reposait sur une conviction radicale : un ordre d\u00e9politis\u00e9, articul\u00e9 autour d’une \u00e9thique universaliste, des droits individuels, de l’\u00c9tat de droit et des m\u00e9canismes du march\u00e9, aurait suffi \u00e0 garantir l’\u00e9mancipation maximale des individus ainsi qu’un progr\u00e8s rapide et continu \u00e0 l’\u00e9chelle plan\u00e9taire. Elle s’est effondr\u00e9e sous le poids de son propre utopisme et de promesses hyperboliques qu’elle n’a pas su \u2014 et n’aurait pu \u2014 tenir.<\/p>\n\n\n\n
En r\u00e9action, une r\u00e9bellion s’est constitu\u00e9e lentement et confus\u00e9ment contre un mill\u00e9narisme port\u00e9 par une anthropologie unilat\u00e9rale, inapte \u00e0 saisir la complexit\u00e9 humaine dans ses contradictions, et nourrie d’abstractions qui arrachaient les personnes \u00e0 leurs contextes, fussent-ils historiques ou g\u00e9ographiques.<\/p>\n\n\n\n
Cette r\u00e9bellion a finalement pris la forme d\u2019une contre-r\u00e9volution<\/a> de matrice nationaliste <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 en juger par la situation pr\u00e9sente, force est de constater que cette contre-r\u00e9volution est loin d’\u00eatre essouffl\u00e9e. Pourtant, alors m\u00eame qu’elle est en marche depuis au moins une d\u00e9cennie, si l\u2019on s’interroge sur le nouvel ordre qu’elle entend \u00e9difier pour remplacer celui qu’elle rejette, la r\u00e9ponse se d\u00e9robe. M\u00eame si l\u2019analyse n\u00e9gative de la modernit\u00e9 tardive qu\u2019elle v\u00e9hicule semble fond\u00e9e \u00e0 bien des \u00e9gards, il faut admettre qu\u2019elle est incapable de proposer un rem\u00e8de efficace. <\/p>\n\n\n\n Les pages de cette revue ont le m\u00e9rite d\u2019avoir consacr\u00e9 de l\u2019espace et une attention syst\u00e9matique \u00e0 l\u2019\u00e9laboration intellectuelle<\/a> qui a accompagn\u00e9 la deuxi\u00e8me ascension de Donald Trump \u00e0 la pr\u00e9sidence des \u00c9tats-Unis <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Pourtant, plus on examine ces textes, plus s’impose l’impression d’un d\u00e9bat rest\u00e9 \u00e0 la surface, min\u00e9 par des contradictions flagrantes \u2014 au sein m\u00eame de la pens\u00e9e de chaque auteur, et plus encore, parfois brutalement, d’un auteur \u00e0 l’autre. La question demeure \u00e9galement ouverte de l’incidence r\u00e9elle de cette r\u00e9flexion sur les choix de la Maison-Blanche. Comme toujours dans les phases d’interr\u00e8gne, le sommet des institutions, d\u00e8s lors que celles-ci ne sont plus r\u00e9gies par des r\u00e8gles partag\u00e9es, est livr\u00e9 \u00e0 l’improvisation \u2014 quand ce n’est pas \u00e0 des psychoses narcissiques<\/a>. L\u2019hostilit\u00e9 envers l\u2019ordre ancien, moribond, est du reste si violente qu\u2019elle r\u00e9compense l\u2019outrage et la provocation, fussent-ils parfaitement futiles.<\/p>\n\n\n\n De ces conditions na\u00eet un cercle vicieux propre \u00e0 la contre-r\u00e9volution : toute \u00e9laboration intellectuelle court le risque d’\u00eatre tenue, par ceux qui d\u00e9tiennent le pouvoir, non seulement pour inutile mais pour nuisible. D’autant plus que cette contre-r\u00e9volution se r\u00e9v\u00e8le st\u00e9rile. L’ordre h\u00e9rit\u00e9 de la r\u00e9volution radicale de la fin du XXe si\u00e8cle para\u00eet si solidement ancr\u00e9 qu’on imagine mal comment il pourrait se d\u00e9sint\u00e9grer autrement qu’au prix d’un \u00e9v\u00e9nement catastrophique. Or il para\u00eet plus improbable encore que les opinions publiques des d\u00e9mocraties avanc\u00e9es \u2014 m\u00e9fiantes mais soucieuses de pr\u00e9server leurs biens et leurs privil\u00e8ges \u2014 consentent, en l’\u00e9tat actuel des choses, \u00e0 se laisser entra\u00eener vers une apocalypse. L’administration Trump elle-m\u00eame, qui s’efforce pourtant de d\u00e9manteler l’ordre ancien \u00e0 tout prix, reste plus radicale en paroles qu’en actes.<\/p>\n\n\n\n Fruit d\u2019une lassitude collective plus que d\u2019un choix proactif, la victoire de Meloni fut sobre et d\u00e9pourvue de l\u2019enthousiasme qui accompagne les grands tournants historiques.<\/p>Giovanni Orsina<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n En r\u00e9v\u00e9lant le caract\u00e8re profond\u00e9ment antinomique du mouvement nationaliste international, l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration spectaculaire du pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis a d’ailleurs fini par le mettre sous une forte pression. Pour d\u00e9samorcer cette contradiction et parvenir \u00e0 rassembler en une alliance mondiale tous ceux qui accordent la priorit\u00e9 aux \u00e9go\u00efsmes nationaux, il faudrait une tout autre capacit\u00e9 d’autolimitation et, pr\u00e9cis\u00e9ment, de r\u00e9flexion culturelle. La d\u00e9faite m\u00eame de Viktor Orb\u00e1n en Hongrie, quoique imputable en grande partie \u00e0 des causes internes, peut \u00eatre lue comme le signe que le nationalisme ne sait rien faire d’autre que freiner et entraver l’ordre auquel il s’oppose. Faute d’une vision permettant de repenser un globe interconnect\u00e9, la contre-r\u00e9volution est vou\u00e9e \u00e0 demeurer le sympt\u00f4me d’une crise profonde \u2014 et non son rem\u00e8de.<\/p>\n\n\n\n Dans ce contexte, la victoire en Italie d’une coalition de destra-centro<\/em> <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span> aux \u00e9lections de 2022 et l’accession de Giorgia Meloni \u00e0 la t\u00eate du gouvernement ont fait de la p\u00e9ninsule un laboratoire de la contre-r\u00e9volution nationaliste, et de la dirigeante de Fratelli d’Italia un exemple cr\u00e9dible pour les conservateurs. Le cas italien est d’autant plus instructif que la p\u00e9ninsule est volontiers per\u00e7ue comme un \u00ab laboratoire politique \u00bb o\u00f9 s’annoncent des ph\u00e9nom\u00e8nes appel\u00e9s \u00e0 se d\u00e9ployer ensuite ailleurs \u2014 du berlusconisme au Mouvement 5 \u00c9toiles pour ne citer que l’histoire r\u00e9cente. Giorgia Meloni est ainsi devenue un cas d’\u00e9cole, et a presque impos\u00e9 un mod\u00e8le.<\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s bient\u00f4t quatre ans de melonismo<\/em>, il est donc l\u00e9gitime de se demander non seulement si la contre-r\u00e9volution italienne est enfin \u00ab rentr\u00e9e au port \u00bb <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>, mais aussi dans quelle mesure l’\u0153uvre de Giorgia Meloni pourrait servir de prototype reproductible et ouvrir la voie \u00e0 d’autres contre-r\u00e9volutions nationalistes.<\/p>\n\n\n\n Ce que nous nous efforcerons de montrer, c’est que s’il est possible de d\u00e9gager les contours d’un \u00ab melonisme \u00bb \u00e0 partir de cette exp\u00e9rience, il serait illusoire d’y voir, au-del\u00e0 de la carri\u00e8re politique de l’actuelle pr\u00e9sidente du Conseil, un mod\u00e8le politique transposable.<\/p>\n\n\n\n Giorgia Meloni n\u2019a pas remport\u00e9 les \u00e9lections de 2022 gr\u00e2ce \u00e0 la pouss\u00e9e enthousiaste d\u2019une vague nationaliste. Elle n\u2019a re\u00e7u aucun mandat id\u00e9ologique de la part des Italiens. Deux chiffres suffisent \u00e0 s\u2019en rendre compte : sur 63,9 % de participation, 43,8 % des voix ont \u00e9t\u00e9 recueillies par la coalition de centre-droit, soit un peu plus d\u2019un quart de l\u2019\u00e9lectorat. La dirigeante de Fratelli d\u2019Italia s\u2019est donc impos\u00e9e dans un climat de r\u00e9signation apparu \u00e0 l\u2019issue d\u2019un cycle d\u2019agitation politique d\u2019une d\u00e9cennie qui s\u2019\u00e9tait r\u00e9v\u00e9l\u00e9, pour la \u00e9ni\u00e8me fois, incapable d\u2019enrayer le d\u00e9clin italien <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Ce cycle a d\u00e9but\u00e9 en 2013, au lendemain de l\u2019exp\u00e9rience pro-europ\u00e9enne et technocratique du gouvernement de Mario Monti, avec l\u2019explosion \u00e9lectorale du Mouvement 5 \u00c9toiles. Il s\u2019est poursuivi avec la tentative de Matteo Renzi de vaincre le populisme en combinant dynamisme r\u00e9formiste et imitation des m\u00e9thodes populistes elles-m\u00eames \u2014 et avec son \u00e9chec. Le Mouvement 5 \u00c9toiles a ensuite form\u00e9 un gouvernement pour toute une l\u00e9gislature, de 2018 \u00e0 2022, s\u2019alliant d\u2019abord avec la droite puis avec la gauche, pour finalement soutenir le gouvernement, lui aussi pro-europ\u00e9en et technocratique, dirig\u00e9 par Mario Draghi \u2014 soit l\u2019exact oppos\u00e9 de tout ce que Beppe Grillo avait toujours repr\u00e9sent\u00e9. Entre-temps, le leader souverainiste de la Ligue Matteo Salvini, avait connu la trajectoire d\u2019une sorte d\u2019\u00e9toile filante en s\u2019\u00e9teignant \u00e0 toute vitesse apr\u00e8s avoir atteint son z\u00e9nith politique.<\/p>\n\n\n\n La v\u00e9ritable essence du melonismo<\/em> n\u2019est pas tant \u00e0 rechercher sur le plan de la culture politique ou de l\u2019id\u00e9ologie que sur le plan anthropologique. <\/p>Giovanni Orsina<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Entre les deux Mario \u2014 Draghi et Monti \u2014 de 2011 \u00e0 2022, l\u2019Italie a essay\u00e9 et \u00e9puis\u00e9 toutes les options possibles. En votant pour Meloni \u00e0 la fin de ce cycle, les \u00e9lecteurs se sont tourn\u00e9s vers le seul leadership qui n\u2019avait pas encore \u00e9t\u00e9 us\u00e9 par les compromis et la gestion quotidienne du pouvoir. <\/p>\n\n\n\n Fruit d\u2019une lassitude collective plus que d\u2019un choix proactif, ce fut une victoire sobre, d\u00e9pourvue de l\u2019enthousiasme qui accompagne les grands tournants historiques. La premi\u00e8re femme \u00e0 pr\u00e9sider le Conseil des ministres n\u2019a pas cherch\u00e9 \u00e0 incarner la libert\u00e9 qui pousse le peuple \u00e0 monter aux barricades. Elle a offert le visage d’une dirigeante fiable, les pieds sur terre, capable d’assurer la protection et de tourner la page d’un leadership masculin qui avait marqu\u00e9 la d\u00e9cennie populiste. Pour prendre la juste mesure des 63,9 % d’\u00e9lecteurs qui se sont rendus aux urnes en 2022, il faut rappeler qu’ils \u00e9taient plus de 75 % en 2013. Les derni\u00e8res \u00e9lections l\u00e9gislatives italiennes ont donc constitu\u00e9 une d\u00e9ception, non le signe avant-coureur d’une acc\u00e9l\u00e9ration contre-r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n\n\n\n On commet d\u2019ordinaire deux erreurs d\u2019interpr\u00e9tation en essayant de comprendre le ph\u00e9nom\u00e8ne Meloni<\/p>\n\n\n\n La premi\u00e8re, et la plus grave, consiste \u00e0 vouloir comprendre ce ph\u00e9nom\u00e8ne politique \u2014 ou plut\u00f4t \u00e0 le diaboliser \u2014 en le situant dans le prolongement direct du fascisme. En Italie, cette erreur a \u00e9t\u00e9 nourrie par la fragilit\u00e9 chronique de la gauche politique et par le sectarisme d’une grande partie de la culture progressiste, relay\u00e9e par une minorit\u00e9 substantielle de l’opinion publique. Hors d’Italie, elle tient aussi \u00e0 la paresse de journalistes qui n’ont pas pris la peine de corriger l’image st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e que leurs lecteurs se font de la p\u00e9ninsule \u2014 pizzas, mandoline et chemises noires.<\/p>\n\n\n\n Il ne fait aucun doute que Fratelli d’Italia se pr\u00e9sente \u2014 jusque dans son logo, qui reprend le symbole de la flamme \u2014 comme le dernier h\u00e9ritier du Mouvement social italien (MSI), o\u00f9 coexistaient des composantes clairement n\u00e9ofascistes. Les d\u00e9cennies ont toutefois pass\u00e9 et, en particulier depuis la fin de la Guerre froide, cette tradition politique a connu une profonde m\u00e9tamorphose <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. On peut soutenir, et non sans arguments solides, que cette r\u00e9pudiation aurait gagn\u00e9 \u00e0 \u00eatre plus convaincante. Mais il n’est pas davantage possible d’ignorer les occasions d\u00e9sormais innombrables o\u00f9 Meloni a explicitement et clairement d\u00e9savou\u00e9 le r\u00e9gime fasciste et manifest\u00e9 son adh\u00e9sion aux valeurs constitutionnelles.<\/p>\n\n\n\n\n\n Il suffit de lire le discours qu\u2019elle a prononc\u00e9 \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s lors de la c\u00e9r\u00e9monie solennelle de son investiture au gouvernement, le 25 octobre 2022. La pr\u00e9sidente du Conseil d\u00e9clarait alors : \u00ab la libert\u00e9 et la d\u00e9mocratie sont les \u00e9l\u00e9ments distinctifs de la civilisation europ\u00e9enne contemporaine, auxquels je me suis toujours identifi\u00e9e\u2026 je n\u2019ai jamais \u00e9prouv\u00e9 de sympathie ni de proximit\u00e9 envers les r\u00e9gimes antid\u00e9mocratiques \u2014 aucun r\u00e9gime, y compris le fascisme, et j\u2019ai toujours consid\u00e9r\u00e9 les lois raciales de 1938 comme le point le plus bas de l\u2019histoire italienne, une honte qui marquera notre peuple \u00e0 jamais \u00bb. Elle ajoutait : \u00ab la communaut\u00e9 politique dont je suis issue a toujours progress\u00e9 vers une historicisation pleine et consciente du XXe si\u00e8cle, elle a assum\u00e9 d\u2019importantes responsabilit\u00e9s gouvernementales, en pr\u00eatant serment sur la Constitution r\u00e9publicaine, comme nous avons eu l\u2019honneur de le faire il y a encore quelques heures. Elle a affirm\u00e9 et incarn\u00e9 sans aucune ambigu\u00eft\u00e9 les valeurs de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale, qui sont le fondement de l\u2019identit\u00e9 commune du centre-droit italien et dont nous ne nous \u00e9carterons pas d\u2019un centim\u00e8tre. Nous combattrons toute forme de racisme, d\u2019antis\u00e9mitisme, de violence politique et de discrimination \u00bb <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Voir dans ces d\u00e9clarations une apologie cach\u00e9e de Benito Mussolini rel\u00e8ve \u00e0 tout le moins de la mauvaise foi.<\/p>\n\n\n\n La deuxi\u00e8me erreur de perspective, moins grave que la pr\u00e9c\u00e9dente, a consist\u00e9 \u00e0 r\u00e9duire le \u00ab melonisme \u00bb \u00e0 une forme de populisme. N\u00e9 \u00e0 la veille du cycle d\u2019agitation politique de 2013-2022, Fratelli d\u2019Italia s\u2019est certes adress\u00e9 directement aux citoyens en utilisant les arguments dichotomiques et moralisateurs consid\u00e9r\u00e9s comme typiques de la rh\u00e9torique populiste, en opposant le peuple vertueux \u00e0 un establishment<\/em> autor\u00e9f\u00e9rentiel et corrompu \u2014 l\u2019Union europ\u00e9enne et sa bureaucratie, les grands centres de la finance internationale, l\u2019intelligentsia progressiste retranch\u00e9e derri\u00e8re la pens\u00e9e unique. Et l\u2019\u00e9lectorat de ce parti, qui comprend une part ind\u00e9niable de populisme \u2014 voire de complotisme \u2014 a sans nul doute appr\u00e9ci\u00e9 <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Mais les racines de la tradition politique \u00e0 laquelle se rattache Fratelli d\u2019Italia remontent \u00e0 bien avant la d\u00e9cennie populiste. Lorsque Giorgia Meloni a fond\u00e9 son parti, elle disposait d\u00e9j\u00e0 d’une solide carri\u00e8re politique ainsi que d’une exp\u00e9rience minist\u00e9rielle. Elle a par ailleurs rejet\u00e9 explicitement le populisme, qu\u2019elle a qualifi\u00e9 \u00ab d\u2019antivision \u00bb fond\u00e9e sur la poursuite d\u2019humeurs sociales \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, alors que, selon elle, la politique devrait savoir guider la soci\u00e9t\u00e9 sur la base d\u2019un projet clair et coh\u00e9rent <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Ainsi, si Fratelli d\u2019Italia \u00e9tait au d\u00e9part une petite entit\u00e9 politique, elle a su se doter d\u2019une structure hi\u00e9rarchique h\u00e9riti\u00e8re de la tradition des partis de masse du XXe si\u00e8cle. Sa direction n\u2019est pas compos\u00e9e d\u2019outsiders<\/em> \u00e9trangers \u00e0 la vie publique mais de politiciens de carri\u00e8re et de longue date, dont la s\u00e9lection intervient apr\u00e8s un long parcours sur le terrain et r\u00e9compense le militantisme et la fid\u00e9lit\u00e9. Notons enfin que le parti ne rejette pas la dialectique politique traditionnelle entre la droite et la gauche, comme le font souvent les populistes. Au contraire, il s\u2019appuie dessus et m\u00eame la renforce.<\/p>\n\n\n\n Si ni l\u2019\u00e9tiquette de populiste, ni, a fortiori<\/em>, celle de fasciste ne permettent de d\u00e9finir le \u00ab melonisme \u00bb, c\u2019est qu\u2019il convient, pour le comprendre, de partir non pas d\u2019un plein mais d\u2019un vide conceptuel. Il se loge dans une br\u00e8che ouverte pr\u00e9cis\u00e9ment par l’implosion du fascisme \u2014 d\u00e9pass\u00e9 comme id\u00e9ologie d\u00e8s 1945 et qui, depuis la fin de la Guerre froide, ne procure plus, m\u00eame \u00e0 ceux qui s’en r\u00e9clament, la modeste rente de position politique qu’il avait jusqu’alors assur\u00e9e au Mouvement social italien.<\/p>\n\n\n\n Ce vide a \u00e9t\u00e9 combl\u00e9 de deux mani\u00e8res : sur le plan culturel d’abord, mais aussi, plus profond\u00e9ment, sur le plan anthropologique.<\/p>\n\n\n\n En termes de culture politique, on peut avancer que le melonismo<\/em> s\u2019est arrim\u00e9 au conservatisme. \u00c0 partir de 2020-2021, lorsque la vague populiste et eurosceptique a perdu de sa vigueur, Fratelli d\u2019Italia a commenc\u00e9 \u00e0 se pr\u00e9parer \u00e0 l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 de conqu\u00e9rir le pouvoir et Giorgia Meloni a acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sidence du parti des Conservateurs et r\u00e9formistes europ\u00e9ens <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cette adh\u00e9sion explicite au conservatisme n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 uniquement instrumentale. Au contraire, la pr\u00e9sidente du Conseil a largement d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019elle savait \u00e9voluer avec aisance dans un cadre de valeurs ancr\u00e9 dans les piliers du conservatisme : r\u00e9alisme et bon sens, respect de la religion, patriotisme et d\u00e9fense de la famille traditionnelle <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Dans le m\u00eame temps, cette adh\u00e9sion n\u2019a pas non plus \u00e9t\u00e9 \u00e9tay\u00e9e par une r\u00e9flexion culturelle plus ancr\u00e9e. Si, au fil des ans, les conf\u00e9rences et les publications des fondations de ce courant n\u2019ont certes pas manqu\u00e9, il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019activit\u00e9s d\u2019une port\u00e9e modeste qui semblent s\u2019\u00eatre cantonn\u00e9es pour l\u2019essentiel entre deux p\u00f4les : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, la critique de la pens\u00e9e progressiste, accompagn\u00e9e de plaintes quant \u00e0 sa position h\u00e9g\u00e9monique, et de l\u2019autre, la r\u00e9affirmation rituelle des principes historiques de la tradition conservatrice.<\/p>\n\n\n\n Si Fratelli d\u2019Italia \u00e9tait au d\u00e9part une petite entit\u00e9 politique, elle a su se doter d\u2019une structure hi\u00e9rarchique h\u00e9riti\u00e8re de la tradition des partis de masse du XXe si\u00e8cle.<\/p>Giovanni Orsina<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Autrement dit, on n\u2019a vu aucune tentative r\u00e9elle de produire une pens\u00e9e originale, ni aucun effort pour actualiser la tradition conservatrice au XXIe si\u00e8cle. Une telle actualisation serait pourtant urgente : y a-t-il encore un sens \u00e0 parler de \u00ab patriotisme \u00bb dans une Italie o\u00f9 seuls 16 % des citoyens se disent pr\u00eats \u00e0 d\u00e9fendre leur pays <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span> ? Que signifie \u00ab famille traditionnelle \u00bb dans un \u00c9tat en pleine crise d\u00e9mographique qui, entre 2008 et 2024, a vu la proportion d\u2019enfants n\u00e9s hors mariage passer de 20 \u00e0 43 % du total <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span> ? Le gouvernement Meloni n\u2019est certes pas d\u00e9pourvu de figures intellectuelles, qui auraient pu accoucher de tels discours, mais ce vivier n\u2019a produit aucun r\u00e9sultat significatif. Si bien que depuis les \u00e9lections de 2022 jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, on ne se souvient pas de la publication d\u2019un ouvrage notable que le gouvernement aurait d\u00e9clar\u00e9 vouloir prendre pour doctrine, ne serait-ce qu\u2019en paroles. Il n\u2019existe pas non plus de revue capable de donner le ton au d\u00e9bat public.<\/p>\n\n\n\n La v\u00e9ritable essence du melonismo<\/em> n\u2019est donc pas tant \u00e0 rechercher sur le plan de la culture politique ou de l\u2019id\u00e9ologie que sur le plan anthropologique. Si le fascisme est inutilisable \u2014 voire carr\u00e9ment nuisible \u2014 et que le conservatisme n\u2019est gu\u00e8re plus qu\u2019une \u00e9tiquette, l\u2019exp\u00e9rience commune de la famille politique au sein de laquelle Meloni a grandi est autrement plus d\u00e9terminante.<\/p>\n\n\n\n Cette communaut\u00e9 n\u2019est plus marqu\u00e9e par les d\u00e9cennies qu\u2019elle a pass\u00e9es \u00e0 nourrir la nostalgie du fascisme, mais elle l\u2019est encore largement par les d\u00e9cennies pass\u00e9es \u00e0 se d\u00e9fendre contre la marginalisation extr\u00eame de ceux qui l\u2019accusaient de nourrir cette nostalgie. C’est au cours de cette p\u00e9riode que, transformant l’ostracisme et l’isolement en identit\u00e9 collective et en lien de loyaut\u00e9, cette famille politique est devenue ce qu’elle est : une tribu existentielle avant m\u00eame d’\u00eatre politique, soud\u00e9e par une s\u00e9rie de r\u00e9f\u00e9rences symboliques et un culte des martyrs \u2014 les jeunes membres du MSI tu\u00e9s pendant les ann\u00e9es de plomb <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Qu’apr\u00e8s la chute du mur de Berlin, cette famille politique ait \u00e9t\u00e9 l\u00e9gitim\u00e9e et port\u00e9e au pouvoir par Silvio Berlusconi ; qu’elle ait dirig\u00e9 le pays en 1994, de 2001 \u00e0 2006, puis de 2008 \u00e0 2011, sans compter la gestion d’innombrables r\u00e9gions et communes ; que Meloni elle-m\u00eame ait \u00e9t\u00e9 la plus jeune ministre de l’histoire d’Italie \u2014 rien de toute cette institutionnalisation n’a modifi\u00e9 l’identit\u00e9 d’origine de cette tribu : once an underdog, always an underdog<\/em>.<\/p>\n\n\n\n De cette histoire, Giorgia Meloni et son parti ont tir\u00e9 une psychologie essentiellement r\u00e9active et revendicative qui conditionne fondamentalement toutes leurs autres caract\u00e9ristiques. <\/p>\n\n\n\n Cette tribu politique na\u00eet dans un environnement hostile et se constitue comme instrument de d\u00e9fense d\u2019une minorit\u00e9 opprim\u00e9e par la force pr\u00e9pond\u00e9rante des oppresseurs. Les r\u00e9f\u00e9rences au conservatisme peuvent d\u2019ailleurs rester superficielles, \u00e0 y regarder de plus pr\u00e8s, car leur fonction principale est en fait moins de produire une pens\u00e9e autonome et originale que de g\u00e9n\u00e9rer une identit\u00e9 en opposition \u00e0 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie de la culture progressiste.<\/p>\n\n\n\n\n\n Lorsqu\u2019il est populiste, c\u2019est que le \u00ab melonisme \u00bb met l\u2019accent sur sa propre opposition aux puissants, dans une forme d\u00e9finie par Pierre Ostiguy comme \u00ab l\u2019exhibition politique antagoniste, \u00e0 des fins de mobilisation, de ce qui se trouve \u2018en bas\u2019 \u00bb <\/span>15<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Structurellement con\u00e7u comme minoritaire, il ne sait pas se projeter comme une force h\u00e9g\u00e9monique ou au pouvoir, m\u00eame lorsqu\u2019il l\u2019est. D\u00e9pourvu de culture de gouvernement, il est n\u00e9 et fait pour l\u2019opposition.<\/p>\n\n\n\n Ce cadre anthropologique \u2014 et aussi, pourrait-on dire, psychologique \u2014 semble taill\u00e9 sur mesure pour mettre en valeur le talent politique de Giorgia Meloni. On peut m\u00eame supposer qu\u2019il l\u2019a aid\u00e9e \u00e0 le d\u00e9velopper. Car ce style est lui aussi essentiellement r\u00e9actif. La pr\u00e9sidente du Conseil a un sens solide de la r\u00e9alit\u00e9 et des rapports de force, et elle pousse la m\u00e9fiance et la prudence \u00e0 des degr\u00e9s obsessionnels. Elle n\u2019anticipe jamais, ose tr\u00e8s rarement, mais se montre tr\u00e8s habile \u00e0 r\u00e9pondre \u2014 toujours apr\u00e8s avoir pris soin de laisser un temps d\u2019h\u00e9sitation \u2014 aux sollicitations que l\u2019histoire lui pr\u00e9sente. En cela, son style politique qui reste fondamentalement romain emprunte quelque chose \u00e0 l\u2019attentisme strat\u00e9gique d\u2019Angela Merkel. <\/p>\n\n\n\n Au total, se risquer \u00e0 d\u00e9finition compl\u00e8te du melonismo<\/em> pourrait ressembler \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 ceci : \u00ab une technique de gouvernement consistant \u00e0 r\u00e9agir avec un l\u00e9ger retard aux d\u00e9fis pos\u00e9s par un ordre mondialiste et post-traditionaliste encore fort mais plong\u00e9 dans une crise profonde, en puisant dans un style pragmatique s\u2019inspirant vaguement, lorsque c\u2019est possible, des valeurs traditionalistes et anti-mondialistes<\/em>. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Marqu\u00e9es davantage par l\u2019adaptation aux contraintes de la r\u00e9alit\u00e9 que par des r\u00e9formes structurelles, les trois ann\u00e9es et demi du gouvernement de centre-droit confirment cette d\u00e9finition. Sans pr\u00e9tendre ici \u00e0 une \u00e9valuation exhaustive, on peut s\u2019arr\u00eater sur deux points cruciaux : la politique europ\u00e9enne et internationale d\u2019une part ; les politiques migratoires et de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n L\u2019autonomie d\u2019un pays comme l\u2019Italie \u2014 de taille moyenne, membre de la zone euro, importateur de mati\u00e8res premi\u00e8res et exportateur de produits manufactur\u00e9s, accabl\u00e9 par une dette publique importante, en crise d\u00e9mographique et productive \u2014 ne peut passer que par une politique \u00e9trang\u00e8re coh\u00e9rente et avis\u00e9e. En th\u00e9orie, les d\u00e9tracteurs des positions nationalistes les plus agressives de Meloni ont toujours eu raison de mettre l\u2019accent sur cette r\u00e9alit\u00e9. Mais concr\u00e8tement, ces m\u00eames d\u00e9tracteurs ont souvent manqu\u00e9 de sensibilit\u00e9 politique : en d\u00e9mocratie, il faut savoir g\u00e9rer l\u2019opinion publique, il ne suffit pas de donner des le\u00e7ons de rationalit\u00e9 depuis sa chaire. C\u2019est m\u00eame contre-productif. Or \u00e0 cet \u00e9gard, en abordant la situation europ\u00e9enne et mondiale avec r\u00e9alisme tout en cherchant \u00e0 gagner en cr\u00e9dibilit\u00e9 et \u00e0 se tailler ainsi un peu d’espace pour des initiatives nationales autonomes, Meloni a sans doute mieux agi qu\u2019elle n\u2019a pr\u00each\u00e9. <\/p>\n\n\n\n Cette strat\u00e9gie s’est d’abord traduite par une gestion rigoureuse des comptes publics. L’\u00e9cart entre les obligations d’\u00c9tat italiennes et les Bunds allemands, en baisse constante depuis fin 2023, est rest\u00e9 stable sous la barre des cent points de base depuis le milieu de l’ann\u00e9e 2025. En parall\u00e8le, les agences de notation ont \u00e9valu\u00e9 positivement la strat\u00e9gie italienne de ma\u00eetrise de la dette <\/span>16<\/sup><\/a><\/span><\/span>. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, cela a permis au gouvernement de prendre sa part \u00e0 la g\u00e9opolitique interne de l\u2019Union en obtenant quelques succ\u00e8s, comme le poste de vice-pr\u00e9sident ex\u00e9cutif de la Commission pour Raffaele Fitto. Meloni a \u00e9galement jou\u00e9 un r\u00f4le non n\u00e9gligeable pour contenir les tentatives de paralysie de Viktor Orb\u00e1n en servant de m\u00e9diatrice pour \u00e9viter des blocages hongrois sur l\u2019aide \u00e0 l\u2019Ukraine et le budget de l\u2019Union. Cela n\u2019a bien s\u00fbr pas chang\u00e9 sa position vis-\u00e0-vis de l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne, au contraire. Mais elle a d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019elle avait compris que la protection de l\u2019int\u00e9r\u00eat national italien passait par la stabilit\u00e9 de la zone euro et par une implication active \u2014 m\u00eame de mani\u00e8re critique \u2014 dans les processus d\u00e9cisionnels de Bruxelles <\/span>17<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Le style politique de Giorgia Meloni, qui reste fondamentalement romain, emprunte quelque chose \u00e0 l\u2019attentisme strat\u00e9gique d\u2019Angela Merkel. <\/p>Giovanni Orsina<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n On a beaucoup \u00e9crit, en Italie comme \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, sur la proximit\u00e9 de Meloni avec Trump. Pourtant, voir dans leur relation un alignement politique parfait rel\u00e8verait l\u00e0 encore d\u2019une erreur de perspective.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 bien des \u00e9gards, les liens nou\u00e9s avec l\u2019internationale conservatrice, dont le Parti r\u00e9publicain am\u00e9ricain est aujourd\u2019hui le fer de lance, s\u2019inscrivent dans un ancrage identitaire qui proc\u00e8de du vide conceptuel \u00e9voqu\u00e9 plus haut : faute d\u2019autre chose, il fallait bien s\u2019accrocher au conservatisme et \u00e0 son repr\u00e9sentant le plus visible. C\u2019est dans ce contexte que doit se comprendre \u00e9galement le soutien de Meloni \u00e0 Orb\u00e1n lors du dernier scrutin hongrois. Sur les plans id\u00e9ologique et politique, en somme, la pr\u00e9sidente du Conseil est donc effectivement proche de Trump, mais la racine la plus profonde de son atlantisme se trouve ailleurs. Et ce n\u2019est pas un hasard si la pr\u00e9sidente du Conseil avait \u00e9galement nou\u00e9 d\u2019excellentes relations avec l\u2019administration Biden. En cela, Giorgia Meloni s\u2019inscrit dans une tradition italienne de politique \u00e9trang\u00e8re qui, depuis des d\u00e9cennies, consiste \u00e0 tirer parti du lien transatlantique pour renforcer la position de la p\u00e9ninsule sur la sc\u00e8ne europ\u00e9enne face au couple franco-allemand <\/span>18<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cette strat\u00e9gie a eu un sens dans les circonstances particuli\u00e8res de ces derni\u00e8res ann\u00e9es \u2014 du moins tant que le facteur Trump restait g\u00e9rable.<\/p>\n\n\n\n Mais c\u2019est sur le terrain de l\u2019immigration et de la s\u00e9curit\u00e9 que des segments importants de l\u2019opinion publique \u2014 dans les villages et les petites villes, dans les banlieues des m\u00e9tropoles, parmi les classes sociales les plus d\u00e9favoris\u00e9es, parmi ceux qui sont les plus attach\u00e9s aux liens identitaires et communautaires \u2014 se sont rebell\u00e9s contre les abstractions de la r\u00e9volution radicale au nom des besoins les plus concrets et les plus quotidiens. <\/p>\n\n\n\n Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette demande de s\u00e9curit\u00e9, le gouvernement Meloni a renforc\u00e9 les m\u00e9canismes de r\u00e9pression judiciaire par l\u2019introduction de nombreuses nouvelles infractions et le durcissement des peines pour les d\u00e9lits d\u00e9j\u00e0 reconnus <\/span>19<\/sup><\/a><\/span><\/span>. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il a augment\u00e9 les pouvoirs des juges et \u00e9largi les marges de man\u0153uvre de la magistrature. Mais dans le m\u00eame temps, il a cherch\u00e9 \u00e0 la ramener sous son contr\u00f4le en r\u00e9formant l\u2019ordre judiciaire lors du r\u00e9f\u00e9rendum perdu le 22 mars 2026.<\/p>\n\n\n\nLa contre-r\u00e9volution et le mod\u00e8le Meloni<\/h2>\n\n\n\n
Un anticlimax : le sens du moment Meloni<\/h2>\n\n\n\n
Une lecture fauss\u00e9e<\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Tentative de d\u00e9finition du melonisme<\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Un bilan de trois ans et demi de gouvernement<\/h2>\n\n\n\n
L\u2019Europe et Trump : la doctrine Meloni<\/h3>\n\n\n\n
Immigration et s\u00e9curit\u00e9<\/h3>\n\n\n\n