{"id":333103,"date":"2026-05-11T19:09:49","date_gmt":"2026-05-11T17:09:49","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=333103"},"modified":"2026-05-11T19:09:53","modified_gmt":"2026-05-11T17:09:53","slug":"pourquoi-le-dollar-est-de-nouveau-un-piege-imperial","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/05\/11\/pourquoi-le-dollar-est-de-nouveau-un-piege-imperial\/","title":{"rendered":"Pourquoi le dollar est de nouveau un pi\u00e8ge imp\u00e9rial"},"content":{"rendered":"\n
En rouvrant un d\u00e9bat qu\u2019on pensait clos depuis les ann\u00e9es 2000, la guerre commerciale de Donald Trump a fait \u00e9merger un consensus : les d\u00e9s\u00e9quilibres mondiaux sont de nouveau une priorit\u00e9. Les droits de douane, qui avaient \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s comme un instrument permettant de r\u00e9tablir l\u2019\u00e9quit\u00e9 dans les \u00e9changes, de relancer l\u2019industrie manufacturi\u00e8re et de r\u00e9duire les d\u00e9ficits commerciaux persistants de Washington, ne sont que la partie visible d\u2019un deal<\/em> macrofinancier bien plus profond : les \u00c9tats-Unis restent le fournisseur privil\u00e9gi\u00e9 d\u2019actifs s\u00fbrs au niveau mondial, et cette centralit\u00e9 financi\u00e8re continue de fa\u00e7onner la balance commerciale et la structure de l\u2019\u00e9conomie am\u00e9ricaine.<\/p>\n\n\n\n Mais le regain d\u2019int\u00e9r\u00eat pour les d\u00e9s\u00e9quilibres ne se limite pas \u00e0 la mani\u00e8re dont les con\u00e7oit la Maison-Blanche. Sous la pr\u00e9sidence fran\u00e7aise du G7 en 2026, les d\u00e9s\u00e9quilibres \u00ab excessifs \u00bb de la balance courante ont \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9s en priorit\u00e9 absolue<\/a>. Pour les \u00e9quipes fran\u00e7aises qui pr\u00e9parent en ce moment m\u00eame le sommet d\u2019\u00c9vian, le monde vit dans une configuration dangereuse <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span> : la surconsommation am\u00e9ricaine financ\u00e9e par la demande ext\u00e9rieure d\u2019actifs libell\u00e9s en dollars, le sous-investissement europ\u00e9en et le mod\u00e8le de croissance de la Chine tir\u00e9 par les exportations g\u00e9n\u00e8rent des tensions \u00e0 la fois \u00e9conomiques et politiques. Ce m\u00eame th\u00e8me a refait surface dans le d\u00e9bat politique plus large : lors du grand s\u00e9minaire bancaire international du G30, la pr\u00e9sidente de la Banque centrale europ\u00e9enne Christine Lagarde a explicitement replac\u00e9 les d\u00e9s\u00e9quilibres mondiaux au c\u0153ur du d\u00e9bat \u00e9conomique international <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n La pr\u00e9sidence fran\u00e7aise du G7 en 2026 ravive ainsi explicitement la vocation macro\u00e9conomique initiale du Groupe : une surveillance coordonn\u00e9e des d\u00e9s\u00e9quilibres macro\u00e9conomiques et des politiques visant \u00e0 les r\u00e9duire sans \u00e9touffer la croissance. Les communications officielles d\u00e9crivent ces d\u00e9s\u00e9quilibres comme d\u00e9stabilisants, alimentant les tensions commerciales et les dynamiques protectionnistes. Trois sources \u00ab chroniques \u00bb de d\u00e9s\u00e9quilibre sont ainsi mises en avant : la surconsommation am\u00e9ricaine, le sous-investissement europ\u00e9en et la croissance chinoise tir\u00e9e par les exportations \u2014 avec l\u2019avertissement que ce d\u00e9s\u00e9quilibre pourrait devenir le germe de crises \u00e9conomiques, financi\u00e8res ou politiques.<\/p>\n\n\n\n Au G30, la tonalit\u00e9 du d\u00e9bat est compl\u00e9mentaire : les d\u00e9s\u00e9quilibres sont pr\u00e9sent\u00e9s non seulement comme une question bilat\u00e9rale entre les \u00c9tats-Unis et la Chine, mais aussi comme un probl\u00e8me de coordination internationale plus large dans lequel l\u2019Europe serait de plus en plus impliqu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Pour comprendre et situer ces d\u00e9bats, il faut d\u2019abord \u00e9tablir un diagnostic clair : pourquoi les d\u00e9s\u00e9quilibres mondiaux posent-ils concr\u00e8tement un probl\u00e8me \u00e0 l\u2019\u00e9conomie mondiale et en particulier aux pays d\u00e9ficitaires ?<\/p>\n\n\n\n Le ph\u00e9nom\u00e8ne que l\u2019on d\u00e9signe en anglais sous le nom de global imbalances<\/em> est g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9 comme probl\u00e9matique en raison de trois types de risques.<\/p>\n\n\n\n Tout d\u2019abord, si d\u2019importantes positions ext\u00e9rieures nettes peuvent rester stables pendant des ann\u00e9es, une d\u00e9stabilisation peut na\u00eetre le jour o\u00f9 elles cessent de l\u2019\u00eatre. Et lorsque le climat de confiance politique ou financier change, les ajustements peuvent \u00eatre brusques : les taux de change, les primes de risque et les volumes d\u2019\u00e9changes \u00e9voluent en effet de mani\u00e8re concomitante. Les sympt\u00f4mes de ces pathologies sont bien connus : arr\u00eat brutal des flux de capitaux dans certains pays ; \u00e9pisodes de liquidation massive d\u2019actifs am\u00e9ricains ou fluctuations du dollar dans d\u2019autres.<\/p>\n\n\n\n D\u2019autre part, \u00e0 mesure que les pays enregistrent des d\u00e9ficits commerciaux persistants, leurs secteurs exportateurs, comme par exemple le secteur manufacturier, se retrouvent mis sous pression. Il en r\u00e9sulte une perte d\u2019emplois et de valeur ajout\u00e9e dans les secteurs touch\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n Les d\u00e9s\u00e9quilibres se traduisent \u00e9galement par des conflits de r\u00e9partition. Lorsque les secteurs exportateurs sont touch\u00e9s, des r\u00e9gions enti\u00e8res li\u00e9es \u00e0 la production des produits concern\u00e9s se vident. Le sujet n\u2019est alors plus tant les d\u00e9s\u00e9quilibres que les in\u00e9galit\u00e9s \u2014 et les probl\u00e8mes \u00e9conomiques se transforment en probl\u00e8mes politiques.<\/p>\n\n\n\n Ce que nous nommons \u00ab mal\u00e9diction \u00bb <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span> des ressources financi\u00e8res part d\u2019une observation simple : les entreprises \u00e0 haute technologie ont tendance \u00e0 op\u00e9rer dans les secteurs exportables de l\u2019\u00e9conomie et \u00e0 vendre leurs biens et services sur les march\u00e9s mondiaux. Les secteurs non exportables, en revanche, sont g\u00e9n\u00e9ralement tenus par des entreprises moins technologiques et qui ont moins de possibilit\u00e9s d\u2019am\u00e9liorer leur productivit\u00e9. En d\u2019autres termes, le d\u00e9veloppement technologique d\u2019un pays et le succ\u00e8s de ses secteurs exportables sont li\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n Cette perspective a \u00e9t\u00e9 pleinement adopt\u00e9e, notamment en Asie de l\u2019Est, par les pays qui ont opt\u00e9 pour un mod\u00e8le de croissance tir\u00e9 par les exportations. <\/p>\n\n\n\n Comme le fait valoir Michael Pettis, la Chine en est peut-\u00eatre le meilleur exemple <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le gouvernement chinois a en effet mis en \u0153uvre une s\u00e9rie de politiques industrielles visant \u00e0 promouvoir la fabrication de haute technologie. Celles-ci ont \u00e9t\u00e9 associ\u00e9es \u00e0 des politiques visant \u00e0 freiner la consommation int\u00e9rieure et \u00e0 d\u00e9pr\u00e9cier le taux de change. Ce dosage\u00a0 d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9 de politiques industrielles <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span> stimule non seulement la production et l\u2019innovation dans le secteur chinois des biens \u00e9changeables, contribuant ainsi \u00e0 des taux de croissance \u00e9lev\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019\u00e9conomie, mais il inonde \u00e9galement le monde de produits de haute technologie fabriqu\u00e9s en Chine. Il a sans doute \u00e9t\u00e9 l\u2019un des principaux moteurs des asym\u00e9tries mondiales post-Covid<\/a>. En effet, ces exc\u00e9dents commerciaux chinois ont pour contrepartie naturelle des sorties de capitaux, principalement dirig\u00e9es vers les \u00c9tats-Unis.\u00a0<\/p>\n\n\n\n L\u2019acc\u00e8s \u00e0 des capitaux \u00e9trangers bon march\u00e9 peut \u00eatre une mal\u00e9diction plut\u00f4t qu\u2019une b\u00e9n\u00e9diction.<\/p>Gianluca Begnino, Luca Fornaro et Martin Wolf<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Or si les d\u00e9ficits commerciaux am\u00e9ricains r\u00e9sultent d\u2019une forte demande mondiale d\u2019actifs am\u00e9ricains \u2014 ce que l\u2019on a qualifi\u00e9 de \u00ab privil\u00e8ge exorbitant \u00bb des \u00c9tats-Unis \u2014 ils affectent la structure de production de l\u2019\u00e9conomie am\u00e9ricaine en agissant comme une politique industrielle \u00e0 l\u2019envers. En effet, plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre orient\u00e9s vers des investissements innovants, les afflux de capitaux financent une consommation am\u00e9ricaine plus \u00e9lev\u00e9e et entra\u00eenent une appr\u00e9ciation du dollar. Il en r\u00e9sulte une expansion des secteurs non exportables \u00e0 faible technologie, qui \u00e9vincent l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique des secteurs exportables de haute technologie. \u00c0 mesure que l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique et les b\u00e9n\u00e9fices des secteurs exportables diminuent, les incitations des entreprises \u00e0 innover s\u2019amenuisent, car l\u2019innovation est li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chelle et \u00e0 la rentabilit\u00e9 des secteurs d\u2019exportation.<\/p>\n\n\n\n La le\u00e7on est contre-intuitive : l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des capitaux \u00e9trangers bon march\u00e9 peut \u00eatre une mal\u00e9diction plut\u00f4t qu\u2019une b\u00e9n\u00e9diction. Si les capitaux \u00e9trangers financent des bulles de cr\u00e9dit dans les secteurs non exportables et entra\u00eenent une appr\u00e9ciation du taux de change, ils peuvent peser sur les secteurs de haute technologie qui sont le moteur de la croissance de la productivit\u00e9 et r\u00e9duire la richesse nationale \u00e0 long terme. En p\u00e9riode de tensions g\u00e9opolitiques, cela redouble le probl\u00e8me dans la mesure o\u00f9 ces secteurs de haute technologie sont essentiels \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale.<\/p>\n\n\n\n Cette situation trouve un point de comparaison \u00e9vident avec ce qu\u2019on a appel\u00e9 la \u00ab mal\u00e9diction des mati\u00e8res premi\u00e8res \u00bb, aussi qualifi\u00e9e de \u00ab mal hollandais \u00bb, car la notion fut forg\u00e9e \u00e0 partir du cas des Pays-Bas dans les ann\u00e9es 1960. Il s\u2019agit de l’id\u00e9e que la d\u00e9couverte de ressources naturelles sur un territoire peut paradoxalement nuire \u00e0 son \u00e9conomie en appr\u00e9ciant le taux de change et en \u00e9vin\u00e7ant l’activit\u00e9 \u00e9conomique dans les secteurs exportateurs hautement productifs. En l\u2019occurrence, c’est l’acc\u00e8s bon march\u00e9 aux entr\u00e9es de capitaux qui d\u00e9clenche la mal\u00e9diction.<\/p>\n\n\n\n Loin d\u2019\u00eatre une simple possibilit\u00e9 th\u00e9orique, ce m\u00e9canisme concorde avec l\u2019observation empirique selon laquelle les pays affichant des d\u00e9ficits commerciaux persistants connaissent une contraction de leurs secteurs exportateurs et une baisse de la croissance de la productivit\u00e9 <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>, en particulier lorsque les entr\u00e9es de capitaux financent des bulles de cr\u00e9dit dans les secteurs non exportateurs <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Vu \u00e0 cette aune, le \u00ab privil\u00e8ge exorbitant \u00bb des \u00c9tats-Unis pourrait bien cacher un \u00ab fardeau exorbitant \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Si le probl\u00e8me r\u00e9side dans le fait que les entr\u00e9es de capitaux non r\u00e9glement\u00e9es affaiblissent l\u2019innovation et le d\u00e9veloppement technologique, alors, \u00e0 suivre la logique de la \u00ab mal\u00e9diction \u00bb des ressources financi\u00e8res, la \u00ab solution optimale \u00bb serait simple : les pays d\u00e9ficitaires devraient s\u2019orienter vers des politiques favorisant l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique dans les secteurs exportateurs et l\u2019innovation.<\/p>\n\n\n\n Celles-ci pourraient prendre la forme de politiques d\u2019innovation \u00ab classiques \u00bb \u2014 investir dans la recherche et d\u00e9veloppement publics, subventionner l\u2019innovation priv\u00e9e ou mettre en \u0153uvre des politiques industrielles visant \u00e0 soutenir les secteurs de haute technologie \u2014 mais nos recherches sugg\u00e8rent que certaines interventions affectant les flux de capitaux et la balance commerciale pourraient \u00e9galement s\u2019av\u00e9rer utiles.<\/p>\n\n\n\n Si les secteurs de haute technologie sont menac\u00e9s par les entr\u00e9es de capitaux qui financent les bulles de cr\u00e9dit dans les secteurs non exportables \u00e0 faible technologie, toute politique qui r\u00e9duit ces entr\u00e9es inverse<\/em> la mal\u00e9diction des ressources financi\u00e8res et soutient ainsi indirectement les entreprises de haute technologie et leurs investissements dans l\u2019innovation.<\/p>\n\n\n\n De telles politiques pourraient prendre la forme de r\u00e9glementations macroprudentielles visant \u00e0 limiter l\u2019endettement des m\u00e9nages, en particulier lorsque le cr\u00e9dit est utilis\u00e9 pour stimuler les d\u00e9penses immobili\u00e8res. Elles pourraient finir par r\u00e9duire les entr\u00e9es nettes de capitaux et le d\u00e9ficit commercial. Certes, si la demande mondiale d\u2019actifs am\u00e9ricains est suffisamment in\u00e9lastique, les entr\u00e9es nettes de capitaux vers les \u00c9tats-Unis pourraient rester inchang\u00e9es. Mais, suivant notre logique de mal\u00e9diction des ressources, cela ne pose pas de probl\u00e8me tant que les entr\u00e9es de capitaux financent des investissements dans les secteurs de haute technologie exportables.<\/p>\n\n\n\n La p\u00e9riode actuelle se caract\u00e9rise par trois politiques am\u00e9ricaines d\u00e9ploy\u00e9es avec une ampleur in\u00e9dite : les droits de douane, la politique industrielle, l\u2019activisme dans le domaine num\u00e9rique.<\/p>\n\n\n\n Cela rend le probl\u00e8me de la r\u00e9solution des d\u00e9s\u00e9quilibres particuli\u00e8rement complexe dans la mesure o\u00f9 certains de ces instruments pourraient potentiellement en contrebalancer d’autres. Il est \u00e0 cet \u00e9gard utile de distinguer la dimension commerciale \u2014 les droits de douane, la politique industrielle, les incitations \u00e0 la relocalisation, etc. \u2014 de la dimension financi\u00e8re \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019ensemble des politiques influen\u00e7ant les entr\u00e9es nettes de capitaux, la demande de dollars ou, plus g\u00e9n\u00e9ralement, l’\u00e9cosyst\u00e8me financier des instruments libell\u00e9s en dollars.<\/p>\n\n\n\n Derri\u00e8re ce dosage h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de politiques se cache le diagnostic formul\u00e9 par le conseiller de Trump Stephen Miran<\/a> il y a plus d\u2019un an. <\/p>\n\n\n\n Son point de d\u00e9part est que le dollar serait structurellement sur\u00e9valu\u00e9, non pas \u00e0 cause d\u2019erreurs politiques \u00e0 court terme, mais parce que la demande mondiale de r\u00e9serves en dollars redirigerait en permanence l\u2019\u00e9pargne \u00e9trang\u00e8re vers les actifs am\u00e9ricains. Dans cette optique, les droits de douane et autres leviers politiques sont pr\u00e9sent\u00e9s comme des outils visant \u00e0 pallier ce d\u00e9s\u00e9quilibre et \u00e0 r\u00e9\u00e9quilibrer le syst\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n Cette doctrine s\u2019inscrit dans la logique de la mal\u00e9diction des ressources financi\u00e8res sur un point clef : la centralit\u00e9 financi\u00e8re peut avoir un co\u00fbt pour le secteur des biens exportables. Notre cadre th\u00e9orique met en effet en \u00e9vidence un m\u00e9canisme clair par lequel des entr\u00e9es nettes de capitaux persistantes, en entretenant les d\u00e9ficits commerciaux et en stimulant la demande int\u00e9rieure de biens non \u00e9changeables, peuvent progressivement \u00e9touffer le secteur des biens \u00e9changeables et affaiblir les incitations \u00e0 innover. Mais cette analyse conduit naturellement \u00e0 une question plus concr\u00e8te : si le probl\u00e8me trouve son origine dans la centralit\u00e9 financi\u00e8re du dollar, que signifierait vraiment un \u00ab r\u00e9\u00e9quilibrage \u00bb du syst\u00e8me ? <\/p>\n\n\n\n C\u2019est l\u00e0 qu\u2019intervient le d\u00e9bat sur un \u00e9ventuel \u00ab deal<\/em> mon\u00e9taire \u00bb ou un ensemble d\u2019\u00ab accords \u00bb sur le mod\u00e8le des accords du Plaza. Dans les discussions politiques, un tel accord a pris de nombreuses formes \u2014 allant d\u2019arrangements coop\u00e9ratifs sur les taux de change \u00e0 des mesures plus \u00e9nergiques affectant les avoirs \u00e9trangers en passifs am\u00e9ricains <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Du point de vue de nos recherches, le crit\u00e8re serait clair : cette politique r\u00e9duit-elle les entr\u00e9es de capitaux finan\u00e7ant les secteurs non \u00e9changeables \u00e0 faible intensit\u00e9 technologique ? Si un \u00ab accord \u00bb r\u00e9duit l\u2019accumulation nette d\u2019actifs am\u00e9ricains par les \u00e9trangers ou r\u00e9oriente sa composition vers des investissements dans des entreprises \u00e9changeables de haute technologie, il pourrait accro\u00eetre les exportations am\u00e9ricaines et soutenir l\u2019innovation.<\/p>\n\n\n\n Le programme de droits de douane r\u00e9ciproques de Donald Trump est explicitement pr\u00e9sent\u00e9 comme une r\u00e9ponse aux d\u00e9ficits commerciaux persistants des \u00c9tats-Unis dans le secteur des biens et a \u00e9t\u00e9 mis en \u0153uvre par le biais d\u2019une s\u00e9rie de mesures ex\u00e9cutives et d\u2019instruments commerciaux annonc\u00e9s par la Maison-Blanche. L\u2019hypoth\u00e8se sous-jacente est simple : en restreignant les importations et en r\u00e9\u00e9quilibrant les \u00e9changes, les droits de douane peuvent contribuer \u00e0 corriger les d\u00e9s\u00e9quilibres ext\u00e9rieurs.<\/p>\n\n\n\n Toutefois, comme nous l\u2019avons montr\u00e9, les droits de douane ne suffisent pas s\u2019ils n\u2019agissent pas \u00e9galement sur la balance financi\u00e8re nette. La balance courante n\u2019est pas seulement une statistique commerciale, c\u2019est une identit\u00e9 macro\u00e9conomique qui refl\u00e8te l\u2019\u00e9cart entre l\u2019\u00e9pargne nationale et l\u2019investissement. Les droits de douane peuvent donc modifier les prix relatifs et r\u00e9orienter les cha\u00eenes d\u2019approvisionnement. Ils peuvent changer le lieu <\/em>de production des biens et l\u2019origine <\/em>de leurs importations. Mais si la demande mondiale d\u2019actifs am\u00e9ricains reste forte et que l\u2019\u00e9pargne am\u00e9ricaine continue d\u2019\u00eatre inf\u00e9rieure \u00e0 l\u2019investissement, les entr\u00e9es nettes de capitaux persistent. Dans ce cas de figure, le d\u00e9ficit commercial ne dispara\u00eet pas mais r\u00e9appara\u00eet par d\u2019autres canaux tels que les fluctuations des taux de change, les effets de revenu ou les changements dans les modes de production.<\/p>\n\n\n\nLes termes pos\u00e9s par la pr\u00e9sidence fran\u00e7aise du G7<\/h2>\n\n\n\n
Les risques des d\u00e9s\u00e9quilibres mondiaux<\/h2>\n\n\n\n
Les risques macrofinanciers<\/h3>\n\n\n\n
Les risques li\u00e9s \u00e0 la d\u00e9sindustrialisation<\/h3>\n\n\n\n
Les risques politiques <\/h3>\n\n\n\n
La mal\u00e9diction des ressources financi\u00e8res<\/h2>\n\n\n\n
Comment soutenir les secteurs de haute technologie<\/h2>\n\n\n\n
Agir sur les d\u00e9s\u00e9quilibres mondiaux \u00e0 l\u2019\u00e8re Miran<\/h2>\n\n\n\n
Pourquoi les droits de douane ne sont pas la solution<\/h3>\n\n\n\n