{"id":331087,"date":"2026-05-02T08:00:00","date_gmt":"2026-05-02T06:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=331087"},"modified":"2026-05-02T07:53:50","modified_gmt":"2026-05-02T05:53:50","slug":"ormuz-probleme-maritime","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/05\/02\/ormuz-probleme-maritime\/","title":{"rendered":"La bataille d’Ormuz marque le retour du probl\u00e8me maritime dans la guerre contemporaine"},"content":{"rendered":"\n
Le blocage d\u2019Ormuz<\/a> et la guerre qui bouleverse actuellement le Moyen-Orient t\u00e9moignent une nouvelle fois de l\u2019importance cruciale de la mer. Au sein d\u2019une \u00e9conomie globalis\u00e9e et interconnect\u00e9e, plus de 90 % du commerce mondial, en poids, s\u2019effectue par voie maritime. Toute perturbation d\u2019un tel syst\u00e8me peut donc avoir des r\u00e9percussions en cascade, qui nous affectent tous <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Ainsi, la fermeture du d\u00e9troit d’Ormuz par l’Iran a eu un impact imm\u00e9diat sur le prix du carburant, tout comme sur le commerce des engrais. Avant la crise, environ 25 % du p\u00e9trole et 30 % des engrais \u00e9chang\u00e9s \u00e0 l’\u00e9chelle mondiale transitaient par ce d\u00e9troit. Depuis mars, seule une poign\u00e9e de navires est parvenue \u00e0 emprunter cette route qui voyait auparavant passer en moyenne 129 navires par jour. L’impact \u00e9conomique et le co\u00fbt humain engendr\u00e9s s\u2019annoncent consid\u00e9rables <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Cette fermeture \u00e9tait pourtant parfaitement pr\u00e9visible. Dans le m\u00eame temps, la marine am\u00e9ricaine, force dominante sur les oc\u00e9ans depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 capable de d\u00e9bloquer un d\u00e9troit contr\u00f4l\u00e9 par un adversaire dont la marine et l\u2019arm\u00e9e de l\u2019air sont en grande partie d\u00e9truites. <\/p>\n\n\n\n Un tel constat interroge.<\/p>\n\n\n\n Certes, les \u00c9tats-Unis ne poss\u00e8dent plus la marine la plus importante en nombre \u2014 cette pr\u00e9\u00e9minence revenant d\u00e9sormais \u00e0 la Chine \u2014 mais elle reste la plus puissante du monde et dispose, avec ses onze groupes a\u00e9ronavals, d\u2019une capacit\u00e9 offensive sans \u00e9gale <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Comment se fait-il alors que le d\u00e9troit ait pu rester ferm\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re presque continue depuis le 28 f\u00e9vrier 2026 ? Comment expliquer que le secr\u00e9taire \u00e0 la Guerre des \u00c9tats-Unis en soit r\u00e9duit \u00e0 r\u00e9primander ses alli\u00e9s europ\u00e9ens pour leur refus de se mobiliser aux c\u00f4t\u00e9s de Washington, alors que cela aurait d\u00fb \u00eatre anticip\u00e9 avant le d\u00e9clenchement de la guerre ? Comment Donald Trump peut-il en appeler \u00e0 la Chine pour qu’elle vienne \u00e0 la rescousse <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span> ?<\/p>\n\n\n\n La crise d\u2019Ormuz illustre parfaitement un vieil adage selon lequel \u00ab la strat\u00e9gie doit pr\u00e9c\u00e9der l’action \u00bb ou plut\u00f4t, comme l\u2019articulait Jomini, que \u00ab la strat\u00e9gie d\u00e9cide o\u00f9 l’on doit agir \u00bb <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Mener \u00e0 bien une op\u00e9ration militaire, c\u2019est d\u2019abord r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 une strat\u00e9gie \u00e0 mettre en \u0153uvre. Cette derni\u00e8re peut se d\u00e9finir comme un processus de planification de haut niveau, visant \u00e0 aligner les fins, les moyens et les m\u00e9thodes afin d\u2019atteindre un objectif politique donn\u00e9. <\/p>\n\n\n\n Sans strat\u00e9gie, il est impossible de donner un sens \u00e0 l\u2019usage de la force militaire. Quel serait l’int\u00e9r\u00eat de tuer des gens et de d\u00e9truire des cibles si un plan rationnel visant \u00e0 atteindre des objectifs politiques r\u00e9alistes n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli ? Les d\u00e9faites am\u00e9ricaines au Vietnam dans les ann\u00e9es 1970 et, plus r\u00e9cemment, en Afghanistan, rappellent que, m\u00eame lorsqu\u2019on domine tactiquement le champ de bataille, on a encore besoin d\u2019un plan.<\/p>\n\n\n\n La marine am\u00e9ricaine, force dominante sur les oc\u00e9ans, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 capable de d\u00e9bloquer un d\u00e9troit contr\u00f4l\u00e9 par un adversaire dont la marine et l\u2019arm\u00e9e de l\u2019air sont en grande partie d\u00e9truites.<\/p>Ian Speller<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Il existe une abondante production scientifique consacr\u00e9e \u00e0 la strat\u00e9gie maritime, ce sous-domaine de la strat\u00e9gie nationale qui traite des principes applicables dans les situations o\u00f9 la mer joue un r\u00f4le d\u00e9terminant. En Occident, la tradition dominante est notamment associ\u00e9e aux travaux d\u2019auteurs tels que l\u2019Am\u00e9ricain Alfred Mahan (1840-1914) et l\u2019Anglais Julian Corbett (1854-1922), ainsi que de nombreux autres, comme l\u2019amiral fran\u00e7ais Raoul Castex (1878-1968) dont l\u2019actualit\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re d\u2019Ormuz a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9e dans ces pages<\/a> <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Si les approches diff\u00e8rent selon les commentateurs, il est frappant de constater que tous s\u2019accordent \u00e0 reconna\u00eetre la domination en mer comme un fondement incontournable de la puissance des \u00c9tats au cours de l\u2019histoire. Cela s\u2019explique par sa double fonction : la mer est \u00e0 la fois un vecteur essentiel du commerce international et un espace o\u00f9 se d\u00e9placent les forces militaires dans le cadre de leurs man\u0153uvres. <\/p>\n\n\n\n La capacit\u00e9 \u00e0 utiliser cet espace \u2014 contr\u00f4le de la mer \u2014 et \u00e0 en priver l\u2019ennemi \u2014 privation de la mer \u2014 fait partie int\u00e9grante d\u2019une strat\u00e9gie militaire aboutie depuis des mill\u00e9naires. Comme Mahan l\u2019a soulign\u00e9 en faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e8re de la voile, c\u2019est bien gr\u00e2ce \u00e0 sa puissance maritime et \u00e0 sa capacit\u00e9 de projection en direction des c\u00f4tes d\u2019un pays tiers que la Grande-Bretagne a pu simultan\u00e9ment s\u2019enrichir par le commerce et appauvrir ses adversaires par des blocus. En d\u2019autres termes, la Grande-Bretagne s\u2019emparait de territoires pour en faire ses colonies : ses forces maritimes se lan\u00e7aient \u00e0 l\u2019assaut de leurs c\u00f4tes tout en les emp\u00eachant de faire de m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n Mahan s\u2019est concentr\u00e9 sur les avantages \u00e0 tirer d\u2019une utilisation positive de la mer, et sa pens\u00e9e demeure encore aujourd\u2019hui influente. C\u2019est le cas en particulier aux \u00c9tats-Unis, o\u00f9 l\u2019on observe une volont\u00e9 claire de se concentrer sur le potentiel de combat offensif : il s\u2019agit d\u2019assurer son contr\u00f4le maritime face au d\u00e9fi \u00e9mergent pos\u00e9 par P\u00e9kin.<\/p>\n\n\n\n S\u2019il est difficile de remettre en cause l\u2019importance des bouleversements maritimes lorsqu\u2019ils se produisent, pour les forces maritimes plus modestes \u00e0 travers le monde, peu susceptibles de remporter la lutte pour le contr\u00f4le des mers, les travaux de Mahan, Corbett et Castex ne sauraient trouver une application concr\u00e8te. Il est inutile de se lancer dans un bras de fer naval avec un ennemi impossible \u00e0 vaincre. <\/p>\n\n\n\n\n Une autre voie s\u2019impose donc. Celle-ci a souvent consist\u00e9 en des tentatives d\u2019affaiblissement de l\u2019ennemi par le ciblage d\u2019un point faible universel : la d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard du commerce maritime. Des attaques ponctuelles contre la marine marchande faisaient ainsi partie des recommandations de la \u00ab Jeune \u00c9cole \u00bb fran\u00e7aise de la fin du XIXe si\u00e8cle, par exemple <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Ce fut l\u2019approche privil\u00e9gi\u00e9e de la France, des \u00c9tats-Unis puis de l\u2019Allemagne lors de leurs guerres contre la Grande-Bretagne aux XVIIIe, XIXe et XXe si\u00e8cles. Le r\u00e9sultat \u2014 g\u00e9n\u00e9ralement une victoire britannique \u2014 fait dire aux strat\u00e8ges maritimes traditionnels qu\u2019il est pr\u00e9f\u00e9rable d\u2019opter pour la solution du blocus. Face \u00e0 une puissance maritime dominante, ce choix est pourtant hautement irr\u00e9aliste. D\u2019o\u00f9 le recours \u00e0 une interruption du commerce maritime, y compris lorsqu\u2019il est pratiqu\u00e9 par des pays neutres et non-bellig\u00e9rants : cette strat\u00e9gie, employ\u00e9e depuis des si\u00e8cles, offre un moyen s\u00fbr de nuire \u00e0 l\u2019ennemi.<\/p>\n\n\n\n De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les pays dot\u00e9s de forces maritimes faibles ont tendance \u00e0 se concentrer sur leur d\u00e9fense c\u00f4ti\u00e8re, afin de tenir les grandes puissances \u00e0 distance des zones littorales. Cela implique d\u2019associer des \u00e9l\u00e9ments propres aux forces navales et des \u00e9quipements terrestres (artillerie, forts, r\u00e9serves mobiles). Le d\u00e9veloppement des mines et des torpilles au XIXe si\u00e8cle, puis des avions et, plus tard, des missiles antinavires au XXe si\u00e8cle, a ainsi conf\u00e9r\u00e9 \u00e0 ces marines de moindre envergure un pouvoir de nuisance non n\u00e9gligeable, en particulier dans les eaux c\u00f4ti\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n La d\u00e9fense victorieuse du d\u00e9troit des Dardanelles par les Turcs, en 1915, en est un exemple \u00e9loquent. Un syst\u00e8me de d\u00e9fense int\u00e9gr\u00e9, articul\u00e9 autour de l\u2019artillerie c\u00f4ti\u00e8re, des mines marines et de batteries d\u2019obusiers mobiles, a permis de repousser un assaut de la flotte anglo-fran\u00e7aise, qui souhaitait forcer le passage dans le d\u00e9troit. Plus r\u00e9cemment, l\u2019Ukraine s\u2019est montr\u00e9e capable d\u2019infliger des pertes consid\u00e9rables \u00e0 la flotte russe en mer Noire, au point de la neutraliser en grande partie, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019utilisation de missiles et de drones guid\u00e9s par des renseignements de haut niveau. Dans les deux cas, des forces maritimes r\u00e9put\u00e9es puissantes ont \u00e9t\u00e9 vaincues par une riposte de type asym\u00e9trique<\/a>.<\/p>\n\n\n\n Cette strat\u00e9gie du d\u00e9ni d’acc\u00e8s maritime n\u00e9cessite des technologies de pointe pour \u00eatre efficace. Des missiles de croisi\u00e8re antinavires performants, tels que l’Exocet de fabrication fran\u00e7aise, existent depuis plusieurs d\u00e9cennies et peuvent \u00eatre tir\u00e9s depuis des navires, des avions ou de simples lanceurs terrestres. Les frappes \u00e0 longue port\u00e9e n\u00e9cessitent une surveillance et un ciblage efficaces, ce qui peut s’av\u00e9rer difficile, mais les attaques \u00e0 courte port\u00e9e, telles que celles pouvant se produire dans les eaux c\u00f4ti\u00e8res ou un d\u00e9troit \u00e9troit, sont moins complexes. Dans ces eaux, m\u00eame les mines marines de type ancien peuvent causer des perturbations d\u2019envergure, comme l’ont montr\u00e9 les op\u00e9rations de d\u00e9minage prolong\u00e9es men\u00e9es dans les ann\u00e9es 1980 \u00e0 la suite d’incidents dans le golfe Persique et en mer Rouge. De nos jours, une gamme de mines toujours plus sophistiqu\u00e9es a \u00e9merg\u00e9, contribuant \u00e0 multiplier les risques. <\/p>\n\n\n\n L’\u00e9volution technologique promet d’aggraver encore l\u2019\u00e9quation<\/a>. Les nouveaux missiles, tels que le CM-302 de fabrication chinoise, sont plus rapides, plus furtifs et plus difficiles \u00e0 intercepter que leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs, et leur port\u00e9e est plus grande. L’\u00e9volution des missiles hypersoniques et des missiles balistiques anti-navires est appel\u00e9e \u00e0 rendre obsol\u00e8tes nos syst\u00e8mes traditionnels de d\u00e9fense a\u00e9rienne : elle exigera des syst\u00e8mes de d\u00e9fense de pointe pour y r\u00e9pondre. Ceux-ci pourraient \u00e0 leur tour se trouver fragilis\u00e9s par des attaques de drones en essaim, pr\u00e9cis\u00e9ment con\u00e7us pour \u00e9puiser le nombre limit\u00e9 d’intercepteurs navals, particuli\u00e8rement co\u00fbteux. <\/p>\n\n\n\n Un tel d\u00e9fi a conduit l’ing\u00e9nierie de d\u00e9fense maritime \u00e0 s\u2019int\u00e9resser aux armes \u00e0 \u00e9nergie dirig\u00e9e, \u00e0 l\u2019instar des lasers, en guise de contre-mesure pragmatique. En effet, les sous-marins s\u2019av\u00e8rent redoutables contre les navires de surface s\u2019ils sont utilis\u00e9s efficacement et dans de bonnes conditions, comme ont pu le constater les Iraniens lors de la perte de la corvette Dena<\/em>, touch\u00e9e par une torpille tir\u00e9e par le sous-marin USS Los Angeles<\/em> au large du Sri Lanka, en mars 2026. <\/p>\n\n\n\n De son c\u00f4t\u00e9, l’Ukraine a clairement d\u00e9montr\u00e9, en mer Noire, sa capacit\u00e9 \u00e0 utiliser des navires de surface sans \u00e9quipage pour paralyser le trafic maritime. Il est \u00e0 cet \u00e9gard crucial de noter que l’Iran semble \u00e9galement disposer de nombreux navires de ce type. C\u2019est avec de tels outils que, dans les eaux c\u00f4ti\u00e8res, des mines magn\u00e9tiques pourraient \u00eatre pos\u00e9es par des forces sp\u00e9ciales, mettant en difficult\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l’artillerie traditionnelle si elle se trouve \u00e0 port\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n C\u2019est ainsi que les forces terrestres, maritimes et a\u00e9riennes se combinent et se combineront de plus en plus \u00e0 l\u2019avenir, \u00e0 la faveur d\u2019une capacit\u00e9 \u00ab anti-acc\u00e8s\/d\u00e9ni de zone \u00bb \u00e9largie : dans ce contexte, c\u2019est la capacit\u00e9 m\u00eame d\u2019une grande puissance maritime \u00e0 op\u00e9rer de mani\u00e8re s\u00e9curis\u00e9e dans une zone donn\u00e9e qui est remise en cause.<\/p>\n\n\n\n Ces d\u00e9fis sont consid\u00e9rablement exacerb\u00e9s dans les eaux c\u00f4ti\u00e8res, o\u00f9 les navires se trouvent \u00e0 port\u00e9e de multiples syst\u00e8mes terrestres et o\u00f9 la configuration g\u00e9ographique des \u00eeles et du littoral, associ\u00e9e \u00e0 l\u2019in\u00e9vitable \u00ab bruit \u00bb civil \u2014 le trafic maritime l\u00e9gitime \u2014 peut servir de couverture \u00e0 des attaques surprises inattendues. Les attaques des Houthis contre la marine marchande en mer Rouge men\u00e9es, depuis 2023, \u00e0 l\u2019aide de missiles, de drones et m\u00eame d\u2019h\u00e9licopt\u00e8res pour s\u2019emparer de navires non prot\u00e9g\u00e9s, ont d\u00e9montr\u00e9 la capacit\u00e9 de forces relativement faibles \u00e0 menacer la s\u00e9curit\u00e9 de la navigation, ce qui, dans ce cas pr\u00e9cis, a conduit les \u00c9tats-Unis et l\u2019Europe \u00e0 d\u00e9ployer des forces navales pour prot\u00e9ger le trafic maritime. Au cours des deux premi\u00e8res ann\u00e9es de cette campagne, quatre navires marchands ont \u00e9t\u00e9 coul\u00e9s, beaucoup d\u2019autres ont \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9s et des centaines de navires ont choisi la route plus longue, plus s\u00fbre mais plus co\u00fbteuse qui contourne l\u2019Afrique \u2014 ce qui aurait co\u00fbt\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9gypte environ 800 millions de dollars par mois en pertes de recettes provenant du canal de Suez <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Dans le cas du d\u00e9troit d\u2019Ormuz, il n\u2019existe pas de route alternative : les forces iraniennes disposent donc de multiples moyens de s\u2019en prendre \u00e0 la libre circulation maritime.<\/p>\n\n\n\n\n\n Les Iraniens sont donc susceptibles de se replonger dans les pr\u00e9conisations th\u00e9oriques de Mahan. Il est plus probable qu\u2019ils s\u2019inspirent d\u2019id\u00e9es similaires \u00e0 celles de la \u00ab Nouvelle \u00c9cole \u00bb sovi\u00e9tique des ann\u00e9es 1920 et 1930 <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>, ou des officiers de marine chinois des ann\u00e9es 1950 puis 1960 <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>, qui fondaient leur strat\u00e9gie sur le d\u00e9veloppement d\u2019une d\u00e9fense en plusieurs couches : c\u2019est l\u00e0 la clef pour prot\u00e9ger ses c\u00f4tes contre des marines plus puissantes. Ils exploiteront \u00e9galement la g\u00e9ographie locale, qui leur permet de fermer un d\u00e9troit strat\u00e9gique en utilisant un ensemble de moyens militaires maritimes non conventionnels. <\/p>\n\n\n\n Autrement dit, pour les pays dont les forces maritimes sont modestes, le contr\u00f4le local des mers est le choix le plus logique lorsqu\u2019ils sont confront\u00e9s \u00e0 des ennemis plus puissants. Et s\u2019ils se trouvent \u00e0 proximit\u00e9 d\u2019un goulet d\u2019\u00e9tranglement maritime strat\u00e9gique, les options sont \u00e9videntes. La vuln\u00e9rabilit\u00e9 du commerce mondial face aux d\u00e9cisions iraniennes dans cette zone peut expliquer la relative r\u00e9ticence des administrations am\u00e9ricaines pr\u00e9c\u00e9dentes \u00e0 s\u2019engager dans des aventures militaires inutiles contre un tel adversaire.<\/p>\n\n\n\n Un blocus am\u00e9ricain qui contraindrait l\u2019Iran \u00e0 partager le poids de la rupture du commerce international pourrait s\u2019av\u00e9rer gagnant.<\/p>Ian Speller<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n C\u2019est dans ce contexte que la strat\u00e9gie am\u00e9ricaine de contre-blocus prend tout son sens. On peut en effet comprendre la r\u00e9serve des \u00c9tats-Unis \u00e0 d\u00e9ployer des moyens navals dans le d\u00e9troit d\u2019Ormuz, alors que des forces hostiles occupent la rive nord. Il est encore plus facile de comprendre la prudence des alli\u00e9s \u00e0 intervenir et \u00e0 faire ce que les \u00c9tats-Unis refusent eux-m\u00eames de faire. L’option consistant \u00e0 d\u00e9barquer des troupes au sol pour s\u00e9curiser le c\u00f4t\u00e9 iranien du d\u00e9troit est un repoussoir absolu compte tenu de l’ampleur des forces qui seraient n\u00e9cessaires, de l’opposition probable \u00e0 terre et de l’aversion affich\u00e9e du pr\u00e9sident Trump pour le d\u00e9clenchement d’une nouvelle \u00ab guerre sans fin \u00bb au Moyen-Orient. <\/p>\n\n\n\n Dans les ann\u00e9es 1980, la r\u00e9ponse \u00e0 la pose de mines par l\u2019Iran dans cette zone a consist\u00e9 \u00e0 mobiliser des navires am\u00e9ricains, europ\u00e9ens et sovi\u00e9tiques afin d\u2019escorter les navires marchands, et \u00e0 lancer une vaste op\u00e9ration internationale de d\u00e9minage, accompagn\u00e9e de frappes punitives am\u00e9ricaines \u00e0 des fins dissuasives. Si cette approche \u00e9tait adapt\u00e9e au contexte de l’\u00e9poque \u2014 celui de la \u00ab zone grise \u00bb \u2014 elle l\u2019est beaucoup moins \u00e0 l\u2019heure d\u2019une guerre ouverte avec l\u2019Iran. Le pays a d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019il avait aujourd\u2019hui peu de raisons de se montrer prudent et ses dirigeants ont prouv\u00e9 leur d\u00e9termination \u00e0 subir les co\u00fbts de bombardements a\u00e9riens massifs. \u00c0 ce titre, un blocus am\u00e9ricain qui contraindrait l\u2019Iran \u00e0 partager le poids de cette rupture du commerce international pourrait s\u2019av\u00e9rer gagnant. <\/p>\n\n\n\n Ce choix strat\u00e9gique permet en effet d\u2019\u00e9viter la mise en p\u00e9ril d\u2019actifs majeurs, puisque les navires peuvent \u00eatre intercept\u00e9s \u00e0 n’importe quelle \u00e9tape de leur trajet vers ou depuis l’Iran. Reste \u00e0 voir si cette pression sera suffisante pour inciter T\u00e9h\u00e9ran \u00e0 faire des concessions car les dirigeants iraniens pourraient estimer disposer d’un plus grand pouvoir de n\u00e9gociation vis-\u00e0-vis des \u00c9tats-Unis, ce blocus r\u00e9ciproque ayant des r\u00e9percussions plus larges sur l’\u00e9conomie mondiale.<\/p>\n\n\n\n En somme, les strat\u00e8ges maritimes d\u2019autrefois ne seraient sans doute gu\u00e8re \u00e9tonn\u00e9s par les moyens employ\u00e9s aujourd\u2019hui dans la guerre maritime \u00e0 laquelle se livrent les \u00c9tats-Unis et l\u2019Iran.<\/p>\n\n\n\n La puissance maritime des \u00c9tats-Unis a favoris\u00e9 une offensive \u00e0 grande \u00e9chelle contre l\u2019Iran et a permis la mise en place d\u2019un blocus qui pourrait bien avoir un v\u00e9ritable impact sur l\u2019\u00e9conomie iranienne dans les semaines et les mois \u00e0 venir. <\/p>\n\n\n\nLe paradigme de la puissance maritime<\/h2>\n\n\n\n
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\n <\/picture>\n La clef de l\u2019innovation dans l\u2019asym\u00e9trie<\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n La matrice strat\u00e9gique du contre-blocus de Trump<\/h2>\n\n\n\n