{"id":330040,"date":"2026-04-28T06:30:00","date_gmt":"2026-04-28T04:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=330040"},"modified":"2026-04-27T21:07:26","modified_gmt":"2026-04-27T19:07:26","slug":"la-vitesse-est-la-matrice-de-la-nouvelle-puissance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/04\/28\/la-vitesse-est-la-matrice-de-la-nouvelle-puissance\/","title":{"rendered":"La vitesse est la matrice de la nouvelle puissance"},"content":{"rendered":"\n
L’Amiral sera \u00e0 l’\u00c9cole normale sup\u00e9rieure mardi 5 mai pour discuter de ce texte avec St\u00e9phane Audoin-Rouzeau et Ulrike Franke. Acc\u00e8s gratuit sur inscription dans la limite des places disponibles<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n La guerre est de retour. Pas comme une anomalie ou une crise passag\u00e8re. Elle est revenue, comme la reprise de l\u2019Histoire, que d\u2019aucuns avaient, par exc\u00e8s d\u2019ir\u00e9nisme, cru finie. <\/p>\n\n\n\n Il nous a fallu trente ans pour l’admettre. Trente ans au cours desquels nous avons d\u00e9sarm\u00e9, pas seulement en avions, chars ou fr\u00e9gates, mais surtout dans nos esprits. Alors que d’autres se r\u00e9armaient \u00e0 marche forc\u00e9e, nous nous bercions dans la qui\u00e9tude d’un temps hors du temps. Nous avons cess\u00e9 de penser la guerre comme une possibilit\u00e9 r\u00e9elle, structurante, imminente, face \u00e0 laquelle il fallait rester vigilant. Cette illusion a un co\u00fbt. Nous le mesurons depuis le 24 f\u00e9vrier 2022. <\/p>\n\n\n\n Le r\u00e9veil n’est pourtant pas complet. Nous sommes encore en semi-somnolence. R\u00e9armer, augmenter les budgets, livrer des munitions : tout cela est n\u00e9cessaire, mais certainement pas suffisant. Car le probl\u00e8me n’est pas seulement capacitaire. Pendant nos ann\u00e9es de l\u00e9thargie, la guerre a chang\u00e9 de nature. Aujourd\u2019hui, l’affrontement d\u00e9borde largement le champ militaire. Il vise les syst\u00e8mes. Il se d\u00e9roule pour partie \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de nos fronti\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n L’arri\u00e8re n’existe plus. L’industrie, l’\u00e9nergie, les donn\u00e9es, la coh\u00e9sion sociale sont simultan\u00e9ment des facteurs de puissance et les premi\u00e8res cibles. La continuit\u00e9 de toute la soci\u00e9t\u00e9<\/a> est devenue une dimension centrale : c’est un changement crucial par rapport aux guerres exp\u00e9ditionnaires que nous avons men\u00e9es depuis la fin de la Guerre froide, tenues loin des yeux et des c\u0153urs des citoyens. <\/p>\n\n\n\n Nous avons bascul\u00e9 dans un monde o\u00f9 l’adaptation marginale ne suffit plus : nous arrivons \u00e0 la fin des rendements positifs du syst\u00e8me actuel. Dissuader, au XXIe si\u00e8cle, se joue sur une nouvelle variable d\u00e9cisive : apprendre plus vite que l’adversaire. C’est le temps de l’intelligence artificielle. Elle acc\u00e9l\u00e8re chaque boucle de d\u00e9cision, compresse chaque avantage, fait de chaque lenteur une vuln\u00e9rabilit\u00e9. La question n’est plus seulement de savoir si nous disposons des bons \u00e9quipements. La question est d\u00e9sormais la suivante : apprenons-nous assez vite ? \u00c0 quelle vitesse nous adaptons-nous ? <\/p>\n\n\n\n C’est \u00e0 cette question que l’OTAN, et plus particuli\u00e8rement le Commandement Alli\u00e9 pour la Transformation, doit r\u00e9pondre. Non pas par des d\u00e9clarations d’intention et des concepts th\u00e9oriques, mais par des actions concr\u00e8tes. Soit l’Alliance se transforme en continu, soit elle d\u00e9croche : il n’y a pas de troisi\u00e8me voie. <\/p>\n\n\n\n\n\n La guerre, aujourd\u2019hui, est devenue un \u00e9tat permanent, diffus. Elle ne s\u2019inscrit pas dans le temps de crise et il n\u2019est plus possible de la circonscrire \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement ponctuel que l’on d\u00e9clare et que l’on conclut. Ce n\u2019est pas la guerre qui est hybride, c\u2019est la paix elle-m\u00eame qui est devenue hybride. Contamin\u00e9e par le d\u00e9litement de toutes les r\u00e8gles et limites, int\u00e9rieures comme ext\u00e9rieures, \u00e0 la mani\u00e8re d’un r\u00e9servoir d’eau contamin\u00e9 par un polluant.<\/p>\n\n\n\n Regardons ce qui s’est pass\u00e9 en Ukraine depuis f\u00e9vrier 2022. Pas seulement sur le front, mais \u00e9galement \u00e0 l\u2019arri\u00e8re : les centrales \u00e9lectriques frapp\u00e9es en premier, les r\u00e9seaux de t\u00e9l\u00e9communications satur\u00e9s avant l’assaut, les cha\u00eenes logistiques cibl\u00e9es avant les blind\u00e9s, les op\u00e9rations d’influence lanc\u00e9es avant les missiles.<\/p>\n\n\n\n Il serait erron\u00e9 de penser que nous observons une guerre classique men\u00e9e avec des moyens modernes : la logique de la guerre a chang\u00e9 en profondeur. <\/p>\n\n\n\n L’objectif n’est plus seulement de d\u00e9truire des forces arm\u00e9es, mais de d\u00e9sorganiser, saturer, faire d\u00e9crocher, rompre le soutien de la population, provoquer l\u2019effondrement. L\u2019adversaire cherche \u00e0 nous priver de notre capacit\u00e9 \u00e0 fonctionner, \u00e0 d\u00e9cider, \u00e0 tenir. La cible, c’est l’ensemble du syst\u00e8me. C\u2019est le blitz<\/em> multidomaine. L’arri\u00e8re, autrefois facteur de puissance, est devenu une cible : la logistique, l’\u00e9nergie, les t\u00e9l\u00e9communications, le cloud, la coh\u00e9sion sociale, etc. Tout cela peut \u00eatre attaqu\u00e9. Tout cela doit \u00eatre d\u00e9fendu. C’est ce que signifie, concr\u00e8tement, la continuit\u00e9 de toute la soci\u00e9t\u00e9. Il ne faut pas lire cette continuit\u00e9 sociale comme une m\u00e9taphore, mais comme la r\u00e9alit\u00e9 op\u00e9rationnelle que l’Ukraine a v\u00e9cue et que chaque membre de l’Alliance doit d\u00e9sormais int\u00e9grer \u00e0 sa planification. <\/p>\n\n\n\n Il serait erron\u00e9 de penser que nous observons une guerre classique men\u00e9e avec des moyens modernes : la logique de la guerre a chang\u00e9 en profondeur.<\/p>Amiral Pierre Vandier<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Cependant, le changement de nature de la guerre ne s’arr\u00eate pas l\u00e0. Il touche aussi, fondamentalement, la dimension du temps, et la technologie l\u2019introduit ind\u00e9niablement comme atout ou faiblesse strat\u00e9gique. <\/p>\n\n\n\n Le cycle mesure\/contre-mesure s’est radicalement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9. Un syst\u00e8me qui conf\u00e8re un avantage tactique aujourd’hui peut \u00eatre neutralis\u00e9, contourn\u00e9 ou r\u00e9pliqu\u00e9 demain. Nous l’avons vu avec les drones : chaque g\u00e9n\u00e9ration appelle sa contre-mesure, dans une spirale dont le rythme d\u00e9passe largement celui de nos cycles d’acquisition traditionnels. Le domaine cyber est un autre exemple. <\/p>\n\n\n\n La sup\u00e9riorit\u00e9 durable se rar\u00e9fie : le tempo devient une forme de puissance. Celui qui tient le rythme, et donc l\u2019impose, gagne. Celui qui le subit perd, condamn\u00e9 \u00e0 n\u2019\u00eatre que r\u00e9actif, m\u00eame s’il est technologiquement sup\u00e9rieur \u00e0 l’instant T. Dans un monde d’avantages temporaires, la puissance n’est plus une position : c’est une capacit\u00e9 de mouvement. Et si la guerre est un environnement, alors moderniser l’outil con\u00e7u pour la situation pr\u00e9c\u00e9dente revient \u00e0 optimiser l\u2019obsolescence. <\/p>\n\n\n\n\n\n L\u2019Europe a effectivement commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre au probl\u00e8me du retour de la guerre. Elle le fait comme elle en a l\u2019habitude : en augmentant les budgets. Mais l\u2019argent ne fait pas une strat\u00e9gie, surtout s\u2019il conduit juste \u00e0 acqu\u00e9rir un peu plus de la m\u00eame chose, des m\u00eames armes et syst\u00e8mes, et \u00e0 maintenir les m\u00eames processus pour les concevoir, les produire et les employer. C’est une r\u00e9ponse quantitative appliqu\u00e9e \u00e0 un probl\u00e8me qui est devenu qualitatif. Moderniser ne signifie pas transformer : c’est l\u00e0 que r\u00e9side un pi\u00e8ge existentiel. <\/p>\n\n\n\n Le premier probl\u00e8me auquel nous sommes confront\u00e9s est que la Russie, la Chine, et d’autres acteurs moins visibles ont \u00e9tudi\u00e9 avec soin nos forces et faiblesses. <\/p>\n\n\n\n Ils ont pris acte des limites de notre mod\u00e8le, qui a profond\u00e9ment d\u00e9sindustrialis\u00e9 et fragilis\u00e9 son ind\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique. Alors, ils le contournent. D\u2019abord par le bas, en utilisant leurs avantages comparatifs : masse abordable, drones low-cost<\/em><\/a>, attaques sous le seuil, continuum entre guerre militaire, trafics, corruption et influence. Un drone \u00e0 vingt mille dollars, neutralisant un syst\u00e8me sol-air \u00e0 trois millions : voil\u00e0 l’asym\u00e9trie<\/a> que nous n’avons pas vue venir. Nos adversaires travaillent \u00e0 rendre notre sup\u00e9riorit\u00e9 inutile. Et ils y parviennent, partiellement, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que nous continuons \u00e0 optimiser un mod\u00e8le qu’ils ont appris \u00e0 contourner.<\/p>\n\n\n\n Et ils commencent maintenant \u00e0 le contourner par le haut. La course se fait aussi par le haut, dans l\u2019espace, les biotechnologies, l\u2019IA, la robotique. La recherche et l\u2019innovation ont, pour partie, chang\u00e9 de continent. Huit des dix institutions de recherche globale class\u00e9es par le magazine Nature <\/em>sont chinoises.<\/p>\n\n\n\n Le deuxi\u00e8me probl\u00e8me est interne. C’est le plafond de verre de nos propres processus qui se sont \u00e9paissis, complexifi\u00e9s, de nos jeux de pouvoir et contre-pouvoirs, qui ont progressivement fig\u00e9 la possibilit\u00e9 d\u2019agir. L’inertie institutionnelle est d\u00e9sormais une vuln\u00e9rabilit\u00e9 strat\u00e9gique. Un des premiers actes d\u00e9cisifs de l\u2019Ukraine en guerre a \u00e9t\u00e9 de suspendre les r\u00e8gles qui ralentissaient leur industrie. Nos cycles d’acquisition durent dix \u00e0 quinze ans. Nous passons des ann\u00e9es \u00e0 d\u00e9finir nos sp\u00e9cifications. Nos architectures sont ferm\u00e9es. Nos donn\u00e9es, cloisonn\u00e9es. Nos proc\u00e9dures d’accr\u00e9ditation ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues pour une \u00e9poque o\u00f9 la menace \u00e9voluait lentement. <\/p>\n\n\n\n Dans un contexte o\u00f9 les garanties ne peuvent plus \u00eatre tenues pour acquises, cette nouvelle r\u00e9alit\u00e9 prend une dimension suppl\u00e9mentaire que l’Europe ne peut pas continuer d\u2019ignorer.<\/p>Amiral Pierre Vandier<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n R\u00e9sultat : m\u00eame un tr\u00e8s bon syst\u00e8me devient rapidement d\u00e9pass\u00e9 et vuln\u00e9rable. Pas parce qu’il est intrins\u00e8quement mauvais, mais parce que le monde a chang\u00e9 avant qu’il soit livr\u00e9. Les organisations et les processus que nous avons construits \u00e9taient raisonnablement adapt\u00e9s aux op\u00e9rations exp\u00e9ditionnaires, \u00e0 un monde stable et pr\u00e9visible. Ils ne sont pas adapt\u00e9s \u00e0 un environnement strat\u00e9gique qui se reconfigure en mois, sinon en semaines. <\/p>\n\n\n\n Il faut, enfin, comprendre la diff\u00e9rence entre moderniser et transformer. Moderniser, c’est ajouter des capacit\u00e9s \u00e0 un mod\u00e8le existant que l\u2019on ne modifie qu\u2019\u00e0 la marge. Transformer, c’est changer les processus, les architectures, la relation industrie-combat, le mod\u00e8le d’entra\u00eenement, la gouvernance des donn\u00e9es. Il s\u2019agit d\u2019une distinction op\u00e9rationnelle qui n\u2019a rien d\u2019un d\u00e9bat s\u00e9mantique Un char modernis\u00e9 reste un char con\u00e7u pour une bataille de contact lin\u00e9aire. Un essaim de drones pilot\u00e9 par IA op\u00e8re dans une logique radicalement diff\u00e9rente<\/a> : saturation, redondance, d\u00e9cision distribu\u00e9e, co\u00fbt marginal quasi nul. On ne passe pas de l’un \u00e0 l’autre par saupoudrage \u00e0 la marge, mais par une r\u00e9elle rupture dans nos esprits. <\/p>\n\n\n\n Or nous r\u00e9sistons collectivement \u00e0 cette rupture. Par inertie. Par conformisme. Par int\u00e9r\u00eats constitu\u00e9s. Par aversion au risque, que nous appelons \u00ab pr\u00e9caution \u00bb. C’est humain. C’est compr\u00e9hensible. Mais c’est une erreur qui n\u2019a rien d\u2019anodin. Dans ce nouvel univers strat\u00e9gique, la lenteur est une terrible vuln\u00e9rabilit\u00e9. Si l’adversaire prend en compte notre difficult\u00e9 \u00e0 nous adapter, alors notre capacit\u00e9 \u00e0 dissuader ne d\u00e9pend plus seulement de nos inventaires et nos savoir-faire actuels, de notre \u00ab excellence \u00bb : elle d\u00e9pend de notre capacit\u00e9 d\u2019apprentissage, de notre capacit\u00e9 de transformation. <\/p>\n\n\n\n Un adversaire rationnel n’attaque pas une alliance qui se transforme plus vite que lui : il attend, ou il provoque. Dans un contexte o\u00f9 les garanties ne peuvent plus \u00eatre tenues pour acquises, cette nouvelle r\u00e9alit\u00e9 prend une dimension suppl\u00e9mentaire que l’Europe ne peut pas continuer d\u2019ignorer.<\/p>\n\n\n\n\n\n Le changement de caract\u00e8re de la guerre n’\u00e9pargne aucun pan de notre appareil de d\u00e9fense. Si la dissuasion nucl\u00e9aire demeure la garantie ultime contre toute agression existentielle, elle ne peut r\u00e9ellement contraindre un adversaire qui a pr\u00e9cis\u00e9ment appris \u00e0 man\u0153uvrer en dessous du seuil, dans les espaces gris, dans la dur\u00e9e, dans les syst\u00e8mes. C’est l\u00e0 que se joue d\u00e9sormais une part d\u00e9cisive de la confrontation. Et c’est l\u00e0 que la capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer l’avantage en continu devient indispensable.<\/p>\n\n\n\n Dans un monde d’avantages temporaires, la possession se d\u00e9value vite. Ce qui manque \u00e0 notre appareil dissuasif, aujourd’hui, c’est justement cette capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer l’avantage en continu. Une dynamique, pas seulement une posture. Elle se prouve, non pas par ce que l’on poss\u00e8de \u00e0 l’instant T, mais par la vitesse \u00e0 laquelle on adapte, innove, d\u00e9ploie. <\/p>\n\n\n\n Dissuader l\u2019adversaire de passer \u00e0 l\u2019acte repose sur une d\u00e9monstration cr\u00e9dible de notre vitesse d’apprentissage : voir, comprendre, adapter, d\u00e9ployer. Plus vite que lui. Ce n’est pas une formule. C’est l\u2019ambition que le Commandement Alli\u00e9 pour la Transformation met en \u0153uvre, concr\u00e8tement, aujourd’hui. Elle repose sur trois actions vitales. <\/p>\n\n\n\n Le retour d’exp\u00e9rience reste un actif strat\u00e9gique largement sous-exploit\u00e9 de l’Alliance. Nous menons des exercices, nous observons des conflits r\u00e9els, nous collectons des donn\u00e9es en quantit\u00e9 massive. Mais la conversion de cette mati\u00e8re brute en doctrine actualis\u00e9e, en nouvelles tactiques, techniques et proc\u00e9dures, en exigences capacitaires r\u00e9vis\u00e9es, est trop lente, rencontre trop de barri\u00e8res d\u2019ego <\/em>et de proc\u00e9dures. Elle prend des ann\u00e9es, l\u00e0 o\u00f9 elle devrait prendre des semaines. <\/p>\n\n\n\n Le risque majeur est temporel : apprendre trop tard, sur des conflits d\u00e9j\u00e0 termin\u00e9s, face \u00e0 des adversaires qui ont d\u00e9j\u00e0 mu\u00e9. Un RETEX qui arrive dix-huit mois apr\u00e8s les faits ne donne aucun avantage : il entretient l’illusion du savoir. Un leurre. En cinq ans de guerre, la Russie n’a plus le m\u00eame visage militaire.<\/p>\n\n\n\n Apprendre, c’est construire des boucles courtes entre le combat r\u00e9el et la doctrine. Entre l’observation du terrain, qu\u2019il soit en Ukraine ou au Moyen-Orient, et la modification des standards d’entra\u00eenement de l’Alliance. C’est une question d’architecture organisationnelle, autant que de volont\u00e9 politique. Une question d\u2019\u00e9tat d\u2019esprit. <\/p>\n\n\n\n Apprendre ne suffit pas si l’on n’a pas d’espace pour tester du neuf. L’Alliance a besoin d’ar\u00e8nes d’exp\u00e9rimentation r\u00e9elles, o\u00f9 l’on confronte des syst\u00e8mes \u00e0 un adversaire non contraint par les r\u00e8gles d\u2019exercice, o\u00f9 l’on accepte l’\u00e9chec comme information, o\u00f9 la friction et la surprise sont d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment int\u00e9gr\u00e9es au protocole. De vraies ar\u00e8nes de stress-tests, o\u00f9 les certitudes sont mises \u00e0 l’\u00e9preuve, o\u00f9 les syst\u00e8mes r\u00e9v\u00e8lent leurs limites avant le combat r\u00e9el, o\u00f9 la r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est pas \u00e9vacu\u00e9e. C’est inconfortable. Mais c’est exactement ce qui distingue une Alliance qui apprend d’une Alliance qui r\u00e9p\u00e8te. <\/p>\n\n\n\n \u00c0 l\u2019\u00e8re du num\u00e9rique, personne ne livre un syst\u00e8me pour une dur\u00e9e de service de quinze ans. On construit, on observe, on adapte, on corrige, on am\u00e9liore en continu. C’est le principe du \u00ab versionnage \u00bb, des architectures ouvertes, du service en flux. Ce principe, qui s\u2019applique \u00e0 tout ce que nous utilisons au quotidien, \u00e0 la maison \u2014 t\u00e9l\u00e9phone, voiture, ordinateur \u2014 doit s’appliquer aussi aux syst\u00e8mes de d\u00e9fense, \u00e0 la doctrine, \u00e0 l’entra\u00eenement. Le syst\u00e8me de command and control<\/em> du soldat ukrainien, c\u2019est son t\u00e9l\u00e9phone portable<\/a>. Il est mis \u00e0 jour quotidiennement. <\/p>\n\n\n\n Cela suppose une nouvelle relation entre le combattant, l’ing\u00e9nieur et l\u2019industrie. Une boucle courte, permanente, entre celui qui emploie le syst\u00e8me en conditions r\u00e9elles et celui qui le con\u00e7oit ou le fait \u00e9voluer. Cela suppose des architectures ouvertes, interop\u00e9rables, modifiables. Cela suppose de rompre avec la logique du programme ferm\u00e9, livr\u00e9 cl\u00e9 en main, intouchable pendant une d\u00e9cennie, sauf \u00e0 des co\u00fbts et d\u00e9lais prohibitifs. Cela suppose d\u2019inventer de nouveaux supports contractuels, pas seulement focalis\u00e9s sur l\u2019achat de plateformes, mais permettant un lien continu et \u00e9troit avec l\u2019industrie. <\/p>\n\n\n\n Ces trois actions vitales ont un catalyseur commun : l’intelligence artificielle. Non pas comme gadget, ni comme argument de communication. Mais comme acc\u00e9l\u00e9rateur de chaque \u00e9tape de la boucle : retour d\u2019exp\u00e9rience trait\u00e9 en heures plut\u00f4t qu’en mois, adversaires non script\u00e9s g\u00e9n\u00e9r\u00e9s en temps r\u00e9el dans les ar\u00e8nes d’exp\u00e9rimentation, capacit\u00e9s des syst\u00e8mes d\u00e9ploy\u00e9s mises \u00e0 jour en continu plut\u00f4t que fig\u00e9es pendant une d\u00e9cennie. L’IA condamne les organisations lentes et trop proc\u00e9duri\u00e8res. Elle donne \u00e0 celui qui apprend vite un avantage exponentiel sur celui qui n’apprend pas. Elle n’est pas un outil parmi d’autres. C’est une \u00e9preuve de survie darwinienne. <\/p>\n\n\n\n Transformer ou d\u00e9crocher. Il n’y a pas de troisi\u00e8me voie. <\/p>Amiral Pierre Vandier<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Une Alliance qui ma\u00eetrise cette boucle \u2014 apprendre, exp\u00e9rimenter, d\u00e9ployer \u2014 est une Alliance qui r\u00e9g\u00e9n\u00e8re son avantage en continu. <\/p>\n\n\n\n Transformer, ce n’est pas pr\u00e9dire la prochaine rupture. Personne ne le peut. Transformer, c’est construire la capacit\u00e9 d’y survivre et d’y conserver l’initiative. <\/p>\n\n\n\n L’OTAN dispose d’atouts que nul autre acteur ne poss\u00e8de : trente-deux nations li\u00e9es par un trait\u00e9, une profondeur industrielle sans \u00e9quivalent, des d\u00e9cennies d’interop\u00e9rabilit\u00e9 construite dans la dur\u00e9e. Ces atouts sont r\u00e9els. Mais ils ne sont pas suffisants si l’Alliance ne se transforme pas au rythme qu’impose le nouveau caract\u00e8re de la guerre. <\/p>\n\n\n\n Cela signifie investir dans les capacit\u00e9s, certes. Mais, surtout, investir dans la vitesse d’apprentissage collectif. R\u00e9former les cycles d’acquisition. Ouvrir les architectures. Connecter l’industrie au combat. Gouverner les donn\u00e9es comme un actif strat\u00e9gique partag\u00e9. Former des combattants capables d’apprendre, pas seulement d’ex\u00e9cuter. <\/p>\n\n\n\n L’Histoire n’attend pas les organisations qui h\u00e9sitent. Elle ne pr\u00e9vient jamais. Elle constate, apr\u00e8s coup, quelles sont celles qui avaient su se transformer et celles qui ont disparu, annihil\u00e9es par la d\u00e9faite. <\/p>\n\n\n\n Transformer ou d\u00e9crocher. Il n’y a pas de troisi\u00e8me voie. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Une pi\u00e8ce de doctrine sign\u00e9e par l’amiral Pierre Vandier, Commandant supr\u00eame alli\u00e9 Transformation de l’OTAN.<\/p>\n","protected":false},"author":61105,"featured_media":330071,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-editorials.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"_yoast_wpseo_estimated-reading-time-minutes":13,"footnotes":""},"categories":[1732],"tags":[],"staff":[],"editorial_format":[4857],"serie":[],"audience":[],"geo":[1876],"class_list":["post-330040","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-guerre","editorial_format-pieces-de-doctrines","geo-paris"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":"default"},"yoast_head":"\n
\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\nUn changement de nature : la guerre devient un environnement <\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\nSortir d’un pi\u00e8ge syst\u00e9mique <\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\nPour dissuader, il faut apprendre plus vite que l\u2019adversaire <\/h2>\n\n\n\n
Apprendre <\/h3>\n\n\n\n
Exp\u00e9rimenter <\/h3>\n\n\n\n
D\u00e9ployer <\/h3>\n\n\n\n