{"id":328487,"date":"2026-04-19T07:45:51","date_gmt":"2026-04-19T05:45:51","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=328487"},"modified":"2026-04-19T10:13:03","modified_gmt":"2026-04-19T08:13:03","slug":"cristina-rivera-garza-a-vu-dans-lombre-du-mexique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/04\/19\/cristina-rivera-garza-a-vu-dans-lombre-du-mexique\/","title":{"rendered":"Cristina Rivera Garza a vu dans l\u2019ombre du Mexique"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-drop-cap\"><em>L\u2019\u00e9crivaine mexicaine Cristina Rivera Garza, n\u00e9e \u00e0 Tamaulipas en 1964, a fait de l&rsquo;exp\u00e9rimentation formelle et de l&rsquo;activisme litt\u00e9raire deux de ses marques distinctives. Son avant-dernier livre&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-1-328487' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/04\/19\/cristina-rivera-garza-a-vu-dans-lombre-du-mexique\/#easy-footnote-bottom-1-328487' title='&lt;em&gt;L\u2019invincible \u00e9t\u00e9 de Liliana&lt;\/em&gt;, Paris, Christian Bourgois \u00e9diteurs\/Satellites, 2024.'><sup>1<\/sup><\/a><\/span><\/span> reconstituait la vie de sa s\u0153ur, victime d&rsquo;un f\u00e9minicide au Mexique en 1990, \u00e0 partir de la recherche d&rsquo;un dossier judiciaire perdu et d&rsquo;un travail de m\u00e9moire qui inclut les archives intimes de Liliana et les t\u00e9moignages de ceux qui l&rsquo;ont connue.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>L&rsquo;autrice d\u00e9ploie ainsi un dispositif litt\u00e9raire original<\/em> <em>pour penser la violence de genre \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 ces meurtres au Mexique \u00e9taient encore consid\u00e9r\u00e9s comme des \u00ab&#160;crimes passionnels&#160;\u00bb \u2014 c&rsquo;est-\u00e0-dire motiv\u00e9s en partie par leurs victimes. Son dernier livre, <\/em>Terrestre<em> (Random House, 2025), rassemble sept r\u00e9cits qui combinent chronique, <em>\u00ab&#160;<\/em>non-fiction sp\u00e9culative<em>&#160;\u00bb<\/em> et formes narratives exp\u00e9rimentales pour donner la parole \u00e0 des jeunes Mexicaines, les \u00ab&#160;autres&#160;\u00bb de la g\u00e9n\u00e9ration de Liliana&#160;: celles qui ont surv\u00e9cu.\u00a0<\/em><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Dans vos derniers livres, l&rsquo;exploration du pass\u00e9 et la reconstruction de la m\u00e9moire se concr\u00e9tisent par un voyage. Pourquoi avez-vous besoin de vous mettre en chemin pour raconter une histoire vraie&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Le fait est que, lorsque nous effectuons des recherches dans les archives, nous devons voyager&#160;: nous rendre aux archives, nous d\u00e9placer, chercher.<\/p>\n\n\n\n<p>Les archives impliquent <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/07\/13\/jai-ete-confrontee-a-ce-que-primo-levi-appelle-la-zone-grise-une-conversation-avec-leila-guerriero\/\">cette in\u00e9vitabilit\u00e9 du voyage<\/a>, du d\u00e9placement. Lorsque nous faisons des recherches, nous nous d\u00e9pla\u00e7ons entre diff\u00e9rents documents, autour d&rsquo;eux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il en a \u00e9t\u00e9 ainsi dans mes trois derniers livres&#160;: <em>Hab\u00eda mucha neblina o humo o no s\u00e9 qu\u00e9<\/em>, <em>Autobiograf\u00eda del algod\u00f3n<\/em>, <em>L\u2019invincible \u00e9t\u00e9 de Liliana <\/em>et maintenant dans <em>Terrestre<\/em>. Ce sont des voyages de diff\u00e9rents types&#160;: des voyages d&rsquo;exploration, de recherche&#160;; des voyages qui impliquent d&rsquo;interroger des territoires.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vous avez parl\u00e9 de Terrestre comme de la \u00ab&#160;face B&#160;\u00bb de <em>L\u2019Invincible \u00c9t\u00e9 de Liliana<\/em>, votre avant-dernier et remarquable livre consacr\u00e9 au f\u00e9minicide de votre s\u0153ur. S&rsquo;agit-il du r\u00e9cit des survivantes&#160;?&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Cela a \u00e9t\u00e9, plus que tout, tr\u00e8s intuitif, comme le sont souvent les choses qui d\u00e9clenchent mon travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fur et \u00e0 mesure que je discutais, surtout avec des filles tr\u00e8s jeunes, \u00e0 propos de <em>L\u2019invincible \u00e9t\u00e9 de Liliana<\/em>, je me suis rendu compte \u00e0 quel point elles avaient adopt\u00e9 l&rsquo;esprit rebelle, contestataire et autonome de Liliana. C&rsquo;est de l\u00e0 qu&rsquo;est venue l&rsquo;id\u00e9e que, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, je devais un livre \u00e0 ces filles de la g\u00e9n\u00e9ration de la fin du XXe si\u00e8cle, qui n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 victimes de f\u00e9minicide. Ce sont elles qui ont forg\u00e9 les bases et l&rsquo;exp\u00e9rience du f\u00e9minisme tel que nous le connaissons aujourd&rsquo;hui.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Terrestre<\/em> est peupl\u00e9, en termes de personnages et d&rsquo;\u00e2ges, de filles que l&rsquo;on pourrait appeler la \u00ab&#160;bande de Liliana&#160;\u00bb. Ce sont ces autres filles&#160;: celles qui ont surv\u00e9cu.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">En 1985, Gayatri Spivak se demandait&#160;: \u00ab&#160;Le subalterne peut-il parler&#160;?&#160;\u00bb&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-2-328487' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/04\/19\/cristina-rivera-garza-a-vu-dans-lombre-du-mexique\/#easy-footnote-bottom-2-328487' title='Gayatri Chakravorty Spivak, &lt;em&gt;Les subalternes peuvent-elles parler&amp;#160;?&lt;\/em&gt;, Paris, \u00e9ditions Amsterdam, 2020.'><sup>2<\/sup><\/a><\/span><\/span> Cette question semble tr\u00e8s pr\u00e9sente dans votre \u0153uvre, o\u00f9 vous mettez en avant la vie de personnages mineurs, des histoires marginales, parfois pass\u00e9es sous silence ou oubli\u00e9es. Peut-il y avoir aujourd&rsquo;hui de bons livres qui ne cherchent pas \u00e0 s\u2019inscrire dans les grands d\u00e9bats soci\u00e9taux&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Je pense que la litt\u00e9rature implique toujours une prise de position.<\/p>\n\n\n\n<p>Au Mexique, il se passe quelque chose de tr\u00e8s int\u00e9ressant. Pendant des ann\u00e9es, alors que le PRI et le PAN \u00e9taient au pouvoir, une grande partie de l&rsquo;intelligentsia d\u00e9fendait l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une litt\u00e9rature autonome. Et soudain, maintenant que nous avons des gouvernements d&rsquo;une autre tendance \u2013 d&rsquo;abord avec Andr\u00e9s Manuel L\u00f3pez Obrador, puis avec Claudia Sheinbaum, nous voyons que cette m\u00eame intelligentsia parle ouvertement de politique, prend position dans les d\u00e9bats et choisit son camp.<\/p>\n\n\n\n<p>Je trouve cela curieux&#160;: pendant des d\u00e9cennies, le mot d&rsquo;ordre \u00e9tait de ne pas se m\u00ealer de politique&#160;; aujourd&rsquo;hui, en revanche, il semble l\u00e9gitime de le faire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Comment analysez-vous cela&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Ce revirement m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre questionn\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9bat public a radicalement chang\u00e9 \u2014 et le champ litt\u00e9raire occupe une place particuli\u00e8re dans ce d\u00e9bat.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">En quel sens&#160;?&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui, la litt\u00e9rature n&rsquo;est plus consid\u00e9r\u00e9e comme un territoire imperm\u00e9able, mais comme un espace poreux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense qu&rsquo;il y a d\u00e9sormais une plus grande ouverture pour comprendre la litt\u00e9rature \u00e9galement dans son potentiel d&rsquo;activisme, pour consid\u00e9rer l&rsquo;\u00e9criture comme quelque chose qui ne se limite pas \u00e0 ses propres fronti\u00e8res, mais qui est connect\u00e9 au social et au politique.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette transformation permet de reconna\u00eetre la l\u00e9gitimit\u00e9 de diff\u00e9rentes formes d&rsquo;activisme dans la pratique litt\u00e9raire.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Une seule goutte de non-fiction a le pouvoir de remettre en question toute la fiction.<\/p><cite>Cristina Rivera Garza<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Comment d\u00e9cririez-vous cet activisme litt\u00e9raire aujourd&rsquo;hui&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Je pense qu&rsquo;en tant qu&rsquo;\u00e9crivains, nous avons une responsabilit\u00e9 envers un langage qui n&rsquo;est pas le n\u00f4tre, qui nous d\u00e9passe, qui appartient \u00e0 beaucoup de personnes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est une \u00e9vidence, mais il convient de le rappeler chaque fois que possible&#160;: nous travaillons avec un langage qui a une histoire, qui est charg\u00e9 de conflits \u2014 et c&rsquo;est de l\u00e0 que vient l&rsquo;activisme de l&rsquo;\u00e9criture.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">C\u2019est-\u00e0-dire&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Cet activisme se joue dans des choix concrets&#160;: dans la perspective ou le point de vue que nous adoptons, dans les pronoms que nous utilisons, dans le choix d&rsquo;une virgule ou d&rsquo;un point-virgule.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;est pas quelque chose d&rsquo;ext\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture&#160;: c&rsquo;est \u00e0 la fois int\u00e9rieur et ext\u00e9rieur, car nous n&rsquo;utilisons pas le langage uniquement pour \u00e9crire \u2014 nous l&rsquo;utilisons pour vivre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et c&rsquo;est l\u00e0, me semble-t-il, que r\u00e9side la grande puissance de l&rsquo;\u00e9criture&#160;: elle peut non seulement produire une pens\u00e9e critique, mais aussi produire la r\u00e9alit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En termes tr\u00e8s concrets&#160;: transformer les comportements de ceux qui lisent, modifier la fa\u00e7on dont nous comprenons les liens entre les choses.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">En quoi est-ce diff\u00e9rent de la litt\u00e9rature engag\u00e9e&#160;?&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Je veux s\u00e9parer ce propos des discussions des ann\u00e9es 1960 et 1970 \u2014 entre l&rsquo;art engag\u00e9 et l&rsquo;art pour l&rsquo;art \u2014 qui, avec le temps, se sont complexifi\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 se transformer en prises de position d&rsquo;artistes ou d&rsquo;\u00e9crivains en tant que sujets publics.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que j&rsquo;essaie de souligner maintenant est autre chose&#160;: l&rsquo;activisme qui correspond \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture en tant que pratique \u2014 en d\u2019autres termes, une compr\u00e9hension de l&rsquo;\u00e9criture qui va au-del\u00e0 du cadre disciplinaire dans lequel elle s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e au cours du XXe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Cette dimension activiste est tr\u00e8s forte dans <em>L\u2019invincible \u00e9t\u00e9 de Liliana<\/em>, livre \u00e0 partir duquel vous avez d\u00e9noncer les f\u00e9minicides qui restent un fl\u00e9au au Mexique o\u00f9 environ 10 f\u00e9minicides sont recens\u00e9s chaque jour, et de 2015 \u00e0 avril 2025, pr\u00e8s de 35 000 femmes, adolescentes et filles ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9es.<\/h3>\n\n\n\n<p>L&rsquo;histoire de la violence sexiste m&rsquo;a toujours beaucoup int\u00e9ress\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;est pas une co\u00efncidence ni le r\u00e9sultat d&rsquo;un cycle de deuil personnel. Ce n&rsquo;est pas un hasard si j&rsquo;ai d\u00fb attendre trente ans pour \u00e9crire ce livre, et je l&rsquo;ai dit \u00e0 maintes reprises&#160;: je pense qu&rsquo;il a fallu cr\u00e9er un langage pour pouvoir raconter ces exp\u00e9riences d&rsquo;une autre mani\u00e8re, ainsi qu&rsquo;un public capable de les recevoir, d&rsquo;\u00e9tablir un lien.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s&rsquo;agit beaucoup moins de calculer ce qui est \u00e0 la mode que d&rsquo;avoir une opinion vivante, \u00e9duqu\u00e9e, sensible aux changements du langage. Car ce qui d\u00e9termine ce qu&rsquo;il est possible d&rsquo;\u00e9crire \u00e0 un moment donn\u00e9, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment le langage disponible pour le faire.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;autre part, je r\u00e9p\u00e8te toujours que les livres font ce qu&rsquo;ils veulent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">C&rsquo;est-\u00e0-dire&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Dans mon cas, le point de d\u00e9part n&rsquo;est pas la mode ou la tendance du moment, mais le lien avec les conditions sensibles de notre environnement, de notre langage, et avec les exp\u00e9riences qui m&rsquo;ont profond\u00e9ment marqu\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Gertrude Stein disait que le grand d\u00e9fi est d&rsquo;\u00eatre contemporain de nos contemporains. Non pas dans le sens d&rsquo;\u00eatre \u00e0 la mode, mais dans celui d&rsquo;\u00eatre connect\u00e9 au pouls qui fait de nous les habitants d&rsquo;un monde commun.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est ce qui m&rsquo;importe&#160;: ne pas parler de tendances, mais \u00eatre en direct, partager des exp\u00e9riences avec ceux qui veulent traverser ce m\u00eame pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Comment votre livre a \u00e9t\u00e9 accueilli en Europe \u2014 dans les pays qui comme la France n\u2019ont pas encore de qualification juridique du f\u00e9minicide&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Lors de nombreuses pr\u00e9sentations du livre, des filles qui avaient v\u00e9cu des exp\u00e9riences de violence dans leurs relations sont venues me dire que Liliana les avait aid\u00e9es \u00e0 voir \u2014 et qu&rsquo;elles \u00e9taient, en substance, vivantes. Cela me bouleverse toujours.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En Italie, par exemple, o\u00f9 le terme \u00ab&#160;f\u00e9minicide&#160;\u00bb existe nominalement mais n&rsquo;est pas utilis\u00e9, et o\u00f9 le nombre de f\u00e9minicides n&rsquo;est pas faible, le d\u00e9bat est urgent. Lors de la pr\u00e9sentation \u00e0 Rome, une marche a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9e. C\u2019\u00e9tait quelque chose d&rsquo;impressionnant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je n&rsquo;ai pas encore eu le temps d&rsquo;assimiler l&rsquo;accueil qui m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 r\u00e9serv\u00e9 en France, car j&rsquo;y ai pass\u00e9 peu de temps, mais il me semble que les livres qui nous permettent de mettre des mots sur des exp\u00e9riences qui en manquent souvent jouent un r\u00f4le essentiel.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce sens, l&rsquo;activisme de la lecture ne vient pas seulement de celui qui \u00e9crit, mais aussi de celui qui lit, de ceux qui d\u00e9cident de conclure un pacte qui d\u00e9passe le livre et se r\u00e9pand sur l&rsquo;exp\u00e9rience elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>La fiction, en tant que genre, est d\u00e9j\u00e0 un terme civilis\u00e9, fa\u00e7onn\u00e9 par des r\u00e8gles narratives. La m\u00e9moire, en revanche, se manifeste de mani\u00e8re plus sauvage.<\/p><cite>Cristina Rivera Garza<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">En France, <em>L\u2019invincible \u00e9t\u00e9 de Liliana <\/em>a re\u00e7u le prix Les Inrockuptibles 2023 de litt\u00e9rature \u00e9trang\u00e8re, et <em>Triste Tigre<\/em> de Neige Sinno&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-3-328487' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/04\/19\/cristina-rivera-garza-a-vu-dans-lombre-du-mexique\/#easy-footnote-bottom-3-328487' title='Neige Sinno, &lt;em&gt;Triste tigre&lt;\/em&gt;, Paris, P.O.L, 2023.'><sup>3<\/sup><\/a><\/span><\/span> celui de litt\u00e9rature fran\u00e7aise. Le second livre a relanc\u00e9 le d\u00e9bat sur l&rsquo;inceste et les viols intra-familiaux. Y voyez-vous un signe que la perception du lien entre litt\u00e9rature et activisme a chang\u00e9&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Il est vrai qu&rsquo;il existe encore une arri\u00e8re-garde fascinante qui insiste pour discuter si un livre, en raison des d\u00e9bats qu&rsquo;il suscite, peut ou non \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme tel \u2013 dans son statut litt\u00e9raire. Comme si la litt\u00e9rature du t\u00e9moignage des ann\u00e9es 1960 et 1970 n&rsquo;avait pas d\u00e9j\u00e0 d\u00e9montr\u00e9 que ces textes font partie d&rsquo;une conversation culturelle plus large.<\/p>\n\n\n\n<p>Le plus int\u00e9ressant dans ces litt\u00e9ratures \u2013 et je parle ici en particulier de celles \u00e9crites par des femmes \u2013 est qu&rsquo;elles proposaient les corps comme point de vue, comme lieu d&rsquo;\u00e9nonciation.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens que lorsque j&rsquo;ai re\u00e7u au Mexique le Prix Xavier-Villaurrutia d\u2019\u00e9crivains pour \u00e9crivains \u2013 le plus prestigieux du pays \u2014, celui qui me l&rsquo;a remis a estim\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tait de son devoir de me donner une le\u00e7on d&rsquo;\u00e9criture. Il a d\u00e9clar\u00e9 que le livre aurait d\u00fb consacrer plus de temps au meurtrier. Ce geste m&rsquo;a sembl\u00e9 repr\u00e9sentatif d&rsquo;une position non seulement d\u00e9pass\u00e9e, mais aussi intenable&#160;: l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;un livre qui se connecte \u00e0 son monde, qui est contemporain, cesse pour cette m\u00eame raison d&rsquo;\u00eatre litt\u00e9raire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Votre \u0153uvre est travers\u00e9e par le travail d&rsquo;archivage. <em>L\u2019invincible \u00e9t\u00e9 de Liliana <\/em>part de la recherche d&rsquo;un dossier judiciaire perdu et se rattache aux archives intimes de votre s\u0153ur, puis aux t\u00e9moignages de ceux qui l&rsquo;ont connue. <em>Terrestre<\/em>, en revanche, d\u00e9place ce travail vers un territoire collectif. Qu&rsquo;est-ce qui change dans votre \u00e9criture lorsque vous travaillez avec des archives personnelles ou publiques&#160;?&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai qualifi\u00e9 <em>Terrestre<\/em> de \u00ab&#160;non-fiction sp\u00e9culative&#160;\u00bb. D&rsquo;une part, la sp\u00e9culation, comprise comme cette litt\u00e9rature qui imagine des mondes possibles. D&rsquo;autre part, la non-fiction est cet effort pour maintenir un lien avec la r\u00e9f\u00e9rence concr\u00e8te.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont des textes de non-fiction parce qu&rsquo;il y a un travail de recherche derri\u00e8re. Dans ce cas, il y a eu des entretiens \u2014 beaucoup par t\u00e9l\u00e9phone \u2014, des observations, l&rsquo;utilisation de journaux intimes et de proc\u00e9dures personnelles, mais aussi de journaux de l&rsquo;\u00e9poque. Les ponts que j&rsquo;\u00e9tablis sont g\u00e9n\u00e9ralement une combinaison de documents accessibles et d&rsquo;autres documents qui ont \u00e9t\u00e9 jalousement conserv\u00e9s par des individus, des familles ou des collectifs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, contrairement \u00e0 d&rsquo;autres livres, ici, les coutures restent plus cach\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Dans quel sens&#160;?&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Si je ne le disais pas, il serait peut-\u00eatre difficile d&rsquo;identifier le pacte avec la non-fiction. Cette dissimulation a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 un exercice pour moi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai beaucoup r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 la diff\u00e9rence entre la recherche dans des archives institutionnelles et celle dans des archives personnelles ou affectives.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Quelles seraient donc les diff\u00e9rences \u2014 ou les points communs&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Dans les deux cas, il est essentiel d&rsquo;\u00eatre attentif \u00e0 la dimension tactile et \u00e0 l&rsquo;\u00e9vocation de la pr\u00e9sence.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque nous recherchons dans des archives personnelles, familiales, affectives, nous sommes dans une situation de tactilit\u00e9 et d&rsquo;intimit\u00e9 tr\u00e8s forte \u2014&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; en touchant des photographies, en regardant des objets chers, nous entrons dans un espace d&rsquo;une grande proximit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il en va de m\u00eame pour les archives institutionnelles&#160;: l\u00e0 aussi, les documents sont pass\u00e9s entre de nombreuses mains, ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s par des archivistes, ont \u00e9t\u00e9 mis en s\u00e9curit\u00e9. Il me semble que le traitement affectif dont font l&rsquo;objet les documents des affects \u2014 si l&rsquo;on y pr\u00eate attention et que l&rsquo;on d\u00e9cide de travailler avec \u2014 aura in\u00e9vitablement une r\u00e9percussion tr\u00e8s particuli\u00e8re sur l&rsquo;\u00e9criture.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Je m&rsquo;int\u00e9resse aux livres qui vous proposent de vivre une exp\u00e9rience. L&#8217;empreinte y joue un r\u00f4le essentiel&#160;: elle suspend le contrat de cr\u00e9dulit\u00e9 de la fiction.<\/p><cite>Cristina Rivera Garza<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Cet effort pour que \u00ab&#160;les coutures ne se voient pas&#160;\u00bb est-il li\u00e9 au fait que vous travaillez sur des archives vivantes, en mutation&#160;?&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Oui, c&rsquo;est une tr\u00e8s bonne remarque. Je pense que cela y est pour beaucoup. Car dans plusieurs textes, j\u2019ai effectu\u00e9 un v\u00e9ritable travail en collaboration avec mes interlocuteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>En envoyant les archives \u00e0 d&rsquo;autres yeux, il y a eu un mouvement d\u2019aller-retour. Cela me semble fondamental&#160;: transformer une conversation en archive.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Dans votre r\u00e9cit \u00ab&#160;Ceux qui m&rsquo;aident \u00e0 d\u00e9m\u00e9nager sont aussi en mouvement&#160;\u00bb, vous \u00e9crivez&#160;: \u00ab&#160;Si c&rsquo;est de la m\u00e9moire, c&rsquo;est de la fiction&#160;\u00bb et ensuite&#160;: \u00ab&#160;Si c&rsquo;est de la m\u00e9moire, c&rsquo;est de la confusion.&#160;\u00bb M\u00e9moire, fiction et confusion sont-ils synonymes&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Je fais r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une phrase tr\u00e8s connue de N\u00e9stor Braunstein, un psychanalyste argentin qui a longtemps v\u00e9cu au Mexique. Il disait que s&rsquo;il y a m\u00e9moire, il y a fiction&#160;; qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas moyen de traiter les questions de m\u00e9moire sans que la fiction n&rsquo;intervienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Je l&rsquo;ai radicalis\u00e9e en ajoutant \u00ab&#160;confusion&#160;\u00bb. Lorsque nous parlons de fiction, nous pensons g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 un genre, avec des personnages, des sc\u00e8nes, des transformations.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Et la m\u00e9moire&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>La m\u00e9moire ne fonctionne pas ainsi&#160;: elle n&rsquo;appara\u00eet pas de mani\u00e8re ordonn\u00e9e ou cons\u00e9cutive.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e9moire surgit d&rsquo;une autre mani\u00e8re \u2014 fragmentaire, d\u00e9sordonn\u00e9e, confuse. Car ce qui d\u00e9stabilise la m\u00e9moire, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment la forme.<\/p>\n\n\n\n<p>La fiction, en tant que genre, est d\u00e9j\u00e0 un terme pour ainsi dire civilis\u00e9, fa\u00e7onn\u00e9 par des r\u00e8gles narratives. La m\u00e9moire, en revanche, se manifeste de mani\u00e8re plus sauvage, moins domestiqu\u00e9e, et nous entra\u00eene souvent dans des sc\u00e8nes de grande confusion.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Y a-t-il quelque chose de cette confusion propre \u00e0 la m\u00e9moire derri\u00e8re le choix de narrateurs pluriels dans <em>Terrestre <\/em>&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;un texte profond\u00e9ment impr\u00e9gn\u00e9 d&rsquo;amiti\u00e9, de personnes unies par une affection particuli\u00e8re, mais aussi, dans un sens formel, par une fa\u00e7on de vivre ensemble, de d\u00e9couvrir et de traverser des exp\u00e9riences \u00e0 l&rsquo;unisson.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai beaucoup r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 la mani\u00e8re de faire cela en termes formels. Et je reviens toujours \u00e0 Gertrude Stein, qui disait que le grand d\u00e9fi d&rsquo;un r\u00e9cit n&rsquo;est pas de raconter une chose, mais de l&rsquo;incarner (<em>to embody<\/em>).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Comment relever ce d\u00e9fi&#160;?&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Nous savons que les pronoms ne sont pas innocents, ils sont profond\u00e9ment politiques.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est pourquoi, dans <em>Terrestre<\/em>, je souhaitais explorer diff\u00e9rentes formes d&rsquo;\u00e9nonciation collective. Car, bien s\u00fbr, il existe un \u00ab&#160;nous&#160;\u00bb de la collectivit\u00e9, de la r\u00e9sistance&#160;; mais il existe aussi un \u00ab&#160;nous&#160;\u00bb du fascisme, un \u00ab&#160;nous&#160;\u00bb de l&rsquo;autoritarisme. Et la fronti\u00e8re n&rsquo;est pas toujours claire. Je m&rsquo;int\u00e9ressais \u00e9galement au \u00ab&#160;ils&#160;\u00bb, ce pronom impersonnel qui ouvre \u00e0 une flexibilit\u00e9 diff\u00e9rente.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me demande&#160;: le \u00ab&#160;ils&#160;\u00bb \u2014 et non le \u00ab&#160;nous&#160;\u00bb \u2014 ne serait-il pas le pronom de la libert\u00e9, le pronom qui rejette toute forme d&rsquo;appropriation du pouvoir&#160;?<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>L&rsquo;activisme de la lecture ne vient pas seulement de celui qui \u00e9crit, mais aussi de ceux qui d\u00e9cident de conclure un pacte qui d\u00e9passe le livre<\/p><cite>Cristina Rivera Garza<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Terrestre<\/em> partage avec vos derniers livres une veine exp\u00e9rimentale presque <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/07\/06\/nous-navons-encore-pas-tout-lu-une-conversation-fleuve-avec-herve-le-tellier\/\">oulipienne<\/a>&#160;: jeux avec les narrateurs, les temporalit\u00e9s, les genres.&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai beaucoup lu l\u2019Oulipo et j&rsquo;ai fait de nombreux exercices avec leurs propositions.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quand j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 encadrer des ateliers dans le cadre du master de <em>creative writing<\/em> \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Californie \u00e0 San Diego, nous travaillions avec un corpus de textes de l&rsquo;Oulipo. Je l&rsquo;utilisais m\u00eame avec mes \u00e9tudiants en licence de litt\u00e9rature.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avoue que je suis une lectrice de cette litt\u00e9rature qui \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque consid\u00e9r\u00e9e comme avant-gardiste, mais qui pour moi reste tout \u00e0 fait utile et actuelle.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vous avez d\u00e9crit votre \u00e9criture comme la recherche d&rsquo;un \u00ab&#160;genre h\u00f4te&#160;\u00bb&#160;: un genre capable d&rsquo;accueillir des discussions et des contacts avec d&rsquo;autres. Y a-t-il, dans vos derniers livres, une perte de confiance ou d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour la fiction&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai beaucoup r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 cette question.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque j&rsquo;essaie d\u2019y r\u00e9pondre, je me r\u00e9f\u00e8re souvent \u00e0 une d\u00e9claration fracassante de Karl Ove Knausg\u00e5rd. Selon lui, dans un monde o\u00f9 tout est fiction, la fiction perd son pouvoir d\u2019interlocution.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Argentine Josefina Ludmer a exprim\u00e9 une id\u00e9e similaire lorsqu&rsquo;elle a d\u00e9clar\u00e9 que le monde dans lequel nous vivons est d\u00e9j\u00e0 une r\u00e9alit\u00e9-fiction. Il en r\u00e9sulte l&rsquo;\u00e9mergence de ces \u00ab&#160;litt\u00e9ratures post-autonomes&#160;\u00bb, qui se d\u00e9finissent pr\u00e9cis\u00e9ment par le fait qu&rsquo;elles se moquent d&rsquo;\u00eatre qualifi\u00e9es de litt\u00e9rature ou non.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous connaissons une transformation radicale dans notre environnement, qui exige \u00e9galement une transformation radicale dans nos \u00e9crits, dans la mani\u00e8re dont ils s&rsquo;articulent de mani\u00e8re critique avec l&rsquo;\u00e9tat des voix contemporaines.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Comment cela pourrait-il se faire&#160;?&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre avons-nous besoin de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce qui peut \u00eatre fait \u00e0 partir de la confusion, avec des genres perm\u00e9ables.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne vois pas mon travail comme un m\u00e9lange d\u00e9sordonn\u00e9 de genres, mais comme la construction de mod\u00e8les de juxtaposition. Le d\u00e9fi consiste \u00e0 d\u00e9cider&#160;: sur quelle base le faisons-nous, en termes de rythme, de d\u00e9veloppement de l&rsquo;anecdote, d&rsquo;images&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>Trouver ces mod\u00e8les est une partie fondamentale du travail. C&rsquo;est pourquoi je ne me soucie pas tant de savoir si notre rapport \u00e0 la fiction peut \u00eatre r\u00e9par\u00e9 ou non.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui m&rsquo;int\u00e9resse, c&rsquo;est de produire des exp\u00e9riences, des effets de proximit\u00e9 mat\u00e9rielle. Et en ce sens, travailler avec des \u00e9crits qui font appel \u00e0 diff\u00e9rents genres me permet de cr\u00e9er une relation plus intense, voire plus \u00e9mouvante.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Il s\u2019agirait donc d&rsquo;accueillir la fiction dans la non-fiction. Que pensez-vous de la c\u00e9l\u00e8bre phrase de l&rsquo;\u00e9crivain Antonio Mu\u00f1oz Molina qui dit&#160;: \u00ab&#160;une goutte de fiction teinte tout de fiction&#160;\u00bb&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Cela pourrait aussi \u00eatre l&rsquo;inverse, non&#160;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une seule goutte de non-fiction a le pouvoir de remettre en question, de remettre en cause toute la fiction.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mais ne pensez-vous pas que cela change le pacte de lecture&#160;? Le fait d&rsquo;\u00e9crire de la non-fiction implique \u00e9galement une autre responsabilit\u00e9 pour l&rsquo;\u00e9crivain\u2026&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Je pense que cela peut valoir dans les deux sens. Nous avons une multitude de romans dont nous savons qu&rsquo;ils sont impr\u00e9gn\u00e9s d&rsquo;exp\u00e9riences personnelles, m\u00eame s&rsquo;ils sont pr\u00e9sent\u00e9s comme de la fiction.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense, par exemple, \u00e0 un genre de romans que nous avons lus \u2014 je dis \u00ab&#160;nous avons lus&#160;\u00bb au sens g\u00e9n\u00e9rationnel \u2014 au milieu du XXe si\u00e8cle&#160;: ceux parlant de l&rsquo;initiation sexuelle typique d\u2019un gar\u00e7on. Si on les rassemble, ils constituent presque un mod\u00e8le, un sympt\u00f4me de toute une \u00e9poque.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est pourquoi je dis toujours qu&rsquo;il y a beaucoup de non-fiction dans ce qui est pr\u00e9sent\u00e9 comme de la pure fiction ou de la pure imagination. Je ne crois pas \u00e0 la pure imagination. Je pense que nous sommes toujours engag\u00e9s dans de vastes processus de recherche qui nourrissent tout processus d&rsquo;\u00e9criture.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Dans des livres tels que <em>Los muertos ind\u00f3ciles<\/em>, <em>Dolerse<\/em>, <em>Textos desde un pa\u00eds herido<\/em> ou <em>La cresta de Ili\u00f3n<\/em>, vous avez r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 la n\u00e9cro-\u00e9criture, \u00e0 la douleur sociale et aux fa\u00e7ons dont la litt\u00e9rature r\u00e9pond \u2013 ou r\u00e9siste \u2013 \u00e0 la violence structurelle au Mexique. Dans le contexte actuel, apr\u00e8s la mort du chef de cartel Nemesio Oseguera Cervantes et la nouvelle escalade de violence que conna\u00eet le pays, quelle est votre lecture des \u00e9v\u00e9nements&#160;? Et, de votre point de vue, la litt\u00e9rature peut-elle intervenir d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre dans cette crise \u2013 que ce soit en termes de m\u00e9moire, de langage ou m\u00eame de souverainet\u00e9 \u2013 face \u00e0 la violence des narcotrafiquants&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Ce que je peux vous dire est qu&rsquo;il existe un lien de plus en plus important entre l&rsquo;\u00e9criture et la v\u00e9rit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e8re des <em>fake news<\/em> (dont beaucoup sont diffus\u00e9es par l&rsquo;extr\u00eame droite), la capacit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9criture \u00e0 se rapprocher de la v\u00e9rit\u00e9 intime, de la petite v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;exp\u00e9rience et du corps, est plus importante que jamais.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne s&rsquo;agit bien s\u00fbr pas d&rsquo;un travail de r\u00e9plique ou de reproduction, mais de ce que l&rsquo;\u00e9criture sait bien faire&#160;: travailler de pr\u00e8s avec le langage pour renverser les r\u00e9cits h\u00e9g\u00e9moniques et les mensonges pr\u00e9sent\u00e9s comme des faits.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Gertrude Stein disait que le grand d\u00e9fi est d&rsquo;\u00eatre contemporain de nos contemporains&#160;: \u00eatre connect\u00e9 au pouls qui fait de nous les habitants d&rsquo;un monde commun.<\/p><cite>Cristina Rivera Garza<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Pourriez-vous nous dire comment votre id\u00e9e d&rsquo;une \u00ab&#160;\u00e9criture g\u00e9ologique&#160;\u00bb est reprise dans un livre comme <em>Terrestre<\/em>, qui est \u00e9galement li\u00e9 aux d\u00e9bats autour de l&rsquo;Anthropoc\u00e8ne, du Capitaloc\u00e8ne et des nouveaux mat\u00e9rialismes&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00e9crire aujourd&rsquo;hui un livre qui ne tienne pas compte de notre place sur la plan\u00e8te me semble impensable.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes les h\u00f4tes de relations beaucoup plus larges et dynamiques, qui vont de la vision macro-plan\u00e9taire \u00e0 la vision micro-mol\u00e9culaire. Ce frottement du corps avec le territoire, cet \u00e9tat d&rsquo;alerte face aux autres \u00eatres vivants et non vivants qui nous accompagnent dans nos processus \u2014 plantes, roches, couches de terre, atmosph\u00e8res, air \u2014, est in\u00e9vitable.<\/p>\n\n\n\n<p>En termes d&rsquo;\u00e9criture, cela nous relie \u00e0 une conversation partag\u00e9e avec les sciences sociales, biologiques et humaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir \u00e9crit sur la violence \u2014 dans <em>L\u2019invincible \u00e9t\u00e9 de Liliana<\/em>, par exemple \u2014, j&rsquo;ai d\u00fb \u00eatre tr\u00e8s prudente, choisir un langage clair et direct, car le sujet l&rsquo;exigeait.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Et dans <em>Terrestre<\/em>&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Dans <em>Terrestre<\/em>, en revanche, il y a une plus grande l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et une plus grande souplesse formelle, li\u00e9es au type de mat\u00e9riaux qu&rsquo;il rassemble.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense, par exemple, \u00e0 \u00ab&#160;Ceux qui m&rsquo;aident \u00e0 d\u00e9m\u00e9nager sont eux aussi en mouvement&#160;\u00bb o\u00f9 je mets en sc\u00e8ne le narrateur entrant presque dans \u00ab&#160;l&rsquo;usine du r\u00e9cit&#160;\u00bb, pla\u00e7ant des pi\u00e8ces pour produire certains effets.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce geste pourrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un exercice ludique, mais ici, il est intimement li\u00e9 \u00e0 la violence de genre, \u00e0 quelque chose qui est ni\u00e9 deux fois et qui appara\u00eet davantage. Pour moi, il \u00e9tait essentiel de relier la forme et les outils disponibles dans notre contexte aux mat\u00e9riaux et aux exp\u00e9riences que je voulais convoquer dans ce recueil.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Dans \u00ab&#160;Todo se est\u00e1 despidiendo&#160;\u00bb, derni\u00e8re nouvelle de <em>Terrestre<\/em>, vous mentionnez la technique du <em>gyotaku<\/em> \u2014 une m\u00e9thode japonaise d&rsquo;impression naturelle d&rsquo;un objet \u2014 pour penser le \u00ab&#160;carnet de voyage&#160;\u00bb comme un support sur lequel chaque exp\u00e9rience laisse une trace ou une \u00ab&#160;empreinte digitale&#160;\u00bb. Avez-vous travaill\u00e9 avec des carnets&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>En effet. Peut-\u00eatre pas toujours avec le support mat\u00e9riel traditionnel \u2014 le carnet physique, les rubans, les objets tangibles \u2014 car lorsque j&rsquo;\u00e9crivais <em>Terrestre<\/em>, je voyageais \u00e9galement.<\/p>\n\n\n\n<p>Les choses se sont donc d\u00e9roul\u00e9es un peu diff\u00e9remment de la fa\u00e7on ordinaire, consistant \u00e0 descendre des cartons et \u00e0 v\u00e9rifier des papiers. Ici, il s\u2019agissait plut\u00f4t d\u2019une conversation comprise comme une archive \u2014 \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, mais aussi vivante et active.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une grande partie du mat\u00e9riel est arriv\u00e9e via des plateformes num\u00e9riques, WhatsApp par exemple. Cette mat\u00e9rialit\u00e9 m\u00e9diatis\u00e9e fait partie des nouvelles formes d&rsquo;\u00e9criture.Je m&rsquo;int\u00e9resse aux livres qui vous proposent de vivre une exp\u00e9rience. L&#8217;empreinte \u2013 au sens large, m\u00eame en tant que ruine \u2013 y joue un r\u00f4le essentiel&#160;: elle suspend le contrat de cr\u00e9dulit\u00e9 de la fiction, <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/03\/08\/antonio-lobo-antunes\/\">elle remet tout en question<\/a>. 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