{"id":326400,"date":"2026-04-12T11:00:00","date_gmt":"2026-04-12T09:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=326400"},"modified":"2026-05-01T12:40:59","modified_gmt":"2026-05-01T10:40:59","slug":"geopolitique-castex","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/04\/12\/geopolitique-castex\/","title":{"rendered":"La puissance par la mer : les le\u00e7ons de l’amiral Castex"},"content":{"rendered":"\n
Pour d\u00e9couvrir tous nos contenus et nous soutenir, retrouvez ici nos offres et <\/em>abonnez-vous a<\/em><\/a>u Grand Continent<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n Castex \u00e9tait fils et petit-fils d\u2019officiers de l\u2019arm\u00e9e de terre. Si son grand-p\u00e8re paternel avait plafonn\u00e9 au grade de capitaine, son p\u00e8re, officier de chasseurs \u00e0 pied, est devenu g\u00e9n\u00e9ral. Ce p\u00e8re, qui venait du Comminges, avait \u00e9pous\u00e9 la fille d\u2019un sabotier flamand alors qu\u2019il \u00e9tait en garnison \u00e0 Saint-Omer. C\u2019est dans cette ville qu\u2019est n\u00e9 en 1878 Raoul Castex, futur amiral. <\/p>\n\n\n\n Le double ancrage occitan et flamand de Raoul Castex, qu\u2019il a explicitement mentionn\u00e9 pour \u00e9voquer sa personnalit\u00e9, a pu contribuer \u00e0 lui ouvrir les yeux sur la diversit\u00e9 du monde. Sur le plan sociologique, l\u2019histoire des Castex est celle d\u2019une famille de petite bourgeoisie promue par la m\u00e9ritocratie imp\u00e9riale puis r\u00e9publicaine.<\/p>\n\n\n\n Dans ce contexte, le choix d\u2019une carri\u00e8re militaire a pu tenir au souci de perp\u00e9tuer une tradition familiale, mais sans doute a-t-il aussi \u00e9t\u00e9 port\u00e9 par le climat de l\u2019apr\u00e8s-1870 : dans un pays vaincu et amput\u00e9 de deux provinces, l\u2019appel des armes allait de soi pour beaucoup de patriotes. <\/p>\n\n\n\n Quant au choix de la marine, il a pu repr\u00e9senter pour le jeune Castex une fa\u00e7on de tracer sa voie propre au sein de la tradition familiale. Mais l\u00e0 encore, le climat a compt\u00e9 : non seulement l\u2019adolescence du futur amiral a \u00e9t\u00e9 berc\u00e9e par la lecture de Jules Verne, mais le colonialisme de la IIIe R\u00e9publique, con\u00e7u comme une revanche indirecte sur la d\u00e9faite de 1870, battait son plein et mettait en lumi\u00e8re la marine. <\/p>\n\n\n\n La scolarit\u00e9 de Castex \u00e0 Navale, en 1896-1898, a d\u2019ailleurs eu pour toile de fond l\u2019exp\u00e9dition Congo-Nil, qui devait conduire \u00e0 la crise de Fachoda et avait \u00e0 ce titre d\u2019\u00e9videntes implications navales.<\/p>\n\n\n\n L\u2019expression \u00ab Jeune \u00c9cole \u00bb recouvre un courant doctrinal de la marine fran\u00e7aise dont on peut rep\u00e9rer les origines d\u00e8s le d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, mais qui est arriv\u00e9 sur le devant de la sc\u00e8ne dans les ann\u00e9es 1880 et dont l\u2019influence est rest\u00e9e forte jusque vers 1905. <\/p>\n\n\n\n Le c\u0153ur de sa doctrine \u00e9tait que les transformations impuls\u00e9es par la r\u00e9volution industrielle au mat\u00e9riel naval comme \u00e0 l\u2019\u00e9conomie mondiale bouleversaient la hi\u00e9rarchie des formes de la guerre maritime. Traditionnellement, la guerre d\u2019escadres, ou \u00ab grande guerre navale \u00bb, primait la guerre au commerce et les op\u00e9rations littorales : en effet, pour an\u00e9antir le trafic maritime de l\u2019ennemi ou attaquer ses c\u00f4tes, il fallait d\u2019abord avoir coul\u00e9 ses escadres dans une grande bataille navale. Cette bataille exigeait beaucoup de navires de la plus grande puissance de feu possible ; \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Castex, il s\u2019agissait de cuirass\u00e9s. Or, constatait la Jeune \u00c9cole, la France ne pouvait s\u2019offrir \u00e0 la fois la grande arm\u00e9e dont elle avait besoin face \u00e0 l\u2019Allemagne (comp\u00e9titeur continental) et une flotte cuirass\u00e9e assez puissante pour tenir t\u00eate au Royaume-Uni (comp\u00e9titeur colonial) ; il \u00e9tait donc aberrant de pr\u00e9tendre vaincre la Royal Navy dans une grande rencontre d\u2019escadres.<\/p>\n\n\n\n D\u00e8s lors, la Jeune \u00c9cole pr\u00e9conisait de renoncer aux cuirass\u00e9s et de reporter l\u2019effort naval fran\u00e7ais sur la d\u00e9fense du littoral et sur la guerre au commerce. L\u2019invuln\u00e9rabilit\u00e9 des c\u00f4tes fran\u00e7aises au blocus ou aux d\u00e9barquements serait assur\u00e9e par des torpilleurs, unit\u00e9s de faible tonnage, donc \u00e9conomiques, mais capables de couler des cuirass\u00e9s lors d\u2019attaques-surprises en essaims. La guerre au commerce, quant \u00e0 elle, serait conduite par des croiseurs, voire par des torpilleurs \u00e0 grand rayon d\u2019action. Selon la Jeune \u00c9cole, elle serait l\u2019outil de la d\u00e9cision, parce que la r\u00e9volution industrielle avait rendu l\u2019\u00e9conomie britannique extr\u00eamement d\u00e9pendante du transport maritime. En arr\u00eatant les importations de mati\u00e8res premi\u00e8res dont d\u00e9pendaient les manufactures britanniques ainsi que leurs exportations de produits, on porterait un coup fatal \u00e0 l\u2019\u00e9conomie du Royaume-Uni et on le contraindrait \u00e0 renoncer \u00e0 son h\u00e9g\u00e9monie sur les mers du globe.<\/p>\n\n\n\n Les \u00e9crits de Castex permettent de penser l\u2019action des marines sur tout le spectre, allant de l\u2019intimidation au choc frontal.<\/p>Martin Motte<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Dans sa brochure Le p\u00e9ril japonais en Indo-Chine<\/em> <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>, parue d\u00e9but 1904, Castex reconnaissait une certaine valeur \u00e0 ces th\u00e8ses, puisqu\u2019il pr\u00e9conisait de baser des torpilleurs et des croiseurs dans cette colonie pour mettre en \u00e9chec une possible tentative d\u2019invasion japonaise. <\/p>\n\n\n\n Mais c\u2019\u00e9tait un pis-aller li\u00e9 au fait que les cuirass\u00e9s fran\u00e7ais ne pouvaient s\u2019\u00e9loigner des eaux europ\u00e9ennes vu les tensions franco-allemandes et franco-britanniques. D\u00e8s l\u2019ann\u00e9e suivante du reste, Castex publiait son livre Jaunes contre Blancs. Le probl\u00e8me militaire indochinois<\/em> <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>, dans lequel il plaidait pour l\u2019envoi des cuirass\u00e9s en Extr\u00eame-Orient. <\/p>\n\n\n\n Ce revirement tenait \u00e0 une cause diplomatique : l\u2019Entente cordiale du 8 avril 1904 avait conjur\u00e9 le risque d\u2019une guerre franco-britannique et fait de la Royal Navy la meilleure garantie contre une attaque des c\u00f4tes fran\u00e7aises par la flotte allemande. Il tenait aussi et plus profond\u00e9ment \u00e0 une cause strat\u00e9gique : la Jeune \u00c9cole s\u2019illusionnait en postulant que des croiseurs et des torpilleurs pourraient op\u00e9rer durablement en haute mer. Les torpilleurs n\u2019avaient ni l\u2019autonomie ni l\u2019endurance n\u00e9cessaire pour cela et les croiseurs auraient t\u00f4t ou tard \u00e9t\u00e9 coul\u00e9s par les cuirass\u00e9s adverses. La guerre d\u2019escadres restait donc la clef de vo\u00fbte de la strat\u00e9gie navale.<\/p>\n\n\n\n Alfred T. Mahan est en effet l\u2019adversaire num\u00e9ro un de la Jeune \u00c9cole de 1890 jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 1914. <\/p>\n\n\n\n Il d\u00e9fendait le primat de la guerre d\u2019escadres \u00e0 partir de consid\u00e9rations factuelles (les limites inh\u00e9rentes aux torpilleurs et aux croiseurs), mais plus encore \u00e0 partir d\u2019une conviction philosophique diam\u00e9tralement oppos\u00e9e au mat\u00e9rialisme de la Jeune \u00c9cole. Mahan pensait que la guerre est r\u00e9gie par des principes dont l\u2019\u00e9tude de l\u2019histoire militaire av\u00e8re le caract\u00e8re p\u00e9renne. En d\u2019autres termes, ces principes transcendent l\u2019\u00e9volution technologique du mat\u00e9riel et conditionnent son emploi. <\/p>\n\n\n\n Or les formules de la Jeune \u00c9cole violaient le principe de concentration, tel qu\u2019appliqu\u00e9 \u00e0 la d\u00e9fense littorale \u2014 parce que la Jeune \u00c9cole enjoignait de diss\u00e9miner les torpilleurs au long des c\u00f4tes fran\u00e7aises \u2014 et \u00e0 la guerre au commerce \u2014 parce qu\u2019elle imposait d\u2019\u00e9parpiller les croiseurs sur les routes maritimes. \u00c0 l\u2019inverse, la guerre d\u2019escadre tend \u00e0 la bataille d\u00e9cisive, qui suppose la plus stricte application de la concentration.<\/p>\n\n\n\n Castex fut tr\u00e8s marqu\u00e9 par cet argumentaire, d\u2019autant que la victoire des cuirass\u00e9s japonais sur la 2e escadre russe du Pacifique \u00e0 Tsushima, les 27-28 mai 1905, sembla en donner une \u00e9clatante confirmation. <\/p>\n\n\n\n D\u00e8s lors, il est devenu l\u2019une des figures de proue d\u2019un \u00ab mahanisme \u00e0 la fran\u00e7aise \u00bb, comme en t\u00e9moignent ses ouvrages des ann\u00e9es 1911-1914 : ils rel\u00e8vent de la \u00ab m\u00e9thode historique \u00bb pr\u00e9conis\u00e9e par Mahan, puisqu\u2019ils consistent \u00e0 revisiter des \u00e9pisodes navals du pass\u00e9 pour en d\u00e9gager des principes intemporels.<\/p>\n\n\n\n La Grande Guerre a \u00e9t\u00e9 un chemin de Damas pour Castex, car elle lui a fait toucher du doigt les limites du mahanisme. <\/p>\n\n\n\n De 1914 \u00e0 1916, il a servi \u00e0 bord des cuirass\u00e9s Danton <\/em>et Condorcet<\/em>, tous deux affect\u00e9s <\/em>\u00e0 l\u2019escadre de M\u00e9diterran\u00e9e, fer de lance de la marine fran\u00e7aise. En liaison avec la Royal Navy, la mission de cette force \u00e9tait d\u2019an\u00e9antir ou tout au moins de bloquer dans leurs ports la flotte austro-hongroise et la flotte ottomane. Mais ces derni\u00e8res, sous-calibr\u00e9es par rapport \u00e0 leurs rivales franco-britanniques, se sont bien gard\u00e9es d\u2019accepter le choc frontal : elles se sont retranch\u00e9es \u00e0 l\u2019abri de leurs d\u00e9fenses littorales \u2014 mines, batteries c\u00f4ti\u00e8res, torpilleurs, sous-marins \u2014, qui ont inflig\u00e9 de lourdes pertes \u00e0 leurs adversaires, notamment aux Dardanelles en 1915.<\/p>\n\n\n\n Dans un second temps, en 1916-1917, Castex a command\u00e9 l\u2019aviso Alta\u00efr<\/em>, charg\u00e9 de patrouiller les routes commerciales de M\u00e9diterran\u00e9e pour d\u00e9fendre le trafic alli\u00e9 contre les sous-marins allemands, les U-Boote<\/em>. En fait, les navires patrouilleurs \u00e9taient trop peu nombreux pour remplir leur mission et les torpillages de navires marchands ont failli entra\u00eener l\u2019effondrement de l\u2019\u00e9conomie alli\u00e9e au printemps 1917. C\u2019est \u00e9galement \u00e0 cette p\u00e9riode que le cuirass\u00e9 Danton<\/em>, \u00e0 bord duquel Castex avait commenc\u00e9 la guerre, a \u00e9t\u00e9 coul\u00e9 par un U-Boot <\/em>devant les c\u00f4tes de la Sardaigne.<\/p>\n\n\n\n La menace sous-marine a \u00e9t\u00e9 conjur\u00e9e in extremis <\/em>par le regroupement des marchands en convois escort\u00e9s, par l\u2019entr\u00e9e en lice de l\u2019US Navy et par l\u2019arriv\u00e9e de nouveaux \u00e9quipements, mais le volet maritime de la Grande Guerre n\u2019en a pas moins provoqu\u00e9 un s\u00e9isme doctrinal, car les d\u00e9convenues subies par les Alli\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9es comme une revanche de la Jeune \u00c9cole sur Mahan.<\/p>\n\n\n\n Les th\u00e9ories de Castex restent tr\u00e8s actuelles : elles envisagent aussi bien l\u2019acquisition de la ma\u00eetrise de la mer par la bataille que son utilisation dans le cadre d\u2019une \u00ab strat\u00e9gie g\u00e9n\u00e9rale \u00bb.<\/p>Martin Motte<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n De fait, la fameuse bataille d\u00e9cisive pr\u00f4n\u00e9e par ce dernier n\u2019avait jamais eu lieu. La guerre d\u2019escadre avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9tr\u00f4n\u00e9e par une gu\u00e9rilla navale devant les c\u00f4tes et sur les routes marchandes. Le sous-marin, descendant direct du torpilleur, y avait acquis un r\u00f4le majeur. <\/p>\n\n\n\n Enfin, comme l\u2019avait annonc\u00e9 la Jeune \u00c9cole, la guerre au commerce s\u2019\u00e9tait av\u00e9r\u00e9e bien plus dangereuse que par le pass\u00e9 en raison de la d\u00e9pendance croissante des \u00e9conomies modernes aux flux maritimes.<\/p>\n\n\n\n Un esprit aussi lucide que Castex ne pouvait donc plus adh\u00e9rer au mahanisme dogmatique dont il avait \u00e9t\u00e9 l\u2019un des h\u00e9rauts avant la guerre. Pour autant, Mahan ne s\u2019\u00e9tait pas compl\u00e8tement tromp\u00e9, car si les intuitions de la Jeune \u00c9cole avaient \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9es au niveau op\u00e9ratif, elles n\u2019avaient pas emp\u00each\u00e9 la d\u00e9faite des Puissances centrales au niveau strat\u00e9gique. L\u2019heure \u00e9tait donc \u00e0 une nouvelle synth\u00e8se doctrinale temp\u00e9rant les principes mahaniens par les proc\u00e9d\u00e9s de la Jeune \u00c9cole et vice-versa. Il s\u2019agissait en somme de faire dialoguer les enseignements p\u00e9rennes de l\u2019histoire et les caract\u00e9ristiques des nouveaux mat\u00e9riels au lieu de nier l\u2019un des deux termes de l\u2019\u00e9quation.<\/p>\n\n\n\n Julian Corbett a r\u00e9alis\u00e9 une synth\u00e8se doctrinale d\u00e8s l\u2019avant-guerre : elle apparaissait en 1911 dans ses Principes de strat\u00e9gie maritime<\/em> <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cet avocat, qui \u00e9tait alors conseiller de l\u2019Amiraut\u00e9 britannique, conc\u00e9dait \u00e0 Mahan que l\u2019\u00e9limination des escadres ennemies par une bataille d\u00e9cisive \u00e9tait la mani\u00e8re la plus simple d\u2019obtenir la ma\u00eetrise de la mer, mais objectait que la marine la plus faible ne se laisserait pas attirer dans ce traquenard et attendrait que l\u2019adversaire vienne se casser les dents sur ses d\u00e9fenses littorales. Mesurant bien la dangerosit\u00e9 de ces derni\u00e8res, Corbett conseillait \u00e0 la Royal Navy de reporter son blocus au large, ce qui le rendrait n\u00e9cessairement moins efficace, donc permettrait la sortie d\u2019un certain nombre de croiseurs ennemis qui attaqueraient le commerce britannique. D\u00e8s lors, l\u2019issue de la guerre se jouerait sur la capacit\u00e9 de la Royal Navy \u00e0 prot\u00e9ger les flux marchands dont d\u00e9pendait l\u2019\u00e9conomie britannique et \u00e0 saigner lentement mais s\u00fbrement ceux dont d\u00e9pendait l\u2019\u00e9conomie allemande.<\/p>\n\n\n\n Tout ceci amenait Corbett \u00e0 red\u00e9finir la ma\u00eetrise de la mer : elle ne consistait pas en une occupation permanente de cet \u00e9l\u00e9ment, comme avait inclin\u00e9 \u00e0 le croire Mahan en transposant na\u00efvement \u00e0 la strat\u00e9gie maritime une cat\u00e9gorie relevant de la strat\u00e9gie terrestre, mais en la capacit\u00e9 \u00e0 y transiter librement et \u00e0 y interdire les transits ennemis. Corbett notait d\u2019autre part que cette ma\u00eetrise de la mer \u00e9tait rarement totale. Bref, il annon\u00e7ait avec une \u00e9tonnante pr\u00e9cision les grandes lignes du conflit \u00e0 venir, d\u2019o\u00f9 la rapide diffusion de ses th\u00e8ses dans la Royal Navy vers la fin de la Grande Guerre.<\/p>\n\n\n\n En 1919, Castex devint le premier chef du Service historique de la Marine, cr\u00e9\u00e9 pour tirer les enseignements doctrinaux de la Grande Guerre. Il a alors lu les Principes <\/em>dans une traduction sommaire qu\u2019en avait fait faire l\u2019\u00e9tat-major de la Marine en 1918 et a \u00e9t\u00e9 si int\u00e9ress\u00e9 par cet ouvrage qu\u2019il a voulu en diligenter une traduction plus soign\u00e9e. Le projet a but\u00e9 sur des difficult\u00e9s budg\u00e9taires, mais Castex l\u2019a relanc\u00e9 ult\u00e9rieurement et la nouvelle traduction a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e \u00e0 bien en 1932. Entretemps, la substantifique moelle de la pens\u00e9e corbettienne \u00e9tait pass\u00e9e dans l\u2019\u0153uvre de Castex.<\/p>\n\n\n\n Il faut malheureusement reconna\u00eetre que ce dernier n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 d\u2019une grande \u00e9l\u00e9gance envers les m\u00e2nes de son pr\u00e9d\u00e9cesseur, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1922 : non seulement il n\u2019a pas publi\u00e9 la traduction des Principes<\/em> \u2014 cet honneur revint \u00e0 Herv\u00e9 Coutau-B\u00e9garie en 1993 \u2014, mais il n\u2019a pas m\u00e9nag\u00e9 ses critiques envers Corbett, accus\u00e9 de scepticisme et d\u2019ethnocentrisme. Tout se passe comme si Castex avait voulu diminuer son importance \u00e0 proportion des emprunts qu\u2019il lui faisait. <\/p>\n\n\n\n Il lui a reconnu toutefois le m\u00e9rite d\u2019avoir \u00e9branl\u00e9 le dogmatisme mahanien, donc oblig\u00e9 la pens\u00e9e navale \u00e0 faire son examen de conscience pour int\u00e9grer le retour d\u2019exp\u00e9rience de la Grande Guerre.<\/p>\n\n\n\n Durant la Grande Guerre, la fameuse bataille d\u00e9cisive pr\u00f4n\u00e9e par Mahan n\u2019a jamais eu lieu : la guerre d\u2019escadre a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tr\u00f4n\u00e9e par une gu\u00e9rilla navale devant les c\u00f4tes et sur les routes marchandes.<\/p>Martin Motte<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Pour l\u2019essentiel, il faut voir les Th\u00e9ories strat\u00e9giques <\/em>comme un d\u00e9veloppement syst\u00e9matique des intuitions corbettiennes dans un contexte que Corbett n\u2019a pas connu, surtout si l\u2019on compte les deux volumes que Coutau-B\u00e9garie a ajout\u00e9s au corpus original dans sa r\u00e9\u00e9dition de 1997, puisqu\u2019ils regroupent des textes post\u00e9rieurs \u00e0 1945. <\/p>\n\n\n\n Ces sept volumes sont une mine extraordinaire pour qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la guerre navale, de la strat\u00e9gie \u00e0 la tactique en passant par les op\u00e9rations, mais aussi pour les passionn\u00e9s de strat\u00e9gie en g\u00e9n\u00e9ral, de g\u00e9opolitique et de relations internationales, envisag\u00e9es au prisme d\u2019un dialogue entre l\u2019histoire et l\u2019actualit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n Particuli\u00e8rement \u00e9clairantes sont les r\u00e9flexions de Castex sur la man\u0153uvre (tome 2), sur les facteurs externes de la strat\u00e9gie que sont la politique, la g\u00e9ographie, les coalitions, l\u2019opinion publique et les servitudes de divers ordres, \u00e9conomiques, juridiques et autres (tome 3), la dialectique terre-mer (tome 5), sans oublier un texte magnifique sur les deux sources de la strat\u00e9gie, l\u2019histoire et le mat\u00e9riel (dans le tome 6). <\/p>\n\n\n\n L\u2019ensemble ne forme pas seulement une travers\u00e9e strat\u00e9gique du court XXe si\u00e8cle, de la Grande Guerre \u00e0 la bombe atomique, mais aussi une synth\u00e8se des strat\u00e9gistes navals ant\u00e9rieurs et un legs extr\u00eamement pr\u00e9cieux pour la pens\u00e9e strat\u00e9gique actuelle ou \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n Question difficile ! Il y a \u00e0 boire et \u00e0 manger chez Castex et tout d\u00e9pend de l\u2019app\u00e9tit du lecteur, de ses centres d\u2019int\u00e9r\u00eat et aussi du temps qu\u2019il peut y consacrer, car lire tout Castex, c\u2019est gravir l\u2019Everest.<\/p>\n\n\n\n Pour une simple mise en bouche, je conseillerais le texte d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 sur les deux sources de la strat\u00e9gie, dans le tome 6 des Th\u00e9ories. <\/em>Pour une exp\u00e9rience immersive, je recommande le tome 5 dans sa totalit\u00e9, car c\u2019est l\u00e0 sans doute, \u00e0 travers l\u2019\u00e9tude des guerres de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire, de la Grande Guerre et du rapport de la Russie \u00e0 la mer, que l\u2019on voit le mieux se d\u00e9ployer \u00e0 la fois les conceptions de Castex en mati\u00e8re de strat\u00e9gie g\u00e9n\u00e9rale, sa dialectique terre-mer comme les aspects g\u00e9opolitiques et g\u00e9ostrat\u00e9giques de sa pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n\n\n L\u2019Institut en question s\u2019appelait \u00e0 l\u2019\u00e9poque le Centre des Hautes \u00c9tudes de la D\u00e9fense nationale. Son id\u00e9e de d\u00e9part, n\u00e9e en 1871 dans l\u2019entourage de Gambetta et rest\u00e9e tr\u00e8s pr\u00e9sente dans certains milieux radicaux-socialistes, mais aussi chez certains militaires conservateurs comme Foch ou Lyautey, \u00e9tait que la D\u00e9fense nationale suppose par d\u00e9finition la mobilisation de toute la nation. <\/p>\n\n\n\n Pour atteindre son plein rendement, elle exige donc des connaissances militaires pouss\u00e9es dans les \u00e9lites civiles et des connaissances civiles pouss\u00e9es dans les \u00e9lites militaires. Le CHEDN dispensait une formation commune \u00e0 ces deux cat\u00e9gories, auxquelles il servait de forum d\u2019\u00e9change et de r\u00e9flexion. Il permettait aussi d\u2019explorer les dimensions interarm\u00e9es de la strat\u00e9gie, puisque les officiers stagiaires venaient de l\u2019Arm\u00e9e de terre, de la Marine et de l\u2019Arm\u00e9e de l\u2019air.<\/p>\n\n\n\n Castex \u00e9tait l\u2019homme idoine pour diriger un tel \u00e9tablissement. <\/p>\n\n\n\n Fils d\u2019un officier de terre, il se d\u00e9finissait comme \u00ab un fantassin dans la marine \u00bb et avait donc au plus haut point le sens de l\u2019interarm\u00e9es. En tant que marin d\u2019autre part, il \u00e9tait habitu\u00e9 \u00e0 op\u00e9rer dans un milieu ouvert \u00e0 toutes les nations, d\u2019o\u00f9 un sens aigu des contraintes \u00e9conomiques, politiques et juridiques conditionnant l\u2019action navale, et par extension tout choix strat\u00e9gique. <\/p>\n\n\n\n J\u2019ajoute qu\u2019il semble avoir \u00e9t\u00e9 de sensibilit\u00e9 radicale, comme Daladier, principal artisan de la cr\u00e9ation du CHEDN. \u00c0 travers cette institution, Castex a jou\u00e9 un r\u00f4le important dans l\u2019approfondissement de la notion de D\u00e9fense nationale, influen\u00e7ant notamment le lieutenant-colonel de Gaulle, stagiaire en 1936-1937. Ce dernier s\u2019en est souvenu en 1959 : lorsque l\u2019amiral Castex a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 \u00e0 la dignit\u00e9 de Grand-Croix de la L\u00e9gion d\u2019honneur, il lui a \u00e9crit pour lui dire tout ce qu\u2019il devait \u00e0 ses id\u00e9es et \u00e0 son exemple.<\/p>\n\n\n\n Ce que Castex appelle la \u00ab th\u00e9orie du perturbateur \u00bb s\u2019applique bien aux ambitions poutiniennes.<\/p>Martin Motte<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n En 1938, Castex \u00e9tait devenu Inspecteur g\u00e9n\u00e9ral des forces maritimes \u2014 ce qui faisait de lui le num\u00e9ro trois de la Marine. <\/p>\n\n\n\n Au d\u00e9but de la guerre, en ao\u00fbt 1939, il a re\u00e7u le commandement des forces charg\u00e9es d\u2019op\u00e9rer dans la partie m\u00e9ridionale de la mer du Nord et en Manche, dont le quartier-g\u00e9n\u00e9ral \u00e9tait \u00e0 Dunkerque. Il a signal\u00e9 tr\u00e8s rapidement la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de cette place \u00e0 un assaut venu de la terre \u2014 ce dont Fran\u00e7ois Darlan a profit\u00e9 pour le d\u00e9monter de son commandement en novembre 1939 sous pr\u00e9texte de d\u00e9faitisme et de mauvaise sant\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9, Castex semble avoir pay\u00e9 son ind\u00e9pendance d\u2019esprit face \u00e0 l\u2019Amiral de la flotte. <\/p>\n\n\n\n En juin 1940, la chute de Dunkerque a confirm\u00e9 la justesse de son analyse. Castex, alors \u00e2g\u00e9 de 62 ans, s\u2019\u00e9tait retir\u00e9 en Haute-Garonne et ne jouait plus aucun r\u00f4le militaire, se contentant d\u2019analyser le conflit en cours dans des articles \u00e9crits pour La D\u00e9p\u00eache<\/em>. Estimant qu\u2019on aurait pu continuer la guerre depuis l\u2019Afrique du Nord, il a d\u00e9sapprouv\u00e9 l\u2019armistice, mais n\u2019a pas condamn\u00e9 explicitement le r\u00e9gime de Vichy ni n\u2019a cherch\u00e9 \u00e0 prendre contact avec De Gaulle. Ceci rend d\u2019autant plus remarquable l\u2019hommage que ce dernier lui a rendu en 1959.<\/p>\n\n\n\n Il lui a consacr\u00e9 un article dans la Revue D\u00e9fense nationale <\/em>d\u00e8s octobre 1945 <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>, soit environ deux mois apr\u00e8s les bombardements d\u2019Hiroshima et Nagasaki. Il y notait en particulier que la bombe ne conduirait pas \u00e0 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie plan\u00e9taire des \u00c9tats-Unis, parce que toutes les puissances d\u00e9velopp\u00e9es s\u2019en doteraient rapidement ; qu\u2019elle jouerait le r\u00f4le d\u2019\u00e9galisateur de puissance entre les grandes puissances et les puissances moyennes ; mais que son emploi effectif serait soumis \u00e0 des restrictions d\u2019ordre g\u00e9ographique (en raison du risque de dommages collat\u00e9raux sur des neutres, par exemple), strat\u00e9gique (par mise en place d\u2019une dissuasion r\u00e9ciproque) et \u00e9thico-m\u00e9diatique (l\u2019utilisateur risquant de se discr\u00e9diter aux yeux de l\u2019opinion publique mondiale). <\/p>\n\n\n\n Cette justesse d\u2019analyse tenait au fait que Castex avait \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur l\u2019id\u00e9e de dissuasion bien avant l\u2019invention de la bombe. <\/p>\n\n\n\n Dans un livre de 1920 intitul\u00e9 Synth\u00e8se de la guerre sous-marine<\/em> <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>, en particulier, il avait montr\u00e9 que la nette sup\u00e9riorit\u00e9 des escadres alli\u00e9es sur celles des Puissances centrales avait dissuad\u00e9 ces derni\u00e8res de s\u2019aventurer au large entre 1914 et 1918. La bataille d\u00e9cisive \u00e9tait rest\u00e9e virtuelle, mais ses effets avaient \u00e9t\u00e9 bien r\u00e9els, comme aurait dit Clausewitz. <\/p>\n\n\n\n Par la suite, Castex avait \u00e9tudi\u00e9 la fa\u00e7on dont une dissuasion r\u00e9ciproque s\u2019\u00e9tait \u00e9tablie entre puissances dot\u00e9es de gaz de combat. Bref, si l\u2019arme atomique \u00e9tait radicalement nouvelle par son potentiel de destruction, elle n\u2019\u00e9tait pas pour autant d\u00e9connect\u00e9e d\u2019une grammaire strat\u00e9gique que Castex poss\u00e9dait sur le bout des doigts.<\/p>\n\n\n\n Le fait que Castex ait \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 premier directeur du CHEDN en 1936 puis soit devenu num\u00e9ro trois de la Marine en 1938 prouve que ses id\u00e9es ont joui d\u2019une notori\u00e9t\u00e9 certaine dans l\u2019entre-deux guerres. <\/p>\n\n\n\n Sur fond de renaissance des tensions coloniales franco-britanniques li\u00e9es au partage de l\u2019Empire ottoman, il avait tent\u00e9 de promouvoir le concept de \u00ab guerre des communications \u00bb associant \u00e9troitement les navires de surface, les sous-marins et les avions gr\u00e2ce \u00e0 la coordination en temps r\u00e9el permise par la radio. La flotte \u00e9quilibr\u00e9e dont se dota la France des ann\u00e9es 1920 et 1930 se serait assez bien pr\u00eat\u00e9e \u00e0 l\u2019exercice sans la catastrophe de 1940, mais il serait abusif d\u2019y voir l\u2019aboutissement lin\u00e9aire de la pens\u00e9e castexienne : celle-ci me semble avoir tout au plus accompagn\u00e9 des orientations qui \u00e9taient dans l\u2019air du temps. <\/p>\n\n\n\n Quant au r\u00f4le de Castex au CHEDN, il a \u00e9t\u00e9 trop tardif pour pouvoir influencer la strat\u00e9gie fran\u00e7aise avant la catastrophe de 1940. C\u2019est plut\u00f4t dans l\u2019apr\u00e8s-guerre, et sp\u00e9cialement \u00e0 travers la strat\u00e9gie gaullienne, qu\u2019il faut en chercher l\u2019influence diff\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Les th\u00e9ories de Castex envisagent aussi bien la strat\u00e9gie navale <\/em>que la strat\u00e9gie maritime<\/em>.<\/p>Martin Motte<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Castex a \u00e9t\u00e9 lu \u00e0 l\u2019\u00e9tranger : les Th\u00e9ories strat\u00e9giques <\/em>ont \u00e9t\u00e9 int\u00e9gralement traduites en Argentine et partiellement en Gr\u00e8ce, en Yougoslavie et au Japon. Elles ont fait l\u2019objet de synth\u00e8ses \u00e9logieuses au Royaume-Uni et en Allemagne. <\/p>\n\n\n\n Castex a notamment \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9 par Herbert Rosinski, un des esprits les plus brillants de la marine allemande, qui a d\u00fb s’exiler en 1936 en raison de son ascendance juive, pour se r\u00e9fugier au Royaume-Uni puis aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n\n La strat\u00e9gie poursuivie par la Kriegsmarine <\/em>en 1940-1941 illustra bien le concept de \u00ab guerre des communications \u00bb, mais l\u00e0 encore, il serait hasardeux de parler d\u2019une influence castexienne directe et unilat\u00e9rale. <\/p>\n\n\n\n Enfin, aux dires de l\u2019amiral Lepotier, l\u2019amiral King, chef de l\u2019US Navy pendant la Seconde Guerre mondiale, se r\u00e9f\u00e9rait \u00e0 Castex ; il semble toutefois qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un cas isol\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Oui, incontestablement. On a d\u2019ailleurs assist\u00e9 \u00e0 une red\u00e9couverte de Castex d\u00e8s la fin du si\u00e8cle dernier, dans les conditions que voici : en 1990, l\u2019US Naval War College avait c\u00e9l\u00e9br\u00e9 le centenaire du ma\u00eetre-ouvrage de Mahan sur fond de victoire am\u00e9ricaine dans la Guerre froide ; mais en 1992, dans un colloque significativement intitul\u00e9 Mahan is not enough<\/em>, la m\u00eame institution a admis que la th\u00e9orie mahanienne n\u2019\u00e9tait pas la plus adapt\u00e9e au contexte de l\u2019apr\u00e8s-Guerre froide : trop centr\u00e9e sur la bataille d\u00e9cisive, elle n\u2019insistait pas assez sur le r\u00f4le des marines en temps de paix ou de crise, sur les servitudes \u00e9conomiques, juridiques, m\u00e9diatiques conditionnant l\u2019action navale, etc. <\/p>\n\n\n\n Or toutes ces donn\u00e9es avaient \u00e9t\u00e9 prises en compte par Castex, comme Herv\u00e9 Coutau-B\u00e9garie l\u2019a fait red\u00e9couvrir \u00e0 ses interlocuteurs \u00e0 l\u2019occasion de ce colloque. Le message a si bien port\u00e9 que deux ans plus tard, le Naval Institute Press <\/em>publiait une anthologie des Th\u00e9ories strat\u00e9giques<\/em> ! Mieux encore, cette anthologie a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9dit\u00e9e en 2017, dans un contexte strat\u00e9gique pourtant tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui de 1994, puisqu\u2019on \u00e9tait pass\u00e9 de la gestion de crises au retour des menaces de haute intensit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Cet \u00e9pisode \u00e9claire l\u2019une des raisons pour lesquelles les th\u00e9ories de Castex restent tr\u00e8s actuelles : elles envisagent aussi bien la strat\u00e9gie navale <\/em>que la strat\u00e9gie maritime<\/em>, pour reprendre une distinction corbettienne. La premi\u00e8re concerne l\u2019acquisition de la ma\u00eetrise de la mer par la bataille, la seconde son utilisation dans le cadre de ce que Castex appelait la strat\u00e9gie g\u00e9n\u00e9rale, qui coordonne les strat\u00e9gies particuli\u00e8res (terrestre, maritime, a\u00e9rienne, diplomatique, \u00e9conomique). Ce cadre tr\u00e8s large permet de penser l\u2019action des marines sur tout le spectre allant de l\u2019intimidation au choc frontal : il suffit de lui ajouter des domaines contemporains, comme l\u2019espace ou le cyber, pour en faire un outil pleinement adapt\u00e9 aux probl\u00e8mes de notre temps. C\u2019est ce qu\u2019a fait en 2015 Lars Wedin, un officier de marine su\u00e9dois pass\u00e9 par l\u2019\u00c9cole de Guerre fran\u00e7aise et disciple de Coutau-B\u00e9garie, dans un livre intitul\u00e9 Strat\u00e9gies maritimes au XXIe<\/sup> si\u00e8cle. L\u2019apport de l\u2019amiral Castex<\/em> <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Mais il y a bien d\u2019autres raisons \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 de Castex ; je n\u2019en \u00e9voquerai que deux. <\/p>\n\n\n\n Sur le plan de la th\u00e9orie strat\u00e9gique tout d\u2019abord, ses r\u00e9flexions sur la dialectique des principes et des mat\u00e9riels conservent une valeur permanente. Avec les drones, qui \u00e9voquent les torpilleurs par leur faible co\u00fbt et leur usage en essaims visant \u00e0 saturer les d\u00e9fenses adverses, nous assistons aujourd\u2019hui \u00e0 un emballement technologique rappelant celui qui avait caract\u00e9ris\u00e9 la Jeune \u00c9cole. Les risques sont les m\u00eames qu\u2019alors : trop accorder au facteur mat\u00e9riel sans voir comment il s\u2019articule \u00e0 la grammaire de la strat\u00e9gie, ou au contraire le marginaliser au nom de principes p\u00e9rennes qui suffiraient \u00e0 assurer la victoire. Castex permet d\u2019\u00e9chapper \u00e0 ce dilemme, qui ne se pose pas qu\u2019aux marins mais caract\u00e9rise tous les milieux.<\/p>\n\n\n\nRaoul Castex est l\u2019un des noms les plus importants de la pens\u00e9e strat\u00e9gique fran\u00e7aise. Qu\u2019est-ce qui l\u2019a conduit \u00e0 embrasser la carri\u00e8re des armes ?<\/h3>\n\n\n\n
Lorsque Raoul Castex, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1900, commence \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir aux questions de strat\u00e9gie navale, le champ est domin\u00e9 en France par ce qu\u2019on appelle la \u00ab Jeune \u00c9cole \u00bb. A-t-elle \u00e9t\u00e9 formatrice pour Castex \u2014 ou bien sa r\u00e9flexion \u00e9tait-elle ind\u00e9pendante ?<\/h3>\n\n\n\n
Ces th\u00e8ses sont pourtant en tout oppos\u00e9es \u00e0 celles d\u2019Alfred T. Mahan <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>, le grand th\u00e9oricien am\u00e9ricain du Sea Power<\/em>…<\/h3>\n\n\n\n
La Premi\u00e8re Guerre mondiale est souvent d\u00e9crite comme la premi\u00e8re guerre totale et industrielle : la victoire d\u00e9pendait, plus que jamais auparavant, de la production et de la logistique. Ce conflit a-t-il conduit Castex \u00e0 r\u00e9viser ses th\u00e8ses ?<\/h3>\n\n\n\n
Comment concilier ces deux principes ?<\/h3>\n\n\n\n
Comment Castex re\u00e7oit-il les th\u00e8ses de Corbett ?<\/h3>\n\n\n\n
Le grand \u0153uvre de Castex, les Th\u00e9ories strat\u00e9giques<\/em>, para\u00eet en 5 volumes, entre 1929 et 1935. Pourquoi est-ce un jalon crucial dans l\u2019histoire de la pens\u00e9e strat\u00e9gique ?<\/h3>\n\n\n\n
Quel texte de Castex conseilleriez-vous de lire pour une premi\u00e8re approche de son \u0153uvre ?<\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\nCastex est le premier directeur de l\u2019Institut des Hautes \u00c9tudes de la D\u00e9fense Nationale (IHEDN), cr\u00e9\u00e9 en 1936, pionnier dans l\u2019\u00e9tude de la strat\u00e9gie interarmes. Quelle inflexion cet organisme a-t-il donn\u00e9 \u00e0 la doctrine militaire fran\u00e7aise ?<\/h3>\n\n\n\n
La Seconde Guerre mondiale \u00e9clate trois ans apr\u00e8s cette nomination au poste de directeur de l\u2019Institut. Avant la d\u00e9b\u00e2cle fran\u00e7aise, quelle a \u00e9t\u00e9 la position de Castex sur la conduite des op\u00e9rations ?<\/h3>\n\n\n\n
Apr\u00e8s 1945, la bombe atomique a boulevers\u00e9 la pens\u00e9e de la dissuasion. Comment Castex l\u2019a-t-il int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 sa r\u00e9flexion ?<\/h3>\n\n\n\n
La pens\u00e9e de Castex a-t-elle influenc\u00e9 la strat\u00e9gie fran\u00e7aise de son temps ?<\/h3>\n\n\n\n
Et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger ?<\/h3>\n\n\n\n
Faut-il lire Castex pour penser les probl\u00e8mes strat\u00e9giques du XXIe si\u00e8cle ?<\/h3>\n\n\n\n