{"id":326104,"date":"2026-04-08T16:00:27","date_gmt":"2026-04-08T14:00:27","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=326104"},"modified":"2026-04-08T16:02:45","modified_gmt":"2026-04-08T14:02:45","slug":"herodote-entretien-giblin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/04\/08\/herodote-entretien-giblin\/","title":{"rendered":"\u00ab H\u00e9rodote va bien \u00bb : 50 ans de revue g\u00e9opolitique avec B\u00e9atrice Giblin"},"content":{"rendered":"\n
La cr\u00e9ation d\u2019H\u00e9rodote<\/em> s\u2019inscrit dans un contexte pr\u00e9cis qu\u2019il faut d\u2019abord rappeler. C\u2019est la queue de com\u00e8te de 1968. Nous \u00e9tions encore dans une grande \u00e9bullition, plong\u00e9s dans le bain intellectuel du Centre exp\u00e9rimental de Vincennes, au contact d’autres disciplines. La fr\u00e9quentation des historiens, des philosophes, en particulier de Fran\u00e7ois Ch\u00e2telet, nous a beaucoup stimul\u00e9s. C\u2019\u00e9tait une universit\u00e9 \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine, impr\u00e9gn\u00e9e par le gauchisme, o\u00f9 l\u2019on pouvait choisir les disciplines que nous souhaitions \u00e9tudier, de la g\u00e9ographie au cin\u00e9ma en passant par l’anthropologie.<\/p>\n\n\n\n Yves Lacoste n\u2019\u00e9tait pas satisfait des revues de g\u00e9ographie existantes, dont la majorit\u00e9 \u00e9tait des revues locales, li\u00e9es \u00e0 des Instituts de g\u00e9ographie de province (la Revue des Pyr\u00e9n\u00e9es et du Sud-Ouest<\/em>, Norois<\/em>, etc.) ou tr\u00e8s classiques, comme les Annales de g\u00e9ographie<\/em>. Plut\u00f4t que de critiquer les revues existantes, il s\u2019est dit : pourquoi ne pas en cr\u00e9er une nouvelle ? Mais le passage \u00e0 l\u2019acte a pris du temps. Son exp\u00e9rience vietnamienne, en 1973, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminante. \u00c0 son retour en France, il a sugg\u00e9r\u00e9 l\u2019id\u00e9e de lancer une revue \u00e0 Fran\u00e7ois Maspero, dont il \u00e9tait proche car il avait d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9 son livre sur Ibn Khaldoun chez lui, en 1966, et parce que son \u00e9pouse, Camille, publiait elle aussi chez Maspero. Yves Lacoste et Fran\u00e7ois Maspero avaient de l\u2019amiti\u00e9 et de l\u2019estime l\u2019un pour l\u2019autre. Aussi Fran\u00e7ois Maspero lui a-t-il aussit\u00f4t donn\u00e9 son accord. Si le projet de la revue vient bien d\u2019Yves Lacoste, il n\u2019aurait pas vu le jour sans l\u2019insistance et le soutien de Fran\u00e7ois Maspero.<\/p>\n\n\n\n Ce projet de revue est n\u00e9 dans le contexte universitaire vincennois, o\u00f9 certains enseignants n\u2019h\u00e9sitaient pas \u00e0 associer des \u00e9tudiants \u00e0 leurs recherches ou projets. Yves Lacoste a donc constitu\u00e9 une \u00e9quipe avec cinq ou six \u00e9tudiants, g\u00e9ographes et surtout historiens, dont je faisais partie. Je me souviens encore tr\u00e8s bien de la s\u00e9ance au cours de laquelle, dans une salle de cours de Vincennes, il nous a expos\u00e9 son projet auquel nous avons imm\u00e9diatement adh\u00e9r\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Dans la forme de familiarit\u00e9 que nous avions avec les professeurs apr\u00e8s 1968, surtout \u00e0 Vincennes, nous avons \u00e9norm\u00e9ment \u00e9chang\u00e9 avec Yves Lacoste. Notre id\u00e9e \u00e9tait de faire une g\u00e9ographie port\u00e9e par un nouveau type d\u2019engagement. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, nombreux \u00e9taient les g\u00e9ographes tr\u00e8s engag\u00e9s, g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 gauche, le plus souvent au Parti communiste. Et pourtant, dans leurs travaux de g\u00e9ographie, ils ne s’int\u00e9ressaient pas aux questions politiques ! C\u2019est cela que nous avons voulu changer avec H\u00e9rodote<\/em> : r\u00e9introduire le politique dans le raisonnement g\u00e9ographique. Cesser de tenter de r\u00e9pondre \u00e0 la question \u00e9pist\u00e9mologique qu\u2019est-ce que la g\u00e9ographie ?<\/em>, qui occupait alors beaucoup de coll\u00e8gues, pour se demander plut\u00f4t : \u00e0 quoi sert-elle ?<\/em><\/p>\n\n\n\n Yves Lacoste \u00e9tait tr\u00e8s attentif au r\u00f4le social du g\u00e9ographe. Il nous disait toujours que \u00ab l’historien sait qui a gagn\u00e9 la bataille, alors que le g\u00e9ographe ne le sait pas \u00bb car l\u2019historien travaille sur des faits r\u00e9volus sur le cours desquels il n\u2019a pas eu d\u2019influence. En revanche, la mani\u00e8re dont le g\u00e9ographe analyse une situation peut avoir des cons\u00e9quences concr\u00e8tes et importantes sur celle-ci. La question de l\u2019engagement se pose donc \u00e0 lui diff\u00e9remment que pour l’historien. Quand on est g\u00e9ographe, mieux vaut ne pas se tromper dans son diagnostic, sinon, gare aux d\u00e9cisions erron\u00e9es. Le lien \u00e9troit entre l\u2019analyse g\u00e9ographique et l\u2019action avait \u00e9t\u00e9 clairement renforc\u00e9 chez Yves Lacoste par son exp\u00e9rience vietnamienne.<\/p>\n\n\n\n Plut\u00f4t que de critiquer les revues existantes, Lacoste s\u2019est dit : pourquoi ne pas en cr\u00e9er une nouvelle ?<\/p>B\u00e9atrice Giblin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n En octobre 1965, j\u2019ai commenc\u00e9 une licence d\u2019histoire \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Lille. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, je n’aimais pas la g\u00e9ographie, que je trouvais ennuyeuse. Apr\u00e8s 1968, trois de mes professeurs d\u2019histoire, Jean Bouvier, sp\u00e9cialiste d\u2019histoire \u00e9conomique, Ren\u00e9 Giraud, sp\u00e9cialiste de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, et Jean Devisse, \u00e0 l\u2019\u00e9poque l\u2019un des rares m\u00e9di\u00e9vistes \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 l\u2019Afrique subsaharienne, quittaient Lille pour rejoindre le Centre exp\u00e9rimental de Vincennes. <\/p>\n\n\n\n J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de les suivre parce que je voulais faire ma ma\u00eetrise avec l\u2019un d\u2019eux et que je venais en plus d’\u00eatre coll\u00e9e \u00e0 mon certificat de g\u00e9ographie. Cet \u00e9chec s\u2019est av\u00e9r\u00e9 \u00eatre une grande chance. Re\u00e7ue, je n\u2019aurais jamais fait de g\u00e9ographie ni eu la carri\u00e8re que j\u2019ai eue par la suite. Comme il me manquait mon certificat de g\u00e9ographie pour obtenir ma licence d\u2019histoire, j\u2019ai d\u00fb faire de la g\u00e9ographie \u00e0 Vincennes. <\/strong>C\u2019est ainsi que, par hasard, je me suis retrouv\u00e9e dans un cours d\u2019Yves Lacoste, dont je n\u2019avais jusqu\u2019alors jamais entendu parler. Ce fut une r\u00e9v\u00e9lation. Il m\u2019a fait d\u00e9couvrir une g\u00e9ographie que j\u2019ignorais totalement et que j\u2019ai rapidement trouv\u00e9e passionnante. Il nous racontait des histoires de g\u00e9ographe, les siennes principalement. C\u2019\u00e9tait un bon conteur et un enseignant captivant.<\/p>\n\n\n\n Dans le m\u00eame temps, j’ai pris conscience que la perspective de me retrouver de longues journ\u00e9es seule \u00e0 d\u00e9pouiller des archives ne m’enthousiasmait pas vraiment. C\u2019est ainsi que j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de basculer vers la g\u00e9ographie. Yves Lacoste m’a alors sugg\u00e9r\u00e9 de m\u2019int\u00e9resser \u00e0 \u00c9lis\u00e9e Reclus, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019histoire de la g\u00e9ographie, afin de combiner les deux disciplines \u2014 ce que j\u2019ai fait. Cela m\u2019a permis de d\u00e9couvrir un immense g\u00e9ographe dont personne ne parlait ni \u00e0 Lille, ni \u00e0 Paris, ni dans aucune autre universit\u00e9. Il me fallait donc \u00e9claircir les raisons de ce f\u00e2cheux oubli.<\/p>\n\n\n\n La gen\u00e8se a dur\u00e9 deux ans, de 1973 \u00e0 1975, du retour de Lacoste du Vietnam \u00e0 la conception du premier num\u00e9ro avec nombre de r\u00e9unions, de discussions et de t\u00e2tonnements. Nous avions r\u00e9ussi \u00e0 avoir une id\u00e9e claire du premier num\u00e9ro, mais c\u2019\u00e9tait plus incertain pour le deuxi\u00e8me. C\u2019est Fran\u00e7ois Maspero qui a d\u00e9cid\u00e9 seul du format de la revue, que nous avons conserv\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 aujourd’hui. Idem<\/em> pour la couverture qu\u2019il s\u2019est charg\u00e9 de r\u00e9aliser sans nous consulter. Le dessinateur Wiaz, sur une suggestion de Lacoste, a repris un buste connu d\u2019H\u00e9rodote auquel il a ajout\u00e9, pour lui donner un air de James Bond, le fameux agent secret britannique, un pistolet dont le silencieux se termine par un globe terrestre et que nous avons toujours pr\u00e9cieusement gard\u00e9.<\/p>\n\n\n\n\n\n Yves Lacoste nous a laiss\u00e9 r\u00e9diger un \u00e9ditorial au vitriol intitul\u00e9 \u00ab Attention g\u00e9ographie ! \u00bb, avec lequel il n\u2019\u00e9tait pas vraiment d\u2019accord mais qu\u2019il a accept\u00e9 d\u2019endosser. Nous l\u2019avions r\u00e9dig\u00e9, Michel Abberv\u00e9, Olivier Bernard, Jean-Michel Brabant, Maurice Ronai et moi avec l\u2019insolence et l\u2019arrogance de notre jeune \u00e2ge. En v\u00e9rit\u00e9, l\u2019article majeur de ce premier num\u00e9ro \u00e9tait celui de Lacoste sur le bombardement des digues du Vietnam, dans lequel il faisait la d\u00e9monstration de l\u2019efficacit\u00e9 du raisonnement g\u00e9ographique. L\u2019article illustrait un des termes du sous-titre de la revue : \u00ab strat\u00e9gie \u00bb. Avec l\u2019\u00e9ditorial, nous nous \u00e9tions attaqu\u00e9s au versant id\u00e9ologique de la g\u00e9ographie.<\/p>\n\n\n\n Yves Lacoste. Dans ses cours, il nous expliquait d\u00e9j\u00e0 que Thucydide \u00e9tait un historien car il faisait un r\u00e9cit pr\u00e9cis, rigoureux, d\u00e9barrass\u00e9 de tout mythe d\u2019un \u00e9v\u00e9nement qui avait d\u00e9j\u00e0 eu lieu, la guerre du P\u00e9loponn\u00e8se, alors qu\u2019H\u00e9rodote ne faisait pas \u0153uvre d\u2019historien car, \u00e0 la demande de P\u00e9ricl\u00e8s, il \u00e9tait all\u00e9 \u00e9tudier \u2014 tel un espion \u2014 les us et coutumes des pr\u00e9tendus barbares, de futurs adversaires. C\u2019\u00e9tait une sorte d\u2019agent de renseignement. De retour \u00e0 Ath\u00e8nes, H\u00e9rodote a racont\u00e9 ce qu\u2019il avait vu. Comme il n\u2019apportait pas les nouvelles qu\u2019on voulait entendre, il fut contraint \u00e0 l\u2019exil. Ainsi, pour Yves Lacoste, H\u00e9rodote est avant tout un excellent observateur de situations pr\u00e9sentes : historeo<\/em> en grec signifie s\u2019enqu\u00e9rir, faire une enqu\u00eate.<\/p>\n\n\n\n Ce choix d\u2019appeler la revue H\u00e9rodote<\/em> a agac\u00e9 les historiens. Yves Lacoste a d\u2019ailleurs eu de vives discussions \u00e0 ce sujet avec certains d\u2019entre eux, notamment ceux qui \u00e9taient \u00e9galement publi\u00e9s aux \u00e9ditions Maspero : le sinologue Jean Chesneaux \u00e9tait furieux, Jean-Pierre Vernant et Pierre Vidal-Naquet d\u00e9sapprouvaient. M\u00eame Fran\u00e7ois Maspero, pourtant si peu intrusif, a demand\u00e9 \u00e0 Yves Lacoste, qui n\u2019en a jamais d\u00e9mordu, s\u2019il \u00e9tait s\u00fbr de vouloir conserver ce nom.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est cela que nous avons voulu changer avec H\u00e9rodote<\/em> : r\u00e9introduire le politique dans le raisonnement g\u00e9ographique.<\/p>B\u00e9atrice Giblin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Je pense que le contact avec Foucault avait \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli par l\u2019interm\u00e9diaire de Fran\u00e7ois Ch\u00e2telet, qui \u00e9tait tr\u00e8s proche d\u2019Yves Lacoste. C\u2019est sans doute sur l\u2019insistance de Ch\u00e2telet, et peut-\u00eatre de Maspero, que Foucault a accept\u00e9 de nous recevoir \u2014 car je crois qu\u2019il n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re int\u00e9ress\u00e9 par la g\u00e9ographie et son devenir.<\/p>\n\n\n\n L\u2019entretien, que nous avons men\u00e9 conjointement, Yves Lacoste et moi, s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 au domicile de Michel Foucault, rue de Vaugirard, dans une pi\u00e8ce tr\u00e8s longue et un peu \u00e9troite, assez claire, car dans mon souvenir c\u2019\u00e9tait au dernier \u00e9tage de l\u2019immeuble. Au d\u00e9but, il \u00e9tait froid et peu sympathique. Courtois, mais pas chaleureux. J’avais l’impression qu\u2019il ne voyait pas tr\u00e8s bien ce que nous venions faire. Et puis, petit \u00e0 petit, lui qui venait de publier Surveiller et punir<\/em> et qui r\u00e9fl\u00e9chissait donc aux questions de contr\u00f4le de l\u2019espace, a commenc\u00e9 \u00e0 s’int\u00e9resser aux questions que nous lui posions. Foucault a progressivement compris que ses pr\u00e9occupations recoupaient les n\u00f4tres et la raison pour laquelle nous avions voulu \u00e9changer avec lui. Et il a fini par dire : \u00ab J\u2019ai bien aim\u00e9 cet entretien avec vous, parce que j\u2019ai chang\u00e9 d\u2019avis entre le d\u00e9but et la fin\u2026 Je me rends compte que les probl\u00e8mes que vous posez \u00e0 propos de la g\u00e9ographie sont essentiels pour moi\u2026. Plus je vais, plus il me semble que la formation des discours et la g\u00e9n\u00e9alogie du savoir ont \u00e0 \u00eatre analys\u00e9es\u2026 \u00e0 partir des tactiques et strat\u00e9gies de pouvoir. Tactiques et strat\u00e9gies qui se d\u00e9ploient \u00e0 travers des implantations, des distributions, des d\u00e9coupages, des contr\u00f4les de territoires, des organisations de domaines qui pourraient bien constituer une sorte de g\u00e9opolitique, par o\u00f9 mes pr\u00e9occupations rejoindraient vos m\u00e9thodes.<\/em> \u00bb<\/p>\n\n\n\n C\u2019est ainsi qu\u2019intervient, dans la bouche de Foucault, la premi\u00e8re occurrence du mot \u00ab g\u00e9opolitique \u00bb dans les pages d\u2019H\u00e9rodote<\/em> : le mot lui vient spontan\u00e9ment et il l\u2019emploie sans mesurer tout ce qu\u2019il charrie.<\/p>\n\n\n\n Le lancement d\u2019H\u00e9rodote <\/em>a fait beaucoup de bruit. <\/p>\n\n\n\n Les coll\u00e8gues g\u00e9ographes n’ont absolument pas compris comment Yves Lacoste pouvait s’embarquer dans une telle aventure avec pour acolytes une bande de jeunes godelureaux de notre esp\u00e8ce. M\u00eame si pour ma part, j\u2019avais obtenu l\u2019agr\u00e9gation et soutenu ma th\u00e8se de troisi\u00e8me cycle, nous \u00e9tions alors de parfaits inconnus. Les pol\u00e9miques n\u2019ont pas manqu\u00e9. Yves Lacoste \u2014 qui n’avait toujours pas soutenu sa th\u00e8se \u00e0 ce moment \u2014 passait d\u00e9j\u00e0 dans la corporation pour un g\u00e9ographe singulier : assur\u00e9ment un g\u00e9ographe fier de l\u2019\u00eatre qui pourtant critiquait sans m\u00e9nagement leur discipline qu\u2019il traitait de \u00ab bonasse \u00bb. Le lancement de la revue n\u2019a pas arrang\u00e9 les choses ! Dans l\u2019institution, les soutiens furent rares, \u00e0 l\u2019exception de Jean Dresch, alors Vice-Pr\u00e9sident de l\u2019Union g\u00e9ographique internationale. Les coll\u00e8gues de la g\u00e9n\u00e9ration de Lacoste, g\u00e9n\u00e9ralement de gauche, furent moins hostiles mais tout aussi surpris.<\/p>\n\n\n\n Sans doute encore marqu\u00e9s par le contexte de 1968, nous avions tenu \u00e0 constituer un groupe de discussion compos\u00e9 de ces g\u00e9ographes de gauche, auquel nous soumettions un article que nous estimions important pour le d\u00e9bat \u00e9pist\u00e9mologique et que nous nous \u00e9tions engag\u00e9s \u00e0 publier dans la marge leurs commentaires. Pr\u00e9occupation d\u00e9mocratique qui n\u2019eut qu\u2019un temps, surtout \u00e0 cause de la lourdeur de sa mise en \u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n\n\n Nous nous r\u00e9unissions toutes les semaines, \u00e0 Vincennes dans un premier temps, puis chez Lacoste et plus tard dans mon bureau, dans le XIIIe arrondissement de Paris. Y participaient l\u2019\u00e9quipe fondatrice, mais aussi Michel Foucher<\/a>, qui nous avait rejoint assez vite apr\u00e8s le lancement de la revue. Plus prudent que nous, il signait ses premiers articles sous le pseudonyme de Thomas Varlin. Il y avait aussi St\u00e9phane Yerasimos. J\u2019ai un excellent souvenir de ces r\u00e9unions du vendredi, qui furent pour moi de v\u00e9ritables moments de formation.<\/p>\n\n\n\n Pour la revue, nous cherchions \u00e0 garder le double axe de notre sous-titre, \u00ab Strat\u00e9gie, g\u00e9ographie, id\u00e9ologie \u00bb : d\u2019une part, la mise en cause de la g\u00e9ographie universitaire et de la g\u00e9ographie des professeurs ; de l\u2019autre, le d\u00e9veloppement d\u2019une g\u00e9ographie plus op\u00e9rationnelle, en regardant du c\u00f4t\u00e9 des militaires, mais aussi de l’am\u00e9nagement du territoire.<\/p>\n\n\n\n Ce choix d\u2019appeler la revue H\u00e9rodote<\/em> a agac\u00e9 les historiens.<\/p>B\u00e9atrice Giblin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n La couverture du deuxi\u00e8me num\u00e9ro est assez int\u00e9ressante. C\u2019est un dessin humoristique retravaill\u00e9, tir\u00e9 du journal portugais O<\/em>, publi\u00e9 en juillet 1975. On y voit Kissinger tout petit sur le c\u00f4t\u00e9, coiff\u00e9 d\u2019un bonnet d’\u00e2ne au-devant d\u2019un ar\u00e9opage d\u2019hommes c\u00e9l\u00e8bres \u2014 et d\u2019une seule femme : Rosa Luxembourg ! \u2014 parmi lesquels Karl Marx, Mao Ts\u00e9 Toung, Staline, Trotski, Gandhi, Gramsci etc., tous pensifs devant la carte de l’Europe. Cette couverture \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une fa\u00e7on de mettre en question les discours marxistes, alors tr\u00e8s pr\u00e9gnants dans la g\u00e9ographie fran\u00e7aise. Nous prenions le contrepied de la logique d’analyse marxiste selon laquelle l’\u00e9conomie pouvait rendre compte de tout et qui minimisait le r\u00f4le des personnalit\u00e9s, des acteurs. Faire une couverture avec des personnages, c’\u00e9tait un moyen de montrer qu’on s’interrogeait sur le r\u00f4le des acteurs dans ce que nous n\u2019appelions pas encore la g\u00e9opolitique.<\/p>\n\n\n\n\nComment vous retrouvez-vous embarqu\u00e9e dans cette aventure \u00e9ditoriale ?<\/h3>\n\n\n\n
Comment la nordiste que vous \u00eates s\u2019\u00e9tait-elle retrouv\u00e9e \u00e0 \u00e9tudier la g\u00e9ographie avec Yves Lacoste \u00e0 Vincennes ?<\/h3>\n\n\n\n
Comment se d\u00e9roule concr\u00e8tement la gen\u00e8se du premier num\u00e9ro d\u2019H\u00e9rodote<\/em> ?<\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\nQui a choisi le nom de la revue ?<\/h3>\n\n\n\n
Comment a \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9 et r\u00e9alis\u00e9 le grand entretien avec Michel Foucault publi\u00e9 dans le premier num\u00e9ro d\u2019H\u00e9rodote<\/em> ?<\/h3>\n\n\n\n
Quelle est la r\u00e9ception de ce premier num\u00e9ro ?<\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Vous disiez que le premier num\u00e9ro a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9 sans penser au suivant. Il fallait bien pourtant assurer une deuxi\u00e8me livraison un trimestre plus tard. Comment le fonctionnement de la revue s\u2019est-il consolid\u00e9 ?<\/h3>\n\n\n\n
Quelles sont les th\u00e9matiques privil\u00e9gi\u00e9es de la revue durant ses premi\u00e8res ann\u00e9es ?<\/h3>\n\n\n\n
\n <\/picture>\n