{"id":325360,"date":"2026-04-04T06:00:00","date_gmt":"2026-04-04T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=325360"},"modified":"2026-04-04T08:28:32","modified_gmt":"2026-04-04T06:28:32","slug":"israel-arabie-saoudite-geopolitique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/04\/04\/israel-arabie-saoudite-geopolitique\/","title":{"rendered":"Arabie Saoudite : le dernier probl\u00e8me d’Isra\u00ebl ? G\u00e9opolitique d’un face-\u00e0-face r\u00e9gional"},"content":{"rendered":"\n
La plupart des sc\u00e9narios discut\u00e9s aujourd\u2019hui<\/a> se penchent avant tout sur l\u2019avenir du r\u00e9gime iranien. Mais le futur de la r\u00e9gion se jouera aussi sur les choix strat\u00e9giques op\u00e9r\u00e9s par les deux autres piliers r\u00e9gionaux : Isra\u00ebl et l\u2019Arabie saoudite.<\/p>\n\n\n\n Ces deux \u00c9tats ont d\u00e9velopp\u00e9 deux approches oppos\u00e9es pour garantir leurs int\u00e9r\u00eats. Si Isra\u00ebl mise sur une h\u00e9g\u00e9monie militaire et tente d\u2019imposer une vision binaire des alliances r\u00e9gionales, l\u2019Arabie saoudite parie sur l\u2019influence g\u00e9o\u00e9conomique et la diplomatie, des partenariats plus souples et un certain respect du statu quo<\/em>. Quel que soit l\u2019avenir du r\u00e9gime iranien, ces deux pays risquent de voir leur trajectoire respective les entra\u00eener de plus en plus dans un face-\u00e0-face r\u00e9gional.<\/p>\n\n\n\n L\u2019escalade militaire incontr\u00f4l\u00e9e avec l\u2019Iran met en \u00e9vidence les limites de leur strat\u00e9gie respective et les place \u00e0 un tournant crucial de leur positionnement r\u00e9gional. <\/p>\n\n\n\n Isra\u00ebl, qui se trouve en position de force en apparence<\/a> et b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un soutien \u00e9tats-unien sans faille, tire profit de la politique post-lib\u00e9rale<\/a> de Donald Trump mais fait l\u2019impasse sur les d\u00e9fis que sa politique court-termiste posera in\u00e9vitablement sur le temps long. <\/p>\n\n\n\n L\u2019Arabie saoudite, quant \u00e0 elle, est confront\u00e9e \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une r\u00e9vision de sa strat\u00e9gie dans l\u2019imm\u00e9diat et fait face \u00e0 des dilemmes qui ne sont pas sans rappeler ceux qui d\u00e9chirent les Europ\u00e9ens dans leur d\u00e9fense collective face \u00e0 l\u2019effondrement de l\u2019ordre mondial. L\u2019un comme l\u2019autre semblent se retrouver pi\u00e9g\u00e9s par la d\u00e9pendance militaire \u00e0 leur partenaire \u00e9tats-unien, toujours plus impr\u00e9visible et transactionnel, et restent divis\u00e9s et h\u00e9sitants sur la voie de leur autonomie.<\/p>\n\n\n\n Les transformations \u00e0 l\u2019\u0153uvre au Moyen-Orient sont ainsi le reflet d\u2019un ordre mondial en pleine mutation : la domination de la force brute sur la diplomatie, la primaut\u00e9 des rapports bilat\u00e9raux sur l\u2019approche collective, et la r\u00e9activation in\u00e9vitable de la comp\u00e9tition entre les principaux acteurs qui en d\u00e9coule. Si, dans l\u2019imm\u00e9diat, l\u2019avantage semble \u00eatre du c\u00f4t\u00e9 de la force militaire brute, celle-ci commence d\u00e9j\u00e0 \u00e0 montrer l\u2019ampleur de ses limites et ne fait qu\u2019acc\u00e9l\u00e9rer la reconfiguration profonde de la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n L\u2019offensive militaire men\u00e9e conjointement par Isra\u00ebl et les \u00c9tats-Unis contre l\u2019Iran, ainsi que l\u2019op\u00e9ration isra\u00e9lienne en cours au Liban, illustrent aussi bien la logique de la nouvelle doctrine de s\u00e9curit\u00e9 nationale de Tel-Aviv qu\u2019elle en montre ses limites et ses failles.<\/p>\n\n\n\n Les attaques du 7 octobre 2023 ne remettent pas en cause les objectifs strat\u00e9giques du leadership isra\u00e9lien \u2014 l\u2019an\u00e9antissement du projet national palestinien et l\u2019\u00e9limination de toutes menaces en provenance de T\u00e9h\u00e9ran \u2014, mais entra\u00eenent une \u00e9volution majeure de sa doctrine de s\u00e9curit\u00e9, d\u00e9sormais centr\u00e9e sur l\u2019offensive et la projection de puissance <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Isra\u00ebl \u00e9carte les outils diplomatiques jug\u00e9s sources de vuln\u00e9rabilit\u00e9, car impliquant n\u00e9cessairement des compromis entre les parties, pour adopter une politique du \u00ab tout s\u00e9curitaire \u00bb. Il fait ainsi de la force militaire l\u2019unique instrument pour reconfigurer la r\u00e9gion en sa faveur \u2014 avec le soutien militaire et politique des \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n\n Adoptant une strat\u00e9gie de \u00ab d\u00e9fense avanc\u00e9e \u00bb, Tel-Aviv s\u2019inscrit d\u00e9sormais dans une logique coercitive d\u2019assujettissement et, parfois, de conqu\u00eate territoriale : ainsi au Liban et en Syrie, comme dans les Territoires palestiniens. Face aux succ\u00e8s op\u00e9rationnels de ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es, Isra\u00ebl cherche \u00e0 pousser son avantage au maximum et \u00e0 imposer un nouveau rapport de force \u00e0 l\u2019ensemble de ses voisins, du Liban \u00e0 l\u2019Iran, en passant par le Golfe, dans lequel son h\u00e9g\u00e9monie militaire ne saurait \u00eatre contest\u00e9e. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une simple inflexion de politique \u00e9trang\u00e8re qui serait simplement le r\u00e9sultat de choix politiques de Netanyahou et de sa coalition, mais plut\u00f4t d\u2019une mutation profonde de l\u2019appareil d\u00e9cisionnel \u2014 politique et s\u00e9curitaire \u2014 qui pourrait se r\u00e9v\u00e9ler durable <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Le recours \u00e0 la force brute par Isra\u00ebl pour obliger l\u2019adversaire \u00e0 se plier \u00e0 ses propres int\u00e9r\u00eats n\u2019est pas sans rappeler la politique de Trump. Il ne s\u2019agit plus de n\u00e9gocier, mais d\u2019imposer par la force militaire et en dehors de tout cadre juridique les conditions de la reddition de la partie adverse.<\/p>\n\n\n\n Alors que les \u00c9tats-Unis sont souvent qualifi\u00e9s \u00ab d\u2019empire pr\u00e9dateur<\/a> \u00bb, l\u2019objectif pour Isra\u00ebl est s\u00e9curitaire, mais aussi politique et strat\u00e9gique. La guerre contre l\u2019Iran ne r\u00e9pond pas uniquement \u00e0 des menaces identifi\u00e9es \u2014 nucl\u00e9aire, balistique, r\u00e9seaux de groupes arm\u00e9s \u2014 dont il conviendrait de se d\u00e9barrasser de mani\u00e8re pr\u00e9ventive : l\u2019objectif d\u2019Isra\u00ebl est de s\u2019imposer comme la superpuissance r\u00e9gionale, qui serait seule en mesure de dicter les r\u00e8gles du jeu. Autrement dit, Tel-Aviv doit s\u2019assurer que tout futur arrangement dans la r\u00e9gion passe n\u00e9cessairement par lui, et soit subordonn\u00e9 \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats s\u00e9curitaires, comme \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats politiques dans le cas des Territoires palestiniens. Enfin, ce projet de superpuissance r\u00e9gionale \u2014 bien distinct d\u2019un leadership<\/em> r\u00e9gional \u2014 ne saurait \u00eatre dissoci\u00e9 de celui de liquider le projet national palestinien : tout autant que ses ennemis capitalisent sur la question palestinienne, Isra\u00ebl entend user de sa domination r\u00e9gionale pour y mettre un terme.<\/p>\n\n\n\n Pour les dirigeants isra\u00e9liens, il s\u2019agit de mettre en \u0153uvre, par la seule force, une politique de puissance qui ne saurait \u00eatre soumise \u00e0 aucune contrainte ni responsabilit\u00e9 : le droit international n\u2019est plus un point de r\u00e9f\u00e9rence, ni d\u2019ailleurs les dynamiques partenariales ayant constitu\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent un cadre collectif d\u2019action, comme le projet d\u2019architecture r\u00e9gional qui aurait d\u00fb \u00e0 terme int\u00e9grer l\u2019Arabie saoudite. <\/p>\n\n\n\n Cette situation rappelle l\u2019attitude des \u00c9tats-Unis vis-\u00e0-vis de l\u2019OTAN : de la m\u00eame mani\u00e8re que Trump fait le tri entre les bons et mauvais Europ\u00e9ens, ou entre ceux qui acceptent de se soumettre \u00e0 ses exigences et les autres, Tel-Aviv tente d\u2019imposer un sch\u00e9ma similaire aux \u00c9tats arabes du Golfe : \u00eatre pour ou contre la politique d\u2019Isra\u00ebl. \u00c0 l\u2019image du trumpisme, le projet de \u00ab vassalisation \u00bb pour Isra\u00ebl n\u2019est donc pas seulement imposable \u00e0 ses ennemis \u2014 ou \u00e0 \u00ab l\u2019axe iranien \u00bb \u2014, mais \u00e0 tout acteur qui serait susceptible de contraindre ses marges de man\u0153uvre. Isra\u00ebl comme les \u00c9tats-Unis ne font non seulement que peu de cas des int\u00e9r\u00eats des Europ\u00e9ens et des Golfiques, mais semblent miser sur leurs divisions pour faire avancer leurs propres int\u00e9r\u00eats. <\/p>\n\n\n\n Toutefois, le leadership isra\u00e9lien semble ne pas parvenir \u00e0 sortir du cycle des guerres sans fin<\/a>.<\/p>\n\n\n\n Les guerres men\u00e9es par Isra\u00ebl depuis le 7 octobre ont certes r\u00e9tabli la dissuasion, modifi\u00e9 les rapports de force dans la r\u00e9gion en sa faveur et affaibli les menaces \u00e0 son encontre. Mais elles n\u2019ont \u00e9t\u00e9 en mesure ni de transformer les r\u00e9alit\u00e9s politiques des \u00c9tats ou territoires contre lesquels l\u2019arm\u00e9e isra\u00e9lienne s\u2019est engag\u00e9e, ni de r\u00e9soudre les d\u00e9fis strat\u00e9giques auxquels fait face Isra\u00ebl. L\u2019arsenal balistique et le programme nucl\u00e9aire de l\u2019Iran pourraient \u00eatre \u00e0 terme reconstitu\u00e9s ; les 440 kilogrammes d\u2019uranium hautement enrichi n\u2019ont pas encore \u00e9t\u00e9 neutralis\u00e9s ; surtout, au lieu d\u2019affaiblir le r\u00e9gime iranien, la guerre pourrait le voir se renforcer et se radicaliser<\/a>.<\/p>\n\n\n\n Malgr\u00e9 la sup\u00e9riorit\u00e9 op\u00e9rationnelle des \u00c9tats-Unis et d\u2019Isra\u00ebl, l\u2019Iran fait montre jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent de sa capacit\u00e9 \u00e0 imposer des co\u00fbts pour le monde entier<\/a>. Au Liban, l\u2019offensive en cours visant \u00e0 imposer dans le sud du pays une large \u00ab zone de s\u00e9curit\u00e9 \u00bb, selon les termes isra\u00e9liens, au risque d\u2019affaiblir davantage un gouvernement libanais qui n\u2019a pourtant jamais \u00e9t\u00e9 autant favorable \u00e0 une r\u00e9solution durable du conflit avec Tel-Aviv et \u00e0 la mise en \u0153uvre d\u2019un processus visant in fine<\/em> le d\u00e9sarmement du Hezbollah <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le conflit risque d\u2019entra\u00eener Isra\u00ebl dans une occupation prolong\u00e9e qui, \u00e0 l\u2019image de la p\u00e9riode 1982-2000, pourrait s\u2019av\u00e9rer co\u00fbteuse sans pour autant \u00e9liminer durablement la menace du Hezbollah. Celui-ci pourrait m\u00eame en sortir renforc\u00e9 <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Isra\u00ebl ferme durablement la porte \u00e0 la r\u00e9solution des conflits et se condamne \u00e0 une succession de guerres sans fin<\/p>Laure Foucher et Camille Lons<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Enfin, si la guerre d\u2019an\u00e9antissement men\u00e9e par Isra\u00ebl contre la bande de Gaza a certes affaibli le Hamas, celui-ci est toujours aux commandes du territoire et se maintient comme un acteur incontournable pour la d\u00e9finition du futur de la question palestinienne. Le refus par l\u2019actuel leadership isra\u00e9lien \u2014 rejoint par l\u2019ensemble des partis politiques juifs isra\u00e9liens \u2014 d\u2019envisager une autre option que celle, au mieux, de g\u00e9rer le conflit et, au pire, de vider d\u00e9finitivement les Territoires occup\u00e9s des Palestiniens, bloque tout horizon de r\u00e9solution politique du conflit <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n En d\u00e9finitive, Isra\u00ebl se retrouve en quelque sorte coinc\u00e9 par la logique m\u00eame de sa nouvelle doctrine de s\u00e9curit\u00e9 : en refusant tout compromis qui ne serait pas jug\u00e9 infaillible sur le plan s\u00e9curitaire, Tel-Aviv est incapable de revenir \u00e0 une diplomatie r\u00e9aliste. Isra\u00ebl ferme d\u00e8s lors durablement la porte \u00e0 la r\u00e9solution des conflits et se condamne, ainsi que la r\u00e9gion, \u00e0 une succession de guerres sans fin, ponctu\u00e9es de cessez-le-feu illusoires. Dans ce cadre, il rejette toute id\u00e9e d’accord institutionnalis\u00e9 avec T\u00e9h\u00e9ran comme issue de la guerre en cours <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Un tel accord l\u00e9gitimerait \u00e0 ses yeux le r\u00e9gime iranien et rendrait plus difficile la justification de futures frappes contre le pays.<\/p>\n\n\n\n Pourtant, sur le temps long, ce cycle de guerres sans fin dans lequel Isra\u00ebl semble s\u2019enferrer deviendra in\u00e9vitablement de moins en moins viable \u2014 en particulier en raison de la fragilit\u00e9 croissante de son partenariat avec les \u00c9tats-Unis. <\/p>\n\n\n\n La politique de Washington, qui bouscule le concept d\u2019alliance, impacte \u00e9galement Isra\u00ebl et rend tr\u00e8s incertain un futur soutien. La guerre en Iran \u2014 m\u00eame si l\u2019issue reste incertaine aujourd\u2019hui \u2014 ne fait probablement qu\u2019acc\u00e9l\u00e9rer cette dynamique.<\/p>\n\n\n\n L\u2019offensive men\u00e9e contre l\u2019Iran a exacerb\u00e9 \u00e0 Washington le d\u00e9bat sur les fondements du soutien apport\u00e9 \u00e0 Isra\u00ebl, y compris le programme d\u2019assistance militaire, acc\u00e9l\u00e9rant potentiellement l\u2019\u00e9rosion du soutien bipartite dont le pays b\u00e9n\u00e9ficiait jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent au sein du Congr\u00e8s <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Au sein des R\u00e9publicains, une partie du courant MAGA, notamment les \u00ab nationalistes chr\u00e9tiens \u00bb, remet d\u00e9sormais \u00e9galement en question le statut d\u2019exception d\u2019Isra\u00ebl, pour lui appliquer la grille de lecture \u00ab America First \u00bb. La Heritage Foundation<\/a> pr\u00e9conise par exemple dans un document de mars 2025 de \u00ab saisir l\u2019opportunit\u00e9 \u00bb de l’expiration en 2028 de l’accord de financement militaire actuel avec Isra\u00ebl pour transformer ce partenariat sur un pied \u00ab \u00e9galitaire \u00bb au cours des deux prochaines d\u00e9cennies <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>. D\u2019autres figures plus radicales, telles que Tucker Carlson, font m\u00eame de cette transformation leur cheval de bataille<\/a>, estimant que les ambitions isra\u00e9liennes entra\u00eenent les \u00c9tats-Unis dans des guerres interminables au Moyen-Orient, au d\u00e9triment de leurs propres int\u00e9r\u00eats <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Conscients de ces risques, les d\u00e9cideurs isra\u00e9liens tentent de renforcer leur autonomie capacitaire et de positionner Tel-Aviv aupr\u00e8s de Washington comme partenaire exemplaire \u2014 capable de se passer \u00e0 terme de son aide tout en \u00e9tant le seul en mesure de d\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats dans la r\u00e9gion <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Mais cette \u00e9volution de fond du c\u00f4t\u00e9 des \u00c9tats-Unis risque de confronter t\u00f4t ou tard Isra\u00ebl aux limites de sa logique militariste dans la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n Face \u00e0 Isra\u00ebl, l\u2019Arabie saoudite, autre partenaire clef des \u00c9tats-Unis au Moyen-Orient, a fait le pari d\u2019une strat\u00e9gie diam\u00e9tralement oppos\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n Celle-ci se heurte tout autant \u00e0 ses propres limites dans le cadre du conflit actuel. <\/p>\n\n\n\n \u00c0 la logique du hard power <\/em>isra\u00e9lien et am\u00e9ricain, les pays du Golfe, et notamment l\u2019Arabie saoudite, ont oppos\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es un mod\u00e8le de leadership r\u00e9gional centr\u00e9 sur l\u2019engagement diplomatique et l\u2019influence g\u00e9o\u00e9conomique. \u00c9tant donn\u00e9 la faiblesse de leurs capacit\u00e9s militaires, les pays du Golfe ont longtemps mis\u00e9 sur leurs leviers financiers pour acheter le soutien des puissances ext\u00e9rieures et influencer les d\u00e9veloppements politiques dans leur voisinage imm\u00e9diat <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Le doute croissant dans la fiabilit\u00e9 du parapluie s\u00e9curitaire am\u00e9ricain et la perspective d\u2019un monde post-fossile n\u2019ont fait que renforcer l\u2019urgence de promouvoir un nouvel ordre r\u00e9gional plus propice \u00e0 leurs transitions \u00e9conomiques. <\/p>\n\n\n\n \u00c0 partir de 2020, Riyad s\u2019est engag\u00e9 dans une entreprise progressive de d\u00e9sescalade r\u00e9gionale, apaisant ses relations diplomatiques avec la Turquie et le Qatar, normalisant ses relations avec l\u2019Iran en 2023 et ouvrant progressivement la porte \u00e0 une possible normalisation avec Isra\u00ebl. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait alors de promouvoir l\u2019int\u00e9gration \u00e9conomique r\u00e9gionale, cruciale pour le succ\u00e8s de son agenda de transformation \u00e9conomique post-p\u00e9trole \u2014 la \u00ab Vision 2030 \u00bb \u2014 mais aussi d\u2019utiliser ces leviers \u00e9conomiques pour asseoir une nouvelle forme de soft power<\/em> et d\u2019influence aupr\u00e8s de ses voisins. La connectivit\u00e9 et l\u2019interd\u00e9pendance devaient aboutir d\u2019elles-m\u00eames \u00e0 une stabilisation de long-terme de la r\u00e9gion, tout en garantissant \u00e0 l\u2019Arabie saoudite une place centrale dans ce nouvel ordre moyen-oriental.<\/p>\n\n\n\n Contrairement au partenariat exclusif recherch\u00e9 par Isra\u00ebl avec les \u00c9tats-Unis, la strat\u00e9gie g\u00e9o\u00e9conomique des pays du Golfe, et notamment de l\u2019Arabie saoudite avait, durant la derni\u00e8re d\u00e9cennie, ouvert la porte \u00e0 une plus grande diversification des partenariats. La relative d\u00e9sescalade au Moyen-Orient entre 2018 et 2023 avait laiss\u00e9 la possibilit\u00e9 aux \u00c9tats arabes du Golfe d\u2019en explorer de nouveaux, notamment avec les puissances asiatiques, y compris la Chine <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span> dont le poids dans l\u2019\u00e9conomie mondiale se serait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 sur le long terme tout aussi avantageux pour ces pays, voire davantage, que le soutien s\u00e9curitaire des \u00c9tats-Unis. La r\u00e9gion a ainsi \u00e9volu\u00e9 vers des formes plus souples d\u2019alliances, fond\u00e9es sur le multi-alignement. Cette dynamique refl\u00e8te une tendance plus large des relations internationales : l\u2019\u00e9rosion relative de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie des \u00c9tats-Unis et l\u2019affirmation des \u00ab puissances moyennes \u00bb ont encourag\u00e9 les \u00c9tats du Moyen-Orient \u00e0 renforcer leur autonomie strat\u00e9gique, \u00e0 multiplier leurs canaux de coop\u00e9ration et \u00e0 sortir des logiques de blocs. Riyad cherchait ainsi \u00e0 maintenir une forme d\u2019\u00e9quilibre entre l\u2019Iran et Isra\u00ebl, entre les \u00c9tats-Unis et la Chine, ou encore entre le Pakistan et l\u2019Inde.<\/p>\n\n\n\n Le retour de l\u2019escalade militaire au Moyen-Orient apr\u00e8s le 7 octobre 2023 a cependant profond\u00e9ment remis en question cette vision saoudienne. Le retour de la guerre compromet le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et les investissements de long-terme, tandis que la violence des repr\u00e9sailles iraniennes ces derni\u00e8res semaines a fait voler en \u00e9clats le fragile rapprochement op\u00e9r\u00e9 par Riyad avec T\u00e9h\u00e9ran. Elle expose les failles d\u2019une strat\u00e9gie saoudienne qui a voulu croire que l\u2019engagement diplomatique a minima<\/em> la prot\u00e9gerait de l\u2019impact des tensions r\u00e9gionales, et que les investissements suffiraient \u00e0 r\u00e9gler les probl\u00e8mes structurels de la r\u00e9gion \u2014 en envisageant notamment d\u2019\u00e9luder la question palestinienne, avant que celle-ci ne se rappelle brutalement au monde. Ce projet reposait en somme sur un d\u00e9ni fondamental : l\u2019occultation des crises non-r\u00e9solues et de leur interconnexion.<\/p>\n\n\n\n Pour Tel-Aviv, le conflit actuel constitue une opportunit\u00e9 en or pour tordre le bras aux Saoudiens et obtenir un alignement qui jusqu\u2019ici n\u2019avait pu \u00eatre r\u00e9alis\u00e9.<\/p>Laure Foucher et Camille Lons<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n De mani\u00e8re plus fondamentale encore, le conflit actuel confronte surtout l\u2019ensemble des pays arabes du Golfe \u00e0 leur d\u00e9pendance continue au parapluie de s\u00e9curit\u00e9 des \u00c9tats-Unis, les ramenant \u00e0 nouveau \u00e0 une logique d\u2019alliance et d\u2019alignement contraignante dont ils cherchaient \u00e0 se d\u00e9faire.<\/p>\n\n\n\n Le conflit, depuis 2023, a soulign\u00e9 l\u2019absence d\u2019ambition chinoise de s\u2019impliquer militairement dans le bourbier moyen-oriental, voire une certaine ambivalence de P\u00e9kin dans son soutien \u00e0 l\u2019Iran et son refus d\u2019intervenir, alors m\u00eame que la Chine avait parrain\u00e9 le rapprochement irano-saoudien en 2023. Les autres puissances asiatiques restent tout aussi timides tandis que les Europ\u00e9ens peinent \u00e0 appara\u00eetre comme des acteurs cr\u00e9dibles. La strat\u00e9gie saoudienne du multi-alignement et des partenariats plus flexibles montre ainsi toute ses limites dans le cadre d\u2019une guerre de haute intensit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n Dans ce contexte, les pays du Golfe se retrouvent pris au pi\u00e8ge de leur partenariat avec les \u00c9tats-Unis, qui les entra\u00eenent malgr\u00e9 eux dans un conflit qu\u2019ils cherchaient \u00e0 \u00e9viter, mais qui restent en d\u00e9pit de ce fait leur seule source cr\u00e9dible de protection imm\u00e9diate face aux repr\u00e9sailles iraniennes. Pour les leaders du Golfe, cette deuxi\u00e8me intervention militaire des \u00c9tats-Unis contre l\u2019Iran \u2014 apr\u00e8s les bombardements de juin 2025 \u2014, faite malgr\u00e9 leurs efforts r\u00e9p\u00e9t\u00e9s d\u2019emp\u00eacher l\u2019escalade, confirme leur incapacit\u00e9 \u00e0 faire entendre leurs int\u00e9r\u00eats \u00e0 Washington, face \u00e0 une influence isra\u00e9lienne bien plus efficace. La frustration est d\u2019autant plus grande que le pr\u00e9sident Trump multiplie les d\u00e9clarations maladroites, voire humiliantes, envers ses partenaires du Golfe. Le 23 mars, celui a d\u00e9clar\u00e9 que le d\u00e9troit d\u2019Ormuz pourrait \u00eatre un jour contr\u00f4l\u00e9 conjointement par les \u00c9tats-Unis et l\u2019Iran <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span>, omettant compl\u00e8tement de mentionner les int\u00e9r\u00eats des pays du Conseil de coop\u00e9ration du Golfe dans le contr\u00f4le de ce passage strat\u00e9gique. Quelques jours plus tard, l\u2019Arabie saoudite s\u2019est retenue de r\u00e9agir aux propos particuli\u00e8rement insultants de Trump \u00e0 l\u2019\u00e9gard du prince h\u00e9ritier Mohammed ben Salmane <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u2014 mais ils risquent de laisser une trace profonde dans la relation bilat\u00e9rale.\u00a0<\/p>\n\n\n\n La remise en cause du partenariat s\u00e9curitaire avec les \u00c9tats-Unis est d\u2019autant plus forte dans le Golfe que le dispositif militaire de Washington dans la r\u00e9gion appara\u00eet mal adapt\u00e9 aux types de menaces asym\u00e9triques pos\u00e9es par l\u2019Iran dans le cadre de ce conflit. Si les syst\u00e8mes de d\u00e9fense anti-a\u00e9riens \u00e9tats-uniens ont pour l\u2019instant efficacement intercept\u00e9 la plupart des frappes iraniennes vers les pays du Golfe, ceux-ci restent extr\u00eamement co\u00fbteux, longs \u00e0 reconstituer et peu adapt\u00e9s \u00e0 des frappes de drones iraniens ou \u00e0 un blocage du d\u00e9troit d\u2019Ormuz <\/span>15<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Pour Riyad \u2014 comme pour la plupart des pays du Golfe \u2014, la guerre actuelle constitue un tournant majeur qui n\u2019est pas sans rappeler la Zeitenwende<\/em> qu\u2019a v\u00e9cue l\u2019Allemagne \u00e0 la suite de l\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie.<\/p>\n\n\n\n La marge de man\u0153uvre des \u00c9tats arabes du Golfe pour red\u00e9finir une strat\u00e9gie est d\u2019autant plus r\u00e9duite que Riyad, comme les Europ\u00e9ens, est soumis \u00e0 une pression croissante de la part des \u00c9tats-Unis et d\u2019Isra\u00ebl pour s\u2019aligner plus ouvertement sur leur campagne militaire contre l\u2019Iran. Pour Tel-Aviv, le conflit actuel constitue une opportunit\u00e9 en or pour tordre le bras aux Saoudiens et obtenir un alignement qui jusqu\u2019ici n\u2019avait pu \u00eatre r\u00e9alis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Le leadership isra\u00e9lien a toujours vu d\u2019un mauvais \u0153il l\u2019affirmation croissante de l\u2019autonomie strat\u00e9gique saoudienne. Depuis la visite du prince h\u00e9ritier saoudien \u00e0 Washington, Tel-Aviv s\u2019est en outre fortement inqui\u00e9t\u00e9 de ce rapprochement qui risquait de la priver non seulement des dividendes escompt\u00e9s d\u2019une normalisation avec Riyad, mais aussi de ses leviers d\u2019influence sur l\u2019Arabie saoudite \u2014 lesquels restent tr\u00e8s limit\u00e9s sans l\u2019interm\u00e9diaire \u00e9tats-unien.<\/p>\n\n\n\n Dans le contexte de son projet de reconfiguration r\u00e9gionale, Isra\u00ebl n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 assumer de plus en plus un rapport de force direct avec l\u2019Arabie saoudite. <\/p>\n\n\n\n Dans ce face-\u00e0-face, il mise sur le fait que sa sup\u00e9riorit\u00e9 militaire suffira \u2014 avec le soutien des \u00c9tats-Unis \u2014 \u00e0 reconfigurer le Moyen-Orient en sa faveur, et que le leadership saoudien finira t\u00f4t ou tard par s\u2019aligner <\/span>16<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Il ne s\u2019agit pas pour Isra\u00ebl de rivaliser pour le statut de leader r\u00e9gional, auquel il ne pourra jamais r\u00e9ellement pr\u00e9tendre face \u00e0 l\u2019Arabie saoudite ou sans celle-ci \u2014 et ce malgr\u00e9 la puissance militaire de l\u2019\u00c9tat h\u00e9breu <\/span>17<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Tel-Aviv cherche plut\u00f4t \u00e0 se rendre en mesure de contraindre Riyad dans un contexte o\u00f9, alors que la normalisation \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme quasi imminente en septembre 2023, l\u2019Arabie saoudite \u00e9chappe \u00e0 Isra\u00ebl et conteste ouvertement sa mont\u00e9e en puissance dans la r\u00e9gion. L\u2019intention est donc d\u2019en contenir l\u2019influence strat\u00e9gique dans la recomposition r\u00e9gionale en cours avec, en arri\u00e8re-plan, l\u2019ambition de la ramener \u00e0 une posture plus align\u00e9e sur les int\u00e9r\u00eats d\u2019Isra\u00ebl, de l\u2019inclure dans sa \u00ab sph\u00e8re d\u2019influence \u00bb ou de la forcer \u00e0 normaliser les relations.<\/p>\n\n\n\n Isra\u00ebl et l\u2019Arabie saoudite risquent de voir leur trajectoire respective les positionner de plus en plus dans un face-\u00e0-face r\u00e9gional.<\/p>Laure Foucher et Camille Lons<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Pour les dirigeants isra\u00e9liens, l’absence de normalisation avec Riyad n’est pas per\u00e7ue comme un obstacle \u00e0 court ou moyen terme, surtout dans un contexte o\u00f9 la politique \u00e9trang\u00e8re d’Isra\u00ebl est ax\u00e9e sur la s\u00e9curit\u00e9. Ce dernier a d’ores et d\u00e9j\u00e0 \u00e9tabli une coop\u00e9ration s\u00e9curitaire avec l\u2019Arabie saoudite et d’autres pays de la r\u00e9gion, notamment via<\/em> l\u2019United States Central Command (CENTCOM).<\/p>\n\n\n\n Pour autant, la non-normalisation des relations prive Tel-Aviv d’une l\u00e9gitimit\u00e9 qui pourrait favoriser une int\u00e9gration r\u00e9gionale et de futurs rapprochements arabes ou musulmans, un objectif clef \u00e0 long terme pour la consolidation de sa posture strat\u00e9gique <\/span>18<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Les responsables isra\u00e9liens expliquent les tensions croissantes avec Riyad comme l\u2019expression de divergences sur la mani\u00e8re dont se confronter \u00e0 des menaces communes \u2014 par exemple, l\u2019Iran et les Houthis \u2014, sans h\u00e9siter n\u00e9anmoins \u00e0 se montrer tr\u00e8s critiques d\u2019une strat\u00e9gie saoudienne qui serait h\u00e9sitante et inop\u00e9rante. Le narratif dominant au sein des cercles d\u00e9cisionnaires est que l\u2019Arabie saoudite ne devrait pas \u00eatre un comp\u00e9titeur mais plut\u00f4t un partenaire potentiel, qui aurait tout \u00e0 gagner de permettre \u00e0 Isra\u00ebl d\u2019assumer une fonction de stabilisation r\u00e9gionale <\/span>19<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Pour Isra\u00ebl, le d\u00e9fi pos\u00e9 par l\u2019Arabie saoudite se pose surtout en termes de puissance narrative au Moyen-Orient et de capacit\u00e9s d\u2019influence aupr\u00e8s de Washington. <\/p>\n\n\n\n \u00c0 cet \u00e9gard, Tel-Aviv tente d\u2019imposer une vision binaire \u2014 \u00ab mod\u00e9r\u00e9s contre radicaux \u00bb \u2014 \u00e0 l\u2019ensemble des acteurs de la r\u00e9gion, et de convaincre les cercles d\u00e9cisionnaires \u00e9tats-uniens de son bien-fond\u00e9. Cette ligne de fracture recouperait celle s\u00e9parant les partisans des opposants aux accords d\u2019Abraham, assimilant les premiers \u00e0 un camp porteur de la paix et proche des int\u00e9r\u00eats occidentaux, et les deuxi\u00e8mes aux tenants d\u2019un islamisme radical, complaisants \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019Iran et oppos\u00e9s \u00e0 Isra\u00ebl et \u00e0 ses alli\u00e9s <\/span>20<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En reprenant un vocabulaire \u00ab civilisationnel \u00bb, le leadership isra\u00e9lien s\u2019adresse directement aux nationalistes chr\u00e9tiens et \u00e9vang\u00e9liques de la mouvance MAGA. Pour beaucoup d\u2019entre eux, cet engagement des \u00c9tats-Unis aupr\u00e8s d\u2019Isra\u00ebl s\u2019inscrit en effet dans une vision opposant l\u2019Occident d\u2019h\u00e9ritage jud\u00e9o-chr\u00e9tien \u00e0 l\u2019islam radical, Isra\u00ebl \u00e9tant per\u00e7u comme un rempart avanc\u00e9 qu\u2019il convient, \u00e0 ce titre, de soutenir pleinement <\/span>21<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Dans cette optique, le rapprochement de l\u2019Arabie saoudite avec le Qatar et la Turquie est pr\u00e9sent\u00e9 comme indiquant son basculement id\u00e9ologique vers un camp proche de l\u2019islamisme et des Fr\u00e8res musulmans : Riyad aurait ainsi quitt\u00e9 le camp des \u00ab sunnites mod\u00e9r\u00e9s \u00bb, ou le \u00ab camp de la paix \u00bb. <\/p>\n\n\n\n Ce narratif s\u2019est d\u2019ailleurs trouv\u00e9 renforc\u00e9 ces derniers mois par l\u2019entremise des \u00c9mirats arabes unis \u2014 second rival de Riyad. L\u2019\u00e9clatement en plein jour des tensions entre l\u2019Arabie saoudite et les \u00c9mirats fin 2025 a ainsi donn\u00e9 lieu \u00e0 Washington \u00e0 une campagne f\u00e9roce de lobbying anti-saoudienne, conduite conjointement par d\u2019Abu Dhabi et Tel-Aviv <\/span>22<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Cette guerre informationnelle est tr\u00e8s visible dans le contexte actuel. Les m\u00e9dias isra\u00e9liens et \u00e9tats-uniens pr\u00e9sentent par exemple Riyad comme officieusement align\u00e9e sur leur campagne militaire contre l\u2019Iran, malgr\u00e9 les d\u00e9n\u00e9gations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es du leadership saoudien et ses appels \u00e0 la d\u00e9sescalade. La promotion de cette vision des enjeux, trop simplificatrice pour Riyad, vise \u00e0 la contraindre \u00e0 choisir son camp en l\u2019exposant davantage aux repr\u00e9sailles iraniennes et en portant un coup fatal \u00e0 ses relations diplomatiques avec T\u00e9h\u00e9ran, dont le maintien sera pr\u00e9cieux une fois les \u00c9tats-Unis partis de la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n Face aux pressions \u00e9tats-uniennes et isra\u00e9liennes, Riyad h\u00e9site aujourd\u2019hui \u00e0 s\u2019impliquer plus directement dans la campagne militaire contre l\u2019Iran. Une telle implication risquerait de l\u2019exposer encore davantage aux repr\u00e9sailles et de compromettre les derniers canaux diplomatiques avec T\u00e9h\u00e9ran. Cependant, bien que l\u2019Arabie saoudite se soit oppos\u00e9e \u00e0 l\u2019offensive, elle s\u2019inqui\u00e8te d\u00e9sormais de voir les \u00c9tats-Unis se retirer pr\u00e9cipitamment de la r\u00e9gion, apr\u00e8s un cessez-le-feu mal n\u00e9goci\u00e9 avec les Iraniens : celui-ci les laisserait seuls face \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran, mais aussi face \u00e0 Tel-Aviv <\/span>23<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Les Saoudiens consid\u00e8rent qu\u2019un engagement militaire de leur part pourrait contribuer \u00e0 maintenir la pr\u00e9sence des \u00c9tats-Unis dans la r\u00e9gion et d\u00e9montrer leur fiabilit\u00e9 en tant que partenaires de ceux-ci. Inquiets de voir les stocks de d\u00e9fense anti-a\u00e9rienne \u00e9tats-uniens allou\u00e9s en priorit\u00e9 \u00e0 Isra\u00ebl, les Saoudiens pourraient ainsi se retrouver contraints \u00e0 n\u00e9gocier la continuit\u00e9 de la protection de Washington en \u00e9change d\u2019une implication plus ouverte dans le conflit <\/span>24<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\nIsra\u00ebl et la tentative de vassalisation du Golfe<\/h2>\n\n\n\n
La \u00ab d\u00e9fense avanc\u00e9e \u00bb : doctrine d\u2019une superpuissance r\u00e9gionale<\/h3>\n\n\n\n
Isra\u00ebl ne gagne pas les guerres \u2014 mais risque de perdre son parrain am\u00e9ricain<\/h3>\n\n\n\n
L\u2019Arabie saoudite et les limites du soft power<\/em><\/h2>\n\n\n\n
MBS dans le pi\u00e8ge du pari Trump<\/h3>\n\n\n\n
La strat\u00e9gie saoudienne face au projet h\u00e9g\u00e9monique de Tel Aviv<\/h3>\n\n\n\n
Riyad dans la guerre informationnelle<\/h3>\n\n\n\n