{"id":324488,"date":"2026-03-28T06:00:00","date_gmt":"2026-03-28T05:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=324488"},"modified":"2026-03-27T20:03:48","modified_gmt":"2026-03-27T19:03:48","slug":"soloviev-antechrist-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/03\/28\/soloviev-antechrist-2\/","title":{"rendered":"L\u2019Ant\u00e9christ de Soloviev : deuxi\u00e8me partie"},"content":{"rendered":"\n
Nous voici arriv\u00e9s au deuxi\u00e8me temps de ce \u00ab r\u00e9cit \u00bb \u00e9crit par Vladimir Soloviev, le moment o\u00f9 un homme scelle le destin de l\u2019Humanit\u00e9 en exprimant le mieux les aspirations de cette derni\u00e8re ou encore en la pacifiant <\/em>d\u00e9finitivement. En d\u2019autres termes, il s\u2019agit ni plus ni moins que du triomphe de l\u2019Ant\u00e9christ, prenant alors la \u00ab t\u00eate de l\u2019humanit\u00e9 \u00bb \u00e0 la fin de son histoire. <\/p>\n\n\n\n Dans le premier volet<\/a>, nous \u00e9crivions qu\u2019avec ce \u00ab court r\u00e9cit \u00bb Soloviev incarnait le mieux l\u2019image que ses contemporains auront voulu conserver de lui, celle d\u2019un \u00ab proph\u00e8te \u00bb. Ainsi, au terme de son existence, Soloviev se serait \u2014 selon les mots de l\u2019intellectuel russe Vassili Rozanov (1856-1919) \u2014 \u00ab purifi\u00e9 \u00bb en renon\u00e7ant \u00ab \u00e0 ses tentatives h\u00e2tives de \u2018synth\u00e8se\u2019 \u00bb et en rejetant enfin, lui le \u00ab petit-fils de pr\u00eatre \u00bb, \u00ab le manteau du philosophe et les arlequinades du publiciste \u00bb <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>.\u00a0<\/p>\n\n\n\n \u00c0 cela, il convient d\u2019ajouter que si Soloviev, \u00e0 la fin de sa vie, \u00ab joue au proph\u00e8te \u00bb, son r\u00f4le aura assur\u00e9ment \u00e9t\u00e9 d\u2019annoncer le \u00ab malheur \u00bb.<\/p>\n\n\n\n \u00ab Si Vladimir Soloviev, \u00e9crit le po\u00e8te Alexandre Blok (1880-1921), a \u00e9t\u00e9 le porteur et le messager du futur, et je pense personnellement qu\u2019il l\u2019a r\u00e9ellement \u00e9t\u00e9, ce qui explique ce r\u00f4le \u00e9trange qu\u2019il a jou\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 russe et quelquefois m\u00eame dans la soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne, il est \u00e9vident qu\u2019il \u00e9tait poss\u00e9d\u00e9 par une angoisse et une inqui\u00e9tude telles, qu\u2019elles risquaient \u00e0 tout moment de le plonger dans la folie. D\u2019ailleurs, son apparente fragilit\u00e9 l\u2019y pr\u00e9disposait ; il est \u00e0 peu pr\u00e8s certain qu\u2019un homme sain, sobre et \u00e9quilibr\u00e9 n\u2019aurait gu\u00e8re support\u00e9 ces d\u00e9s\u00e9quilibres constants, cette lutte incessante contre le vent, debout face \u00e0 une fen\u00eatre grande ouverte sur le futur, car il serait aussit\u00f4t devenu faible, malade ou fou. \u00bb <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n Quel est donc ce futur \u00e0 rendre \u00ab fou \u00bb que proph\u00e9tise Soloviev dans son r\u00e9cit ? Ou encore pourquoi, pour le dire avec Koj\u00e8ve, la \u00ab vision eschatologique \u00bb de Soloviev, tout en montrant qu\u2019il avait \u00ab abandonn\u00e9 presque tout ce en quoi il avait cru sa vie durant \u00bb, devait dans le m\u00eame temps le briser de \u00ab lassitude \u00bb et le conduire \u00e0 la mort ? <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n Il sera difficile de faire comprendre aux lecteurs en quelques mots ce point, tant les sujets abord\u00e9s par Soloviev peuvent, de prime abord, sembler loin de nos propres consid\u00e9rations ; tant \u00e9galement ce \u00ab r\u00e9cit \u00bb est un dialogue critique avec l\u2019ensemble de sa tr\u00e8s riche philosophie, laquelle, en 1900, pouvait du reste lui appara\u00eetre r\u00e9trospectivement comme n\u2019\u00e9tant plus qu\u2019un simple \u00ab prologue \u00bb \u00e0 son travail \u00e0 venir <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cependant, le futur tient tout entier dans un acte que l\u2019Humanit\u00e9, selon Soloviev, a d\u00e9j\u00e0 accompli lorsqu\u2019elle a fait elle-m\u00eame na\u00eetre le temps et ce monde <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Ce futur est, pour ainsi dire, \u00e9galement un pass\u00e9, \u00e0 la fois le premier et le dernier mot de l\u2019Humanit\u00e9 : le refus d\u00e9finitif que celle-ci a oppos\u00e9 et continue d\u2019opposer \u2014 en d\u00e9pit du Christ \u2014, par orgueil et par haine, \u00e0 Dieu. Autrement dit, la \u00ab cruelle pens\u00e9e \u00bb qui n\u2019a eu de cesse d\u2019animer Soloviev peut se comprendre comme la progressive \u00e9lucidation d\u2019une Humanit\u00e9 d\u00e9icide, d\u2019une Humanit\u00e9 ayant volontairement, en son \u00ab \u00e2me et conscience \u00bb, d\u00e9cid\u00e9 de se passer de Dieu, de s\u2019accomplir sans Dieu, voire enfin de se faire elle-m\u00eame l\u2019unique<\/em> Dieu.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Si, de fa\u00e7on tout \u00e0 fait \u00ab solovi\u00e9vienne \u00bb, Koj\u00e8ve pouvait d\u00e9clarer \u00e0 son ami Edmond Ortigues : \u00ab Depuis des mill\u00e9naires, l\u2019unit\u00e9 de l\u2019histoire a \u00e9t\u00e9 comprise comme le drame du rapport de l\u2019homme avec la divinit\u00e9. [\u2026] C\u2019est l\u2019histoire des malheurs de Sophie \u00bb <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>, il faudrait ajouter que cette histoire de \u00ab malheurs \u00bb se termine en outre sur le meurtre de Dieu.<\/p>\n\n\n\n Lorsqu\u2019elle est enti\u00e8rement d\u00e9roul\u00e9e, voil\u00e0 donc ce que l\u2019histoire \u2014 \u00e0 en croire Soloviev \u2014 finit par nous apprendre : l\u2019homme agit avec le d\u00e9sir de se venger de Dieu du bien qu\u2019il nous a fait \u2014 non du mal. L\u2019Humanit\u00e9 veut devenir par elle-m\u00eame un Dieu invers\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire non pas le Dieu qui se donne dans un acte d\u2019amour, octroyant \u00e0 sa cr\u00e9ation le pouvoir d\u2019\u00eatre cr\u00e9ature, d\u2019\u00eatre l\u2019autre aim\u00e9<\/em>, mais la divinit\u00e9 exclusive qui ram\u00e8ne tout \u00e0 soi comme Un, dans ce qu\u2019il faut appeler, en un sens technique propre \u00e0 Soloviev, de \u00ab la haine \u00bb.<\/p>\n\n\n\n En effet, si l\u2019amour est un rapport qui maintient toujours l\u2019union dans l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, la v\u00e9ritable haine n\u2019est pas, quant \u00e0 elle, un simple d\u00e9tachement, une scission, celle d\u2019un \u00eatre qui ignorerait volontairement ce dont il s\u2019isole, voire qui maintiendrait cette chose \u00e0 distance ou \u00e0 l\u2019\u00e9cart, parce que cette derni\u00e8re, ha\u00efe, le blesserait, en diminuant par exemple sa puissance d\u2019agir. La haine, au contraire, implique une lutte permanente, un rapport constant, voire un corps-\u00e0-corps de chaque instant avec l\u2019\u00eatre ha\u00ef, jusqu\u2019\u00e0 sa digestion, jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9duire cette alt\u00e9rit\u00e9 \u00e0 une unit\u00e9. \u00ab C\u2019est l\u2019amour, \u00e9crivait Koj\u00e8ve dans sa derni\u00e8re \u0153uvre non publi\u00e9e, et, chose curieuse, la haine qui maintient ou voudrait tout au moins maintenir l\u2019\u00eatre aim\u00e9 ou ha\u00ef dans son identit\u00e9 <\/em>avec lui-m\u00eame (on torture celui qu\u2019on hait plut\u00f4t qu\u2019on ne le tue) \u00bb <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n La remarque de Koj\u00e8ve n\u2019\u00e9tait pas enti\u00e8rement juste. Comme l\u2019avait compris Soloviev, cette mani\u00e8re de voir n\u2019allait pas au bout de son id\u00e9e, ni ne voyait le sens de cette torture. Car, s\u2019il s\u2019agit certes d\u2019une torture, impliquant un rapport permanent avec l\u2019\u00eatre ha\u00ef que l\u2019on ne voudrait certainement pas tenir \u00e0 distance, ni oublier, cette torture, toutefois, n\u2019est pas destin\u00e9e \u00e0 le maintenir dans son identit\u00e9 \u00e9ternelle d\u2019\u00ab \u00eatre ha\u00ef \u00bb, mais plus exactement \u00e0 lui arracher pi\u00e8ce par pi\u00e8ce chaque petite parcelle le constituant, \u00e0 le d\u00e9pecer de la totalit\u00e9 de ses biens, jusqu\u2019\u00e0 le laisser nu et vide.<\/p>\n\n\n\n Cette haine est donc une vengeance, au sens o\u00f9 l\u2019on d\u00e9pouille l\u2019ennemi de tout ce qui lui appartient, sa vie \u2014 et notre propre raison d\u2019\u00eatre<\/em> \u2014 disparaissant en dernier. Il faut du temps pour l\u2019accomplir et r\u00e9duire une union, un corps \u00e0 corps, \u00e0 l\u2019unit\u00e9. Depuis cette perspective, le temps ou l\u2019histoire n\u2019est que la marche de cette lente absorption, de cette grande vengeance r\u00e9alis\u00e9e <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n On retrouve ainsi les le\u00e7ons de Dosto\u00efevski : l\u2019homme se venge contre Dieu d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 trop bon, d\u2019avoir donn\u00e9 de fa\u00e7on condescendante \u00e0 l\u2019Humanit\u00e9 ce qu\u2019elle aurait voulu cr\u00e9er d\u2019elle-m\u00eame \u2014 son identit\u00e9 parfaite conquise dans une histoire qui n\u2019appartiendrait qu\u2019\u00e0 elle, sans aucune providence, voire contre toute providence. <\/p>\n\n\n\n En ce sens particulier du mot \u00ab haine \u00bb, il faut soutenir que l\u2019homme, pour le don fait par Dieu, n\u2019\u00e9prouve pour lui que de la haine. Quant au temps, il n\u2019est que ce long processus de d\u00e9ification de la seule humanit\u00e9 \u2014 conduisant \u00e0 la \u00ab destruction de la nature \u00bb par \u00e9vanouissement de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 ou \u00e0 l\u2019accomplissement d\u2019un monde enti\u00e8rement m\u00e9canique et inorganique, aussi ferm\u00e9 qu\u2019une pierre.<\/p>\n\n\n\n Chez Soloviev, l\u2019Humanit\u00e9 \u2014 \u00catre personnel pos\u00e9 face \u00e0 Dieu \u2014 a donc moins refus\u00e9 l\u2019ordre d\u2019\u00eatre Dieu qu\u2019elle n\u2019a refus\u00e9 la voie propos\u00e9e par Dieu, \u00e0 savoir l\u2019amour et le maintien de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, ou encore d\u2019entrer dans la constitution du Christ, pour former une Divino-humanit\u00e9. Le refus de l\u2019Homme doit se comprendre comme une volont\u00e9 non pas de devenir Sujet libre en refusant d\u2019ob\u00e9ir \u00e0 Dieu, mais bel et bien de faire preuve d\u2019une \u00ab libert\u00e9 terrible \u00bb afin de se<\/em> cr\u00e9er comme Dieu sans l\u2019aide de Dieu et, en r\u00e9alit\u00e9 \u2014 comme Soloviev le comprendra peu \u00e0 peu \u2014, en voulant se venger de Lui. L\u2019Homme a perverti l\u2019ordre de devenir dieu-homme en r\u00eavant de devenir homme-dieu. <\/p>\n\n\n\n Dans son Histoire et avenir de la th\u00e9ocratie<\/em>, sans avoir encore parfaitement tir\u00e9 toutes les implications de cette d\u00e9cision transcendantale, Soloviev rendait d\u00e9j\u00e0 compte de fa\u00e7on suffisamment forte de ce refus de la voie divine :<\/p>\n\n\n\n \u00ab Le but, la pl\u00e9nitude de la perfection divine ou \u00eatre comme Dieu, c\u2019est non seulement en soi le bien supr\u00eame, mais c\u2019est ce qui constitue la destination de l\u2019homme, cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l\u2019image et \u00e0 la ressemblance de Dieu. Le p\u00e9ch\u00e9 consiste dans l\u2019aspiration de l\u2019homme \u00e0 atteindre ce but qui est bon par sa propre voie<\/em>, et non pas par celle de Dieu, \u00e0 poss\u00e9der la perfection par un acte de sa volont\u00e9 propre <\/em>et non par l\u2019ob\u00e9issance aux commandements de Dieu. \u00bb <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n Dans sa derni\u00e8re \u0153uvre, Soloviev d\u00e9couvre, en r\u00e9alit\u00e9, que le v\u00e9ritable nom de l\u2019Humanit\u00e9 est celui d\u2019une inversion : l\u2019Ant\u00e9christ. Il aura, somme toute, fallu une vie pour qu\u2019il comprenne qu\u2019\u00e0 partir de ce premier refus de l\u2019Humanit\u00e9, l\u2019Histoire s\u2019achevait non pas dans le Christ ou l\u2019amour, mais dans l\u2019Ant\u00e9christ ou la haine ; non pas avec le Dieu-homme, mais avec l\u2019Homme-dieu ; non pas avec une Nature organique unie \u00e0 Dieu gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019interm\u00e9diaire humain et respect\u00e9e dans sa foisonnante alt\u00e9rit\u00e9, mais une Nature, enti\u00e8rement recompos\u00e9e et morte, n\u2019ayant pris partout que le visage \u2014 m\u00e9tallique \u2014 de la seule<\/em> Humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Soloviev n\u2019a admis qu\u2019\u00e0 la fin que \u00ab le Christ a subi de cruelles pers\u00e9cutions et a \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 mort parce que Ses ennemis Le ha\u00efssaient<\/em> \u00bb <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>, et non parce qu\u2019ils ignoraient la teneur de leur action.\u00a0<\/p>\n\n\n\n C\u2019est \u00e0 cette histoire qu\u2019est consacr\u00e9e cette deuxi\u00e8me partie \u2014 o\u00f9 l\u2019Ant\u00e9christ triomphe.<\/p>\n\n\n\n Peter Thiel, comme de nombreux lecteurs de Soloviev, a \u00e9t\u00e9 impressionn\u00e9 par la \u00ab paix \u00bb apport\u00e9e par l\u2019Ant\u00e9christ : une paix de l\u2019Un o\u00f9 il n\u2019y a plus d\u2019Ennemi, car plus d\u2019alt\u00e9rit\u00e9, une paix apport\u00e9e par la haine accomplie. Cette paix est aussi celle promise par Sauron dans le Seigneur des Anneaux, <\/em>autre lecture de Thiel : Sauron se fait fort de tout r\u00e9duire \u00e0 sa propre personne, comme en t\u00e9moigne le fait que chaque d\u00e9tenteur de l\u2019Anneau finit par n\u2019\u00eatre plus qu\u2019une partie, sans volont\u00e9 propre, du Seigneur des t\u00e9n\u00e8bres.<\/p>\n\n\n\n Pour comprendre cet int\u00e9r\u00eat de Thiel, il importe de faire un d\u00e9tour par l\u2019actuelle culture populaire am\u00e9ricaine, avec la s\u00e9rie Stranger Things. <\/em>En un sens, une soci\u00e9t\u00e9 nous apprend beaucoup sur elle-m\u00eame en exposant les monstres qui lui font horreur. <\/p>\n\n\n\n Parmi la galerie des monstres de Stranger Things <\/em>\u2014 monstres qui exploitent tous sur le m\u00eame ressort \u2014, la cr\u00e9ature au c\u0153ur de la troisi\u00e8me saison est peut-\u00eatre la plus terrifiante : le \u00ab flagelleur mental \u00bb, en effet, y pulv\u00e9rise les volont\u00e9s humaines, puis pulv\u00e9rise les corps ind\u00e9pendants lui faisant face, avant de se servir de leurs chairs disloqu\u00e9es pour cro\u00eetre et se r\u00e9aliser en les recomposant dans son propre corps. <\/p>\n\n\n\n Cette r\u00e9alit\u00e9 est monstrueuse. Mais, en un autre sens, elle r\u00e9alise l\u2019unit\u00e9 et la paix, comme une certaine forme de divinit\u00e9. Chacun des corps et des volont\u00e9s de la ville viennent ainsi harmonieusement se fondre dans un grand Tout pour accomplir une \u0153uvre sup\u00e9rieure en force, qui, si elle n\u2019\u00e9tait pas emp\u00each\u00e9e (katechon<\/em>), devrait \u00e0 terme avoir les dimensions de toute la plan\u00e8te et de tous les vivants. Les h\u00e9ros de la s\u00e9rie, vivant aux \u00c9tats-Unis ne luttent pas seulement contre cette b\u00eate, mais aussi contre l\u2019Union sovi\u00e9tique, et peut-\u00eatre contre eux-m\u00eames : l\u2019am\u00e9ricanisation du monde et l\u2019humanisation de la nature par la technique, l\u2019homog\u00e9n\u00e9isation des esprits et des imaginations en une seule intelligence artificielle. <\/p>\n\n\n\n Si donc la lutte est men\u00e9e contre quelque chose d\u2019ouvertement monstrueux \u2014 la b\u00eate en question \u00e9tant particuli\u00e8rement effrayante \u2014 c\u2019est peut-\u00eatre dans cette monstruosit\u00e9 manifeste que r\u00e9side la faiblesse de la repr\u00e9sentation. Pour que celle-ci incarne l\u2019image de l\u2019Ant\u00e9christ, il aurait fallu la rendre sous les traits les plus s\u00e9ducteurs, les individus venant d\u2019eux-m\u00eames se sacrifier dans cette immense et tentante cr\u00e9ature pour r\u00e9aliser tout ce qu\u2019ils souhaitent : se cr\u00e9er comme divinit\u00e9, invincible et incomparable, en l\u2019absence de toute alt\u00e9rit\u00e9. Apr\u00e8s tout, peut-\u00eatre qu\u2019au creux de cette immense b\u00eate divine, on se trouverait bien.<\/p>\n\n\n\n Pour Soloviev, la figure de l\u2019Ant\u00e9christ est moins celle d\u2019une b\u00eate que de l\u2019Humanit\u00e9 ayant enfin trouv\u00e9 sa paix : <\/p>\n\n\n\n \u00ab Les forces historiques qui r\u00e8gnent sur la masse de l\u2019humanit\u00e9 auront encore \u00e0 se heurter et \u00e0 se m\u00ealer avant que sur le corps de cette b\u00eate qui se d\u00e9chire elle-m\u00eame vienne pousser une nouvelle t\u00eate : la puissance unificatrice mondiale de l\u2019Ant\u00e9christ. \u00bb <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n Parmi le petit nombre de croyants spiritualistes, se trouvait en ce temps-l\u00e0 un homme remarquable que beaucoup qualifiaient de surhomme.<\/p>\n\n\n\n Dans son article \u00ab L\u2019id\u00e9e de Surhomme \u00bb <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>, Soloviev \u00e9crit :\u00a0<\/p>\n\n\n\n \u00ab Les hommes, en particulier ceux qui sont sensibles aux exigences communes de la minute pr\u00e9sente de l\u2019histoire, sont domin\u00e9s non par une seule, mais au moins par trois id\u00e9es \u00e0 l\u2019ordre du jour, ou, si l\u2019on veut, \u00e0 la mode \u2014 le mat\u00e9rialisme \u00e9conomique, le moralisme abstrait et le d\u00e9monisme du \u2018surhomme\u2019. De ces trois id\u00e9es, li\u00e9es \u00e0 trois grands noms (Karl Marx, L\u00e9on Tolsto\u00ef, Friedrich Nietzsche), la premi\u00e8re est tourn\u00e9e vers l\u2019actuel et son urgence, la deuxi\u00e8me embrasse en partie les lendemains, la troisi\u00e8me est li\u00e9e \u00e0 ce qui adviendra apr\u00e8s-demain et ensuite. Je la consid\u00e8re comme la plus int\u00e9ressante des trois. \u00bb <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n Soloviev tient Nietzsche en haute estime, mais il craint sa philosophie comme annonciatrice de l\u2019Ant\u00e9christ. Dans ses souvenirs <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span>, Bi\u00e9ly rapporte ainsi : \u00ab En ces jours-l\u00e0, une grande inqui\u00e9tude croissait dans mon \u00e2me. En voyant Soloviev [et en l\u2019\u00e9coutant lire son \u00abCourt r\u00e9cit sur l\u2019Ant\u00e9christ\u00bb], j\u2019avais envie de lui dire quelque chose qu\u2019on ne dit pas \u00e0 une table de th\u00e9. Mais ce d\u00e9sir resta un simple d\u00e9sir. Au lieu de cela, je me mis \u00e0 lui parler de Nietzsche et du rapport entre le surhomme et l\u2019id\u00e9e de divino-humanit\u00e9. Il r\u00e9pondit peu de choses sur Nietzsche, mais ses paroles \u00e9taient empreintes d\u2019un profond s\u00e9rieux. Il affirmait que les id\u00e9es de Nietzsche \u00e9taient la seule chose dont il fallait d\u00e9sormais tenir compte comme d\u2019un danger grave mena\u00e7ant la culture religieuse. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Il \u00e9tait \u00e9loign\u00e9 tant de l\u2019enfance de l\u2019intelligence que de celle du c\u0153ur. Pourtant, il \u00e9tait jeune encore, mais, gr\u00e2ce \u00e0 son g\u00e9nie sup\u00e9rieur, \u00e0 trente-trois ans, il s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 acquis une impressionnante r\u00e9putation : celle de grand penseur, de grand \u00e9crivain et de grand acteur public. Conscient de la puissance d\u2019esprit sup\u00e9rieure qui \u00e9tait la sienne, il avait toujours \u00e9t\u00e9 un spiritualiste convaincu et sa claire intelligence lui avait toujours indiqu\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9 de ce qu\u2019il faut croire : le bien, Dieu et le Messie. <\/p>\n\n\n\n \u00c0 tout cela, il croyait<\/em>, mais quant \u00e0 aimer, il n\u2019aimait <\/em>que lui. <\/em>Il croyait en Dieu, mais au plus profond de son \u00e2me, involontairement et sans s\u2019en rendre compte, il se pr\u00e9f\u00e9rait \u00e0 Lui. Il croyait au Bien, cependant l\u2019\u0152il de l\u2019\u00c9ternel qui voit tout savait que cet individu s\u2019inclinerait devant la force du mal pourvu qu\u2019elle le s\u00e9duise, non en l\u2019\u00e9garant par les sens ou par de basses passions, voire par la haute tentation du pouvoir, mais uniquement par un amour-propre d\u00e9mesur\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Il faut bien distinguer ce qui rel\u00e8ve de l\u2019\u00ab amour de soi \u00bb et de l\u2019\u00ab amour propre \u00bb. Si l\u2019amour de soi n\u2019est pas condamnable dans la mesure o\u00f9 il s\u2019agit de l\u2019instinct naturel de survie ou encore de l\u2019amour que les animaux ont de leur propre vie \u2014 amour pour ainsi dire tout \u00e0 fait \u00ab mat\u00e9rialiste \u00bb\u2014 il n\u2019en va pas de m\u00eame pour l\u2019\u00ab amour-propre \u00bb qui est enti\u00e8rement une affaire \u00ab spirituelle \u00bb. Ainsi, si par amour de moi-m\u00eame, je d\u00e9cide en effet de ne pas pr\u00eater attention \u00e0 un simple mauvais regard, \u00e0 une parole blessante, etc.,pr\u00e9cis\u00e9ment parce que je ne vais pas risquer une \u00ab blessure \u00bb pour si peu, en revanche par \u00ab amour-propre \u00bb, je peux m\u2019engager dans une querelle qui finira par me co\u00fbter la vie.\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n\n Du reste, cet amour-propre n\u2019\u00e9tait chez lui ni instinct inconsid\u00e9r\u00e9, ni folle pr\u00e9tention. Outre son g\u00e9nie hors norme, outre sa beaut\u00e9 et sa noblesse, les tr\u00e8s hautes manifestations qu\u2019il avait donn\u00e9es de sa temp\u00e9rance, de son d\u00e9sint\u00e9ressement et de son active charit\u00e9 semblaient amplement justifier l’\u00e9norme amour-propre que poss\u00e9dait ce grand spiritualiste, ce grand asc\u00e8te et ce grand philanthrope. Pouvait-on vraiment le bl\u00e2mer d\u2019avoir vu, dans ces dons si abondamment re\u00e7us de Dieu, les signes sp\u00e9cifiques de Son insigne suffrage ? Ou de s\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme second apr\u00e8s Dieu, Son fils unique en son genre ? <\/p>\n\n\n\n En un mot, il se reconnut pour ce que le Christ \u00e9tait effectivement. Mais, dans les faits, la conscience de sa haute dignit\u00e9 ne se traduisit pas en obligation morale envers Dieu et le monde, mais en droit et pr\u00e9\u00e9minence sur les autres et, avant tout, sur le Christ lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n Du point de vue russe, on peut dire que l\u2019Ant\u00e9christ est \u00ab \u00e9go\u00efstement europ\u00e9en \u00bb. En effet, les penseurs russes ult\u00e9rieurs, en particulier les eurasistes, insisteront sur la sp\u00e9cificit\u00e9 europ\u00e9enne, n\u00e9faste \u00e0 leurs yeux, de faire primer le \u00ab droit \u00bb sur \u00ab l\u2019obligation \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Pour les penseurs russes eurasistes, les individus ne sont pas d\u2019abord d\u00e9tenteurs de droits, ils ont en premier lieu des obligations, puis pour remplir ces obligations leurs sont attribu\u00e9s des droits \u2014 qui ne sont, en derni\u00e8re instance, que des moyens pour r\u00e9aliser les premi\u00e8res. Autrement dit, je n\u2019ai pas d\u2019abord \u00ab droit au travail \u00bb, j\u2019ai d\u2019abord l\u2019obligation de \u00ab travailler pour le bien de la communaut\u00e9 \u00bb, alors pour me permettre de r\u00e9aliser cette obligation, l\u2019\u00c9tat doit <\/em>me fournir du travail : c\u2019est l\u00e0 mon \u00ab droit \u00bb positif au travail. De ce point de vue, l\u2019\u00ab \u00c9tat de droit \u00bb appara\u00eet \u00e0 ces penseurs comme la manifestation de l\u2019\u00ab \u00e9go\u00efsme europ\u00e9en \u00bb qui oublie que l\u2019homme n\u2019est pas un \u00ab empire dans un empire \u00bb, mais dans un rapport perp\u00e9tuel de service et d\u2019entraide <\/span>15<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Le jeune Koj\u00e8ve n\u2019est pas non plus \u00e9tranger \u00e0 ces questions. Dans son compte-rendu du livre de Leang K\u2019i-Teh\u2019ao [Chi-Chao Liang], La Conception de la loi et les th\u00e9ories des l\u00e9gistes \u00e0 la veille des Ts\u2019in <\/em>(1926), il \u00e9crit <\/span>16<\/sup><\/a><\/span><\/span> : \u00ab Or, si cette diff\u00e9rence fondamentale entre la conception chinoise et celle occidentale et romaine de comprendre le droit et l\u2019\u00c9tat a de quoi inqui\u00e9ter l\u2019Euram\u00e9rique, en revanche pour l\u2019Eurasie, la question se pose tout \u00e0 fait autrement : ce qui sert d\u2019obstacle au rapprochement entre la Chine et l\u2019Occident peut s\u2019av\u00e9rer \u00eatre l\u2019un des fondements d\u2019une compr\u00e9hension mutuelle et d\u2019une coop\u00e9ration \u00e9troite entre les peuples de la \u2018R\u00e9publique c\u00e9leste\u2019 et de l\u2019Union eurasiatique. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Initialement, il n\u2019avait pas d\u2019animosit\u00e9 contre J\u00e9sus. Il reconnaissait Son r\u00f4le messianique et sa dignit\u00e9, mais sinc\u00e8rement, il ne voyait en Lui que son plus grand pr\u00e9d\u00e9cesseur. L\u2019exploit moral du Christ et Son absolue unicit\u00e9 \u00e9chappaient \u00e0 son intelligence obscurcie par l\u2019amour-propre. <\/p>\n\n\n\n Il raisonnait ainsi : \u00ab Le Christ est venu avant moi ; moi j\u2019apparais en second ; mais ce qui, dans l\u2019ordre du temps, vient apr\u00e8s, est premier par essence. Je viens le dernier, \u00e0 la fin de l\u2019histoire, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que je suis le sauveur d\u00e9finitif et parfait. Ce Christ-l\u00e0, c\u2019est mon pr\u00e9curseur. Sa mission \u00e9tait de pr\u00e9parer et d\u2019annoncer mon apparition. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Cette th\u00e8se classique de la philosophie de Soloviev implique une compr\u00e9hension du temps comme \u00ab \u00e0 rebours \u00bb : \u00ab Le fait que les formes ou les types sup\u00e9rieurs d\u2019existence apparaissent ou se r\u00e9v\u00e8lent apr\u00e8s les inf\u00e9rieurs ne prouve aucunement que les premiers sont produits ou cr\u00e9\u00e9s par ces derniers. L\u2019ordre de la r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est pas identique \u00e0 l\u2019ordre des apparences. Les types et \u00e9tats d\u2019existence sup\u00e9rieurs les plus riches et les plus positifs sont m\u00e9taphysiquement ant\u00e9rieurs aux inf\u00e9rieurs, bien que se manifestant et se r\u00e9v\u00e9lant apr\u00e8s ceux-ci. Ceci ne nie pas l\u2019\u00e9volution ; on ne peut la nier, elle est un fait ; mais affirmer que l\u2019\u00e9volution cr\u00e9e les formes sup\u00e9rieures au moyen des inf\u00e9rieures, c\u2019est-\u00e0-dire en d\u00e9finitive, de rien, cela veut dire substituer au fait une absurdit\u00e9 logique<\/em>. L\u2019\u00e9volution de types inf\u00e9rieurs d\u2019existence ne peut pas, par elle-m\u00eame, cr\u00e9er les types sup\u00e9rieurs, mais elle produit des conditions mat\u00e9rielles ou un milieu favorable <\/em>pour que le type sup\u00e9rieur se manifeste ou se r\u00e9v\u00e8le. Ainsi, chaque apparition d\u2019un nouveau type d\u2019existence est, dans un certain sens, une cr\u00e9ation nouvelle <\/em> : mais ce n\u2019est pas une cr\u00e9ation hors de rien <\/em> ; la base mat\u00e9rielle d\u2019apparition du type nouveau, c\u2019est l\u2019ancien ; le contenu positif propre du type sup\u00e9rieur ne surgit pas de novo<\/em>, mais existe de toute \u00e9ternit\u00e9<\/em>. Il ne fait qu\u2019entrer, \u00e0 un moment donn\u00e9 du d\u00e9veloppement, dans un autre ordre d\u2019existence, le monde des ph\u00e9nom\u00e8nes<\/em>. Les conditions d\u2019apparition du ph\u00e9nom\u00e8ne proviennent de l\u2019\u00e9volution naturelle du monde mat\u00e9riel ; ce qui appara\u00eet provient de Dieu. \u00bb <\/span>17<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n M\u00fb par cette pens\u00e9e, le grand homme du XXIe si\u00e8cle s\u2019appliquera \u00e0 lui-m\u00eame tout ce que dit l\u2019\u00c9vangile du second av\u00e8nement, en interpr\u00e9tant cette venue non comme le retour du premier Christ, mais comme le remplacement du Christ pr\u00e9liminaire par le Christ d\u00e9finitif, c\u2019est-\u00e0-dire par lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n De fa\u00e7on frappante, c\u2019est aussi ce qu\u2019affirme Koj\u00e8ve dans Sophia<\/em> <\/span>18<\/sup><\/a><\/span><\/span>, seulement \u2014 renversant la philosophie de Soloviev \u2014 il en fait un bien : \u00ab Quand bien m\u00eame ce Sage ne serait pas encore dans le Monde r\u00e9el, c\u2019est-\u00e0-dire naturel, il n\u2019en demeure pas moins que l\u2019\u2018id\u00e9e\u2019 du Sage existe dans ce Monde depuis fort longtemps. Il y a, en effet, longtemps que l\u2019on \u2018r\u00eave\u2019 de le voir r\u00e9ellement appara\u00eetre sur terre, que l\u2019on \u2018r\u00eave\u2019 de le voir \u2018s\u2019incarner\u2019. L\u2019Histoire de l\u2019humanit\u00e9 n\u2019est rien d\u2019autre que l\u2019histoire de la r\u00e9alisation<\/em> progressive par l\u2019Action<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire par le Travail et la Lutte, de ce \u2018r\u00eave\u2019 de \u2018perfection incarn\u00e9e\u2019. Or, de nos jours, la grande \u2018Action\u2019 qui va la \u2018r\u00e9v\u00e9ler aux peuples\u2019 touche d\u00e9j\u00e0 \u00e0 sa fin. D\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent, ce ne sont plus seulement les rares \u2018\u00e9lus\u2019 de l\u2019humanit\u00e9 guid\u00e9s par \u2018l\u2019\u00e9toile directrice\u2019, mais aussi des centaines de millions d\u2019hommes travaillant et luttant pour la Reconnaissance, qui apportent des dons \u00e0 son \u2018royaume terrestre\u2019. Aussi le jour est-il proche o\u00f9 le dernier \u2018petit d\u00e9mon\u2019 de l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 verra en disparaissant lui-m\u00eame qu\u2019il \u2018n\u2019y aura pas de fin\u2019 \u00e0 ce<\/em> \u2018royaume\u2019, que cet \u2018homme<\/em>-dieu\u2019 mourra non pas au \u2018pilori\u2019 de l\u2019indiff\u00e9rence ou de l\u2019indignation publique, mais dans la Reconnaissance universelle de sa v\u00e9ritable omni-science<\/em> et r\u00e9elle<\/em> omni-potence. Tout cela n\u2019existe pas <\/em>encore ? Et alors ! Qu\u2019advienne<\/em> d\u00e9sormais ce que l\u2019homme osa \u2018r\u00eaver\u2019 pour lui-m\u00eame, qu\u2019advienne pour lui ce qu\u2019il ne s\u2019avisait \u2014 il n\u2019y a encore pas si longtemps \u2014 de n\u2019attribuer qu\u2019\u00e0 Dieu ; qu\u2019advienne son r\u00eave de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 satisfaite et de satisfaction sereine, celle du septi\u00e8me et dernier jour de la cr\u00e9ation, lorsque l\u2019on peut dire \u2014 en jetant un seul<\/em> regard sur tout<\/em> ce qui a \u00e9t\u00e9 fait \u2014 \u2018c\u2019est bien<\/em>\u2019. Mais \u2014 contrairement \u00e0 Dieu \u2014 nous pourrons l\u2019affirmer sans \u00eatre ensuite contraints de nous d\u00e9dire et de maudire l\u2019\u0153uvre de nos mains. C\u2019est pourquoi, d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent, si l\u2019homme veut conna\u00eetre quelque chose de la Perfection r\u00e9alis\u00e9e, il n\u2019a plus besoin de fixer des yeux les cieux<\/em>, il peut entendre l\u2019avanc\u00e9e majestueuse de sa venue en appliquant au sol<\/em> une oreille attentive \u00bb <\/span>19<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Sur ce plan, l\u2019Homme \u00e0 venir pr\u00e9sente encore peu de traits v\u00e9ritablement originaux ou caract\u00e9ristiques. C\u2019est de mani\u00e8re semblable que Muhammad, notamment, se rapportait au Christ. Or, Muhammad \u00e9tait un homme juste qu\u2019on ne peut accuser d\u2019aucune mauvaise intention.<\/p>\n\n\n\n Chez cet individu, la pr\u00e9f\u00e9rence d\u2019amour-propre qu\u2019il s\u2019accordera sur le Christ se justifiera encore par le raisonnement suivant : \u00ab Le Christ en pr\u00eachant et en incarnant dans sa vie le bien moral, a \u00e9t\u00e9 le r\u00e9formateur <\/em>de l\u2019humanit\u00e9, moi, je suis appel\u00e9 \u00e0 \u00eatre le bienfaiteur<\/em> de cette humanit\u00e9, humanit\u00e9 en partie corrig\u00e9e, en partie incorrigible. Je donnerai aux gens tout ce dont ils ont besoin. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Une remarque sur le russe nous permettra de mieux comprendre ce que Soloviev appelle \u00ab Humanit\u00e9 \u00bb. En russe, \u010delove\u010dnost\u02b9<\/em> indique le caract\u00e8re propre \u00e0 l\u2019homme dans tous les hommes \u2014 soit \u00ab l\u2019humanit\u00e9 \u00bb qui peut \u00eatre abstraite d\u2019un seul individu et qui peut exister m\u00eame s\u2019il n\u2019y a plus qu\u2019un seul homme sur terre, voire plus aucun homme, mais uniquement comme \u00ab id\u00e9e abstraite \u00bb. \u00c0 l\u2019inverse, \u010delove\u010destvo<\/em> indique plut\u00f4t la communaut\u00e9 effective et concr\u00e8te de tous les hommes formant un grand ensemble sans exception.<\/p>\n\n\n\n On peut comprendre cette distinction en passant par certains exemples en fran\u00e7ais, ces diff\u00e9rences \u00e9tant parfois faites dans notre langue. Nous opposons ainsi \u00ab fraternit\u00e9 \u00bb (terme abstrait) et la \u00ab fratrie \u00bb (terme concret). Chacun comprend bien que rien n\u2019est chang\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e de \u00ab fraternit\u00e9 \u00bb si l\u2019un des \u00ab fr\u00e8res \u00bb meurt, alors qu\u2019une \u00ab fratrie \u00bb en serait profond\u00e9ment boulevers\u00e9e. Soloviev critique le plus souvent la pens\u00e9e occidentale comme ne sachant former des concepts que sous leur forme abstraite <\/span>20<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n \u00ab Le Christ, en moraliste, divisait les hommes entre bien et mal, moi je les unirais par les biens qui sont \u00e9galement n\u00e9cessaires aux bons comme aux m\u00e9chants. \u00bb <\/p>\n\n\n\n Soloviev utilise le terme blaga <\/em>que nous traduisons par \u00ab biens \u00bb. <\/em>La langue russe distingue ce qui est un \u00ab bien \u00bb spirituel (dobro<\/em>) et les \u00ab biens \u00bb mat\u00e9riels (blaga<\/em>).<\/p>\n\n\n\n La pens\u00e9e de l\u2019Ant\u00e9christ est pour ainsi dire \u00ab socialiste \u00bb ou \u00ab mat\u00e9rialiste \u00bb. En fournissant aux hommes des \u00ab biens \u00bb, en leur donnant \u00e0 tous un bien-\u00eatre mat\u00e9riel, tous seraient rendus bons, car si l\u2019homme est mauvais, c\u2019est en raison des mauvaises conditions mat\u00e9rielles sur lesquelles il se d\u00e9veloppe de travers.<\/p>\n\n\n\n Pour Soloviev, qui a longtemps embrass\u00e9 cette id\u00e9e, cette fa\u00e7on de voir accro\u00eet en d\u00e9finitive le mal. \u00ab L\u2019eau d\u2019une m\u00eame pluie vivifiante fait cro\u00eetre \u00e0 la fois les vertus bienfaisantes des plantes m\u00e9dicinales et le poison des v\u00e9n\u00e9neuses. De m\u00eame, un bienfait r\u00e9el augmente en fin de compte le bien chez le bon et le mal chez le mauvais. Devons-nous donc toujours et sans distinction donner libre cours \u00e0 nos bons sentiments ? En avons-nous m\u00eame le droit ? Pouvons-nous louer les parents qui, avec un bon arrosoir, arrosent assid\u00fbment les plantes v\u00e9n\u00e9neuses du jardin o\u00f9 se prom\u00e8nent leurs enfants ? \u00bb <\/span>21<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n \u00ab Je serai le vrai repr\u00e9sentant du Dieu qui fait briller son soleil sur les m\u00e9chants et sur les bons, qui fait pleuvoir sur les justes et les injustes. Le Christ a apport\u00e9 le glaive ; moi, j\u2019apporterai la paix. Il mena\u00e7ait la terre du jugement dernier ; mais le juge supr\u00eame, ce sera moi, et mon jugement ne sera pas le jugement de la seule justice, mais aussi celui de la mis\u00e9ricorde. Il y aura de la justice dans mon jugement, non une justice r\u00e9tributive, mais une justice distributive. Je distinguerai chacun et tout le monde aura ce dont il a besoin \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Voil\u00e0 un exemple typique de \u00ab falsification \u00bb d\u00e9nonc\u00e9e par Soloviev : faire le mal en ayant pris l\u2019apparence du bien, professer des paroles antichr\u00e9tiennes en leur donnant un air chr\u00e9tien. Ici, le personnage d\u00e9forme volontairement le pardon chr\u00e9tien, le rendant m\u00e9connaissable, puisqu\u2019il en fait une r\u00e9compense, y compris pour les m\u00e9chants.<\/p>\n\n\n\n Et, dans cette belle disposition d\u2019\u00e2me, on le voit attendre quelque appel clair de Dieu lui demandant d\u2019\u0153uvrer au nouveau salut de l\u2019humanit\u00e9. Il attend \u00e9galement quelque t\u00e9moignage \u00e9clatant et stup\u00e9fiant prouvant qu\u2019il est le fils a\u00een\u00e9, le premier-n\u00e9, le bien-aim\u00e9 de Dieu. Il attend, nourrissant son identit\u00e9 de la conscience qu\u2019il se fait de ses vertus et de ses dons surhumains ; car, on l\u2019a dit, c\u2019est un homme d\u2019une moralit\u00e9 sans tache et d\u2019un g\u00e9nie hors du commun.<\/p>\n\n\n\n Cette remarque est particuli\u00e8rement significative : elle r\u00e9v\u00e8le l\u2019iniquit\u00e9 de cet \u00ab homme \u00e0 venir \u00bb, car un vrai chr\u00e9tien t\u00e9moigne toujours pour le Christ <\/span>22<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n L\u2019orgueilleux juste attend donc la sanction supr\u00eame pour commencer \u00e0 \u0153uvrer pour le salut de l\u2019humanit\u00e9, mais il n\u2019attend pas jusqu\u2019au bout. Trente ans se sont d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9s, et trois ann\u00e9es s\u2019\u00e9coulent encore, quand soudain une pens\u00e9e traverse son cerveau et, jusqu\u2019\u00e0 la moelle des os, le p\u00e9n\u00e8tre d\u2019un br\u00fblant frisson : \u00ab Et si ? \u2026 Et si ce n\u2019\u00e9tait pas moi… mais l\u2019autre, le Galil\u00e9en… Et, s\u2019Il n\u2019\u00e9tait pas mon pr\u00e9curseur, mais le v\u00e9ritable, le premier et le dernier ? Mais, dans ce cas, il doit \u00eatre vivant… <\/em>O\u00f9 donc est-il ?… Peut-\u00eatre viendra-t-il \u00e0 moi… ici… maintenant… que Lui dirai-je ? Alors, comme un idiot et dernier chr\u00e9tien venu, comme un simple moujik marmonant sans comprendre : \u2018Seigneur, J\u00e9sus-le-Christ, aie piti\u00e9 de moi, pauv\u2019 p\u00e9cheur\u2019, il me faudra m\u2019incliner devant Lui. Quoi ! comme une grosse Polonaise m\u2019\u00e9tendre, moi, les bras en croix ? Moi, ce g\u00e9nie lumineux, ce surhomme ? Non, jamais ! \u00bb. Et aussit\u00f4t, \u00e0 la place de l\u2019ancien respect froid et raisonnable qu\u2019il avait pour Dieu et pour le Christ, naissent et grandissent dans son c\u0153ur d\u2019abord une sorte de terreur, puis une envie <\/em>br\u00fblante \u00e0 serrer et contracter tout son \u00eatre, enfin une haine <\/em>furieuse qui s\u2019empare de son esprit. \u00ab C\u2019est moi, moi et non pas Lui ! Il n\u2019est plus parmi les vivants ; il n\u2019y est pas et n\u2019y sera pas. Il n\u2019est pas ressuscit\u00e9 ! Non, jamais ! Il n\u2019est pas ressuscit\u00e9 ! Il a pourri, il a pourri au tombeau, il a pourri comme la derni\u00e8re des… \u00bb. Ses l\u00e8vres \u00e9cument, et pris de convulsions, il s\u2019\u00e9lance hors de la maison, bondit hors du jardin, et, dans la nuit sourde et noire, court le long d\u2019un sentier rocailleux\u2026<\/p>\n\n\n\n C\u2019est l\u00e0 un grand th\u00e8me de la philosophie chr\u00e9tienne de Soloviev : la r\u00e9surrection du Christ est la marque de sa divinit\u00e9, le signe du triomphe du bien sur le mal. Dans les Trois Entretiens<\/em>, <\/em>Soloviev revient une derni\u00e8re fois sur cette id\u00e9e : \u00ab Il y a dans l\u2019homme le mal physique, qui consiste en ce que les \u00e9l\u00e9ments mat\u00e9riels inf\u00e9rieurs du corps s\u2019opposent \u00e0 la force vivante et lumineuse qui les assemble en la magnifique forme de l\u2019organisme, qu\u2019ils s\u2019opposent \u00e0 cette forme et la brisent, en d\u00e9truisant le soubassement r\u00e9el de tout ce qui est sup\u00e9rieur. C\u2019est le mal extr\u00eame <\/em>qui a pour nom la mort. <\/em>Et si l\u2019on devait admettre que la victoire du mal physique extr\u00eame \u00e9tait d\u00e9finitive et absolue, alors on ne pourrait consid\u00e9rer comme succ\u00e8s s\u00e9rieux aucune des victoires illusoires du bien dans les domaines de la morale individuelle ou de la soci\u00e9t\u00e9. [\u2026] Si les v\u00e9ritables vainqueurs s\u2019av\u00e9raient \u00eatre les microbes [\u2026], alors aucune litt\u00e9rature morale ne saurait nous d\u00e9fendre contre le d\u00e9sespoir et contre un pessimisme extr\u00eame. [\u2026] Nous n\u2019avons qu\u2019un appui : la r\u00e9surrection r\u00e9elle. Nous savons que la lutte du bien et du mal ne se d\u00e9roule pas seulement dans l\u2019\u00e2me de la soci\u00e9t\u00e9, mais plus profond\u00e9ment aussi, dans le monde physique. Et l\u00e0, nous savons d\u00e9j\u00e0 que par le pass\u00e9, il y a eu une victoire du principe de vie dans une r\u00e9surrection personnelle. \u00bb <\/span>23<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n Sa fureur retombe et fait place \u00e0 un d\u00e9sespoir sec et lourd comme ces rochers, sombre comme cette nuit. Il s\u2019arr\u00eate au bord d\u2019un pr\u00e9cipice abrupt et entend l\u00e0-bas dans le lointain le bruit confus d\u2019un torrent roulant contre les rochers. Une angoisse insupportable oppresse son c\u0153ur. Soudain quelque chose s\u2019agite en lui : \u00ab L\u2019appeler ? Lui demander ce que je dois faire ? \u00bb. et dans l\u2019obscurit\u00e9 lui appara\u00eet une figure douce et triste. \u00ab Il a piti\u00e9 de moi… Non jamais ! Il n\u2019est pas ressuscit\u00e9, non ! Il n\u2019est pas ressuscit\u00e9 ! \u00bb <\/p>\n\n\n\n Et il se jette dans le vide. <\/p>\n\n\n\n Or, quelque chose d\u2019\u00e9lastique, comme une colonne d\u2019eau, le retient en l\u2019air. Il ressent une secousse comme un choc \u00e9lectrique et une force inconnue le rejette en arri\u00e8re. Un instant, il perd connaissance, puis revient \u00e0 lui, agenouill\u00e9 \u00e0 quelques pas du pr\u00e9cipice. Devant lui se dessine une figure baign\u00e9e d\u2019une vaporeuse lueur phosphorescente <\/span>24<\/sup><\/a><\/span><\/span> ; et de cette forme, deux yeux, d\u2019un \u00e9clat aigu et insoutenable, transpercent son \u00e2me…<\/p>\n\n\n\n Il voit ces deux yeux per\u00e7ants, et il entend \u2014 soit en lui-m\u00eame, soit au-dehors \u2014 une voix \u00e9trange, sourde comme \u00e9touff\u00e9e, et pourtant distincte, m\u00e9tallique, parfaitement d\u00e9pourvue d\u2019\u00e2me, sorte de phonographe, qui lui dit : <\/p>\n\n\n\n \u00ab Mon fils bien-aim\u00e9, tu as tout mon suffrage. Pourquoi ne m\u2019as-tu pas cherch\u00e9 ? Pourquoi as-tu honor\u00e9 l\u2019autre, le m\u00e9chant, et son p\u00e8re ? Moi, je suis ton dieu et ton p\u00e8re. Et ce pauvre crucifi\u00e9 m\u2019est \u00e9tranger \u00e0 toi comme \u00e0 moi. Je n\u2019ai pas d\u2019autre fils que toi. Tu es le seul, l\u2019unique en son genre et mon \u00e9gal. Je t\u2019aime et n\u2019exige rien de toi. Tel que tu es, tu es beau, grand, puissant. Fais ton \u0153uvre en ton <\/em>nom, et non au mien. Je ne t\u2019envie pas. Je t\u2019aime. Il ne me faut rien de toi. L\u2019autre, Celui que tu prenais pour dieu, exigeait de son fils l\u2019ob\u00e9issance, une ob\u00e9issance sans limite, allant jusqu\u2019\u00e0 la mort sur la croix… et il ne l\u2019a pas aid\u00e9 sur la croix. Moi je n\u2019exige rien de toi et je t\u2019aiderai. Pour toi-m\u00eame, pour ta propre dignit\u00e9, pour ton excellence, et par pur amour d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 pour toi, je t\u2019aiderai. Re\u00e7ois mon esprit. De m\u00eame qu\u2019autrefois mon esprit t\u2019a engendr\u00e9 dans la beaut\u00e9, <\/em>ainsi d\u00e9sormais il t\u2019engendre dans la force. \u00bb<\/em> <\/p>\n\n\n\n \u00c0 ces paroles, les l\u00e8vres du surhomme s\u2019entrouvrirent malgr\u00e9 lui ; les deux yeux per\u00e7ants s\u2019approch\u00e8rent tout pr\u00e8s de son visage, et il sentit comme un flot glac\u00e9 et blessant le p\u00e9n\u00e9trer jusqu\u2019\u00e0 emplir tout son \u00eatre. Aussit\u00f4t, il \u00e9prouva une vigueur, une vaillance, une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et une jouissance inusit\u00e9es. \u00c0 l\u2019instant m\u00eame et tout soudain, la forme lumineuse et les deux yeux disparurent, tandis que quelque chose soulevait notre surhomme au-dessus du sol pour le red\u00e9poser imm\u00e9diatement dans le jardin, devant la porte de sa maison.<\/p>\n\n\n\n Le lendemain, non seulement les visiteurs du grand homme, mais m\u00eame ses domestiques furent frapp\u00e9s de son apparence singuli\u00e8re et comme inspir\u00e9e. Ils auraient \u00e9t\u00e9 bien plus \u00e9tonn\u00e9s encore s\u2019ils avaient pu voir avec quelle rapidit\u00e9 et quelle aisance surnaturelles, il r\u00e9digea, enferm\u00e9 dans son cabinet, son fameux ouvrage intitul\u00e9 : La Voie ouverte vers la paix et la prosp\u00e9rit\u00e9 universelles.<\/em><\/p>\n\n\n\n Les livres ant\u00e9rieurs et l\u2019activit\u00e9 sociale du surhomme avaient rencontr\u00e9 des critiques s\u00e9v\u00e8res. Mais, pour la plupart, elle venait d\u2019hommes tout particuli\u00e8rement religieux, donc elles \u00e9taient d\u00e9pourvues d\u2019autorit\u00e9. Je parle du temps de l\u2019Ant\u00e9christ !<\/p>\n\n\n\n Selon Thiel, suivant peut-\u00eatre Soloviev, l\u2019Ant\u00e9christ viendra en un temps o\u00f9 plus personne ne se souciera de l\u2019Ant\u00e9christ.<\/p>\n\n\n\n Bref, on \u00e9couta peu ces hommes lorsqu\u2019ils mettaient au jour dans tous les \u00e9crits et dans toutes les paroles du surhomme les signes d\u2019un amour-propre exclusif et d\u2019une pr\u00e9somption tendue \u00e0 l\u2019extr\u00eame, l\u2019absence de vraie simplicit\u00e9, de vraie droiture et de c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n Mais, par ce nouvel ouvrage, le voil\u00e0 capable d\u2019attirer \u00e0 lui un certain nombre de ses critiques et de ses adversaires d\u2019hier. Ce livre, \u00e9crit apr\u00e8s l\u2019\u00e9pisode du pr\u00e9cipice, r\u00e9v\u00e8lera en lui une puissance de g\u00e9nie jusque-l\u00e0 inconnue. Ce sera une \u0153uvre totale o\u00f9 toutes les contradictions seront r\u00e9concili\u00e9es. On y verra unis un noble respect des traditions et des symboles antiques avec un large et audacieux radicalisme en mati\u00e8re politique et sociale, une libert\u00e9 de pens\u00e9e sans borne avec une tr\u00e8s profonde compr\u00e9hension de tout ce qui est mystique, un individualisme absolu joint \u00e0 une ardente d\u00e9votion pour le bien commun, l\u2019id\u00e9alisme le plus \u00e9lev\u00e9 quant aux principes directeurs associ\u00e9 au pragmatisme le plus efficace et le plus pr\u00e9cis quant aux d\u00e9cisions quotidiennes. Et tout cela sera uni et li\u00e9 par un art si g\u00e9nial que tout penseur ou homme d\u2019action unilat\u00e9ral pourra ais\u00e9ment embrasser l\u2019ensemble \u00e0 partir de son propre point de vue, sans rien avoir \u00e0 sacrifier pour la v\u00e9rit\u00e9<\/em> elle-m\u00eame, sans s\u2019\u00e9lever r\u00e9ellement au-dessus de son propre moi, <\/em>sans en fait <\/em>renoncer en rien \u00e0 son unilat\u00e9ralit\u00e9, sans corriger l\u2019erreur de ses opinions et de ses aspirations, ni combler leur insuffisance.<\/p>\n\n\n\n Bien qu\u2019il soit ici caricatur\u00e9, Urs von Balthasar, grand th\u00e9ologien catholique, voyait dans cet art d\u2019\u00e9crire la marque du talent de Soloviev : \u00ab Il y a [chez Soloviev] le m\u00eame mouvement universel de pens\u00e9e que chez Hegel, mais, au lieu de la \u2018dialectique\u2019 protestante qui, en d\u00e9passant sans cesse toute forme finie, aboutit \u00e0 l\u2019Esprit absolu, on trouve chez Soloviev, comme figure fondamentale de pens\u00e9e, l\u2019int\u00e9gration <\/em>catholique de tous les points de vue partiels, de toutes les formes partielles de r\u00e9alisation, en une Totalit\u00e9 organique, qui op\u00e8re la synth\u00e8se en conservant beaucoup plus que Hegel et qui pose l’incarnation de Dieu comme le centre permanent, le foyer d\u2019organisation permanent du monde et de son rapport \u00e0 Dieu [\u2026]. L\u2019art de Soloviev et sa technique de l\u2019int\u00e9gration de toute v\u00e9rit\u00e9 partielle permettent peut-\u00eatre de voir en lui, dans l\u2019histoire de la pens\u00e9e, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de saint Thomas d\u2019Aquin, le plus grand artiste de l\u2019ordre et de l\u2019organisation. Il n\u2019est pas un syst\u00e8me qui ne fournisse une pierre essentielle \u00e0 son \u00e9difice, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9pouill\u00e9 et vid\u00e9 du poison de ses n\u00e9gations. Il y parvient avec aisance, m\u00eame pour des mouvements de pens\u00e9e tout \u00e0 fait antichr\u00e9tiens, comme la gnose ancienne et le mat\u00e9rialisme moderne ; sa puissance d\u2019int\u00e9gration est si grande que, dans l\u2019\u00e9difice achev\u00e9, il n\u2019y a pas de trace de compilation ou d\u2019\u00e9clectisme, de m\u00eame que, par l\u2019art du compositeur et du chef d\u2019orchestre, tous les instruments expriment l\u2019harmonie en vue de laquelle, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019id\u00e9e qui y a pr\u00e9sid\u00e9, ils avaient d\u2019abord \u00e9t\u00e9 distingu\u00e9s. \u00bb <\/span>25<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n Ce livre \u00e9tonnant est imm\u00e9diatement traduit dans les langues de tous les peuples cultiv\u00e9s et m\u00eame de quelques nations incultes. Partout dans le monde, pendant une ann\u00e9e enti\u00e8re, la publicit\u00e9 pour le livre inondera des milliers de journaux qui seront \u00e9galement remplis de critiques enthousiastes. Des \u00e9ditions bon march\u00e9, avec portraits de l\u2019auteur, se vendront par millions d\u2019exemplaires, et tout le monde civilis\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire, \u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0, presque tout le globe, sera rempli de la gloire de cet individu incomparable, sublime, unique !<\/p>\n\n\n\n Passage tout \u00e0 fait significatif : le monde devient la \u00ab gloire \u00bb de l\u2019Ant\u00e9christ. L\u00e0 encore, par rapport au th\u00e8me cher \u00e0 Soloviev de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 dans l\u2019amour, on a affaire \u00e0 un d\u00e9tournement particuli\u00e8rement sinistre. Ici, il n\u2019est pas question d\u2019amour, mais de reconnaissance (unilat\u00e9rale). Le monde est utilis\u00e9 comme r\u00e9ceptacle ou comme support de soi-m\u00eame, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il n\u2019est que l\u2019occasion pour \u00e9clater en lui. La gloire est alors la manifestation de soi-m\u00eame sur l\u2019autre. Et l\u2019on peut dire que le monde prend les couleurs de l\u2019Ant\u00e9christ.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Nul n\u2019opposera rien \u00e0 ce livre. C\u2019est pour tous la r\u00e9v\u00e9lation de la v\u00e9rit\u00e9 totale. Le pass\u00e9 entier y est estim\u00e9 avec une telle \u00e9quit\u00e9, le pr\u00e9sent entier y est \u00e9valu\u00e9 avec tant d\u2019impartialit\u00e9 et une telle ampleur, l\u2019avenir le meilleur enfin y est si bien, si tangiblement et si concr\u00e8tement rapproch\u00e9 du pr\u00e9sent, que chacun dira : \u00ab Voil\u00e0 ce qu\u2019il nous faut ; voil\u00e0 l\u2019id\u00e9al qui n\u2019est pas une utopie ; voil\u00e0 le dessein qui n\u2019est pas une chim\u00e8re. \u00bb Et l\u2019\u00e9crivain prodigieux ne se contentera pas d\u2019emporter tout le monde, il sera encore agr\u00e9able<\/em> \u00e0 chacun, de sorte que s\u2019accomplit la parole du Christ :<\/p>\n\n\n\n \u00ab Je suis venu au nom de mon p\u00e8re et vous ne m\u2019accueillez pas, un autre <\/em>viendra en son <\/em>propre nom et celui-l\u00e0 vous l\u2019accueillerez \u00bb. <\/em>Car, pour \u00eatre agr\u00e9\u00e9, <\/em>il faut \u00eatre agr\u00e9able.<\/em><\/p>\n\n\n\n Certes, quelques hommes pieux, tout en louant chaleureusement ce livre, se demanderont la raison pour laquelle le Christ n\u2019y est pas mentionn\u00e9 une seule fois. Mais d\u2019autres chr\u00e9tiens r\u00e9torqueront : \u00ab Dieu en soit lou\u00e9 ! durant les si\u00e8cles pass\u00e9s, tout ce qui est saint a \u00e9t\u00e9 assez galvaud\u00e9 par des z\u00e9lateurs sans vocation ; aujourd\u2019hui, un \u00e9crivain profond\u00e9ment religieux doit faire preuve de la plus grande circonspection. Et si le contenu de ce livre est v\u00e9ritablement p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 par l\u2019esprit chr\u00e9tien d\u2019amour actif et de bienveillance universelle, que vous faut-il de plus ? \u00bb Et tous en conviendront. <\/p>\n\n\n\n Peu de temps apr\u00e8s l\u2019apparition de la Voie universelle<\/em>, ouvrage qui fit de son auteur le plus populaire de tous les hommes \u00e0 \u00eatre jamais n\u00e9s, l\u2019assembl\u00e9e constituante internationale de l\u2019Union des \u00c9tats europ\u00e9ens devait avoir lieu \u00e0 Berlin. Fix\u00e9e apr\u00e8s la s\u00e9rie des guerres ext\u00e9rieures et civiles li\u00e9es \u00e0 la lib\u00e9ration de l\u2019Europe hors du joug mongol (ayant sensiblement remani\u00e9 la carte de l\u2019Europe), l\u2019Union se trouvait menac\u00e9e par le conflit non plus des nations, mais des partis politiques et sociaux. Les dirigeants de la politique europ\u00e9enne, appartenant \u00e0 la puissante confr\u00e9rie des franc-ma\u00e7ons, sentaient que le pouvoir ex\u00e9cutif commun leur faisait d\u00e9faut. L\u2019unit\u00e9 europ\u00e9enne, obtenue apr\u00e8s avec tant de peine, \u00e9tait pr\u00eate \u00e0 chaque minute pr\u00eate \u00e0 se disloquer. Au conseil de l\u2019union (le Comit\u00e9 permanent universel<\/em> <\/span>26<\/sup><\/a><\/span><\/span>), l\u2019unanimit\u00e9 faisait d\u00e9faut, car tous les si\u00e8ges n\u2019avaient pas pu \u00eatre occup\u00e9s par de v\u00e9ritables initi\u00e9s. Des membres ind\u00e9pendants concluaient entre eux des accords s\u00e9par\u00e9s, et la menace d\u2019une nouvelle guerre se pr\u00e9cisait.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Alors les \u00ab initi\u00e9s \u00bb d\u00e9cid\u00e8rent d\u2019instituer un pouvoir ex\u00e9cutif unique dot\u00e9 des pouvoirs n\u00e9cessaires. Le principal candidat fut un membre non d\u00e9clar\u00e9 de leur ordre : \u00ab l\u2019homme \u00e0 venir \u00bb. C\u2019\u00e9tait la seule personne \u00e0 jouir d\u2019une renomm\u00e9e v\u00e9ritablement mondiale. Savant-artilleur de profession et grand capitaliste de fortune, il entretenait partout des relations \u00e9troites avec les milieux financiers et militaires. En d\u2019autres temps, moins \u00e9clair\u00e9s, auraient t\u00e9moign\u00e9 contre lui ses origines, \u00e0 savoir d\u2019\u00eatre recouvertes par les \u00e9paisses t\u00e9n\u00e8bres de l\u2019incertitude. Sa m\u00e8re, femme aux m\u0153urs libres, \u00e9tait connue des deux h\u00e9misph\u00e8res, mais trop d\u2019hommes diff\u00e9rents pouvaient pr\u00e9tendre \u00eatre son p\u00e8re. Il va de soi que ces circonstances ne sauraient rien signifier en un si\u00e8cle si avanc\u00e9 qu\u2019il se devait d\u2019\u00eatre le dernier. L\u2019homme \u00e0 venir fut \u00e9lu presque unanimement comme pr\u00e9sident \u00e0 vie des \u00c9tats-Unis d\u2019Europe. <\/p>\n\n\n\n Or, quand il parut \u00e0 la tribune dans tout l\u2019\u00e9clat surnaturel de sa jeunesse, de sa beaut\u00e9 et de sa force, et qu\u2019il eut expos\u00e9 avec une \u00e9loquence inspir\u00e9e son programme universel, l\u2019assembl\u00e9e ravie et enthousiasm\u00e9e d\u00e9cida, sans voter, de lui accorder comme honneur supr\u00eame le titre d\u2019empereur romain. Le congr\u00e8s se cl\u00f4tura au milieu de la liesse g\u00e9n\u00e9rale. Alors, le grand \u00e9lu fit un manifeste qui commen\u00e7ait ainsi : \u00ab Peuples de la Terre ! C\u2019est une paix mienne que je vous donne ! \u00bb et qui s\u2019achevait par ces mots : \u00ab Peuples de la terre ! Les promesses sont accomplies ! La paix universelle et \u00e9ternelle est assur\u00e9e. Toute tentative visant \u00e0 la renverser rencontrera imm\u00e9diatement une invincible r\u00e9sistance. Car, \u00e0 pr\u00e9sent, existe sur terre une puissance centrale plus forte que toutes les autres, s\u00e9par\u00e9ment ou conjointes. Cette invincible puissance, sup\u00e9rieure \u00e0 toutes les autres, m\u2019appartient \u00e0 moi, l\u2019\u00e9lu pl\u00e9nipotentiaire de l\u2019Europe, empereur de toutes les forces europ\u00e9ennes. \u00bb<\/p>\n\n\n\n On se rappellera que ces propos sont \u00e9crits par un Russe : ils ne vont pas du tout de soi pour son lectorat et ne peuvent \u00eatre accept\u00e9s sans quelques grincements de dents \u2014 apr\u00e8s la mort de Soloviev, le mouvement eurasiste accentua m\u00eame un fort rejet de l\u2019europ\u00e9anisation de la Russie.<\/p>\n\n\n\n La pacification de l\u2019Ant\u00e9christ, est aussi une n\u00e9gation de toutes les civilisations et de leur diff\u00e9rence au profit d\u2019une Europe toute puissante (et \u00e9crasante), repr\u00e9sentant l\u2019alpha et l’om\u00e9ga de l\u2019Histoire. Plus haut dans les Trois Entretiens<\/em>, le personnage \u00ab politique \u00bb avait pr\u00e9sent\u00e9 cette th\u00e8se de fa\u00e7on si claire et extr\u00eame qu\u2019elle en devenait caricaturale et quelque peu sinistre pour les autres <\/em>cultures (que l\u2019on remplace les termes \u00ab Europe \u00bb et \u00ab europ\u00e9en \u00bb par ceux d\u2019\u00ab Am\u00e9rique \u00bb et \u00ab am\u00e9ricain \u00bb, et l\u2019on sentira peut-\u00eatre la brutalit\u00e9 de cette th\u00e8se) : \u00ab Partout maintenant s\u2019annonce l\u2019\u00e8re de la paix et de la diffusion pacifique de la civilisation europ\u00e9enne. Tous doivent devenir europ\u00e9ens. La notion d\u2019Europ\u00e9en doit co\u00efncider avec celle d\u2019homme, et la notion de monde civilis\u00e9 europ\u00e9en avec celle d\u2019humanit\u00e9. C\u2019est l\u00e0 la signification de l\u2019Histoire. Il\u00a0 n\u2019y eut d\u2019abord que des Europ\u00e9ens grecs, puis des Europ\u00e9ens romains, puis apparurent tous les autres, d\u2019abord en Occident, puis en Orient aussi ; apparurent les Europ\u00e9ens russes et, outre-mer, les Europ\u00e9ens am\u00e9ricains. Maintenant, c\u2019est au tour des Europ\u00e9ens turcs, persans, indiens, japonais, et peut-\u00eatre m\u00eame chinois. \u00bb <\/span>27<\/sup><\/a><\/span><\/span> Aux Russes, le personnage ne conc\u00e8de \u00ab qu\u2019un s\u00e9diment asiatique au fond de l\u2019\u00e2me \u00bb.<\/p>\n\n\n\n \u00ab Le droit international dispose enfin de la sanction qui lui manquait. D\u00e9sormais aucun \u00c9tat n\u2019osera dire : \u2018Guerre !\u2019, lorsque je dis : \u2018Paix\u2019. Peuples de la terre, la paix est \u00e0 vous \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Ce manifeste produisit l\u2019effet d\u00e9sir\u00e9. Partout hors d\u2019Europe, notamment en Am\u00e9rique, se form\u00e8rent de puissants partis imp\u00e9rialistes qui contraignirent leurs \u00c9tats \u00e0 rejoindre, \u00e0 diverses conditions, les \u00c9tats-Unis d\u2019Europe sous l\u2019autorit\u00e9 supr\u00eame de l\u2019empereur romain. Il restait encore quelques tribus et quelques royaumes ind\u00e9pendants dans certaines r\u00e9gions d\u2019Asie et d\u2019Afrique. L\u2019empereur, avec une arm\u00e9e r\u00e9duite, mais d\u2019\u00e9lite \u2014 compos\u00e9e de r\u00e9giments russes, allemands, polonais, hongrois et turcs \u2014 entreprit une sorte d\u2019excursion militaire depuis l\u2019Asie orientale jusqu\u2019au Maroc, et, sans grande effusion de sang, soumit tous les rebelles. Dans tous les pays des deux continents, il installa comme gouverneurs des princes indig\u00e8nes, form\u00e9s \u00e0 l\u2019europ\u00e9enne, et d\u00e9vou\u00e9s \u00e0 sa personne. Dans tous les pays pa\u00efens, les populations frapp\u00e9es et fascin\u00e9es le proclam\u00e8rent dieu supr\u00eame. En une seule ann\u00e9e, la monarchie universelle, au sens propre et pr\u00e9cis du terme, est fond\u00e9e. Les germes de la guerre sont arrach\u00e9s jusqu\u2019aux racines. La ligue universelle de la paix se r\u00e9unit une derni\u00e8re fois et, apr\u00e8s avoir prononc\u00e9 un pan\u00e9gyrique triomphal au grand pacificateur, se dissout devenue inutile.<\/p>\n\n\n\n Pour la nouvelle ann\u00e9e de son r\u00e8gne, l\u2019empereur romain de tout le globe publia un autre manifeste. \u00ab Peuples de la Terre ! je vous ai promis la paix et je vous l\u2019ai donn\u00e9e. Mais la paix n\u2019est belle que dans la prosp\u00e9rit\u00e9. Celui que la paix laisse menac\u00e9 par la mis\u00e8re n\u2019y trouve aucune joie. Venez donc \u00e0 moi, vous tous qui avez faim, qui avez froid, afin que je vous nourrisse et vous r\u00e9chauffe. \u00bb Il accomplit alors la r\u00e9forme sociale simple et globale, d\u00e9j\u00e0 esquiss\u00e9e dans son livre, et qui avait s\u00e9duit tous les esprits g\u00e9n\u00e9reux et s\u00e9rieux. Gr\u00e2ce \u00e0 la concentration entre ses mains des finances du monde entier et de colossales propri\u00e9t\u00e9s fonci\u00e8res, il put r\u00e9aliser la r\u00e9forme selon le d\u00e9sir des pauvres et sans l\u00e9ser sensiblement les riches. Chacun re\u00e7ut selon ses capacit\u00e9s, et chaque capacit\u00e9 selon son travail et ses m\u00e9rites.<\/p>\n\n\n\n Le nouveau ma\u00eetre de la terre \u00e9tait avant tout un philanthrope compatissant, qui \u00e9tait non seulement l\u2019ami des hommes, mais aussi l\u2019ami La Vengeance contre la bont\u00e9 de Dieu<\/h2>\n\n\n\n
La paix de l\u2019Ant\u00e9christ<\/h2>\n\n\n\n