{"id":324443,"date":"2026-03-29T06:00:00","date_gmt":"2026-03-29T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=324443"},"modified":"2026-03-29T01:06:53","modified_gmt":"2026-03-29T00:06:53","slug":"colette-chantal-thomas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/03\/29\/colette-chantal-thomas\/","title":{"rendered":"\u00ab Dans le monde et dans les pages \u00bb : relire Colette avec Chantal Thomas"},"content":{"rendered":"\n
Il y a deux c\u00f4t\u00e9s, chez l\u2019\u00e9crivaine et acad\u00e9micienne Chantal Thomas, n\u00e9e en 1945 : Arcachon (Gironde) o\u00f9 elle a grandi et Nice (Alpes-Maritimes), o\u00f9 elle r\u00e9side une partie de l\u2019ann\u00e9e en alternance avec Paris. Elle a quitt\u00e9 le Sud-Ouest, Arcachon, son bassin et l\u2019oc\u00e9an apr\u00e8s que sa m\u00e8re, Jackie, n\u00e9e en 1919, a d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019installer \u00e0 Nice. L\u2019histoire de cette femme dont Chantal Thomas dressait d\u00e9j\u00e0 le portrait dans <\/em>Souvenirs de la mar\u00e9e basse (Seuil, 2017) termine la s\u00e9rie de six portraits, cet \u00ab \u00e9ventail de destins f\u00e9minins \u00bb qui constitue <\/em>Femmes sur fond azur tout juste publi\u00e9, au Seuil. La trajectoire de Jackie, d\u00e9crite en une vingtaine de pages, est extraordinaire par sa concision, par la dr\u00f4lerie qui s\u2019en d\u00e9gage et par son intelligence tendre et aimante.<\/em><\/p>\n\n\n\n Jackie, remuante, toujours insatisfaite lorsqu\u2019elle habitait Arcachon et qu\u2019elle \u00e9tait mari\u00e9e, avait fait une grave d\u00e9pression qui l\u2019avait conduite \u00e0 \u00eatre hospitalis\u00e9e \u00e0 Bordeaux. \u00c0 cette m\u00e8re qui avait souvent \u00ab les nerfs en pelote \u00bb manquait la patience n\u00e9cessaire aux \u00ab activit\u00e9s qui exigent la dur\u00e9e et une attention aux d\u00e9tails \u00bb, note Chantal Thomas. L\u2019une de ces activit\u00e9s est l\u2019\u00e9criture. <\/em><\/p>\n\n\n\n Sp\u00e9cialiste de Sade et de Casanova, autrice des <\/em>Adieux \u00e0 la reine (Seuil, 2002), roman r\u00e9compens\u00e9 du Prix Femina, adapt\u00e9 au cin\u00e9ma par Beno\u00eet Jacquot en 2013, et qui mettait en sc\u00e8ne Marie-Antoinette, Chantal Thomas quitte le XVIIIe si\u00e8cle pour les XIXe et XXe si\u00e8cles dans <\/em>Femmes sur fond azur. Selon un ordre chronologique, elle y dresse les portraits, outre de sa m\u00e8re, de la cantatrice Sophie Cruvelli (1826-1907), de la reine Victoria (1819-1901), de la diariste et peintre Marie Bashkirtseff (1858-1884), et des \u00e9crivaines Katherine Mansfield (1888-1923) et Colette (1873-1954) dans leurs liens \u00e0 la C\u00f4te d\u2019Azur. Ces femmes ont en commun d\u2019avoir conquis ou essay\u00e9, en tenant un journal intime par exemple, de conqu\u00e9rir leur libert\u00e9, valeur cardinale pour Chantal Thomas ; le soleil du Sud les y a aid\u00e9es, et les a envelopp\u00e9es. <\/em><\/p>\n\n\n\n Un autre livre de Chantal Thomas para\u00eet directement en poche : <\/em>Inventer sa chambre \u00e0 soi (Rivages). Chantal Thomas y raconte, tout en y mettant d\u2019elle-m\u00eame, de quelles mani\u00e8res trois femmes, Virginia Woolf, Colette et Patti Smith, ont conquis un \u00ab espace en soi \u00bb afin de vivre leur vie selon leur v\u00e9rit\u00e9. <\/em><\/p>\n\n\n\n Dans l\u2019introduction, l\u2019Acad\u00e9micienne et ancienne \u00e9l\u00e8ve de Roland Barthes \u00e9crit qu\u2019\u00e0 dix-neuf ou vingt ans, elle avait \u00ab seulement cette r\u00e9solution : je fuirai tout ce qui, parfois sous des apparences s\u00e9duisantes, m\u2019engagera \u00e0 me lester d\u2019obligations, de devoirs, de responsabilit\u00e9s. Mariages, enfants, divorces, pensions alimentaires et proc\u00e8s divers n\u2019entreront pas dans mon horizon. Je me contenterai de supporter ma libert\u00e9. \u00bb <\/em><\/p>\n\n\n\n C\u2019est sur la petite v\u00e9randa de son appartement parisien situ\u00e9 pr\u00e8s des Buttes Chaumont que Chantal Thomas, \u00e0 laquelle l\u2019humour est familier \u2014 un humour assez pince-sans-rire \u2014 nous re\u00e7oit. <\/em><\/p>\n\n\n\n Entretien. <\/em><\/p>\n\n\n\n En juillet 2024, le directeur du Monde des livres<\/em>, Jean Birnbaum, m\u2019a propos\u00e9 de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 une s\u00e9rie d\u2019\u00e9t\u00e9 en cinq \u00e9pisodes en me laissant une enti\u00e8re libert\u00e9. <\/p>\n\n\n\n Il y avait alors une exposition intitul\u00e9e \u00ab Berthe Morisot \u00e0 Nice \u00bb au Mus\u00e9e des Beaux-Arts Jules Ch\u00e9ret de Nice. Je suis all\u00e9e la voir, toujours impressionn\u00e9e par l\u2019extr\u00eame beaut\u00e9 de ce lieu. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 saisie par un autoportrait d\u2019une autre peintre, Marie Bashkirtseff. Ce tableau est expos\u00e9 au mus\u00e9e de fa\u00e7on permanente. <\/p>\n\n\n\n Lorsque je r\u00e9side \u00e0 Nice, j\u2019habite sur le parc Vigier et je pense souvent \u00e0 Sophie Cruvelli, vicomtesse Vigier, cantatrice indocile et fougueuse qui habitait l\u00e0, dans un palais de type v\u00e9nitien \u2014 et tout de suite m\u2019est venue l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9crire sur plusieurs femmes li\u00e9es \u00e0 la C\u00f4te d\u2019Azur, des femmes qui m\u00e8nent les unes aux autres. <\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s l\u2019\u00e9criture de ces cinq articles, qui devaient tenir sur une demi-page, j\u2019\u00e9tais frustr\u00e9e de ne pas en dire davantage parce que j\u2019en avais appris beaucoup sur elles. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de prolonger ces portraits et d\u2019y ajouter celui de Marie Bashkirtseff. <\/p>\n\n\n\n Elle s\u2019imposait. <\/p>\n\n\n\n Elle se trouvait presque au c\u0153ur de la ville de Nice dans sa splendeur Belle \u00c9poque et dans son tragique. <\/p>\n\n\n\n Plus je m\u2019avan\u00e7ais dans la vie de ces femmes, plus je prenais conscience qu\u2019il ne fallait pas \u00e9crire seulement sur ce que Nice, Saint-Tropez ou Menton avaient repr\u00e9sent\u00e9 pour elles, mais sur les fa\u00e7ons dont elles avaient combin\u00e9 leurs existences \u00e0 ces lieux. Et plus j\u2019avan\u00e7ais, plus je distinguais des liens entre elles. <\/p>\n\n\n\n Oui, Katherine Mansfield, qui est venue \u00e0 Menton en esp\u00e9rant gu\u00e9rir de la tuberculose. Elle refusait d\u2019aller dans un sanatorium. Elle est morte \u00e0 34 ans. <\/p>\n\n\n\n Pour moi, ce fut une d\u00e9couverte. Je connaissais ses nouvelles mais j\u2019en savais tr\u00e8s peu sur sa vie. J\u2019ignorais des choses tr\u00e8s connues.<\/p>\n\n\n\n Qu\u2019elle \u00e9tait n\u00e9e \u00e0 Wellington, en Nouvelle-Z\u00e9lande, alors colonie de l\u2019Empire britannique, et qu\u2019elle avait choisi de s\u2019exiler en Angleterre o\u00f9 elle \u00e9tait une \u00e9trang\u00e8re ; qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement inspir\u00e9e par Marie Bashkirsteff dans sa revendication d\u2019une libert\u00e9 ouverte et franche : je veux pouvoir sortir seule, je veux pouvoir admirer un tableau sans un chaperon \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s, je veux traverser le jardin du Luxembourg toute seule. <\/p>\n\n\n\n Ce sont des revendications pour nous assez bouleversantes parce qu\u2019on comprend qu\u2019elles \u00e9taient litt\u00e9ralement impossibles \u00e0 r\u00e9aliser \u00e0 l\u2019\u00e9poque. <\/p>\n\n\n\n C\u2019est \u00e0 l\u2019adolescence que Katherine Mansfield se prend de passion pour Marie Bashkirtseff, puis, quand elle devient femme, son mod\u00e8le est Colette. Je ne connaissais pas son journal intime qui est une splendeur litt\u00e9raire, ni sa correspondance. <\/p>\n\n\n\n Ils m\u2019ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la beaut\u00e9 d\u2019un style rare, une sensibilit\u00e9 \u00e0 fleur de peau, et une dr\u00f4lerie. <\/p>\n\n\n\n Je me suis identifi\u00e9e \u00e0 son destin. <\/p>\n\n\n\n Toutes les imprudences qu\u2019elle a commises, \u00e0 Londres, en adoptant un comportement d\u2019une libert\u00e9 plut\u00f4t r\u00e9serv\u00e9e aux hommes \u00e0 l\u2019\u00e9poque, auraient pu la tuer. Katherine Mansfield a fait tr\u00e8s jeune une fausse couche, elle a subi une ovariectomie \u00e0 la suite d\u2019une p\u00e9ritonite, elle a contract\u00e9 une maladie v\u00e9n\u00e9rienne puis elle a eu la tuberculose. <\/p>\n\n\n\n Or j\u2019ai \u00e9t\u00e9 imprudente, moi aussi, mais j\u2019ai eu la chance de vivre \u00e0 mon \u00e9poque. Je sais que c\u2019est un temps tr\u00e8s critiquable et qu\u2019il reste beaucoup de choses \u00e0 am\u00e9liorer, mais j\u2019ai pu profiter d\u2019une grande libert\u00e9 sans occasionner de grands d\u00e9g\u00e2ts. <\/p>\n\n\n\n De cette profusion, en effet, le livre que j\u2019ai retenu et que j\u2019ai trouv\u00e9 splendide est celui de Jakuta Alikavazovic, Au grand jamais<\/em> (Gallimard, 2025). Elle entretient un myst\u00e8re autour de sa m\u00e8re. Cette femme demeure un individu \u00e0 part enti\u00e8re, une h\u00e9ro\u00efne du secret, qui n\u2019entre pas dans un ordre familial, qui n\u2019essaie pas d\u2019arrondir les angles. <\/p>\n\n\n\n C\u2019est le portrait d\u2019une jeune rebelle. Je trouve que Jakuta Alikavazovic est une grande \u00e9crivaine. <\/p>\n\n\n\n J\u2019ai aussi trouv\u00e9 formidable le livre d\u2019Emmanuel Carr\u00e8re, Kolkhoze<\/em><\/a> (P.O.L., 2025). Il m\u2019a fascin\u00e9e parce que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9e par sa m\u00e8re, H\u00e9l\u00e8ne Carr\u00e8re d\u2019Encausse. Je suis entr\u00e9e \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise presque uniquement parce qu\u2019elle m\u2019avait plu. <\/p>\n\n\n\n Un jour nous avons pris un taxi ensemble et nous avons parl\u00e9 du bonheur : elle m\u2019en a parl\u00e9 avec une franchise incroyable. Cette femme avait quelque chose d\u2019\u00e9lectrisant, m\u00eame si j\u2019\u00e9tais en d\u00e9saccord avec elle sur presque tout. Elle irradiait. <\/p>\n\n\n\n Comme on le voit dans Kolkhoze<\/em>, elle avait une volont\u00e9 presque surhumaine. Elle a \u00e9pous\u00e9 ce Fran\u00e7ais de la bourgeoisie bordelaise, le p\u00e8re d\u2019Emmanuel Carr\u00e8re, alors qu\u2019elle \u00e9tait prise par une angoisse de ne pas \u00eatre reconnue comme fran\u00e7aise. Tout ce qu\u2019\u00e9crit Emmanuel Carr\u00e8re s\u2019imprime en nous. Je ne sais pas comment il fait mais tous ses livres sont implacables.<\/p>\n\n\n\n Ce n\u2019\u00e9tait pas exactement de l\u2019indiff\u00e9rence. <\/p>\n\n\n\n Elle \u00e9tait tr\u00e8s enfantine et tr\u00e8s reli\u00e9e \u00e0 sa propre m\u00e8re. Elle \u00e9tait, elle, la fille, l\u2019enfant, et dans ces cas-l\u00e0, il ne peut pas y avoir un autre enfant. <\/p>\n\n\n\n Je sentais vraiment son amour mais c\u2019\u00e9tait une forme d\u2019amour sur lauqelle je ne pouvais pas compter pour \u00eatre aid\u00e9e. C\u2019\u00e9tait un amour assez explicite mais qui disait aussi : \u00ab Je suis occup\u00e9e par l\u2019amour pour ma m\u00e8re, donc tu ne peux pas me demander un soutien \u00bb. Elle \u00e9tait indisponible. L\u2019indiff\u00e9rence, c\u2019est autre chose et je crois que \u00e7a fait beaucoup de peine.<\/p>\n\n\n\n J’ai \u00e9t\u00e9 imprudente, moi aussi, mais j\u2019ai eu la chance de vivre \u00e0 mon \u00e9poque. <\/p>Chantal Thomas<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Oui \u2014 et m\u00eame pire qu\u2019indiff\u00e9rente. Je pense qu\u2019il y avait des zones de vraie hostilit\u00e9, chez Colette envers sa fille. Leur correspondance est d\u2019une vraie m\u00e9chancet\u00e9. <\/p>\n\n\n\n La petite fille est en pension et r\u00e9clame que sa m\u00e8re vienne. La m\u00e8re non seulement ne vient pas, mais elle r\u00e9pond tr\u00e8s durement. Quand l\u2019enfant est en \u00e9chec scolaire, Colette lui dit en quelque sorte : \u00ab Pensez \u00e0 moi et \u00e0 votre p\u00e8re, vous ne pouvez pas nous faire \u00e7a. \u00bb Quand sa fille a 25 ans, elle souhaite devenir journaliste et sa m\u00e8re la casse. <\/p>\n\n\n\n En l\u2019appelant Colette, elle ne lui laisse aucune marge d\u2019existence. Le pire de tout, je crois, est qu\u2019elle veut se faire aimer de sa fille, alors elle n\u2019est pas compl\u00e8tement odieuse. Elle la retient, et ce jusqu\u2019apr\u00e8s sa mort, puisque sa fille s\u2019occupera de l\u2019h\u00e9ritage de sa m\u00e8re apr\u00e8s sa mort. La fille a \u00e9t\u00e9 litt\u00e9ralement d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9e par sa m\u00e8re, mais elle a un d\u00e9sir d\u2019amour qui va au-del\u00e0 de la tombe.<\/p>\n\n\n\n Non. D\u2019abord parce que pendant longtemps, j\u2019ignorais tout de sa relation \u00e0 sa fille. <\/p>\n\n\n\n Je pensais, comme ma m\u00e8re, d\u2019ailleurs, uniquement \u00e0 la relation de Colette \u00e0 sa propre m\u00e8re, qui l\u2019adorait. C\u2019est une relation passionnante et tr\u00e8s ambivalente de la part de Colette. <\/p>\n\n\n\n En revanche, Sido, la m\u00e8re de Colette, \u00e9tait enti\u00e8re. Colette voulait avant tout exister. Plus je lis Colette, plus je comprends qu\u2019elle adorait sa m\u00e8re, qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9e par le rapport \u00e0 la nature et le non-conformisme de sa m\u00e8re. Mais il fallait qu\u2019elle \u00e9chappe \u00e0 sa famille ; or elle n\u2019avait pas de dot. <\/p>\n\n\n\n Elle risquait de demeurer \u00e0 vie dans cette campagne, non mari\u00e9e, aupr\u00e8s de sa m\u00e8re. Cela aurait \u00e9t\u00e9 la mort, pour Colette. Alors elle a \u00e9pous\u00e9 Willy, \u00e0 20 ans. La demi-s\u0153ur de Colette fut pour elle un exemple tragique : cette femme n\u2019avait aucune chance de se marier. Elle se marie finalement avec un docteur qui habite \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de chez elle, elle rompt avec Sido et quelques ann\u00e9es plus tard elle se suicide. <\/p>\n\n\n\n Colette est extraordinairement dou\u00e9e pour donner l\u2019impression qu\u2019elle raconte vraiment son existence, pour nous mettre au plus pr\u00e8s de ce qu\u2019elle vit, de chacune de ses exp\u00e9riences, et en m\u00eame temps, pour faire un choix habile d\u2019\u00e9v\u00e9nements qu\u2019elle enfouit \u2014 comme le suicide de cette demi-s\u0153ur, par exemple. <\/p>\n\n\n\n C\u2019est un drame \u00e9norme de grandir aupr\u00e8s de quelqu\u2019un qui va se suicider. Elle reste muette aussi sur sa relation avec son p\u00e8re, et elle enjolive sa relation avec sa fille. Vous vous rendez compte, elle donne \u00e0 sa fille un surnom que sa m\u00e8re, Sido, lui avait donn\u00e9, Bel-Gazou ! Elle lui donne le m\u00eame pr\u00e9nom et le m\u00eame surnom. C\u2019est retors.<\/p>\n\n\n\n Colette voulait avant tout exister. <\/p>Chantal Thomas<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n \u00c0 peu pr\u00e8s. <\/p>\n\n\n\n Savoir comment elles ont v\u00e9cu cette parenth\u00e8se de bonheur, de bien-\u00eatre ou de mieux-\u00eatre sur la C\u00f4te d\u2019Azur est pris dans une constellation d\u2019autres questions.<\/p>\n\n\n\n Aimaient-elles leur m\u00e8re ? Quel rapport avaient-elles \u00e0 l\u2019argent ? <\/p>\n\n\n\n Je travaillais en m\u00eame temps sur cet autre livre, Inventer sa chambre \u00e0 soi<\/em>, et je lisais Virginia Woolf. Une chambre \u00e0 soi<\/em> (1929) est le premier livre qui affirme qu\u2019il faut \u00e9crire, avoir un lieu pour cela et toucher chaque mois un peu d\u2019argent. <\/p>\n\n\n\n Une chambre \u00e0 soi<\/em> \u00e9tait en moi depuis toujours, je le lis depuis longtemps mais j\u2019\u00e9tais moins sensible aux histoires d\u2019argent, autrefois. <\/p>\n\n\n\n Ce probl\u00e8me r\u00e9sonne en moi maintenant et j\u2019ai constat\u00e9 que les histoires d\u2019argent comptaient beaucoup dans le cheminement de chacune de ces femmes.<\/p>\n\n\n\n Assez bien parce qu\u2019elle est tr\u00e8s pr\u00e9sente \u00e0 Nice. <\/p>\n\n\n\n Je vais souvent dans le quartier de Cimiez, o\u00f9 se trouve une statue de la reine. La cantatrice Sophie Cruvelli a donn\u00e9 l\u2019un de ses premiers r\u00e9citals \u00e0 Londres, vers 18 ans, au Her Majesty\u2019s Theatre. Puis, quand elle s\u2019installe \u00e0 Nice, elle chante pour la reine Victoria. Je me suis rendue compte de la place importante qu\u2019occupaient les arts d\u2019agr\u00e9ment \u00e0 l\u2019\u00e9poque dans la vie de ces jeunes filles. <\/p>\n\n\n\n Toutes, sauf ma m\u00e8re et Colette, ont re\u00e7u une \u00e9ducation dans laquelle les arts d\u2019agr\u00e9ment comptaient beaucoup. On leur apprenait le piano, le violoncelle, la peinture. La reine Victoria peignait de belles aquarelles et chantait tr\u00e8s bien. Marie Bashkirtseff avait des professeurs particuliers pour tout et peignait tr\u00e8s bien. <\/p>\n\n\n\n J\u2019ai eu une r\u00e9v\u00e9lation. <\/p>\n\n\n\n Si ces femmes voulaient faire quelque chose de leurs dons, elles se heurtaient \u00e0 une barri\u00e8re infranchissable. <\/p>\n\n\n\n J\u2019ai senti la cruaut\u00e9 suivante : si une jeune fille \u00e9tait une tr\u00e8s bonne aquarelliste ou une tr\u00e8s bonne musicienne, du jour o\u00f9 elle en voulait davantage, o\u00f9 elle voulait acc\u00e9der \u00e0 un public, elle ne le pouvait pas. <\/p>\n\n\n\n J\u2019ai trouv\u00e9 cela assez \u00e9pouvantable et j\u2019ai r\u00e9agi en sympathie avec elle. J\u2019ai pens\u00e9 : que cela s\u2019arr\u00eate. \u00c7a a eu lieu, elle l\u2019a subi, elle s\u2019est d\u2019ailleurs approch\u00e9e de cet instant fatal avec \u00e9norm\u00e9ment de courage et sans le moindre fl\u00e9chissement. <\/p>\n\n\n\nComment avez-vous eu l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9crire ces portraits de femmes ?<\/h3>\n\n\n\n
La ville de Nice a-t-elle aussi pu jouer un r\u00f4le ?<\/h3>\n\n\n\n
Pourquoi ?<\/h3>\n\n\n\n
Votre m\u00e8re mise \u00e0 part, avez-vous une pr\u00e9f\u00e9rence entre ces femmes ?<\/h3>\n\n\n\n
Lesquelles, par exemple ?<\/h3>\n\n\n\n
Que vous ont-ils appris ? <\/h3>\n\n\n\n
En quel sens ?<\/h3>\n\n\n\n
Le dernier portrait est celui de votre m\u00e8re, Jackie. Qu\u2019avez-vous pens\u00e9 de cette profusion de livres sur les m\u00e8res publi\u00e9s ces derniers mois ?<\/h3>\n\n\n\n
Comment vous a-t-elle s\u00e9duite ?<\/h3>\n\n\n\n
Vous \u00e9crivez que votre m\u00e8re vous a appris la libert\u00e9 malgr\u00e9 elle, ou gr\u00e2ce \u00e0 son indiff\u00e9rence envers vous\u2026 <\/h3>\n\n\n\n
Colette \u00e9tait-elle indiff\u00e9rente envers sa fille, qu\u2019elle a appel\u00e9e Colette ? <\/h3>\n\n\n\n
Le comportement de Colette avec sa fille vous g\u00eane-t-il pour aimer pleinement Colette ?<\/h3>\n\n\n\n
De quelle fa\u00e7on Colette le raconte-t-elle ? <\/h3>\n\n\n\n
Vous \u00eates-vous pos\u00e9 les m\u00eames questions au moment d\u2019\u00e9crire le portrait de chaque femme ? <\/h3>\n\n\n\n
Lesquelles ?<\/h3>\n\n\n\n
Connaissiez-vous bien, avant l\u2019\u00e9criture de ces portraits, la biographie de la reine Victoria ? <\/h3>\n\n\n\n
De quel ordre ? <\/h3>\n\n\n\n
Vous \u00e9crivez dans l\u2019introduction de Femmes sur fond azur<\/em>, \u00e0 propos de Marie-Antoinette, qu\u2019elle int\u00e9resse toujours les Fran\u00e7ais puisqu\u2019on lui a de nouveau tranch\u00e9 la t\u00eate lors de la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019ouverture des Jeux Olympiques en 2024, lorsque vous \u00e9criviez ces portraits, donc. Qu\u2019en avez-vous pens\u00e9 ? <\/h3>\n\n\n\n