{"id":323254,"date":"2026-03-22T17:00:00","date_gmt":"2026-03-22T16:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=323254"},"modified":"2026-03-22T14:38:13","modified_gmt":"2026-03-22T13:38:13","slug":"guerre-espagne-histoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/03\/22\/guerre-espagne-histoire\/","title":{"rendered":"La premi\u00e8re guerre globale contre le fascisme : l’Espagne et le champ de bataille des m\u00e9moires"},"content":{"rendered":"\n

La guerre d\u2019Espagne (1936-1939) a fait l\u2019objet de nombreuses instrumentalisations et distorsions. Dans un nouvel ouvrage (<\/em>La guerre d\u2019Espagne (1936-1939). La d\u00e9mocratie assassin\u00e9e, Paris, Tallandier, 2026)<\/em>, Fran\u00e7ois Godicheau, Mercedes Yusta et Pierre Salmon renouvellent notre approche du conflit, qu\u2019il est n\u00e9cessaire de replacer dans le temps long et dans son contexte europ\u00e9en . <\/em><\/p>\n\n\n\n

Loin de constituer un isolat de l\u2019histoire contemporaine, le conflit espagnol s\u2019inscrit dans le temps long des tensions politiques et g\u00e9opolitiques du premier XXe si\u00e8cle.<\/em><\/p>\n\n\n\n\n\n

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La guerre d\u2019Espagne est devenue un des moments iconiques du XXe si\u00e8cle. Ses images, du bombardement de Guernica aux miliciens fig\u00e9s par Capa, font partie de l\u2019imaginaire collectif des Europ\u00e9ens, et m\u00eame au-del\u00e0.<\/p>\n\n\n\n

Aujourd\u2019hui, ces repr\u00e9sentations du conflit sont parfois r\u00e9duites \u00e0 des images d\u2019\u00c9pinal, presque exotiques : se souvenir de l\u2019Espagne, c\u2019est \u00e9voquer les rues bombard\u00e9es de Madrid, scander \u00ab No Pasar\u00e1n<\/em> \u00bb, observer avec fascination des miliciennes en armes, d\u00e9noncer la \u00ab non-intervention \u00bb franco-britannique, penser aux militaires franquistes d\u00e9filant dans les rues de Barcelone ou, bien s\u00fbr, \u00e0 l\u2019exode de presque 500 000 civils en France, aussi connu sous le nom de la Retirada<\/em>. La vision traditionnelle de la guerre d\u2019Espagne, d\u00e9clench\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1936 par un coup d\u2019\u00c9tat militaire contre la R\u00e9publique espagnole et le gouvernement du Frente Popular<\/em>, est toujours celle de l\u2019affrontement entre deux Espagnes : l\u2019Espagne r\u00e9publicaine et l\u2019Espagne de Franco, le g\u00e9n\u00e9ral en chef des rebelles, victorieux en 1939.<\/p>\n\n\n\n

Ne pas voir au-del\u00e0 de ces images c\u2019est oublier ce que cette guerre a signifi\u00e9 aux yeux de ses contemporains : un conflit civil, certes, mais surtout un conflit politique, social, un conflit inscrit dans un cadre europ\u00e9en, voire mondial, qui annon\u00e7ait des catastrophes \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n

La guerre civile, entre deux p\u00f4les politiques oppos\u00e9s, est aussi un conflit international. Il oppose les partisans de Franco, appuy\u00e9s par l\u2019Allemagne nazie et l\u2019Italie fasciste, aux r\u00e9publicains, bient\u00f4t rejoints par des volontaires communistes, anarchistes ou tout simplement antifascistes du monde entier. Malgr\u00e9 la \u00ab non-intervention \u00bb, le camp r\u00e9publicain compte aussi sur le soutien sovi\u00e9tique, certes tardif et discontinu, ce qui a conduit \u00e0 penser \u2014 \u00e0 tort \u2014 qu\u2019on assistait \u00e0 un simple acte pr\u00e9curseur de la Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n\n\n\n

R\u00e9duire la guerre d\u2019Espagne \u00e0 la guerre civile, c\u2019est occulter ses dimensions internes et n\u00e9gliger son ancrage r\u00e9solument transnational : l\u2019Espagne, monde si proche et si lointain, \u00e9tait l\u2019affaire de tous. Si la pratique historienne nous interdit toute comparaison abusive \u2014 les contextes sont diff\u00e9rents \u2014 la guerre d\u2019Espagne donne \u00e0 voir plusieurs ph\u00e9nom\u00e8nes qui parlent \u00e0 notre pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n

Comment les putschistes ont gagn\u00e9 la bataille du r\u00e9cit<\/h2>\n\n\n\n

Les franquistes victorieux sont parvenus \u00e0 imposer un r\u00e9cit selon lequel il faut chercher les causes de la guerre dans les faiblesses ou les \u00e9checs de la Seconde R\u00e9publique espagnole, proclam\u00e9e le 14 avril 1931. Ainsi, ils sont parvenus \u00e0 inverser les r\u00f4les : loin d\u2019\u00eatre des d\u00e9clencheurs du chaos, ceux qui avaient d\u00e9clench\u00e9 le coup d\u2019\u00c9tat devenaient seuls garants du r\u00e9tablissement de l\u2019ordre. Plus tard, manipulant l\u2019id\u00e9al de \u00ab r\u00e9conciliation nationale \u00bb, ils ont impos\u00e9 une \u00e9quivalence syst\u00e9matique des fautes et des crimes des deux camps, largement relay\u00e9e au sein de la d\u00e9mocratie espagnole actuelle. Aujourd\u2019hui, un n\u00e9o-franquisme tr\u00e8s pr\u00e9sent outre-Pyr\u00e9n\u00e9es se sert de l\u2019histoire des conflits sociaux et politiques entre 1931 et 1936 pour accr\u00e9diter l\u2019id\u00e9e d\u2019une guerre in\u00e9vitable, chargeant la R\u00e9publique ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment la gauche \u2014 et le parti socialiste, dont les descendants sont au gouvernement \u2014 de l\u2019essentiel des fautes.<\/p>\n\n\n\n

En r\u00e9alit\u00e9, pos\u00e9s de cette mani\u00e8re, les termes du d\u00e9bat sont erron\u00e9s. S\u2019il en va ainsi, c\u2019est d\u2019abord parce que ces termes sont ainsi d\u00e9finis \u00e0 partir des mots et des cat\u00e9gories qui ont servi \u00e0 faire la guerre.<\/p>\n\n\n\n

Par ses objectifs et ses m\u00e9thodes, la guerre d\u2019extermination des franquistes a renforc\u00e9 l\u2019id\u00e9e d\u2019une opposition entre \u00ab deux Espagnes \u00bb irr\u00e9conciliables.<\/p>Fran\u00e7ois Godicheau, Pierre Salmon et Mercedes Yusta<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Notre livre invite \u00e0 un double changement de perspective. Le premier consiste \u00e0 consid\u00e9rer la Seconde R\u00e9publique espagnole non comme un r\u00e9gime install\u00e9 d\u00e8s le premier jour, comptable d\u2019un bilan o\u00f9 viennent s\u2019inscrire tous les \u00e9v\u00e9nements de cinq ann\u00e9es \u2013 entre avril 1931 et juillet 1936 \u2013 mais comme un projet qui cherche \u00e0 se concr\u00e9tiser, et qui se heurte \u00e0 des obstacles majeurs et \u00e0 un sabotage syst\u00e9matique.<\/p>\n\n\n\n

Le deuxi\u00e8me changement consiste \u00e0 montrer comment ce sabotage, exerc\u00e9 d\u00e8s le printemps 1931, engage un processus de fascisation dont le coup d’\u00c9tat de juillet 1936 est l\u2019un des aboutissements. Cette fascisation se consolide et s\u2019intensifie dans ce qui devient une guerre civile, vue la r\u00e9sistance formidable au coup d\u2019\u00c9tat, et se d\u00e9ploie ensuite pleinement, sur la base d\u2019une victoire militaire, \u00e0 partir de 1939. Il ne s\u2019agit plus tant de scruter les \u00ab fautes \u00bb du camp r\u00e9publicain, dont les al\u00e9as ont passionn\u00e9 au premier chef les observateurs fran\u00e7ais, mais d\u2019observer aussi le camp de ses adversaires, qui d\u00e9ploient foule d\u2019initiatives pour en finir avec la R\u00e9publique. Ainsi, les trois ann\u00e9es de guerre civile sont replac\u00e9es au sein d\u2019une s\u00e9quence plus large afin de mieux en ressaisir le sens.<\/p>\n\n\n\n\n

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\n \n \"Bilbao,\n <\/picture>\n
Bilbao, le 15 juin 1937. \u00c0 l’approche d’un raid a\u00e9rien des forces arm\u00e9es insurg\u00e9es, des civils courent se mettre \u00e0 l’abri.<\/figcaption> <\/figure>\n <\/a>\n \n <\/div>\n
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\n \n \"Tol\u00e8de,\n <\/picture>\n
Tol\u00e8de, le 27 septembre 1936. Une milice gouvernementale s’abrite derri\u00e8re une barricade de sacs de sable lors du si\u00e8ge de l’Alcazar, o\u00f9 se sont r\u00e9fugi\u00e9s les militaires insurg\u00e9s.<\/figcaption> <\/figure>\n <\/a>\n <\/div>\n <\/div>\n \n
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Bilbao, le 15 juin 1937. \u00c0 l’approche d’un raid a\u00e9rien des forces arm\u00e9es insurg\u00e9es, des civils courent se mettre \u00e0 l’abri.<\/figcaption> <\/figure>\n \n <\/div>\n
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Tol\u00e8de, le 27 septembre 1936. Une milice gouvernementale s’abrite derri\u00e8re une barricade de sacs de sable lors du si\u00e8ge de l’Alcazar, o\u00f9 se sont r\u00e9fugi\u00e9s les militaires insurg\u00e9s.<\/figcaption> <\/figure>\n <\/div>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n

Le sabotage de la r\u00e9publique<\/h3>\n\n\n\n

Le projet r\u00e9publicain, que le coup d\u2019\u00c9tat de 1936 veut an\u00e9antir, consistait \u00e0 instituer un cadre politique l\u00e9gal et pacifique. Il s\u2019agissait d\u2019apporter une solution aux violents conflits sociaux qui agitaient l\u2019Espagne depuis deux d\u00e9cennies, et de moderniser le pays, le tout sur le mod\u00e8le d\u2019une IIIe R\u00e9publique fran\u00e7aise sans doute id\u00e9alis\u00e9e. Ce cadre \u00e9tait la condition pour rendre r\u00e9els,<\/em> pour la grande majorit\u00e9 des hommes et des femmes d\u2019Espagne, les droits politiques et sociaux th\u00e9oriquement proclam\u00e9s \u00e0 partir de 1931 : citoyennet\u00e9 et vote pour les femmes, droits sociaux pour les travailleurs, participation politique large et libre d\u00e9barrass\u00e9e des f\u00e9odalit\u00e9s locales, institutions de n\u00e9gociations sociales paritaires, etc.<\/p>\n\n\n\n

Les obstacles majeurs auxquels se heurtait ce programme peuvent se ramener \u00e0 un fait : les structures politiques espagnoles faisaient que tout pouvoir central d\u00e9pendait absolument de ses relais locaux, qui cherchaient quant \u00e0 eux \u00e0 perp\u00e9tuer leur domination sociale. Ceci explique sans doute pourquoi le gouvernement r\u00e9publicain a connu les plus grandes difficult\u00e9s pour faire appliquer les lois qui allaient dans le sens inverse du courant. C\u2019est sur cette base que se d\u00e9ploient alors le sabotage et la d\u00e9gradation de l\u2019espace politique espagnol.<\/p>\n\n\n\n

Fascisations europ\u00e9ennes : r\u00e9pertoires et mod\u00e8les<\/h3>\n\n\n\n

\u00c0 bien des \u00e9gards, ce processus s\u2019inscrit dans une dynamique plus large : plut\u00f4t que de r\u00e9duire le franquisme \u00e0 un isolat de l\u2019histoire europ\u00e9enne, l\u2019historien catalan Ferran Gallego propose d\u2019en faire un exemple de la fascisation qui touche \u00e0 l\u2019\u00e9poque le continent <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Pour ce faire, il importe de se d\u00e9gager d\u2019une lecture trop centr\u00e9e sur les partis et leurs embl\u00e8mes, pour \u00eatre plus attentif au cadre dans lequel ils se meuvent. L\u2019historien s\u2019int\u00e9resse ainsi aux reconfigurations politiques qui voient ces partis \u2014 repr\u00e9sentant l\u2019option la plus violente parmi les droites \u2014 devenir l\u2019expression h\u00e9g\u00e9monique d\u2019une convergence politique plus large, autour de leur radicalit\u00e9. Ces reconfigurations engagent \u00e0 la fois des rapprochements id\u00e9ologiques et fusions organisationnelles \u00e0 droite et \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite, des ph\u00e9nom\u00e8nes de fascisation des espaces publics par des syst\u00e8mes m\u00e9diatiques, et des glissements des centres politiques. Ils informent \u00e9galement certains choix des gauches.<\/p>\n\n\n\n

Analyser la fascisation comme un processus qui concerne l\u2019espace politique dans son ensemble \u2014 et pas seulement le parti qui l\u2019incarne \u2014 est \u00e9galement une approche f\u00e9conde pour comprendre d\u2019autres sc\u00e8nes nationales. L\u2019histoire du d\u00e9but des ann\u00e9es 1930 en Allemagne r\u00e9cemment propos\u00e9e par Johann Chapoutot se pr\u00eate assez bien \u00e0 cette lecture <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Dans le cadre de notre travail, nous insistons \u00e9galement sur les emprunts et \u00e9mulations respectives entre les organisations d\u2019extr\u00eame-droite europ\u00e9ennes. L\u2019histoire des ann\u00e9es 1931-1936 en Espagne en fournit une claire illustration : d\u00e8s l\u2019apr\u00e8s-midi du 14 avril 1931, les forces antir\u00e9publicaines se mobilisent \u00e0 la r\u00e9daction du journal monarchiste El Debate<\/em>, qui va devenir le centre d\u2019un syst\u00e8me m\u00e9diatique comparable \u00e0 celui du patron de presse Alfred Hugenberg en Allemagne, son mod\u00e8le \u00e0 bien des \u00e9gards, avec de nombreux journaux, une puissante agence de presse, et l\u2019appui d\u2019institutions religieuses. Les militants de diverses organisations voyagent, se forment, cherchent des soutiens financiers, humains et mat\u00e9riels. Agir depuis l\u2019\u00e9tranger \u2014 en Allemagne, en Italie, au Portugal, mais aussi en France \u2014 constitue un ressort essentiel pour renverser la R\u00e9publique espagnole.<\/p>\n\n\n\n

Renverser les termes : l\u2019insurrection comme garant de l\u2019ordre<\/h3>\n\n\n\n

D\u00e8s l\u2019av\u00e8nement de la R\u00e9publique, les diverses conspirations pour un coup d\u2019\u00c9tat antir\u00e9publicain se conjuguent avec la politique d\u2019obstruction syst\u00e9matique et la strat\u00e9gie de la tension des grands propri\u00e9taires et du patronat face aux mesures sociales du gouvernement. Elles se couplent \u00e9galement avec la mobilisation eccl\u00e9siastique, sur le fond d\u2019un bouillon de culture id\u00e9ologique o\u00f9 se m\u00ealent le traditionalisme et les produits d\u2019importation des fascismes.<\/p>\n\n\n\n

La guerre d\u2019Espagne est la matrice d\u2019une vaste solidarit\u00e9 europ\u00e9enne, comme de pratiques de lutte antifasciste.<\/p>Fran\u00e7ois Godicheau, Pierre Salmon et Mercedes Yusta<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Un des axes principaux de cette mobilisation consiste \u00e0 donner \u00e0 croire que la r\u00e9volution politique que repr\u00e9sente l\u2019av\u00e8nement de la R\u00e9publique annonce une r\u00e9volution sociale anarchiste et communiste : en d\u2019autres termes, le chaos. Aux protestations de la faim des paysans sans terre, r\u00e9pondent les fusils des gardes civils \u2014 \u00e9quivalents des gendarmes \u2014 et milices priv\u00e9es. De 1931 \u00e0 1933, le gouvernement r\u00e9publicain de centre gauche entre alors dans une spirale o\u00f9 il tente de montrer que la R\u00e9publique peut v\u00e9ritablement \u00eatre un r\u00e9gime d\u2019ordre : dans ce but, il combat le syndicalisme d\u2019action directe \u2014 d\u2019inspiration libertaire \u2013 r\u00e9tif \u00e0 l\u2019encadrement \u00e9tatique des conflits sociaux, s\u2019ali\u00e9nant du m\u00eame mouvement une partie du peuple ouvrier.<\/p>\n\n\n\n

La question de \u00ab l\u2019ordre public \u00bb devenant le probl\u00e8me majeur, les conditions sont r\u00e9unies pour que l\u2019extr\u00eame droite et l\u2019ensemble des forces conservatrices jettent de l\u2019huile sur le feu, de plus en plus r\u00e9solument, jusqu\u2019\u00e0 faire de l\u2019exercice de la violence \u2013 et de la recherche du martyr \u2013 l\u2019axe principal de l\u2019opposition \u00e0 la R\u00e9publique, rel\u00e9guant progressivement la voie l\u00e9gale et \u00e9lectorale qui avait \u00e9t\u00e9 test\u00e9e de 1933 \u00e0 1935.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019escalade qui finit ainsi par faire \u00e9merger et rendre h\u00e9g\u00e9monique la solution fasciste s\u2019appuie pleinement, au printemps 1936, sur une lecture catastrophiste de la situation du pays, en termes de \u00ab chaos r\u00e9volutionnaire \u00bb. Si, \u00e0 ce moment, l\u2019\u00e9lection d\u2019une coalition de Front populaire avait vaincu les r\u00e9sistances des partisans d\u2019une voie l\u00e9galiste, la puissance m\u00e9diatique et \u00ab la dialectique des poings et des pistolets \u00bb, pour reprendre une expression du fondateur de la Phalange \u2014 le principal parti fasciste espagnol \u2014 sont le carburant de la fascisation.<\/p>\n\n\n\n

Au-del\u00e0 des p\u00e9rip\u00e9ties de ce processus, il faut souligner la continuit\u00e9 de cette strat\u00e9gie avec la politique de terreur syst\u00e9matique engag\u00e9e d\u00e8s les premiers jours du soul\u00e8vement de juillet 1936, non seulement contre toute opposition effective ou attendue, mais contre toutes les personnes identifi\u00e9es rapidement comme \u00ab l\u2019anti-Espagne \u00bb. Cela explique sans doute que les bilans de la mortalit\u00e9 de la guerre d\u2019Espagne \u00e0 l\u2019arri\u00e8re des fronts soient tr\u00e8s contrast\u00e9s et que leurs modalit\u00e9s soient si distinctes.<\/p>\n\n\n\n

Les chiffres de la r\u00e9pression interdisent toute sym\u00e9trie : pendant la guerre, environ 50 000 civils sont assassin\u00e9s par le camp r\u00e9publicain ; 120 000 le sont par le camp franquiste, puis 30 000 apr\u00e8s la fin officielle du conflit. Le caract\u00e8re centralis\u00e9, contr\u00f4l\u00e9, encourag\u00e9 et syst\u00e9matique de la terreur franquiste en fait une dimension fondatrice et structurelle du r\u00e9gime. Le r\u00e9gime de guerre \u2014 de guerre permanente \u2014 ne s\u2019arr\u00eate pas en avril 1939 quand les arm\u00e9es r\u00e9publicaines sont vaincues : il s\u2019agit ensuite d\u2019\u00e9purer l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

Ainsi, les violences de masse perp\u00e9tr\u00e9es par les franquistes s\u2019inscrivent pleinement dans la lign\u00e9e de celles qui sont commises par les autres puissances totalitaires contre leur population civile et en contexte de guerre. La diff\u00e9rence avec les r\u00e9gimes fr\u00e8res est que la fascisation espagnole change de rythme avec la transformation du coup d’\u00c9tat rat\u00e9 de 1936 en guerre : elle se r\u00e9alise imm\u00e9diatement \u00e0 travers la phase paroxystique de la mobilisation de guerre totale et l\u2019entreprise d\u2019extermination de l\u2019ennemi. Ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s la disparition des derniers maquis r\u00e9sistants, entre la fin des ann\u00e9es 1940 et l\u2019aube des ann\u00e9es 1950, et quand la guerre int\u00e9rieure n\u2019est plus si compatible avec l\u2019incorporation au bloc de l\u2019Ouest, que le r\u00e9gime change progressivement de visage \u2014 tout en gardant la m\u00eame nature.<\/p>\n\n\n\n\n

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\n \n \"Front\n <\/picture>\n
Front de Madrid, zone r\u00e9publicaine, sans date. Colonne de miliciens du bataillon de la milice n\u00b07 \u00ab Prieto \u00bb.<\/figcaption> <\/figure>\n <\/a>\n \n <\/div>\n
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\n \n \"Madrid,\n <\/picture>\n
Madrid, zone r\u00e9publicaine, sans date. Vue de la rue Altamirano, touch\u00e9e par les bombardements a\u00e9riens.<\/figcaption> <\/figure>\n <\/a>\n <\/div>\n <\/div>\n \n
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Front de Madrid, zone r\u00e9publicaine, sans date. Colonne de miliciens du bataillon de la milice n\u00b07 \u00ab Prieto \u00bb.<\/figcaption> <\/figure>\n \n <\/div>\n
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Madrid, zone r\u00e9publicaine, sans date. Vue de la rue Altamirano, touch\u00e9e par les bombardements a\u00e9riens.<\/figcaption> <\/figure>\n <\/div>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n

Lire sa guerre dans celle des autres : la presse europ\u00e9enne et l\u2019Espagne<\/h2>\n\n\n\n

La guerre d\u2019Espagne, v\u00e9ritablement europ\u00e9enne, nous a aussi pr\u00e9sent\u00e9 le reflet de nos propres divisions. Elle est un conflit m\u00e9diatique par excellence, qui a \u00e9t\u00e9 racont\u00e9, photographi\u00e9 et film\u00e9 \u00e0 des niveaux jusqu\u2019alors in\u00e9dits.<\/p>\n\n\n\n

Aussi bien la population espagnole que celle des pays \u00e9trangers \u2014 en premier lieu les d\u00e9mocraties \u2014 qui sont vis\u00e9es par cette production des r\u00e9cits, qu\u2019on appelle \u00e0 cette \u00e9poque de la propagande : nul n\u2019\u00e9tait spectateur, l\u2019opinion \u00e9tait partie prenante de ce conflit. Le reportage de guerre, qui avait connu un bond significatif depuis quelques d\u00e9cennies, explose \u00e0 cette occasion. Dans un camp comme dans l\u2019autre, des reporters circulent, m\u00e8nent des enqu\u00eates, \u00e9crivent aux r\u00e9dactions, qui font tourner les rouleaux d\u2019imprimerie. Le coup d\u2019\u00c9tat, la r\u00e9sistance du peuple espagnol, mais aussi les massacres, occupent les unes.<\/p>\n\n\n\n

Si ce conflit provoque parfois le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat ou d\u00e9mobilise, il est difficile d\u2019y \u00e9chapper : la presse \u00e9crite n\u2019est pas le seul vecteur d\u2019information, puisque les meetings, les films, les romans, les brochures ou les affiches participent imm\u00e9diatement \u00e0 la construction m\u00e9diatique autour de la guerre d\u2019Espagne. Les nouvelles circulent vite, alimentent l\u2019imaginaire sur une guerre men\u00e9e de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re ou \u00e0 l\u2019autre bout du monde. L\u2019Espagne est proche, elle divise, int\u00e9resse, l\u00e8ve des espoirs.<\/p>\n\n\n\n

Distance oblige, la perception du conflit d\u00e9pend beaucoup des pr\u00e9occupations int\u00e9rieures. Dans une contribution scientifique devenue majeure, l\u2019historien Pierre Laborie soulignait que la guerre d\u2019Espagne n\u2019\u00e9tait pas \u2014 ou trop peu \u2014 remise dans son contexte, mais qu\u2019elle \u00e9tait plut\u00f4t per\u00e7ue au prisme des enjeux \u00ab franco-fran\u00e7ais <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u00bb. Les \u00ab Espagnes imagin\u00e9es \u00bb, disait Laborie, faisaient office de \u00ab miroir \u00bb afin de r\u00e9v\u00e9ler, de prouver, de l\u00e9gitimer ou d\u2019anticiper certaines craintes nationales.<\/p>\n\n\n\n

Loin d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 une \u00ab r\u00e9p\u00e9tition \u00bb de la Seconde Guerre mondiale, la guerre civile s\u2019inscrit dans la dynamique d\u2019une \u00ab guerre civile europ\u00e9enne \u00bb.<\/p>Fran\u00e7ois Godicheau, Pierre Salmon et Mercedes Yusta<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

En France, le climat politique d\u00e9l\u00e9t\u00e8re favorise cette tendance : le repli sur soi, l\u2019anticommunisme, la mont\u00e9e du fascisme ont \u00e9t\u00e9 aliment\u00e9s par les manifestations du 6 f\u00e9vrier 1934, l\u2019\u00e9lection du Front populaire et la grande vague de gr\u00e8ves et d\u2019occupations d\u2019usines qui font suite. La multiplication des violences politiques t\u00e9moigne d\u2019une tension sans pareille. Dans une soci\u00e9t\u00e9 extr\u00eamement polaris\u00e9e, \u00e9voquer l\u2019Espagne soulevait ainsi d\u2019autres enjeux : la peur du fascisme, du militarisme, du communisme, de l\u2019URSS, de la guerre ou de la violence. Cette tendance, \u00e9tudi\u00e9e en France par Laborie, vaut pour d\u2019autres pays et gagne m\u00eame \u00e0 \u00eatre \u00e9tendue \u00e0 d\u2019autres conflits : parler de la guerre des autres revient souvent \u2014 il faut m\u00eame dire : avant tout<\/em> \u2014 \u00e0 projeter ses craintes ou ses aspirations, qu\u2019il s\u2019agisse de la guerre civile espagnole comme de conflits plus r\u00e9cents, de l\u2019Ukraine au Proche-Orient.<\/p>\n\n\n\n

La principale limite de l\u2019analyse de Laborie est peut-\u00eatre d\u2019avoir laiss\u00e9 de c\u00f4t\u00e9 la mani\u00e8re dont ces imaginaires font fi de la fronti\u00e8re : les Espagnols ont su jouer sur leur propre image pour influencer le cours de la guerre. Les plus pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 cet \u00e9gard sont sans aucun doute les conspirateurs qui, dans la pr\u00e9paration du coup d\u2019\u00c9tat de juillet 1936, d\u00e9stabilisent l\u2019opinion.<\/p>\n\n\n\n

Depuis l\u2019Espagne, les journalistes et diplomates \u00e9trangers sont des cibles de choix, cela m\u00eame avant le conflit. Quand la guerre civile \u00e9clate, le premier succ\u00e8s des insurg\u00e9s est de faire croire que c\u2019\u00e9tait bien la situation d\u2019anarchie \u2014 et m\u00eame le risque d\u2019une r\u00e9volution \u2014 qui a conduit au putsch. Franco d\u00e9fend lui-m\u00eame cette id\u00e9e dans un communiqu\u00e9 repris in extenso <\/em>par Le Journal<\/em>, le 24 juillet 1936.<\/p>\n\n\n\n

Cette id\u00e9e n\u2019est pas neutre : elle est m\u00eame le r\u00e9sultat d\u2019un travail acharn\u00e9 de la part des partisans du coup d\u2019\u00c9tat. La distance qui nous s\u00e9pare d\u00e9sormais de ce conflit \u2014 distance physique et culturelle \u2014 n\u2019aide pas \u00e0 la neutralit\u00e9, mais participe amplement \u00e0 fausser notre perception de la guerre.  Il faut d\u00e8s lors consid\u00e9rer que la guerre d\u2019Espagne, telle qu\u2019appr\u00e9hend\u00e9e par les Fran\u00e7ais, est une histoire de la peur, en particulier celle de la guerre, qui conditionne fortement la politique int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure fran\u00e7aise \u00e0 partir de 1936.<\/p>\n\n\n\n

Il existe aussi en France une autre peur, celle de la r\u00e9volution, orchestr\u00e9e par la propagande et renforc\u00e9e par ceux qui craignent moins l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir d\u2019Hitler que du Front populaire. Cette peur inqui\u00e8te \u00e9galement des dirigeants politiques, comme L\u00e9on Blum, chef du gouvernement quand la guerre civile espagnole \u00e9clate. Celle-ci, partag\u00e9e par l\u2019administration et une grande partie de la classe politique, a conduit \u00e0 la \u00ab non-intervention \u00bb dans le conflit, dont le \u00ab rel\u00e2chement \u00bb n\u2019a \u00e9t\u00e9 que tr\u00e8s partiel, temporaire et int\u00e9ress\u00e9 <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est \u00e0 partir d\u2019une grande incertitude que l\u2019aide \u00e0 l\u2019un des deux camps est d\u00e9nonc\u00e9e dans la presse ou dans d\u2019autres m\u00e9dias. Chaque doute ou interrogation suscit\u00e9e par la guerre d\u2019Espagne finissait par s\u2019expliquer par la figure facile du complot des Russes ou, plus g\u00e9n\u00e9ralement, des \u00ab rouges \u00bb. Dans ces conditions, les mobilisations et abstentions ont fait leur lit.<\/p>\n\n\n\n

Nombre de propagandistes, de journalistes et de militants participent sciemment \u00e0 ce travail de d\u00e9sinformation qui favorise surtout le camp franquiste : il s\u2019agit par exemple de d\u00e9douaner des violences de guerre faisant le plus grand bruit \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Un exemple illustre est celui du bombardement de Guernica par l\u2019aviation allemande et italienne, le 26 avril 1937, qui ne tarde pas \u00e0 \u00eatre imput\u00e9 \u00e0 des communistes afin de sauver le r\u00e9gime franquiste du scandale. Le 3 mai 1937, Le Figaro <\/em>explique par exemple que \u00ab la ville n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 bombard\u00e9e \u00bb mais simplement que \u00ab les maisons ont \u00e9t\u00e9 arros\u00e9es d\u2019essence par les gouvernementaux [c\u2019est-\u00e0-dire, le gouvernement r\u00e9publicain] \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

D\u00e8s le d\u00e9but du conflit, une \u00ab propagande des atrocit\u00e9s <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u00bb est lanc\u00e9e afin de d\u00e9solidariser la R\u00e9publique de ses alli\u00e9s. En voyageant en Espagne, en publiant des \u00e9l\u00e9ments de langage sinon des documents de propagande, des soutiens de Franco font croire \u00e0 une guerre utile et sans dommage, imputant si n\u00e9cessaire l\u2019essentiel des massacres au gouvernement du Frente Popular. Nombre d\u2019articles ou de brochures insistent sur les violences bien r\u00e9elles commises par le camp r\u00e9publicain, mais en exag\u00e8rent la port\u00e9e et le sens, souvent \u00e0 l\u2019aide de faux documents exhibant le caract\u00e8re le plus cru de la violence.<\/p>\n\n\n\n

Parler de la guerre des autres revient souvent \u2014 il faut m\u00eame dire : avant tout<\/em> \u2014 \u00e0 projeter ses craintes ou ses aspirations.<\/p>Fran\u00e7ois Godicheau, Pierre Salmon et Mercedes Yusta<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Lire la presse expose \u00e0 ce que la guerre a de plus sordide. Si cette initiative a globalement bien fonctionn\u00e9 \u2014 au point d\u2019effacer les violences commises par les franquistes \u2014 c\u2019est parce cette propagande a su r\u00e9v\u00e9ler ce que le public voulait ou craignait voir.<\/p>\n\n\n\n

Certes, la R\u00e9publique n\u2019est pas en reste et tente elle aussi de convaincre l\u2019opinion, mais son r\u00e9pertoire n\u2019est assur\u00e9ment pas le m\u00eame. Les r\u00e9publicains ont t\u00e2ch\u00e9 de conjurer la peur, en r\u00e9pondant preuves \u00e0 l\u2019appui \u00e0 la propagande des atrocit\u00e9s pour en d\u00e9sactiver les effets, mais aussi en montrant l\u2019image d\u2019un ordre r\u00e9tabli, d\u2019une r\u00e9volution sociale vaincue \u2014 en somme d\u2019une R\u00e9publique capable de tenir ses troupes et sa population. Des efforts ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 men\u00e9s pour jouer sur un r\u00e9pertoire pouvant convaincre l\u2019opinion fran\u00e7aise, en r\u00e9activant par exemple de grandes th\u00e9matiques d\u00e9velopp\u00e9es pendant la Grande Guerre ou en agitant les menaces du temps pr\u00e9sent. Les id\u00e9es d\u2019une lutte contre la barbarie ou d\u2019une menace d\u2019encerclement, pour la France, face \u00e0 trois puissances fascistes ont ainsi largement \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9es. M\u00eame le slogan \u00ab No Pasar\u00e1n<\/em> \u00bb lanc\u00e9 pour la d\u00e9fense de Madrid, en 1936 et inspir\u00e9 du \u00ab Ils ne passeront pas ! \u00bb formul\u00e9 \u00e0 Verdun face aux Allemands, r\u00e9sonne en France avec un \u00e9cho familier.<\/p>\n\n\n\n

Le rapport des Fran\u00e7aises et des Fran\u00e7ais \u00e0 la guerre des autres d\u00e9pend donc essentiellement de la mani\u00e8re dont cette guerre peuple leurs imaginaires. La propagande des diff\u00e9rents protagonistes ou l\u2019exp\u00e9rience personnelle de la guerre confrontent les attentes du public.<\/p>\n\n\n\n

Pour cette raison, les divisions fran\u00e7aises entre gauche et droite ne suffisent pas \u00e0 expliquer la polarisation de l\u2019opinion. L\u2019\u00e9quilibre des forces politiques, le rapport \u00e0 l\u2019ordre ou les massacres favorisent des changements de posture. Le cas le plus connu est sans doute celui de l\u2019\u00e9crivain conservateur et catholique Georges Bernanos qui, parti dans l\u2019Espagne insurg\u00e9e en ralliant le soul\u00e8vement militaire, finit par en d\u00e9noncer les violences et, plus largement, les massacres dans Les Grands Cimeti\u00e8res sous la lune<\/em> (1938).<\/p>\n\n\n\n\n

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\n \n \"Tol\u00e8de,\n <\/picture>\n
Tol\u00e8de, \u00e9t\u00e9 1936. Combattants r\u00e9publicains pendant le si\u00e8ge de l’Alcazar, aux mains des militaires insurg\u00e9s.<\/figcaption> <\/figure>\n <\/a>\n \n <\/div>\n
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\n \n \"Tol\u00e8de,\n <\/picture>\n
Tol\u00e8de, sans date. Dans la zone r\u00e9publicaine, des miliciens posent sur un char \u00ab Ansaldo \u00bb.<\/figcaption> <\/figure>\n <\/a>\n <\/div>\n <\/div>\n \n
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Tol\u00e8de, \u00e9t\u00e9 1936. Combattants r\u00e9publicains pendant le si\u00e8ge de l’Alcazar, aux mains des militaires insurg\u00e9s.<\/figcaption> <\/figure>\n \n <\/div>\n
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Tol\u00e8de, sans date. Dans la zone r\u00e9publicaine, des miliciens posent sur un char \u00ab Ansaldo \u00bb.<\/figcaption> <\/figure>\n <\/div>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n

Le spectre de la \u00ab guerre civile europ\u00e9enne \u00bb<\/h3>\n\n\n\n

Dans l\u2019Europe de 1936, d\u00e9fendre la d\u00e9mocratie dans un pays consid\u00e9r\u00e9 alors comme p\u00e9riph\u00e9rique n\u2019avait rien d\u2019une \u00e9vidence. La d\u00e9mocratie parlementaire \u00e9tait per\u00e7ue par beaucoup comme une forme politique en faillite, comme nous le rappelle l\u2019historien Mark Mazower <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u2014 suscitant la peur de la r\u00e9volution ou jug\u00e9e incapable \u00e0 r\u00e9soudre les probl\u00e8mes des Europ\u00e9ens.<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est dans ce contexte politique qu\u2019est n\u00e9e en Espagne la Seconde R\u00e9publique, aux prises avec les effets de la crise \u00e9conomique de 1929. Sa trajectoire est marqu\u00e9e par ce d\u00e9clin g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019id\u00e9e m\u00eame de d\u00e9mocratie : ainsi, quand le coup d\u2019\u00c9tat de 1936 \u00e9clate, les solutions autoritaires ne sont pas regard\u00e9es d\u2019un si mauvais \u0153il par les \u00e9lites et m\u00eame par certaines chancelleries europ\u00e9ennes.<\/p>\n\n\n\n

Des travaux r\u00e9cents, comme ceux de Nathan Rousselot, ont mis \u00e0 jour le r\u00f4le des diplomates dans la m\u00e9fiance avec laquelle est regard\u00e9 le camp r\u00e9publicain. Il s\u2019agit alors de rappeler que l\u2019\u00ab affaire espagnole \u00bb, comme on la qualifie dans les chancelleries, survient dans la continuit\u00e9 d\u2019autres violations du droit international, \u00e0 commencer par la conqu\u00eate de la Mandchourie par le Japon, en 1931, sans oublier la guerre de l\u2019Italie fasciste en \u00c9thiopie, de 1935 \u00e0 1936.<\/p>\n\n\n\n

D\u2019autres crises suivront, si bien que le conflit espagnol s\u2019arrime \u00e0 d\u2019autres \u00e9pisodes, constituant une longue p\u00e9riode de d\u00e9stabilisation dont l\u2019acm\u00e9 se situe entre 1937 et 1945. Loin d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 une \u00ab r\u00e9p\u00e9tition \u00bb de la Seconde Guerre mondiale, la guerre civile s\u2019inscrit donc incontestablement dans la dynamique d\u2019une \u00ab guerre civile europ\u00e9enne \u00bb sinon mondiale <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

La guerre civile au sud des Pyr\u00e9n\u00e9es fait en effet craindre une d\u00e9stabilisation plus g\u00e9n\u00e9rale. Dans la France du Front populaire, l\u2019exp\u00e9rience des gr\u00e8ves de mai-juin 1936 se superpose aux images des 60 000 paysans occupant les terres des grands propri\u00e9taires terriens en Estr\u00e9madure, en mars 1936, publi\u00e9es par des journaux tels que L\u2019Illustration<\/em>. La r\u00e9volution sociale qui \u00e9clate juste apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat dans les r\u00e9gions o\u00f9 celui-ci \u00e9choue fournit de quoi alimenter ces peurs. Certains se demandent si soutenir la R\u00e9publique, ce n\u2019est pas donner des ailes \u00e0 la r\u00e9volution, aussi bien \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des fronti\u00e8res. Comme \u00e9voqu\u00e9 plus haut, la politique de \u00ab non-intervention \u00bb, qui se justifie par la peur d\u2019un embrasement europ\u00e9en \u2014 lequel adviendra pourtant \u2014, se double aussi de cette crainte, parfois moins avouable.<\/p>\n\n\n\n

Attentisme national, solidarit\u00e9s locales<\/h3>\n\n\n\n

Ce point de vue n\u2019est pourtant pas celui de milliers d\u2019Europ\u00e9ens, hommes et femmes, militants antifascistes ou simples citoyens et citoyennes qui, apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e d\u2019Hitler au pouvoir en janvier 1933 et l\u2019\u00e9crasement du mouvement ouvrier autrichien \u00e0 Vienne en f\u00e9vrier 1934, voient dans la guerre d\u2019Espagne l\u2019assaut d\u00e9finitif du fascisme \u00e0 la d\u00e9mocratie. Des citoyens du monde entier sont \u00e9galement scandalis\u00e9s par les nouvelles des massacres et des bombardements sur la population civile. Ainsi, face \u00e0 l\u2019attentisme des gouvernements des d\u00e9mocraties europ\u00e9ennes, une puissante vague de solidarit\u00e9 s\u2019organise, en partie soutenue par des organisations militantes de classe \u2014 partis et syndicats, avec les partis communistes aux premi\u00e8res loges \u2014, des comit\u00e9s et organisations antifascistes, comme le Comit\u00e9 international de coordination et d\u2019information pour l\u2019aide \u00e0 l\u2019Espagne r\u00e9publicaine, CICIAER, li\u00e9 \u00e0 la Ligue des Droits de l\u2019Homme et au PCF, sur place d\u00e8s ao\u00fbt 1936.<\/p>\n\n\n\n

Ce soutien ne se limite pas \u00e0 cette alliance antifasciste. Des organisations humanitaires plus neutres interviennent en Espagne, comme le Friends Service (du mouvement religieux des Quakers), le Service civil suisse ou le Comit\u00e9 international de la Croix-Rouge. L\u2019importance num\u00e9rique et militaire des Brigades internationales (environ 35 000 combattants au total) a quelque peu laiss\u00e9 dans l\u2019ombre l\u2019ampleur et l\u2019importance de cette solidarit\u00e9 internationale, militante et humanitaire \u2014 o\u00f9 par ailleurs les femmes ont une place pr\u00e9pond\u00e9rante.<\/p>\n\n\n\n

Cette aide est pourtant d\u00e9cisive pour la survie de centaines de milliers de r\u00e9fugi\u00e9s et d\u00e9plac\u00e9s qui, fuyant l\u2019avanc\u00e9e des troupes franquistes et la violence extr\u00eame qu\u2019elles d\u00e9ploient, trouvent refuge dans la zone r\u00e9publicaine : la mar\u00e9e humaine qui franchit la fronti\u00e8re pyr\u00e9n\u00e9enne en janvier 1939 est tr\u00e8s majoritairement constitu\u00e9e de ces r\u00e9fugi\u00e9s internes. Nous avons traditionnellement sous-estim\u00e9 l\u2019impact de cette solidarit\u00e9 dans les soci\u00e9t\u00e9s civiles europ\u00e9ennes : en France, des centaines de comit\u00e9s voient le jour au niveau local, constitu\u00e9s par des militantes et militants mais aussi par de simples citoyens concern\u00e9s par la situation des populations civiles.<\/p>\n\n\n\n

Le succ\u00e8s des putschistes est d\u2019avoir fait croire \u00e0 un coup d\u2019\u00c9tat in\u00e9luctable et n\u00e9cessaire, afin de \u00ab r\u00e9tablir l\u2019ordre \u00bb.<\/p>Fran\u00e7ois Godicheau, Pierre Salmon et Mercedes Yusta<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Cette mobilisation n\u2019est pas nouvelle ; elle s\u2019appuie sur des r\u00e9seaux internationalistes transnationaux qui s\u2019\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 activ\u00e9s dans la solidarit\u00e9 antifasciste pendant les ann\u00e9es 1920 et 1930. Mais la mobilisation suscit\u00e9e par la guerre d\u2019Espagne n\u2019a pas de pareil en termes num\u00e9riques : beaucoup voient dans ce conflit la menace d\u2019une guerre europ\u00e9enne \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n

Le 6 septembre 1936, L\u00e9on Blum justifiait la neutralit\u00e9 fran\u00e7aise devant des militants socialistes lors d\u2019un meeting \u00e0 Luna Park.<\/p>\n\n\n\n

Deux jours plus tard, un meeting de soutien \u00e0 l\u2019Espagne r\u00e9publicaine a lieu \u00e0 Paris, au V\u00e9l\u2019 d\u2019Hiv, en pr\u00e9sence de Dolores Ib\u00e1rruri, La Pasionaria,<\/em> devenue une ic\u00f4ne antifasciste et responsable de la popularit\u00e9 du slogan \u00ab No pasar\u00e1n \u00bb<\/em>. Devant 40 000 spectateurs, elle pr\u00e9vient de la port\u00e9e europ\u00e9enne du conflit : \u00ab Prenez garde ! Aujourd\u2019hui c\u2019est nous. Demain ce sera votre tour ! \u00bb. Face \u00e0 l\u2019attentisme des autorit\u00e9s, la mobilisation de la population t\u00e9moigne d\u2019une prise de conscience du danger.<\/p>\n\n\n\n

La suite des \u00e9v\u00e9nements est connue : les r\u00e9seaux de solidarit\u00e9 mis en place lors de la guerre d\u2019Espagne continueront \u00e0 fonctionner apr\u00e8s 1939 : pour soutenir la masse des r\u00e9fugi\u00e9s espagnols rassembl\u00e9s et enferm\u00e9s de fa\u00e7on honteuse dans des espaces que les autorit\u00e9s militaires fran\u00e7aises appellent \u00ab camps de concentration \u00bb,  mais aussi, plus tard, pour accueillir les r\u00e9fugi\u00e9s fran\u00e7ais d\u00e9plac\u00e9s par l\u2019invasion allemande de juin 1940, ou pour cacher des enfants juifs pendant toute la guerre.<\/p>\n\n\n\n

La guerre d\u2019Espagne est ainsi la matrice d\u2019une vaste solidarit\u00e9 europ\u00e9enne et de pratiques de lutte antifasciste qui vont se d\u00e9ployer dans toute l\u2019Europe occup\u00e9e de 1939 \u00e0 1945.<\/p>\n\n\n\n

Dans pratiquement tous les mouvements de r\u00e9sistance antifasciste ou antinazie en Europe, de la France \u00e0 l\u2019Union sovi\u00e9tique en passant par la Pologne,  on retrouve des v\u00e9t\u00e9rans de la guerre d\u2019Espagne, brigadistes ou combattants espagnols de l\u2019Arm\u00e9e r\u00e9publicaine. Dans certains cas, ils en sont les figures de proue, forts de leur exp\u00e9rience espagnole. La solidarit\u00e9 avec la R\u00e9publique espagnole fournira aussi, notamment en France, un vaste r\u00e9seau issu de la soci\u00e9t\u00e9 civile pour mettre en place des pratiques humanitaires. Celles-ci, pour certaines fortement professionnalis\u00e9es, seront d\u00e9terminantes pour sauver des populations vuln\u00e9rables et notamment des enfants.<\/p>\n\n\n\n

La guerre d\u2019Espagne constitue ainsi un moment charni\u00e8re dans l\u2019histoire europ\u00e9enne et accouche de ce paradoxe : alors qu\u2019en Espagne l\u2019antifascisme est vaincu et presque an\u00e9anti, au prix d\u2019une violente guerre d\u2019extermination, la s\u00e9quence 1936-1939 est la source d\u2019un antifascisme qui irrigue toute l\u2019Europe \u2014 antifascisme dont les pratiques, aussi bien d\u2019un point de vue militaire que de celui de la solidarit\u00e9 et de l\u2019action humanitaire, contribueront \u00e0 la victoire de 1945.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019histoire des violences est une bataille politique<\/h2>\n\n\n\n

La guerre d\u2019Espagne fournit un exemple de la mani\u00e8re dont une R\u00e9publique sociale peut \u00eatre attaqu\u00e9e, sinon an\u00e9antie. Ce conflit, qui d\u00e9bouche sur une dictature de 40 ans, est le r\u00e9sultat d\u2019un processus de fascisation et d\u2019une ferme volont\u00e9 d\u2019une partie des \u00e9lites d\u2019en finir avec la d\u00e9mocratie.<\/p>\n\n\n\n

Loin d\u2019\u00eatre un \u00e9clair dans un ciel serein, le processus de fascisation de l\u2019espace politique espagnol s\u2019inscrit dans une dynamique plus large. Pour les forces politiques antid\u00e9mocratiques d\u2019Espagne et d\u2019ailleurs, le but est de mettre un frein aux mobilisations populaires et \u00e0 la R\u00e9publique sociale, qu\u2019il s\u2019agit de saboter, puis de renverser. \u00c0 cette fin, les mouvements autoritaires de divers horizons agissent dans la m\u00eame dynamique, voire de concert.<\/p>\n\n\n\n

La guerre d\u00e9bouche sur la consolidation de la dictature franquiste pour plusieurs d\u00e9cennies, dictature mise en \u0153uvre d\u00e8s 1936 dans les zones occup\u00e9es par les militaires ; elle se solde par la mort d\u2019environ 500 000 personnes et par un nombre \u00e9quivalent d\u2019exil\u00e9s. Par ses objectifs et ses m\u00e9thodes, la guerre d\u2019extermination des franquistes a renforc\u00e9 l\u2019id\u00e9e d\u2019une opposition entre \u00ab deux Espagnes \u00bb irr\u00e9conciliables.<\/p>\n\n\n\n

Cette id\u00e9e de deux mondes devant irr\u00e9parablement s\u2019affronter est elle-m\u00eame h\u00e9riti\u00e8re d\u2019un narratif construit en amont de la guerre civile. Le succ\u00e8s des putschistes est d\u2019avoir fait croire \u00e0 un coup d\u2019\u00c9tat in\u00e9luctable et n\u00e9cessaire, afin de \u00ab r\u00e9tablir l\u2019ordre \u00bb. Si cette id\u00e9e a fait son chemin, c\u2019est aussi car la situation en Espagne stimulait des imaginaires et faisait \u00e9cho \u00e0 des peurs politiques, en France en particulier.<\/p>\n\n\n\n

Ainsi, la guerre d\u2019Espagne illustre la mani\u00e8re dont nos interpr\u00e9tations d\u2019un conflit servent avant tout \u00e0 parler de politique interne. Il faut ainsi s\u2019interroger sur la mani\u00e8re dont la guerre des autres est int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 nos propres mobilisations.<\/p>\n\n\n\n

La bataille des r\u00e9cits, sans les emp\u00eacher, a fortement conditionn\u00e9 les mobilisations en faveur des r\u00e9publicains ou des franquistes, tout comme les obstacles \u00e0 leur ralliement. <\/p>\n\n\n\n

Notre livre t\u00e2che d\u2019apporter de la clart\u00e9 \u00e0 un conflit qui n\u2019a cess\u00e9 de faire couler de l\u2019encre : il revient sur la premi\u00e8re mobilisation antifasciste de grande envergure, suscit\u00e9e par une question : que faire face au fascisme, au bombardement de civils, et la guerre \u00e0 nos portes ?<\/p>\n\n\n\n

Enzo Traverso a d\u00e9montr\u00e9 comment l\u2019histoire des violences constitue un champ de bataille politique permanent <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il en va ainsi de la guerre d\u2019Espagne.<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 l\u2019heure o\u00f9 ce pays compte encore 6 000 fosses communes avec 100 000 corps \u00e0 exhumer, beaucoup reste \u00e0 dire sur le chemin qui a \u00e9t\u00e9 parcouru pour renverser la d\u00e9mocratie et an\u00e9antir ses soutiens.<\/p>\n\n\n\n

Aujourd\u2019hui, plusieurs massacres du XXe si\u00e8cle font l\u2019objet d\u2019une r\u00e9\u00e9criture visant \u00e0 justifier et blanchir leurs coupables pour rendre possibles les violences de demain. De mani\u00e8re conjointe, dans un processus de retournement, c\u2019est l\u2019ensemble de l\u2019h\u00e9ritage antifasciste qui est attaqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

Les chemins qui s\u2019offrent \u00e0 nous sont diff\u00e9rents de ceux s\u2019ouvrant en 1936 : nous avons fait l\u2019exp\u00e9rience du fascisme, les outils ont chang\u00e9, de m\u00eame que les \u00e9quilibres militaires. Mais l\u2019histoire de la guerre d\u2019Espagne reste sans aucun doute un exemple de la mani\u00e8re dont le fascisme arrive \u00e0 nos portes, et de la fa\u00e7on dont certains ont cherch\u00e9 \u00e0 lui barrer le chemin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

Pour comprendre l\u2019effondrement de la R\u00e9publique espagnole, nous sommes encore prisonniers d\u2019un r\u00e9cit franquiste l\u00e9gitimant le coup d\u2019\u00c9tat. <\/p>\n

Dans leur dernier ouvrage, Fran\u00e7ois Godicheau, Pierre Salmon et Mercedes Yusta remettent sur le m\u00e9tier la bataille des m\u00e9moires.<\/p>\n

Ils exposent leur projet de renouvellement historiographique.<\/p>\n","protected":false},"author":5931,"featured_media":323514,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-studies.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":true,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[2024],"tags":[],"geo":[1917],"class_list":["post-323254","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","staff-francois-godicheau","staff-mercedes-yusta","staff-pierre-salmon","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":"default"},"yoast_head":"\nLa premi\u00e8re guerre globale contre le fascisme : l'Espagne et le champ de bataille des m\u00e9moires | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/03\/22\/guerre-espagne-histoire\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"La premi\u00e8re guerre globale contre le fascisme : l'Espagne et le champ de bataille des m\u00e9moires | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Pour comprendre l\u2019effondrement de la R\u00e9publique espagnole, nous sommes encore prisonniers d\u2019un r\u00e9cit franquiste l\u00e9gitimant le coup d\u2019\u00c9tat. 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