{"id":322915,"date":"2026-03-18T18:06:55","date_gmt":"2026-03-18T17:06:55","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=322915"},"modified":"2026-03-18T18:08:30","modified_gmt":"2026-03-18T17:08:30","slug":"pourquoi-lislande-veut-rejoindre-lunion-enquete-sur-un-referendum-pour-elargir-leurope-par-le-nord","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/03\/18\/pourquoi-lislande-veut-rejoindre-lunion-enquete-sur-un-referendum-pour-elargir-leurope-par-le-nord\/","title":{"rendered":"Pourquoi l’Islande veut rejoindre l\u2019Union : enqu\u00eate sur un r\u00e9f\u00e9rendum pour \u00e9largir l\u2019Europe par le Nord"},"content":{"rendered":"\n
Onze ans apr\u00e8s avoir gel\u00e9 ses discussions avec Bruxelles, l\u2019Islande s\u2019appr\u00eate \u00e0 consulter sa population sur une reprise des n\u00e9gociations d\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019Union. Derri\u00e8re ce r\u00e9f\u00e9rendum se jouent des choix structurants \u2014 p\u00eache, \u00e9nergie, monnaie, souverainet\u00e9 \u2014 dans un contexte g\u00e9opolitique boulevers\u00e9 par la guerre en Ukraine, le retour des rapports de force entre grandes puissances et la fragilisation du lien transatlantique, qui redonnent \u00e0 l\u2019Atlantique Nord une importance strat\u00e9gique majeure.<\/p>\n\n\n\n
Si le sujet de l\u2019adh\u00e9sion revient p\u00e9riodiquement sur la table, la question n\u2019a jusqu\u2019ici jamais \u00e9t\u00e9 r\u00e9solue \u2014 jusqu\u2019au 6 mars dernier, date \u00e0 laquelle le gouvernement islandais a pr\u00e9sent\u00e9 son intention de d\u00e9poser au Parlement islandais (l\u2019Al\u00feingi) une r\u00e9solution ouvrant la voie \u00e0 un r\u00e9f\u00e9rendum, pr\u00e9vu pour le 29 ao\u00fbt prochain. C\u2019est ce qu\u2019ont annonc\u00e9 lors d\u2019une conf\u00e9rence de presse, \u00e0 la suite d\u2019une session du Parlement, Kristr\u00fan Frostad\u00f3ttir<\/a>, Premi\u00e8re ministre issue de l\u2019Alliance sociale-d\u00e9mocrate (Samfylkingin), et \u00deorger\u00f0ur Katrin Gunnarsd\u00f3ttir, ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, \u00e0 la t\u00eate du Parti de la r\u00e9forme (Vi\u00f0reisn).<\/p>\n\n\n\n Si le \u00ab Oui \u00bb l\u2019emporte le 29 ao\u00fbt, ce r\u00e9f\u00e9rendum ne constituerait que la premi\u00e8re \u00e9tape d\u2019un processus d\u00e9mocratique, un deuxi\u00e8me scrutin devant ensuite trancher l\u2019adh\u00e9sion elle-m\u00eame, une fois les n\u00e9gociations achev\u00e9es et un \u00e9ventuel trait\u00e9 conclu. La date de cette seconde consultation n\u2019est pas fix\u00e9e : elle d\u00e9pendrait de la dur\u00e9e des pourparlers avec l\u2019Union, g\u00e9n\u00e9ralement estim\u00e9e \u00e0 plusieurs ann\u00e9es. <\/p>\n\n\n\n Cette reprise du dialogue intervient onze ans apr\u00e8s son interruption officielle en 2015, laquelle avait laiss\u00e9 un go\u00fbt d\u2019inachev\u00e9 \u00e0 l\u2019Islande.<\/p>\n\n\n\n \u00c9tat insulaire de l\u2019Atlantique Nord aux 390 000 habitants, membre de l\u2019Espace \u00e9conomique europ\u00e9en (EEE) depuis 1994 et de l\u2019Espace Schengen depuis 2001, l\u2019Islande se situe au carrefour du Groenland, de la Russie, des \u00c9tats-Unis, du Canada et de l\u2019Europe : depuis le retour des rivalit\u00e9s de puissance et la militarisation croissante de l\u2019Arctique, le pays constitue un point nodal pour les routes maritimes. <\/p>\n\n\n\n L\u2019Islande n\u2019entend pas brader les forces de son \u00e9conomie \u2014 ressources halieutiques, \u00e9nergie g\u00e9othermique et hydro\u00e9lectrique en abondance, coupl\u00e9es \u00e0 l\u2019industrie \u00e9lectro-intensive qu\u2019elles alimentent, notamment celle de l\u2019aluminium. Pour Reykjav\u00edk, la n\u00e9gociation avec Bruxelles ressemble donc \u00e0 un exercice d\u2019\u00e9quilibriste : comment s\u2019arrimer pleinement \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne tout en conservant la ma\u00eetrise nationale de ressources qui structurent le mod\u00e8le \u00e9conomique du pays ?<\/p>\n\n\n\n\n L\u2019Islande appara\u00eet divis\u00e9e sur la question europ\u00e9enne. Selon un r\u00e9cent sondage r\u00e9alis\u00e9 d\u00e9but mars 2026 par Gallup \u00e1 \u00cdslandi (Gallup Islande), 57 % des Islandais sont favorables \u00e0 la r\u00e9ouverture du processus d\u2019adh\u00e9sion, quand environ 30 % d\u2019entre eux se d\u00e9clarent oppos\u00e9s et 13 % ind\u00e9cis. Concernant la question de l\u2019adh\u00e9sion proprement dite, les chiffres sont plus serr\u00e9s : 44 % des Islandais se prononcent en faveur de l\u2019adh\u00e9sion, 36 % s\u2019y opposent, les ind\u00e9cis repr\u00e9sentant alors 20 % des personnes interrog\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n Ces sondages ne sont que le dernier instantan\u00e9 d\u2019une opinion qui a beaucoup fluctu\u00e9 ces vingt derni\u00e8res ann\u00e9es. Au moment de la crise financi\u00e8re de 2008-2010, le pays a connu une forte mont\u00e9e du soutien \u00e0 l\u2019adh\u00e9sion, ce qui avait conduit \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une candidature officielle en 2009. N\u00e9anmoins, au d\u00e9but des ann\u00e9es 2010, la controverse sur la politique de p\u00eache et la souverainet\u00e9 \u2014 le pays ayant unilat\u00e9ralement augment\u00e9 ses quotas de p\u00eache de maquereau, mesure qu\u2019a condamn\u00e9e l\u2019Union \u2014 a fait baisser le soutien \u00e0 l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 25 % en 2013.<\/p>\n\n\n\n La monnaie est l\u2019un des rares avantages tangibles qu\u2019apporterait l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019Union : l\u2019euro serait synonyme de stabilit\u00e9 pour l\u2019Islande.<\/p>Solange Bied-Charreton<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Les derni\u00e8res ann\u00e9es ont cependant invers\u00e9 cette tendance. Depuis 2022, le soutien \u00e0 l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019Union ne cesse de cro\u00eetre. La guerre en Ukraine, les questions de s\u00e9curit\u00e9, les d\u00e9bats sur la monnaie ont contribu\u00e9 \u00e0 fa\u00e7onner l\u2019opinion d\u2019une population islandaise majoritairement favorable \u00e0 la r\u00e9ouverture des n\u00e9gociations mais divis\u00e9e sur l\u2019adh\u00e9sion en elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n Cette trajectoire est tr\u00e8s bien d\u00e9crite par Magnus \u00c1rni Skj\u00f6ld Magn\u00fasson, professeur en sciences sociales \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Bifr\u00f6st, membre de l\u2019Alliance sociale-d\u00e9mocrate et pr\u00e9sident du Mouvement pour l\u2019Europe en Islande (Evr\u00f3puhreyfingin \u00e1 \u00cdslandi), une ONG affili\u00e9e au Mouvement europ\u00e9en international qui promeut l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne : \u00ab La candidature islandaise \u00e0 l\u2019Union en juillet 2009 ne rel\u00e8ve pas d\u2019un positionnement ancien mais d\u2019abord d\u2019une r\u00e9action \u00e0 la crise financi\u00e8re. \u00bb L\u2019effondrement du syst\u00e8me bancaire, dont la taille avait atteint jusqu\u2019\u00e0 dix fois le PIB, avait en effet r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une vuln\u00e9rabilit\u00e9 structurelle du pays \u2014 une \u00e9conomie ouverte, dot\u00e9e d\u2019une monnaie minuscule, avec pour cons\u00e9quence une forte exposition aux chocs externes. L\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019Union \u00e9tait d\u00e8s lors apparue comme une strat\u00e9gie de stabilisation.<\/p>\n\n\n\n Malgr\u00e9 ces premiers signes de soutien, l\u2019affaire Icesave survenue lors de la m\u00eame crise financi\u00e8re a, selon Magn\u00fasson, constitu\u00e9 un traumatisme politique durable en Islande.<\/p>\n\n\n\n Icesave \u00e9tait une banque d\u2019\u00e9pargne en ligne poss\u00e9d\u00e9e par Landsbanki \u2014 l\u2019un des trois \u00e9tablissements bancaires islandais qui s\u2019\u00e9taient effondr\u00e9s en l\u2019espace de quelques jours, entra\u00eenant avec eux l\u2019\u00e9conomie du pays. Face \u00e0 des faillites en cha\u00eene, le Fonds islandais de garantie des d\u00e9posants et des investisseurs (Tryggingarsj\u00f3\u00f0ur) s\u2019\u00e9tait rapidement retrouv\u00e9 \u00e0 court de ressources : incapable de faire face \u00e0 l\u2019ampleur des pertes, il n\u2019a pu honorer les garanties de d\u00e9p\u00f4ts des \u00e9pargnants \u00e9trangers ayant plac\u00e9 leurs \u00e9conomies dans Icesave, filiale tr\u00e8s populaire au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Lorsque Landsbanki fut plac\u00e9e sous administration judiciaire, le 7 octobre 2008, la crise a ainsi donn\u00e9 lieu \u00e0 un diff\u00e9rend diplomatique entre ces trois pays.<\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s un soutien initial \u00e0 Londres et La Haye, la Commission europ\u00e9enne a fini par donner raison \u00e0 l\u2019Islande. Toutefois, selon Magn\u00fasson, \u00ab en d\u00e9pit de la victoire juridique finale de l\u2019Islande, le dommage politique a \u00e9t\u00e9 majeur. Le sentiment d\u2019injustice, coupl\u00e9 \u00e0 une Union europ\u00e9enne per\u00e7ue comme hostile, a entra\u00een\u00e9 un retournement durable de l\u2019opinion publique dans la d\u00e9cennie suivante. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Si ce retournement peut contribuer \u00e0 expliquer l\u2019\u00e9chec des n\u00e9gociations d\u2019adh\u00e9sion entre 2009 et 2013, le chercheur soutient qu\u2019il faut y adjoindre des facteurs internes, li\u00e9s aux divisions du gouvernement islandais. Tandis que ses membres sociaux-d\u00e9mocrates soutenaient l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019Union, ceux de la gauche \u00e9cologiste (Vinstri gr\u00e6n) y \u00e9taient oppos\u00e9s. Celle-ci contr\u00f4lant des minist\u00e8res clefs, comme ceux de la P\u00eache et de l\u2019Agriculture, les n\u00e9gociations les plus sensibles ont \u00e9t\u00e9 ralenties ou bloqu\u00e9es. Ainsi, \u00ab l\u2019Islande s\u2019est retrouv\u00e9e \u00e0 n\u00e9gocier son adh\u00e9sion alors qu\u2019une partie de son propre gouvernement travaillait contre celle-ci \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Le contexte europ\u00e9en \u00e9tait \u00e9galement d\u00e9favorable \u00e0 l\u2019int\u00e9gration. Au d\u00e9but de la d\u00e9cennie 2010, l\u2019Union faisait face \u00e0 la crise de l\u2019euro. Par ailleurs, accapar\u00e9e par son \u00e9largissement en Europe centrale, elle a maintenu sa volont\u00e9 politique de ne pas accorder de traitement de faveur dans la r\u00e9ception des candidatures : ainsi, et bien que l\u2019Islande ait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 70 \u00e0 80 % de l\u2019acquis communautaire europ\u00e9en via l\u2019EEE et Schengen, le pays a \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 comme un candidat classique, sans reconnaissance de cette sp\u00e9cificit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n En cons\u00e9quence de ces difficult\u00e9s, tant l\u2019Islande que l\u2019Union ont manqu\u00e9 leur chance. <\/p>\n\n\n\n Malgr\u00e9 cela, Magn\u00fasson rappelle que le retrait des n\u00e9gociations en 2013 n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 vot\u00e9 par le Parlement : il s\u2019est agi d\u2019une simple notification politique \u00e0 la Commission. Juridiquement donc, la candidature islandaise reste valable, l\u2019Union ne l\u2019ayant jamais rejet\u00e9e formellement : cet \u00e9tat de fait permet aujourd\u2019hui une reprise des n\u00e9gociations sans repartir de z\u00e9ro \u2014 ce qui repr\u00e9sente un levier politique important.<\/p>\n\n\n\n Le contexte g\u00e9opolitique, qui a \u00e9volu\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, en constitue un autre : le Brexit, l\u2019importance strat\u00e9gique croissante de l\u2019Arctique et l\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 des \u00c9tats-Unis ont modifi\u00e9 le regard que l\u2019Union porte sur l\u2019Islande, d\u00e9sormais per\u00e7ue comme un partenaire strat\u00e9gique cr\u00e9dible. Une approche prudente est cependant de mise pour les partisans de l\u2019adh\u00e9sion, le calendrier en deux temps \u2014 un r\u00e9f\u00e9rendum sur la reprise des n\u00e9gociations, puis un second sur l\u2019adh\u00e9sion \u2014 permettant d\u2019\u00e9viter une polarisation excessive et de pr\u00e9server la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique. \u00ab Rester en dehors de l\u2019Union europ\u00e9enne, insiste Magn\u00fasson, reviendrait \u00e0 subir les r\u00e8gles ; y entrer, c\u2019est participer \u00e0 leur \u00e9laboration. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Si le \u00ab oui \u00bb l\u2019emportait le 29 ao\u00fbt prochain, l\u2019Islande et l\u2019Union europ\u00e9enne reprendraient une discussion d\u00e9j\u00e0 bien avanc\u00e9e : 27 chapitres sur 35 avaient \u00e9t\u00e9 ouverts, quand 11 avaient \u00e9t\u00e9 provisoirement clos, ces derniers \u00e9tant ceux pour lesquels l\u2019Islande \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 align\u00e9e avec la l\u00e9gislation europ\u00e9enne en vertu de sa participation \u00e0 l\u2019EEE. <\/p>\n\n\n\n D\u2019autres probl\u00e8mes de taille doivent cependant \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s \u2014 alors que la p\u00eache constitue le principal point de friction. En cas d\u2019adh\u00e9sion, l\u2019Islande devrait rejoindre la Politique commune de la p\u00eache (PCP) reposant sur des quotas fix\u00e9s au niveau europ\u00e9en et sur le partage des ressources maritimes des \u00c9tats membres. Cette approche constituerait un renversement total de perspective pour l\u2019\u00c9tat nordique, qui g\u00e8re aujourd\u2019hui ces questions en pleine souverainet\u00e9.<\/p>\n\n\n\n En Islande, le d\u00e9bat sur l\u2019Union est intimement li\u00e9 \u00e0 la question de la souverainet\u00e9, fondatrice de l\u2019identit\u00e9 du pays dans l\u2019imaginaire de ses citoyens.<\/p>Solange Bied-Charreton<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Centraux dans l\u2019\u00e9conomie islandaise, les produits de la p\u00eache repr\u00e9sentent pr\u00e8s de 40 % de ses exportations. Pour Sigur\u00f0ur Hannesson, \u00e9conomiste de formation, \u00e0 la t\u00eate de la Conf\u00e9d\u00e9ration des entreprises islandaises (SA \u2014 Samt\u00f6k atvinnul\u00edfsins), principale organisation patronale d\u2019Islande, il y a lieu de croire que l\u2019entr\u00e9e dans l\u2019Union ne sera pas b\u00e9n\u00e9fique \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de la p\u00eache islandaise. Hannesson souligne que l\u2019industrie de la p\u00eache, rentable et durable, ne re\u00e7oit en Islande aucune subvention publique, contrairement \u00e0 ce qui se pratique au sein de nombreux pays de l\u2019Union.<\/p>\n\n\n\n Pour Valur Ingimundarson, professeur d\u2019histoire contemporaine \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Islande, il est ainsi manifeste que sans contr\u00f4le national sur les ressources halieutiques, l\u2019Islande n\u2019int\u00e9grera pas l\u2019Union. Ce point n\u2019est pas n\u00e9gociable politiquement tant les souvenirs de \u00ab guerres de la morue \u00bb avec le Royaume-Uni ont pour l\u2019identit\u00e9 islandaise quelque chose de fondateur : \u00ab Nous avons gagn\u00e9 ces guerres et cette m\u00e9moire est toujours tr\u00e8s pr\u00e9sente. C\u2019est pour cela que toute id\u00e9e de transf\u00e9rer le contr\u00f4le de la p\u00eache \u00e0 une autorit\u00e9 ext\u00e9rieure est politiquement explosive. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Sujet moins m\u00e9diatis\u00e9 mais tout aussi strat\u00e9gique, les ressources \u00e9nerg\u00e9tiques \u2014 g\u00e9othermie et hydro\u00e9lectricit\u00e9 \u2014 devront \u00e9galement \u00eatre discut\u00e9es. L\u2019Islande poss\u00e8de \u00e0 cet \u00e9gard un syst\u00e8me unique au monde, presque enti\u00e8rement constitu\u00e9 d\u2019\u00e9nergies renouvelables : 85 \u00e0 90 % des logements sont chauff\u00e9s par g\u00e9othermie en Islande et 100 % de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 est renouvelable. Les ressources du pays lui permettent d\u2019ailleurs de produire cette \u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 bon march\u00e9 pour la fabrication d\u2019aluminium ou l\u2019alimentation des data centers. Alors que l\u2019Islande devra envisager son int\u00e9gration dans le march\u00e9 europ\u00e9en de l\u2019\u00e9nergie \u2014 avec les questions de r\u00e9glementation et de concurrence \u2014 ses avantages pourraient susciter quelques tensions lors des n\u00e9gociations.<\/p>\n\n\n\n En Islande, le caract\u00e8re renouvelable de l\u2019\u00e9nergie a fond\u00e9 un mod\u00e8le gagnant, permettant \u00e0 l\u2019industrie du pays d\u2019\u00e9viter les fortes fluctuations de prix observ\u00e9es en Europe. Si l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019Union ne changerait pas cette situation, \u00ab le v\u00e9ritable facteur de rupture, nuance Sigur\u00f0ur Hannesson, serait la construction d\u2019un interconnecteur \u00e9lectrique (c\u00e2ble) reliant l\u2019Islande au march\u00e9 europ\u00e9en. Cela permettrait certes d\u2019exporter l\u2019\u00e9nergie mais ferait aussi grimper les prix en introduisant une volatilit\u00e9 nuisible \u00e0 notre comp\u00e9titivit\u00e9. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Une pol\u00e9mique r\u00e9cente permet d\u2019\u00e9valuer le niveau de m\u00e9fiance de l\u2019industrie islandaise vis-\u00e0-vis de l\u2019Europe : l\u2019affaire du ferrosilicium, un alliage m\u00e9tallique qui, en Europe, est principalement produit en Islande et en Norv\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n Dans le cadre du Critical Raw Material Act, le ferrosilicum a \u00e9t\u00e9 class\u00e9 par l\u2019Union comme mati\u00e8re premi\u00e8re critique. Alors que, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, la hausse de la production \u2014 notamment au Kazakhstan, en Chine et aux \u00c9tats-Unis \u2014 a entra\u00een\u00e9 une baisse des prix, celle-ci a constitu\u00e9 pour Hannesson \u00ab un risque s\u00e9rieux pour les producteurs europ\u00e9ens. L\u2019Union a donc lanc\u00e9 une \u00e9tude de march\u00e9 en vue d\u2019introduire des mesures de sauvegarde. Rendue publique en novembre 2025, la d\u00e9cision est clairement punitive pour l\u2019Islande : malgr\u00e9 notre application des r\u00e9glementations europ\u00e9ennes et notre participation aux co\u00fbts via<\/em> le syst\u00e8me d\u2019\u00e9change de droits d\u2019\u00e9mission (ETS), l\u2019Union nous a trait\u00e9s comme les acteurs d\u2019un pays tiers comme la Chine ou le Br\u00e9sil. Ainsi, nous sommes soumis aux mesures de sauvegarde mais sans b\u00e9n\u00e9ficier du statut de partenaire europ\u00e9en. \u00bb En effet, les importations de ferrosilicium au sein de l\u2019Union sont d\u00e9sormais limit\u00e9es \u00e0 13 000 tonnes par an, ce qui repr\u00e9sente 75 % du volume import\u00e9 en moyenne : si le prix est inf\u00e9rieur \u00e0 un seuil fix\u00e9, un droit de douane variable s\u2019applique d\u00e9sormais aux mat\u00e9riaux entrants.<\/p>\n\n\n\n Les n\u00e9gociations autour de l\u2019agriculture islandaise \u2014 \u00e9levage ovin, produits laitiers \u2014 constitueront \u00e9galement un sujet important, tant l\u2019alignement sur la Politique agricole commune (PAC) semble improbable. Le secteur est en effet tr\u00e8s prot\u00e9g\u00e9 dans le pays : par cons\u00e9quent, la question des importations europ\u00e9ennes sera particuli\u00e8rement importante \u2014 aujourd\u2019hui, les droits de douane islandais sont tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s, de 30 \u00e0 60 % \u2014 tout comme celle d\u2019une r\u00e9forme des subventions, qui repr\u00e9sentent aujourd\u2019hui pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des revenus des agriculteurs. Preuve de sa sensibilit\u00e9, ce chapitre n\u2019avait m\u00eame pas \u00e9t\u00e9 abord\u00e9 lors des n\u00e9gociations pr\u00e9c\u00e9dentes. Sur un sujet connexe, symbolique mais hautement sensible, l\u2019Union est fermement oppos\u00e9e \u00e0 la chasse \u00e0 la baleine, que pratique encore l\u2019Islande : son renoncement \u00e0 cette pratique pourrait constituer une condition d\u2019adh\u00e9sion.<\/p>\n\n\n\n Les restrictions sur les investissements \u00e9trangers permises par certaines lois islandaises risqueraient \u00e9galement d\u2019\u00eatre remises en cause et seraient soumises \u00e0 n\u00e9gociation. Pour Sigur\u00f0ur Hannesson, alors que l\u2019Islande applique parfois les directives europ\u00e9ennes de mani\u00e8re plus stricte que n\u00e9cessaire, pour \u00e9viter tout risque de non-conformit\u00e9 \u2014 ce qui, en fin de compte, p\u00e9nalise ses entreprises sur le march\u00e9 int\u00e9rieur europ\u00e9en, emp\u00eatr\u00e9es dans une perte de comp\u00e9titivit\u00e9 ou sujettes \u00e0 un ralentissement de l\u2019innovation \u2014 il est probable que ce point soit \u00e9galement \u00e9voqu\u00e9 lors des pourparlers \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n La question mon\u00e9taire est de m\u00eame devenue centrale pour l\u2019Islande, qui conna\u00eet une inflation persistante et les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat les plus \u00e9lev\u00e9s d\u2019Europe, rendant l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 tr\u00e8s difficile pour les jeunes. Dans ce contexte, l\u2019euro deviendrait sans conteste un outil de stabilit\u00e9, ce qu\u2019explique \u00deorvaldur Gylfason, \u00e9conomiste, professeur \u00e9m\u00e9rite \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Islande : \u00ab La plus grande faiblesse de l\u2019\u00e9conomie islandaise a toujours \u00e9t\u00e9 l\u2019inflation. Turquie mise \u00e0 part, il a \u00e9t\u00e9 le pays europ\u00e9en le plus touch\u00e9 par celle-ci depuis les ann\u00e9es 1960. Cela montre que nous n\u2019avons pas \u00e9t\u00e9 capables, seuls, de maintenir une stabilit\u00e9 mon\u00e9taire durable avec la couronne islandaise. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Pour Gylfason, l\u2019exp\u00e9rience irlandaise est aussi dans les m\u00e9moires des Islandais. L\u2019Irlande, int\u00e9gr\u00e9e dans la zone euro, est en effet sortie de la crise \u00e9conomique de 2008-2010 gr\u00e2ce aux m\u00e9canismes de solidarit\u00e9 europ\u00e9ens, quand l\u2019Islande a d\u00fb faire chuter la valeur de sa propre monnaie. \u00ab Notre capacit\u00e9 d\u2019adaptation ne serait donc pas affaiblie par l\u2019entr\u00e9e dans la zone euro, au contraire. Certes, les chocs li\u00e9s aux cycles de la p\u00eache ou aux march\u00e9s mondiaux existeraient toujours mais avec cette adh\u00e9sion, l\u2019incertitude li\u00e9e au taux de change dispara\u00eetrait : avec la disparition de la couronne islandaise, nous ne conna\u00eetrions plus ces fluctuations violentes. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Depuis 2022, le soutien \u00e0 l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019Union ne cesse de cro\u00eetre en Islande.<\/p>Solange Bied-Charreton<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Pour Gylfason, la question de l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019Union se pose surtout en termes strat\u00e9giques et s\u00e9curitaires \u2014 plut\u00f4t qu\u2019en termes \u00e9conomiques. <\/p>\n\n\n\n Depuis l\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie, il estime essentiel que l\u2019Islande et la Norv\u00e8ge rejoignent l\u2019Union, la s\u00e9curit\u00e9 ne pouvant r\u00e9sider que dans le nombre. En Europe, du reste, les \u00c9tats-Unis ne sont plus per\u00e7us comme un partenaire fiable en mati\u00e8re de d\u00e9fense.<\/p>\n\n\n\n Cette analyse est contest\u00e9e avec force Valur Ingimundarson, qui souligne que Washington n\u2019exerce aucune pression directe sur l\u2019Islande. Pour celui-ci, parler de d\u00e9fense europ\u00e9enne, pour envisager l\u2019entr\u00e9e dans l\u2019Union, ne serait que d\u00e9placer la question : cette Union ne serait qu\u2019un langage de substitution pour parler de Trump, de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 globale et de la peur du d\u00e9classement. \u00ab Il faut \u00eatre tr\u00e8s clair : notre s\u00e9curit\u00e9 repose sur l\u2019OTAN et, en pratique, sur la pr\u00e9sence am\u00e9ricaine. \u00bb<\/p>\n\n\n\n \u00c0 ce titre, Ingimundarson rappelle l\u2019existence d\u2019un accord de d\u00e9fense entre les \u00c9tats-Unis et l\u2019Islande, sign\u00e9 en 1951 apr\u00e8s l\u2019occupation militaire du pays par les premiers lors de la Seconde Guerre mondiale et l\u2019adh\u00e9sion de l\u2019Islande \u00e0 l\u2019OTAN en 1949, sous fond de Guerre froide. \u00ab Par la suite, les Am\u00e9ricains ont ferm\u00e9 leur base de Keflav\u00edk, en 2006, par simple d\u00e9sint\u00e9r\u00eat strat\u00e9gique. Ce vide a r\u00e9v\u00e9l\u00e9, pour nous, une absence totale de strat\u00e9gie autonome de s\u00e9curit\u00e9 : nous avions besoin d\u2019une pr\u00e9sence am\u00e9ricaine minimale. Depuis l\u2019annexion de la Crim\u00e9e en 2014, les \u00c9tats-Unis effectuent des d\u00e9ploiements tournants. Leur pr\u00e9sence est continue : juridiquement il n\u2019y a pas de base permanente mais pratiquement, les Am\u00e9ricains sont l\u00e0 toute l\u2019ann\u00e9e. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Pour \u00c1sgeir Fri\u00f0geirsson, consultant en communication, ancien r\u00e9dacteur au magazine anglophone Iceland Review<\/em>, et directeur de plusieurs structures de conseil en relations publiques et strat\u00e9gie de communication, il serait imprudent de minimiser le bouleversement des \u00e9quilibres provoqu\u00e9s par le mandat de Trump. Avec la remise en cause des alliances occidentales et l\u2019affaire du Groenland, le centre de gravit\u00e9 se d\u00e9place vers l\u2019Atlantique Nord.<\/p>\n\n\n\n\n Observateur tout \u00e0 la fois de la vie politique et entrepreneuriale, Fri\u00f0geirsson donne le pouls d\u2019un monde des affaires islandais partag\u00e9 entre \u00c9tats-Unis et Europe : \u00ab Les acteurs de ce monde sont dans une posture d\u2019attente : ils jugent que ce n\u2019est pas le moment de prendre une d\u00e9cision. Cependant, les questions de s\u00e9curit\u00e9 gagnent en importance. Il nous faut disposer d\u2019une base plus solide que l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019OTAN et quelques accords de d\u00e9fense avec le Royaume-Uni ou l\u2019Allemagne, d\u2019autant que la s\u00e9curit\u00e9 ne se limite pas \u00e0 la d\u00e9fense militaire : elle englobe aussi les menaces hybrides, les cyberattaques, la protection des infrastructures, des c\u00e2bles sous-marins, etc. Sur tous ces sujets, nous avons besoin d\u2019alliances plus solides que celles dont nous disposons actuellement. \u00bb \u00c1sgeir Fri\u00f0geirsson insiste cependant sur l\u2019extraordinaire capacit\u00e9 de r\u00e9silience de la r\u00e9publique islandaise, raison pour laquelle la question europ\u00e9enne n\u2019est pas per\u00e7ue comme centrale.<\/p>\n\n\n\n Le fonctionnement du syst\u00e8me parlementaire islandais permet \u00e9galement de comprendre pourquoi la question europ\u00e9enne est aussi sensible sur le plan politique : ce syst\u00e8me rend en effet possible \u00e0 une minorit\u00e9 de bloquer facilement le travail en monopolisant le d\u00e9bat sur un sujet pr\u00e9cis. \u00ab Typiquement, la question europ\u00e9enne est utilis\u00e9e de cette mani\u00e8re par l\u2019opposition, d\u00e9taille Fri\u00f0geirsson. C\u2019est la raison pour laquelle la Premi\u00e8re ministre a cherch\u00e9 \u00e0 repousser le sujet autant que possible, afin de faire d\u2019abord passer des r\u00e9formes internes. La ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res [\u00deorger\u00f0ur Katrin Gunnarsd\u00f3ttir], en revanche, est beaucoup plus d\u00e9termin\u00e9e. Elle avait promis pendant la campagne \u00e9lectorale qu\u2019un r\u00e9f\u00e9rendum aurait lieu. La Premi\u00e8re ministre, qui vient des sociaux-d\u00e9mocrates, n\u2019avait pas fait de cette question une priorit\u00e9. Et dans l\u2019accord de coalition, il est simplement indiqu\u00e9 qu\u2019un r\u00e9f\u00e9rendum devra avoir lieu au plus tard en 2027. Rien de plus. \u00bb <\/p>\n\n\n\n Quant \u00e0 l\u2019opinion publique, elle reste profond\u00e9ment divis\u00e9e sur le sujet. Le d\u00e9bat sur l\u2019Union est intimement li\u00e9 \u00e0 la question de la souverainet\u00e9, fondatrice de l\u2019identit\u00e9 islandaise dans l\u2019imaginaire des citoyens du pays. \u00c0 gauche comme \u00e0 droite, on craint que l\u2019adh\u00e9sion ne s\u2019accompagne d\u2019une perte de contr\u00f4le sur le destin national, le pays n\u2019\u00e9tant ind\u00e9pendant du Danemark que depuis 1944. Cette mentalit\u00e9 insulaire rappelle beaucoup le d\u00e9bat britannique autour du Brexit : on y retrouve la m\u00eame id\u00e9e d\u2019isolement et, dans le m\u00eame temps, la m\u00eame peur de perdre en souverainet\u00e9. Ce trait peut aussi \u00eatre observ\u00e9 en Norv\u00e8ge, notamment dans les r\u00e9gions du Nord, tr\u00e8s isol\u00e9es g\u00e9ographiquement.<\/p>\n\n\n\n Dans ce contexte insulaire, Fri\u00f0geirsson attire aussi notre attention sur le syst\u00e8me ETS, \u00e9voqu\u00e9 par Hannesson \u00e0 propos du ferrosilicium : si le principe de faire payer les \u00e9missions de CO2<\/sub> est juste, il est adapt\u00e9 \u00e0 un pays continental. Or, en Islande, \u00ab nous n\u2019avons pas encore d\u2019avions ou de cargos \u00e9lectriques\u2026 Nous devons donc payer des taxes pour exporter nos produits, alors m\u00eame que notre \u00e9lectricit\u00e9 est presque enti\u00e8rement verte. Nous ne contestons pas la politique climatique en tant que telle, mais sa mise en \u0153uvre pose de vrais probl\u00e8mes pour un pays insulaire. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Le partage de souverainet\u00e9 est l\u2019un des principes fondamentaux de l\u2019Union. Or pour l\u2019Islande, la s\u00e9curit\u00e9 ne pourrait se trouver que dans ce partage.<\/p>Solange Bied-Charreton<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Au fond, nombre d\u2019Islandais se posent toujours la m\u00eame question : quel serait l\u2019avantage concret d\u2019une adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne ? Ayant d\u00e9j\u00e0 acc\u00e8s au march\u00e9 via<\/em> l\u2019Espace \u00e9conomique europ\u00e9en, beaucoup de citoyens du pays peinent \u00e0 voir ce que celle-ci apporterait de plus.<\/p>\n\n\n\n La monnaie reste l\u2019un des rares avantages tangibles qu\u2019apporterait l\u2019adh\u00e9sion : comme nous l\u2019avons vu, l\u2019euro serait synonyme de stabilit\u00e9. Celle-ci pourrait n\u00e9anmoins entra\u00eener plus de rigidit\u00e9 sur le march\u00e9 du travail, voire du ch\u00f4mage. \u00ab Dans un syst\u00e8me \u00e9conomique, la pression atterrit toujours quelque part \u00bb, ajoute Fri\u00f0geirsson. Or, le mod\u00e8le \u00e9conomique islandais est marqu\u00e9 par un lib\u00e9ralisme prononc\u00e9, avec une grande flexibilit\u00e9 du march\u00e9 du travail, une fiscalit\u00e9 attractive et une privatisation pouss\u00e9e de secteurs clefs comme la p\u00eache ou l\u2019\u00e9nergie.<\/p>\n\n\n\n Dans cette soci\u00e9t\u00e9 que l\u2019\u00e9conomiste \u00deorvaldur Gylfason d\u00e9crit volontiers comme \u00ab oligopolistique \u00bb, o\u00f9 quelques grands acteurs \u00e9conomiques disposent d\u2019un pouvoir consid\u00e9rable, ceux-ci \u00ab craignent de le perdre en rejoignant l\u2019Union, parce qu\u2019ils savent qu\u2019ils ne pourraient pas influencer la Commission europ\u00e9enne \u00e0 Bruxelles de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019ils p\u00e8sent sur les d\u00e9cisions des responsables politiques islandais \u00bb. C\u2019est l\u2019une des raisons majeures pour lesquelles, selon Gylfason, l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019Union est souhaitable : elle permettrait de r\u00e9duire le pouvoir excessif de ces oligarques et de renforcer la d\u00e9mocratie en Islande. <\/p>\n\n\n\n Le partage de souverainet\u00e9 est l\u2019un des principes fondamentaux de l\u2019Union. Or pour l\u2019Islande, la s\u00e9curit\u00e9 ne pourrait se trouver que dans ce partage. Selon Gylfason, \u00ab Les opposants veulent tout avoir sans rien c\u00e9der. Mais une union politique est comme un mariage : le partage de la souverainet\u00e9 ne signifie pas la perte de la libert\u00e9. C\u2019est un choix politique \u2014 et le choix politique est une forme de libert\u00e9. \u00bb. Mariage politique, le choix de l\u2019int\u00e9gration laisse \u00e9galement la possibilit\u00e9, en cas de d\u00e9saccord, de divorcer<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Apr\u00e8s le moment Groenland, les menaces de Trump pourraient \u00eatre en train de provoquer l\u2019inverse du Brexit.<\/p>\n Alors que l\u2019Islande organisera cette ann\u00e9e un r\u00e9f\u00e9rendum pour rouvrir son processus d\u2019int\u00e9gration \u00e0 l\u2019Union, Solange Bied-Charreton revient sur le cycle des n\u00e9gociations qui pourrait faire de l\u2019\u00eele le 28e \u00c9tat membre.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":322934,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-studies.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[2980],"tags":[],"geo":[1917],"class_list":["post-322915","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-elections","staff-solange-bied-charreton","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":"default"},"yoast_head":"\n
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Devenir le 28e \u00c9tat membre : la crainte d\u2019un d\u00e9classement<\/h2>\n\n\n\n
Une nouvelle \u00ab guerre de la morue \u00bb<\/h3>\n\n\n\n
La fin du mod\u00e8le \u00e9nerg\u00e9tique islandais<\/h3>\n\n\n\n
Le dilemme du protectionnisme <\/h3>\n\n\n\n
De la couronne islandaise \u00e0 l\u2019euro<\/h3>\n\n\n\n
Rejoindre l\u2019Union au temps de Trump<\/h2>\n\n\n\n
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