{"id":322521,"date":"2026-03-16T07:30:00","date_gmt":"2026-03-16T06:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=322521"},"modified":"2026-03-15T18:33:38","modified_gmt":"2026-03-15T17:33:38","slug":"projet-2050-manifeste-pour-une-europe-qui-se-reveille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/03\/16\/projet-2050-manifeste-pour-une-europe-qui-se-reveille\/","title":{"rendered":"Projet 2050 : manifeste pour une Europe qui se r\u00e9veille"},"content":{"rendered":"\n
Le Grand Continent et le CEPR lancent un nouveau projet : articuler des propositions concr\u00e8tes pour l’Europe de 2050. Pour suivre cette initiative europ\u00e9enne et recevoir tous nos contenus, abonnez-vous \u00e0 la revue<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n Depuis 2020, l\u2019Europe a \u00e9t\u00e9 tir\u00e9e de son sommeil par six crises cons\u00e9cutives. La premi\u00e8re d\u2019entre elles a \u00e9t\u00e9 celle du Covid. Alors que les gouvernements nationaux ont r\u00e9tabli en quelques jours les contr\u00f4les aux fronti\u00e8res et impos\u00e9 des restrictions \u00e0 l’exportation, il a fallu plus d\u2019un an pour reconstruire les m\u00e9canismes communs, notamment l\u2019approvisionnement et la distribution conjoints de vaccins. Un tel choc a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la fragilit\u00e9 du march\u00e9 unique europ\u00e9en : l\u2019int\u00e9gration, longtemps consid\u00e9r\u00e9e comme irr\u00e9versible, pouvait se d\u00e9faire si la pression \u00e9tait suffisamment forte.<\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s la pand\u00e9mie, les cha\u00eenes d\u2019approvisionnement mondiales se sont gripp\u00e9es. La p\u00e9nurie de semi-conducteurs a arr\u00eat\u00e9 les cha\u00eenes de production. Des porte-conteneurs ont \u00e9t\u00e9 bloqu\u00e9s dans le canal de Suez. En Europe, ces perturbations nous ont fait prendre conscience de notre profonde d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de complexes cha\u00eenes de valeur mondiales : nous avions optimis\u00e9 l\u2019efficacit\u00e9 au d\u00e9triment de la r\u00e9silience.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 ces difficult\u00e9s s\u2019en sont ajout\u00e9es d\u2019autres. En f\u00e9vrier 2022, l\u2019arm\u00e9e russe a envahi l\u2019Ukraine. La guerre \u00e9tait de retour sur le continent et r\u00e9v\u00e9lait \u00e0 quel point les politiques pass\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la Russie \u2014 telle la tentative de mod\u00e9rer ses ambitions par l\u2019interd\u00e9pendance \u00e9conomique, Wandel durch Handel<\/em> <\/em>\u2014 avaient \u00e9chou\u00e9. Confront\u00e9e \u00e0 une crise \u00e9nerg\u00e9tique, l\u2019Europe craignait de manquer de gaz pour passer l\u2019hiver 2022 et de voir certaines de ses usines fermer. Elle a su ma\u00eetriser l\u2019urgence, mais principalement en rempla\u00e7ant le gaz russe achemin\u00e9 par gazoduc par des importations de gaz naturel liqu\u00e9fi\u00e9 plus co\u00fbteuses. Celles-ci ont fortement d\u00e9t\u00e9rior\u00e9 la balance commerciale de l\u2019Union.<\/p>\n\n\n\n Peu de temps apr\u00e8s, l\u2019industrie europ\u00e9enne \u2014 en particulier les secteurs de la machine-outil et de l\u2019automobile \u2014 a \u00e9galement pris conscience de sa d\u00e9pendance croissante vis-\u00e0-vis du march\u00e9 chinois. Alors que la Chine montrait clairement sa volont\u00e9 d\u2019utiliser son nouveau pouvoir \u00e9conomique \u00e0 des fins coercitives, les entreprises de ce pays, pr\u00e9sentes en Europe, se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es \u00eatre des concurrents redoutables pour celles du continent.<\/p>\n\n\n\n En Europe, nous avions optimis\u00e9 l\u2019efficacit\u00e9 au d\u00e9triment de la r\u00e9silience.<\/p>Olivier Blanchard et Beatrice Weder di Mauro<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n En avril et en septembre 2024, les rapports Draghi<\/a> et Letta<\/a> ont \u00e0 leur tour tir\u00e9 la sonnette d\u2019alarme. Leur diagnostic est sans appel : l\u2019Europe accuse un s\u00e9rieux retard en mati\u00e8re de croissance de la productivit\u00e9 ; le march\u00e9 unique reste fragment\u00e9, les march\u00e9s des capitaux inaboutis, l\u2019innovation et le financement \u00e0 grande \u00e9chelle insuffisants. Les faiblesses point\u00e9es par ces deux rapports sont structurelles et non conjoncturelles. Y rem\u00e9dier n\u00e9cessite des r\u00e9formes soutenues.<\/p>\n\n\n\n Le dernier avertissement en date \u2014 sonore et pressant \u2014 est venu des \u00c9tats-Unis, sous la forme de six salves.<\/p>\n\n\n\n Le 14 f\u00e9vrier 2025, lors de la conf\u00e9rence de Munich sur la s\u00e9curit\u00e9, l\u2019Europe a essuy\u00e9 de vives critiques visant ses dirigeants et ses valeurs<\/a>.<\/p>\n\n\n\n Le 2 avril 2025, Trump a annonc\u00e9 l\u2019imposition de droits de douane de 20 % sur les produits de l\u2019Union.<\/p>\n\n\n\n Le 27 juillet 2025, l\u2019Union acceptait un accord commercial asym\u00e9trique, ramenant ces droits \u00e0 15 %.<\/p>\n\n\n\n Le 15 ao\u00fbt 2025, Trump rencontrait Poutine \u00e0 la base d\u2019Anchorage<\/a> pour n\u00e9gocier la fin de la guerre en Ukraine \u2014 sans que ni l\u2019Ukraine ni l\u2019Europe ne soient convi\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n En novembre 2025, la Maison-Blanche publiait une strat\u00e9gie de s\u00e9curit\u00e9 nationale<\/a> o\u00f9 l\u2019Europe est dite confront\u00e9e \u00e0 un\u00ab effacement civilisationnel \u00bb.<\/p>\n\n\n\n En janvier 2026, enfin, le moment Groenland<\/a> a soulev\u00e9 des questions essentielles quant \u00e0 la possibilit\u00e9 pour les \u00c9tats-Unis de demeurer un partenaire de l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n On aurait pu s\u2019attendre \u00e0 ce qu\u2019un seul de ces \u00e9v\u00e9nements suffise \u00e0 faire comprendre \u00e0 l\u2019Europe qu\u2019elle devra sans doute apprendre \u00e0 se d\u00e9brouiller seule. Il n\u2019en a rien \u00e9t\u00e9. Il semble qu\u2019il existe en Europe un moyen de faire taire les alarmes qui retentissent \u00e0 nos oreilles \u2014 moyen trop simple d\u2019usage et trop tentant \u00e0 employer. Malgr\u00e9 les avertissements, l\u2019Union retrouve le sommeil. Les cycles politiques nationaux, les contraintes institutionnelles, les r\u00e8gles de gouvernance et les int\u00e9r\u00eats bien \u00e9tablis s\u2019interposent.<\/p>\n\n\n\n Le statu quo<\/em> n\u2019est pourtant pas une option. Si nous continuons \u00e0 dormir, nos perspectives ne feront que s\u2019assombrir.<\/p>\n\n\n\n Notre projet, sous l\u2019\u00e9gide du CEPR, part du constat que l\u2019Europe doit d\u00e9sormais veiller, pour trouver l\u2019\u00e9nergie n\u00e9cessaire \u00e0 une r\u00e9forme en profondeur.<\/p>\n\n\n\n Au lieu de partir de \u00ab ce qui est politiquement possible \u00bb, nous proposons de commencer par la fin \u2014 une vision claire de l\u2019avenir de l\u2019Europe, \u00e0 partir de laquelle nous pourrions remonter jusqu\u2019au moment pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n Si nous continuons \u00e0 dormir, nos perspectives ne feront que s\u2019assombrir.<\/p>Olivier Blanchard et Beatrice Weder di Mauro<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n O\u00f9 voulons-nous \u00eatre dans vingt-cinq ans ? <\/p>\n\n\n\n Cette question est simple mais exigeante. Elle d\u00e9ploie un horizon suffisamment lointain pour d\u00e9passer les contraintes et les crises actuelles, en se concentrant sur l\u2019essentiel. Elle discipline la r\u00e9flexion et permet de distinguer les ajustements tactiques des d\u00e9cisions clefs, menant \u00e0 une destination claire.<\/p>\n\n\n\n On pourrait appeler cela : le \u00ab test de Singapour \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Partons d\u2019abord d\u2019une hypoth\u00e8se existentielle et supposons que, dans vingt-cinq ans, l\u2019Europe existe toujours en tant qu\u2019entit\u00e9 politique coh\u00e9rente. Celle-ci ne sera peut-\u00eatre pas uniforme et l\u2019int\u00e9gration pourra se faire \u00e0 des rythmes et \u00e0 des niveaux d\u2019approfondissement diff\u00e9rents. Pour autant, consid\u00e9rons qu\u2019il existe toujours un noyau clair \u2014 un groupe de pays li\u00e9s non seulement par des trait\u00e9s, mais aussi par des valeurs communes : la d\u00e9mocratie, l\u2019ouverture, l\u2019\u00c9tat de droit et la responsabilit\u00e9 mutuelle.<\/p>\n\n\n\n Ce noyau europ\u00e9en est capable de se prot\u00e9ger. Il dispose de capacit\u00e9s militaires int\u00e9gr\u00e9es et de la volont\u00e9 politique de les utiliser \u00e0 des fins de dissuasion et de d\u00e9fense. Il peut r\u00e9pondre non seulement aux menaces conventionnelles, mais aussi aux attaques \u00e9conomiques, informationnelles ou cyber.<\/p>\n\n\n\n Dans cet avenir, notre s\u00e9curit\u00e9 n\u2019est pas externalis\u00e9e et notre souverainet\u00e9 est bien r\u00e9elle \u2014 et non purement symbolique.<\/p>\n\n\n\n Les syst\u00e8mes politiques europ\u00e9ens sont l\u00e9gitimes et inclusifs : leurs institutions d\u00e9mocratiques fonctionnent efficacement et les minorit\u00e9s sont prot\u00e9g\u00e9es. Certes, nous pouvons conna\u00eetre de vifs d\u00e9saccords politiques, mais ceux-ci sont encadr\u00e9s par des normes constitutionnelles communes. La confiance dans le gouvernement signifie la certitude que les institutions agissent dans l\u2019int\u00e9r\u00eat public.<\/p>\n\n\n\n Dans ce futur projet\u00e9, l\u2019Europe a \u00e9galement su aborder le d\u00e9clin d\u00e9mographique de mani\u00e8re pragmatique. Elle a mis en place un syst\u00e8me d\u2019immigration intelligent, adapt\u00e9 aux besoins du march\u00e9 du travail et soutenu par des politiques d\u2019int\u00e9gration efficaces. La migration est d\u00e9sormais ordonn\u00e9e, humaine et l\u00e9gale. Les travers\u00e9es irr\u00e9guli\u00e8res dangereuses ont largement cess\u00e9 maintenant que des voies l\u00e9gales existent et sont op\u00e9rationnelles. L\u2019immigration n\u2019est plus diabolis\u00e9e ni id\u00e9alis\u00e9e ; elle est consid\u00e9r\u00e9e comme un \u00e9l\u00e9ment d\u2019une strat\u00e9gie \u00e9conomique et sociale plus large.<\/p>\n\n\n\n L\u2019Europe b\u00e9n\u00e9ficie \u00e9galement d\u2019un acc\u00e8s \u00e0 une \u00e9nergie abondante, abordable et propre. Notre d\u00e9pendance a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duite gr\u00e2ce aux \u00e9nergies renouvelables, aux progr\u00e8s technologiques et \u00e0 l\u2019int\u00e9gration des march\u00e9s de l\u2019\u00e9nergie. Gr\u00e2ce \u00e0 une formule combinant infrastructures, urbanisme et innovation, nous nous adaptons au changement climatique de mani\u00e8re proactive et non r\u00e9active. Par ses efforts, le continent continue de r\u00e9duire ses \u00e9missions tout en soutenant les efforts de transition \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale.<\/p>\n\n\n\n En 2050, tel que nous l\u2019imaginons, la gouvernance de l\u2019Europe est fortement d\u00e9centralis\u00e9e : les d\u00e9cisions sont prises au plus pr\u00e8s des citoyens. Les autorit\u00e9s locales et r\u00e9gionales g\u00e9n\u00e8rent des recettes importantes et g\u00e8rent de nombreux services publics : elles renforcent la responsabilit\u00e9 et la confiance. La d\u00e9centralisation fiscale encourage de m\u00eame l\u2019exp\u00e9rimentation et la diversit\u00e9 des politiques.<\/p>\n\n\n\n Dans le m\u00eame temps, chaque fois qu\u2019il s\u2019agit d\u2019agir \u00e0 l\u2019\u00e9chelle pertinente, l\u2019Europe se mobilise collectivement. Qu\u2019il s\u2019agisse de d\u00e9fense, de commerce, de politique climatique, de relations ext\u00e9rieures ou de la r\u00e9glementation fondamentale des march\u00e9s \u2014 tous ces sujets sont examin\u00e9s et ma\u00eetris\u00e9s au niveau europ\u00e9en. Le r\u00e9sultat s\u2019apparente au mod\u00e8le que conna\u00eet la Suisse : nous savons conjuguer une forte autonomie locale \u00e0 une autorit\u00e9 centrale cr\u00e9dible qui d\u00e9fend les int\u00e9r\u00eats communs.<\/p>\n\n\n\n En 2050, tel que nous l\u2019imaginons, la gouvernance de l\u2019Europe est fortement d\u00e9centralis\u00e9e : les d\u00e9cisions sont prises au plus pr\u00e8s des citoyens.<\/p>Olivier Blanchard et Beatrice Weder di Mauro<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Cette int\u00e9gration institutionnelle va de pair avec l\u2019int\u00e9gration physique. \u00c0 travers le continent, le train \u00e0 grande vitesse relie efficacement les grandes villes, r\u00e9duisant ainsi le recours aux vols court-courriers. Les d\u00e9placements en Europe sont d\u00e9sormais rapides, fiables et durables.<\/p>\n\n\n\n L\u2019euro est devenu une monnaie mondiale \u00e0 part enti\u00e8re<\/a>. Il est maintenant largement utilis\u00e9 dans le commerce, la finance et les r\u00e9serves. Gr\u00e2ce \u00e0 des march\u00e9s de capitaux europ\u00e9ens profonds et int\u00e9gr\u00e9s, les fonds circulent efficacement au-del\u00e0 des fronti\u00e8res et soutiennent l\u2019innovation. Les institutions mon\u00e9taires et budg\u00e9taires europ\u00e9ennes sont cr\u00e9dibles et coordonn\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n Nos universit\u00e9s europ\u00e9ennes comptent parmi les meilleures institutions mondiales. Sans copier l\u2019Ivy League, elles ont su mettre en place un syst\u00e8me d\u2019excellence d\u00e9centralis\u00e9 et accessible. En Europe, les \u00e9cosyst\u00e8mes d\u2019innovation relient la recherche, l\u2019entrepreneuriat et l\u2019industrie \u00e0 travers de multiples r\u00e9gions \u2014 favorisant \u00e0 grande \u00e9chelle l\u2019innovation technologique et l\u2019\u00e9mergence de nouveaux talents. <\/p>\n\n\n\n Gr\u00e2ce \u00e0 tous ces avantages, dans l\u2019avenir que nous envisageons, l\u2019Europe s\u2019impose comme l\u2019une des trois grandes puissances mondiales, aux c\u00f4t\u00e9s des \u00c9tats-Unis et de la Chine. Sans dominer, elle a su conqu\u00e9rir le statut d\u2019un acteur autonome et influent. Elle r\u00e9siste aux pressions lorsque cela s\u2019impose, agit de mani\u00e8re ind\u00e9pendante quand il le faut et coop\u00e8re quand c\u2019est b\u00e9n\u00e9fique. Dans chaque conflit, elle n\u2019est pas contrainte de choisir son camp : bien plut\u00f4t, elle est capable de constituer le sien.<\/p>\n\n\n\n La vision que nous esquissons est ambitieuse, mais pas irr\u00e9aliste. <\/p>\n\n\n\n Elle ne pr\u00e9suppose ni uniformit\u00e9 ni consensus sur toutes les questions d\u2019int\u00e9gration, car les diff\u00e9rences sont inh\u00e9rentes \u00e0 une Union pluraliste. Elle demande n\u00e9anmoins des choix politiques, une adaptation institutionnelle et un effort soutenu.<\/p>\n\n\n\n Le futur que nous avons projet\u00e9 fournit un rep\u00e8re \u00e0 l\u2019aune duquel les r\u00e9formes actuelles peuvent \u00eatre \u00e9valu\u00e9es. La progression vers celui-ci exige davantage que des ajustements techniques : elle n\u00e9cessite une clart\u00e9 d\u2019intention et une honn\u00eatet\u00e9 face aux contraintes. Elle exige de repenser \u00e0 la fois les politiques nationales et celles au niveau europ\u00e9en.<\/p>\n\n\n\n Dans ce projet, nous nous concentrons sur la dimension transfrontali\u00e8re et sur les actions \u00e0 mener au niveau europ\u00e9en \u2014 qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019Union ou de coalitions de volontaires. L\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne a souvent progress\u00e9 \u00e0 travers les crises \u2014 non pas parce qu\u2019elles sont souhaitables, mais parce qu\u2019elles imposent des d\u00e9cisions. Le d\u00e9fi d\u2019aujourd\u2019hui consiste \u00e0 agir avec d\u00e9termination sans attendre le sursaut que provoquerait une nouvelle crise.<\/p>\n\n\n\n La r\u00e9forme de la gouvernance europ\u00e9enne est essentielle. La r\u00e8gle de l\u2019unanimit\u00e9 dans les domaines politiques clefs entrave l\u2019action. D\u00e8s lors, r\u00e9duire son champ d\u2019application n\u2019\u00e9liminerait pas les d\u00e9saccords, mais permettrait d\u2019\u00e9viter la paralysie.<\/p>\n\n\n\n Une int\u00e9gration diff\u00e9renci\u00e9e et des coalitions de volontaires pourraient \u00e9galement devenir de plus en plus n\u00e9cessaires. Si cette approche soul\u00e8ve des questions difficiles concernant les droits de vote, l\u2019\u00e9quilibre institutionnel et le traitement r\u00e9serv\u00e9 aux gouvernements qui ne partagent pas les valeurs fondamentales de l\u2019Union, elle ne saurait toutefois \u00eatre \u00e9cart\u00e9e. Au contraire : la guerre en Ukraine a mis en \u00e9vidence les limites des arrangements actuels et il est urgent de trouver de nouveaux cadres de coordination.<\/p>\n\n\n\n Si le renforcement de la coop\u00e9ration est n\u00e9cessaire, la forme que cette consolidation pourrait prendre reste sujet \u00e0 d\u00e9bats \u2014 qu\u2019il s\u2019agisse de mener des achats conjoints, de partager les capacit\u00e9s ou d\u2019approfondir l\u2019int\u00e9gration op\u00e9rationnelle. Alors que l\u2019interop\u00e9rabilit\u00e9 seule entre acteurs europ\u00e9ens pourrait ne pas suffire, la question d\u2019un financement commun \u2014 budgets nationaux, dette commune ou fiscalit\u00e9 europ\u00e9enne \u2014 reste quant \u00e0 elle en suspens.<\/p>\n\n\n\n L\u2019immigration constitue un autre d\u00e9fi structurel : les tendances d\u00e9mographiques et l\u2019instabilit\u00e9 mondiale laissent pr\u00e9sager une pression continue sur l\u2019Europe. Il s\u2019agit d\u00e8s lors de consid\u00e9rer l\u2019ampleur, l\u2019application et la l\u00e9gitimit\u00e9 : combien de personnes peuvent \u00eatre accueillies, comment les r\u00e8gles d\u2019asile peuvent \u00eatre appliqu\u00e9es de mani\u00e8re coh\u00e9rente et comment le regroupement familial peut \u00eatre g\u00e9r\u00e9. L\u2019exp\u00e9rience de Schengen, qui illustre \u00e0 la fois les avantages et la fragilit\u00e9 des accords ouverts, pourrait servir de mod\u00e8le pour une coop\u00e9ration flexible.<\/p>\n\n\n\n L\u2019Union doit \u00e9galement acc\u00e9l\u00e9rer l\u2019innovation, la productivit\u00e9 et la croissance en Europe. Elle doit d\u00e9cider dans quels domaines rivaliser \u00e0 la pointe de la technologie et dans quels domaines s\u2019en remettre \u00e0 des fournisseurs externes.<\/p>\n\n\n\n L\u2019intelligence artificielle illustre ce dilemme : si sa r\u00e9glementation est n\u00e9cessaire, des mesures excessives ou mal con\u00e7ues pourraient affaiblir la comp\u00e9titivit\u00e9 des entreprises europ\u00e9ennes. Ce sujet soul\u00e8ve \u00e9galement d\u2019autres questions plus g\u00e9n\u00e9rales et tout aussi importantes, concernant l\u2019\u00e9ducation, la prise de risque et l\u2019attitude \u00e0 adopter face \u00e0 l\u2019\u00e9chec.<\/p>\n\n\n\n L\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne a souvent progress\u00e9 \u00e0 travers les crises \u2014 non pas parce qu\u2019elles sont souhaitables, mais parce qu\u2019elles imposent des d\u00e9cisions.<\/p>Olivier Blanchard et Beatrice Weder di Mauro<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n L\u2019int\u00e9gration financi\u00e8re reste incompl\u00e8te. L\u2019union bancaire n\u2019est pas achev\u00e9e en Europe ; les actifs s\u00fbrs communs sont limit\u00e9s ; le r\u00f4le international de l\u2019euro est encore restreint. Les efforts visant \u00e0 renforcer cette monnaie soul\u00e8vent des questions strat\u00e9giques et institutionnelles, \u00e9tant donn\u00e9 le r\u00f4le croissant jou\u00e9 par de nouvelles technologies financi\u00e8res telles que les stablecoins<\/a>.<\/p>\n\n\n\nLes r\u00e9veils manqu\u00e9s de l\u2019Union<\/h2>\n\n\n\n
Quelle pourrait \u00eatre l\u2019Europe de 2050 ?<\/h2>\n\n\n\n
\u00c9chapper \u00e0 la fragmentation : les d\u00e9fis actuels de l\u2019Union<\/h2>\n\n\n\n