{"id":322386,"date":"2026-03-22T06:00:00","date_gmt":"2026-03-22T05:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=322386"},"modified":"2026-03-21T13:53:45","modified_gmt":"2026-03-21T12:53:45","slug":"le-siecle-de-walter-benjamin-didi-huberman","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/03\/22\/le-siecle-de-walter-benjamin-didi-huberman\/","title":{"rendered":"Le si\u00e8cle de Walter Benjamin, une conversation avec Georges Didi-Huberman"},"content":{"rendered":"\n

Un ange passe.<\/em><\/p>\n\n\n\n

Face \u00e0 ce moment, devant cet ange, dans ce passage, Walter Benjamin avait choisi l\u2019<\/em>Angelus Novus de Paul Klee pour personnifier l\u2019histoire \u2014 \u00ab comme une alternative possible aux anges guerriers des grands d\u00e9crets eschatologiques chr\u00e9tiens \u00bb, ajoute Georges Didi-Huberman. Un deuxi\u00e8me ange appara\u00eet alors \u2014 et d\u2019autres pourraient le suivre. <\/em><\/p>\n\n\n\n

Des anges passent.<\/em><\/p>\n\n\n\n

Ils ne viennent plus de l\u00e0-haut : les anges de l\u2019apocalypse ont \u00e9t\u00e9 contest\u00e9s, puis remplac\u00e9s. Didi-Huberman nous fait signe vers autre chose : les <\/em> \u00ab \u00eatres-anges de l\u2019histoire \u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n

Dans <\/em>Les Anges de l’Histoire. Images des temps inquiets (\u00c9ditions de Minuit), Georges Didi-Huberman retrace l\u2019histoire des images et des imaginations des anges et des apocalypses, de la fameuse aquarelle de Klee \u2014 dont il propose une nouvelle lecture \u2014 et d\u2019un passeur qui peut nous aider \u00e0 penser dans l\u2019inqui\u00e9tude de notre si\u00e8cle : Walter Benjamin.<\/em><\/p>\n\n\n\n

Car il y a encore, malgr\u00e9 tout, une \u00ab quantit\u00e9 infinie d\u2019espoir \u00bb. <\/em><\/p>\n\n\n\n

Grand entretien.<\/em><\/p>\n\n\n\n

Walter Benjamin a v\u00e9cu un \u00e2ge d\u2019apocalypse, marqu\u00e9 par deux guerres mondiales et le triomphe du fascisme. Peut-on lire son \u0153uvre comme une tentative de penser voire de conjurer les catastrophes dont il fut le contemporain ?<\/h3>\n\n\n\n

Penser la catastrophe, certainement. Mais la conjurer, je ne vois pas comment. Vous connaissez cette all\u00e9gorie h\u00e9g\u00e9lienne sur la philosophie \u2014 la chouette de Minerve qui s\u2019envole toujours de nuit et, donc, toujours trop tard, s\u2019\u00e9tant d\u00e9rob\u00e9e comme elle pouvait, cach\u00e9e dans le tronc d\u2019un arbre, aux \u00e9v\u00e9nements de la \u00ab folie du jour \u00bb\u2026 Penser ce qui nous arrive ne conjure en rien ce qui nous arrive, malheureusement.<\/p>\n\n\n\n

La force de conjuration d\u2019une pens\u00e9e, c\u2019est sa puissance d\u2019alarmer <\/em>avant m\u00eame que d\u2019armer<\/em>  : un \u00ab avertissement d\u2019incendie \u00bb, comme disait justement Benjamin, fond\u00e9 sur un acte de m\u00e9moire et, au-del\u00e0, d\u2019espoir pour l\u2019avenir. Elle a une valeur pour le futur en convoquant le pr\u00e9sent au tribunal de l\u2019histoire. Elle commence par \u00ab organiser le pessimisme \u00bb, fa\u00e7on d\u2019envisager son d\u00e9passement. C\u2019est pourquoi, dans son<\/em> propre pr\u00e9sent, Benjamin fut un perdant, un marginal, un suicid\u00e9 de l\u2019histoire \u2014 alors que dans notre <\/em>pr\u00e9sent, c\u2019est un penseur crucial de l\u2019\u00e9mancipation. Sa pens\u00e9e n\u2019eut pas de valeur conjuratoire pour lui-m\u00eame comme personne, mais sans doute pour autrui  : les lecteurs futurs, les enfants qui grandiront\u2026 Cela pour dire \u00e0 la fois la faiblesse de toute pens\u00e9e devant l\u2019action en cours de l\u2019histoire et sa puissance proph\u00e9tique adress\u00e9e \u00e0 un futur capable de la lire <\/em>ou de la reconna\u00eetre<\/em>. Cela nous rappelle pourquoi Benjamin partageait si totalement le point de vue de Kafka sur l\u2019esp\u00e9rance  : \u00ab Il y a une quantit\u00e9 infinie d\u2019espoir, mais pas pour nous \u00bb. Et nous aujourd\u2019hui, que sommes-nous capables de pr\u00e9venir, <\/em>si ce n\u2019est de conjurer  ? C\u2019est bien la question qui se pose en permanence, nous taraude aujourd\u2019hui (mais ne devrait pas nous culpabiliser outre mesure).<\/p>\n\n\n\n

Le rapport de Benjamin \u00e0 l\u2019engagement semble marqu\u00e9 du sceau de l’ambigu\u00eft\u00e9. Il prend position par ses \u00e9crits. Mais il ne milite pas, n\u2019adh\u00e8re pas \u00e0 un parti, ne prend les armes ni durant la Premi\u00e8re ni durant la Seconde Guerre mondiale, pas plus qu\u2019il ne se r\u00e9sout \u00e0 apporter sa pierre \u00e0 l\u2019\u00e9difice sioniste en \u00e9migrant en Palestine comme l\u2019y invite son ami Gershom Scholem. Comment comprendre ce rapport \u00e0 la fois engag\u00e9 et distant qui fut le sien \u00e0 l\u2019\u00e9gard de quelques-unes des grandes causes qui ont mobilis\u00e9 des millions de ses contemporains ?<\/h3>\n\n\n\n

Vous avez raison de souligner cet aspect a priori <\/em>\u00e9trange \u2014 l\u2019absence de toute forme de militantisme \u2014 chez un penseur aussi radical politiquement. Cela dit, quand Benjamin s\u2019exila en Suisse pour \u00e9viter, comme Ernst Bloch ou Gershom Scholem, d\u2019\u00eatre engag\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e allemande, il s\u2019agissait bien d\u2019une prise de position politique vis-\u00e0-vis du d\u00e9clenchement m\u00eame de cette guerre et de ses soubassements imp\u00e9rialistes. Il est vrai que Benjamin ne s\u2019est pas exprim\u00e9 publiquement en faveur d\u2019un parti politique pr\u00e9cis, par exemple. Mais il s\u2019en est expliqu\u00e9  : lorsqu\u2019il voulut cr\u00e9er sa revue Crise et critique<\/em> avec Bertolt Brecht, il pr\u00e9cisait bien que cette entreprise ne serait pas identifiable \u00e0 un simple \u00ab organe prol\u00e9tarien \u00bb, bien que proche de la pens\u00e9e communiste. Cela vient du fait qu\u2019il a pu se sentir \u00ab communiste \u00bb jusqu\u2019\u00e0 un certain point, disons  : jusqu\u2019au point o\u00f9 les staliniens marquaient leurs exigences et leurs positions.<\/p>\n\n\n\n

Cela dit, votre question elle-m\u00eame est marqu\u00e9e d\u2019un sceau historique assez pr\u00e9cis, celui de l\u2019\u00ab intellectuel engag\u00e9 \u00bb. Vieille question, redoutable question. En 1934 \u00e0 Paris, Benjamin \u00e9labore un discours \u00e0 l\u2019adresse de ses amis \u00ab engag\u00e9s \u00bb, et il leur dit en substance  : notre travail d\u2019intellectuels ou d\u2019\u00e9crivains consiste-t-il \u00e0 servir le discours de la cause m\u00eame que nous d\u00e9fendons \u2014 disons  : la cause r\u00e9volutionnaire, prol\u00e9tarienne, communiste  ? Pas exactement. Nous ne sommes pas des propagandistes, \u00e0 savoir des transmetteurs de contenus r\u00e9volutionnaires sous des formes d\u00e9j\u00e0 bien \u00e9tablies et, somme toute, conformistes dans leur volont\u00e9 m\u00eame de \u00ab communication \u00bb. Nous sommes des inventeurs de formes r\u00e9volutionnaires <\/em>pour la pens\u00e9e, l\u2019art ou la litt\u00e9rature gr\u00e2ce auxquelles, pr\u00e9cis\u00e9ment, une pratique de l\u2019\u00e9mancipation pourrait trouver \u00e0 se reconfigurer.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Portrait de Walter Benjamin en 1926. \u00a9 Leo Baeck Institute, Center for Jewish History, \u00c9tats-Unis.<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Quand on parle d\u2019intellectuel engag\u00e9, en g\u00e9n\u00e9ral, on suppose qu\u2019il laisse son travail de c\u00f4t\u00e9 \u2014 sa table d\u2019\u00e9criture, ses papiers, son retrait, le temps qu\u2019il prend \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir ou \u00e0 r\u00eaver \u2014 et qu\u2019il descend dans la rue pour une \u00ab v\u00e9ritable action \u00bb en allant, comme Jean-Paul Sartre, grimper sur un tonneau pour haranguer les foules\u2026 Comme si le fait d\u2019\u00e9crire, de forger des id\u00e9es nouvelles et de les publier, n\u2019\u00e9tait pas, d\u00e9j\u00e0, un geste politique <\/em>et public au sens le plus radical et le plus concret qui soit. S\u2019il arrive aujourd\u2019hui que l\u2019on mette en question le travail consid\u00e9rable d\u2019Adorno en le situant du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00ab \u00e9litisme \u00bb ou de la \u00ab distance \u00bb, alors il est bien possible que l\u2019on reproche un jour \u00e0 Benjamin de n\u2019avoir pas milit\u00e9 pour telle ou telle cause. Contre de telles visions brutales, il suffit de rappeler, tout simplement, que la pens\u00e9e philosophique est une pratique <\/em>au sens le plus fort du terme. Elle est peut-\u00eatre \u2014 elle est souvent \u2014 minoritaire voire inaudible au grand nombre, mais elle inscrit sa puissance dans la dur\u00e9e  : elle survit \u00e0 tout.<\/p>\n\n\n\n

Comment Benjamin a-t-il v\u00e9cu les errements du stalinisme de son temps \u2014 de la dictature en URSS \u00e0 la signature du pacte germano-sovi\u00e9tique en passant par la liquidation des anarchistes espagnols ? Cela affecte-t-il son rapport au marxisme  ?<\/h3>\n\n\n\n

\u00c9videmment. Mais je n\u2019appellerais pas cela des \u00ab errements \u00bb, puisqu\u2019il s\u2019agissait plut\u00f4t de tactiques ou de strat\u00e9gies g\u00e9opolitiques, ainsi que de principes id\u00e9ologiques\u2026 Staline, en tout cas, aura agi avec un cynisme absolu vis-\u00e0-vis de toutes les esp\u00e9rances communistes europ\u00e9ennes. On peut consid\u00e9rer le texte \u00ab Sur le concept d\u2019histoire \u00bb, \u00e9labor\u00e9 par Benjamin \u00e0 partir de l\u2019automne 1939, comme une r\u00e9ponse \u00e0 son l\u2019accablement ressenti au moment du pacte germano-sovi\u00e9tique d\u2019ao\u00fbt 1939. D\u2019autre part, ses r\u00e9f\u00e9rences aux penseurs marxistes non orthodoxes \u2014 notamment Karl Korsch, qui fut exclu du Parti communiste allemand d\u00e8s 1926 \u2014 abondent dans Le Livre des passages.<\/em><\/p>\n\n\n\n

Sur le plan intellectuel, Benjamin est \u00e9galement un \u00eatre tiraill\u00e9. Il semble perp\u00e9tuellement naviguer entre un tropisme mat\u00e9rialiste et un tropisme th\u00e9ologique, entre Marx et Luther. D\u2019o\u00f9 vient ce tiraillement et en quoi s\u2019av\u00e8re-t-il f\u00e9cond ?<\/h3>\n\n\n\n

Il est tr\u00e8s curieux qu\u2019en g\u00e9n\u00e9ral, les commentateurs de Benjamin \u2014 ce penseur dialectique par excellence \u2014 se soient \u00e9chin\u00e9s \u00e0 tirer son \u0153uvre d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ou de l\u2019autre\u2026 donc sans vouloir \u00e9laborer un point de vue dialectique. Cela \u00e9tait vrai, d\u00e9j\u00e0, du vivant de Benjamin  : \u00e9tait-il plus proche du \u00ab kabbaliste \u00bb Gershom Scholem ou du communiste Bertolt Brecht  ? Pensait-il dans l\u2019\u00e9l\u00e9ment ultime du th\u00e9ologique ou dans celui du politique  ? La r\u00e9ponse qu\u2019a donn\u00e9e Giorgio Agamben \u00e0 cette question m\u00e9rite l\u2019attention, d\u2019abord parce qu\u2019Agamben est quelqu\u2019un qui a beaucoup contribu\u00e9 \u00e0 la connaissance de Benjamin, ensuite parce que ses propositions philosophiques repr\u00e9sentent en elles-m\u00eames, et depuis longtemps, une \u0153uvre complexe, singuli\u00e8re, importante.<\/p>\n\n\n\n

J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 eu l\u2019occasion, il y a presque vingt ans \u2014 dans Survivance des lucioles <\/em>\u2014, de critiquer la vision apocalyptique d\u2019Agamben et sa fa\u00e7on d\u2019\u00e9craser la dimension politique sur un paradigme th\u00e9ologico-politique<\/em> issu, notamment, de Carl Schmitt et de Heidegger. Ainsi, le \u00ab th\u00e9ologico-politique \u00bb pourrait appara\u00eetre comme la solution au probl\u00e8me que vous posez, celui des relations entre un \u00ab tropisme mat\u00e9rialiste \u00bb et un \u00ab tropisme th\u00e9ologique \u00bb chez Benjamin. Mais je ne crois que c\u2019est l\u00e0, non seulement une fausse piste, mais encore une piste extr\u00eamement dangereuse. En tout cas, il n\u2019est vraiment pas possible de plonger l\u2019inqui\u00e9tude philosophique et politique de Benjamin dans ce bain-l\u00e0, qui n\u2019est autre que celui du dogmatisme heidegg\u00e9rien. On sait que, sa vie durant, l\u2019auteur de L\u2019Origine du drame baroque allemand <\/em>se consid\u00e9ra justement comme l\u2019ennemi radical de l\u2019auteur d\u2019\u00catre et temps.<\/em><\/p>\n\n\n\n

Le \u00ab tiraillement \u00bb, dites-vous… Il ne faut pas l\u2019entendre comme une h\u00e9sitation, une incons\u00e9quence ou \u2014 ainsi que beaucoup l\u2019ont propos\u00e9, \u00e0 commencer par Scholem lui-m\u00eame \u2014 comme une instabilit\u00e9 pathologique. Ce que j\u2019ai essay\u00e9 de montrer, c\u2019est en quoi ce \u00ab tiraillement \u00bb repr\u00e9sente une position dialectique extr\u00eamement subtile et r\u00e9fl\u00e9chie. En quoi s\u2019av\u00e8re-t-elle f\u00e9conde  ? demandez-vous. Eh bien, en ce qu\u2019elle engage un d\u00e9passement des conformismes<\/em> inh\u00e9rents aux trois espaces de pens\u00e9e que sont le marxisme dogmatique, le messianisme chr\u00e9tien et, m\u00eame, la mystique juive dont Benjamin s\u2019entretenait avec Scholem. En particulier \u2014 et pour revenir au d\u00e9bat avec Agamben, qui r\u00e9duit tout pathos <\/em>messianique \u00e0 la seule tradition dogmatique initi\u00e9e par saint Paul, reprise par Luther et reconstruite par Carl Schmitt \u2014, c\u2019est un contre-sens complet que de livrer le vocabulaire messianique de Benjamin, avec sa \u00ab faible force \u00bb, et sa \u00ab porte \u00e9troite \u00bb, \u00e0 la grandiose vision chr\u00e9tienne de l\u2019Apocalypse et du Jugement dernier soutenues par les architectures oppressantes du \u00ab R\u00e8gne \u00bb et de la \u00ab Gloire \u00bb\u2026<\/p>\n\n\n\n\n

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\n \n \"Walter\n <\/picture>\n
Walter Benjamin lisant \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale. Photographi\u00e9 par Gis\u00e8le Freund.<\/figcaption> <\/figure>\n <\/a>\n \n <\/div>\n
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\n \n \"Dans\n <\/picture>\n
Dans une salle de consultations d’ouvrages de la Biblioth\u00e8que nationale lors d’un s\u00e9jour \u00e0 Paris.<\/figcaption> <\/figure>\n <\/a>\n <\/div>\n <\/div>\n \n
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Walter Benjamin lisant \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale. Photographi\u00e9 par Gis\u00e8le Freund.<\/figcaption> <\/figure>\n \n <\/div>\n
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Dans une salle de consultations d’ouvrages de la Biblioth\u00e8que nationale lors d’un s\u00e9jour \u00e0 Paris.<\/figcaption> <\/figure>\n <\/div>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n

Pourquoi Benjamin, dans le temps de catastrophes qui fut le sien, ballot\u00e9 d\u2019une ville et d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre, s\u2019est-il toujours entour\u00e9 d\u2019images ? Au c\u0153ur de votre dernier ouvrage, figure pr\u00e9cis\u00e9ment une image qui a accompagn\u00e9 Benjamin depuis qu\u2019il en a fait l\u2019acquisition \u00e0 Munich en 1921 jusqu\u2019\u00e0 son exil en France dans les ann\u00e9es 1930 : l\u2019Angelus Novus<\/em> de Paul Klee. Que repr\u00e9sentait \u2014 dans tous les sens du terme \u2014 cette image pour lui ?<\/h3>\n\n\n\n

D\u2019abord on peut dire ceci  : un \u00e9crivain qui s\u2019entoure d\u2019images, cela n\u2019est pas rare du tout. Pensez, par exemple, \u00e0 Andr\u00e9 Breton ou \u00e0 Ram\u00f3n G\u00f3mez de la Serna, ces contemporains de Benjamin dont les cabinets de travail \u00e9taient de v\u00e9ritables petits mus\u00e9es d\u2019images, de v\u00e9ritables cabinets de curiosit\u00e9\u2026 Il faudrait voir aussi ce qui se passe avec les philosophes, qu\u2019on aurait tort d\u2019imaginer comme de purs esprits travaillant dans des espaces \u00e9th\u00e9r\u00e9s ou aniconiques. Ainsi la biblioth\u00e8que philosophique de Miguel Abensour \u00e9tait-elle constell\u00e9e de cartes postales.<\/p>\n\n\n\n

Ensuite, il faut se souvenir du lien fondateur de Benjamin avec Charles Baudelaire, le po\u00e8te par excellence du \u00ab culte des images \u00bb (doubl\u00e9, on le sait, d\u2019un exceptionnel regardeur de tableaux \u00e0 travers son activit\u00e9 de \u00ab critique d\u2019art \u00bb). Or ce n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0 une question de go\u00fbt personnel ou de style po\u00e9tique  : c\u2019\u00e9tait, pour Benjamin, une prise de position fondamentale \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la pratique philosophique elle-m\u00eame  : aux antipodes, l\u00e0 encore, d\u2019une attitude comme celle de Heidegger. Cette prise de position vient de Goethe et des Romantiques allemands qui faisaient de l\u2019imagination \u2014 la facult\u00e9 de produire des images \u2014 la \u00ab reine des facult\u00e9s \u00bb. Elle co\u00efncide, de plus, avec l\u2019avant-garde artistique de son temps, celle de Moholy-Nagy, de Piscator, d\u2019Eisenstein ou de Paul Klee. Enfin elle puise une partie de ses cadres d\u2019intelligibilit\u00e9 dans l\u2019histoire de l\u2019art qui, \u00e0 cette \u00e9poque, apparaissait souvent comme la \u00ab discipline-pilote \u00bb des sciences humaines, avec des chercheurs tels qu\u2019Aby Warburg, Alo\u00efs Riegl ou Carl Einstein, sans oublier l\u2019interrogation freudienne sur notre psych\u00e9 inconsciente, ses fantasmes, ses images nocturnes\u2026<\/p>\n\n\n\n

Je ne peux r\u00e9pondre exactement \u00e0 votre question sur ce que \u00ab repr\u00e9sentait \u00bb l\u2019Angelus Novus <\/em>pour Benjamin, car ce serait simplement reprendre ou paraphraser tout le d\u00e9veloppement de mon livre. Je peux simplement dire ceci  : le texte \u00ab Sur le concept d\u2019histoire \u00bb, dont l\u2019\u00e9criture est si resserr\u00e9e en raison des circonstances de son \u00e9criture, ne pouvait r\u00e9pondre aussi bri\u00e8vement \u00e0 l\u2019urgence de l\u2019histoire qu\u2019en lib\u00e9rant des all\u00e9gories philosophiques. L\u2019une d\u2019elles s\u2019incarne donc dans l\u2019Angelus Novus <\/em>de Paul Klee. Benjamin d\u00e9crit alors l\u2019image de Klee et s\u2019invente une sorte de r\u00e9cit  : \u00ab L\u00e0 o\u00f9 nous appara\u00eet une cha\u00eene d\u2019\u00e9v\u00e9nements, il ne voit, lui, qu\u2019une seule et unique catastrophe, qui sans cesse amoncelle ruines sur ruines et les pr\u00e9cipite \u00e0 ses pieds. Il voudrait bien s\u2019attarder, r\u00e9veiller les morts et rassembler ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9membr\u00e9. Mais du paradis souffle une temp\u00eate qui s\u2019est prise dans ses ailes, si violemment que l\u2019ange ne peut plus les refermer. Cette temp\u00eate le pousse irr\u00e9sistiblement vers l\u2019avenir auquel il tourne le dos, tandis que le monceau de ruines devant lui s\u2019\u00e9l\u00e8ve jusqu\u2019au ciel\u2026 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Cela veut dire qu\u2019il all\u00e9gorise l\u2019image, qu\u2019il la regarde \u00e0 travers l\u2019exercice d\u2019une imagination philosophique. <\/em>Qu\u2019ai-je fait pour ma part  ? J\u2019ai tent\u00e9 simplement \u2014 \u00e0 la diff\u00e9rence des commentaires, en g\u00e9n\u00e9ral purement conceptuels, du texte de Benjamin \u2014 de regarder un peu plus intens\u00e9ment et un peu plus pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019aquarelle de Klee  : c\u2019\u00e9tait une fa\u00e7on, pour moi, de d\u00e9plier ou de d\u00e9ployer l\u2019all\u00e9gorie <\/em>initi\u00e9e par Klee et prolong\u00e9e par Benjamin. En somme, j\u2019ai fait avec l\u2019image de Klee ce que j\u2019avais fait autrefois avec l\u2019image des lucioles chez Pasolini  : je l\u2019ai prise au s\u00e9rieux en mobilisant, si possible, toutes ses dimensions concr\u00e8tes<\/em>. Mani\u00e8re de prendre au s\u00e9rieux, chez Benjamin, la teneur mat\u00e9rialiste de ses all\u00e9gories.<\/p>\n\n\n\n

En quoi cet ange au regard enfantin, dont on ne sait trop s\u2019il est dot\u00e9 d\u2019ailes ou de bras, peut-il selon Benjamin nous aider \u00e0 appr\u00e9hender l\u2019histoire ? Faudrait-il \u00ab affronter le temps ou le r\u00e9el en d\u00e9pla\u00e7ant le regard \u00bb (p. 287) ?<\/h3>\n\n\n\n

Pour r\u00e9pondre bri\u00e8vement \u00e0 votre question, je dirai que ce regard nous aide \u00e0 appr\u00e9hender l\u2019histoire parce qu\u2019il est enfantin, justement. L\u2019histoire est affaire de nouveaut\u00e9s ou, plus exactement, de recommencements, <\/em>et nous avons besoin d\u2019innocence, d\u2019\u00e9tonnement \u2014 et non d\u2019attitudes blas\u00e9es, de certitudes vieillies \u2014 pour les envisager. Ce que Benjamin d\u00e9ploie, avec ce recours \u00e0 l\u2019Angelus Novus, <\/em>c\u2019est bien une \u00ab politique de l\u2019enfance \u00bb  : l\u2019enfance recueillerait, dit-il dans une note pr\u00e9paratoire au texte \u00ab Sur le concept d\u2019histoire \u00bb, toute la \u00ab tradition des opprim\u00e9s \u00bb. Fa\u00e7on d\u2019inaugurer toute une pens\u00e9e sur l\u2019enfance que l\u2019on retrouve, par exemple, chez Federico Garc\u00eda Lorca ou Pier Paolo Pasolini, voire dans les contes magnifiques du sous-commandant Marcos.<\/p>\n\n\n\n

Vous \u00e9crivez tr\u00e8s joliment, plus loin, \u00e0 la page 298 : \u00ab C\u2019est en tournant la t\u00eate \u2014 geste d\u00e9j\u00e0 transgressif \u2014 que l\u2019on peut s\u2019arracher \u00e0 l\u2019injonction de l\u2019Unique. \u00bb<\/h3>\n\n\n\n

C\u2019est l\u00e0 un aspect de ce que j\u2019ai nomm\u00e9 le d\u00e9ploiement concret de l\u2019all\u00e9gorie philosophique. Les philosophes parlent souvent du regard en termes extr\u00eamement abstraits ou univoquement orient\u00e9s. Mais un regard, avant d\u2019\u00eatre l\u2019occasion de construire un paradigme th\u00e9orique g\u00e9n\u00e9ral \u2014 quand on le rapporte justement au vocabulaire grec de la \u00ab th\u00e9orie \u00bb \u2014, est un geste qui engage tout notre corps et toute notre psych\u00e9. Il n\u2019y a de regard qu\u2019en mouvement. On abuse du mod\u00e8le de la perspective en postulant un immobile \u00ab point de regard \u00bb. Ce n\u2019est pas un hasard si, dans la fameuse gravure repr\u00e9sentant le tyran politique du L\u00e9viathan, <\/em>tous les corps du \u00ab peuple \u00bb \u2014 faisant au souverain repr\u00e9sent\u00e9 comme une cote de maille \u2014 regardent dans la m\u00eame et unique direction, qui est celle, justement, du dictateur  : celui qu\u2019\u00c9tienne de La Bo\u00e9tie nommait, justement le \u00ab Un \u00bb dont la fascination cr\u00e9e toutes nos \u00ab servitudes volontaires \u00bb. L\u2019Angelus Novus, <\/em>lui, est en face de nous mais regarde de c\u00f4t\u00e9  : indication pr\u00e9cieuse de sa vocation au mouvement. Que fait l\u2019ange de Paul Klee  ? Peut-\u00eatre bien ceci  : il veut \u00ab aller voir ailleurs \u00bb si l\u2019histoire y est, alors m\u00eame que le vent de la catastrophe l\u2019immobilise pour l\u2019instant. Or, ce mouvement vaut pour toute activit\u00e9 critique, me semble-t-il  : il faut savoir regarder au bord, de biais, selon une autre perspective. <\/em>Il faut d\u00e9placer son regard pour faire surgir de nouvelles questions.<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n
Benjamin \u00e0 Pontigny, devant l’abbaye, photographi\u00e9 par Gis\u00e8le Freund.<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Notre \u00e9poque est marqu\u00e9e, comme celle de Benjamin, par le spectre mena\u00e7ant des apocalypses, guerri\u00e8re ou climatique notamment. Elle se caract\u00e9rise aussi par l\u2019expression, chez certains, d\u2019un d\u00e9sir d\u2019apocalypse, \u00e0 l\u2019image par exemple du milliardaire et \u00ab seigneur de la tech \u00bb am\u00e9ricain Peter Thiel<\/a>, fascin\u00e9 par la figure de l\u2019Ant\u00e9christ<\/a>. Comment comprendre cette d\u00e9sirabilit\u00e9 de l\u2019apocalypse ? Est-on \u2014 et ce depuis un moment \u2014 au moment o\u00f9 l\u2019ange passe ? Quand finira-t-il d\u2019\u00eatre pass\u00e9 \u2014 et que faut-il faire pour passer pour ainsi dire \u00e0 l\u2019\u00e9tape suivante ? Quelle est d\u2019ailleurs cette \u00e9tape suivante ? Et vous ne cachez pas votre inqui\u00e9tude face \u00e0 la r\u00e9surgence d\u2019un discours th\u00e9ologico-politique qui, dans la bouche de l\u2019actuel gouvernement isra\u00e9lien, du patriarche Kiril, des leaders du Hamas ou des \u00e9vang\u00e9liques am\u00e9ricains, mobilise le divin pour mieux justifier les pires des politiques. Jacob Taubes et, \u00e0 sa suite, Giorgio Agamben, ont pu faire de Benjamin l\u2019un des maillons d\u2019une tradition paulinienne r\u00e9actualis\u00e9e par Carl Schmitt de confusion du th\u00e9ologique et du politique. Vous soutenez pour votre part qu\u2019il n\u2019en est rien. Benjamin pourrait-il au contraire constituer un antidote \u00e0 ce type de confusion ?<\/h3>\n\n\n\n

La crainte de l\u2019Apocalypse, partag\u00e9e par beaucoup, n\u2019est que l\u2019autre face de ce d\u00e9sir d\u2019Apocalypse dont vous parlez. C\u2019est, dans tous les cas, l\u2019id\u00e9e d\u2019un temps qui finit et ouvre l\u2019espace d\u2019un autre temps, plus radical  : un temps du Jugement dernier ou de la fin des temps. Dans tous les cas, cette croyance a pour fondement la tradition th\u00e9ologico-politique dont nous parlions au d\u00e9but. Il est significatif \u2014 et terrifiant \u2014 qu\u2019aujourd\u2019hui Donald Trump r\u00e9unisse publiquement ses collaborateurs dans le bureau ovale de la Maison Blanche pour une s\u00e9ance de pri\u00e8re collective. Cela va encore au-del\u00e0 de l\u2019inscription \u00ab In God we trust \u00bb <\/em>inscrite sur les billets de banque nord-am\u00e9ricains. Dans le m\u00eame temps, la Justice iranienne (si l\u2019on peut l\u2019appeler ainsi) a cr\u00e9\u00e9 un crime nomm\u00e9 \u00ab ennemi de Dieu \u00bb et, bien s\u00fbr, sanctionn\u00e9 par la peine de mort.<\/p>\n\n\n\n

Bref, la fa\u00e7on th\u00e9ologique <\/em>d\u2019exercer la politique <\/em>est un des aspects les plus d\u00e9l\u00e9t\u00e8res de notre temps historique. Que la pens\u00e9e de gauche puisse souscrire \u00e0 ce mouvement me consterne. Il y a l\u00e0, sans doute, une fa\u00e7on de faire l\u2019arch\u00e9ologie du pouvoir \u2014 comme Agamben a voulu le faire et, sur certains points, a r\u00e9ussi \u00e0 le faire \u2014 puis d\u2019\u00e9tablir son propre pouvoir \u00ab spirituel \u00bb en r\u00e9duisant l\u2019autorit\u00e9 ou la souverainet\u00e9 \u00e0 des faits de doctrine, \u00e0 des dogmatismes abstraits. Mais peut-on faire de la politique en appliquant, purement et simplement, certains sch\u00e9mas dogmatiques de la religion chr\u00e9tienne, comme ce fut la sinistre sp\u00e9cialit\u00e9 de Carl Schmitt  ? Certainement pas. La pens\u00e9e de Benjamin me semble, pr\u00e9cis\u00e9ment, un antidote \u00e0 ce type d\u2019abstractions ou d\u2019ontologisations de la politique. Un antidote d\u2019innocence \u2014 \u00e0 l\u2019image, justement, du petit gamin repr\u00e9sent\u00e9 par Klee dans son Angelus Novus.<\/em><\/p>\n\n\n\n

Vous \u00e9crivez p. 123-124 : \u00ab Successivement confront\u00e9 \u00e0 ces deux d\u00e9sastres historiques, la question qui se posa d\u2019abord \u00e0 Benjamin aura \u00e9t\u00e9, bien s\u00fbr, celle d\u2019une possibilit\u00e9 quant \u00e0 l\u2019esp\u00e9rance. \u00bb En quoi la figure de Benjamin peut-elle aujourd\u2019hui nous aider \u00e0 trouver des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse \u00e0 la question \u00ab Pourquoi et comment r\u00e9sister ? \u00bb L\u2019\u0153uvre et plus encore la vie de Benjamin, conclue par le suicide, sont souvent per\u00e7ues comme empreintes de m\u00e9lancolie, voire de pessimisme. Peut-on n\u00e9anmoins y trouver des raisons d\u2019esp\u00e9rer ? Y a-t-il dans les \u00e9crits de Benjamin une place pour le \u00ab principe esp\u00e9rance \u00bb cher \u00e0 son ami Ernst Bloch ?<\/h3>\n\n\n\n

Oui, Benjamin s\u2019est suicid\u00e9, et il avait sans aucun doute des raisons assez pr\u00e9cises pour cela. Oui, il avait plac\u00e9 la Melencolia <\/em>de D\u00fcrer sur le mur de son bureau de travail, dans les parages de son cher Angelus Novus<\/em>. Mais tirer de ces faits une le\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale de pessimisme sans issue, ce serait ne rien comprendre \u00e0 la puissance d\u2019\u00e9mancipation port\u00e9e par toute cette g\u00e9n\u00e9ration de penseurs proches de Benjamin \u2014 Ernst Bloch, Theodor Adorno, Hannah Arendt, Bertolt Brecht, Herbert Marcuse\u2026 \u2014 confront\u00e9s comme lui \u00e0 la terreur nazie et aux affres de la Seconde Guerre mondiale. La le\u00e7on philosophique et politique de Benjamin va bien au-del\u00e0 de son histoire personnelle, et c\u2019est lui-m\u00eame qu\u2019il voulut r\u00e9p\u00e9ter apr\u00e8s Kafka  : \u00ab Il y a une quantit\u00e9 infinie d\u2019espoir, mais pas pour nous \u00bb. Il y a donc une quantit\u00e9 infinie d\u2019espoir  : puisons-la dans les \u0153uvres de tous ces auteurs dont la relecture est, en r\u00e9alit\u00e9, extraordinairement vivifiante parce qu\u2019elle nous aide \u00e0 savoir comment nous soulever contre l\u2019\u00e9tat pr\u00e9sent de la vie publique, partag\u00e9e qu\u2019elle semble entre l\u2019apathie sourde devant le monde et la brutalit\u00e9 aveugle devant autrui <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

Certains craignent l\u2019apocalypse \u2014 d\u2019autres la d\u00e9sirent ardemment.<\/p>\n

Entre l\u2019apathie et la brutalit\u00e9 du moment catastrophique que nous traversons, les anges de l\u2019histoire sont-ils d\u2019aucun secours  ?<\/p>\n

Un entretien fleuve avec Georges Didi-Huberman sur l\u2019esp\u00e9rance de Walter Benjamin.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":322388,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-interviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":true,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[2024],"tags":[],"geo":[1917],"class_list":["post-322386","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","staff-florent-zemmouche","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":"default"},"yoast_head":"\nLe si\u00e8cle de Walter Benjamin, une conversation avec Georges Didi-Huberman | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/03\/22\/le-siecle-de-walter-benjamin-didi-huberman\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Le si\u00e8cle de Walter Benjamin, une conversation avec Georges Didi-Huberman | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Certains craignent l\u2019apocalypse \u2014 d\u2019autres la d\u00e9sirent ardemment. 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