{"id":319197,"date":"2026-02-27T19:30:20","date_gmt":"2026-02-27T18:30:20","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=319197"},"modified":"2026-02-28T11:46:04","modified_gmt":"2026-02-28T10:46:04","slug":"comment-lia-a-provoque-la-crise-financiere-de-2028-le-moment-citrini-et-sa-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/02\/27\/comment-lia-a-provoque-la-crise-financiere-de-2028-le-moment-citrini-et-sa-critique\/","title":{"rendered":"Comment l\u2019IA a provoqu\u00e9 la crise financi\u00e8re de 2028 : le moment Citrini et sa critique"},"content":{"rendered":"\n
Dimanche 22 f\u00e9vrier, James van Geelen, fondateur de l\u2019entreprise de conseil en investissement Citrini Research, a publi\u00e9 sur son blog Substack un r\u00e9cit d\u2019anticipation \u00e9conomique. <\/p>\n\n\n\n
Pastichant le style d\u2019un memo<\/em> \u00e9conomique \u00e9crit depuis l\u2019an 2028, il envisage une adoption g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e des outils d\u2019IA, esquissant, pour les \u00c9tats-Unis puis le monde, une crise g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019emploi caus\u00e9e par une crise de l\u2019intelligence.<\/p>\n\n\n\n Contrairement aux analyses courantes, James van Geelen relie cependant cette crise aux autres indicateurs macro\u00e9conomiques pour \u00e9crire le sc\u00e9nario d\u2019une catastrophe g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n D\u2019une perturbation du march\u00e9 de l\u2019emploi d\u00e9qualifiant une grande partie des cols blancs, la crise devient financi\u00e8re alors que les revenus de ces travailleurs diminuent, les rendant incapables de rembourser les cr\u00e9dits hypoth\u00e9caires souscrits ou de verser les annuit\u00e9s d\u2019assurance-vie. En parall\u00e8le, l\u2019\u00c9tat est \u00e9prouv\u00e9 par la baisse de ses revenus tir\u00e9s des charges sociales \u2014 les salaires \u00e9tant tir\u00e9s vers le bas \u2014 \u00e0 un moment o\u00f9 son assistance est d\u2019autant plus n\u00e9cessaire pour le nombre croissant de ch\u00f4meurs. En proie \u00e0 une forme d\u2019inertie r\u00e9glementaire, cet \u00c9tat \u00e9choue \u00e0 proposer une politique redistributive pour les profits des entreprises d\u2019IA \u2014 seules gagnantes de la dynamique \u00e9conomique g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n L\u2019article mise sur la possibilit\u00e9 pour l\u2019IA de se substituer aux travailleurs qualifi\u00e9s, plut\u00f4t que de les assister. Cette possibilit\u00e9 s\u00e9parerait l\u2019IA des autres ruptures technologiques majeures des deux si\u00e8cles pass\u00e9s, ouvrant un processus \u00e9conomique in\u00e9dit.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 l\u2019inverse des cycles de \u00ab destruction cr\u00e9atrice \u00bb o\u00f9 la disparition de certains emplois s\u2019accompagne de la cr\u00e9ation de nouveaux, l\u2019IA rend possible un cercle vicieux o\u00f9 la destruction n\u2019apporte que davantage de destruction. Fragilis\u00e9es par la baisse de la consommation que produit la baisse des revenus des travailleurs \u2014 que l\u2019IA d\u00e9place vers des emplois moins qualifi\u00e9s \u2014 les entreprises n\u2019ont d\u2019autre choix que d\u2019investir davantage dans l\u2019IA pour stabiliser leur situation, d\u00e9clenchant une nouvelle vague de licenciements. <\/p>\n\n\n\n La possibilit\u00e9 pour l\u2019IA de se substituer aux travailleurs est l\u2019hypoth\u00e8se fondatrice de cet article : elle en est aussi la principale limite. Comme l\u2019\u00e9crit Frank Flight, qui a produit pour Citadel Securities une critique de cet texte dont nous reprenons les commentaires ci-dessous : \u00ab Pour que l’IA produise un choc n\u00e9gatif durable sur la demande, l’\u00e9conomie doit conna\u00eetre une acc\u00e9l\u00e9ration significative de son adoption, une substitution quasi totale de la main-d’\u0153uvre, aucune r\u00e9ponse budg\u00e9taire, une absorption n\u00e9gligeable des investissements et une expansion illimit\u00e9e de la puissance de calcul. \u00bb Autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui permettent de nuancer le r\u00e9cit d\u2019anticipation de Citrini.<\/p>\n\n\n\n Nous sommes le 30 juin 2028. Ce matin, le taux de ch\u00f4mage s’est \u00e9tabli \u00e0 10,2 %, augmentant de fa\u00e7on inattendue de 0,3 %. Les bourses ont chut\u00e9 de 2 % \u00e0 l’annonce de ce chiffre, portant la baisse cumulative du S&P \u00e0 38 % par rapport \u00e0 son plus haut niveau d’octobre 2026.<\/p>\n\n\n\n Les traders sont devenus quasiment insensibles \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Il y a six mois, un tel chiffre aurait pourtant d\u00e9clench\u00e9 un coupe-circuit.<\/p>\n\n\n\n Aux \u00c9tats-Unis, les coupe-circuits sont un syst\u00e8me mis en place en 1988, \u00e0 la demande du Congr\u00e8s am\u00e9ricain apr\u00e8s le krach d\u2019octobre 1987. \u00c0 partir d\u2019un certain pourcentage de baisse du cours des actions, ils permettent de bloquer toute n\u00e9gociation sur celles-ci.<\/p>\n\n\n\n Il a suffi de deux ans pour passer d’une situation \u00ab ma\u00eetris\u00e9e \u00bb et \u00ab sectorielle \u00bb \u00e0 une \u00e9conomie qui ne ressemble plus \u00e0 celle dans laquelle nous avons grandi. Le Macro Memo de ce trimestre est notre tentative de reconstituer la s\u00e9quence \u2014 une analyse r\u00e9trospective de l’\u00e9conomie d’avant la crise.<\/p>\n\n\n\n En octobre 2026, l’euphorie \u00e9tait palpable. Le S&P 500 flirtait avec les 8 000 points, le Nasdaq d\u00e9passait les 30 000. La premi\u00e8re vague de licenciements due \u00e0 l’obsolescence humaine a commenc\u00e9 au d\u00e9but de l’ann\u00e9e 2026, et ces licenciements ont eu exactement l’effet escompt\u00e9. Les marges se sont \u00e9largies, les b\u00e9n\u00e9fices ont d\u00e9pass\u00e9 les pr\u00e9visions, les actions ont rebondi. Les b\u00e9n\u00e9fices records des entreprises ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9investis dans l\u2019IA.<\/p>\n\n\n\n Frank Flight<\/span> Pour consid\u00e9rer le cas des \u00c9tats-Unis, la vague de licenciements que devait apporter l\u2019IA tarde pour l\u2019instant \u00e0 se manifester. Selon les donn\u00e9es de la R\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale de Saint-Louis, l\u2019utilisation de l\u2019IA dans le cadre professionnel se stabilise plut\u00f4t qu\u2019elle n\u2019augmente, ne laissant pas pr\u00e9sager un remplacement imminent de nombreux travailleurs. De m\u00eame, malgr\u00e9 le discours actuel sur les suppressions d’emplois, les offres d’emploi pour les ing\u00e9nieurs en logiciels augmentent rapidement dans le pays, avec une hausse de 11 % par rapport \u00e0 l’ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n\n\n\n Les indicateurs clefs \u00e9taient toujours excellents. Le PIB nominal affichait r\u00e9guli\u00e8rement une croissance annualis\u00e9e comprise entre 5 et 9 %. La productivit\u00e9 \u00e9tait en plein essor. La production r\u00e9elle par heure augmentait \u00e0 un rythme jamais vu depuis les ann\u00e9es 1950, gr\u00e2ce \u00e0 des agents IA qui ne dorment pas, ne prennent pas de cong\u00e9s maladie et n’ont pas besoin de s\u00e9curit\u00e9 sociale ou de mutuelle.<\/p>\n\n\n\n Les propri\u00e9taires de ces capacit\u00e9s de calcul \u00e9taient devenus immens\u00e9ment riches \u00e0 mesure que les co\u00fbts de main-d’\u0153uvre disparaissaient. Dans le m\u00eame temps, la croissance des salaires r\u00e9els s\u2019\u00e9tait effondr\u00e9e. Malgr\u00e9 la fiert\u00e9 de l’administration sur la productivit\u00e9 record, les cols blancs avaient perdu leur emploi au profit des machines et ont \u00e9t\u00e9 contraints d’accepter des postes moins bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n Lorsque des fissures ont commenc\u00e9 \u00e0 appara\u00eetre dans l’\u00e9conomie de la consommation, les experts \u00e9conomiques ont popularis\u00e9 l’expression de \u00ab PIB fant\u00f4me \u00bb : une production qui appara\u00eet dans les comptes nationaux mais qui ne circule jamais dans l’\u00e9conomie r\u00e9elle.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 tous \u00e9gards, l’IA d\u00e9passait les attentes. Et le march\u00e9 \u00e9tait totalement tourn\u00e9 vers l’IA. Le seul probl\u00e8me \u00e9tait l\u2019\u00e9conomie.<\/p>\n\n\n\n Il aurait d\u00fb \u00eatre clair depuis le d\u00e9but qu’un seul cluster de GPU dans le Dakota du Nord g\u00e9n\u00e9rant la production pr\u00e9c\u00e9demment attribu\u00e9e \u00e0 10 000 emplois en cols blancs du centre-ville de Manhattan relevait davantage d\u2019une pand\u00e9mie \u00e9conomique que d\u2019une panac\u00e9e \u00e9conomique. La vitesse de circulation de la monnaie s’\u00e9tait stabilis\u00e9e. Mais l’\u00e9conomie de consommation centr\u00e9e sur l’humain \u2014 qui repr\u00e9sentait 70 % du PIB \u00e0 l’\u00e9poque \u2014 s’\u00e9tait effondr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Nous aurions probablement pu nous en rendre compte plus t\u00f4t si nous avions simplement demand\u00e9 combien d’argent les machines d\u00e9pensent en biens non essentiels. (Un indice : z\u00e9ro.)<\/p>\n\n\n\n Les capacit\u00e9s de l’IA se sont am\u00e9lior\u00e9es, les entreprises ont eu besoin de moins de travailleurs, les licenciements de cadres ont augment\u00e9, les travailleurs d\u00e9plac\u00e9s ont moins d\u00e9pens\u00e9, la pression sur les marges a pouss\u00e9 les entreprises \u00e0 investir davantage dans l’IA, les capacit\u00e9s de l’IA se sont am\u00e9lior\u00e9es \u2014 tout ceci au sein d\u2019une boucle de r\u00e9troaction n\u00e9gative et sans frein naturel.<\/p>\n\n\n\n Cette spirale \u00e9tait celle du d\u00e9placement de l’intelligence humaine. <\/p>\n\n\n\n Les cols blancs ont vu leur capacit\u00e9 de gain structurellement compromise : leurs d\u00e9penses ont diminu\u00e9 en cons\u00e9quence. Alors que leurs revenus constituaient le fondement du march\u00e9 hypoth\u00e9caire de 13 000 milliards de dollars, ils ont oblig\u00e9 les souscripteurs \u00e0 r\u00e9\u00e9valuer si les pr\u00eats hypoth\u00e9caires de premier ordre \u00e9taient toujours rentables.<\/p>\n\n\n\n Sans v\u00e9ritable cycle de d\u00e9faut de paiement, les dix-sept derni\u00e8res ann\u00e9es ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 aux entreprises priv\u00e9es proposant des contrats logiciels, soutenues par des fonds de capital-investissement qui supposaient que leurs annual recurring revenues<\/em> resteraient stables. La premi\u00e8re vague de d\u00e9fauts de paiement due \u00e0 la perturbation de l’IA au milieu de l’ann\u00e9e 2027 a remis en cause cette hypoth\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n Cela aurait \u00e9t\u00e9 g\u00e9rable si la perturbation \u00e9tait rest\u00e9e limit\u00e9e aux logiciels \u2014 mais ce ne fut pas le cas. \u00c0 la fin de l’ann\u00e9e 2027, elle mena\u00e7ait tous les mod\u00e8les \u00e9conomiques bas\u00e9s sur l’interm\u00e9diation : de nombreuses entreprises fond\u00e9es sur la mon\u00e9tisation des interactions entre humains se sont effondr\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n Le syst\u00e8me s’est av\u00e9r\u00e9 \u00eatre une longue cha\u00eene de paris corr\u00e9l\u00e9s sur la croissance de la productivit\u00e9 des cols blancs. Le krach de novembre 2027 n’a fait qu’acc\u00e9l\u00e9rer toutes les boucles de r\u00e9troaction n\u00e9gative d\u00e9j\u00e0 en place.<\/p>\n\n\n\n On nous dit depuis plus d\u2019un an que ces mauvaises nouvelles en sont de bonnes. Nous ne comprenons pas encore pourquoi.<\/p>\n\n\n\n Le gouvernement commence \u00e0 examiner des propositions, mais la confiance du public dans sa capacit\u00e9 \u00e0 mettre en place un plan de sauvetage s’est amenuis\u00e9e. Les r\u00e9ponses politiques ont toujours \u00e9t\u00e9 en retard sur la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique, mais l’absence d’un plan global menace d\u00e9sormais d’acc\u00e9l\u00e9rer la spirale d\u00e9flationniste.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 la fin de l’ann\u00e9e 2025, les outils de codage agentique ont fait un bond en avant en termes de capacit\u00e9s<\/a>.<\/p>\n\n\n\n Un d\u00e9veloppeur comp\u00e9tent travaillant avec Claude Code ou Codex pouvait d\u00e9sormais reproduire les fonctionnalit\u00e9s de base d’un produit SaaS de milieu de gamme en quelques semaines \u2014 pas de mani\u00e8re parfaite ni en traitant tous les cas particuliers, mais suffisamment bien pour que le directeur informatique charg\u00e9 d’examiner un renouvellement annuel de 500 000 dollars se pose la question suivante : \u00ab et si nous le construisions nous-m\u00eames ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n SaaS signifie Software as a Service<\/em>. Il s\u2019agit d\u2019un logiciel fourni par cloud<\/em> et accessible par abonnement de l’entreprise sans qu’elle dispose d’un support physique de celui-ci.<\/p>\n\n\n\n Les exercices financiers co\u00efncident g\u00e9n\u00e9ralement avec les ann\u00e9es civiles, de sorte que les d\u00e9penses des entreprises pour 2026 avaient \u00e9t\u00e9 fix\u00e9es au quatri\u00e8me trimestre 2025, alors que l’\u00ab IA agentique \u00bb \u00e9tait encore un mot \u00e0 la mode. L’examen semestriel suivant a \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re occasion pour les \u00e9quipes d’approvisionnement de prendre des d\u00e9cisions en ayant une visibilit\u00e9 sur ce que ces syst\u00e8mes pouvaient r\u00e9ellement faire. Certains ont vu leurs propres \u00e9quipes internes mettre au point en quelques semaines des prototypes reproduisant des contrats SaaS \u00e0 six chiffres.<\/p>\n\n\n\n Cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0, nous avons discut\u00e9 avec un responsable des achats d’une entreprise figurant dans le Fortune 500. Il nous a parl\u00e9 d’une de ses n\u00e9gociations budg\u00e9taires avec les fournisseurs de SaaS. Ceux-ci s’attendaient \u00e0 suivre la m\u00eame strat\u00e9gie que l’ann\u00e9e derni\u00e8re : une augmentation annuelle des prix de 5 % \u2014 et l’argumentaire standard : \u00ab votre \u00e9quipe d\u00e9pend de nous \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Le responsable des achats leur a dit qu’il \u00e9tait en pourparlers avec OpenAI pour que leurs \u00ab ing\u00e9nieurs d\u00e9ploy\u00e9s sur le terrain \u00bb utilisent des outils d’IA afin de remplacer compl\u00e8tement ces fournisseurs. En cons\u00e9quence, il a obtenu que le contrat avec ceux-ci soit renouvel\u00e9 avec une remise de 30 %.<\/p>\n\n\n\n Pour ce responsable, c\u2019\u00e9tait un bon r\u00e9sultat. Les logiciels SaaS longtail<\/em>, comme Monday.com, Zapier et Asana, avaient connu un sort bien pire.<\/p>\n\n\n\n Les logiciels longtail<\/em> sont ceux n’\u00e9tant pas d\u00e9livr\u00e9s par les plus gros fournisseurs ; s’ils sont moins populaires, ils existent \u00e9galement en plus grand nombre. Si l’on classe par ordre d\u00e9croissant les \u00e9diteurs de SaaS selon leurs revenus, pour ensuite dessiner la courbe de ces revenus par num\u00e9ro de position, les fournisseurs moins importants forment ainsi une longue queue amincie. <\/p>\n\n\n\n Les investisseurs s’attendaient, voire esp\u00e9raient, que ces logiciels soient durement touch\u00e9s. Ils repr\u00e9sentaient peut-\u00eatre un tiers des d\u00e9penses pour la stack<\/em>, mais ils \u00e9taient manifestement expos\u00e9s. Les syst\u00e8mes d’enregistrement, en revanche, \u00e9taient cens\u00e9s \u00eatre \u00e0 l’abri de toute perturbation.<\/p>\n\n\n\n Ce n’est qu’avec le rapport du troisi\u00e8me trimestre 2026 de ServiceNow qu\u2019un m\u00e9canisme de r\u00e9troaction est devenu plus clair.<\/p>\n\n\n\n ServiceNow est une entreprise \u00e9tats-unienne de SaaS fond\u00e9e en 2003. Elle est notamment connue pour ses logiciels de suivi des bugs informatiques. <\/p>\n\n\n\n En octobre 2026, un article de Bloomberg <\/em>titre : \u00ab La croissance de la valeur contractuelle annuelle nette de ServiceNow ralentit de 23 % \u00e0 14 % ; l\u2019entreprise annonce une r\u00e9duction de 15 % de ses effectifs et un \u2018programme d\u2019efficacit\u00e9 structurelle\u2019. Les actions chutent de 18 %. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Le SaaS n’\u00e9tait pas mort pour autant. Il fallait encore analyser le rapport co\u00fbt-b\u00e9n\u00e9fice de l’exploitation et du support des d\u00e9veloppements internes aux entreprises. Mais un tel d\u00e9veloppement interne \u00e9tait en tout \u00e9tat de cause devenu une option : celle-ci a \u00e9t\u00e9 prise en compte dans les n\u00e9gociations tarifaires.<\/p>\n\n\n\n Plus important encore, peut-\u00eatre, le paysage concurrentiel avait chang\u00e9. L’IA avait facilit\u00e9 le d\u00e9veloppement et la mise en place de nouvelles fonctionnalit\u00e9s, ce qui avait entra\u00een\u00e9 une disparition de la diff\u00e9renciation. Les acteurs en place se livraient \u00e0 une course \u00e0 la baisse des prix, dans une lutte acharn\u00e9e entre eux et avec les nouveaux concurrents qui faisaient leur apparition. Encourag\u00e9s par les progr\u00e8s consid\u00e9rables r\u00e9alis\u00e9s en mati\u00e8re de codage agentique et n’ayant aucune structure de co\u00fbts h\u00e9rit\u00e9e \u00e0 prot\u00e9ger, ces derniers ont pris des parts de march\u00e9 de mani\u00e8re agressive.<\/p>\n\n\n\n La nature interconnect\u00e9e de ces syst\u00e8mes n’\u00e9tait pas non plus pleinement prise en compte avant cet article de Bloomberg<\/em>.<\/p>\n\n\n\n ServiceNow vendait des licences. Lorsque les clients de Service Now issus du Fortune 500 eurent r\u00e9duit leurs effectifs gr\u00e2ce aux progr\u00e8s de l\u2019IA, ils annul\u00e8rent une part de leurs licences. Ces r\u00e9ductions qui augmentaient leurs marges d\u00e9truisaient m\u00e9caniquement la base de revenus de ServiceNow : l’entreprise qui vendait des solutions d’automatisation des flux de travail \u00e9tait perturb\u00e9e par une meilleure automatisation de ces m\u00eames flux. Sa r\u00e9ponse a \u00e9t\u00e9 de r\u00e9duire ses effectifs et d’utiliser les \u00e9conomies r\u00e9alis\u00e9es pour financer la technologie m\u00eame qui la perturbait.<\/p>\n\n\n\n ServiceNow n\u2019aurait pas pu faire autrement. Son cas confirmait une r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale : les entreprises les plus menac\u00e9es par l’IA \u00e9taient celles qui l\u2019avaient le plus adopt\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Cela semble \u00e9vident avec le recul, mais ce n’\u00e9tait vraiment pas le cas \u00e0 l’\u00e9poque \u2014 du moins pas pour moi. Le mod\u00e8le historique de disruption voulait que les acteurs en place r\u00e9sistent aux nouvelles technologies, perdent des parts de march\u00e9 au profit de nouveaux entrants plus agiles et meurent lentement. C’est ce qui \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 Kodak, \u00e0 Blockbuster, \u00e0 BlackBerry.<\/p>\n\n\n\n Ce qui s’est pass\u00e9 en 2026 \u00e9tait diff\u00e9rent : les acteurs en place n’ont pas r\u00e9sist\u00e9 parce qu’ils n’en avaient pas les moyens.<\/p>\n\n\n\n Avec des actions en baisse de 40 \u00e0 60 % et des conseils d’administration exigeant des r\u00e9ponses, les entreprises menac\u00e9es par l’IA ont fait la seule chose qu’elles pouvaient faire : elles ont r\u00e9duit leurs effectifs, r\u00e9investi les \u00e9conomies r\u00e9alis\u00e9es dans des outils d’IA et utilis\u00e9 ces outils pour maintenir leur production \u00e0 moindre co\u00fbt.<\/p>\n\n\n\n La r\u00e9ponse individuelle de chaque entreprise \u00e9tait rationnelle. Le r\u00e9sultat collectif a \u00e9t\u00e9 catastrophique.<\/p>\n\n\n\n Chaque dollar \u00e9conomis\u00e9 sur les effectifs a \u00e9t\u00e9 r\u00e9investi dans des capacit\u00e9s d’IA qui ont rendu possible la prochaine vague de suppressions d’emplois.<\/p>\n\n\n\n Les logiciels n’\u00e9taient que le d\u00e9but d\u2019une nouvelle s\u00e9quence. Ce que les investisseurs ont manqu\u00e9 pendant qu’ils d\u00e9battaient pour savoir si les multiples entreprises de SaaS avaient atteint leur niveau le plus bas, c’est que cette boucle de r\u00e9troaction avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9chapp\u00e9 au secteur des logiciels. La m\u00eame logique qui justifiait la r\u00e9duction des effectifs de ServiceNow s’appliquait \u00e0 toutes les entreprises ayant une structure de co\u00fbts li\u00e9s aux cols blancs.<\/p>\n\n\n\n Au d\u00e9but de 2027, l’utilisation des mod\u00e8les de langage (LLM) \u00e9tait devenue la norme. Les gens utilisaient des agents IA sans m\u00eame savoir qu\u2019ils travaillaient avec IA, de la m\u00eame mani\u00e8re que les personnes qui n’avaient jamais appris ce qu’\u00e9tait le \u00ab cloud computing<\/em> \u00bb utilisaient les services de streaming. Les humains consid\u00e9raient l\u2019IA de la m\u00eame mani\u00e8re que la saisie automatique ou la v\u00e9rification orthographique : une simple fonctionnalit\u00e9 que leur t\u00e9l\u00e9phone pouvait maintenant offrir.<\/p>\n\n\n\n L’agent d’achat open source<\/em> de Qwen a \u00e9t\u00e9 le catalyseur de l’utilisation de l’IA pour les d\u00e9cisions des consommateurs. En quelques semaines, tous les principaux assistants IA avaient int\u00e9gr\u00e9 une fonctionnalit\u00e9 d’achat par agent. Gr\u00e2ce \u00e0 la distillation de mod\u00e8les, ces agents pouvaient fonctionner sur des t\u00e9l\u00e9phones et des ordinateurs portables \u2014 et pas seulement sur des instances cloud<\/em>, ce qui r\u00e9duisait consid\u00e9rablement le co\u00fbt marginal de l’inf\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n Qwen est une famille de grands mod\u00e8les de langage d\u00e9velopp\u00e9s par Alibaba Cloud, soci\u00e9t\u00e9 chinoise de cloud computing<\/em>. La distillation de mod\u00e8le, quant \u00e0 elle, est une technique d\u2019apprentissage automatique par transfert de connaissances \u2014 un petit mod\u00e8le, de langage par exemple, \u00e9tant entra\u00een\u00e9 sur un plus grand.<\/p>\n\n\n\n Ce qui aurait d\u00fb inqui\u00e9ter davantage les investisseurs, c’est que ces agents n’attendaient pas qu’on leur demande quoi faire. Ils fonctionnaient en arri\u00e8re-plan selon les pr\u00e9f\u00e9rences de l’utilisateur. Le commerce a cess\u00e9 d’\u00eatre une s\u00e9rie de d\u00e9cisions humaines distinctes pour devenir un processus d’optimisation continu, fonctionnant 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 pour le compte de chaque consommateur connect\u00e9. En mars 2027, l’individu m\u00e9dian aux \u00c9tats-Unis consommait 400 000 tokens <\/em>par jour, soit 10 fois plus qu’\u00e0 la fin de 2026.<\/p>\n\n\n\n Le maillon suivant de la cha\u00eene \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en train de se casser.<\/p>\n\n\n\n Au cours des cinquante derni\u00e8res ann\u00e9es, l’\u00e9conomie am\u00e9ricaine a construit une gigantesque couche d’extraction de rente sur les limites humaines : les choses prennent du temps, la patience s’\u00e9puise, la familiarit\u00e9 avec une marque donn\u00e9e remplace le souci de recherche, et la plupart des gens sont pr\u00eats \u00e0 accepter un mauvais prix pour \u00e9viter de cliquer davantage. Des milliers de milliards de dollars de valeur d’entreprise d\u00e9pendaient de la persistance de ces contraintes.<\/p>\n\n\n\n Au d\u00e9part, les choses \u00e9taient assez simples : les agents supprimaient tout frottement.<\/p>\n\n\n\n Alors que les abonnements et les adh\u00e9sions se renouvelaient passivement malgr\u00e9 des mois d’inutilisation, ou que les prix de lancement doublaient insidieusement apr\u00e8s la p\u00e9riode d’essai, chacun de ces \u00e9l\u00e9ments devenait une \u00ab situation de prise d’otage \u00bb que les agents d\u2019achat pouvaient d\u00e9sormais n\u00e9gocier. En cons\u00e9quence, la valeur moyenne de la dur\u00e9e de vie d’un client \u2014 l’indicateur sur lequel reposait toute l’\u00e9conomie de l’abonnement \u2014, avait nettement diminu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Les agents consommateurs ont commenc\u00e9 \u00e0 changer le fonctionnement de presque toutes les transactions de consommation.<\/p>\n\n\n\n Les humains n\u2019avaient pas vraiment le temps de comparer les prix sur cinq plateformes concurrentes avant d’acheter une bo\u00eete de barres prot\u00e9in\u00e9es. Les machines, elles, le pouvaient.<\/p>\n\n\n\n Les plateformes de r\u00e9servation de voyages ont \u00e9t\u00e9 les premi\u00e8res victimes de ce ph\u00e9nom\u00e8ne, parce qu\u2019elles \u00e9taient les plus simples. Au quatri\u00e8me trimestre 2026, les agents IA pouvaient \u00e9tablir un itin\u00e9raire complet \u2014 vols, h\u00f4tels, transport terrestre, optimisation des remises pour fid\u00e9lit\u00e9, contraintes budg\u00e9taires, remboursements \u2014 plus rapidement et \u00e0 moindre co\u00fbt que n’importe quelle plateforme.<\/p>\n\n\n\n Les renouvellements d’assurance, dont le mod\u00e8le reposait enti\u00e8rement sur l’inertie des assur\u00e9s, ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9form\u00e9s. Les agents qui ren\u00e9gociaient votre couverture chaque ann\u00e9e ont d\u00e9mantel\u00e9 les 15 \u00e0 20 % de primes que les assureurs tiraient des renouvellements passifs.<\/p>\n\n\n\n Les conseils financiers, la pr\u00e9paration des d\u00e9clarations fiscales, le travail juridique de routine : toutes les cat\u00e9gories dans lesquelles la proposition de valeur du prestataire de services se r\u00e9sumait dans la formule \u00ab je vais vous aider \u00e0 naviguer dans cette complexit\u00e9 que vous trouvez ennuyeuse \u00bb, ont \u00e9t\u00e9 perturb\u00e9es. Les agents ne sont rebut\u00e9s par rien.<\/p>\n\n\n\n M\u00eame les domaines que nous pensions prot\u00e9g\u00e9s par la valeur des relations humaines se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s fragiles.<\/p>\n\n\n\n Le secteur de l\u2019immobilier, o\u00f9 les acheteurs tol\u00e9raient depuis des d\u00e9cennies des commissions de 5 \u00e0 6 % en raison de l’asym\u00e9trie d’information entre l’agent et le consommateur, s’est effondr\u00e9 lorsque les agents IA \u00e9quip\u00e9s d’un acc\u00e8s aux multiple listing services<\/em> et de d\u00e9cennies de donn\u00e9es transactionnelles ont pu reproduire instantan\u00e9ment la base de connaissances. Un article publi\u00e9 en mars 2027 par le c\u00f4t\u00e9 vendeur a trouv\u00e9 un nom pour ce ph\u00e9nom\u00e8ne : \u00ab violence d\u2019agent \u00e0 agent \u00bb. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, la commission m\u00e9diane c\u00f4t\u00e9 acheteur dans les grandes m\u00e9tropoles \u00e9tait pass\u00e9e de 2,5-3 % \u00e0 moins de 1 %, et une part croissante des transactions \u00e9tait conclue sans aucun agent humain c\u00f4t\u00e9 acheteur.<\/p>\n\n\n\n Nous avions surestim\u00e9 la valeur des \u00ab relations humaines \u00bb. Il s’av\u00e8re que ce que les gens appelaient des \u00ab relations \u00bb n’\u00e9tait souvent qu’une friction avec un visage amical.<\/p>\n\n\n\n Et ce n’\u00e9tait que le d\u00e9but des perturbations pour la couche d’interm\u00e9diation. <\/p>\n\n\n\n Les entreprises prosp\u00e8res avaient d\u00e9pens\u00e9 des milliards pour exploiter efficacement les particularit\u00e9s du comportement des consommateurs et de la psychologie humaine. Ces particularit\u00e9s, d\u00e9sormais, n’avaient plus d’importance.<\/p>\n\n\n\n Les machines optimis\u00e9es pour le prix et l’ad\u00e9quation ne se soucient pas de votre application pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e ou des sites web que vous consultez habituellement depuis quatre ans, ni ne ressentent l’attrait d’une exp\u00e9rience de paiement bien con\u00e7ue. Elles ne se lassent pas et n’acceptent pas l’option la plus facile ou le choix par d\u00e9faut : \u00ab je commande toujours ici. \u00bb<\/p>\n\n\n\n La diffusion de ces machines avait ainsi d\u00e9truit un type particulier de rempart : l’interm\u00e9diation habituelle. DoorDash en \u00e9tait l’exemple parfait.<\/p>\n\n\n\n DoorDash est une entreprise \u00e9tats-unienne sp\u00e9cialis\u00e9e dans la livraison de nourriture. Elle est majoritaire sur le march\u00e9 des \u00c9tats-Unis depuis 2019, ayant d\u00e9pass\u00e9 Uber Eats en novembre 2018.<\/p>\n\n\n\n Les agents de codage avaient fait chuter les co\u00fbts d\u2019entr\u00e9e pour le lancement d’une application de livraison. Un d\u00e9veloppeur comp\u00e9tent pouvait d\u00e9ployer un concurrent fonctionnel en quelques semaines \u2014 et des dizaines l’ont fait \u2014 attirant les chauffeurs loin de DoorDash et Uber Eats en leur reversant 90 \u00e0 95 % des frais de livraison. Les tableaux de bord multi-applications permettaient aux travailleurs ind\u00e9pendants de suivre les commandes entrantes provenant de vingt ou trente plateformes \u00e0 la fois : ceux-ci n\u2019\u00e9taient ainsi plus captifs de l\u2019une d\u2019entre elles seulement, comme c\u2019\u00e9tait le cas auparavant. Le march\u00e9 s’est fragment\u00e9 du jour au lendemain et les marges ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9duites \u00e0 presque rien.<\/p>\n\n\n\n Les agents IA ont acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 la destruction des deux c\u00f4t\u00e9s : ils ont permis aux concurrents de se d\u00e9velopper, puis ils les ont utilis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n DoorDash avait prosp\u00e9r\u00e9 selon un mod\u00e8le simple : \u00ab Vous avez faim, vous \u00eates paresseux : voici une application sur votre \u00e9cran d’accueil pour vous. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Mais un agent n’a pas d’\u00e9cran d’accueil. <\/p>\n\n\n\n Il consulte DoorDash, Uber Eats, le site d\u2019un restaurant et vingt autres options afin de pouvoir choisir \u00e0 chaque fois les frais les plus bas et la livraison la plus rapide. La fid\u00e9lit\u00e9 habituelle \u00e0 une application \u2014 qui est la base m\u00eame du mod\u00e8le \u00e9conomique des plateformes \u2014 n’existe tout simplement pas pour une machine.<\/p>\n\n\n\n Ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9tait \u00e9trangement po\u00e9tique : il \u00e9tait peut-\u00eatre le seul exemple o\u00f9 les agents rendaient service aux cols blancs bient\u00f4t d\u00e9plac\u00e9s. Lorsque ces cols blancs se sont retrouv\u00e9s livreurs, au moins la moiti\u00e9 de leurs revenus n’allaient pas \u00e0 Uber et DoorDash. Bien s\u00fbr, ce service rendu par la technologie n’a pas dur\u00e9 longtemps, car les v\u00e9hicules autonomes se sont multipli\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n Une fois que les agents ont contr\u00f4l\u00e9 la transaction, ils sont partis \u00e0 la recherche d\u2019opportunit\u00e9s plus grandes.<\/p>\n\n\n\n Puisqu\u2019il n’y a jamais qu\u2019un nombre limit\u00e9 de comparaisons de prix et d’agr\u00e9gations \u00e0 effectuer, le meilleur moyen de faire \u00e9conomiser de l’argent \u00e0 l’utilisateur de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, en particulier lorsque les agents ont commenc\u00e9 \u00e0 effectuer des transactions entre eux, \u00e9tait plut\u00f4t de supprimer les frais. Dans le commerce de machine \u00e0 machine, les frais d\u2019interchange de 2 \u00e0 3 % des cartes bancaires sont devenus une cible \u00e9vidente.<\/p>\n\n\n\n Les agents se sont mis en qu\u00eate d’options plus rapides et moins co\u00fbteuses que les cartes. La plupart ont opt\u00e9 pour l’utilisation de stablecoins via<\/em> Solana ou Ethereum L2, o\u00f9 le r\u00e8glement \u00e9tait quasi instantan\u00e9 et le co\u00fbt de la transaction se mesurait en fractions de centime.<\/p>\n\n\n\n Le 29 avril 2027, le chap\u00f4 d\u2019un article de Bloomberg<\/em> alignait : \u00ab Mastercard premier trimestre 2027 : le chiffre d\u2019affaires net est de + 6 % en glissement annuel. La croissance du volume d\u2019achat ralentit \u00e0 + 3,4 % en glissement annuel contre + 5,9 % au trimestre pr\u00e9c\u00e9dent. La direction note \u2018l\u2019optimisation des prix par les agents\u2019 et \u2018la pression dans les cat\u00e9gories non essentielles.\u2019 \u00bb<\/p>\n\n\n\n Le rapport du premier trimestre 2027 de Mastercard marquait un point de non-retour.<\/p>\n\n\n\n Le commerce par agent \u00e9tait pass\u00e9 d’une histoire de produit \u00e0 une histoire de plomberie. Le lendemain, les actions de l\u2019entreprise chutaient de 9 %. Visa a connu le m\u00eame sort mais a r\u00e9duit ses pertes apr\u00e8s que les analystes aient soulign\u00e9 son positionnement plus solide dans l’infrastructure des stablecoins.<\/p>\n\n\n\n\n\n Le commerce par agent contournant les commissions d’interchange repr\u00e9sentait un risque bien plus important pour les banques ax\u00e9es sur les cartes comme pour les soci\u00e9t\u00e9s dont la seule activit\u00e9 \u00e9tait l\u2019\u00e9mission de ces m\u00eames cartes. Celles-ci percevaient la majorit\u00e9 de ces frais de 2 \u00e0 3 % et avaient construit des segments commerciaux entiers autour de programmes de fid\u00e9lit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n American Express avait \u00e9t\u00e9 la plus durement touch\u00e9e, subissant \u00e0 la fois les effets n\u00e9gatifs de la r\u00e9duction de ses effectifs administratifs, qui avait r\u00e9duit sa client\u00e8le, et du contournement des commissions d’interchange par les agents, qui avait d\u00e9truit son mod\u00e8le de revenus. Les actions de Synchrony, Capital One et Discover avaient \u00e9galement chut\u00e9 de plus de 10 % au cours des semaines suivantes.<\/p>\n\n\n\n Tous leurs avantages concurrentiels reposaient sur les frictions \u2014 et celles-ci \u00e9taient en train de dispara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n Jusqu’en 2026, les march\u00e9s avaient consid\u00e9r\u00e9 l’impact n\u00e9gatif de l’IA comme un ph\u00e9nom\u00e8ne sectoriel. Les secteurs des logiciels et du conseil avaient \u00e9t\u00e9 lamin\u00e9s, l\u2019\u00e9conomie des paiements et des p\u00e9ages avait \u00e9t\u00e9 \u00e9branl\u00e9e \u2014 mais l’\u00e9conomie dans son ensemble semblait se porter bien. Le march\u00e9 du travail, bien qu’en perte de vitesse, n’\u00e9tait pas en chute libre.<\/p>\n\n\n\n L’opinion g\u00e9n\u00e9rale \u00e9tait que la destruction cr\u00e9atrice faisait partie de tout cycle d’innovation technologique : elle serait douloureuse \u00e0 certains \u00e9gards, mais les avantages nets globaux de l’IA l’emporteraient sur les inconv\u00e9nients.<\/p>\n\n\n\n Notre note macro\u00e9conomique de janvier 2027 affirmait que ce mod\u00e8le \u00e9tait erron\u00e9. <\/p>\n\n\n\n L’\u00e9conomie am\u00e9ricaine est une \u00e9conomie de services tertiaires. Les cols blancs repr\u00e9sentaient 50 % de l’emploi et g\u00e9n\u00e9raient environ 75 % des d\u00e9penses de consommation non-essentielles. Les entreprises et les emplois que l’IA d\u00e9truisait n’avaient pas qu\u2019un faible lien avec l’\u00e9conomie am\u00e9ricaine : ils \u00e9taient<\/em> l’\u00e9conomie am\u00e9ricaine.<\/p>\n\n\n\n On ass\u00e8ne souvent un argument : \u00ab l’innovation technologique d\u00e9truit des emplois, puis en cr\u00e9e encore plus. \u00bb Cet argument est populaire et convaincant parce qu’il a \u00e9t\u00e9 pertinent pendant deux si\u00e8cles : m\u00eame si nous ne pouvions pas imaginer quels seraient les emplois de demain, ils allaient s\u00fbrement se mat\u00e9rialiser.<\/p>\n\n\n\n Les distributeurs automatiques de billets ont rendu les agences bancaires moins co\u00fbteuses \u00e0 exploiter, ce qui a incit\u00e9 les banques \u00e0 en ouvrir davantage et a entra\u00een\u00e9 une augmentation des emplois de guichet au cours des vingt ann\u00e9es suivantes. Internet a boulevers\u00e9 les agences de voyage, les Pages Jaunes et le commerce de d\u00e9tail traditionnel, mais il a invent\u00e9 \u00e0 la place des industries enti\u00e8rement nouvelles qui ont cr\u00e9\u00e9 de nouveaux emplois.<\/p>\n\n\n\n Cependant, chaque nouvel emploi n\u00e9cessitait un \u00eatre humain pour l’exercer.<\/p>\n\n\n\n L’IA est d\u00e9sormais une intelligence g\u00e9n\u00e9rale qui s’am\u00e9liore dans les t\u00e2ches m\u00eames sur lesquelles les humains pourraient \u00eatre red\u00e9ploy\u00e9s. Les codeurs perdant leur emploi \u00e0 cause de l\u2019IA ne peuvent pas simplement passer \u00e0 la \u00ab gestion de l’IA \u00bb \u2014 puisque l’IA est d\u00e9j\u00e0 capable de se g\u00e9rer elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n Aujourd’hui, les agents IA g\u00e8rent des t\u00e2ches de recherche et d\u00e9veloppement qui prendraient d\u2019ordinaire plusieurs semaines. Cette croissance exponentielle a boulevers\u00e9 nos conceptions de ce qui \u00e9tait possible, m\u00eame si chaque ann\u00e9e, les professeurs de Wharton essayaient d’adapter les donn\u00e9es \u00e0 une nouvelle courbe sigmo\u00efde.<\/p>\n\n\n\n Frank Flight<\/span> La diffusion technologique a toujours suivi une courbe en S, ou courbe sigmo\u00efde \u2014 dont la croissance est d\u2019abord lente, puis rapide, avant de stabiliser \u00e0 un palier sup\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n L’adoption pr\u00e9coce d\u2019une nouvelle technologie est lente et co\u00fbteuse. Alors que la croissance s’acc\u00e9l\u00e8re \u00e0 mesure que les co\u00fbts diminuent et que des infrastructures compl\u00e9mentaires se d\u00e9veloppent, la saturation s’installe et les adoptants marginaux sont moins productifs ou moins rentables, ce qui entra\u00eene un ralentissement de la croissance.<\/p>\n\n\n\n Malgr\u00e9 cela, les march\u00e9s extrapolent souvent la phase d’acc\u00e9l\u00e9ration de mani\u00e8re lin\u00e9aire. L’histoire montre plut\u00f4t que le rythme d’adoption se stabilise, car l’int\u00e9gration organisationnelle est co\u00fbteuse, la r\u00e9glementation \u00e9merge et les rendements marginaux diminuent dans le d\u00e9ploiement \u00e9conomique. Le risque de remplacement diminue avec un rythme d’adoption plus lent.<\/p>\n\n\n\n Les agents d\u2019IA \u00e9crivent la grande majorit\u00e9 du code. Les plus performants d’entre eux sont nettement plus intelligents, dans quasiment tous les domaines, que presque tous les humains. Et ils ne cessent de devenir moins chers.<\/p>\n\n\n\n L’IA a <\/em>cr\u00e9\u00e9 de nouveaux emplois : prompt engineers<\/em>, chercheurs en s\u00e9curit\u00e9 IA ou techniciens en infrastructure. Les humains sont toujours dans la boucle, coordonnant au plus haut niveau ou dirigeant selon leurs go\u00fbts. Cependant, pour chaque nouveau r\u00f4le cr\u00e9\u00e9 par l’IA, des dizaines d’autres sont devenus obsol\u00e8tes. Les nouveaux r\u00f4les sont r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s \u00e0 une fraction de ce que rapportaient les anciens.<\/p>\n\n\n\n En octobre 2026, Bloomber<\/em>g titre : \u00ab JOLTS : aux \u00c9tats-Unis, les offres d’emploi tombent en dessous de 5,5 millions ; le ratio ch\u00f4meurs\/offres d’emploi grimpe \u00e0 environ 1,7, son plus haut niveau depuis ao\u00fbt 2020. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Le JOLTS, pour Job Openings and Labor Turnover Survey est une enqu\u00eate r\u00e9alis\u00e9e par le Bureau of Labor Statistics des \u00c9tats-Unis pour aider \u00e0 mesurer les emplois vacants.<\/p>\n\n\n\n Le taux d’embauche avait \u00e9t\u00e9 an\u00e9mique toute l’ann\u00e9e, mais les chiffres du travail d’octobre 2026 avaient fourni des donn\u00e9es d\u00e9finitives : les offres d’emploi sont tomb\u00e9es sous la barre des 5,5 millions, soit une baisse de 15 % en glissement annuel.<\/p>\n\n\n\n Frank Flight<\/span>\u00c0 ce jour, il y a peu de preuves d’une perturbation de l’IA dans les donn\u00e9es du march\u00e9 du travail. En fait, les composantes prospectives du suivi du march\u00e9 du travail se sont am\u00e9lior\u00e9es : la construction de centres de donn\u00e9es IA semble stimuler la reprise de l’embauche dans le secteur de la construction.<\/p>\n\n\n\n En d\u00e9cembre 2026, le moteur de recherche d\u2019emploi Indeed publie une note d\u2019information : \u00ab Les offres d\u2019emploi chutent fortement dans les secteurs des logiciels, de la finance et du conseil \u00e0 mesure que les initiatives de productivit\u00e9 se g\u00e9n\u00e9ralisent. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Les offres d’emploi pour les cols blancs s’effondraient, tandis que celles pour les cols bleus restaient relativement stables \u2014 dans la construction, la sant\u00e9 ou le commerce. Les pertes concernaient les emplois consistant \u00e0 r\u00e9diger des notes de service, \u00e0 approuver les budgets et \u00e0 assurer le bon fonctionnement des couches interm\u00e9diaires de l’\u00e9conomie. Cependant, la croissance des salaires r\u00e9els dans les deux cohortes avait \u00e9t\u00e9 n\u00e9gative pendant la majeure partie de l’ann\u00e9e et continuait de baisser.<\/p>\n\n\n\n Le march\u00e9 boursier se souciait toujours moins du JOLTS que de l’annonce selon laquelle toute la capacit\u00e9 de production de turbines de GE Vernova \u00e9tait d\u00e9sormais acquise par diff\u00e9rents acheteurs jusqu’en 2040. Il avait \u00e9volu\u00e9 lat\u00e9ralement, tiraill\u00e9 entre les nouvelles macro\u00e9conomiques n\u00e9gatives et les titres positifs sur les infrastructures d’IA.<\/p>\n\n\n\n Ce point sur les infrastructures \u00e9nerg\u00e9tiques de l\u2019IA \u2014 tr\u00e8s consommatrice en \u00e9lectricit\u00e9 \u2014 peut \u00eatre l\u2019un des points de d\u00e9part pour critiquer le sc\u00e9nario d\u2019un cercle vicieux, tel qu\u2019esquiss\u00e9 dans cette note, o\u00f9 chaque vague de licenciement, en renfor\u00e7ant les outils d\u2019IA, pr\u00e9pare une vague suivante.<\/p>\n\n\n\n Frank Flight<\/span> Il est bien connu que la formation et l’inf\u00e9rence n\u00e9cessitent une capacit\u00e9 importante en semi-conducteurs, des centres de donn\u00e9es et de l’\u00e9nergie. Le remplacement des emplois de cols blancs n\u00e9cessiterait une intensit\u00e9 de calcul sup\u00e9rieure de plusieurs ordres de grandeur au niveau actuel d’utilisation. Si l’automatisation se d\u00e9veloppe rapidement, la demande de calcul augmente par d\u00e9finition, faisant grimper son co\u00fbt marginal. Si le co\u00fbt marginal du calcul d\u00e9passe le co\u00fbt marginal du travail humain pour certaines t\u00e2ches, il n’y aura pas de substitution \u2014 ce qui cr\u00e9era une fronti\u00e8re \u00e9conomique naturelle.<\/p>\n\n\n\n Cette dynamique contraste fortement avec les discours qui supposent une reproduction \u00ab sans friction \u00bb de l’intelligence \u2014 comme le propos de ce texte. M\u00eame si les algorithmes s’am\u00e9liorent de mani\u00e8re r\u00e9cursive, le d\u00e9ploiement \u00e9conomique reste limit\u00e9 par le capital physique, la disponibilit\u00e9 de l’\u00e9nergie, les autorisations r\u00e9glementaires et les changements organisationnels. <\/p>\n\n\n\n Le march\u00e9 obligataire, toujours plus intelligent que le march\u00e9 boursier \u2014 ou du moins pas aussi romantique \u2014 avait toutefois commenc\u00e9 \u00e0 int\u00e9grer la baisse de la consommation dans ses prix. Le rendement \u00e0 10 ans avait commenc\u00e9 \u00e0 baisser, passant de 4,3 % \u00e0 3,2 % au cours des quatre mois suivants. N\u00e9anmoins, le taux de ch\u00f4mage global n’avait pas explos\u00e9. <\/p>\n\n\n\n Certains n\u2019avaient pas compris cependant le ph\u00e9nom\u00e8ne que cachait cette apparente stabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Dans une r\u00e9cession normale, la cause finit par se corriger d’elle-m\u00eame. La surconstruction entra\u00eene un ralentissement de la construction, ce qui conduit \u00e0 une baisse des taux, ce qui conduit \u00e0 de nouvelles constructions. Le d\u00e9passement des stocks entra\u00eene un d\u00e9stockage, ce qui conduit \u00e0 un restockage. Le m\u00e9canisme cyclique contient en lui-m\u00eame les germes de la reprise.<\/p>\n\n\n\n L’IA s’est am\u00e9lior\u00e9e et est devenue moins ch\u00e8re. <\/p>\n\n\n\n Les entreprises ont licenci\u00e9 des employ\u00e9s, puis ont utilis\u00e9 les \u00e9conomies r\u00e9alis\u00e9es pour acheter davantage de capacit\u00e9s d’IA, ce qui leur a permis de licencier encore plus d’employ\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n Les travailleurs licenci\u00e9s ont r\u00e9duit leurs d\u00e9penses. <\/p>\n\n\n\n Les entreprises qui vendent des produits aux consommateurs ont vu leurs ventes baisser, se sont affaiblies et ont investi davantage dans l’IA pour prot\u00e9ger leurs marges.<\/p>\n\n\n\n De nouveau, l’IA s’est am\u00e9lior\u00e9e et est devenue moins ch\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n Nous avons d\u00e9j\u00e0 expos\u00e9 ce ph\u00e9nom\u00e8ne : celui d\u2019une boucle de r\u00e9troaction sans frein naturel.<\/p>\n\n\n\n Frank Flight<\/span> L’automatisation bas\u00e9e sur l’IA est un choc de productivit\u00e9. Ceux-ci, en g\u00e9n\u00e9ral, sont des chocs d’offre positifs : ils r\u00e9duisent les co\u00fbts marginaux, augmentent la production potentielle et augmentent le revenu r\u00e9el. Ils sont isol\u00e9s, d\u00e9sinflationnistes et favorisent la croissance \u00e0 moyen terme. Historiquement, toutes les avanc\u00e9es technologiques majeures : la vapeur, l’\u00e9lectrification, le moteur \u00e0 combustion interne, l’informatique, ont suivi ce sch\u00e9ma. Le contre-argument de ce texte sugg\u00e8re que l’IA est une innovation technologique diff\u00e9rente des pr\u00e9c\u00e9dentes, car elle remplace directement le revenu du travail, supprimant ainsi la demande globale.<\/p>\n\n\n\n On pouvait intuitivement s’attendre \u00e0 ce que la baisse de la demande globale ralentisse le d\u00e9veloppement de l’IA. Cela n’a pas \u00e9t\u00e9 le cas, car il ne s’agissait pas alors de d\u00e9penses d’investissement comme celles que demandent les hyperscalers<\/em>, mais d\u2019une substitution de d\u00e9penses d’exploitation. D\u00e9sormais, une entreprise qui, jusqu\u2019ici, d\u00e9pensait 100 millions de dollars par an pour ses employ\u00e9s et 5 millions de dollars pour l’IA, d\u00e9pense 70 millions de dollars pour ses employ\u00e9s et 20 millions de dollars pour l’IA.<\/p>\n\n\n\n Les investissements dans l’IA furent multipli\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n Mais cela s’est traduit par une r\u00e9duction des co\u00fbts d’exploitation totaux. Le budget IA de chaque entreprise a augment\u00e9 tandis que ses d\u00e9penses globales ont diminu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n L’ironie de la situation \u00e9tait que le complexe d’infrastructures IA continuait \u00e0 fonctionner alors m\u00eame que l’\u00e9conomie qu’il perturbait commen\u00e7ait \u00e0 se d\u00e9t\u00e9riorer. Nvidia affichait toujours des b\u00e9n\u00e9fices records. TSMC fonctionnait toujours \u00e0 plus de 95 % de sa capacit\u00e9. Les hyperscalers continuaient \u00e0 d\u00e9penser entre 150 et 200 milliards de dollars par trimestre en investissements pour les centres de donn\u00e9es. Les \u00e9conomies qui suivaient purement cette tendance, comme Ta\u00efwan et la Cor\u00e9e, avaient enregistr\u00e9 des performances exceptionnelles.<\/p>\n\n\n\n L’Inde connut le ph\u00e9nom\u00e8ne inverse. Le secteur des services informatiques du pays exportait pour plus de 200 milliards de dollars par an, ce qui constituait le plus grand contributeur \u00e0 l’exc\u00e9dent courant de l’Inde et compensait son d\u00e9ficit commercial persistant.<\/p>\n\n\n\n L’ensemble du mod\u00e8le reposait sur une seule proposition de valeur : les d\u00e9veloppeurs indiens co\u00fbtaient une fraction du prix de leurs homologues am\u00e9ricains. Pourtant, alors que le co\u00fbt marginal d’un agent de codage IA s’\u00e9tait effondr\u00e9 pour atteindre, en substance, le co\u00fbt de l’\u00e9lectricit\u00e9, TCS, Infosys et Wipro ont vu les annulations de contrats s’acc\u00e9l\u00e9rer. En cons\u00e9quence, la roupie a chut\u00e9 de 18 % par rapport au dollar en quatre mois, alors que l’exc\u00e9dent des services qui avait ancr\u00e9 les comptes ext\u00e9rieurs de l’Inde s’\u00e9vaporait.<\/p>\n\n\n\n Infosys et TCS sont des soci\u00e9t\u00e9s indiennes de prestataires de services en informatique \u2014 Wipro \u00e9tant une multinationale, au si\u00e8ge social lui aussi bas\u00e9 en Inde.<\/p>\n\n\n\n Au premier trimestre 2028, le FMI a entam\u00e9 des \u00ab discussions pr\u00e9liminaires \u00bb avec New Delhi.<\/p>\n\n\n\n Le moteur \u00e0 l’origine de la perturbation s’am\u00e9liorait chaque trimestre, ce qui signifiait que la perturbation s’acc\u00e9l\u00e9rait chaque trimestre. Face \u00e0 celle-ci, le march\u00e9 du travail n\u2019avait pas de contrepoids naturel.<\/p>\n\n\n\n Aux \u00c9tats-Unis, nous ne nous demandions plus comment la bulle allait \u00e9clater dans le domaine des infrastructures d’IA. Nous nous demandions ce qu’il adviendrait d’une \u00e9conomie bas\u00e9e sur le cr\u00e9dit \u00e0 la consommation lorsque les consommateurs seraient remplac\u00e9s par des machines.<\/em><\/p>\n\n\n\n C’est en 2027 que la situation macro\u00e9conomique est devenue manifeste. <\/p>\n\n\n\n Le m\u00e9canisme de transmission des douze derniers mois, marqu\u00e9s par des d\u00e9veloppements disparates mais clairement n\u00e9gatifs, \u00e9tait alors \u00e9vident.<\/p>\n\n\n\n Il n’\u00e9tait pas n\u00e9cessaire de se plonger dans les donn\u00e9es du Bureau of Labor Statistics. Il suffisait d’assister \u00e0 un d\u00eener entre amis.<\/p>\n\n\n\n Les cols blancs d\u00e9plac\u00e9s ne sont pas rest\u00e9s inactifs. Ils ont revu leurs ambitions \u00e0 la baisse. Beaucoup ont accept\u00e9 des emplois moins bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s dans le secteur des services et l’\u00e9conomie collaborative, ce qui a augment\u00e9 l’offre de main-d’\u0153uvre dans ces segments et comprim\u00e9 les salaires.<\/p>\n\n\n\n Une de nos amies \u00e9tait chef de produit senior chez Salesforce en 2025. <\/p>\n\n\n\n Elle jouissait d\u2019un titre, de l\u2019assurance maladie, du plan d\u2019\u00e9pargne-retraite 401(k) et de 180 000 dollars par an. Elle a perdu son emploi lors de la troisi\u00e8me vague de licenciements. Apr\u00e8s six mois de recherche, elle a commenc\u00e9 \u00e0 conduire des voitures pour Uber. Ses revenus ont chut\u00e9 \u00e0 45 000 dollars.<\/p>\n\n\n\n L’important n’est pas cette histoire individuelle, mais ce qu\u2019elle permet de comprendre par un calcul math\u00e9matique : il suffit de dupliquer ce cas en quelques centaines de milliers d\u2019exemplaires \u2014 les travailleurs de toutes les grandes m\u00e9tropoles.<\/p>\n\n\n\n La main-d’\u0153uvre surqualifi\u00e9e qui a envahi le secteur des services et l’\u00e9conomie des petits boulots a fait baisser les salaires des travailleurs existants qui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 en difficult\u00e9. Les perturbations sp\u00e9cifiques \u00e0 certains secteurs se sont transform\u00e9es en une compression salariale \u00e0 l’\u00e9chelle de l’\u00e9conomie.<\/p>\n\n\n\n Frank Flight<\/span> Pour brosser un tableau moins sombre, il faut rappeler que l’\u00e9conomie comprend un large \u00e9ventail de t\u00e2ches \u2014 physiques, relationnelles, r\u00e9glementaires, de supervision \u2014 dont l’automatisation est co\u00fbteuse. M\u00eame l’automatisation cognitive se heurte \u00e0 des frictions de coordination, des contraintes de responsabilit\u00e9 et des obstacles de confiance. Il semble plus probable que l’IA vienne compl\u00e9ter plut\u00f4t que remplacer la main-d’\u0153uvre dans de nombreux domaines. Historiquement, les r\u00e9volutions technologiques ont modifi\u00e9 la composition des t\u00e2ches plut\u00f4t qu’\u00e9limin\u00e9 la main-d’\u0153uvre en tant que facteur de production.<\/p>\n\n\n\n Pour produire un choc n\u00e9gatif sur la demande suffisamment important pour l’emporter sur l’expansion de la production, il faut supposer une automatisation quasi totale de la main-d’\u0153uvre \u00e9conomiquement pertinente, combin\u00e9e \u00e0 des r\u00e9ponses redistributives extr\u00eamement faibles. Pour cadrer correctement ce d\u00e9bat, on peut simplement se demander si l’av\u00e8nement de Microsoft Office a \u00e9t\u00e9 un compl\u00e9ment ou un substitut pour les employ\u00e9s de bureau : si, a priori, on craignait que le logiciel r\u00e9alise une substitution, a posteriori, il semble clairement qu\u2019il n\u2019offre qu\u2019un compl\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n\n\n Le vivier de travailleurs centr\u00e9s sur l’humain a subi une nouvelle correction \u2014 qui se produit au moment o\u00f9 nous \u00e9crivons ces lignes. Les v\u00e9hicules autonomes et sans conducteur font leur chemin dans l’\u00e9conomie des petits boulots qui a absorb\u00e9 la premi\u00e8re vague de travailleurs d\u00e9plac\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n En f\u00e9vrier 2027, il \u00e9tait clair que les professionnels encore en poste se d\u00e9menaient comme s’ils \u00e9taient les prochains sur la liste. Ils travaillaient deux fois plus dur, principalement avec l’aide de l’IA, pour ne pas \u00eatre licenci\u00e9s, leurs espoirs de promotion ou d’augmentation ayant disparu. Les taux d’\u00e9pargne ont augment\u00e9 et les d\u00e9penses ont diminu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Frank Flight<\/span> La variable critique dans le d\u00e9placement de l’IA est l’\u00e9lasticit\u00e9 de substitution entre le capital IA et le travail. Si cette \u00e9lasticit\u00e9 est extr\u00eamement \u00e9lev\u00e9e, c’est-\u00e0-dire si les entreprises peuvent remplacer la quasi-totalit\u00e9 du travail humain par des syst\u00e8mes automatis\u00e9s \u00e0 un co\u00fbt relativement stable, alors la part du revenu du travail pourrait s’effondrer. Dans un tel monde, le revenu du capital augmente consid\u00e9rablement tandis que le revenu salarial se contracte.<\/p>\n\n\n\n M\u00eame dans ce cas, la demande globale ne s’effondre pourtant pas automatiquement. Le revenu du capital a une propension marginale \u00e0 consommer inf\u00e9rieure \u00e0 celle du revenu salarial, mais sa vitesse de circulation n’est pas nulle. Les b\u00e9n\u00e9fices peuvent \u00eatre r\u00e9investis, distribu\u00e9s, impos\u00e9s ou d\u00e9pens\u00e9s. Pour que la demande diminue de mani\u00e8re structurelle, il faudrait que les m\u00e9canismes de redistribution \u00e9chouent de mani\u00e8re persistante et que les opportunit\u00e9s d’investissement se tarissent simultan\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n Le plus dangereux dans ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9tait une forme de d\u00e9calage. <\/p>\n\n\n\n Les personnes \u00e0 haut revenu ont utilis\u00e9 leurs plus grandes \u00e9conomies pour maintenir une apparence de normalit\u00e9 pendant deux ou trois trimestres. Les donn\u00e9es concr\u00e8tes n’ont ainsi confirm\u00e9 le probl\u00e8me que lorsqu’il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 patent dans l’\u00e9conomie r\u00e9elle.<\/p>\n\n\n\n Puis est venue la publication qui a bris\u00e9 l’illusion.<\/p>\n\n\n\n Au troisi\u00e8me trimestre 2027, le d\u00e9partement du Travail des \u00c9tats-Unis publiait que : \u00ab les demandes initiales d\u2019allocations ch\u00f4mage aux \u00c9tats-Unis grimpent \u00e0 487 000, le niveau le plus \u00e9lev\u00e9 depuis avril 2020. \u00bb<\/p>\n\n\n\n ADP et Equifax confirmaient ensuite que la grande majorit\u00e9 des nouvelles demandes provenaient de cols blancs. La semaine suivante, le S&P chutait de 6 %.<\/p>\n\n\n\n Equifax est une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9valuation de la cote de cr\u00e9dit \u2014 celle-ci d\u00e9terminant la capacit\u00e9 d\u2019une personne ou d\u2019une entreprise \u00e0 emprunter. ADP est une entreprise \u00e9tats-unienne pourvoyeuse de logiciels de ressources humaines en cloud.<\/p>\n\n\n\n Les facteurs macro\u00e9conomiques n\u00e9gatifs ont alors commenc\u00e9 \u00e0 prendre le dessus.<\/p>\n\n\n\n Dans une r\u00e9cession normale, les pertes d’emploi sont largement r\u00e9parties. Les cols bleus et les cols blancs partagent la douleur \u00e0 peu pr\u00e8s proportionnellement \u00e0 la part de chaque segment dans l’emploi. L’impact sur la consommation est \u00e9galement largement r\u00e9parti et appara\u00eet rapidement dans les donn\u00e9es, car les travailleurs \u00e0 faibles revenus ont une propension \u00e0 consommer plus \u00e9lev\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Dans la th\u00e9orie keyn\u00e9sienne, la propension \u00e0 consommer d\u00e9signe la part du revenu consacr\u00e9e \u00e0 la consommation. Dans sa Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019emploi, de l\u2019int\u00e9r\u00eat et de la monnaie<\/em>, Keynes propose comme \u00ab loi psychologique fondamentale \u00bb qu\u2019\u00ab en moyenne, et la plupart du temps, les hommes tendent \u00e0 accro\u00eetre leur consommation \u00e0 mesure que leur revenu cro\u00eet mais non d’une quantit\u00e9 aussi grande que l’accroissement du revenu. \u00bb <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n Dans ce cycle, les pertes d’emploi se sont concentr\u00e9es dans les d\u00e9ciles sup\u00e9rieurs de la distribution des revenus. Ils repr\u00e9sentent une part relativement faible de l’emploi total, mais ils g\u00e9n\u00e8rent une part disproportionn\u00e9e des d\u00e9penses de consommation.<\/p>\n\n\n\n Les 10 % des revenus les plus \u00e9lev\u00e9s repr\u00e9sentent plus de 50 % de toutes les d\u00e9penses de consommation aux \u00c9tats-Unis. Les 20 % les plus riches en repr\u00e9sentent environ 65 %. Ce sont ces personnes qui ach\u00e8tent des maisons, des voitures, s\u2019offrent des vacances, des repas au restaurant, peuvent payer les frais de scolarit\u00e9 dans les \u00e9coles priv\u00e9es, ou r\u00e9nover leur domicile. Elles constituent la base de la demande pour l’ensemble de l’\u00e9conomie des biens de consommation non essentiels.<\/p>\n\n\n\n Lorsque ces travailleurs ont perdu leur emploi ou ont accept\u00e9 une r\u00e9duction de salaire de 50 % pour occuper les postes disponibles, l’impact sur la consommation a \u00e9t\u00e9 \u00e9norme par rapport au nombre d’emplois perdus. Une baisse de 2 % de l’emploi des cols blancs s’est traduite par une baisse de 3 \u00e0 4 % des d\u00e9penses de consommation discr\u00e9tionnaires.<\/p>\n\n\n\n Contrairement aux pertes d’emplois des cols bleus, qui ont tendance \u00e0 avoir un impact imm\u00e9diat \u2014 une fois licenci\u00e9s de l\u2019usine, ceux-ci cessent de d\u00e9penser d\u00e8s la semaine suivante \u2014, les pertes d’emplois des cols blancs ont un impact diff\u00e9r\u00e9 mais plus profond, car ces travailleurs disposent d’une \u00e9pargne qui leur permet de maintenir leurs d\u00e9penses pendant quelques mois avant que le changement de comportement ne se fasse sentir.<\/p>\n\n\n\n Au deuxi\u00e8me trimestre 2027, l’\u00e9conomie \u00e9tait en r\u00e9cession. Comme toujours, le National Bureau of Economic Research n’a officiellement dat\u00e9 le d\u00e9but de la r\u00e9cession que plusieurs mois plus tard, mais les donn\u00e9es \u00e9taient sans ambigu\u00eft\u00e9 : le PIB r\u00e9el diminuait depuis maintenant deux trimestres cons\u00e9cutifs. <\/p>\n\n\n\n Il ne s’agissait pourtant pas encore d’une \u00ab crise financi\u00e8re \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Alors que le cr\u00e9dit priv\u00e9 \u00e9tait pass\u00e9 de moins de 1 000 milliards de dollars en 2015 \u00e0 plus de 2 500 milliards de dollars en 2026, une part importante de ce capital avait \u00e9t\u00e9 investie dans des transactions li\u00e9es aux logiciels et aux technologies, dont beaucoup concernaient des rachats par endettement de soci\u00e9t\u00e9s de SaaS \u00e0 des valorisations qui tablaient sur une croissance ininterrompue des revenus, de l’ordre de 15 % chaque ann\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Ces hypoth\u00e8ses ont perdu de leur pertinence quelque part entre la premi\u00e8re d\u00e9monstration de codage agentique et la grande crise des logiciels du premier trimestre 2026. Pourtant, les gestionnaires ne semblaient pas se rendre compte qu’elles \u00e9taient caduques.<\/p>\n\n\n\n Alors que de nombreuses entreprises SaaS cot\u00e9es en bourse se n\u00e9gociaient \u00e0 5 ou 8 fois leur b\u00e9n\u00e9fice avant int\u00e9r\u00eats, imp\u00f4ts, d\u00e9pr\u00e9ciation et amortissement, les entreprises de logiciels soutenues par des fonds de capital-investissement figuraient dans les bilans \u00e0 des valeurs fictives : celles-ci refl\u00e9taient une valorisation de l\u2019entreprise faite lors de l\u2019acquisition, maintenant caduque. Les gestionnaires ont progressivement revu les notes cr\u00e9dit \u00e0 la baisse \u2014 de 100 % \u00e0 92 %, puis 85 %, quand les comparaisons publiques indiquaient 50 %.<\/p>\n\n\n\n En avril 2027, le Moody\u2019s Investor Service d\u00e9clarait : \u00ab Moody\u2019s d\u00e9grade 18 milliards de dollars de dette logicielle soutenue par des fonds priv\u00e9s chez 14 \u00e9metteurs, invoquant une perturbation des revenus due \u00e0 la concurrence de l\u2019IA. C\u2019est la plus grande d\u00e9gradation touchant un secteur depuis celui de l\u2019\u00e9nergie en 2015. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Tout le monde se souvient de ce qui s’est pass\u00e9 ensuite. Les v\u00e9t\u00e9rans du secteur avaient d\u00e9j\u00e0 vu un tel sc\u00e9nario apr\u00e8s la d\u00e9gradation affectant le secteur de l’\u00e9nergie en 2015.<\/p>\n\n\n\n Les entreprises de SaaS ont commenc\u00e9 \u00e0 faire d\u00e9faut sur leurs pr\u00eats au troisi\u00e8me trimestre 2027. Les soci\u00e9t\u00e9s de capital-investissement dans les services d’information et le conseil ont suivi. Plusieurs rachats avec effet de levier de plusieurs milliards de dollars de soci\u00e9t\u00e9s de SaaS bien connues ont \u00e9t\u00e9 restructur\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n Le rachat par endettement, ou rachat avec effet de levier (en anglais, leveraged buy-out<\/em>) est un montage financier permettant le rachat d\u2019une entreprise en l\u2019endettant. <\/p>\n\n\n\n Zendesk en a \u00e9t\u00e9 le meilleur exemple.<\/p>\n\n\n\n En septembre 2027, on pouvait lire dans le Financial Times <\/em> : \u00ab Zendesk ne respecte pas ses engagements concernant sa dette, l\u2019automatisation du service client\u00e8le bas\u00e9 sur l\u2019IA ayant diminu\u00e9 ses annual recurring revenues<\/em>. Une facilit\u00e9 de pr\u00eat direct de 5 milliards de dollars valoris\u00e9e \u00e0 58 centimes pour un dollar. C\u2019est le plus grand d\u00e9faut de paiement de cr\u00e9dit priv\u00e9 dans l\u2019histoire des logiciels. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Zendesk est une soci\u00e9t\u00e9 de d\u00e9veloppement logiciel fond\u00e9e en 2007. Elle propose aux entreprises des logiciels de service client, accessibles par cloud.<\/p>\n\n\n\n En 2022, Hellman & Friedman et Permira avaient privatis\u00e9 Zendesk pour 10,2 milliards de dollars. Le montage financier comprenait 5 milliards de dollars de pr\u00eats directs, la plus grande facilit\u00e9 de cr\u00e9dit adoss\u00e9e \u00e0 des annual recurring revenues<\/em> de l’histoire \u00e0 l’\u00e9poque, men\u00e9e par Blackstone avec Apollo, Blue Owl et HPS dans le groupe de pr\u00eateurs. Le pr\u00eat \u00e9tait explicitement structur\u00e9 autour de l’hypoth\u00e8se que les annual recurring revenues<\/em> de Zendesk resteraient, comme leur nom l\u2019indique, r\u00e9currents. Alors que l\u2019entreprise avait \u00e9t\u00e9 rachet\u00e9e par endettement \u00e0 environ 25 fois son BAIIDA, ce rachat n’avait de sens que sur la foi de cette hypoth\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 la mi-2027, pourtant, les conditions n\u2019\u00e9taient plus r\u00e9unies.<\/p>\n\n\n\n Depuis pr\u00e8s d\u2019un an, les agents IA g\u00e9raient de mani\u00e8re autonome le service client des entreprises qui, auparavant, s\u2019adressaient \u00e0 Zendesk. La cat\u00e9gorie sur laquelle cette soci\u00e9t\u00e9 s\u2019\u00e9tait positionn\u00e9e \u2014 le ticketing<\/em>, le routage, la gestion des interactions humaines \u2014 avait \u00e9t\u00e9 occup\u00e9e par des syst\u00e8mes qui r\u00e9solvaient les probl\u00e8mes sans g\u00e9n\u00e9rer de ticket.<\/p>\n\n\n\n Alors que le plus gros pr\u00eat garanti par des revenus r\u00e9currents annuels de l’histoire est devenu le plus gros d\u00e9faut de paiement de cr\u00e9dit priv\u00e9 de l’histoire, tous les services de cr\u00e9dit se sont pos\u00e9 la m\u00eame question : qui d’autre est confront\u00e9 \u00e0 des difficult\u00e9s structurelles d\u00e9guis\u00e9es en difficult\u00e9s conjoncturelles ?<\/p>\n\n\n\n La situation n\u2019\u00e9tait pourtant pas inextricable. Le cr\u00e9dit priv\u00e9 n’est pas le secteur bancaire de 2008 : l’ensemble de son architecture a \u00e9t\u00e9 explicitement con\u00e7u pour \u00e9viter les ventes forc\u00e9es. Les fonds d\u2019investissement sont \u00e0 capital fixe. Les limited partners<\/em> sont engag\u00e9s pour sept \u00e0 dix ans. Il n’y a pas de d\u00e9posants \u00e0 g\u00e9rer, pas de repo lines<\/em>. Les gestionnaires pouvaient conserver les actifs d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9s, les traiter au fil du temps et attendre leur recouvrement.<\/p>\n\n\n\n Ce processus \u00e9tait douloureux, mais g\u00e9rable. Le syst\u00e8me \u00e9tait con\u00e7u pour s’adapter, pas pour se briser.<\/p>\n\n\n\n Les dirigeants de Blackstone, KKR et Apollo ont fait \u00e9tat d’une exposition logicielle de 7 \u00e0 13 % des actifs. Celle-ci pouvait \u00eatre ma\u00eetris\u00e9e. Toutes les notes d\u2019analystes pour les banques d\u2019investissement, et tous les comptes Fintwit disaient la m\u00eame chose : le cr\u00e9dit priv\u00e9 dispose d’un capital permanent. Il pouvait absorber des pertes qui auraient autrement fait exploser une banque sp\u00e9cialis\u00e9e dans l\u2019effet de levier.<\/p>\n\n\n\n Fintwit est l’abr\u00e9viation de financial Twitter <\/em> : il d\u00e9signe la communaut\u00e9 de microblogging financier pr\u00e9sente sur X.<\/p>\n\n\n\n \u00ab Capital permanent \u00bb : cette expression apparaissait dans chaque communiqu\u00e9 de r\u00e9sultats et chaque lettre aux investisseurs, tous destin\u00e9s \u00e0 rassurer. Elle est devenue un mantra. Et comme la plupart des mantras, personne ne pr\u00eatait attention aux d\u00e9tails.<\/p>\n\n\n\n Voici ce qu’elle signifiait r\u00e9ellement.<\/p>\n\n\n\n Au cours de la d\u00e9cennie pr\u00e9c\u00e9dente, les grands gestionnaires d’actifs alternatifs avaient acquis des compagnies d’assurance-vie et les avaient transform\u00e9es en instruments de financement. Apollo a rachet\u00e9 Athene. Brookfield a rachet\u00e9 American Equity. KKR a rachet\u00e9 Global Atlantic.<\/p>\n\n\n\n La logique \u00e9tait \u00e9l\u00e9gante : les annuit\u00e9s fournissaient une base de passif stable et \u00e0 long terme. Les gestionnaires investissaient celles-ci dans le cr\u00e9dit priv\u00e9 qu’ils avaient cr\u00e9\u00e9 et \u00e9taient r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s deux fois, par un \u00e9cart de taux sur le volet assurance et des frais de gestion sur le volet gestion d’actifs. Il s\u2019agissait l\u00e0 d\u2019une machine \u00e0 mouvement perp\u00e9tuel qui fonctionnait \u00e0 merveille.<\/p>\n\n\n\n Cette machine ne pouvait cependant \u00eatre en \u00e9tat de marche qu\u2019\u00e0 une condition : le cr\u00e9dit priv\u00e9 devait \u00eatre de bonne qualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Les pertes ont frapp\u00e9 les bilans con\u00e7us pour d\u00e9tenir des actifs illiquides contre des obligations \u00e0 long terme. Le \u00ab capital permanent \u00bb cens\u00e9 rendre le syst\u00e8me r\u00e9silient n’\u00e9tait pas un pool<\/em> abstrait d’argent institutionnel et d’investisseurs sophistiqu\u00e9s prenant des risques sophistiqu\u00e9s. Il s’agissait de l’\u00e9pargne des m\u00e9nages am\u00e9ricains ordinaires, structur\u00e9e sous forme de rentes investies dans les m\u00eames logiciels et technologies soutenus par des fonds priv\u00e9s qui \u00e9taient d\u00e9sormais en d\u00e9faut de paiement. Le capital bloqu\u00e9 qui ne pouvait pas \u00eatre utilis\u00e9 \u00e9tait l’argent de ceux ayant souscrit une assurance-vie, et les r\u00e8gles sont un peu diff\u00e9rentes dans ce domaine.<\/p>\n\n\n\n Par rapport au syst\u00e8me bancaire, ceux qui l\u00e9gif\u00e9raient sur les assurances avaient \u00e9t\u00e9 dociles, voire complaisants. La situation a cependant constitu\u00e9 un signal d\u2019alarme pour eux.<\/p>\n\n\n\n D\u00e9j\u00e0 inquiets de la concentration des cr\u00e9dits priv\u00e9s chez les assureurs-vie, ils ont commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9grader l\u2019utilisation de ces actifs dans des op\u00e9rations de capital-risque. Cela a contraint les assureurs \u00e0 lever des capitaux ou \u00e0 vendre des actifs, ce qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas possible de faire en bonne condition sur un march\u00e9 d\u00e9j\u00e0 en train de se gripper.<\/p>\n\n\n\n En novembre 2027, on pouvait lire dans un article de Reuters<\/em> : \u00ab \u00c0 New York, les autorit\u00e9s de l\u2019\u00c9tat de l\u2019Iowa prennent des mesures pour renforcer la r\u00e9glementation de certains cr\u00e9dits priv\u00e9s d\u00e9tenus par les assureurs-vie. Les directives de la National Association of Insurance Commissioners devraient augmenter les facteurs de capital-risque et d\u00e9clencher un examen suppl\u00e9mentaire de la Securities Valuation Office. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Lorsque Moody’s a consid\u00e9r\u00e9 la solidit\u00e9 financi\u00e8re d’Athene sous un jour d\u00e9favorable, l’action Apollo a chut\u00e9 de 22 % en deux s\u00e9ances. Brookfield, KKR et les autres ont suivi.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 partir de l\u00e0, la situation n’a fait qu\u2019empirer et se compliquer.<\/p>\n\n\n\n Ces soci\u00e9t\u00e9s n’avaient pas seulement cr\u00e9\u00e9 une machine \u00e0 mouvement perp\u00e9tuel : elles avaient mis en place une architecture offshore<\/em> \u00e9labor\u00e9e, con\u00e7ue pour maximiser les rendements gr\u00e2ce \u00e0 l’arbitrage r\u00e9glementaire.<\/p>\n\n\n\n L’assureur \u00e9tats-unien a souscrit la rente, puis a c\u00e9d\u00e9 le risque \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 de r\u00e9assurance affili\u00e9e aux Bermudes ou aux \u00eeles Ca\u00efmans, qu’il d\u00e9tenait \u00e9galement, cr\u00e9\u00e9e pour tirer parti d’une r\u00e9glementation plus souple qui permettait de d\u00e9tenir moins de capital pour les m\u00eames actifs. Cette filiale a lev\u00e9 des capitaux externes par le biais de special purpose vehicle <\/em>offshore, une nouvelle couche de contreparties qui ont investi aux c\u00f4t\u00e9s des assureurs dans des cr\u00e9dits priv\u00e9s \u00e9mis par la branche de gestion d’actifs de la m\u00eame soci\u00e9t\u00e9 m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n\n\n Les agences de notation, dont certaines appartenaient elles-m\u00eames \u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s de capital-investissement, n’\u00e9taient pas des mod\u00e8les de transparence non plus : de ceci, pratiquement personne ne s\u2019\u00e9tonnait. Le r\u00e9seau complexe form\u00e9 par les diff\u00e9rentes soci\u00e9t\u00e9s, li\u00e9es \u00e0 diff\u00e9rents bilans, \u00e9tait d’une opacit\u00e9 stup\u00e9fiante. Lorsque les pr\u00eats sous-jacents ont fait d\u00e9faut, il \u00e9tait impossible de r\u00e9pondre \u00e0 la question de savoir qui supportait r\u00e9ellement la perte.<\/p>\n\n\n\n Le krach de novembre 2027 a marqu\u00e9 le passage d’une perception d’un ralentissement cyclique potentiellement banal \u00e0 quelque chose de beaucoup plus inqui\u00e9tant. <\/p>\n\n\n\n Lors d\u2019une r\u00e9union d\u2019urgence, le pr\u00e9sident de la R\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale Kevin Warsh a mis le doigt sur le probl\u00e8me : \u00ab Une cha\u00eene de paris corr\u00e9l\u00e9s sur la croissance de la productivit\u00e9 des cols blancs \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Ce ne sont jamais les pertes elles-m\u00eames qui provoquent la crise, mais la reconnaissance de ces pertes. Et il existe un autre domaine financier, beaucoup plus vaste et beaucoup plus important, pour lequel nous craignons de devoir les regarder en face.<\/p>\n\n\n\n En juin 2028, la Zillow Home Value a chut\u00e9 de 11 % en glissement annuel \u00e0 San Francisco, de 9 % \u00e0 Seattle et de 8 % \u00e0 Austin.<\/p>\n\n\n\n La Zillow Home Value est un indice des prix de l\u2019immobilier. Zillow est elle-m\u00eame une entreprise am\u00e9ricaine d\u2019annonces immobili\u00e8res, cr\u00e9\u00e9e en 2006.<\/p>\n\n\n\n Ce n’est pas la seule nouvelle inqui\u00e9tante. Le mois dernier, la Federal National Mortgage Association a signal\u00e9 une augmentation des d\u00e9fauts de paiement pr\u00e9coces dans les codes postaux \u00e0 forte concentration de pr\u00eats hypoth\u00e9caires jumbo, c’est-\u00e0-dire les zones o\u00f9 vivent des emprunteurs ayant une cote de cr\u00e9dit sup\u00e9rieure \u00e0 780 et qui sont g\u00e9n\u00e9ralement \u00ab \u00e0 l’abri \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Le march\u00e9 hypoth\u00e9caire r\u00e9sidentiel am\u00e9ricain repr\u00e9sente environ 13 000 milliards de dollars. La souscription d’un pr\u00eat hypoth\u00e9caire repose sur l’hypoth\u00e8se fondamentale que l’emprunteur conservera son emploi et son niveau de revenu actuel pendant toute la dur\u00e9e du pr\u00eat. Dans le cas de la plupart des pr\u00eats hypoth\u00e9caires, cette dur\u00e9e est de trente ans.<\/p>\n\n\n\n La crise de l’emploi des cols blancs a remis en cause cette hypoth\u00e8se en modifiant durablement les pr\u00e9visions de revenus. Nous devons maintenant nous poser une question qui semblait absurde il y a seulement trois ans : les pr\u00eats hypoth\u00e9caires de premier ordre sont-ils rentables ?<\/p>\n\n\n\n Toutes les crises hypoth\u00e9caires pr\u00e9c\u00e9dentes dans l’histoire des \u00c9tats-Unis ont \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9es par l’un des trois facteurs suivants : l’exc\u00e8s sp\u00e9culatif par des pr\u00eats accord\u00e9s \u00e0 des personnes qui n’avaient pas les moyens d’acheter une maison comme en 2008, des chocs sur les taux d’int\u00e9r\u00eat par une hausse des taux rendant les pr\u00eats hypoth\u00e9caires \u00e0 taux variable inabordables, comme au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, ou des chocs \u00e9conomiques localis\u00e9s avec l\u2019effondrement d’un seul secteur dans une seule r\u00e9gion \u2014 comme le p\u00e9trole au Texas dans les ann\u00e9es 1980 ou l’automobile dans le Michigan en 2009.<\/p>\n\n\n\n Aucun de ces sc\u00e9narios n\u2019est ici pertinent. Les emprunteurs en question ne sont pas \u00e0 risque. Ils ont un score FICO de 780. Ils ont vers\u00e9 un acompte de 20 %. Ils ont des ant\u00e9c\u00e9dents de cr\u00e9dit irr\u00e9prochables, des emplois stables et des revenus qui ont \u00e9t\u00e9 v\u00e9rifi\u00e9s et document\u00e9s lors de la souscription. Ce sont les emprunteurs que tous les mod\u00e8les de risque du syst\u00e8me financier consid\u00e8rent comme la base de la qualit\u00e9 du cr\u00e9dit.<\/p>\n\n\n\n Le score FICO est une cote de cr\u00e9dit introduite en 1989 par Fair, Isaac and Company, entreprise d\u2019analyse de donn\u00e9es. Un score \u00e9lev\u00e9 qualifie un emprunteur fiable, non susceptible de se retrouver en d\u00e9faut de paiement.<\/p>\n\n\n\n En 2008, les pr\u00eats \u00e9taient mauvais du jour o\u00f9 ils ont \u00e9t\u00e9 accord\u00e9s. En 2028, la situation est inverse. Le monde a simplement chang\u00e9 apr\u00e8s la souscription de ceux-ci. Les gens ont emprunt\u00e9 en misant sur un avenir auquel ils ne peuvent plus croire.<\/p>\n\n\n\n\n\n En 2027, nous avons d\u00e9tect\u00e9 les premiers signes d’une tension invisible : pr\u00e9l\u00e8vements sur les lignes de cr\u00e9dit hypoth\u00e9caire, retraits sur les plans 401(k) et augmentation des dettes de carte de cr\u00e9dit, alors que les remboursements hypoth\u00e9caires se poursuivaient sans changement. Avec les pertes d’emploi, le gel des embauches et la r\u00e9duction des primes, ces m\u00e9nages privil\u00e9gi\u00e9s ont vu leur ratio d’endettement doubler.<\/p>\n\n\n\n Ces m\u00e9nages pouvaient encore rembourser leur pr\u00eat hypoth\u00e9caire, mais uniquement en supprimant toutes les d\u00e9penses discr\u00e9tionnaires, en puisant dans leurs \u00e9conomies et en reportant tout entretien ou am\u00e9lioration de leur logement. Techniquement, ils \u00e9taient \u00e0 jour dans le remboursement de leur pr\u00eat hypoth\u00e9caire, mais un seul choc suppl\u00e9mentaire les aurait plong\u00e9s dans une crise.<\/p>\n\n\n\n L’\u00e9volution des capacit\u00e9s de l’IA sugg\u00e9rait que ce choc allait se produire. Nous avons alors vu les impay\u00e9s commencer \u00e0 augmenter \u00e0 San Francisco, Seattle, Manhattan et Austin, m\u00eame si la moyenne nationale restait dans les normes historiques.<\/p>\n\n\n\n Nous sommes maintenant dans la phase la plus aigu\u00eb. La baisse des prix de l’immobilier est g\u00e9rable lorsque l’acheteur marginal est en bonne sant\u00e9. Ici, l’acheteur marginal est confront\u00e9 \u00e0 la m\u00eame baisse de revenus.<\/p>\n\n\n\n Bien que les inqui\u00e9tudes s’intensifient, nous ne sommes pas encore dans une crise hypoth\u00e9caire \u00e0 part enti\u00e8re. Les impay\u00e9s ont augment\u00e9, mais restent bien en de\u00e7\u00e0 des niveaux de 2008. C’est la trajectoire qui constitue la v\u00e9ritable menace.<\/p>\n\n\n\n\n\n La spirale du d\u00e9placement de l’intelligence comporte d\u00e9sormais deux acc\u00e9l\u00e9rateurs financiers du d\u00e9clin de l’\u00e9conomie r\u00e9elle.<\/p>\n\n\n\n D\u00e9placement de la main-d’\u0153uvre, inqui\u00e9tudes hypoth\u00e9caires, turbulences sur les march\u00e9s priv\u00e9s : chacun de ces ph\u00e9nom\u00e8nes renforce les autres. Les outils politiques traditionnels \u2014 baisses de taux, assouplissement quantitatif \u2014 peuvent agir sur le moteur financier, mais pas sur le moteur de l’\u00e9conomie r\u00e9elle, car ce dernier n’est pas aliment\u00e9 par des conditions financi\u00e8res strictes. Il est aliment\u00e9 par l’IA, qui rend l’intelligence humaine moins rare et moins pr\u00e9cieuse.<\/p>\n\n\n\n R\u00e9duire les taux \u00e0 z\u00e9ro et acheter, sur le march\u00e9, tous les titres adoss\u00e9s \u00e0 des cr\u00e9ances hypoth\u00e9caires, comme toutes les dettes des entreprises rachet\u00e9es par effet de levier et en d\u00e9faut de paiement, ne changera rien au fait qu’un agent Claude peut faire le travail d’un chef de produit au salaire annuel de 180 000 dollars pour 200 dollars par mois.<\/p>\n\n\n\n Si ces craintes se concr\u00e9tisent, le march\u00e9 hypoth\u00e9caire s’effondrera au cours du second semestre de cette ann\u00e9e. Dans ce sc\u00e9nario, nous nous attendrions \u00e0 ce que la baisse actuelle des actions finisse par rivaliser avec celle de la crise financi\u00e8re mondiale de 2008 (57 % entre le pic et le creux). Cela ram\u00e8nerait le S&P 500 \u00e0 environ 3 500 points, un niveau que nous n’avons pas vu depuis le mois pr\u00e9c\u00e9dant le lancement de ChatGPT en novembre 2022.<\/p>\n\n\n\n Il est clair que les hypoth\u00e8ses de revenus qui sous-tendent les 13 000 milliards de dollars de pr\u00eats hypoth\u00e9caires r\u00e9sidentiels sont structurellement compromises. Ce qui n’est pas clair, c’est si la politique peut intervenir avant que le march\u00e9 hypoth\u00e9caire ne prenne pleinement conscience de ce que cela signifie. Nous sommes optimistes, mais nous ne pouvons occulter les raisons de ne pas l’\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n La premi\u00e8re boucle de r\u00e9troaction n\u00e9gative s’est produite dans l’\u00e9conomie r\u00e9elle : les capacit\u00e9s de l’IA s’am\u00e9liorent, les salaires diminuent, les d\u00e9penses ralentissent, les marges se resserrent, les entreprises ach\u00e8tent plus de capacit\u00e9s, les capacit\u00e9s de l\u2019IA s’am\u00e9liorent.<\/p>\n\n\n\n Ce cycle s’est r\u00e9percut\u00e9 sur le secteur financier : la baisse des revenus a affect\u00e9 les pr\u00eats hypoth\u00e9caires, les pertes bancaires ont resserr\u00e9 le cr\u00e9dit, l’effet de richesse s’est effondr\u00e9 et la boucle de r\u00e9troaction s’est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e. Ces deux ph\u00e9nom\u00e8nes ont \u00e9t\u00e9 exacerb\u00e9s par une r\u00e9ponse politique insuffisante de la part d’un gouvernement qui semble d\u00e9sorient\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Le syst\u00e8me n’a pas \u00e9t\u00e9 con\u00e7u pour faire face \u00e0 une crise comme celle-ci. Les recettes du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral proviennent essentiellement d’une taxe sur le temps de travail. Les gens travaillent, les entreprises les r\u00e9mun\u00e8rent, le gouvernement pr\u00e9l\u00e8ve une partie de ces revenus. Les imp\u00f4ts sur le revenu des particuliers et les charges sociales constituent l’essentiel des recettes en temps normal.<\/p>\n\n\n\n Au premier trimestre de cette ann\u00e9e, les recettes f\u00e9d\u00e9rales \u00e9taient inf\u00e9rieures de 12 % aux projections de r\u00e9f\u00e9rence du Congressional Budget Office. Les recettes provenant des charges sociales sont en baisse car moins de personnes sont employ\u00e9es aux niveaux de r\u00e9mun\u00e9ration ant\u00e9rieurs. Les recettes provenant de l’imp\u00f4t sur le revenu sont en baisse car les revenus per\u00e7us sont structurellement plus faibles. La productivit\u00e9 est en hausse, mais les gains profitent au capital et \u00e0 l’informatique, et non \u00e0 la main-d’\u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n La part du travail dans le PIB est pass\u00e9e de 64 % en 1974 \u00e0 56 % en 2024, une baisse constante sur quatre d\u00e9cennies due \u00e0 la mondialisation, \u00e0 l’automatisation et \u00e0 l’\u00e9rosion constante du pouvoir de n\u00e9gociation des travailleurs. Au cours des quatre ann\u00e9es qui ont suivi le d\u00e9but de l’am\u00e9lioration exponentielle de l’IA, cette part est tomb\u00e9e \u00e0 46 %. Il s’agit de la baisse la plus forte jamais enregistr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Frank Flight<\/span> Il convient de rappeler qu’au cours du si\u00e8cle dernier, les vagues successives de changements technologiques n’ont pas entra\u00een\u00e9 de croissance exponentielle effr\u00e9n\u00e9e, ni rendu la main-d’\u0153uvre obsol\u00e8te. Au contraire, elles ont juste suffi \u00e0 maintenir la croissance tendancielle \u00e0 long terme des \u00e9conomies avanc\u00e9es \u00e0 pr\u00e8s de 2 %. Dans cette perspective, l\u2019IA est peut-\u00eatre tout au plus suffisante pour compenser les forces s\u00e9culaires actuelles que sont le vieillissement de la population, le changement climatique et la d\u00e9mondialisation \u2014 qui toutes exercent une pression \u00e0 la baisse sur la croissance potentielle et la productivit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n La production est toujours l\u00e0. Mais elle ne transite plus par les m\u00e9nages pour revenir aux entreprises, ce qui signifie qu’elle ne transite plus non plus par l’Internal Revenue Service. Le flux circulaire est rompu, et le gouvernement devrait intervenir pour y rem\u00e9dier.<\/p>\n\n\n\n\n\n Comme dans chaque r\u00e9cession, les d\u00e9penses augmentent \u00e0 mesure que les recettes diminuent. La diff\u00e9rence cette fois-ci est que la pression sur les d\u00e9penses n’est pas cyclique. Les stabilisateurs automatiques ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7us pour les pertes d’emploi temporaires, et non pour les d\u00e9placements structurels. Le syst\u00e8me verse des prestations en partant du principe que les travailleurs seront r\u00e9embauch\u00e9s : ce ne sera pas le cas pour beaucoup d’entre eux, du moins pas \u00e0 un salaire similaire \u00e0 celui qu’ils percevaient auparavant.<\/p>\n\n\n\n La Figure 8 propose un mod\u00e8le \u00e9conomique o\u00f9 la majorit\u00e9 des m\u00e9nages vivent des allocations de l\u2019\u00c9tat, financ\u00e9es par des taxes sur les entreprises. Celles-ci, largement automatis\u00e9es, n\u2019auraient plus les m\u00eames besoins de personnel \u2014 permettant \u00e0 une part significative de la population de travailler peu, si ce n\u2019est pas du tout.<\/p>\n\n\n\nMacro Memo : les cons\u00e9quences d’une intelligence sans limites<\/h2>\n\n\n\n
Comment tout a commenc\u00e9<\/h3>\n\n\n\n
Quand le monde est devenu sans frottement<\/h3>\n\n\n\n
L’interm\u00e9diation<\/h4>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Du risque sectoriel au risque syst\u00e9mique<\/h3>\n\n\n\n
La cause du cycle n’\u00e9tait pas elle-m\u00eame cyclique<\/h4>\n\n\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Le grand d\u00e9placement de l’intelligence<\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Une cha\u00eene de paris corr\u00e9l\u00e9s<\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n La question des pr\u00eats hypoth\u00e9caires<\/h4>\n\n\n\n
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\r\n <\/picture>\r\n \n Une course contre la montre<\/h3>\n\n\n\n\n\n
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