{"id":319003,"date":"2026-02-26T06:00:00","date_gmt":"2026-02-26T05:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=319003"},"modified":"2026-02-25T20:10:21","modified_gmt":"2026-02-25T19:10:21","slug":"europe-ukraine-alliance-de-rearmement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/02\/26\/europe-ukraine-alliance-de-rearmement\/","title":{"rendered":"Europe-Ukraine : hypoth\u00e8ses pour une nouvelle alliance de r\u00e9armement"},"content":{"rendered":"\n
L\u2019Europe se trouve confront\u00e9e \u00e0 un paradoxe strat\u00e9gique saisissant : revenue au c\u0153ur de l\u2019histoire mondiale et faisant face \u00e0 un agresseur trois fois moins peupl\u00e9 qu\u2019elle et environ huit fois moins riche, elle demeure \u00e0 ce stade incapable d\u2019assurer sa s\u00e9curit\u00e9<\/a> par elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n Reposant sur une puissance, les \u00c9tats-Unis, situ\u00e9e \u00e0 pr\u00e8s de 5000 km, l\u2019architecture de d\u00e9fense europ\u00e9enne a en effet montr\u00e9 toutes ses limites depuis 2022. Alors que les men\u00e9es russes en Ukraine, les tensions dans le d\u00e9troit de Ta\u00efwan<\/a> et les affrontements au Moyen-Orient r\u00e9clameraient une r\u00e9ponse collective robuste et coordonn\u00e9e, l\u2019autonomie strat\u00e9gique europ\u00e9enne appartient davantage \u00e0 l\u2019ordre du projet que de la r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n Les derniers chiffres de l\u2019International Institute for Strategic Studies pour l\u2019ann\u00e9e 2025 le montrent bien : si la guerre d\u2019Ukraine repr\u00e9sente bien un tournant pour la d\u00e9fense europ\u00e9enne, celle-ci ne se d\u00e9veloppe qu\u2019au prix d\u2019une d\u00e9pendance croissante \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Washington. Alors que l\u2019Union \u00e9prouve aujourd\u2019hui les risques de l\u2019h\u00e9t\u00e9ronomie, les co\u00fbts d\u2019un changement d\u2019approche pour d\u00e9velopper une industrie europ\u00e9enne \u2014 n\u2019en deviennent que plus grands. Si un tel changement semble d\u00e9sormais n\u00e9cessaire, malgr\u00e9 des avanc\u00e9es tangibles en mati\u00e8re d\u2019institutions ou de m\u00e9canismes communautaires de financement et de commande industrielle, la politique de d\u00e9fense des Europ\u00e9ens ne leur permet toujours pas de contenir seul la menace russe sur son flanc est.<\/p>\n\n\n\n Pr\u00e8s de trois ans apr\u00e8s le d\u00e9clenchement de \u00ab l\u2019op\u00e9ration militaire sp\u00e9ciale \u00bb, le retour de Donald Trump \u00e0 la Maison-Blanche a certes sorti l\u2019Europe de sa torpeur g\u00e9opolitique. Confront\u00e9s pour la premi\u00e8re fois de mani\u00e8re cr\u00e9dible \u00e0 un retrait am\u00e9ricain, les Europ\u00e9ens doivent d\u00e9sormais consid\u00e9rer une nouvelle \u00e9ventualit\u00e9 : combattre avec leurs propres moyens un pays, la Russie, qui a pour l\u2019heure r\u00e9sist\u00e9 aux sanctions internationales et a mis en place une importante force de combat, modernis\u00e9e par l\u2019\u00e9preuve du feu. <\/p>\n\n\n\n La dissuasion nucl\u00e9aire a bien jou\u00e9 un r\u00f4le dans ce conflit<\/a>, mais seulement pour le contenir aux fronti\u00e8res de l\u2019Ukraine. Elle n\u2019a pas permis d\u2019\u00e9viter la \u00ab guerre chaude locale \u00bb, selon la formule de Raymond Aron<\/a> <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>, ni permis \u00e0 la Russie de \u00ab sanctuariser \u00bb son territoire, soumis \u00e0 des bombardements importants, \u00e0 des incursions ponctuelles des forces ukrainiennes et m\u00eame \u00e0 des attaques directes contre ses bombardiers nucl\u00e9aires, ce qui \u00e9tait impensable avant la guerre et m\u00eame dans les premiers mois de l\u2019affrontement <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Il n\u2019est donc plus possible d\u2019estimer que la dissuasion nucl\u00e9aire nous met \u00e0 l\u2019abri de toute initiative hostile de la part du Kremlin. Cela n\u2019a d\u2019ailleurs jamais \u00e9t\u00e9 vraiment le cas : hormis la parenth\u00e8se 1991-2008, la s\u00e9curisation par le nucl\u00e9aire n\u2019a op\u00e9r\u00e9, pendant toute la Guerre froide, que parce qu\u2019elle s\u2019appuyait \u00e9galement sur une solide dissuasion conventionnelle. <\/p>\n\n\n\n Depuis la fin de la Guerre froide, les donn\u00e9es du probl\u00e8me ont n\u00e9anmoins chang\u00e9 : la compl\u00e9mentarit\u00e9 entre forces nucl\u00e9aires et forces conventionnelles pour d\u00e9courager toute entreprise hostile de la part de Moscou doit \u00eatre d\u00e9sormais repens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Il importe de poser d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent quels seront, une fois la guerre d\u2019Ukraine achev\u00e9e, les finalit\u00e9s politiques et les objectifs strat\u00e9giques de l\u2019Europe, avant d\u2019envisager le probl\u00e8me de ses buts tactiques et industriels, de port\u00e9e plus limit\u00e9e. En d\u2019autres termes, nous devons s\u00e9parer le questionnement en deux temps : premi\u00e8rement, quels sont les moyens dont devrait disposer l\u2019Europe pour faire face \u00e0 une possible incursion russe sur son territoire ? Et deuxi\u00e8mement, quels effectifs seraient n\u00e9cessaires pour r\u00e9pondre \u00e0 une telle \u00e9ventualit\u00e9, avec quelles politiques industrielles \u00e0 mettre en \u0153uvre afin de leur fournir des \u00e9quipements ad\u00e9quats ? <\/p>\n\n\n\n Plut\u00f4t que d\u2019\u00e9num\u00e9rer les incontestables avanc\u00e9es institutionnelles europ\u00e9ennes depuis 2022, nous nous emploierons \u00e0 d\u00e9finir les fins g\u00e9opolitiques de l\u2019Union europ\u00e9enne dans la perspective de son autonomie pleine et enti\u00e8re, afin de mesurer le chemin qu\u2019il lui reste \u00e0 parcourir pour y parvenir.<\/p>\n\n\n\n Bien entendu, la menace russe ne saurait constituer l\u2019alpha et l\u2019om\u00e9ga de la conduite strat\u00e9gique int\u00e9gr\u00e9e de l\u2019Union. Cette \u00ab grande strat\u00e9gie \u00bb \u2014 \u00e0 la fois diplomatique, d\u00e9mocratique, militaire, \u00e9conomique, technologique et industrielle \u2014 doit d\u2019abord int\u00e9grer l\u2019ensemble des param\u00e8tres constitutifs du syst\u00e8me international contemporain et du champ de forces au sein duquel \u00e9voluent les autres puissances motrices du nouveau Grand jeu. En d\u2019autres termes, l\u2019Europe doit poser un diagnostic strat\u00e9gique sur le monde, avant de mettre en \u0153uvre des moyens permettant d\u2019atteindre des fins, gr\u00e2ce \u00e0 des m\u00e9canismes de prise de d\u00e9cision adapt\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n Pour avancer dans cette direction, il convient d\u2019apporter des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse \u00e0 trois interrogations d\u00e9cisives.<\/p>\n\n\n\n La premi\u00e8re porte sur le cadre g\u00e9n\u00e9ral : dans quel monde l\u2019Europe-puissance est-elle appel\u00e9e \u00e0 prendre place ?<\/p>\n\n\n\n La deuxi\u00e8me concerne la restructuration en cours de la hi\u00e9rarchie inter\u00e9tatique mondiale : si nous assistons bien \u00e0 la fin du monopole de puissance am\u00e9ricain, le monde est-il devenu bipolaire ou bien la puissance se trouve-t-elle d\u00e9sormais davantage distribu\u00e9e entre une pluralit\u00e9 d\u2019acteurs ?<\/p>\n\n\n\n La troisi\u00e8me touche enfin \u00e0 la nature et aux propri\u00e9t\u00e9s sp\u00e9cifiques des interactions nouvelles : dans l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une pluralit\u00e9 d\u2019acteurs, s\u2019agit-il d\u2019un monde multipolaire ou bien \u00ab oligopolaire \u00bb <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>, et quelle strat\u00e9gie dominante y appara\u00eet la plus pertinente ?<\/p>\n\n\n\n Il est \u00e9vident que l\u2019Europe poss\u00e8de le potentiel pour devenir un acteur important du syst\u00e8me international. La comparaison avec la Russie est sans appel : non seulement en termes de richesses et de population, mais aussi quant \u00e0 la ma\u00eetrise des technologies. N\u00e9anmoins, les m\u00e9canismes sous-optimaux de la \u00ab d\u00e9cision conjointe \u00bb, aggrav\u00e9s par l\u2019insuffisance chronique des budgets consacr\u00e9s \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 et \u00e0 l\u2019industrie de d\u00e9fense, ne lui permettent pas de r\u00e9sister seule, sans l\u2019appui am\u00e9ricain, d\u2019un strict point de vue militaire.<\/p>\n\n\n\n Cette situation, malgr\u00e9 l\u2019\u00e9nergie d\u00e9ploy\u00e9e face \u00e0 la crise ukrainienne depuis quatre ans, ne pourra gu\u00e8re \u00eatre r\u00e9form\u00e9e avant la fin du conflit d\u00e9clench\u00e9 par l\u2019invasion russe. Prise de court, l\u2019Europe doit en effet s\u2019en remettre en partie \u00e0 Washington afin d\u2019assurer sa s\u00e9curit\u00e9 imm\u00e9diate, pour la simple raison que la construction de forces arm\u00e9es et d\u2019usines en mesure de les \u00e9quiper d\u00e9passe l\u2019horizon pr\u00e9visible du conflit. <\/p>\n\n\n\n S\u2019ils ne veulent pas voir l\u2019histoire se r\u00e9p\u00e9ter ind\u00e9finiment ni rester durablement d\u00e9pendants de Washington pour parer aux menaces \u00e0 venir, les pays de l\u2019Union, ainsi que le Royaume-Uni, doivent \u00eatre en mesure d\u2019assurer quelques t\u00e2ches strat\u00e9giques simples, toutes ordonn\u00e9es, dans un premier temps, \u00e0 une m\u00eame fin : dissuader Moscou de toute nouvelle aventure militaire au sortir de la guerre d\u2019Ukraine. C\u2019est l\u00e0 le principal d\u00e9fi sur lequel doivent porter les efforts de l\u2019Union, les autres t\u00e2ches ayant \u00e9t\u00e9 jusque-l\u00e0 globalement assur\u00e9es par les \u00c9tats membres eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n D\u00e8s le jour o\u00f9 cessera la v\u00e9ritable guerre de tranch\u00e9es qui immobilise pour le moment les forces de Moscou dans la boue ukrainienne, la Russie redeviendra une menace directe pour ses voisins occidentaux. Tout au long de la \u00ab grande dorsale eurasienne \u00bb, la Finlande, la Su\u00e8de, les pays baltes, la Pologne et, bien s\u00fbr, l\u2019Ukraine elle-m\u00eame pourront voir leur territoire envahi par une force arm\u00e9e cons\u00e9quente, qui a investi des dizaines de milliards d\u2019euros en \u00e9quipement et en innovations d\u2019ordre tactique et technologique. Et si l\u2019Ukraine sert aujourd\u2019hui de rempart \u00e0 l\u2019Europe, il lui sera pourtant impossible demain de projeter ses forces afin de pr\u00eater main-forte \u00e0 un pays tiers, puisqu\u2019elle devra assurer en priorit\u00e9 la s\u00e9curit\u00e9 de son propre territoire, sans doute avec une arm\u00e9e limit\u00e9e par le futur accord de paix ou de cessez-le-feu, face \u00e0 une Russie qui continue de nier son existence nationale et la l\u00e9gitimit\u00e9 m\u00eame de sa souverainet\u00e9.<\/p>\n\n\n\n\n\n Bien que nous ne sachions pas l\u2019issue que conna\u00eetra le conflit, il faut donc nous pr\u00e9parer \u00e0 ce qu\u2019un nouveau rideau de fer traverse l\u2019Europe, quelque part dans le Donbass, sur la fronti\u00e8re nord de l\u2019Ukraine, puis celle de la Pologne et des \u00c9tats baltes, avant de finir sur les rives de la Baltique \u2014 sans oublier l’enclave de Kaliningrad et l\u2019\u00e9troit corridor de Suwalki le s\u00e9parant de la Bi\u00e9lorussie. \u00c9tant donn\u00e9 ce nouvel espace potentiel de bataille, et la dissuasion nucl\u00e9aire ayant montr\u00e9 ses limites pour dissuader les conflits limit\u00e9s, il est indispensable de se doter d\u2019unit\u00e9s militaires en nombre suffisant et adapt\u00e9es au combat tel qu\u2019il se pratique en Ukraine, afin de faire face \u00e0 la pression des troupes de Poutine. <\/p>\n\n\n\n Pour l\u2019Europe, la guerre d\u2019Ukraine et surtout sa r\u00e9solution seront donc un moment de v\u00e9rit\u00e9 : il montrera si l\u2019Union a su pr\u00e9parer l\u2019avenir et la nouvelle donne g\u00e9ostrat\u00e9gique orientale, ou bien si elle demeure tout aussi d\u00e9pendante des \u00c9tats-Unis apr\u00e8s quatre ann\u00e9es de sommets, de rencontres et de manifestations de soutien ind\u00e9fectible \u00e0 Kiev \u2014 soutien assur\u00e9, selon la formule consacr\u00e9e, \u00ab aussi longtemps que n\u00e9cessaire \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Pour savoir quelle sera l\u2019issue de ce moment, il nous faut avant tout comprendre les raisons de la faiblesse de l\u2019Europe face \u00e0 l\u2019agression russe, en cours depuis 2022. Un diagnostic d\u2019ensemble de la situation au sortir de la guerre est ensuite n\u00e9cessaire, en gardant \u00e0 l\u2019esprit le probl\u00e8me qui se posera d\u00e8s lors que les armes se tairont en Ukraine : l\u2019Europe devra alors se demander quels moyens militaires lui permettraient d\u2019\u00eatre en mesure de repousser une op\u00e9ration russe, aussi bien du point de vue capacitaire qu\u2019industriel. Enfin, nous \u00e9voquerons les diff\u00e9rents sc\u00e9narios que pourraient suivre les dirigeants de notre continent pour parvenir \u00e0 augmenter leur autonomie et leur capacit\u00e9 de r\u00e9sistance face \u00e0 l\u2019impr\u00e9visible Russie poutinienne.<\/p>\n\n\n\n En cas d\u2019incapacit\u00e9 europ\u00e9enne \u00e0 \u00e9viter un \u00e9croulement de l\u2019Ukraine, tout ce que contr\u00f4lerait la Russie serait perdu pour l\u2019Europe et, plus tard, utilis\u00e9 contre elle.<\/p>Antony Dabila<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Jusqu\u2019ici pris au pi\u00e8ge du proverbe \u00ab un \u2018tiens\u2019 vaut mieux que deux \u2018tu l\u2019auras\u2019 \u00bb, l\u2019Europe s\u2019\u00e9tait habitu\u00e9e depuis 1991 \u00e0 voir sa s\u00e9curit\u00e9 en grande partie assur\u00e9e par les \u00c9tats-Unis et voyait toute action en vue d\u2019une architecture de d\u00e9fense autonome comme un investissement insurmontable aux b\u00e9n\u00e9fices incertains : il \u00e9tait donc possible de s\u2019en dispenser. D\u00e8s lors qu\u2019aucune menace directe ne pesait directement sur l\u2019Europe, il semblait inutile de consacrer presque deux fois plus de budget \u00e0 ses forces arm\u00e9es. En cons\u00e9quence, apr\u00e8s les efforts r\u00e9els consentis pendant la Guerre froide, la tendance a \u00e9t\u00e9 de ne plus investir ni dans des arm\u00e9es de masse ni dans un soubassement industriel minimal autorisant une remont\u00e9e en puissance rapide si une nouvelle menace se pr\u00e9sentait. <\/p>\n\n\n\n L\u2019Europe s\u2019est ainsi peu \u00e0 peu tourn\u00e9e vers les \u00c9tats-Unis, qui l\u2019avaient lib\u00e9r\u00e9e coup sur coup du nazisme et de l\u2019Union sovi\u00e9tique en ne demandant aucune compensation territoriale ni de trop punir les vaincus, tout en assurant la relance \u00e9conomique des pays lib\u00e9r\u00e9s. Les gouvernements de la plupart des pays europ\u00e9ens ont favoris\u00e9 par cons\u00e9quent les acquisitions de mat\u00e9riel am\u00e9ricain, per\u00e7ues comme une garantie de protection par Washington et leur permettant de consacrer les sommes \u00e9conomis\u00e9es au d\u00e9veloppement de politiques publiques int\u00e9rieures. Dans ces circonstances, ils n\u2019\u00e9taient pas pouss\u00e9s \u2014 par d\u2019autres ou non \u2014 \u00e0 engager une v\u00e9ritable politique de d\u00e9fense commune, ainsi que son corollaire industriel, afin de permettre au continent d\u2019acc\u00e9der \u00e0 une forme coh\u00e9rente d\u2019\u00ab autonomie strat\u00e9gique \u00bb. <\/p>\n\n\n\n Pour un certain nombre de pays europ\u00e9ens, le d\u00e9veloppement par les pays voisins , de troupes capables d\u2019intervenir \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de leurs fronti\u00e8res aurait \u00e9galement \u00e9t\u00e9 suspicieux, voire tout \u00e0 fait intol\u00e9rable. Par exemple, alors que la r\u00e9unification de l\u2019Allemagne en a fait de nouveau le pays le plus peupl\u00e9 d\u2019Europe, son r\u00e9armement pouvait difficilement \u00eatre accueilli avec enthousiasme par les anciens membres du Pacte de Varsovie qui ont souffert des exactions de la Seconde Guerre mondiale sans b\u00e9n\u00e9ficier du plan Marshall. Accept\u00e9e pendant la Guerre froide, la pr\u00e9sence d\u2019une Bundeswehr puissante au c\u0153ur de la Mitteleuropa rev\u00eatait une tout autre signification une fois la ligne de front entre les deux blocs disparue et les deux Allemagne sutur\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n Les pays d\u2019Europe centrale ont donc vu d\u2019un bon \u0153il la baisse des d\u00e9penses de d\u00e9fense de la R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale r\u00e9unifi\u00e9e. Sup\u00e9rieures \u00e0 3 % du PIB dans les ann\u00e9es 1970, elles ne repr\u00e9sentaient plus que 2,5 % en 1990, pour tomber \u00e0 environ 1,2 % depuis les ann\u00e9es 2000, avant d\u2019amorcer une remont\u00e9e au-dessus des 2 % \u00e0 partir de 2022 <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Dans le m\u00eame temps, les d\u00e9penses de d\u00e9fense des pays de l\u2019Union suivaient la m\u00eame dynamique, avec une baisse de 2,2 % en 1991 \u00e0 environ 1,4 % pendant la d\u00e9cennie 2010, avant de revenir, avec de fortes disparit\u00e9s r\u00e9gionales, \u00e0 environ 2 % depuis le d\u00e9but des combats en Ukraine <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Les chiffres du Military Balance de l’IISS, rendus publics le 24 f\u00e9vrier 2026 <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>, confirment la r\u00e9alit\u00e9 des efforts budg\u00e9taires du continent : l’Europe r\u00e9arme et a consid\u00e9rablement r\u00e9duit l\u2019\u00e9cart entre ses d\u00e9penses de d\u00e9fense et celles de son alli\u00e9 am\u00e9ricain. Avec une croissance de 79 % entre 2020 et 2025 (+249 milliards de $), contre seulement 25 % pour les \u00c9tats-Unis, l’Europe a franchi collectivement le seuil des 2 % du PIB en 2024. L\u2019ann\u00e9e 2025 lui a m\u00eame permis de ramener le ratio \u00c9tats-Unis\/Europe de 2,35 \u00e0 1,64.<\/p>\n\n\n\n Malgr\u00e9 ce resserrement relatif, l’\u00e9cart absolu demeure consid\u00e9rable : m\u00eame en 2025, les \u00c9tats-Unis d\u00e9pensent 358 milliards de dollars de plus que l’Europe \u00e9largie. Cet \u00e9cart, qui atteignait certes 517 milliards en 2023, repr\u00e9sente toujours \u00e0 lui seul davantage que le budget de d\u00e9fense combin\u00e9 de la France (70 milliards de $), de l’Allemagne (107 milliards de $), du Royaume-Uni (94 milliards de $) et de l\u2019Italie (40 milliards de $) <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Sa r\u00e9sorption pourrait de plus \u00eatre de courte dur\u00e9e, le resserrement observ\u00e9 en 2025 tenant en partie \u00e0 une baisse du budget am\u00e9ricain consacr\u00e9 \u00e0 la d\u00e9fense (921 milliards contre 968 milliards de dollars en 2024), et non \u00e0 un rattrapage d\u00e9finitif. Vot\u00e9 en d\u00e9cembre 2024 sous l\u2019administration Biden pour l\u2019ann\u00e9e fiscale (FY) 2025, ce budget pourrait en effet conna\u00eetre des hausses significatives, les besoins \u00e9tant estim\u00e9s par Donald Trump \u00e0 1500 milliards de dollars, bien que le montant exact reste soumis aux arbitrages du Congr\u00e8s <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\nL\u2019Union doit anticiper un nouveau Rideau de fer<\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n En Europe, la guerre renforce la d\u00e9pendance \u00e0 Washington<\/h2>\n\n\n\n