{"id":318987,"date":"2026-02-25T19:40:11","date_gmt":"2026-02-25T18:40:11","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=318987"},"modified":"2026-02-25T19:40:44","modified_gmt":"2026-02-25T18:40:44","slug":"pour-une-declaration-dindependance-la-doctrine-ruffin-sur-leurope","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/02\/25\/pour-une-declaration-dindependance-la-doctrine-ruffin-sur-leurope\/","title":{"rendered":"Pour une d\u00e9claration d\u2019ind\u00e9pendance : la doctrine Ruffin sur l\u2019Europe"},"content":{"rendered":"\n

Par cette publication, <\/em>le Grand Continent<\/em><\/a> lance une nouvelle s\u00e9rie, en ouvrant ses pages \u00e0 des textes de fond sign\u00e9s par les principales personnalit\u00e9s qui ont d\u00e9clar\u00e9 leur candidature \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2027.<\/em><\/p>\n\n\n\n

Dans ce moment g\u00e9opolitique, il est indispensable de conna\u00eetre les positions sur les questions europ\u00e9ennes et internationales des responsables politiques qui envisagent de jouer un r\u00f4le structurant lors de l\u2019\u00e9lection la plus importante des prochaines ann\u00e9es.<\/em><\/p>\n\n\n\n

Pour pouvoir juger sur pi\u00e8ce (de doctrine), ces textes, publi\u00e9s en libre acc\u00e8s, sont mis \u00e0 disposition du d\u00e9bat public.<\/em><\/p>\n\n\n\n

Les positions prises par ces personnalit\u00e9s n\u2019engagent pas la r\u00e9daction ind\u00e9pendante de la revue.<\/em><\/p>\n\n\n\n

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\u00ab Lorsque, dans le cours des \u00e9v\u00e9nements humains, il devient n\u00e9cessaire pour un peuple de dissoudre les liens politiques qui l’ont attach\u00e9 \u00e0 un autre et de prendre, parmi les puissances de la Terre, la place s\u00e9par\u00e9e et \u00e9gale \u00e0 laquelle les lois de la nature et du Dieu de la nature lui donnent droit, le respect d\u00fb \u00e0 l’opinion de l’humanit\u00e9 oblige \u00e0 d\u00e9clarer les causes qui le d\u00e9terminent \u00e0 la s\u00e9paration. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Thomas Jefferson, 4 juillet 1776.<\/p>\n\n\n\n

Standing ovation<\/em> pour Marco Rubio<\/a>, le samedi 14 f\u00e9vrier, \u00e0 la conf\u00e9rence sur la s\u00e9curit\u00e9 de Munich : au premier rang, les ministres allemands se l\u00e8vent, pour donner le signal de l\u2019acclamation \u00e0 la salle. Le secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat am\u00e9ricain a \u00e9nonc\u00e9 que \u00ab la fin de l\u2019\u00e8re transatlantique n\u2019est ni notre but ni notre souhait. Nous serons toujours des enfants de l\u2019Europe \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Le propos a de quoi \u00ab rassurer \u00bb Ursula von der Leyen : les dirigeants europ\u00e9ens  \u00e9prouvent un \u00ab soulagement \u00bb face \u00e0 cette marque d\u2019un \u00ab apaisement \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Tous voulaient croire que les choses rentraient dans l\u2019ordre : alors que tout recommencerait comme avant, ils pourraient retrouver leur paisible servitude.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019ann\u00e9e s\u2019\u00e9tait pourtant ouverte sous des cieux agit\u00e9s. \u00c0 peine avait-il fait enlever le pr\u00e9sident v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien que Donald Trump tournait son app\u00e9tit vers l\u2019Arctique : \u00ab Nous allons acqu\u00e9rir le Groenland, de la mani\u00e8re douce ou de la mani\u00e8re forte. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Dix jours plus t\u00f4t, le Danemark avait tent\u00e9 d\u2019acheter la paix en commandant des armes aux \u00c9tats-Unis, pour la somme de 1,8 milliard de dollars. En vain : le protecteur se muait en pr\u00e9dateur.<\/p>\n\n\n\n

Cette fois-ci pourtant, c\u2019en \u00e9tait trop. Le vase d\u00e9bordait et les dirigeants europ\u00e9ens ne se laisseraient pas faire. Ils ont sonn\u00e9 le tocsin : on allait voir ce qu\u2019on allait voir. <\/p>\n\n\n\n

Tandis qu\u2019Emmanuel Macron annon\u00e7ait \u00ab l\u2019heure d\u2019un r\u00e9veil strat\u00e9gique pour toute l\u2019Europe \u00bb, le moment \u00e9tant \u00e0 \u00ab l\u2019affirmation de notre souverainet\u00e9 europ\u00e9enne \u00bb, le premier ministre su\u00e9dois affirmait \u00ab Nous ne nous laisserons pas intimider \u00bb, quand son homologue danoise assurait que \u00ab L\u2019Europe ne c\u00e8dera[it] pas au chantage. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Le chef de l\u2019Etat fran\u00e7ais brandissait l\u2019arme de l\u2019outil anti-coercition de l\u2019Union europ\u00e9enne. Tr\u00e8s vite pourtant, la Commission pr\u00f4nait le \u00ab dialogue \u00bb plut\u00f4t que \u00ab l\u2019escalade \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019affaire est retomb\u00e9e comme un soufflet, ce qui convient \u00e0 Donald Trump : \u00ab Dans les faits, il s\u2019agit d\u2019un acc\u00e8s total, jubile-t-il. Il n\u2019y a pas de fin, pas de limite de temps. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Qu\u2019on se souvienne de l\u2019ann\u00e9e 2025. Durant sa campagne, Donald Trump avait promis \u00e0 ses \u00e9lecteurs de mettre en place des droits de douane aux fronti\u00e8res des \u00c9tats-Unis. Il l\u2019avait r\u00e9p\u00e9t\u00e9 dans tous ses meetings et sur toutes les estrades. Mais lorsqu\u2019il d\u00e9cide de mettre cette mesure en \u0153uvre et d\u2019imposer des droits de douane de 25 % sur les produits europ\u00e9ens, nous sommes sous le choc : qui aurait pu pr\u00e9dire ?<\/p>\n\n\n\n

Le premier r\u00e9flexe d\u2019Ursula von der Leyen face \u00e0 ces tarifs a \u00e9t\u00e9 de proposer \u00e0 Trump\u2026 un nouveau trait\u00e9 commercial : alors que le pr\u00e9sident am\u00e9ricain pi\u00e9tinait all\u00e8grement le libre-\u00e9change, elle lui proposait de le renforcer. <\/p>\n\n\n\n

Dans un deuxi\u00e8me temps, la Commission europ\u00e9enne a dress\u00e9 une liste de milliers de produits \u2014 sur une centaine de pages \u2014, au sujet desquels l\u2019Union allait \u00ab riposter \u00bb. Il ne s\u2019agissait pas des Tesla d\u2019Elon Musk ou des smartphones d\u2019Apple mais des bidets, des b\u00fbches de No\u00ebl, des hosties, des chewing-gums, des dentifrices, des combinaisons de ski, des serpill\u00e8res, des pantoufles, des tondeuses \u00e0 gazon et de la viande de renne : ces produits \u00e9taient cens\u00e9 affecter en priorit\u00e9 les productions des \u00c9tats r\u00e9publicains.<\/p>\n\n\n\n

Finalement, comme on pouvait s\u2019y attendre, nous y avons aussi renonc\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

Durant l\u2019\u00e9t\u00e9, Ursula von der Leyen a accouru au golf \u00e9cossais de Donald Trump et accept\u00e9 en notre nom un accord totalement d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9 : 15 % de droits de douane d\u2019un c\u00f4t\u00e9, 0 % de l\u2019autre. Pire, elle a souscrit des engagements qui renforcent la d\u00e9pendance europ\u00e9enne en mati\u00e8re d\u2019\u00e9nergie, de num\u00e9rique ou d\u2019armement, tout en jugeant utile de remercier \u00e0 cette occasion \u00ab personnellement le pr\u00e9sident Trump pour son engagement et son r\u00f4le de chef de file dans la r\u00e9alisation de cette avanc\u00e9e \u00bb. <\/p>\n\n\n\n

Les causes de la servilit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n

Comment expliquer un tel foss\u00e9, \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, entre les roulements de tambour et les grandes d\u00e9clarations sur la \u00ab souverainet\u00e9 \u00bb europ\u00e9enne et \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e une Europe qui se couche devant les \u00c9tats-Unis ? <\/p>\n\n\n\n

Comment l\u2019expliquer alors que le l\u00e2chage de l\u2019Europe par les \u00c9tats-Unis s\u2019inscrit dans la longue dur\u00e9e ? Le pr\u00e9sident d\u00e9mocrate Barack Obama, d\u00e9j\u00e0, boudait notre continent. Il ne s\u2019\u00e9tait pas d\u00e9plac\u00e9 pour comm\u00e9morer les vingt ans de la chute du Mur de Berlin. Il concentrait son \u00e9nergie sur l\u2019Asie, d\u00e9clarant que \u00ab l\u2019avenir du monde se joue entre Los Angeles et New Delhi \u00bb. C\u2019est sous son mandat que la banque BNP-Paribas s\u2019est vue infliger une amende de 10 milliards de dollars, qu\u2019un cadre-dirigeant d\u2019Alstom avait \u00e9t\u00e9 mis en prison. Les lois am\u00e9ricaines s\u2019appliquaient d\u00e9j\u00e0 sans complexe de fa\u00e7on extraterritoriale, et unilat\u00e9rale. Le pr\u00e9sident d\u00e9mocrate Joe Biden avait suivi le m\u00eame chemin, notamment en mettant en \u0153uvre une politique protectionniste agressive vis-\u00e0-vis de l\u2019Europe avec l\u2019Inflation Reduction Act, ou en nous volant le march\u00e9 d\u2019une valeur de 56 milliards des sous-marins australiens\u2026 Tout en nous caressant, lui, il est vrai dans le sens du poil en nous qualifiant de \u00ab plus vieil alli\u00e9 des \u00c9tats-Unis \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Donald Trump n\u2019a pas, lui, ces amabilit\u00e9s. Il le fait avec son propre style, sa brutalit\u00e9 et sa vulgarit\u00e9. Il viole ouvertement, de fa\u00e7on d\u00e9complex\u00e9e, le droit international, sans m\u00eame chercher \u00e0 habiller ses agressions d\u2019hypocrisie. Et il traite ses \u00ab alli\u00e9s \u00bb en ennemis. Le moment est manifestement venu pour nous d\u2019abandonner cette relation toxique. Donald Trump nous offre une chance de retrouver notre libert\u00e9. Mais au lieu de cela, avec Ursula von der Leyen, nous donnons le sentiment d\u2019une Union qui aime ses cha\u00eenes.<\/p>\n\n\n\n

Un parall\u00e8le historique vient imm\u00e9diatement \u00e0 l\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n

En 1956, \u00e0 Moscou, le rapport Kroutchev d\u00e9non\u00e7ait les crimes de Staline. Mais le Parti communiste fran\u00e7ais avait refus\u00e9 cette remise en cause. Il \u00e9tait demeur\u00e9 stalinien apr\u00e8s Staline, apr\u00e8s que l’URSS elle-m\u00eame y eut renonc\u00e9. Nous en sommes un peu au m\u00eame point en Europe aujourd\u2019hui : les \u00c9tats-Unis ont renonc\u00e9 au libre-\u00e9change et \u00e0 l\u2019atlantisme\u2026 Pourtant nous continuons \u00e0 \u00eatre atlantistes sans atlantisme, libre-\u00e9changistes sans libre-\u00e9change\u2026<\/p>\n\n\n\n

Plusieurs facteurs expliquent cette servitude volontaire.<\/p>\n\n\n\n

D\u2019abord l\u2019Ukraine et la crainte que les \u00c9tats-Unis abandonnent Kyiv face \u00e0 l\u2019agression russe\u2026 Mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 largement le cas. C\u2019est d\u00e9sormais l\u2019Europe qui paie le gros des aides militaires et humanitaires apport\u00e9es \u00e0 l\u2019Ukraine. Et cela sans pour autant qu\u2019elle si\u00e8ge \u00e0 la table des n\u00e9gociations, et en achetant l\u2019armement aux \u00c9tats-Unis. Le risque d\u2019une agression directe russe contre l\u2019Union existe aussi, notamment contre les pays baltes. Bien s\u00fbr, nous d\u00e9pendons \u00e9galement des GAFAM pour l\u2019acc\u00e8s aux services num\u00e9riques et aux r\u00e9seaux d\u2019op\u00e9rations bancaires, qu\u2019ils pourraient couper du jour au lendemain.<\/p>\n\n\n\n

Ces faiblesses, bien r\u00e9elles, sont devenues des pr\u00e9textes \u00e0 notre l\u00e2chet\u00e9, de bonnes raisons pour notre mauvaise soumission. La servitude europ\u00e9enne est en v\u00e9rit\u00e9 volontaire. L\u2019Union \u00e9tait n\u00e9e sous l\u2019aile des \u00c9tats-Unis, et s\u2019en voulait la copie, le pendant de ce c\u00f4t\u00e9 de l\u2019oc\u00e9an. Les dirigeants du continent sont traditionnellement plus atlantistes que v\u00e9ritablement europ\u00e9istes. Que Donald Trump les humilie aujourd\u2019hui, rel\u00e8ve avant tout pour eux d\u2019un drame amoureux, un deuil qu\u2019ils se refusent \u00e0 faire. Il ne s\u2019agit pas de se mettre \u00e0 crier \u00ab US Go Home ! \u00bb, mais au contraire de supplier que surtout l\u2019Oncle Sam veuille bien rester, qu\u2019il nous aime de nouveau, qu\u2019il revienne. Et, sur ce plan, les gouvernants fran\u00e7ais ne font plus exception.<\/p>\n\n\n\n

Nos dirigeants ont remplac\u00e9 le ventre et le c\u0153ur par des tableaux Excel. Ils ne savent plus pour qui et pour quoi ils se battent.<\/p>Fran\u00e7ois Ruffin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

En juin 2013, sous Barack Obama, Edward Snowden, en lien avec le fondateur de Wikileaks Julian Assange, r\u00e9v\u00e8le que la NSA, la National Security Agency, les grandes oreilles am\u00e9ricaines, espionnent le monde entier, et notamment leurs alli\u00e9s europ\u00e9ens (avec la complicit\u00e9 des services secrets danois). Les t\u00e9l\u00e9phones portables de 35 dirigeants internationaux sont sur \u00e9coute. Dont trois pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique fran\u00e7aise successifs : Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et Fran\u00e7ois Hollande, ainsi que plusieurs ministres de l\u2019\u00c9conomie. Il s\u2019agit manifestement d\u2019une surveillance massive : 70 millions d\u2019enregistrements t\u00e9l\u00e9phoniques ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s. Comment r\u00e9agissent alors les Europ\u00e9ens ? \u00ab L’espionnage entre amis, \u00e7a ne va pas du tout \u00bb d\u00e9clare la chanceli\u00e8re allemande Angela Merkel. Mais, c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 trop pour Jean-Claude Juncker, \u00e0 l\u2019\u00e9poque pr\u00e9sident de l\u2019Eurogroupe et bient\u00f4t de la Commission, qui invitait \u00e0 la \u00ab prudence \u00bb : \u00ab L’Europe doit se garder de faire la le\u00e7on aux Am\u00e9ricains \u00bb<\/em>. Et  comment r\u00e9agit Paris ? Fran\u00e7ois Hollande se satisfaisait du fait que \u00ab le pr\u00e9sident Obama, dans le coup de t\u00e9l\u00e9phone que j\u2019ai eu avec lui, m\u2019a confirm\u00e9 que la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique ne faisait plus l\u2019objet de ciblage<\/em>. \u00bb Le journal Le Monde<\/em> concluait \u00e0 l\u2019\u00e9poque que \u00ab l’avenir dira peut-\u00eatre, un jour, pourquoi Paris est rest\u00e9 si discret.<\/em> \u00bb L\u2019avenir a juste confirm\u00e9 notre l\u00e2chet\u00e9 : la France est surveill\u00e9e par un alli\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e, mais nous n\u2019avons pris aucune mesure de r\u00e9torsion. Et pire encore : quand Edward Snowden et Julian Assange ont \u00e9t\u00e9 poursuivis et traqu\u00e9s par nos \u00ab amis \u00bb am\u00e9ricains nous ne leur avons apport\u00e9 aucun secours. Au contraire, le 3 juillet 2013, la France a refus\u00e9 qu\u2019Evo Morales, le pr\u00e9sident bolivien, survole notre territoire \u00e0 la demande des \u00c9tats-Unis. Pourquoi ? Parce que cet avion \u00e9tait soup\u00e7onn\u00e9 de transporter Edward Snowden pour le faire sortir d\u2019une Russie o\u00f9 il avait trouv\u00e9 refuge. Cette affaire \u00e9tait un r\u00e9v\u00e9lateur de notre l\u00e2chet\u00e9, r\u00e9currente toutes ces derni\u00e8res d\u00e9cennies vis-\u00e0-vis des \u00c9tats Unis. <\/p>\n\n\n\n

Nous \u00e9tions pourtant une nation rebelle. <\/p>\n\n\n\n

Sans m\u00eame remonter \u00e0 1789 ou au Front populaire, dans les urnes, nous votons \u00e0 gauche en 1981, quand Outre-Atlantique et Outre-Manche, commence \u00e0 souffler un vent lib\u00e9ral. Et dans les rues, en d\u00e9cembre 1995, en pleine \u00ab fin de l\u2019histoire \u00bb et nouvel ordre mondial am\u00e9ricain, le peuple fran\u00e7ais rejette massivement le \u00ab n\u00e9olib\u00e9ralisme \u00bb. Nous demeurions le talon d\u2019Achille de l\u2019Ouest, avec nos r\u00eaves d\u2019id\u00e9al et nos sursauts de panache comme le \u00ab non \u00bb de Jacques Chirac \u00e0 la guerre en Irak, le \u00ab non \u00bb au r\u00e9f\u00e9rendum sur le Trait\u00e9 constitutionnel europ\u00e9en ou encore le \u00ab non \u00bb des Gilets jaunes sur les ronds-points\u2026<\/p>\n\n\n\n

Pour que la France se range, son \u00e9lite fut soign\u00e9e avec \u00e0 la t\u00eate de la Commission, Jacques Delors (1985-1995), \u00e0 celle de la Banque centrale Jean-Claude Trichet (2003-2011) puis Christine Lagarde depuis 2019, \u00e0 celle de l\u2019OMC Pascal Lamy (2005-2013), et avec au FMI un r\u00e8gne tricolore presque ininterrompu de quarante ann\u00e9es entre Jacques de Larosi\u00e8re (1978-1987), Michel Camdessus (1987-2000), Dominique Strauss-Kahn (2007-2011) et Christine Lagarde (2011-2019). Il s\u2019agissait de hochets pour nous acheter, pour que la doxa \u00e9conomique vienne de nos propres dirigeants, et ne paraisse pas impos\u00e9e de l\u2019ext\u00e9rieur, par des Allemands ou des Am\u00e9ricains. Derri\u00e8re eux, toute une classe de cadres sup\u00e9rieurs, de patrons du public et du priv\u00e9, ont pris l\u2019avion de fa\u00e7on r\u00e9p\u00e9t\u00e9e vers \u00ab JFK \u00bb pour rechercher la conformit\u00e9 en se moquant de \u00ab l\u2019exception fran\u00e7aise \u00bb comme d\u2019une relique p\u00e9rim\u00e9e. Un grand nombre de nos responsables, PDG, ministres, sont pass\u00e9s par le programme \u00ab Young Leaders \u00bb de la French American Foundation. Cela a \u00e9t\u00e9 le cas de Fran\u00e7ois Hollande ou Emmanuel Macron qui furent ainsi form\u00e9s et d\u00e9form\u00e9s. Plus les rendez-vous annuels du groupe Bilderberg, de la Commission Trilat\u00e9rale, le forum de Davos, etc. Aucun complot : il s\u2019agissait simplement d\u2019homog\u00e9n\u00e9iser les dirigeants occidentaux pour qu\u2019ils deviennent atlantistes, mondialistes et libre-\u00e9changistes.<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n
Henri Rousseau, \u00ab  La tour Eiffel  \u00bb, huile sur toile, vers 1898.<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Et cela a bien fonctionn\u00e9. Aucune \u00e9lite n\u2019a plus c\u00e9l\u00e9br\u00e9 la globalisation, n\u2019a davantage renonc\u00e9 au patriotisme, que la n\u00f4tre. D\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats de la France et des Fran\u00e7ais ? C\u2019\u00e9tait devenu trop \u00e9triqu\u00e9. Le massacre de notre industrie s\u2019explique ainsi. P\u00e9chiney fut vendu aux Canadiens, Alstom aux Am\u00e9ricains, Arcelor aux Indiens\u2026 Ceux-l\u00e0 m\u00eames, dirigeants politiques, dirigeants \u00e9conomiques, qui avaient pour mission de la d\u00e9fendre, ont d\u00e9mont\u00e9 notre industrie. En mati\u00e8re militaire, Nicolas Sarkozy, qu\u2019un de ses ministres surnommait le pr\u00e9sident \u00ab \u00e0 passeport am\u00e9ricain \u00bb, a r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 la France dans le commandement de l\u2019OTAN. Nous \u00e9tions \u00ab normalis\u00e9s \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

La grande col\u00e8re populaire, qui monte depuis des d\u00e9cennies comme un fleuve en crue, s\u2019explique d\u2019abord par le sentiment d\u2019\u00eatre trahi. Le peuple fran\u00e7ais pense \u00ab non \u00bb, dit \u00ab non \u00bb, vote \u00ab non \u00bb, mais ses dirigeants choisissent de se comporter, en son nom, comme des b\u00e9ni-oui-oui \u00e0 l\u2019\u00e9gard des \u00c9tats-Unis et des id\u00e9es n\u00e9olib\u00e9rales qu\u2019ils diffusent. C\u2019est l\u00e0 la principale source du \u00ab malheur fran\u00e7ais \u00bb. Il ne s\u2019agit plus vraiment d\u2019un sentiment de perte de grandeur ou de puissance. La soci\u00e9t\u00e9 a act\u00e9 le fait que la France n\u2019\u00e9tait plus \u00ab une grande puissance \u00bb. Le deuil est fait. Il s\u2019agit bien plus que d\u2019une perte d\u2019influence, le sujet est celui d\u2019une perte d\u2019ind\u00e9pendance. Nous sommes rentr\u00e9s dans le rang, la t\u00eate dans les \u00e9paules, et nous avons abandonn\u00e9 ce qui fait notre fiert\u00e9 : la capacit\u00e9 de dire \u00ab non \u00bb, \u00ab non \u00bb \u00e0 l\u2019ordre du monde impos\u00e9 par les \u00c9tats-Unis. Nous devrions \u00eatre les mauvais \u00e9l\u00e8ves qui soul\u00e8vent les bonnes questions. Voil\u00e0 que, depuis trente ans, nous sommes devenus les fayots.<\/p>\n\n\n\n

\u00ab J\u2019ai mal \u00e0 ma France. \u00bb \u00c0 la mi-janvier, nous \u00e9tions rassembl\u00e9s pour protester contre les usines qui ferment dans ma r\u00e9gion avec des emplois supprim\u00e9s par milliers. Mais ce n\u2019est pas de lui, de son emploi, de son porte-monnaie, dont cet ouvrier voulait me parler. Mais de cette id\u00e9e qui le d\u00e9passe : la France. \u00ab Notre voix ne compte plus, s\u2019attristait-il. On refuse le Mercosur, et ils le signent quand m\u00eame. \u00bb Et il r\u00e9p\u00e9tait qu\u2019il avait mal \u00e0 sa France, comme une douleur r\u00e9elle qu\u2019il \u00e9prouvait personnellement.<\/p>\n\n\n\n

Il avait raison : oui, la diplomatie doit partir du ventre et du c\u0153ur, d’un courage, d’une r\u00e9volte, du fait de savoir qui on d\u00e9fend. Oui, il faut une g\u00e9opolitique des tripes. C’est Jeanne d’Arc lib\u00e9rant Orl\u00e9ans, c’est la Marseillaise entonn\u00e9e \u00e0 Valmy, c’est notre hymne repris le 11 novembre 1940 devant les Monuments aux morts. Toute la geste gaullienne, dont nous h\u00e9ritons, part de l\u00e0, du ventre et du c\u0153ur avec le refus de la d\u00e9faite, le d\u00e9part \u00e0 Londres, l\u2019appel du 18 juin, \u00ab la France libre \u00bb, et plus tard encore, la sortie du commandement int\u00e9gr\u00e9 de l\u2019OTAN. Bien s\u00fbr qu\u2019il y a, derri\u00e8re tous ces choix, de la raison, des calculs, et m\u00eame des ruses mais avant cela, il y a une urgence, une n\u00e9cessit\u00e9 qui part du ventre et du c\u0153ur : celle d\u2019assurer l\u2019ind\u00e9pendance de la France.<\/p>\n\n\n\n

Mais depuis des d\u00e9cennies maintenant, nos dirigeants ont remplac\u00e9 le ventre et le c\u0153ur par des tableaux Excel. Ils ne savent plus pour qui et pour quoi ils se battent. Pour l’Europe ? pour le couple franco-allemand ? pour l’Occident ? pour des valeurs universelles ? Non. Ils sont l\u00e0 pour d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats des fran\u00e7ais, et seulement eux. Point. Et oui, ces int\u00e9r\u00eats fran\u00e7ais, c\u2019est \u00e9vident, se conjuguent le plus souvent avec ceux de nos voisins europ\u00e9ens ainsi qu\u2019avec ceux de peuples plus lointains. Nos int\u00e9r\u00eats ne peuvent bien entendu pas non plus \u00eatre d\u00e9fendus efficacement dans la solitude et l\u2019\u00e9go\u00efsme. Il nous faut des alliances. Et aujourd\u2019hui, nos int\u00e9r\u00eats s\u2019accordent aussi avec l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, global, \u00e0 la paix et \u00e0 un droit respect\u00e9. <\/p>\n\n\n\n

La machine \u00e0 signer les trait\u00e9s s\u2019emballe.<\/p>Fran\u00e7ois Ruffin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Le libre \u00e9change contre notre peuple<\/h2>\n\n\n\n

La conviction d\u2019une trahison, la tension entre les Fran\u00e7ais et leurs dirigeants, entre les Fran\u00e7ais et l\u2019Europe, na\u00eet en particulier d\u2019un sujet : le libre-\u00e9change.<\/p>\n\n\n\n

D\u00e8s 1992, 60 % des agriculteurs et des ouvriers votent contre le trait\u00e9 de Maastricht <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

Treize ans plus tard, en 2005, apr\u00e8s l\u2019entr\u00e9e de la Chine dans l\u2019Organisation mondiale du Commerce, apr\u00e8s l\u2019\u00e9largissement de l\u2019Union aux pays de l\u2019Europe centrale et orientale, plus de 70 % d\u2019entre eux se prononcent contre le Trait\u00e9 Constitutionnel qui entend sacraliser \u00ab la concurrence libre et non fauss\u00e9e \u00bb et \u00ab la libre circulation des capitaux et des marchandises \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Leur opposition n\u2019est pas une lubie. Eux, les producteurs, les travailleurs, le constatent : cet ordre du monde, cette mondialisation, leur nuit et profite aux nantis. Et surtout, elle d\u00e9truit le pays. Qu\u2019importe cette \u00ab \u00e9pid\u00e9mie de populisme \u00bb, comme l\u2019expliquait alors Jean-Claude Juncker : \u00ab Si c’est oui, nous dirons : on poursuit. Si c’est non, nous dirons : on continue !<\/em> \u00bb <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span> Ce fut \u00ab non \u00bb, et donc, on a continu\u00e9. \u00ab Un putsch l\u00e9gitime est n\u00e9cessaire \u00bb, estimait l\u2019\u00e9ditorialiste Christophe Barbier, et de fait, ce putsch dure depuis plus de vingt ans : l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne se poursuit sans le demos<\/em>, contre le demos<\/em>.<\/p>\n\n\n\n

Malgr\u00e9 le fracas du monde, les dirigeants europ\u00e9ens s\u2019accrochent \u00e0 leurs bibelots : \u00ab Nous voulons en revenir au libre-\u00e9change \u00bb,<\/em> implorait un ministre dans l\u2019h\u00e9micycle. Ils pleurent sur le pass\u00e9 et veulent en revenir \u00e0 un monde qui n\u2019existe plus. Ursula von der Leyen avait implor\u00e9 au G7 : \u00ab Gardons les \u00e9changes entre nous \u00e9quitables, pr\u00e9visibles et ouverts. Nous devons tous \u00e9viter le protectionnisme.<\/em> \u00bb <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span> Depuis, elle est partie en croisade pour faire de l\u2019Union \u00ab la championne du libre-\u00e9change au niveau mondial<\/em> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Pourquoi, alors que, d\u00e9j\u00e0, \u00e0 cause de ce choix, l\u2019industrie europ\u00e9enne a largement fui vers l\u2019Asie ? Pourquoi, alors que, avec quarante trait\u00e9s commerciaux conclus en vingt ans, l\u2019\u00e9conomie europ\u00e9enne n\u2019a fait que d\u00e9gringoler sur le plan de la croissance, de la productivit\u00e9 ou encore de l\u2019innovation ? Pourquoi, alors que les peuples europ\u00e9ens en sont fatigu\u00e9s et que cette obsession met en p\u00e9ril nos d\u00e9mocraties ? Pourquoi alors que, aux \u00c9tats-Unis, hier promoteurs du libre-\u00e9change, Joe Biden puis Donald Trump ont renonc\u00e9 \u00e0 cette politique et op\u00e9r\u00e9 un virage protectionniste ?<\/p>\n\n\n\n

Pourquoi ? D\u2019abord parce que Ursula von der Leyen d\u00e9fend moins les int\u00e9r\u00eats des peuples europ\u00e9ens que ceux des firmes multinationales. Ces firmes pr\u00e9f\u00e8rent, aujourd\u2019hui comme hier, le supermarch\u00e9 mondial, les r\u00e9serves de main d\u2019\u0153uvre des pays \u00e0 bas co\u00fbt, les terres vierges de normes sociales, environnementales. Ce penchant est prononc\u00e9 en particulier chez les dirigeants allemands.<\/p>\n\n\n\n

Mais aussi parce que le libre-\u00e9change est inscrit dans l\u2019ADN de l\u2019Union. Il en est la valeur cardinale. L\u2019Union d\u00e9fend certes \u00e9galement les droits de l\u2019homme, de la femme, des minorit\u00e9s, des religions, de l\u2019environnement. Elle ne d\u00e9fend pas seulement un \u00c9tat de droit, mais un continent de droits, avec la Cour Europ\u00e9enne comme garde-fou. Et ce n\u2019est pas rien : il est probable que demain nous en ayons bien besoin. Mais qu\u2019est-ce que l\u2019Union, depuis sa fondation, sinon d\u2019abord un grand march\u00e9 int\u00e9rieur ? Les trait\u00e9s r\u00e9p\u00e8tent \u00ab libre circulation des capitaux et des marchandises<\/em> \u00bb et veulent \u00e9tendre cet id\u00e9al au monde entier. En \u00ab petits soldats de Milton Friedman<\/em> \u00bb, comme ironisait un syndicaliste agricole, les fonctionnaires de Bruxelles se sont \u00e9panouis \u00e0 l\u2019\u00e2ge d\u2019or de l\u2019OMC, dirig\u00e9e par leur ancien coll\u00e8gue Pascal Lamy : c\u2019\u00e9tait pour eux le temps b\u00e9ni de la \u00ab mondialisation heureuse \u00bb et de la \u00ab fin de l\u2019histoire \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Mais voil\u00e0 que l\u2019histoire se remet \u00e0 tonner. Ils n\u2019y sont pas pr\u00e9par\u00e9s. Et Donald Trump a trouv\u00e9 le truc : il lui suffit de prononcer \u00ab tarifs douaniers \u00bb pour que l\u2019Europe se mette \u00e0 trembler comme un vampire devant un crucifix ! Que les Allemands ne puissent plus exporter des Mercedes aux \u00c9tats-Unis, et nous notre champagne ? Ce serait la fin du monde pour cette Europe sans ventre et sans c\u0153ur, aux mains de commerciaux et de comptables.<\/p>\n\n\n\n

Pour compenser, il faut signer de toute urgence un trait\u00e9 de libre-\u00e9change avec le Mercosur. Malgr\u00e9 l\u2019opposition de la France, dont la voix n\u2019importe plus. Malgr\u00e9 l\u2019opposition de tous les syndicats agricoles, pas seulement fran\u00e7ais mais europ\u00e9ens, de toutes les organisations environnementales, pas seulement fran\u00e7aises mais europ\u00e9ennes. Malgr\u00e9, \u00e9galement, les r\u00e9ticences du Parlement \u00e0 Strasbourg.<\/p>\n\n\n\n

Il faut signer, aussi, avec l\u2019Inde, \u00ab la m\u00e8re de tous les accords<\/em> \u00bb selon Ursula von der Leyen <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Et tant pis si nous perdons d\u00e9j\u00e0 notre sid\u00e9rurgie, tant pis si nos emplois sont d\u00e9localis\u00e9s l\u00e0-bas, tant pis, ou tant mieux, si les salaires y sont trente fois moins \u00e9lev\u00e9s qu\u2019en Europe : apr\u00e8s la Chine, ce sera pour nos firmes la nouvelle poule aux \u0153ufs d\u2019or.<\/p>\n\n\n\n

Il faudra signer aussi dans la foul\u00e9e avec le Vietnam, la Nouvelle-Z\u00e9lande, le Kenya, le Chili, l\u2019Indon\u00e9sie, et bient\u00f4t la Malaisie, les \u00c9mirats arabes unis, l\u2019Australie, la Tha\u00eflande\u2026<\/p>\n\n\n\n

La machine \u00e0 signer les trait\u00e9s s\u2019emballe. C\u2019est comme si, plus le libre-\u00e9change s\u2019av\u00e9rait \u00e0 bout de souffle, plus il \u00e9tait rejet\u00e9 par les opinions, plus la mondialisation se r\u00e9v\u00e9lait malheureuse, et plus la Commission acc\u00e9l\u00e9rait, en une course folle, et qui m\u00e8ne l\u2019Union vers le gouffre. De l\u2019ext\u00e9rieur, par un naufrage \u00e9conomique. De l\u2019int\u00e9rieur, par un naufrage d\u00e9mocratique : elle se fait d\u00e9tester de ses propres peuples, qui voient en elle non pas un bouclier contre les effets de la mondialisation, mais son bras arm\u00e9 sur le continent.<\/p>\n\n\n\n

Au cours des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es, la France ne s\u2019est pas seulement d\u00e9sindustrialis\u00e9e. Elle s\u2019est aussi \u00ab d\u00e9num\u00e9ris\u00e9e \u00bb.<\/p>Fran\u00e7ois Ruffin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Pour un moment fran\u00e7ais<\/h2>\n\n\n\n

Au pessimisme de la raison, disait Gramsci, il faut allier l\u2019optimisme de la volont\u00e9. Et donc, regarder la p\u00e9riode pr\u00e9sente comme une chance. Le monde bascule, et tant mieux. Les dogmes volent en \u00e9clats. Apr\u00e8s quarante ann\u00e9es enserr\u00e9es dans le corset du libre-\u00e9change et du march\u00e9, nos pays devraient \u00eatre en \u00e9bullition. Enfin, l\u2019imagination peut revenir au pouvoir avec des id\u00e9es nouvelles, pour des politiques nouvelles. \u00c0 la place, on constate une \u00e9pid\u00e9mie de neurasth\u00e9nie, une t\u00e9tanie et une l\u00e9thargie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n

Pourtant, c\u2019est le moment de la France. <\/p>\n\n\n\n

Combien nous \u00e9tions malheureux, dans ce \u00ab village global \u00bb o\u00f9 il fallait se conformer au consensus de Washington. Il fallait nous taire, nous \u00e9craser au lieu de chercher notre propre chemin, gaulois, gaullien. Au fond de nous, nous r\u00e9sistions cependant \u00e0 cette Europe am\u00e9ricaine, entour\u00e9s d\u2019alli\u00e9s qui en \u00e9taient tr\u00e8s heureux. Nous avions raison de ne pas vouloir mettre tous nos \u0153ufs dans le panier de l\u2019OTAN, raison de maintenir une autonomie strat\u00e9gique, raison aussi de r\u00e9clamer une politique industrielle europ\u00e9enne. L\u2019heure est venue que notre singularit\u00e9 ne soit plus malheureuse, mais utile, qu\u2019elle s\u2019\u00e9panouisse et entra\u00eene nos voisins pour que nous retrouvions la voie de l\u2019ind\u00e9pendance, pour nous et pour l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019Europe des coop\u00e9rations<\/h3>\n\n\n\n

La priorit\u00e9 de notre souverainet\u00e9 aujourd\u2019hui, c\u2019est bien s\u00fbr une d\u00e9fense de l\u2019Europe, et donc une industrie de d\u00e9fense. Mais que l\u2019on ne confie surtout pas ce chantier \u00e0 la Commission. Ce serait comme demander \u00e0 un cordonnier de faire du pain. Elle n\u2019est pas faite pour cela. Par les r\u00e8gles qu\u2019elle impose, elle emp\u00eache les choix n\u00e9cessaires : elle interdit les aides d\u2019\u00c9tat, elle oblige \u00e0 soumettre \u00e0 la concurrence les march\u00e9s publics, les crit\u00e8res budg\u00e9taires qu\u2019elle impose limitent l\u2019investissement\u2026 Comment avons-nous pu pr\u00e9server une industrie de d\u00e9fense en France ? Incompl\u00e8te certes, avec des lacunes, mais quand m\u00eame ? Nous l\u2019avons maintenue parce que notre pays ne s\u2019est pas pli\u00e9, en la mati\u00e8re, \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratif de \u00ab concurrence \u00bb europ\u00e9en : nous avons prot\u00e9g\u00e9 ces entreprises, leur propri\u00e9t\u00e9 et leurs march\u00e9s. Nous avons orient\u00e9 la commande publique de nos arm\u00e9es vers l\u2019achat national. Et nous avons planifi\u00e9 le tout sous la tutelle de la DGA, la Direction G\u00e9n\u00e9rale de l\u2019Armement. Donc, en ne respectant pas la concurrence libre et non fauss\u00e9e et en ne misant pas sur la main invisible du march\u00e9. Et oui, d\u00e8s aujourd\u2019hui, il nous faut renforcer cette industrie de d\u00e9fense et le faire avec nos voisins europ\u00e9ens. Mais, s\u00fbrement pas par le biais de la Commission, une bureaucratie qui n\u2019a jamais b\u00e2ti aucune industrie ni non plus \u00e0 27, avec des compromis et des d\u00e9lais infinis.<\/p>\n\n\n\n

Il faut une coop\u00e9ration entre des nations volontaires. Membres de l\u2019Union bien s\u00fbr : avec les Scandinaves en premi\u00e8re ligne face \u00e0 la Russie et l\u00e2ch\u00e9s par les \u00c9tats-Unis, avec l\u2019Espagne, qui dit clairement non \u00e0 Trump, avec l\u2019Allemagne qui reconvertit son industrie automobile. Mais aussi hors de l\u2019Union, avec le Royaume-Uni notamment. Il nous faut coop\u00e9rer par souci d\u2019efficacit\u00e9 mais aussi plus profond\u00e9ment pour \u00e9viter la course aux armements entre Europ\u00e9ens. Le chancelier allemand Friedrich Merz veut ainsi \u00ab cr\u00e9er <\/em>l\u2019arm\u00e9e conventionnelle la plus puissante d\u2019Europe<\/em><\/a> \u00bb et les d\u00e9penses militaires de l\u2019Allemagne seront bient\u00f4t le double des n\u00f4tres. Comme l\u2019\u00e9non\u00e7ait Josep Borrell, ancien haut repr\u00e9sentant de l\u2019Union pour les affaires ext\u00e9rieures et la s\u00e9curit\u00e9, \u00ab c\u2019est la mauvaise approche, l\u2019arm\u00e9e allemande la plus puissante d\u2019Europe, on conna\u00eet, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 dans notre histoire avec les r\u00e9sultats que l\u2019on sait<\/em>. \u00bb <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span> Sur la d\u00e9fense, c\u2019est donc par la coop\u00e9ration entre \u00c9tats, et non par le supranational, que pourra s\u2019op\u00e9rer l\u2019indispensable mont\u00e9e en puissance. Tout comme Airbus ou Ariane ne sont pas n\u00e9s dans les bureaux du Berlaymont \u00e0 Bruxelles.<\/p>\n\n\n\n

Il en va de m\u00eame pour un autre chantier prioritaire : nous avons besoin d\u2019une CECA du num\u00e9rique, l\u2019acier d\u2019aujourd\u2019hui. <\/p>\n\n\n\n

Au cours des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es, la France ne s\u2019est pas seulement d\u00e9sindustrialis\u00e9e. Elle s\u2019est aussi \u00ab d\u00e9num\u00e9ris\u00e9e \u00bb. Ses groupes moteurs, Alcatel, France T\u00e9l\u00e9com, Thomson, Bull, ont \u00e9t\u00e9 sabord\u00e9s. La Silicon Valley a d\u00e8s lors fait son march\u00e9 parmi les ing\u00e9nieurs europ\u00e9ens, et notamment fran\u00e7ais, le savoir-faire informatique partant \u00e0 l\u2019ouest, tandis que le savoir-faire industriel \u00e9tait parti vers l\u2019est. Et aujourd\u2019hui, malgr\u00e9 huit ann\u00e9es de \u00ab start-up nation \u00bb \u2014 ou peut-\u00eatre en partie \u00e0 cause d\u2019elles \u2014 notre d\u00e9pendance num\u00e9rique est compl\u00e8te : sur les logiciels, l\u2019h\u00e9bergement des donn\u00e9es, la recherche en ligne, les assistants d\u2019IA, les environnements mobiles, les r\u00e9seaux sociaux et la vid\u00e9o\u2026<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n
Henri Rousseau, \u00ab  La Libert\u00e9 invitant les artistes \u00e0 prendre part \u00e0 la 22e exposition des Ind\u00e9pendants  \u00bb, huile sur toile, 1905.<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Dans les entreprises europ\u00e9ennes, 83 % des d\u00e9penses li\u00e9es aux logiciels et aux clouds vont aux GAFAM am\u00e9ricains <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Autrement dit, si Trump coupe le robinet, nos soci\u00e9t\u00e9s sont asphyxi\u00e9es. Il nous reste certes des miettes : seule en Europe, la France a gard\u00e9 un fabricant de c\u00e2bles sous-marins, Alcatel Submarine Networks, pour concurrencer les c\u00e2bles sous-marins de Google. Et nous avons \u00ab CB \u00bb, un op\u00e9rateur national pour les paiements par carte, gr\u00e2ce \u00e0 qui nous ne d\u00e9pendons pas enti\u00e8rement de Visa et Mastercard.<\/p>\n\n\n\n

Hormis ces r\u00e9sidus, et quelques autres ailleurs en Europe, comme ASML, l\u2019Union est une colonie num\u00e9rique. Et cela doublement : une colonie des \u00c9tat-Unis pour le software<\/em>, et de la Chine pour le hardware<\/em>.<\/p>\n\n\n\n

Une CECA du num\u00e9rique s\u2019impose, pour notre survie : sans autonomie sur l’infrastructure physique (satellites, c\u00e2bles), l’h\u00e9bergement des donn\u00e9es (cloud) et l’intelligence artificielle (mod\u00e8les fondateurs), il n’y aura plus demain de souverainet\u00e9 ni politique, ni militaire, ni diplomatique.<\/p>\n\n\n\n

La \u00ab coalition du num\u00e9rique \u00bb des nations volontaires doit lib\u00e9rer les \u00e9nergies et financer les p\u00e9pites, notamment par la commande publique. Pour l\u2019instant, les mauvaises habitudes perdurent : la Banque Publique d\u2019Investissement (BPI), cens\u00e9e encourager les entreprises fran\u00e7aises, fait encore appel \u00e0 Amazon pour g\u00e9rer et stocker ses donn\u00e9es. La DGSI a renouvel\u00e9, en d\u00e9cembre dernier, son contrat avec Palantir, l\u2019entreprise am\u00e9ricaine sp\u00e9cialiste des logiciels de surveillance. Le grand entrep\u00f4t fran\u00e7ais qui stocke les donn\u00e9es de sant\u00e9, le \u00ab Health Data Hub \u00bb, est toujours h\u00e9berg\u00e9 chez Microsoft\u2026 Tout cela doit cesser. L’\u00c9tat, les \u00c9tats, ne doivent plus abreuver les GAFAM, mais devenir le premier client de la technologie europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n

Il n\u2019y a aucun dilemme : nous pouvons refuser \u00e0 la fois, la vassalisation par les \u00c9tats-Unis, et la mise sous pression de l\u2019imp\u00e9rialisme russe.<\/p>Fran\u00e7ois Ruffin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Surtout, nous avons cette chance : la coop\u00e9ration est inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019univers du num\u00e9rique. Les \u00ab geeks \u00bb poss\u00e8dent un langage commun et sont, par leur culture, en faveur de l\u2019open source, du logiciel libre, des algorithmes ouverts. Il a fallu toute l\u2019ardeur de firmes comme Microsoft et compagnie, pour contrer cet ethos et r\u00e9ussir \u00e0 privatiser les logiciels, verrouiller les codes, cacher les algorithmes. D\u00e8s lors, nos \u00c9tats doivent payer des talents, non pour d\u00e9velopper des produits sp\u00e9cifiques, l\u2019un pour l\u2019administration fran\u00e7aise, l\u2019autre pour l\u2019espagnole, avec un droit de propri\u00e9t\u00e9, mais au contraire, les payer, pour qu\u2019ils mettent le r\u00e9sultat de leur travail sur la place publique. Et que les informaticiens du monde entier, amateurs et professionnels, participent de cette grande lib\u00e9ration encourag\u00e9e par des nations europ\u00e9ennes. Cette initiative n\u00e9e en Europe peut et doit entra\u00eener au-del\u00e0 pour saper la mainmise des firmes am\u00e9ricaines ou chinoises sur nos donn\u00e9es personnelles et nos r\u00e9seaux sociaux.<\/p>\n\n\n\n

Voil\u00e0 de quoi nous armer d\u2019un num\u00e9rique plus robuste, plus respectueux de la vie priv\u00e9e, de la d\u00e9mocratie, et plus souverain. Nous devons nous inspirer de Jean-Baptiste Kempf, cr\u00e9ateur du lecteur multim\u00e9dia VLC, ou d\u2019Octave Klaba, fondateur du fournisseur fran\u00e7ais de services de cloud OVH, plut\u00f4t que des pr\u00e9dateurs de  Microsoft, Amazon ou Google : ce sont eux, et mille autres de leurs semblables, qui doivent \u00eatre demain invit\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e ! C\u2019est d\u2019ailleurs \u00e9galement la strat\u00e9gie retenue par la Chine : une certaine ouverture comme meilleur moyen de rattraper les \u00c9tats-Unis avec DeepSeek contre Open IA. Pourquoi l’Europe ne ferait-elle pas le m\u00eame choix ?<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est la m\u00eame logique qui devrait valoir dans toute la recherche : les scientifiques, eux aussi, ont comme instinct le partage de leurs d\u00e9couvertes, la mise en commun de leurs avanc\u00e9es que le Capital, les grands laboratoires pharmaceutiques notamment, viennent enfermer avec des brevets, des droits \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9, le secret des affaires… Notre pays, notre continent, peuvent devenir la terre d\u2019une science ouverte, et qui partage les connaissances avec le Sud et participer d\u2019une diplomatie renouvel\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n

Enfin, quelle Europe g\u00e9ographique voulons-nous ? Donald Trump offre aujourd\u2019hui \u00e0 la Russie un plan de paix g\u00e9n\u00e9reux, quasiment sur mesure, avec des concessions territoriales et un renoncement de l\u2019Ukraine \u00e0 l\u2019OTAN. C\u2019est pourtant en tra\u00eenant des pieds que Vladimir Poutine envoie des \u00e9missaires \u00e0 la table des n\u00e9gociations. Et il poursuit ses bombardements sur Kyiv, sur les r\u00e9seaux \u00e9lectriques, sur les trains, avec des milliers de civils touch\u00e9s, des victimes qui s\u2019ajoutent aux deux millions de soldats tu\u00e9s, bless\u00e9s ou disparus des deux c\u00f4t\u00e9s. Alors, oui, nous voulons une Europe de l\u2019Atlantique jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Oural, sans construire un nouveau rideau de fer pour cinquante ans. Mais avant de restaurer des relations diplomatiques ou commerciales avec Moscou, avant de signer avec eux des contrats sur le gaz et sur le p\u00e9trole, ne serait-ce que pour diversifier nos approvisionnements, sans retomber dans la d\u00e9pendance d\u2019hier, le pr\u00e9alable, c\u2019est la paix, une paix respect\u00e9e et qui s\u2019inscrit dans la dur\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n

Il n\u2019y a aucun dilemme : nous pouvons refuser \u00e0 la fois, la vassalisation par les \u00c9tats-Unis, et la mise sous pression de l\u2019imp\u00e9rialisme russe. Ce sont, au fond, les deux m\u00e2choires d\u2019une m\u00eame tenaille. Ces deux puissances partagent aujourd\u2019hui l\u2019essentiel : le recours ad libitum \u00e0 la violence et le m\u00e9pris du droit international.<\/p>\n\n\n\n

Et bizarrement, ce sont nos nationalistes qui, eux, acceptent ces deux imp\u00e9rialismes. D\u00e8s 2011, Marine Le Pen confessait son \u00ab admiration pour Vladimir Poutine<\/em> \u00bb <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span> et lui rendait visite au Kremlin. Elle refusait ensuite de qualifier d\u2019ill\u00e9gale l\u2019occupation de la Crim\u00e9e et acceptait des pr\u00eats de banques russes pour financer ses campagnes. Mais elle se tournait aussi vers les \u00c9tats-Unis. En 2017, elle a fait le pied de grue \u00e0 la Trump Tower pour essayer de rencontrer Donald Trump. Elle a invit\u00e9 Steve Bannon comme intervenant d\u2019honneur \u00e0 son grand meeting de la refondation en 2018. Puis elle a particip\u00e9 en 2025 \u00e0 un rassemblement pro-Trump \u00e0 Madrid. Jordan Bardella saluait la r\u00e9\u00e9lection de Donald Trump comme \u00ab une bonne nouvelle \u00bb, \u00ab un vent de libert\u00e9 \u00bb, \u00ab une opportunit\u00e9 pour notre pays \u00bb, etc.. En bon ami, le pr\u00e9sident am\u00e9ricain renvoyait l\u2019ascenseur et tweetait, lors de la condamnation des dirigeants du RN pour d\u00e9tournement de fonds publics, \u00ab LIB\u00c9REZ MARINE LE PEN ! \u00bb <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Avec ce paradoxe, \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e : les patriotes autoproclam\u00e9s sont des ennemis de notre souverainet\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

Se prot\u00e9ger de l\u2019Est sur le travail : le plan des 100<\/h3>\n\n\n\n

Pour rappel, nous sommes b\u00e9n\u00e9ficiaires dans nos \u00e9changes commerciaux avec les \u00c9tats-Unis, et notamment notre industrie : \u00e0 hauteur de 50 milliards d\u2019euros pour la France en 2024, de 200 milliards pour l\u2019Union. Il serait d\u00e8s lors stupide de r\u00e9pliquer aux droits de douane am\u00e9ricains par des droits de douane aux portes de l\u2019Europe. <\/p>\n\n\n\n

M\u00eame par temps de temp\u00eate trumpiste, nous ne devons pas l\u00e2cher la proie pour l\u2019ombre. La concurrence sur les biens vient de l\u2019Asie. C\u2019est l\u00e0 que r\u00e9side notre d\u00e9pendance industrielle, c\u2019est de l\u00e0 que provient l\u2019\u00e9norme part de notre d\u00e9ficit commercial, et la ruine de secteurs entiers, depuis des d\u00e9cennies : textile, m\u00e9tallurgie, pneumatiques, etc. Le vent de la d\u00e9sindustrialisation vient de l\u2019Est. Et depuis deux ans, il se transforme en tornade.<\/p>\n\n\n\n

D\u00e8s l\u2019\u00e9lection de Donald Trump, nous avions tir\u00e9 la sonnette d\u2019alarme : la Chine est en surcapacit\u00e9, le continent am\u00e9ricain lui sera bient\u00f4t ferm\u00e9, o\u00f9 va-t-elle d\u00e9verser ses gigantesques surproductions ? Chez nous, dans notre Europe toujours ouverte. Comment avons-nous r\u00e9agi ? Rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 fait. Si, une vague mesure a \u00e9t\u00e9 prise concernant les voitures \u00e9lectriques <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span> et une taxe de trois euros impos\u00e9e sur les petits colis <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Mais sur le reste, rien d\u2019autre. R\u00e9sultat ? Les exportations chinoises vers l’Union se sont accrues de 10,4 % en un an. +125 %, plus qu’un doublement, sur les produits \u00e9lectroniques, +15 % sur les mat\u00e9riels de transport, +10 % pour le textile <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>. C\u2019est un deuxi\u00e8me choc industriel majeur apr\u00e8s celui qui avait suivi l’entr\u00e9e de la Chine dans l\u2019OMC, au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

\u00ab Il nous faut prot\u00e9ger imm\u00e9diatement la production europ\u00e9enne<\/em> \u00bb, dit France Chimie, la f\u00e9d\u00e9ration patronale du secteur <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>. \u00ab On a absolument besoin de cette protection \u00bb rench\u00e9rissent les sous-traitants automobiles. \u00ab Tous les pays dans le monde qui ont une industrie automobile s’organisent pour prot\u00e9ger leur march\u00e9. Sauf l’Europe<\/em> \u00bb souligne le patron de Renault <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span>. \u00ab Il nous faut de la r\u00e9gulation<\/em>. \u00bb Le patron de La Poste propose quant \u00e0 lui d\u2019instaurer \u00ab une taxe \u00e0 la Trump sur les colis chinois : 100 % de la valeur des colis.<\/em> \u00bb <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n

Mais que font Ursula von der Leyen et la Commission europ\u00e9enne ? Elles attendent. <\/p>\n\n\n\n

On nous promet que l\u2019Union a pris conscience, qu\u2019elle va changer d\u2019orientation, que des initiatives arrivent, mais celles-ci se r\u00e9v\u00e8lent g\u00e9n\u00e9ralement timides, tardives et incoh\u00e9rentes. Ainsi, le 1er f\u00e9vrier, le commissaire fran\u00e7ais St\u00e9phane S\u00e9journ\u00e9<\/a> a lanc\u00e9 un appel, avec 1 141 chefs d\u2019entreprise, en faveur d\u2019une pr\u00e9f\u00e9rence europ\u00e9enne dans les achats publics <\/span>15<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Mais le m\u00eame saluait, la semaine pr\u00e9c\u00e9dente, \u00ab l\u2019accord historique<\/em> \u00bb entre l\u2019Europe et l\u2019Inde, un \u00ab march\u00e9 de deux milliards d\u2019habitants<\/em> \u00bb qui va permettre \u00ab d\u2019ouvrir un nouveau cycle de croissance pour nos entreprises<\/em> \u00bb <\/span>16<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Et ce, alors qu\u2019ArcelorMittal annon\u00e7ait la d\u00e9localisation de ses fonctions supports vers l\u2019Inde justement. Notre sid\u00e9rurgie y d\u00e9m\u00e9nage tranquillement et c\u2019est d\u00e9j\u00e0 fait pour les principes actifs de nos m\u00e9dicaments.<\/p>\n\n\n\n

Que faire \u00e0 la place ? Mettre en place des barri\u00e8res douani\u00e8res et des quotas d\u2019importation, bref, des protections comme nous le r\u00e9clamons, avec constance, depuis vingt ans. Il ne s\u2019agit pas de relever, \u00e0 l\u2019aveugle, tous les tarifs douaniers de 20 %, ou 30 %, ou 100 % comme l\u2019a fait Donald Trump. Il nous faut un plan des 100. <\/p>\n\n\n\n

Un plan qui s\u2019applique aux 100 produits prioritaires essentiels \u00e0 notre souverainet\u00e9 pour lesquels nous souhaitons retrouver notre autonomie.<\/p>\n\n\n\n

Cela doit concerner les aliments, les m\u00e9dicaments et l\u2019armement ; les masques et les surblouses en cas de crise sanitaire ; la poudre, les drones et les obus, en cas de guerre. Les panneaux photovolta\u00efques pour la transition \u00e9nerg\u00e9tique. L\u2019acier, \u00e9videmment, car sans acier, pas d\u2019industrie, c\u2019est l\u2019industrie de l\u2019industrie. Et sur ces produits, il nous faut appliquer sans h\u00e9siter des tarifs douaniers et des quotas d\u2019importation, mais aussi soutenir la production europ\u00e9enne avec de la commande et des subventions publiques.<\/p>\n\n\n\n

Comment avons-nous, \u00e0 Amiens, sauv\u00e9 Eurolysine, le dernier fabricant de lysine en Europe ? Comment, alors que la Chine produisait deux fois moins cher, bien que cette production soit cinq fois plus polluante ? Gr\u00e2ce \u00e0 un rel\u00e8vement des tarifs douaniers de 80 %. Mais la bataille n\u2019est pas finie : les prix chinois ont encore baiss\u00e9, et sans un nouveau rel\u00e8vement des tarifs douaniers, l\u2019usine et ses trois cents salari\u00e9s seront de nouveau en difficult\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

Avec ses r\u00e9sidus de souverainet\u00e9 et sa grande volont\u00e9, la France doit \u00eatre la locomotive d\u2019une ind\u00e9pendance europ\u00e9enne.<\/p>Fran\u00e7ois Ruffin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

La politique commerciale n\u2019est pas une question annexe, technique. C\u2019est un levier clef pour mettre en \u0153uvre une politique agricole, industrielle et sociale. La question centrale est bien s\u00fbr de savoir qui a \u00e0 y gagner et \u00e0 y perdre. Les travailleurs ou les actionnaires ? Les entreprises locales ou les multinationales ? La politique commerciale est profond\u00e9ment politique. Elle ne doit pas \u00eatre laiss\u00e9e aux mains de bureaucrates, \u00e0 Bruxelles ou \u00e0 Bercy. Elle doit \u00eatre largement d\u00e9battue. C\u2019est un outil dont l\u2019Europe, par dogmatisme, a refus\u00e9 de se saisir jusqu\u2019ici.<\/p>\n\n\n\n

Ursula von der Leyen a annonc\u00e9 \u00e0 l\u2019automne dernier sa volont\u00e9 de \u00ab passer \u00e0 la majorit\u00e9 qualifi\u00e9e dans certains domaines, notamment la politique \u00e9trang\u00e8re. Le moment est venu de nous lib\u00e9rer du carcan de l’unanimit\u00e9 au Conseil.<\/em> \u00bb <\/span>17<\/sup><\/a><\/span><\/span> La France doit s\u2019y opposer avec fermet\u00e9 : la diplomatie et la d\u00e9fense rel\u00e8vent des \u00c9tats et doivent le rester. La Commission dispose d\u00e9j\u00e0 d\u2019assez de \u00ab comp\u00e9tences \u00bb, et notamment ce levier clef : la politique commerciale.<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est l\u00e0-dessus que la France, \u00e0 Bruxelles, doit peser de tout son poids : faire basculer la politique commerciale du libre-\u00e9change vers la protection. Pour nous prot\u00e9ger, prot\u00e9ger nos populations, nos emplois, nos entreprises.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Henri Rousseau, \u00ab  Les Repr\u00e9sentants des puissances \u00e9trang\u00e8res venant saluer la R\u00e9publique en signe de paix  \u00bb, huile sur toile, 1907. <\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Se prot\u00e9ger de l\u2019Ouest sur le capital : mobiliser l\u2019\u00e9pargne nationale<\/h3>\n\n\n\n

En dix ans, 1 500 entreprises fran\u00e7aises ont \u00e9t\u00e9 rachet\u00e9es par des capitaux \u00e9tats-uniens. 1 500, dont des actifs strat\u00e9giques <\/span>18<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Et le plus tragique, c\u2019est qu\u2019Emmanuel Macron en a fait une fiert\u00e9. Tous les ans, avec Choose France, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique s\u2019adonne en effet \u00e0 une danse du ventre devant les capitaux anglo-saxons. Il inaugure en grande pompe hier des entrep\u00f4ts Amazon, aujourd\u2019hui des \u00ab data centers \u00bb, qui servent \u00e0 la sous-traitance r\u00e9gionale des GAFAM \u00e9tats-uniens. Lorsque la French Tech arrive \u00e0 accoucher de licornes, les fonds am\u00e9ricains s\u2019en saisissent rapidement. Mais le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique c\u00e9l\u00e8bre cette d\u00e9pendance num\u00e9rique en recevant \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e ou \u00e0 Versailles, Elon Musk, Mark Zuckerberg et tous les ma\u00eetres am\u00e9ricains du secteur. Tout en discourant parall\u00e8lement sur la \u00ab souverainet\u00e9 \u00bb num\u00e9rique europ\u00e9enne. Sur ce plan, le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique est \u00e0 l\u2019image de notre \u00e9lite administrative et \u00e9conomique pour qui il faut laisser-faire le march\u00e9 et en particulier nos alli\u00e9s d\u2019Outre-Atlantique. LMB Aerospace, un fabricant de ventilateurs pour nos sous-marins nucl\u00e9aires et notre porte-avion, vient ainsi d\u2019\u00eatre vendu \u00e0 un groupe am\u00e9ricain, avec l\u2019aval du Minist\u00e8re de l\u2019\u00c9conomie. Tandis que, sur le volet num\u00e9rique, le fonds am\u00e9ricain Carlyle entre au capital de Ciril Group, un cloud s\u00e9curis\u00e9 fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n

Auparavant, Lat\u00e9co\u00e8re, fleuron de l\u2019aviation civile et militaire, avait \u00e9t\u00e9 vendu en 2019 au fonds am\u00e9ricain Searchlight. Exxelia et ses composants \u00e9lectroniques, avait \u00e9t\u00e9 c\u00e9d\u00e9 en 2023 au groupe am\u00e9ricain Heico et Ommic, fabricant de semi-conducteurs pour la d\u00e9fense, \u00e0 l\u2019am\u00e9ricain Macom. Exaion, une filiale d\u2019EDF, sp\u00e9cialis\u00e9e dans le calcul de haute performance serait d\u00e9sormais dans le viseur du groupe am\u00e9ricain Mara. Sur plusieurs centaines de rachats d\u2019entreprises par des capitaux \u00e9trangers examin\u00e9s ces trois derni\u00e8res ann\u00e9es, Bercy n\u2019a mis son v\u00e9to qu\u2019\u00e0 six ventes\u2026Soit 0,5 % des dossiers.<\/p>\n\n\n\n

Il faut dire qu\u2019\u00e0 Paris, de nombreuses banques et cabinets d\u2019avocats d\u2019affaires sont am\u00e9ricains. Ils recrutent, \u00e0 prix d\u2019or, les meilleurs juristes et surtout, ils puisent dans le vivier politique : \u00ab on va se fournir \u00e0 la sortie des minist\u00e8res \u00bb, achetant moins les talents que les carnets d\u2019adresses. On parle souvent des \u00ab lobbies \u00bb, mais le mot est d\u00e9sormais trop faible : il suppose une pression sur l\u2019\u00c9tat de l\u2019ext\u00e9rieur. Or, c\u2019est de l\u2019int\u00e9rieur que l\u2019\u00c9tat est colonis\u00e9 par les int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s, notamment \u00e9trangers.<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est le \u00ab pacte de corruption \u00bb, que d\u00e9non\u00e7ait le d\u00e9put\u00e9 Olivier Marleix, \u00e0 propos de la vente d\u2019Alstom \u00e0 General Electric, lorsqu\u2019Emmanuel Macron \u00e9tait ministre de l\u2019Industrie. \u00ab Tout Paris avait \u00e9t\u00e9 lou\u00e9 \u00bb, l\u00e2che de son c\u00f4t\u00e9 Arnaud Montebourg, ancien ministre de l\u2019\u00c9conomie. Les interm\u00e9diaires ont per\u00e7u plus de cent millions d’euros : le cabinet d’avocats am\u00e9ricano-britannique, Hogan Lovells (21 millions d’euros), la banque Rothschild (12 millions d’euros), la Bank Of America (10 millions d\u2019euros), qui embauchera en cours de n\u00e9gociations le directeur g\u00e9n\u00e9ral de l’Agence des participations de l\u2019\u00c9tat, le cabinet de droit des affaires Weil, Gotshal et Manges (9 millions), le Boston Consulting Group (5 millions), plus la banque Lazard, Publicis, etc. <\/span>19<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n

\u00c0 chaque vente d\u2019un morceau du patrimoine national, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une grande et vieille industrie n\u00e9e du n\u00e9o-colbertisme gaullien, ou d\u2019une jeune pousse arros\u00e9e par des centaines de millions de subventions, c\u2019est tout un grouillement de conseillers en tous genres qui prosp\u00e8re. Nous devons prot\u00e9ger les entreprises fran\u00e7aises de ces requins. Il faut \u00e9tablir un cordon sanitaire.<\/p>\n\n\n\n

Plut\u00f4t que de chercher \u00e0 attirer les capitaux am\u00e9ricains, nous devons nous en prot\u00e9ger. Et pour financer les entreprises, nous disposons d\u2019une \u00e9pargne nationale record, pr\u00e8s de 19 % du revenu des m\u00e9nages en 2025, du jamais vu depuis cinquante ans, largement au-dessus de la moyenne de la zone Euro. Avec 2 000 milliards d\u2019assurance-vie, nous disposons de largement assez de fonds pour investir dans nos industries, dans notre avenir.<\/p>\n\n\n\n

Cr\u00e9er une passerelle avec les \u00ab Suds \u00bb : pour un Erasmus global<\/h3>\n\n\n\n

La France a conserv\u00e9 son arm\u00e9e. Elle dispose encore d\u2019une vision strat\u00e9gique. Elle est pr\u00e9sente sur tous les oc\u00e9ans. Elle est enfin le seul pays de l\u2019Union \u00e0 disposer \u00e0 la fois de l\u2019arme nucl\u00e9aire et d\u2019un si\u00e8ge au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations-Unies. Avec ses r\u00e9sidus de souverainet\u00e9 et sa grande volont\u00e9, la France doit \u00eatre la locomotive d\u2019une ind\u00e9pendance europ\u00e9enne. Elle doit entra\u00eener avec elle, des alli\u00e9s pour b\u00e2tir, en Europe, notre propre s\u00e9curit\u00e9, notre propre dissuasion.<\/p>\n\n\n\n

Les peuples ne vibrent pas qu\u2019au son des millions. Il faut leur parler, leur parler de notre avenir, leur parler de nos histoires.<\/p>Fran\u00e7ois Ruffin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Mais desserrer l\u2019\u00e9tau<\/a>, s\u2019\u00e9loigner des \u00c9tats-Unis, se prot\u00e9ger de la Russie et de la Chine, ce n\u2019est pas s\u2019isoler dans un continent-citadelle. Cela implique au contraire de se rapprocher d\u2019autres pays au sein du vaste monde. Il nous faut nous rapprocher de toutes les nations qui respectent le multilat\u00e9ralisme, ses institutions, l\u2019ONU, la Cour Internationale de Justice… Voil\u00e0 sans doute la nouvelle division du monde : moins entre d\u00e9mocraties et dictatures, qu\u2019entre les \u00c9tats qui respectent le droit international et le soutiennent et ceux qui le foulent aux pieds.<\/p>\n\n\n\n

Coinc\u00e9 entre deux blocs, sous la menace d\u2019un hiver nucl\u00e9aire, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle avait su faire r\u00e9sonner la voix de la France. Face \u00e0 un Reagan va-t-en-guerre, Fran\u00e7ois Mitterrand avait, contre l\u2019avis de tous ses partenaires europ\u00e9ens, refus\u00e9 la Guerre des \u00e9toiles. Dans un monde devenu unipolaire, Jacques Chirac avait dit \u00ab non \u00bb \u00e0 la guerre en Irak. Ils l\u2019avaient fait dans des conditions tr\u00e8s difficiles. De nos jours la t\u00e2che est en r\u00e9alit\u00e9 plus ais\u00e9e. Le Sud dit \u00ab global \u00bb \u2014 l\u2019Afrique du Sud, le Br\u00e9sil, l\u2019Indon\u00e9sie, l\u2019Arabie saoudite, l\u2019Inde\u2026 \u2014 a fait plus qu\u2019\u00e9merger. Il ne baisse plus les yeux devant le Nord et joue \u00e0 \u00e9galit\u00e9 sur la sc\u00e8ne mondiale. Nous avons ainsi une multitude de partenaires possibles, pour des \u00e9changes et pas uniquement pour le libre-\u00e9change.<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est un r\u00f4le qu\u2019a longtemps jou\u00e9 la France : \u00eatre un pont, une passerelle, avec les pays du Sud. Mais elle a choisi de s\u2019aligner sur \u00ab l\u2019Occident \u00bb, sans doute au pire moment : celui de son d\u00e9clin. Et tant mieux si le Nord ne domine plus le monde, s\u2019il n\u2019impose plus son h\u00e9g\u00e9monie. Nous ne regrettons absolument rien de ce temps r\u00e9volu. C\u2019est un r\u00f4le que joue d\u00e9sormais davantage l\u2019Espagne. Notre voisin du Sud des Pyr\u00e9n\u00e9es rappelle avec constance et coh\u00e9rence les principes du droit international et il a fait un franc mea culpa sur son pass\u00e9 colonial. <\/p>\n\n\n\n

Comment se faire entendre de nouveau ? Les relations internationales ne se r\u00e9sument pas qu\u2019au commerce. Les peuples ne vibrent pas qu\u2019au son des millions. Il faut leur parler, leur parler de notre avenir, leur parler de nos histoires.<\/p>\n\n\n\n

\u00ab Les profits obsc\u00e8nes tir\u00e9s de l\u2019esclavage et les id\u00e9ologies racistes qui sous-tendaient la traite sont toujours parmi nous.<\/em> \u00bb disait le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral des Nations unies, Antonio Guterres, l\u2019an dernier <\/span>20<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Et Pierre-Yves Bocquet, de la Fondation pour la m\u00e9moire de l\u2019esclavage, de plaider : \u00ab Il est temps que la France dise enfin la nature criminelle de la colonisation, qu\u2019elle assume enfin sa responsabilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ses victimes et qu\u2019elle cherche enfin officiellement \u00e0 en r\u00e9parer les s\u00e9quelles<\/em>. \u00bb <\/span>21<\/sup><\/a><\/span><\/span> Se confronter \u00e0 notre pass\u00e9 colonial est en effet un pr\u00e9alable pour se rapprocher des pays du Sud. Pour que ce pass\u00e9 appartienne bien au pass\u00e9, et que le soup\u00e7on ne s\u2019immisce pas qu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent nous demeurerions en r\u00e9alit\u00e9 une puissance n\u00e9ocoloniale. C\u2019est indispensable pour pouvoir d\u00e9sormais leur parler d\u2019\u00e9gal \u00e0 \u00e9gal et ne plus laisser le champ libre aux nouveaux imp\u00e9rialistes, russes, chinois, am\u00e9ricains.<\/p>\n\n\n\n

Et il nous faut surtout, au pr\u00e9sent, cesser le double standard. Sur l\u2019Ukraine, nous avons aussit\u00f4t condamn\u00e9 Vladimir Poutine et impos\u00e9 des sanctions (nous en sommes au dix-neuvi\u00e8me train de sanctions\u2026). Nous avons mis Moscou au ban des nations et livr\u00e9 des armes \u00e0 Kiev. Mais sur les massacres \u00e0 Gaza et sur les violations du droit international en Cisjordanie ? Rien, rien n\u2019est venu de l\u2019Union en dehors de quelques communiqu\u00e9s indigents. Aucune sanction, pas de suspension de l\u2019accord d\u2019association entre l\u2019Union et Isra\u00ebl, aucun boycott, m\u00eame symbolique, des comp\u00e9titions sportives ou de l\u2019Eurovision comme on le fit pour l\u2019Afrique du Sud du temps de l\u2019apartheid. Et c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais, ce fut en zigzag, avec timidit\u00e9 : Emmanuel Macron assura d\u2019abord le gouvernement isra\u00e9lien de son \u00ab soutien sans faille \u00bb<\/em> <\/span>22<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En Jordanie et en \u00c9gypte, le portrait d\u2019Emmanuel Macron \u00e9tait br\u00fbl\u00e9 et son nom hu\u00e9. Il ne restait plus grand-chose de \u00ab la politique arabe \u00bb de la France. Apr\u00e8s cela, le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique a certes fini par appeler Isra\u00ebl \u00e0 cesser les bombardements en durcissant le ton : \u00ab Des b\u00e9b\u00e9s, des femmes, des personnes \u00e2g\u00e9es sont bombard\u00e9s et tu\u00e9s.<\/em> \u00bb <\/span>23<\/sup><\/a><\/span><\/span> Avant de r\u00e9trop\u00e9daler pr\u00e9tendant qu\u2019on l\u2019avait mal compris\u2026 \u00ab J’ai du respect pour Benjamin Netanyahou<\/em> \u00bb <\/span>24<\/sup><\/a><\/span><\/span>, l\u00e2chait-il, \u00e0 propos d’un chef d’\u00c9tat poursuivi par la justice internationale pour crimes de guerre alors que les rapporteurs de l\u2019ONU pointaient d\u00e9j\u00e0 un g\u00e9nocide. L\u2019avion du Premier ministre isra\u00e9lien put survoler notre territoire sans \u00eatre arraisonn\u00e9 <\/span>25<\/sup><\/a><\/span><\/span>. \u00c0 l’automne dernier, la France a bien, enfin, reconnu la Palestine comme \u00c9tat, mais apr\u00e8s tant de contorsions que ce fut sans aucun \u00e9lan. Et cela n\u2019a \u00e9t\u00e9 suivi derri\u00e8re d\u2019aucune action ni sanctions face aux exactions commises par le gouvernement de Benyamin Netanyahou.<\/p>\n\n\n\n

En moins tragique, on a pu observer le m\u00eame genre de tergiversations \u00e0 propos de l\u2019enl\u00e8vement du pr\u00e9sident Nicolas Maduro.<\/p>\n\n\n\n

Dans le message de Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie de l’Union, \u00e0 ce sujet pas une seule fois \u00ab Donald Trump \u00bb n’est cit\u00e9 <\/span>26<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le droit international est viol\u00e9, mais il n\u2019est viol\u00e9 par personne. Ursula von der Leyen, elle, ne mentionne m\u00eame pas les \u00c9tats-Unis dans sa d\u00e9claration <\/span>27<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Quant \u00e0 Emmanuel Macron, il fait encore mieux, ou pire : il n\u2019\u00e9voque ni Donald Trump, ni les \u00c9tats-Unis, ni le droit international <\/span>28<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il se r\u00e9jouit juste que le pays soit d\u00e9barrass\u00e9 d\u2019un dictateur… Mais la semaine suivante, les m\u00eames brandissaient le droit international pour d\u00e9fendre le Groenland.\u00a0<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n
Henri Rousseau,\u00ab  Un centenaire d’ind\u00e9pendance  \u00bb, huile sur toile, 1892.<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Avec ce deux poids, deux mesures, comment pr\u00e9tendre, ensuite, d\u00e9fendre le droit international, nos \u00ab valeurs \u00bb, la \u00ab d\u00e9mocratie \u00bb, les \u00ab droits de l\u2019homme \u00bb ? Voil\u00e0 qui, dans les pays du Sud, pr\u00eate \u00e0 la moquerie, ou \u00e0 la col\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n

Enfin, en vingt ans, nous avons divis\u00e9 par deux notre budget pour les \u00e9changes scientifiques et artistiques. C\u2019est tout l\u2019inverse qu\u2019il nous faut faire : ranimer cette coop\u00e9ration, que les Alliances fran\u00e7aises, les Instituts fran\u00e7ais, les conseillers culturels, ne se d\u00e9brouillent plus avec des bouts de ficelle. Que fleurissent les partenariats, entre ing\u00e9nieurs, chercheurs, cin\u00e9astes, chanteurs. Que nous apportions un soutien, l\u00e0 o\u00f9 il en est besoin en mati\u00e8re m\u00e9dicale, pharmaceutique, contre la malaria, le chol\u00e9ra, les \u00e9pid\u00e9mies. Que nous compensions, en partie au moins, les coupes effectu\u00e9es par Donald Trump dans les budgets d\u2019aide au d\u00e9veloppement am\u00e9ricains. Erasmus a sans doute \u00e9t\u00e9 la meilleure trouvaille de l\u2019UE, la plus humaniste. Ce programme doit \u00eatre dop\u00e9 sur notre continent, ouvert aux non-\u00e9tudiants, aux apprentis, aux h\u00e9sitants, \u00e0 une jeunesse en qu\u00eate de sens. Mais surtout, il nous faut l\u2019\u00e9largir au Br\u00e9sil, \u00e0 l\u2019Inde, au Nig\u00e9ria, etc. Il faut permettre \u00e0 nos jeunes d\u2019apprendre \u00e0 l\u2019autre bout du monde, et d\u2019apprendre de<\/em> l\u2019autre bout du monde. Nous devons encourager ces voyages qui forment notre jeunesse, par des engagements au loin, dans les associations, dans les agences des Nations-Unies.<\/p>\n\n\n\n

Ce monde a besoin d\u2019une France qui d\u00e9range, pas d\u2019une France qui se range.\u00a0<\/p>Fran\u00e7ois Ruffin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Et bien s\u00fbr les binationaux, les diasporas africaine, marocaine, alg\u00e9rienne, vietnamienne, chinoise, ne doivent plus \u00eatre trait\u00e9s avec soup\u00e7on mais au contraire vues comme une chance : c\u2019est notre lien le plus fort, le plus puissant, avec le grand et vaste monde. Nous devrions le cultiver, le renforcer, plut\u00f4t que de le d\u00e9noncer.<\/p>\n\n\n\n

Voil\u00e0 l\u2019internationalisme dont nous avons besoin. Un internationalisme qui n\u2019est pas la n\u00e9gation des nations, mais le lien entre les nations. Un internationalisme qui, comme le d\u00e9crivait Jean Jaur\u00e8s, pr\u00e9suppose \u00ab l\u2019existence de nations fortement constitu\u00e9es \u00bb et invite entre elles \u00e0 la \u00ab coop\u00e9ration \u00bb. C\u2019est avec ces peuples que nous devons desserrer l\u2019\u00e9tau des empires. Ces peuples ont pay\u00e9 cher leur ind\u00e9pendance, par des guerres, par des vies, et y tiennent donc \u00e0 tout prix. Toutes ces nations refusent, comme nous, d\u2019\u00eatre prises entre le marteau am\u00e9ricain et l\u2019enclume chinoise.<\/p>\n\n\n\n

Au sujet de la Chine, il faut s\u2019en prot\u00e9ger, commercialement, prot\u00e9ger notre industrie, nous l\u2019avons dit. Il faut mettre \u00e0 nu ses man\u0153uvres de d\u00e9stabilisation, sans na\u00efvet\u00e9, sur Tahiti, sur la Nouvelle-Cal\u00e9donie et d\u00e9noncer l\u2019espionnage qu\u2019elle m\u00e8ne \u00e0 grande \u00e9chelle. Nous devons combattre les algorithmes de TikTok, qui nourrissent les divisions et la discorde. Il nous faut dire notre solidarit\u00e9 avec un Ta\u00efwan d\u00e9mocratique et ne pas nous taire sur les Ou\u00efghours, les Tib\u00e9tains, Hong Kong, et sur tous les opposants victimes de la r\u00e9pression. Sous la pr\u00e9sidence de Xi Jinping, la main de fer de la dictature du PCC ne se desserre pas, loin de l\u00e0. Mais les Chinois, et m\u00eame leurs dirigeants, ne sont pour nous ni des ennemis, ni m\u00eame des adversaires. Avec eux, il nous faut \u00e9tablir une nouvelle relation.<\/p>\n\n\n\n

Notre ambassadeur dans l\u2019Indo-Pacifique<\/a> r\u00e9sume ainsi la \u00ab posture \u00bb de la France : \u00ab Pas de confrontation avec la Chine, pas d\u2019\u00e9quidistance entre les \u00c9tats-Unis (nos alli\u00e9s) et la Chine, et pas d\u2019alignement strat\u00e9gique sur Washington (selon la fameuse formule \u00ab alli\u00e9s mais pas align\u00e9s \u00bb) \u00bb. Nos arm\u00e9es de mer et de l\u2019air m\u00e8nent cependant, porte-avions Cl\u00e9menceau en t\u00eate, des exercices dans le Pacifique, aux c\u00f4t\u00e9s des \u00c9tats-Unis et du Japon, \u00ab afin d\u2019accro\u00eetre l\u2019interop\u00e9rabilit\u00e9 avec la 7e flotte des \u00c9tats-Unis \u00bb. Cette position doit \u00e9voluer vers un autre \u00e9quilibre. Au sujet de l\u2019ordre international, la Chine pr\u00e9sente jusqu\u2019ici l\u2019avantage d\u2019\u00eatre plus stable, plus pr\u00e9visible\u2026 et \u2014 surtout pour nous \u2014 plus lointaine que les \u00c9tats-Unis. Le conflit entre elle et eux, n\u2019est pas le n\u00f4tre, \u00e0 nous Fran\u00e7ais et Europ\u00e9ens. Ce n\u2019est pas notre affaire, nous ne prendrons pas parti entre ces deux imp\u00e9rialismes. Nous ne renoncerons sous la pression \u00e0 aucun partenariat avec la Chine : ni sur les technologies num\u00e9riques, ni sur la transition \u00e9cologique. Il ne s\u2019agit pas de substituer une tutelle \u00e0 une autre, mais bien de se frayer entre eux un chemin de libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

*<\/p>\n\n\n\n

Donald Trump est une chance pour l\u2019Europe : il nous offre une occasion de reprendre notre destin en main. Le chemin de la libert\u00e9 s\u2019ouvre \u00e0 nous. Il est cependant, c\u2019est \u00e9vident, jalonn\u00e9 d\u2019immenses dangers. La servitude volontaire, choisie par nos dirigeants, est plus rassurante et plus confortable.<\/p>\n\n\n\n

Mais l\u2019heure est moins que jamais \u00e0 la r\u00e9signation. Le champ des possibles se rouvre. L\u2019h\u00e9g\u00e9monie des \u00c9tats-Unis s\u2019effrite. Ils nous m\u00e9prisent, nous maltraitent et leur dirigeant foule aux pieds nos \u00ab valeurs \u00bb. Qu\u2019on s\u2019\u00e9loigne donc nous aussi, sans forc\u00e9ment casser la vaisselle ou claquer la porte. Nous nous rendrons compte alors combien l\u2019air est frais dehors, combien il y a mati\u00e8re \u00e0 inventer dans ce vaste monde et combien de nombreux partenaires sont pr\u00eats \u00e0 le faire avec nous\u2026<\/p>\n\n\n\n

Ce monde a besoin d\u2019une France qui d\u00e9range, pas d\u2019une France qui se range. <\/p>\n\n\n\n

Et surtout, les Fran\u00e7ais en ont besoin. Nous sommes des millions \u00e0 avoir \u00ab mal \u00e0 notre France. \u00bb Il y a, chez nous, une profonde aspiration \u00e0 \u00eatre fier<\/a> et \u00e0 cesser de courber l\u2019\u00e9chine. Il est temps qu\u2019on retrouve notre France, \u00ab cet air de libert\u00e9 au-del\u00e0 des fronti\u00e8res \u00bb<\/em>\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

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