{"id":316853,"date":"2026-02-12T17:00:00","date_gmt":"2026-02-12T16:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=316853"},"modified":"2026-02-12T16:40:16","modified_gmt":"2026-02-12T15:40:16","slug":"epstein-files-backrooms-mondialisation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/02\/12\/epstein-files-backrooms-mondialisation\/","title":{"rendered":"Epstein Files : dans les backrooms de la mondialisation"},"content":{"rendered":"\n
Vous nous lisez et vous souhaitez soutenir une r\u00e9daction ind\u00e9pendante ? D\u00e9couvrez toutes nos offres pour s’abonner au Grand Continent<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n Le concept de backrooms<\/em> (au pluriel) <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span> a \u00e9merg\u00e9 en mai 2019 sur un fil anonyme de 4chan <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le clich\u00e9 \u00e9tait accompagn\u00e9 d\u2019une phrase quelque peu sibylline : \u00ab If you\u2019re not careful and you noclip out of reality in the wrong areas, you\u2019ll end up in the Backrooms\u2026<\/em> \u00bb<\/p>\n\n\n\n Cette photographie \u2014 moquette beige, murs jaunis (impressions nicotine ou moisissure), n\u00e9ons blafards et perspective aboutissant en impasse \u2014 incarnait l\u2019esth\u00e9tique cursed<\/em> <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span> tout en popularisant le concept des espaces liminaux.\u00a0<\/p>\n\n\n\n\n L\u2019image d\u00e9voile un lieu vid\u00e9 de sa fonction. Cette brutale d\u00e9sarticulation \u2014 entre l\u2019image d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et sa raison d\u2019\u00eatre de l\u2019autre \u2014 provoque un fort sentiment d\u2019\u00ab inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 \u00bb.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Depuis, les backrooms<\/em> se sont organis\u00e9es autour d\u2019un vocabulaire visuel d\u00e9sormais d\u00e9fini : lumi\u00e8re fluorescente sans ombre port\u00e9e, r\u00e9p\u00e9tition claustrophobique des motifs, architecture clon\u00e9e, portes qui n\u2019ouvrent sur rien, fen\u00eatres condamn\u00e9es. Tout vise \u00e0 la d\u00e9sorientation et \u00e0 la confuse impression d\u2019une temporalit\u00e9 suspendue.\u00a0Les backrooms<\/em> sont par excellence les lieux de la liminalit\u00e9. L\u2019endroit montr\u00e9 n’appara\u00eet ni vivant, ni mort, il semble coinc\u00e9 quelque part entre l\u2019espace public et la sph\u00e8re priv\u00e9e.\u00a0 Pour le dire simplement, c\u2019est un seuil devenu prison, une exag\u00e9ration fantastique de ce que Marc Aug\u00e9 appelle des \u00ab non-lieux \u00bb. Ces espaces de circulation standardis\u00e9s sont pens\u00e9s pour la circulation des anonymes. En d\u00e9voilant l\u2019envers du d\u00e9cor, les backrooms <\/em>exposent la logique inh\u00e9rente \u00e0 ces lieux finalement compris comme autant de non-lieux. L\u2019implicite construction de nos espaces modernes appara\u00eet \u00e0 nu : nous vivons au sein d\u2019immenses espaces de d\u00e9personnalisation.<\/p>\n\n\n\n\n Depuis les publications des dossiers Epstein, le citoyen lambda peut d\u00e9sormais acc\u00e9der aux corpus photographiques des perquisitions judiciaires et ceux-ci nous confrontent \u00e9trangement \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 quasi identique.<\/p>\n\n\n\n Dans les int\u00e9rieurs photographi\u00e9s des demeures du criminel, les backdoors<\/em> liminales joue le r\u00f4le de ce qu\u2019Erwin Panofsky appelait une forme symbolique : elles charrient une vision du monde qu’elles nous renvoient.<\/p>\n\n\n\n Les perquisitions men\u00e9es dans les diff\u00e9rentes propri\u00e9t\u00e9s de Jeffrey Epstein (New York, Palm Beach, Little St. James\u2026) ont \u00e9t\u00e9 document\u00e9es par plusieurs s\u00e9ries photographiques prises par les \u00e9quipes techniques de la police ou du FBI. Si cette recension m\u00e9ticuleuse visait seulement \u00e0 conserver et \u00e0 figer d\u2019\u00e9ventuelles preuves et pourtant, en faisant d\u00e9filer les clich\u00e9s, on a l\u2019impression de basculer dans un univers d\u00e9connect\u00e9 du n\u00f4tre. Progressivement, un d\u00e9cor de backroom semble se mettre en place : on y retrouve les pastels salis, la lumi\u00e8re clinique des n\u00e9ons, les moquettes \u00e9paisses, les nombreux d\u00e9dales et enchev\u00eatrements sans cesse r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de couloirs\u2026 On d\u00e9couvre des lieux pens\u00e9s pour impressionner ainsi qu\u2019une tentative maladroite de cr\u00e9er des espaces de sociabilisation qui, une fois d\u00e9sert\u00e9s, r\u00e9v\u00e8lent leur d\u00e9rangeante v\u00e9rit\u00e9 : ils ne sont rien d\u2019autres que des machines \u00e0 faire circuler les corps sans laisser de trace. Ces demeures ne constituent pas de v\u00e9ritables maisons, ce sont des seuils permanents. Antichambres se multipliant \u00e0 l\u2019infini, couloirs de service, salons de fa\u00e7ade, salles de bains st\u00e9riles, chambres qui n\u2019en sont jamais vraiment… L\u2019architecture des lieux d\u00e9file les espaces con\u00e7us pour que personne ne s\u2019y attarde.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Les photographies judiciaires de l\u2019affaire Epstein incarnent malgr\u00e9 elles la liminalit\u00e9 brutale de notre \u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n Les clich\u00e9s ne montrent pas seulement des int\u00e9rieurs vides : ils d\u00e9voilent l\u2019architecture alambiqu\u00e9e du secret.<\/p>\n\n\n\n Leur puissance \u00e9vocatrice r\u00e9side notamment dans leur proximit\u00e9 plastique avec les backrooms<\/em>. Ces clich\u00e9s nous font ressentir ce que l\u2019on \u00e9prouve \u00e0 \u00eatre pi\u00e9g\u00e9 dans un entre-deux. Le concept de liminalit\u00e9 n\u2019est pas seulement esth\u00e9tique, il est aussi \u2014 et surtout \u2014 un conditionnement politique.<\/p>\n\n\n\n Car ces backrooms<\/em> nous parlent d\u2019une angoisse contemporaine : celle de l\u2019oppression sans despote visible. <\/p>\n\n\n\n Le pouvoir qui soumet l\u2019individu est d\u00e9sormais environnemental et l\u2019horreur vient de l\u2019id\u00e9e qu\u2019on peut progressivement dispara\u00eetre au sein m\u00eame de notre quotidien. Les backrooms sont souvent les arri\u00e8re-cuisines de nos bureaux. Comme si le capitalisme ne promettait plus rien sinon la seule garantie de sa propre reproduction, ne visant plus des fins mais des \u00ab moyens sans fin \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Le philosophe Nathaniel Metz parle \u00e0 ce propos de noumenal capitalism<\/em> : une doctrine autonome, quasi m\u00e9taphysique, qui n\u2019a plus besoin de justification id\u00e9ologique pour s\u2019exercer. Les backrooms<\/em> seraient donc la traduction spatiale d\u2019un monde qui a appris \u00e0 fonctionner sans nous \u2014 voire malgr\u00e9 nous. Celles-ci n\u2019annoncent en rien l\u2019effondrement \u00e0 venir. Elles formulent la promesse que rien ne s\u2019effondrera jamais vraiment. Le syst\u00e8me continuera et, telle une m\u00e9tastase, se dupliquera sans fin. Salles de bain et sanitaires<\/p> Le plafond, les murs et le sol de cette salle de bains aussi fonctionnelle qu\u2019impersonnelle sont enti\u00e8rement rev\u00eatus d\u2019un carrelage blanc. D\u00e9centr\u00e9 vers la droite, le regard per\u00e7oit un pommeau de douche tandis que, plus loin \u00e0 gauche, un rebord abrite quelques bouteilles de shampoing et de gel douche. L\u2019on devine \u00e0 gauche un miroir sans cadre \u2014 \u00e0 moins qu\u2019il ne s\u2019agisse d\u2019une surface vitr\u00e9e. Aucune serviette ou objet personnel ne sont visibles hormis ces produits d\u2019hygi\u00e8ne align\u00e9s comme sur une \u00e9tag\u00e8re de magasin. L\u2019espace est net, presque st\u00e9rile, mais cette propret\u00e9 a quelque chose de quasi oppressant tant elle \u00e9voque le chlore et le nettoyage \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition. L\u2019\u00e9clairage frontal du flash forme une petite aur\u00e9ole blanche sur le mur bleu p\u00e2le, renfor\u00e7ant le sentiment d\u2019avoir sous les yeux le mugshot d\u2019un lieu. Au centre de la pi\u00e8ce tr\u00f4ne un fauteuil de dentiste jaun\u00e2tre, tirant sur l\u2019orange avec son repose-t\u00eate inclinable et son \u00e9clairage chirurgical. Une dizaine de masques \u2014 du m\u00eame ton que le fauteuil \u2014 repr\u00e9sentent des visages masculins aux traits fig\u00e9s et aux yeux grands ouverts. Du mat\u00e9riel (m\u00e9dical ?) emball\u00e9 et divers objets encombrent les coins, donnant \u00e0 l\u2019ensemble l\u2019allure d\u2019une installation provisoire. Que vient faire ce cabinet m\u00e9dical au sein d\u2019une demeure priv\u00e9e ? Les espaces de service<\/p> Damier noir et blanc, le sol poss\u00e8de une ligne de fuite anormale sur sa droite. Le motif s\u2019emballe et s\u2019enfuit en direction d\u2019un mur comme si la pi\u00e8ce avait soudain \u00ab pench\u00e9 \u00bb hors de la topologie euclidienne. Le plafond, constitu\u00e9 de dalles acoustiques ponctu\u00e9es de n\u00e9ons, fait songer \u00e0 des bureaux open space. Tout au bout d\u2019un long couloir carrel\u00e9, la perspective finit par aboutir sur le sombre hublot d\u2019une machine \u00e0 laver parfaitement centr\u00e9e dans la composition. Ce rond qui nous observe fait penser \u00e0 l\u2019objectif d\u2019une gigantesque cam\u00e9ra de vid\u00e9osurveillance. L\u00e9g\u00e8rement r\u00e9fl\u00e9chissant, il rappelle l\u2019\u0153il impassible de HAL 9000 dans 2001 : L\u2019Odyss\u00e9e de l\u2019espace. Cette pr\u00e9sence m\u00e9canique observe sans intervenir et enregistre, sans se lasser, le vide qu\u2019elle habite.<\/p>\n<\/div> <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n\n Les couloirs d’Epstein<\/p> Un couloir interminable. Sur le mur de gauche, une fresque domine l\u2019espace, une file de silhouettes sombres sur fond clair \u2014 des chaises, visiblement. En face, une toile blanche. La ligne de fuite, implacable, est renforc\u00e9e par les panneaux en contreplaqu\u00e9 et la disposition des n\u00e9ons qui force le regard \u00e0 se plonger vers un horizon reculant sans cesse. La lumi\u00e8re plate et sans ombres tombe d\u2019un seul tenant. Les salons<\/p> Le mur blanc textur\u00e9 de croix de saint Andr\u00e9 et la moquette jaune moutarde typique des ann\u00e9es 1970-80 contribuent \u00e0 l\u2019atmosph\u00e8re oppressante, d\u2019autant que les fen\u00eatres \u2014 doubles, elles aussi \u2014 s\u2019ouvrent et se ferment sur des barreaux. Les propri\u00e9t\u00e9s de Jeffrey Epstein sont souvent con\u00e7ues pour d\u00e9sorienter l\u2019invit\u00e9, les pi\u00e8ces n\u2019y ont pas toujours de fonction claire \u2014 ou, au contraire, la fonction est si ostentatoire qu\u2019elle en devient suspecte. Ici, un parasol de jardin d\u00e9ploy\u00e9 au-dessus d\u2019une table ronde domine la sc\u00e8ne. Avec son m\u00e2t central et ses baleines m\u00e9talliques, il envahit l\u2019espace de mani\u00e8re incongrue. On peine \u00e0 expliquer en quoi un objet associ\u00e9 aux terrasses, aux piscines ou \u00e0 la plage aurait sa place au sein d\u2019un int\u00e9rieur clos. L\u2019image est surcharg\u00e9e. Le regard ne sait plus o\u00f9 se poser. Les parois tapiss\u00e9es de panneaux rouges encadr\u00e9s de baguettes dor\u00e9es \u00e9laborent la m\u00e9lodie d\u2019une g\u00e9om\u00e9trie oppressante. Le plafond bas, incurv\u00e9, est perc\u00e9 de spots encastr\u00e9s. Le sol en damier noir et marron fait vaguement songer aux ann\u00e9es 1970 et aux films d\u2019espionnage. Tout est rouge : la table, le fauteuil, la banquette. \u00c0 gauche, un sac de voyage noir est abandonn\u00e9 au sol tandis qu\u2019on devine un oreiller laiss\u00e9 \u00e0 m\u00eame le sol. Ce que l\u2019on pourrait prendre pour un miroir est une porte donnant sur un couloir. Les objets laiss\u00e9s en d\u00e9sordre rappellent que le clich\u00e9 est bien celui d\u2019une perquisition. Les chambres<\/p> Dans cette chambre, le rose bonbon des murs \u00e9voque un kitsch assum\u00e9 alors que l\u2019\u00e9paisse moquette renforce la sensation de huis clos \u00e9touffant. Au centre de la pi\u00e8ce se trouve un lit king size encadr\u00e9 de deux tables de chevet avec lampes \u00e0 abat-jour frang\u00e9s de vert et de noir dans ce qui apparait \u00eatre comme le revival d\u2019un motel. Cette chambre aux murs peints d\u2019un bleu marine profond, presque royal, contraste avec le plafond bas et les lourdes tentures \u00e0 motifs floraux. Deux lampes de chevet \u00e0 abat-jour beige \u00e9clairent faiblement la chambre tandis que le sol est tapiss\u00e9 d\u2019une moquette \u00e0 carreaux tartan typique des int\u00e9rieurs d\u2019h\u00f4tels de cha\u00eene haut de gamme des ann\u00e9es 1990. Deux chaises, align\u00e9es c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, regardent le lit. Qui est invit\u00e9 \u00e0 s\u2019asseoir l\u00e0 pour regarder la personne qui dort, va dormir ou a dormi ? \u00c0 gauche, un miroir renvoie partiellement au lit son image, \u00e0 droite, un \u00e9cran de t\u00e9l\u00e9vision \u00e9teint, noir et mat, \u00e9voque l\u2019\u0153il crev\u00e9 d\u2019un cyclope \u2014 regard aveugle fixant pourtant la chambre.
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Le reportage visuel qui suit s\u2019articule autour des photos de perquisitions de ses propri\u00e9t\u00e9s de Manhattan (New York, raid du FBI en 2019) et surtout Little St. James (la fameuse \u00eele priv\u00e9e aux \u00celes Vierges, fouill\u00e9e en 2020). Tous ces clich\u00e9s sont facilement accessibles sur le site du Department of Justice<\/a>, il suffit de glisser le num\u00e9ro de la photographie directement dans la barre de recherche<\/p>\n\n\n\n\n
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\nOmnipr\u00e9sentes dans les demeures de Jeffrey Epstein, ces salles de bains souvent identiques dans leur blancheur clinique forment comme un sas critique. Con\u00e7ues pour accueillir le corps nu, elles ont la froideur m\u00e9ticuleuse des douches de prison. Le carrelage blanc n\u2019est en rien innocent et renvoie aux salles d\u2019examen, aux blocs op\u00e9ratoires, aux corps entass\u00e9s dans les morgues. Autant de lieux o\u00f9 l\u2019individu est expos\u00e9, manipul\u00e9, parfois effac\u00e9.\u00a0
\nOn pressent l\u2019endroit pens\u00e9 pour la surveillance et le contr\u00f4le. La salle de bain n\u2019est rien de plus qu\u2019un cube blanc o\u00f9 le corps passe, est vu \u2014 puis dispara\u00eet.<\/p>\n<\/div> <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n\n
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\n\u00c0 droite de l\u2019image, un petit tabouret sur lequel repose un t\u00e9l\u00e9phone fixe qui fait basculer le clich\u00e9 dans l\u2019absurde : que vient faire, bien pos\u00e9 en \u00e9vidence ; un t\u00e9l\u00e9phone au sein d\u2019un tel lieu ? Les toilettes, par nature d\u00e9di\u00e9es \u00e0 l\u2019intimit\u00e9 absolue, se muent en espace de communication. L\u2019objet le plus commun devient suspect d\u00e8s lors qu\u2019il est d\u00e9plac\u00e9 dans un endroit incongru. On appelle eerie, ce sentiment de malaise face \u00e0 quelque chose d\u2019apparemment normal aux premiers abords mais qui, nous fait basculer dans une r\u00e9alit\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement \u00ab d\u00e9cal\u00e9e \u00bb. Notre esprit ne sait comment analyser l\u2019alliance improbable de ces deux objets \u2014 d\u2019autant que cette association revient \u00e0 plusieurs reprises dans d\u2019autres toilettes d\u2019Epstein \u2014 si ce n\u2019est la certitude qu\u2019il ne saurait y avoir de refuge. L\u2019enti\u00e8ret\u00e9 de la maison est c\u00e2bl\u00e9e.<\/p>\n<\/div> <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n\n
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\nLe fauteuil \u00e9voque soudain la contrainte, l\u2019examen forc\u00e9 tandis que les masques, en silence, surveillent la pi\u00e8ce. Le motif est trop insistant, trop r\u00e9p\u00e9titif pour ne pas avoir de sens. La pi\u00e8ce est un hybride qui refuse de se d\u00e9finir.<\/p>\n<\/div> <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n\n
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\nAu centre de l\u2019image, deux r\u00e9frig\u00e9rateurs blancs forment un monolithe \u00e9trange, presque sculptural. Ils occupent l\u2019espace tout en bloquant la circulation. Au lieu d\u2019\u00eatre au service de cette pi\u00e8ce qui sert visiblement de cuisine, ils la parasitent et la condamnent.
\nQue signifie cette mise en sc\u00e8ne ? Le damier porte en lui la tranquille horreur lynchienne. Les salles d\u2019eau carrel\u00e9es, les couloirs techniques, les pi\u00e8ces de service sont autant d\u2019espaces secondaires o\u00f9 le mal se per\u00e7oit de mani\u00e8re r\u00e9siduelle dans les coins incompr\u00e9hensibles de l\u2019image. Ici, les perspectives fauss\u00e9es propres \u00e0 Kubrick rencontrent la confuse certitude que \u00ab quelque chose a eu lieu \u00bb propre au cin\u00e9ma de David Lynch.<\/p>\n<\/div> <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n\n
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\nCette fresque rappelle les images \u00ab inspirantes \u00bb ou \u00ab r\u00e9confortantes \u00bb que l\u2019on accrochait jadis en forme de d\u00e9coration dans les h\u00f4tels et autres espaces de transit. Ici, aucun \u00e9cho ne r\u00e9sonne si ce n\u2019est l\u2019\u00e9ternel bourdonnement des n\u00e9ons : on emprunte le couloir pour aller quelque part \u2014 mais o\u00f9 l’on reste coinc\u00e9.<\/p>\n<\/div> <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n\n
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\nUn buffet surmont\u00e9 d\u2019objets anodins ainsi qu\u2019un ensemble de fauteuils verts s\u2019opposent au beige des autres assises. L\u2019ensemble para\u00eet fig\u00e9 dans l\u2019attente.
\nCe salon est le parfait sp\u00e9cimen cumulant tous les signes esth\u00e9tiques propres \u00e0 Jeffrey Epstein : m\u00e9lange de couleurs \u00e9clectique, d\u00e9pouillement spatial… Ces d\u00e9cors de fa\u00e7ade tentent en vain de normaliser l\u2019anormal mais une fois vid\u00e9s de toute pr\u00e9sence humaine, les lieux r\u00e9v\u00e8lent leur sordide v\u00e9rit\u00e9 : ils ne sont l\u00e0 que pour inviter les corps \u00e0 s\u2019y asseoir, \u00e0 y converser, \u00e0 s\u2019y d\u00e9tendre\u2026 avant qu\u2019on ne les dirige vers d\u2019autres espaces. Quelque part dans le processus, l\u2019invit\u00e9 a gliss\u00e9 du statut d\u2019h\u00f4te \u00e0 celui de proie.<\/p>\n<\/div> <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n\n
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\nLa lumi\u00e8re semble provenir d\u2019une source artificielle ce qui \u2014 avec l\u2019absence visible de fen\u00eatres \u2014 renforce l\u2019impression d\u2019un espace confin\u00e9 et artificiel.<\/p>\n<\/div> <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n\n
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\nSur le mode de la saturation chromatique, l\u2019intimit\u00e9 est explicitement mise en sc\u00e8ne. Les panneaux matelass\u00e9s \u00e9voquent \u00e0 la fois l\u2019insonorisation \u2014 pour que rien ne sorte \u2014 et la cellule capitonn\u00e9e \u2014 pour que rien ne s\u2019entende.<\/p>\n<\/div> <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n\n
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\nAu pied du lit, deux tabourets capitonn\u00e9s ajoutent encore \u00e0 l\u2019effet d\u2019un d\u00e9cor de s\u00e9rie B.
\nLes tentures ray\u00e9es dans un \u00e9tonnant arlequin de beige, de rose et de vert masquent la fen\u00eatre et ferment l\u2019espace. Loin d\u2019\u00eatre chaleureux, l\u2019ensemble semble contraint, en attente, s\u2019appr\u00eatant \u00e0 accueillir le prochain client ou la prochaine cible anonyme. Le rose vire \u00e0 l\u2019\u00e9c\u0153urement dou\u00e7\u00e2tre et la possibilit\u00e9 d\u2019une intimit\u00e9 se fige et s\u2019annihile dans une mise en sc\u00e8ne cheap<\/em>.<\/p>\n<\/div> <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n\n
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\nDeux fen\u00eatres identiques, parfaitement sym\u00e9triques, sont encadr\u00e9es des m\u00eames tentures cr\u00e8me \u2014 comme si l\u2019architecte avait copi\u00e9-coll\u00e9 une ouverture sans raison fonctionnelle apparente. Cette duplication parfaite, ce bug visuel, est comme un glitch dans la matrice : un endroit o\u00f9 la r\u00e9alit\u00e9 aurait \u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9r\u00e9e \u00e0 la va-vite et o\u00f9 les objets auraient dupliqu\u00e9s sans que personne ne s\u2019en aper\u00e7oive.<\/p>\n<\/div> <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n\n
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\nSur la commode basse, une petite peluche isol\u00e9e, unique pan d\u2019enfance jet\u00e9 l\u00e0 comme au hasard. Elle devient un punctum : dans une chambre ordinaire, un tel objet serait anodin. Ici, il verse dans le mena\u00e7ant. Dispos\u00e9e selon les r\u00e8gles d\u2019une logique qui nous \u00e9chappe, elle semble faire partie d\u2019une mise en sc\u00e8ne dont le spectateur n\u2019est pas cens\u00e9 comprendre les r\u00e8gles. Toutes les chambres des maisons d\u2019Epstein partagent la m\u00eame ambigu\u00eft\u00e9 fondamentale : confortables en surface, elles demeurent profond\u00e9ment inhospitali\u00e8res. Elles miment l\u2019intimit\u00e9 alors qu\u2019elles ne visent qu\u2019\u00e0 exposer cette derni\u00e8re.<\/p>\n<\/div> <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n\n