{"id":315437,"date":"2026-01-30T17:16:24","date_gmt":"2026-01-30T16:16:24","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=315437"},"modified":"2026-01-30T17:16:29","modified_gmt":"2026-01-30T16:16:29","slug":"une-revolte-contre-la-rente-etude-sur-la-paralysie-strategique-du-regime-iranien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/01\/30\/une-revolte-contre-la-rente-etude-sur-la-paralysie-strategique-du-regime-iranien\/","title":{"rendered":"Une r\u00e9volte contre la rente : \u00e9tude sur la paralysie strat\u00e9gique du r\u00e9gime iranien"},"content":{"rendered":"\n
Vous nous lisez et vous souhaitez soutenir une r\u00e9daction ind\u00e9pendante ? D\u00e9couvrez toutes nos offres pour vous abonner au Grand Continent<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n Alexis de Tocqueville \u00e9crivait que \u00ab les r\u00e9volutions qui ont pour objet la religion sont celles qui soul\u00e8vent les passions les plus profondes et les plus durables \u00bb <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>, car elles touchent \u00e0 l\u2019identit\u00e9 et \u00e0 la morale, rendant la violence plus intense et persistante.<\/p>\n\n\n\n Le parcours postr\u00e9volutionnaire de l\u2019Iran confirme pleinement cette analyse : d\u00e8s sa mise en place en 1980, la R\u00e9publique islamique s\u2019est appuy\u00e9e sur une violence politique syst\u00e9matique. La force et l\u2019unit\u00e9 du r\u00e9gime en place ne doivent cependant pas \u00eatre surestim\u00e9es. Si la R\u00e9volution islamique a consolid\u00e9 son pouvoir en confiant au clerg\u00e9 les postes clefs, la r\u00e9alit\u00e9 du pouvoir oppose plusieurs factions politiques, tirant chacune leur puissance d\u2019une \u00e9conomie de rente. <\/p>\n\n\n\n Face aux fragilit\u00e9s du r\u00e9gime, l\u2019opposition peine cependant \u00e0 exploiter ses failles<\/a>. \u00c9touff\u00e9e par le r\u00e9gime, d\u00e9sunie et divis\u00e9e, elle refuse aujourd\u2019hui de reconna\u00eetre les \u00e9checs de ses strat\u00e9gies pass\u00e9es \u2014 se condamnant ainsi \u00e0 les r\u00e9p\u00e9ter.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 l\u2019Iran se pr\u00e9pare \u00e0 une frappe des \u00c9tats-Unis<\/a> qui ont mass\u00e9 des moyens militaires consid\u00e9rables autour du golfe persique \u2014 et tandis que se poursuivent tant les manifestations que leur r\u00e9pression \u2014 l\u2019impasse structurelle du r\u00e9gime est compl\u00e8te. Fragilis\u00e9 par le client\u00e9lisme, le pouvoir qu\u2019il tire des rentes du p\u00e9trole est \u00e9galement ce qui le sape.<\/p>\n\n\n\n Mais pour comprendre ce qui mine aujourd\u2019hui ce pouvoir, il faut revenir sur la construction de la R\u00e9publique islamique.<\/p>\n\n\n\n Depuis la R\u00e9volution de 1979, le r\u00e9gime utilise la terreur comme instrument de gouvernance, tant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur qu\u2019\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du pays. Si la violence qu\u2019il exerce a rapidement d\u00e9pass\u00e9 les fronti\u00e8res iraniennes <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>, elle a pris, sur le territoire iranien, la forme d\u2019une purge radicale.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 l\u2019av\u00e8nement de la R\u00e9publique islamique, le r\u00e9gime a inaugur\u00e9 son pouvoir par l\u2019ex\u00e9cution de hauts responsables de l\u2019ancien \u00c9tat, dont l\u2019ancien Premier ministre Abbas Hoveyda, ainsi que de nombreux cadres sup\u00e9rieurs des forces de s\u00e9curit\u00e9 et de l\u2019appareil administratif du r\u00e9gime pr\u00e9c\u00e9dent. La r\u00e9pression s\u2019est ensuite \u00e9tendue \u00e0 la quasi-totalit\u00e9 des mouvements d\u2019opposition, quelle que soit leur orientation id\u00e9ologique.<\/p>\n\n\n\n Comme l\u2019avait formul\u00e9 Georges Danton, \u00ab la R\u00e9volution d\u00e9vore ses enfants \u00bb : au terme de ces \u00e9liminations, le processus r\u00e9volutionnaire s\u2019est ainsi progressivement retourn\u00e9 contre certains de ses propres acteurs. La mort de l\u2019ayatollah Mahmoud Taleghani, figure r\u00e9volutionnaire de premier plan, le 10 septembre 1979, a par exemple aliment\u00e9 de nombreuses interrogations, dans un contexte de concentration rapide du pouvoir autour du Guide r\u00e9volutionnaire Ruhollah Khomeiny. Sans qu\u2019aucune preuve formelle n\u2019ait jamais \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie, cette disparition a nourri des soup\u00e7ons persistants d\u2019\u00e9limination politique.<\/p>\n\n\n\n D\u2019autres d\u00e9c\u00e8s ult\u00e9rieurs, survenus dans des conditions tout aussi troublantes \u2014 notamment celui d\u2019Ahmad Khomeiny, h\u00e9ritier politique, le 14 mars 1995, ou encore celui du tr\u00e8s influent Hojjat-ol-Eslam Akbar Hashemi Rafsanjani, ancien pr\u00e9sident, le 8 janvier 2017 \u2014 ont renforc\u00e9 une certaine image du syst\u00e8me politique iranien : celui d\u2019un r\u00e9gime o\u00f9 les luttes de pouvoir internes pouvaient se r\u00e9gler de mani\u00e8re opaque.<\/p>\n\n\n\n Sur le plan politique, le r\u00e9gime iranien a consolid\u00e9 son autorit\u00e9 par une manipulation syst\u00e9matique des \u00e9lections \u2014 et ce d\u00e8s l\u2019instauration de la R\u00e9publique islamique.<\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s le renversement de la dynastie Pahlavi en 1979, un scrutin a scell\u00e9 la naissance du nouveau r\u00e9gime. Fin mars de cette m\u00eame ann\u00e9e, un r\u00e9f\u00e9rendum propose aux Iraniens la cr\u00e9ation de la R\u00e9publique islamique, sans formuler d\u2019autres choix possibles : ceux-ci ont \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9s par l\u2019ayatollah Ruhollah Khomeiny au motif que la r\u00e9volution avait d\u00e9j\u00e0 tranch\u00e9.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 la naissance m\u00eame de la R\u00e9publique islamique, le r\u00e9f\u00e9rendum \u00e9tablissant le nouveau r\u00e9gime est entach\u00e9 de fraude \u00e9lectorale : il pr\u00e9sente de graves incoh\u00e9rences chiffr\u00e9es et des irr\u00e9gularit\u00e9s largement document\u00e9es ; notamment des anomalies entre les chiffres officiels et les donn\u00e9es d\u00e9mographiques. Ces \u00e9carts sugg\u00e8rent que le nombre de votants a pu d\u00e9passer la population r\u00e9ellement \u00e9ligible ; les 99 % de \u00ab Oui \u00bb sont donc tr\u00e8s probablement un chiffre falsifi\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Aujourd\u2019hui, la polarisation extr\u00eame de l\u2019opposition n\u2019a qu\u2019un seul r\u00e9sultat : celle-ci est incapable d\u2019exploiter la faiblesse structurelle du pouvoir en place.<\/p>David Izadifar<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Paradoxalement, et bien que le r\u00e9f\u00e9rendum aurait tr\u00e8s probablement pu \u00eatre remport\u00e9 sans fraude, Khomeiny et son entourage ont choisi de manipuler le scrutin. Pour reprendre l\u2019analyse de Hannah Arendt<\/a>, dans les r\u00e9gimes id\u00e9ologiques, la manipulation n\u2019est pas toujours dict\u00e9e par la n\u00e9cessit\u00e9, mais constitue un mode de gouvernement en soi, o\u00f9 le mensonge devient un instrument permanent de domination.<\/p>\n\n\n\n Un tel sch\u00e9ma de falsification s\u2019est ensuite institutionnalis\u00e9 \u00e0 travers des m\u00e9canismes constitutionnels et \u00e9lectoraux strictement contr\u00f4l\u00e9s. Au sein du r\u00e9gime port\u00e9 au pouvoir par la r\u00e9volution, tous les candidats aux \u00e9lections pr\u00e9sidentielles, l\u00e9gislatives (Majles) et \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e des experts doivent \u00eatre approuv\u00e9s par le Conseil des gardiens. Les six membres religieux de ce Conseil sont directement nomm\u00e9s par le Guide supr\u00eame, tandis que les six juristes sont d\u00e9sign\u00e9s par un processus institutionnel plac\u00e9 sous son contr\u00f4le \u2014 lui conf\u00e9rant une influence d\u00e9cisive sur l\u2019ensemble du processus \u00e9lectoral. D\u00e8s lors, m\u00eame les candidats initialement autoris\u00e9s peuvent \u00eatre \u00e9cart\u00e9s ou neutralis\u00e9s si leur victoire potentielle entre en contradiction avec les pr\u00e9f\u00e9rences du Guide supr\u00eame. Cette pratique a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9e \u00e0 de multiples reprises depuis la fin des ann\u00e9es 1980.<\/p>\n\n\n\n En substance, la R\u00e9publique islamique fonctionne comme un syst\u00e8me de r\u00e9pression hautement centralis\u00e9, dans lequel les d\u00e9cisions strat\u00e9giques sont concentr\u00e9es entre les mains d\u2019un seul homme. Bien que le r\u00e9gime reconnaisse formellement l\u2019existence de factions politiques \u2014 souvent qualifi\u00e9es de \u00ab r\u00e9formistes \u00bb et de \u00ab conservateurs \u00bb \u2014 ces distinctions sont largement instrumentales : les r\u00e9formistes sont pour la plupart d\u2019anciens partisans de l\u2019ayatollah Khomeiny, tandis que les conservateurs sont davantage align\u00e9s sur Khamenei.<\/p>\n\n\n\n Ce verrouillage est \u00e0 l\u2019avantage du Guide supr\u00eame : il navigue tactiquement entre ces camps en fonction des relations de l\u2019Iran avec l\u2019Occident \u2014 en particulier lors des p\u00e9riodes de pression internationale.<\/p>\n\n\n\n\n\n Sous Ali Khamenei, la structure du pouvoir iranien s\u2019est profond\u00e9ment militaris\u00e9e. Avant la guerre de douze jours avec Isra\u00ebl, 18 des 27 postes strat\u00e9giques clefs \u00e9taient occup\u00e9s par des figures issues du Corps des gardiens de la r\u00e9volution islamique, illustrant l\u2019\u00e9rosion progressive du pouvoir civil.<\/p>\n\n\n\n Alors que les domaines cruciaux \u2014 s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure, renseignement, politique \u00e9trang\u00e8re, \u00e9conomie strat\u00e9gique et contr\u00f4le social \u2014 ont largement \u00e9chapp\u00e9 aux institutions \u00e9lues, la pr\u00e9sidence elle-m\u00eame est devenue une fonction hybride, priv\u00e9e de toute autonomie r\u00e9elle : le clerg\u00e9 conserve les leviers constitutionnels \u2014 justice, organes de supervision, bureau du Guide supr\u00eame \u2014, fournissant une l\u00e9gitimit\u00e9 religieuse \u00e0 un syst\u00e8me de plus en plus coercitif.<\/p>\n\n\n\n Cette militarisation s\u2019est \u00e9galement projet\u00e9e \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. \u00c0 travers la Force Qods, le Corps des Gardiens de la R\u00e9volution a structur\u00e9 et consolid\u00e9 un r\u00e9seau de forces suppl\u00e9tives r\u00e9gionales \u2014 Hezbollah au Liban, Houthis au Y\u00e9men<\/a>, milices du Hachd al-Chaabi en Irak \u2014 int\u00e9gr\u00e9es \u00e0 la doctrine de dissuasion asym\u00e9trique iranienne. Ces proxies<\/em> b\u00e9n\u00e9ficient de financements hors budget, de livraisons d\u2019armes, de formation et de renseignement, absorbant une part croissante des ressources nationales au d\u00e9triment des besoins \u00e9conomiques et sociaux internes <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Dans l\u2019un de ses discours les plus importants, Khomeiny affirmait que les \u00ab \u00e9conomistes sont des \u00e2nes \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Cette formule r\u00e9sume la vision id\u00e9ologique qui a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 la construction du mod\u00e8le \u00e9conomique iranien, fond\u00e9 non sur le d\u00e9veloppement, mais sur le contr\u00f4le politique. Depuis 1979, l\u2019\u00e9conomie iranienne repose en effet sur un syst\u00e8me de rente politico-militaire, centr\u00e9 sur les hydrocarbures<\/a> et domin\u00e9 par l\u2019\u00c9tat et les Gardiens de la R\u00e9volution. Au fil des d\u00e9cennies, des r\u00e9seaux id\u00e9ologiques et s\u00e9curitaires ont progressivement captur\u00e9 l\u2019appareil \u00e9conomique, marginalisant le secteur priv\u00e9, affaiblissant la classe moyenne et transformant l\u2019\u00e9conomie en instrument de domination et de survie du r\u00e9gime.<\/p>\n\n\n\n Les sanctions internationales n\u2019ont pas corrig\u00e9 ces d\u00e9rives : elles les ont au contraire renforc\u00e9es, en consolidant une \u00e9conomie grise et opaque dont les principaux b\u00e9n\u00e9ficiaires sont les cercles du pouvoir.<\/p>\n\n\n\n Au c\u0153ur de ce dispositif figurent les bonyads<\/em>, fondations r\u00e9volutionnaires cr\u00e9\u00e9es apr\u00e8s 1979. Officiellement caritatives, elles constituent en r\u00e9alit\u00e9 l\u2019un des piliers de l\u2019\u00e9conomie politique du r\u00e9gime. Hors budget de l\u2019\u00c9tat, exempt\u00e9es d\u2019imp\u00f4ts et \u00e9chappant \u00e0 tout contr\u00f4le parlementaire, elles contr\u00f4leraient, selon les estimations, entre 20 % et 40 % de l\u2019\u00e9conomie iranienne, avec des actifs \u00e9valu\u00e9s en dizaines, voire en centaines de milliards de dollars. Des entit\u00e9s comme Bonyad Mostazafan ou Astan Quds Razavi dominent des secteurs clefs \u2014 immobilier, industrie, agriculture, commerce \u2014 et sont plac\u00e9es sous l\u2019autorit\u00e9 directe du Guide supr\u00eame, en \u00e9troite connexion avec le Corps des Gardiens de la R\u00e9volution.<\/p>\n\n\n\n Les cons\u00e9quences de ce mod\u00e8le sont profondes et durables : d\u00e9sindustrialisation progressive, fuite massive des capitaux et des talents, effondrement de la confiance \u00e9conomique et appauvrissement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. \u00c0 long terme, cette dynamique a produit une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9pendante de l\u2019\u00c9tat et de la r\u00e9pression, incapable de g\u00e9n\u00e9rer une croissance stable, inclusive et orient\u00e9e vers le d\u00e9veloppement.<\/p>\n\n\n\n Le syst\u00e8me de rente iranien a \u00e9galement institutionnalis\u00e9 une corruption massive<\/a>. Selon l\u2019Indice de perception de la corruption 2024 de Transparency International, l\u2019Iran se classe parmi les pays les plus corrompus au monde \u2014\u00a0151e sur 180 <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Des scandales r\u00e9currents \u2014 comme le d\u00e9tournement de plus de trois milliards de dollars lors de l\u2019affaire bancaire de 2011 ou les malversations li\u00e9es aux entreprises contr\u00f4l\u00e9es par les Pasdaran \u2014 illustrent l\u2019ampleur du pillage. La captation des ressources par les \u00e9lites politico-militaires a fait de la corruption non plus juste une d\u00e9rive mais bien un mode de gouvernance \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n Un tel fonctionnement client\u00e9liste, au fondement du r\u00e9gime iranien, en est aussi la faille essentielle : divisant le personnel politique en r\u00e9seaux d\u2019int\u00e9r\u00eats, il sape l\u2019unit\u00e9 de commandement \u2014 pr\u00e9parant le morc\u00e8lement de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n La crise actuelle marque la fin d\u2019un cycle : celui d\u2019un r\u00e9gime qui ne parvient plus ni \u00e0 gouverner, ni \u00e0 se r\u00e9former, ni \u00e0 se prot\u00e9ger durablement.<\/p>David Izadifar<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Derri\u00e8re une unit\u00e9 de fa\u00e7ade se cache aujourd\u2019hui en Iran une r\u00e9alit\u00e9 politique fragment\u00e9e. \u00c0 T\u00e9h\u00e9ran, le syst\u00e8me politique ressemble davantage \u00e0 un r\u00e9seau de blocs de pouvoir concurrents fonctionnant moins comme des partis politiques que comme des structures mafieuses.<\/p>\n\n\n\n Dans le syst\u00e8me de factions iranien, le pouvoir ne repose ni sur l\u2019id\u00e9ologie ni sur le suffrage, mais sur la ma\u00eetrise des ressources \u2014 qu\u2019il s\u2019agisse des revenus p\u00e9troliers, du secteur de la construction ou de l\u2019exploitation environnementale \u2014 qui constituent le v\u00e9ritable levier de domination politique.<\/p>\n\n\n\n Comme l\u2019avait soulign\u00e9 Max Weber <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>, l\u00e0 o\u00f9 existe une activit\u00e9 \u00e9conomique, la concurrence est in\u00e9vitable : au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, les rivalit\u00e9s entre factions se sont intensifi\u00e9es au point que les \u00e9lites s\u2019accusent d\u00e9sormais mutuellement par fuites organis\u00e9es sur les r\u00e9seaux sociaux, r\u00e9v\u00e9lant de profondes fractures internes au r\u00e9gime.<\/p>\n\n\n\n Avant la guerre de douze jours entre Isra\u00ebl et l\u2019Iran en juin 2025<\/a>, plusieurs factions pouvaient \u00eatre distingu\u00e9es au sein du r\u00e9gime. Outre des cercles contr\u00f4lant des segments \u00e9conomiques sp\u00e9cifiques, on pouvait distinguer un r\u00e9seau issu du Corps des Gardiens, originaire d\u2019Ispahan, dont la figure la plus influente \u2014 le commandant en chef, le g\u00e9n\u00e9ral Salami \u2014 a \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9e par Isra\u00ebl et, d\u2019autre part, un groupe \u00e0 dominante khuzestanaise (sud-ouest), associ\u00e9 \u00e0 Ali Shamkhani. \u00c0 ces deux groupes s\u2019opposait un troisi\u00e8me, compos\u00e9 de factions li\u00e9es \u00e0 la ville de Mecched, pour la plupart li\u00e9es au conservateur Sa\u00efd Jalili qui se pr\u00e9sentait comme le chef d\u2019un gouvernement parall\u00e8le.<\/p>\n\n\n\n La centralit\u00e9 accrue du Corps des Gardiens de la r\u00e9volution depuis l\u2019av\u00e8nement de Khamenei s\u2019accompagne aussi de fragilit\u00e9s internes croissantes. Un document interne pirat\u00e9, rendu public par Iran International<\/em> et pr\u00e9sent\u00e9 comme le compte rendu d\u2019une r\u00e9union tenue le 13 d\u00e9cembre 2022 entre Ali Khamenei et de hauts commandants du Corps, \u00e9voque un affaiblissement interne pr\u00e9occupant de l\u2019organisation. Le document mentionne explicitement le d\u00e9mant\u00e8lement d\u2019un projet de coup d\u2019\u00c9tat, impliquant une unit\u00e9 d\u2019artillerie des Gardiens, qui aurait vis\u00e9 le bureau du Guide supr\u00eame, sans que la date pr\u00e9cise de cette tentative ne soit indiqu\u00e9e <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Ces fractures ont eu des cons\u00e9quences op\u00e9rationnelles directes.<\/p>\n\n\n\n L\u2019\u00e9rosion de la discipline, la multiplication des fuites et la perte de coh\u00e9sion au sein du Corps des Gardiens ont consid\u00e9rablement facilit\u00e9 les capacit\u00e9s de p\u00e9n\u00e9tration et de ciblage d\u2019Isra\u00ebl. Depuis 2020, et de mani\u00e8re plus marqu\u00e9e apr\u00e8s 2022, les services isra\u00e9liens ont d\u00e9montr\u00e9 une capacit\u00e9 r\u00e9p\u00e9t\u00e9e \u00e0 \u00e9liminer des personnalit\u00e9s clefs de l\u2019appareil s\u00e9curitaire iranien ainsi que plusieurs scientifiques li\u00e9s aux programmes balistiques et nucl\u00e9aires, souvent au c\u0153ur m\u00eame du territoire iranien. Ces op\u00e9rations traduisent certes une sup\u00e9riorit\u00e9 technologique mais aussi un affaiblissement structurel du contre-espionnage iranien, en particulier au sein des Pasdaran et de la Force Qods.<\/p>\n\n\n\n Le m\u00eame document fait \u00e9tat d\u2019une \u00e9rosion pr\u00e9occupante de la loyaut\u00e9 au sein de la Force Qods, branche d\u2019\u00e9lite charg\u00e9e des op\u00e9rations ext\u00e9rieures. L\u2019\u00e9puisement, l\u2019effondrement du moral et le m\u00e9contentement interne auraient conduit certains membres \u00e0 transmettre des informations sensibles aux services isra\u00e9liens. Les commandants reconnaissent ainsi, dans le texte cit\u00e9, une perte significative d\u2019efficacit\u00e9 des services de renseignement en raison de la multiplication des fuites \u2014 r\u00e9v\u00e9lant un niveau d\u2019infiltration in\u00e9dit au c\u0153ur m\u00eame de l\u2019appareil s\u00e9curitaire du r\u00e9gime.<\/p>\n\n\n\n Un autre \u00e9l\u00e9ment r\u00e9v\u00e9lateur r\u00e9side dans la dimension s\u00e9lective des accusations d\u2019espionnage port\u00e9es par les autorit\u00e9s iraniennes. Comme le soulignait le sociologue iranien Hatam Ghaderi, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, de nombreuses arrestations ont \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9es pour collaboration avec la CIA, le Mossad ou le MI6. En revanche, aucun cas significatif d\u2019espionnage au profit des services russes (FSB) n\u2019a \u00e9t\u00e9 publiquement \u00e9voqu\u00e9, malgr\u00e9 l\u2019implication croissante de Moscou dans les affaires s\u00e9curitaires, militaires et strat\u00e9giques iraniennes. Cette asym\u00e9trie sugg\u00e8re une influence russe profond\u00e9ment enracin\u00e9e au sein des cercles d\u00e9cisionnels du pouvoir, y compris \u00e0 proximit\u00e9 du Guide supr\u00eame ; elle r\u00e9v\u00e8le une hi\u00e9rarchisation politique des menaces s\u00e9curitaires qui affaiblit davantage la souverainet\u00e9 strat\u00e9gique de l\u2019\u00c9tat iranien.<\/p>\n\n\n\n La militarisation extr\u00eame du r\u00e9gime n\u2019a donc pas renforc\u00e9 sa r\u00e9silience ; elle a au contraire produit un appareil s\u00e9curitaire \u00e0 la fois hyper-r\u00e9pressif envers la soci\u00e9t\u00e9 et structurellement vuln\u00e9rable face aux p\u00e9n\u00e9trations ext\u00e9rieures, acc\u00e9l\u00e9rant la crise de l\u00e9gitimit\u00e9 et d\u2019efficacit\u00e9 du pouvoir.<\/p>\n\n\n\n Dans le syst\u00e8me de factions iranien, le pouvoir ne repose ni sur l\u2019id\u00e9ologie ni sur le suffrage, mais sur la ma\u00eetrise des ressources.<\/p>David Izadifar<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Dans un syst\u00e8me marqu\u00e9 par les assassinats, l\u2019emprisonnement de masse et une surveillance omnipr\u00e9sente, la soci\u00e9t\u00e9 est structur\u00e9e par la peur et la m\u00e9fiance mutuelle. Dans un tel contexte, construire une opposition unifi\u00e9e ne peut que relever de l\u2019exploit.<\/p>\n\n\n\n Au sein de l\u2019opposition, en dehors des monarchistes et des partisans d\u2019une monarchie constitutionnelle, plusieurs courants de centre gauche et de gauche \u2014 y compris les moudjahidines du peuple \u2014 portent une responsabilit\u00e9 historique dans le tournant qu\u2019a pris le r\u00e9gime \u2014 sur les plans structurel, institutionnel et strat\u00e9gique. Ces courants ont tous \u00e9t\u00e9, \u00e0 des degr\u00e9s divers, impliqu\u00e9s dans la mise en place de la R\u00e9publique islamique en 1979.<\/p>\n\n\n\n La sous-estimation r\u00e9p\u00e9t\u00e9e des alli\u00e9s id\u00e9ologiques radicaux constitue l\u2019un des fils rouges des \u00e9checs du lib\u00e9ralisme politique iranien au XXe si\u00e8cle. Du parti du Front national de l\u2019\u00e8re Mohammad Mossadegh au tournant r\u00e9volutionnaire de 1979, les lib\u00e9raux nationalistes ont commis \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition une m\u00eame erreur strat\u00e9gique.<\/p>\n\n\n\n Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950, alors que Mohammad Mossadegh devient Premier ministre, la tol\u00e9rance de certains ministres envers le Parti Tudeh, formation communiste pro-sovi\u00e9tique <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span> sert d\u2019outil de justification de sa chute pour\u00a0 Washington.<\/p>\n\n\n\n Vingt-sept ans plus tard, les h\u00e9ritiers politiques de Mossadegh \u2014 notamment Mehdi Bazargan, nomm\u00e9 Premier ministre du gouvernement provisoire apr\u00e8s la chute du Shah, et Karim Sanjabi, alors ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res \u2014 ont commis une erreur tactique comparable en s\u2019alliant au clerg\u00e9 comme force transitoire contre l\u2019ancien r\u00e9gime. En 1979, cette union offre au clerg\u00e9 une l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9cisive, avant que les lib\u00e9raux nationalistes ne soient rapidement marginalis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n Des erreurs semblables sont aujourd\u2019hui commises : comme l\u2019a soulign\u00e9 Hannah Arendt, le refus de reconna\u00eetre publiquement les erreurs du pass\u00e9 nourrit des cycles persistants de ressentiment et de violence. Aujourd\u2019hui, un h\u00e9ritage politique non assum\u00e9 continue de fracturer l\u2019opposition ; c\u2019est ainsi que celle-ci, souvent, se sabote elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n Au d\u00e9but de d\u00e9cembre 2025, \u00e0 Macchad, la laur\u00e9ate iranienne du prix Nobel de la paix Narges Mohammadi<\/a> prend part \u00e0 un rassemblement fun\u00e9raire ; per\u00e7ue par une partie des manifestants comme issue de la gauche historique, elle est hu\u00e9e, vis\u00e9e par des jets de pierres et contrainte de se retirer, tandis que des slogans hostiles \u00e0 la gauche et au clerg\u00e9 sont scand\u00e9s. Le m\u00eame jour, Mohammadi est arr\u00eat\u00e9e et plac\u00e9e en d\u00e9tention.<\/p>\n\n\n\n La g\u00e9n\u00e9ration Z \u2014 tr\u00e8s visible lors du mouvement \u00ab Femmes, Vie, Libert\u00e9 \u00bb<\/a>, mais \u00e9galement au c\u0153ur des mobilisations actuelles \u2014 subit pleinement les cons\u00e9quences politiques, \u00e9conomiques et sociales de la r\u00e9volution, sans l\u2019avoir v\u00e9cue ; ces revers peuvent expliquer la r\u00e9surgence d\u2019une nostalgie du r\u00e9gime des shahs.<\/p>\n\n\n\n Reza Pahlavi<\/a> lui-m\u00eame, fils du dernier shah, plaide quant \u00e0 lui pour un changement de r\u00e9gime suivi d\u2019une p\u00e9riode de transition et d\u2019\u00e9lections libres afin de d\u00e9terminer le futur syst\u00e8me politique de l\u2019Iran. De nombreux groupes centristes et de gauche le pr\u00e9sentent cependant comme cherchant \u00e0 restaurer la monarchie, lui imputant par association les crimes attribu\u00e9s \u00e0 son p\u00e8re, alors m\u00eame qu\u2019il n\u2019a exerc\u00e9 aucun pouvoir et n\u2019a pris part \u00e0 aucune d\u00e9cision sous l\u2019ancien r\u00e9gime <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En projetant sur Reza Pahlavi leurs propres sch\u00e9mas historiques, ces groupes reproduisent ainsi des m\u00e9canismes de m\u00e9fiance et de d\u00e9sinformation observ\u00e9s en 1979, oubliant que \u00ab les r\u00e9volutions ne se terminent jamais l\u00e0 o\u00f9 ceux qui les ont commenc\u00e9es l\u2019avaient pr\u00e9vu \u00bb <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Si Pahlavi lui-m\u00eame a cherch\u00e9 \u00e0 se d\u00e9marquer officiellement des positions les plus radicales, une partie du camp monarchiste a pourtant instaur\u00e9 un climat d\u00e9l\u00e9t\u00e8re au sein de l\u2019opposition. Pour une part des soutiens du fils du shah, toute divergence est rapidement assimil\u00e9e \u00e0 une forme de collaboration avec le r\u00e9gime, tandis que le pass\u00e9 politique de certains opposants est instrumentalis\u00e9 pour les associer \u00e0 la gauche ou aux courants islamo-marxistes \u2014 notamment les moudjahidines du peuple tenus pour responsables de la r\u00e9volution de 1979 <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Aujourd\u2019hui, la polarisation extr\u00eame de l\u2019opposition n\u2019a qu\u2019un seul r\u00e9sultat : celle-ci est incapable d\u2019exploiter la faiblesse structurelle du pouvoir en place ; faute d\u2019un mouvement politique f\u00e9d\u00e9rateur, l\u2019\u00e9lan des manifestations que conna\u00eet aujourd\u2019hui le pays ne peut que retomber.<\/p>\n\n\n\n\n\n L\u2019Iran traverse aujourd\u2019hui une crise \u00e9conomique<\/a>.<\/p>\n\n\n\n Depuis 1979, le rial \u2014 la monnaie nationale \u2014 a perdu plus de 99,99 % de sa valeur face au dollar, celle-ci \u00e9tant divis\u00e9e par pr\u00e8s de 20 000 ; lors de la seule ann\u00e9e 2025 , la monnaie s\u2019est encore d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9e de 40 \u00e0 70 %. Une telle chute illustre l\u2019effondrement structurel de l\u2019\u00e9conomie iranienne, d\u00e9sormais aggrav\u00e9 par des p\u00e9nuries d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et d\u2019eau qui touchent les grandes villes et placent le pays au bord du point de rupture.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est dans un tel contexte qu\u2019ont \u00e9clat\u00e9, le 30 d\u00e9cembre 2025, des manifestations nationales initi\u00e9es par les bazaris, longtemps consid\u00e9r\u00e9s comme un pilier \u00e9conomique et social du syst\u00e8me. Leur mobilisation a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9e par l\u2019effondrement du rial, l\u2019explosion des prix, les p\u00e9nuries d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et d\u2019eau, la paralysie du commerce int\u00e9rieur et la perte totale de visibilit\u00e9 \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n Le mouvement, n\u00e9 d\u2019un d\u00e9sespoir mat\u00e9riel, s\u2019est rapidement \u00e9tendu \u00e0 la majorit\u00e9 des trente-et-une provinces, r\u00e9v\u00e9lant une rupture profonde entre l\u2019\u00c9tat et des segments historiquement int\u00e9gr\u00e9s au r\u00e9gime. Les bilans humains restent incertains et tr\u00e8s variables selon les sources : plusieurs ONG et r\u00e9seaux de surveillance \u00e9voquent des milliers de morts<\/a>, avec des estimations allant de quelques milliers \u00e0 plusieurs dizaines de milliers, illustrant \u00e0 la fois l\u2019ampleur de la r\u00e9pression et l\u2019opacit\u00e9 totale impos\u00e9e par les autorit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n Face \u00e0 cette contestation, le r\u00e9gime ne dispose plus que d\u2019un levier coercitif, d\u00e9sormais mobilis\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 saturation. Cette r\u00e9ponse s\u00e9curitaire, si elle a permis de contenir provisoirement la rue, n\u2019a ni r\u00e9tabli l\u2019autorit\u00e9 politique ni restaur\u00e9 la confiance \u00e9conomique ; elle a au contraire accentu\u00e9 les fractures internes, approfondi la rupture entre pouvoir et soci\u00e9t\u00e9 et expos\u00e9 les limites d\u2019un syst\u00e8me<\/a> fond\u00e9 sur la contrainte plut\u00f4t que sur la l\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Le syst\u00e8me politique iranien ressemble \u00e0 un r\u00e9seau de blocs de pouvoir concurrents, fonctionnant moins comme des partis politiques que comme des structures mafieuses.<\/p>David Izadifar<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Outre cette situation int\u00e9rieure catastrophique, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, la R\u00e9publique islamique a essuy\u00e9 dans la r\u00e9gion des revers strat\u00e9giques majeurs.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 la suite des attaques du 7 octobre 2023 men\u00e9es par le Hamas contre Isra\u00ebl, l\u2019\u00c9tat h\u00e9breu a engag\u00e9 une riposte militaire et strat\u00e9gique d\u00e9passant largement le seul th\u00e9\u00e2tre de Gaza. Consid\u00e9rant ces attaques comme l\u2019aboutissement d\u2019une strat\u00e9gie iranienne de guerre par procuration, Isra\u00ebl a entrepris d\u2019affaiblir syst\u00e9matiquement les r\u00e9seaux r\u00e9gionaux de la R\u00e9publique islamique \u2014 notamment le Hezbollah au Liban<\/a>, les milices pro-iraniennes en Syrie, le Hachd al-Chaabi en Irak, ainsi que les Houthis au Y\u00e9men \u2014 afin de r\u00e9tablir sa dissuasion et de pr\u00e9venir une escalade r\u00e9gionale coordonn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Cette dynamique a expos\u00e9 T\u00e9h\u00e9ran \u00e0 une s\u00e9rie de chocs strat\u00e9giques. <\/p>\n\n\n\n La chute du r\u00e9gime de Bachar al-Assad<\/a> en 2025, pilier central de l\u2019axe r\u00e9gional iranien, a consid\u00e9rablement r\u00e9duit sa profondeur strat\u00e9gique au Levant ; la m\u00eame ann\u00e9e, la confrontation militaire directe de douze jours avec Isra\u00ebl a confirm\u00e9 l\u2019\u00e9rosion des capacit\u00e9s op\u00e9rationnelles iraniennes et de son r\u00e9seau de milices, alors qu\u2019ont \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9s plusieurs dizaines de cadres sup\u00e9rieurs du Corps des Gardiens et des forces arm\u00e9es, ainsi qu\u2019un nombre limit\u00e9 mais significatif de scientifiques et ing\u00e9nieurs clefs des programmes balistique et nucl\u00e9aire. <\/p>\n\n\n\n L\u2019Iran ressort marginalis\u00e9 de ces \u00e9v\u00e9nements. Sa stature d\u00e9sormais plus faible dans la r\u00e9gion met en lumi\u00e8re les limites d\u2019un mod\u00e8le fond\u00e9 sur les proxys<\/em> arm\u00e9s plut\u00f4t que sur une puissance \u00e9tatique stabilis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 la crise interne et l\u2019affaiblissement des relais r\u00e9gionaux s\u2019ajoute une incertitude strat\u00e9gique majeure : une possible \u2014 et maintenant probable \u2014 intervention militaire des \u00c9tats-Unis ou d’Isra\u00ebl, que motiverait le programme nucl\u00e9aire iranien ou les activit\u00e9s de l\u2019Iran dans la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 partir de 2024 et tout au long de 2025, le recul strat\u00e9gique r\u00e9gional de l\u2019Iran s\u2019est accompagn\u00e9 d\u2019un durcissement marqu\u00e9 du front international. De nouvelles sanctions ont \u00e9t\u00e9 impos\u00e9es au pays en r\u00e9action \u00e0 l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de son programme nucl\u00e9aire, marqu\u00e9e par l\u2019enrichissement de l\u2019uranium \u00e0 des niveaux proches du seuil militaire, le refus persistant de coop\u00e9rer pleinement avec l\u2019Agence internationale de l\u2019\u00e9nergie atomique, ainsi que l\u2019extension des capacit\u00e9s balistiques. Ces mesures ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9es par le r\u00f4le r\u00e9gional de l\u2019Iran et son soutien militaire continu \u00e0 des acteurs non \u00e9tatiques.<\/p>\n\n\n\n En 2025, le pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis Donald Trump a propos\u00e9 l\u2019ouverture de n\u00e9gociations<\/a>, mais les conditions avanc\u00e9es \u2014 incluant des restrictions s\u00e9v\u00e8res et durables sur les capacit\u00e9s nucl\u00e9aires et balistiques \u2014 s\u2019apparentaient davantage \u00e0 une capitulation qu\u2019\u00e0 un compromis. Le refus d\u2019Ali Khamenei a alors conduit \u00e0 un durcissement suppl\u00e9mentaire des sanctions, ciblant les secteurs \u00e9nerg\u00e9tique, financier et logistique, et accentuant l\u2019isolement international du r\u00e9gime.<\/p>\n\n\n\nLa mort et le verrou : une limite structurelle du pouvoir politique en Iran<\/h2>\n\n\n\n
Un pluralisme de fa\u00e7ade<\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Le r\u00f4le des Gardiens de la r\u00e9volution<\/h3>\n\n\n\n
Client\u00e9lisme : la construction d\u2019une \u00e9conomie de rente<\/h3>\n\n\n\n
La guerre des factions en Iran<\/h2>\n\n\n\n
Fuites et espionnage : un pouvoir politique fragment\u00e9<\/h3>\n\n\n\n
Le sabotage de l\u2019opposition<\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n L\u2019effondrement de l\u2019arm\u00e9e iranienne<\/h2>\n\n\n\n
Au Moyen-Orient, une puissance de plus en plus marginalis\u00e9e<\/h3>\n\n\n\n
Une d\u00e9fense militaire en contretemps<\/h3>\n\n\n\n